The Project Gutenberg EBook of Nouveau manuel complet de marine, by 
Phocion-Aristide-Paulin Verdier

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Title: Nouveau manuel complet de marine
       seconde partie: manoeuvres

Author: Phocion-Aristide-Paulin Verdier

Release Date: October 13, 2012 [EBook #41039]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le
typographe ont t corriges. L'orthographe d'origine a t conserve
et n'a pas t harmonise. Une note plus dtaille se trouve  la fin
de ce volume.




  NOUVEAU MANUEL

  COMPLET

  DE MARINE.

  _SECONDE PARTIE._

  MANOEUVRES.




  NOUVEAU MANUEL

  COMPLET

  DE MARINE.

  _SECONDE PARTIE._

  MANOEUVRES DU NAVIRE

  ET DE L'ARTILLERIE.

  Par M. Verdier,

  Capitaine de Corvette.


  PARIS,

  A LA LIBRAIRIE ENCYCLOPDIQUE DE RORET,

  Rue Hautefeuille, n 10 bis.

  1837.




AVERTISSEMENT.


Les ouvrages qui traitent de la manoeuvre du navire s'appuient sur des
vrits mathmatiques trop leves pour tre  la porte de toutes les
classes des navigateurs.

Nous avons pens qu'il pouvait tre utile d'offrir un Manuel pour la
Manoeuvre, dpouill de toute dmonstration thorique, qui ne repose que
sur la seule pratique, et qui, par consquent, peut tre lu par le marin
le plus illettr.

Il est plus facile, et surtout plus utile en marine, d'aller du simple
au compos que du compos au simple. Le marin instruit, qui connatra
pratiquement la manoeuvre, lira ensuite avec bien plus de fruit les
ouvrages de thorie.

Si nous pouvons rendre plus facile  quelques jeunes navigateurs l'tude
de la manoeuvre, notre but sera atteint.




NOUVEAU MANUEL

DE MARINE.




_SECONDE PARTIE._

MANOEUVRES.




CHAPITRE PREMIER.


_Du Navire._

Le navire est un corps flottant, il doit, par consquent, occuper dans
le fluide un espace tel que son poids soit gal  celui du volume d'eau
qu'il dplace. C'est la partie submerge qui prouve la force de
rsistance du fluide dans le cas du mouvement, et la puissance destine
 lui donner ce mouvement doit donc tre en proportion avec la
rsistance prouve.

Les voiles sont des surfaces planes autant que possible, qui, tant
exposes  l'impulsion du vent, en sont frappes, et communiquent ainsi
du mouvement au navire auquel elles sont assujetties.

Elles agissent dans le sens latral et dans le sens direct.

Le centre de gravit d'un corps est le point par lequel ce corps tant
suspendu, reste en quilibre et ne change pas de position.

Ce point sera au milieu du corps, si le corps est rgulier; et s'il est
irrgulier, il sera dans la partie qui a le plus de pesanteur, par
rapport au point qui marque le milieu de la longueur du solide.

Si un corps tant ainsi suspendu en quilibre, on veut lui imprimer un
mouvement de rotation, il est vident qu'il faut lui appliquer une force
dtermine  un point quelconque; que cette force, suppose la mme,
agira d'autant plus qu'elle sera plus loigne du centre de gravit, et
qu'elle imprimera au corps un mouvement contraire  son application.

Le centre de gravit d'un navire est toujours sur l'avant du milieu de
sa longueur absolue, parce que l'avant a plus de capacit, et par
consquent plus de pesanteur que l'arrire.

Si nous considrons le navire comme un corps en suspension par son
centre de gravit, nous pouvons imaginer, sans grande erreur pour la
pratique, que son point de rotation sera sur l'axe vertical qui passe
par le centre de gravit; et que la force applique sur l'arrire ou
l'avant de ce point lui fera prouver un mouvement de rotation de
l'avant sur l'arrire ou de l'arrire sur l'avant; c'est--dire que si
la force est applique sur l'arrire, l'angle que l'avant fait avec la
direction de la force diminuera, et que si elle est applique sur
l'avant, ce sera l'angle form par la direction de cette force et
l'arrire qui diminuera.

Le mouvement est communiqu au navire par le moyen des voiles qui y sont
assujetties, et qui reoivent l'impulsion du vent. La direction de la
force applique sera donc la ligne suivant laquelle souffle le vent.

Il est vident, d'aprs ce que nous avons dit du corps en suspension,
que si nous l'appliquons au navire, le vent soufflant dans les voiles de
l'arrire, rapprochera l'avant de sa direction: c'est ce qu'on appelle
venir au vent ou lofer; et le vent soufflant dans les voiles de l'avant,
rapprochera l'arrire de sa direction; ce qu'on appelle arriver.

Les voiles de l'avant tendent donc  faire arriver le navire; celles de
l'arrire  le faire lofer. C'est en combinant ces deux effets et en les
tenant en quilibre, qu'on imprime au navire une vitesse sur une ligne
donne, qu'on appelle route. Ce sera donc en augmentant aussi ou
dtruisant un de ces deux effets, qu'on fera arriver ou lofer le navire,
en un mot qu'on le fera voluer.

On voit donc que si les voiles taient exposes d'une manire
convenable, et que la force et la direction du vent restassent les
mmes, le navire conserverait une vitesse gale, et suivrait une route
donne.

Mais cet quilibre, qu'il est si important de conserver, est frquemment
troubl, et on a invent le gouvernail pour le rtablir et forcer le
navire  suivre une ligne dtermine.

Les lames sont une cause de la perturbation de l'quilibre, en frappant
le navire et lui imprimant un mouvement de rotation sur l'axe vertical
de son centre de gravit, suivant le point sur lequel elles le frappent,
et leur direction, qui n'est pas toujours celle du vent. A chaque lame
le navire fait deux oscillations: l'une de chute, vers la partie oppose
 celle que choque la lame, et l'autre de raction  l'instant o elle
se spare du navire.

Outre les effets de la lame, il est encore des actions qui agissent pour
faire tourner le navire sur l'axe vertical qui passe par son centre de
gravit. C'est en premier lieu l'action produite par la rsistance de
l'eau, dans le sens latral, ou perpendiculaire  la quille, sur les
diffrens points de la carne qui y sont exposs; secondement l'action
que le vent exerce sur les voiles dans le sens latral; et
troisimement, enfin, l'action que le vent exerce sur les voiles dans le
sens direct. Quoique cette action paraisse concider avec le plan
vertical qui passe par le centre de gravit, et ne devoir pas produire
un mouvement de rotation, cependant lorsque le vaisseau incline, il n'en
est pas ainsi.

Si ces trois actions pouvaient tre en quilibre, le navire n'aurait pas
de mouvement de rotation, et obirait  l'impulsion dans le sens de sa
quille; mais ces actions varient  chaque instant par l'tat de la mer
ou du vent.

Ce dfaut d'quilibre se corrige par un changement de voilure, et enfin
par le gouvernail.


_Du Gouvernail._

Nous ne dcrirons pas le gouvernail que tout le monde connat, nous
dirons seulement que par sa position  peu prs verticale  la poupe, et
par le moyen de sa barre, il peut se porter d'un ct ou de l'autre du
navire, et que s'opposant au courant du fluide de ce ct, il fait
natre une nouvelle force qui oblige le navire  tourner, ou dont
l'effet est de faire quilibre aux forces contraires dont nous avons
parl, et qui tendraient  faire tourner le navire dans un sens oppos.

Si le fluide, coulant le long des flancs du navire, rencontre le
gouvernail faisant un angle avec la quille, il le choquera, et poussera
la poupe dans le sens oppos au choc; alors l'avant obissant  ce
mouvement se rangera ncessairement du ct o le choc a eu lieu,
c'est--dire vers celui o a t mis le gouvernail, ou enfin du bord
oppos  celui o l'on a plac la barre.

Mais si le fluide, au lieu de couler de l'avant  l'arrire, coulait de
l'arrire  l'avant, l'effet serait videmment contraire; car le fluide
qui vient alors de l'arrire, rencontrant le gouvernail faisant un angle
avec la quille, le choquera en poussant la poupe dans la direction de ce
choc; l'avant tournera donc dans le sens oppos, c'est--dire dans le
sens oppos au ct o le gouvernail aura t mis, ou enfin du ct o
sera la barre.

Il n'entre pas dans le plan que nous nous sommes trac, de dmontrer
mathmatiquement les effets et la puissance du gouvernail. Nous dirons
seulement que son effet est d'autant plus grand que la vitesse augmente,
et qu' mme angle il suit la progression du carr des vitesses.

Si le gouvernail fait avec la quille un angle de 45 degrs, il est dans
la position la plus favorable pour oprer les mouvemens de rotation;
mais on ne peut obtenir cette position, et il est rare que l'angle soit
de plus de 35.

Le gouvernail agissant en s'opposant au fluide qui coule le long des
flancs du navire, doit ncessairement diminuer sa vitesse; il faut donc
balancer sa voilure de telle manire, qu'on soit oblig de le mettre en
mouvement le moins possible. Et rgle gnrale, toutes les fois que
pour conserver le navire en route, on sera oblig de faire un usage
frquent du gouvernail, ce sera une preuve que la voilure sera mal
tablie, ou mal balance.

Nous observerons  cette occasion, que souvent tant au plus prs, et la
brise frachissant, le navire a une grande tendance  venir au vent, et
qu'on est oblig d'y avoir une partie de la barre. Il suffirait,  notre
avis, de diminuer de voiles, en se dbarrassant des voiles hautes, pour
rendre le navire bien gouvernant, et loin de diminuer le sillage, il est
fort possible qu'il augmente.

L'inclinaison diminuant, la submersion de la carne sera moins
considrable, et sa rsistance moins forte; le navire moins charg
gouvernera avec la barre droite, et le gouvernail ne sera plus un
obstacle au sillage; n'est-il pas possible que ces deux causes qui
tendent  augmenter la vitesse, compensent, et au-del, la diminution
produite par la suppression des perroquets?

Le temps que deux navires semblables emploient  voluer, est en raison
de leur longueur.




CHAPITRE II.


_Appareillages._

Lorsqu'un navire a reu tout ce dont il a besoin pour prendre la mer, on
le mouille sur rade sur une ancre, s'il doit profiter du premier moment
favorable; mais s'il peut y prolonger son sjour, on le mouille sur
deux.

Amarr de la premire manire, il est dit sur un pied; mais on concevra
facilement qu'il ne peut rester long-temps dans cette position, puisque
 chaque changement de vent et surtout de mare il doit courir sur son
ancre et peut la surjoaler.

Cependant, depuis l'adoption presque gnrale des cbles-chanes, sur
les rades qui n'ont que peu ou point de mare, on peut, en filant une
grande quantit de chane, rester sur un pied. Car, par son poids, la
chane portant sur le fond, bien de l'arrire de l'ancre, offre au
navire un point d'appui sur lequel il peut tourner sans passer sur son
ancre. Mais il ne faut pas tre mouill prs d'autres navires, qu'on
pourrait aborder en dcrivant ainsi un cercle autour de son ancre.

Il est donc plus prudent de mouiller deux ancres, ce qu'on appelle
affourcher.

On affourche en mettant deux ancres sur une ligne perpendiculaire 
celle des vents les plus dangereux. Ainsi, sur une rade o les vents les
plus dangereux sont le N. E. et le S. O., les ancres doivent tre
mouilles sur une ligne N. O. et S. E. Il faut aussi avoir l'attention
d'affourcher de manire que les cbles ne soient pas croiss pour le
vent du large, qui est celui qui amne la plus grosse mer, parce
qu'alors ils fatigueraient davantage et ragueraient les sous-barbes.
Ainsi, si on affourche N. O. et S. E., c'est--dire pour les vents de N.
E. et de S. O., ou que les vents du large soient ceux du S. O., les
cbles doivent tre croiss lorsqu'on vitera au N. E.

On affourche, soit avec le navire, soit avec la chaloupe; mais dans le
premier cas, il faut avoir un point d'appui pour touer le navire
jusqu'au point o il doit laisser tomber la deuxime ancre.

Pour cela, aprs que le navire a mouill sa premire ancre et qu'il a
fil une quantit de cble suffisante, on embarque dans la chaloupe une
ancre  jet, garnie de son orin et de sa boue,  laquelle on talingue
un grelin et plus s'il est ncessaire, qu'on embarque dans la chaloupe
et dont on garde le bout  bord, ou dont on lui donne le bout qu'elle
rapportera  bord aprs avoir mouill l'ancre  jet, si, ayant 
remonter contre le vent ou le courant, on craint que le poids du grelin
rest  bord ne la charge trop et ne la fasse driver sous le vent du
point o l'ancre  jet doit tre mouille.

La chaloupe convenablement remorque, se dirige dans le rhumb de vent o
l'ancre doit tre place, et lorsqu'elle est parvenue un peu au-del du
point qu'elle doit occuper, elle mouille l'ancre  jet. Elle porte le
bout du grelin  bord, o on le raidit aussitt.

On garnit ensuite ce grelin au cabestan, et on vire en filant  la
demande du cble de l'ancre mouille. Lorsqu'on a dehors une quantit de
ce cble gale  deux fois la longueur qu'on veut donner  chaque amarre
d'affourche, on cesse de virer, on laisse perdre l'aire du navire, et on
mouille en choquant le grelin afin que le navire puisse culer et ne pas
surjoaler.

Pendant que la chaloupe va lever l'ancre  jet, on vire sur le premier
cble mouill en filant du second. Lorsqu'on a fil de ce dernier la
quantit qu'on veut avoir dehors, on prend le tour de bitte, et on vire
jusqu' ce qu'ils soient galement raides, et qu'il n'y ait que peu de
mou. On dgarnit et on prend le tour de bitte du cble sur lequel on
virait, on les garnit l'un et l'autre de paillets, et l'on est
affourch.

Si on fait porter l'ancre d'affourche par la chaloupe, il faut aussi lui
mnager un point d'appui sur lequel elle pourra se tenir lorsqu'elle
sera charge. Car si en thorie on peut envoyer une chaloupe ainsi, en
la faisant remorquer, il n'en est pas de mme en pratique. Une chaloupe
portant une ancre de bossoir en cravate, son orin et sa boue, ayant sur
son avant la moiti de son cble lov pour contre-balancer le poids de
l'ancre, est dj prive de l'usage de plus de la moiti de ses avirons;
il faut qu'elle supporte encore le poids du cble qu'on file du bord, et
que des canots placs de distance en distance le soutiennent, pour qu'il
ne touche pas au fond avant que l'ancre ne soit mouille. Quel est le
navire qui a une assez grande quantit de canots pour pouvoir remorquer
convenablement une chaloupe ainsi charge, et la diriger  un point
fixe, s'il y a surtout de la mer et du courant.

Il faut donc, pendant que l'ancre de bossoir est suspendue en cravate,
de l'arrire de la chaloupe, et qu'on y embarque le cble, faire longer
par un canot une petite ancre  jet dans la direction o l'ancre
d'affourche doit tre mouille. Le bout de l'aussire de cette ancre 
jet tant  bord, la chaloupe le place sur le rouleau de son trave et
se hale dessus. Elle est suivie d'embarcations qui portent le restant du
cble dont le bout est  bord.

Lorsque le canot qui porte les premiers plis du cble, les a fils 
mesure que la chaloupe  laquelle il tient par une remorque se hale, il
le saisit en dehors du bord par une bosse qui fait dormant  son grand
banc, et qui s'y amarre aprs avoir embrass le cble; un homme tient 
la main le bout de la bosse pour la larguer au signal de la chaloupe.

Les canots ayant ainsi fil et soutenu le cble, la chaloupe file celui
qu'elle a  bord, et lorsqu'enfin elle l'a raidi autant que possible en
se halant, elle fait un signal aux canots qui larguent les bosses
lorsqu'elle mouille.

On drape l'ancre  jet, on raidit le cble, on prend le tour de bitte,
et on fait les paillets.

Depuis l'usage  peu prs gnral des cbles-chanes, il est bien
difficile, pour ne pas dire impossible, d'longer une ancre amarre sur
un cble-chane. La difficult de ne le filer qu'au fur et  mesure que
la chaloupe s'loigne du bord, son poids qui augmente la rsistance
qu'elle doit vaincre pour se haler, l'impossibilit par consquent de le
raidir suffisamment avant de mouiller, doivent faire abandonner cette
manire d'amarrer, et il faut affourcher avec le navire lui-mme.

Mais comme il est une foule de circonstances qui obligent  envoyer une
grosse ancre au large par le moyen de la chaloupe, surtout dans les
chouages, tout navire doit, outre ses cbles-chanes des ancres de
bossoir, avoir un ou deux cbles en chanvre pour longer dans les
circonstances imprvues.

On dsaffourche avec le navire ou la chaloupe. Avec le navire, on vire
sur une ancre en filant du cble de celle sur laquelle on veut
appareiller. Parvenu  pic, on cesse de filer, on drape, et aussitt
l'ancre  l'cubier, pendant qu'on la caponne et la traverse, on garnit
le cble de l'autre ancre, et on abraque dessus jusqu' ce qu'il n'en
reste plus  la mer que la quantit suffisante pour tenir le navire.

Si on dsaffourche avec la chaloupe, on la munit de deux caliornes de
braguets, de poulies de retour et des amarrages ncessaires 
l'opration; on lui donne aussi un bon cordage de la grosseur de l'orin
pour faire un maillon. Car il ne serait pas prudent de lever une ancre
de bossoir par son orin, sans avoir coul un maillon, car si l'orin
casse et que le navire ne puisse venir chercher son ancre, on est oblig
de la draguer, ce qui est souvent bien long et oblige  faire le
sacrifice de l'ancre si on n'a pas le temps ncessaire  cette
opration.

La chaloupe parvenue  l'ancre qu'elle doit draper, saisit la bosse,
place l'orin sur le davier et le raidit. On coule le long de l'orin un
maillon  noeud coulant, destin  saisir la patte de l'ancre en dessous
de ses ailerons, et  soulager et renforcer l'orin. Lorsque, par la
hauteur du fond, on s'aperoit que le maillon est rendu  sa patte, on
s'assure si elle a t saisie en pesant dessus; s'il rsiste, elle est
prise; dans le cas contraire, il remonte le long de l'orin et on le
coule de nouveau.

Lorsqu'il est en place on le raidit, et si on ne compte pas sur l'orin,
on les runit et on frappe dessus la caliorne de braguet, dont une
poulie est croche  un piton d'trave et dont le garant revient sur
l'arrire dans une poulie de retour, afin de pouvoir longer dessus la
plus grande quantit possible de matelots.

L'ancre dtache du fond, on vire sur son cble  bord, ce qui amne
sous l'cubier la chaloupe qui la tient suspendue. Rendue l, on la met
 poste comme nous l'avons dit, et on vire sur le cble de l'ancre qui
doit servir  l'appareillage.

Le navire dsaffourch, on embarque sa chaloupe avec un appareil compos
de deux caliornes frappes l'une sur la grande vergue, et la seconde sur
la vergue de misaine, et deux caliornes servant de palans d'tai. Les
basses vergues portent, pendant cette opration, un poids considrable,
et fatiguent beaucoup, quoiqu'on les renforce par une fausse balancine.

Pour les soulager, on fait les caliornes  pendeur. Ce pendeur passe
sur le chouc du bas mt et se marie, par le moyen d'un burin,  une
estrope qui embrasse deux ou trois haubans du ct oppos  celui o
l'on hisse. Ce pendeur se frappe sur la vergue au moyen d'une estrope 
burin. La vergue alors ne fait plus que l'office d'arc-boutant, et la
plus grande partie de l'effort a lieu sur le chouc du bas mt.


_Appareiller, le Navire vit le bout au vent._

On vire  long pic; on largue les voiles carres, le grand foc et la
brigantine, on borde et hisse les huniers. Si on veut abattre sur
tribord, on brasse bbord devant tribord derrire, en effaant bien le
petit hunier par sa bouline de revers; on pse le gui et on le porte sur
tribord. On ferait le contraire si on devait abattre sur bbord.

On drape. Le navire tant vit le bout au vent, ayant son petit hunier
brass bbord et bien effac par sa bouline, faisant avec la quille
l'angle le plus aigu qu'il puisse faire, l'avant du navire tombera sur
tribord. Mais pendant ce mouvement il cule, puisque le vent est sur les
voiles, on met alors la barre  tribord pour acclrer le mouvement
d'abatte, qu'on peut encore augmenter en hissant le grand foc aussitt
que le mouvement est prononc.

Lorsque le vent commence  prendre dans les voiles de l'arrire, on
dresse la barre et on change le phare de l'avant qu'on oriente. Si
l'abatte continue encore, ce qui arrive ordinairement, parce que le
navire n'ayant pas d'aire ne pourra ranger au vent que lorsqu'il en aura
pris, que du reste la barre a t dresse en changeant devant, on choque
l'coute de foc et on borde la brigantine.

Si les circonstances le permettent, on laisse le petit hunier masqu
pendant le temps qu'on travaille  mettre l'ancre  poste. Si les
abattes sont trop grandes, on borde la brigantine. Si le foc tait
dehors, son coute a d tre file aussitt que le vent a pris dans les
voiles de l'arrire.

L'ancre  poste, on dresse la barre, on borde le foc, on cargue la
brigantine, et on change le phare de l'avant qu'on oriente.

Si la position du navire a exig qu'il ft de la route aussitt que
l'ancre a quitt le fond, pour viter un danger, ou un btiment mouill
 petite distance, il ne faut faire que la voile absolument ncessaire
pour assurer la promptitude des mouvemens; car, avec un sillage
rapide, il est bien difficile, surtout s'il y a un peu de mer, de mettre
l'ancre  poste, et il peut en rsulter de graves inconvniens.

Lorsque le vent est frais, qu'on juge qu'aprs l'appareillage on ne
pourra porter les huniers qu'avec un ou plusieurs ris, il faut le
prendre en larguant les voiles, avant de le border. Il est mme plus
prudent de le prendre avant de virer, pour ne pas s'exposer  chasser
tant  long pic.

Si le vent est assez fort pour ne pas permettre d'tablir les huniers,
mme avec des ris, lorsqu'on est  long pic, alors il faut se contenter
de contre-brasser les voiles de l'avant et de larguer les fonds du petit
hunier; on doit aussi larguer le petit foc pour pouvoir le hisser
aussitt que le phare de l'avant contre-brass a fait prononcer
l'abatte. Les vergues du grand mt et du mt d'artimon sont orientes
et leurs huniers prts  tre largus et tablis; lorsque l'abatte
n'est plus incertaine, l'artimon est largu pour tre bord afin de la
modrer.


_Observations._

Quelque simple que soit un appareillage de temps maniable, il est une
foule de prcautions prparatoires et  prendre aprs cette manoeuvre,
dont il est peut-tre utile de parler.

Si on est amarr avec des cbles et mouill sur un fond de vase, il faut
les laver avec soin  mesure qu'on vire, ou aprs que les ancres sont
drapes, les frotter avec des brosses  pont ou des balais pour en
dtacher la vase, les longer autant que possible dans la batterie ou
sur le pont, en faire autant pour les garcettes et la tournevire, et ne
les envoyer dans la cale que lorsqu'ils sont parfaitement secs. Si on est
amarr avec des cbles-chanes, il faut aussi les laver, car tant mis
immdiatement dans leurs puits, la vase qui y est attache ne tarderait
pas, sans cela,  rpandre une odeur ftide et malsaine.

Aussitt qu'une ancre est drape, elle doit tre mise en mouillage, un
navire ne devant jamais appareiller sans tre dispos  mouiller, si les
circonstances l'y obligent.

Lorsqu'on est hors de vue de terre, on soulage les pattes des ancres 
hauteur du plat bord, on double les bosses de bout et les serres-bosses,
et  cinquante lieues au large on dtalingue les cbles et
cbles-chanes pour les envoyer dans la cale et soulager l'avant du
navire.

En appareillant, les canots des porte-manteaux doivent tre disposs de
manire  tre immdiatement amens pour remorquer le navire en cas de
calme, et dfier un abordage. A la mer, on les tablit sur bosses, et on
dcroche les palans, afin de pouvoir les amener avec leur quipage, pour
porter secours  un homme tomb  la mer. Ils seront donc toujours munis
du gouvernail et de la barre, des avirons et d'une gaffe.

Avant d'appareiller, une visite gnrale doit avoir lieu. La barre et sa
drosse doivent tre visites, celles de rechange dgages, les palans
qui, en cas de rupture de la drosse, les remplacent momentanment,
disposs  leurs pitons.

On s'assure que les mts de hune et de perroquet sont concs dans leurs
choucs; que les objets amovibles, tels que coffres, cuisines, etc., sont
saisis; que la chaloupe et les drmes ont leurs saisines raidies; que
l'artillerie est amarre  garans doubles[1].

  [1] Les canons des batteries basses des vaisseaux sont mis  la serre
  avant l'appareillage, afin de pouvoir fermer les sabords aussitt que
  l'tat de la mer l'exige.

Les gabiers dgenopent les manoeuvres et les lovent auprs de leurs
poulies de retour. Ils visitent les coutes, drisses et itagues. Les
paillets de brassiage et d'tais sont mis en place; les arcs-boutans,
pour pousser les galhaubans volans, disposs dans les hunes.

Un navire, devant toujours tre dispos  faire toute la voile que les
circonstances exigent, doit appareiller avec les perroquets croiss et
garnis, lorsque le temps le permet. S'il porte des catacois, les drisses
seront passes, le grement des bonnettes sera en place, les drisses
frappes au point des huniers, et les amures loves aux bouts des
vergues.

Les tais des mts de hune et de perroquet sont bosss; les bosses des
amures et coutes des basses voiles, celles des drisses des huniers et
des focs, sont mises en place.

Enfin, suivant la saison et la traverse, et s'ils n'ont pas t grs
en rade, on place et on raidit les pataras, l'tai de tangage du mt de
misaine, les haubans de beaupr et sa fausse sous-barbe.


_Appareiller, le Navire vit au courant._

Le navire, vit le bout au courant, peut l'tre en mme temps au vent;
alors l'appareillage est celui que nous venons de dcrire, avec cette
diffrence que le courant agissant sur le gouvernail, comme si le navire
allait de l'avant, il faut mettre la barre du bord oppos  celui sur
lequel on veut abattre.

Si cependant le mouvement d'acule tait plus fort que celui du courant,
la diffrence de ces deux mouvemens, agissant alors dans le sens du plus
fort, qui est celui de l'acule, on mettrait la barre du bord o on veut
abattre.

Le navire, vit le bout au courant, peut recevoir le vent sur ses
voiles, ou dans ses voiles. Il le recevra sur ses voiles, si l'angle
qu'il fait avec la quille est moindre que l'angle du plus prs. Dans ce
cas il est impossible, par la seule manoeuvre des voiles, de faire
passer son avant dans le lit du vent. On ne peut donc que prendre les
amures du bord o vient le vent. Il suffit pour cela de le faire abattre
d'une quantit assez grande pour que le vent prenne dans les voiles.

Supposons que le vent venant de bbord fasse avec la quille un angle
moindre que celui du plus prs. Etant  long pic, on tablit les
huniers, on largue le grand foc et la brigantine, on met la barre 
bbord, et on brasse bbord devant et tribord derrire. Au moment o
l'ancre drape, on hisse et borde le grand foc; l'avant du navire doit
ncessairement tomber sur tribord par l'action du foc, du petit hunier
masqu et du gouvernail qui, par l'effet du courant, porte l'arrire sur
bbord, puisqu'on y a mis la barre. Lorsque par suite de l'abatte le
grand hunier et le perroquet de fougue reoivent le vent, on change le
petit hunier, on dresse la barre, et s'il est utile de modrer
l'abatte, on borde la brigantine en filant l'coute du grand foc.

Si la route exigeait qu'on changet d'amures, on le ferait comme nous le
dirons en parlant des viremens de bord vent arrire.

Mais si les localits taient telles qu'on ne pt prendre les amures du
bord du vent, ou qu'on n'et pas l'espace ncessaire pour en changer
aprs avoir drap, il faudrait trouver un point fixe, soit  terre,
soit sur un navire, soit en longeant une ancre  jet, de manire qu'en
virant sur ce point, sur lequel on aurait port un grelin qu'on
passerait  tribord derrire, on pt porter l'arrire sur tribord, et
par consquent l'avant sur bbord.

Le navire tant  pic, on hale sur le grelin jusqu' ce que l'avant du
navire ait dpass le lit du vent, c'est--dire que le vent qui tait de
bbord soit maintenant  tribord. On tourne le grelin, on tablit les
huniers qu'on brasse tribord devant et bbord derrire, on largue le
grand foc et la brigantine; on drape, on met la barre  tribord, et
lorsque l'avant du navire tombe sur bbord, on largue le grelin, et on
continue les manoeuvres comme nous l'avons indiqu dj.

Si le navire n'tait que le bout au vent, il faudrait, au moment de
draper, haler sur le grelin pour assurer l'abatte.

Lorsque le navire, vit au courant, reoit le vent dans les voiles,
l'appareillage est bien simple; il suffit d'tablir assez de voiles pour
que, au moment o l'ancre drape, le navire puisse refouler le courant,
car sans cela il risquerait de masquer, si dans un lan le courant
venait  prendre par la joue sous le vent.

Pour parer  cet inconvnient, non-seulement il faut avoir une assez
grande quantit de voiles dehors, mais il faut augmenter celles du phare
de l'avant pour tre certain que le navire ne viendra pas au vent.

Le navire ayant pris de l'aire, on manoeuvre suivant les localits, pour
mettre l'ancre  poste le plus lestement possible.


_Appareiller en faisant embossure._

Il arrive quelquefois qu'un navire est oblig d'appareiller, sans
pouvoir lever son ancre, lorsqu'il a t oblig de mouiller sur une
cte, sur laquelle il tait affal. La violence du vent ne lui permet
pas de virer sur l'ancre, car en chassant il s'approcherait encore de la
cte qu'il doit viter, et s'y perdrait.

S'il peut indiffremment abattre sur un bord ou sur l'autre, aprs avoir
pris dans les huniers les ris que la force du vent exige, et les avoir
serrs, il faut brasser bbord devant et tribord derrire, si on doit
abattre sur tribord et larguer l'artimon, le foc d'artimon et le petit
foc, dont on abraque l'coute  tribord.

On se dispose  couper le cble sur la bitte, ou  filer le cble-chane
qu'on dmaillone sur l'arrire de la bitte. On largue le fond du petit
hunier, on met la barre  tribord, et au moment o on s'aperoit que
l'avant tombe sur tribord par l'effet du petit hunier masqu, on coupe
le cble et on acclre l'abatte en hissant le petit foc. L'acule
tant trs forte, aussitt que le cble est coup, le gouvernail dont la
barre est  tribord agit alors avec une grande puissance, et assure le
mouvement d'abatte, qu'on modrera en bordant l'artimon et le foc
d'artimon, pour soutenir le navire, puis on tablit toutes les voiles
carres que le temps permet de porter.

Si la configuration de la cte exige qu'on abatte imprieusement d'un
bord, on ne peut se hasarder  manoeuvrer comme nous venons de le dire;
car quoique tout ait t dispos pour abattre sur un bord plutt que sur
l'autre, il peut arriver telle circonstance imprvue qui fasse manquer
la manoeuvre, et alors le salut du navire est compromis.

Dans ce cas il faut manoeuvrer avec certitude. Pour cela, on fait
embossure sur le cble du bord oppos  celui o l'on veut abattre, et
on garnit l'embossure au cabestan aprs l'avoir fait passer par le
sabord ou le chaumard le plus arrire.

Le cble et les voiles tant disposs comme nous l'avons dit plus haut,
on brasse la misaine et le petit hunier du bord de l'embossure, et les
vergues du grand mt et du mt d'artimon au sens contraire, on largue le
petit foc, l'artimon et le foc d'artimon, on dferle les fonds du petit
hunier.

On vire sur l'embossure, ce qui approche l'arrire du lit du vent et en
loigne l'avant de la mme quantit; on hisse le petit foc en continuant
 virer; lorsque l'abatte est assez prononce, on coupe le cble, et on
file l'embossure immdiatement aprs. Car aussitt que le cble est
coup, l'arrive est considrable, et si on ne filait pas l'embossure,
le navire viendrait vent arrire, ce qu'il faut empcher.

L'embossure file, on borde l'artimon et le foc d'artimon, et on tablit
toute la voile que le temps permet pour s'loigner de la terre.




CHAPITRE III.

_Manoeuvrer les voiles de mauvais temps._


_Prendre des ris aux huniers._

Rien n'est plus simple et plus facile que de prendre des ris sur rade ou
de beau temps  la mer; mais il n'en est pas de mme par une grosse mer
et un vent violent, une foule de circonstances non prvues par la
thorie rendent cette opration longue et difficile.

Le premier ris, dsign vulgairement par le nom de ris de chasse, n'est
qu'un ris de prcaution qu'on prend tous les soirs au coucher du soleil,
 bord des navires de guerre, et gnralement  bord de tous les navires
de grande dimension lorsqu'ils naviguent au plus prs. Les garcettes
sont moins fortes et plus espaces que celles des autres ris; il a aussi
moins de hauteur.

Le second ris se prend ordinairement aprs avoir serr les perroquets;
cependant les vaisseaux et frgates peuvent porter leur grand et leur
petit perroquet avec le deuxime ris. Si la mer est forte lorsqu'on
prend le deuxime ris, on rentre le grand foc  mi-bton, et on
remplace la brigantine par l'artimon[2].

  [2] Ce que nous disons ne s'applique qu'au navire naviguant au plus
  prs.

Le troisime ris est un ris de mauvais temps. Le grand foc est remplac
par le petit foc, et souvent le foc d'artimon remplace la grande voile.
Si la mer est grosse on dgre les perroquets.

Si la violence du vent oblige de prendre le quatrime ris, le perroquet
de fougue est serr.

Pour prendre un ris aux huniers, on les brasse au vent en larguant les
boulines, et on les amne lorsqu'ils sont en ralingue. Quand les vergues
reposent sur les paillets des choucs des bas mts, on s'assure que les
balancines sont raides, on abraque fortement les bras des deux bords et
les palans de roulis pour que la vergue n'ait aucun mouvement. On pse
le palanquin et le faux-palanquin du vent, ensuite ceux sous le vent. Le
palanquin doit tre assez pes pour que la ralingue entre lui et la
vergue soit molle, et que le faux-palanquin puisse ainsi facilement
rendre la cosse d'empointure au taquet de la vergue.

Nous dirons  ce sujet que le faux-palanquin ne doit pas tre frapp 
demeure comme cela a lieu sur plusieurs navires, mais amovible, afin
qu'on puisse toujours le crocher au ris  prendre, lorsque le suprieur
vient de l'tre. Il nous parat aussi simple que facile de faire servir
 cet usage les drisses de bonnettes de hune qu'on doit tablir  croc.

Les hommes longs sur les vergues saisissent les garcettes et portent
la toile au vent, afin que son empointure soit mise  joindre.
Lorsqu'elle y est, ils portent la toile sous le vent pour faire prendre
celle sous le vent. Les empointures prises, ils laissent tomber la
toile, la reprennent pli par pli pour la porter sur la vergue, puis ils
saisissent les garcettes, les souquent sur l'arrire de manire que le
ris couvre et soit sur l'arrire de ceux pris antrieurement. Pendant
qu'on amarre les garcettes on double les empointures.

On affale les palanquins, faux-palanquins et cargues, on choque les
palans de roulis, les bras sous le vent, et on hisse les huniers, en ne
filant les bras du vent qu'au fur et  mesure que la vergue monte, car
sans cela elle raguerait les haubans de hune sous le vent, et le vent
prenant dans la voile et l'effaant, augmenterait l'effort qu'on est
oblig de faire sur la drisse. Quand le hunier est rendu, on fait
descendre au-dessus de son racage le racage du galhauban volant, pour
pouvoir le raidir et pousser l'arc-boutant avant que le hunier ne soit
orient.

Lorsqu'on prend le troisime ris, on est oblig quelquefois de choquer
les coutes; sans cela, non-seulement les palanquins ne pourraient tre
convenablement pess, mais ils fatigueraient trop la voile qu'ils
dchireraient peut-tre; avarie bien dangereuse, si sur une cte elle
obligeait  changer un hunier. Les coutes ne doivent tre choques qu'
retour sur leurs bittes, et amarres lorsque les palanquins sont 
poste.

Il est vident que si en prenant le troisime ou quatrime ris, les
basses voiles ne sont pas appareilles, on peut se dispenser de choquer
les coutes en brassant les basses vergues au vent d'une quantit
suffisante pour donner du mou dans les ralingues.

Lorsqu'on prend le troisime et le quatrime ris d'un temps forc au
plus prs, on peut tenir les huniers en ralingue pour faciliter cette
opration; mais il n'en est pas ainsi lorsqu'on court grand largue et
vent arrire. Les huniers, sous ces allures, ne peuvent tre dvents, 
moins qu'on ne range le navire au vent, et comme, vu l'tat de la mer,
cette manoeuvre peut tre dangereuse, il est quelquefois prfrable de
ne pas dranger le navire de sa route, et de carguer les huniers pour y
prendre le dernier ris.


_Carguer un Hunier de mauvais temps._

On a discut long-temps, et on discute encore pour savoir s'il est plus
convenable de carguer, dans un mauvais temps, les huniers au vent ou
sous le vent.

Quant  nous, nous avouerons avec franchise que non-seulement nous
n'avons jamais trouv une bonne raison pour les carguer au vent, mais
que mme nous ne nous sommes jamais trouv dans une circonstance o
cette manoeuvre n'et t une faute.

Nous accordons que lorsqu'on se dbarrasse d'un hunier par prcaution,
on peut le carguer au vent, en ne mollissant la bouline et l'coute du
vent qu' retour,  la demande de la cargue-point et de la cargue-fond.
Que ces cargues rendues et amarres, on choque l'coute sous le vent 
retour, pour rendre les cargues sous le vent  joindre, et que le hunier
peut tre ainsi cargu sans avaries. Mais mme dans ce cas, qui est le
plus favorable puisque toutes les dispositions ont t prises 
l'avance, peut-on nier que lorsqu'on carguera la portion sous le vent de
la voile, il y aura une plus grande quantit de toile dans laquelle le
vent s'engouffrera, et qui pourra se capeler et se dchirer sur le bout
de la vergue, que si on avait commenc par la partie sous le vent, car
alors celle du vent retenue par l'coute et la bouline ne pourrait se
porter en partie sous le vent, quoique retenue par ses cargues?

Le plus souvent lorsqu'on se dbarrasse d'un hunier, c'est parce que le
vent augmente de fureur, et qu'on a t surpris par une pesante rafale,
ou qu'un grain violent charge le navire qu'il faut soulager
immdiatement. Peut-on alors carguer au vent? Non, et si dans les
circonstances les plus dfavorables on parvient  sauver la voile,
n'est-on pas en droit de conclure qu'il faut toujours agir ainsi?

On doit donc, pour carguer un hunier de mauvais temps, peser fortement
sur le bras du vent et la cargue-point du mme bord pour le faire
amener, mais sans le dventer, car il pourrait masquer, et pour cela ne
pas larguer la bouline; choquer l'coute sous le vent en abraquant la
cargue-point et la cargue-fond; lorsque ces cargues sont rendues, filer
 retour l'coute du vent et la bouline, en pesant les cargues et
brassant seulement alors en ralingue.

Il arrive quelquefois que naviguant au plus prs, l'coute du vent d'un
hunier casse, alors, malgr son bras, la vergue s'efface, pousse par la
voile qui se porte sous le vent, et on ne peut la brasser et par
consquent l'amener, quelque effort qu'on fasse sur le bras, parce
qu'alors l'angle sous lequel il agit est trop aigu. Dans cette
circonstance il faut choquer l'coute sous le vent, ce qui fait
ralinguer la voile et permet de la brasser et de l'amener.


_Prendre les Ris aux basses Voiles._

Les basses voiles n'ont pas de palanquins de ris, on les remplace par
des cartahus qu'on frappe avant l'opration. Simples, ils font dormant 
la patte de la ralingue, en dessous de celle de l'empointure, passent
dans une poulie au bout de la vergue, dans une seconde aiguillete au
ton, et se manoeuvrent au pied du mt. Doubles, ils font dormant au bout
de la vergue, passent dans une poulie croche  la patte et continuent
comme nous venons de le dire.

Pour prendre le ris aux basses voiles, on les cargue, on pse les
cartahus; les hommes longs sur la vergue saisissent les garcettes, et
portent la toile au vent pour faire prendre l'empointure, puis ils la
portent sous le vent, pour prendre celle sous le vent; ils larguent les
garcettes, prennent la toile pli par pli pour l'longer sur la vergue,
souquent les garcettes sur l'arrire et les amarrent. On double les
empointures.

Comme il est difficile,  bord des grands navires, aux hommes qui
prennent le ris, de saisir d'une main la garcette sur l'avant de la
voile, et de la prendre avec l'autre main sous la vergue et sur son
arrire, on a imagin de prendre le ris sur filire, ce qui est plus
facile et diminue considrablement le poids inutile des garcettes,
rduites alors  12 ou 15 pouces.

Cette filire est place comme celle d'envergure, mais sur son arrire.
Les garcettes sont sur l'avant de la voile, et sont fixes sur son
arrire par un menu filin qui passe dans leurs oeillets et fait dormant
sur les deux ralingues; un quarantenier est dispos de la mme manire
sur l'avant. Lorsque les empointures sont prises, on saisit les
garcettes, on porte la bande du ris  toucher la filire, en laissant
tomber la toile du ris entre la vergue et la voile; on passe les
garcettes sous la filire de dessous en dessus, et on les amarre deux 
deux sur l'arrire.


_Carguer une basse Voile de mauvais temps._

Lorsque le temps est mauvais, les basses voiles se carguent sous le vent
comme les huniers.

On dispose les hommes sur les cargues sous le vent, et on ne file
l'coute sur son taquet qu' la demande des cargues; quand elles sont 
joindre, on passe au vent et on cargue en ne filant aussi l'amure qu'
retour, car si elle tait largue en bande, la toile porte et colle
sur le grand tai par la violence du vent, n'en serait retire qu'en
lambeaux.

Pour l'tablir, on commence par l'amure, en ne filant les cargues qu'
sa demande. La voile, dans cet instant, doit tre tenue en ralingue,
sans cependant trop battre, ce qui pourrait la masquer ou la dchirer.
Le point du vent rendu, on borde l'coute d'aprs les mmes principes.

En amurant une basse voile, il faut larguer la balancine du vent de la
basse vergue, la cargue-point et la bouline du hunier, afin qu'elles ne
s'opposent pas  l'effet de l'amure; et aussitt qu'elle est tablie,
appuyer fortement le bras du vent en larguant celui sous le vent.

Car si les deux bras taient amarrs, dans le coup de tangage, la mture
tombant sur l'avant, la vergue ne pourrait suivre ce mouvement, et
l'effort que supporterait alors le milieu de la vergue pourrait la faire
casser; tandis que si le bras sous le vent est largue, la vergue, par
son mouvement de rotation, chappe  l'effort du mt.

Les huniers s'tablissent de mauvais temps, comme les basses voiles,
c'est--dire qu'on commence par l'coute du vent, en ne filant les
cargues qu'autant qu'il est ncessaire pour faire agir l'coute, on
borde ensuite sous le vent de la mme manire.




CHAPITRE IV.

_Des Viremens de bord._


Un navire vire de bord ou change d'amure, en faisant passer son avant,
ou son arrire, dans le lit du vent, de l les viremens de bord vent
devant, et vent arrire, ou lof pour lof.

Mais chacune de ces manires de virer se modifie quelquefois par les
circonstances, soit qu'il faille acclrer l'volution, soit qu'un
espace limit oblige de la circonscrire.


_Virer de bord vent devant en gagnant au vent._

Si le navire n'est pas au plus prs, il faut l'y ranger, et bien faire
attention qu'au moment o on commence l'volution il ne soit ni arriv,
ni lanc au vent.

On met la barre dessous sans prcipitation, et pour augmenter le
mouvement d'aulofe qu'elle communique au navire, on borde la brigantine
et on file l'coute des focs.

Aussitt que le navire est assez rang au vent pour faire ralinguer les
basses voiles, on lve les lofs, et quand il est presque vent devant, on
change vivement les voiles de l'arrire en les orientant de l'autre
bord; on change le gui, et on dresse la barre.

Lorsque les voiles de l'arrire commencent  porter, c'est--dire
lorsque le navire a fait une abatte de quatre quarts, on change
lestement les voiles de l'avant, on borde les focs et on oriente au plus
prs.

Si, avant l'instant de changer le phare de l'arrire, le navire a perdu
son aire, on dresse la barre, mais s'il cule on la change, puisqu'elle
produit un effet contraire.


_Observations._

Le navire, au moment o on veut le faire virer vent devant, ne doit tre
ni au vent ni arriv. Dans le premier cas, son aire diminu ralentira et
pourra faire manquer la manoeuvre; dans le second, le mouvement
d'aulofe devant tre plus long, le navire y perdra le surcrot de
vitesse qu'on lui a fait acqurir en arrivant, et l'volution sera
prolonge, sans pour cela tre plus certaine.

Il faut donc viter avec le plus grand soin les mouvemens d'arrive
avant de virer, surtout si la brise est faible; car, dans cette
position, la petite augmentation de vitesse qu'on procure est bien
promptement annule par celle de l'angle d'aulofe, et l'aire est perdu
avant que les voiles soient assez masques pour assurer l'volution. Le
navire incertain n'est plus matris par son gouvernail; ses voiles en
ralingue ne lui impriment pas un mouvement d'acule assez fort pour que
la barre, quoique change, puisse le faire obir, et au lieu de venir au
vent, il arrive et manque son volution.

Pour assurer, autant que possible, la manoeuvre lorsque la brise est
faible, on doit tenir le navire au plus prs et haler bas les focs en
mettant la barre sous le vent, et bordant la brigantine. De cette
manire, en dtruisant l'effet des voiles qui s'opposent le plus 
l'aulofe, on peut plus facilement parvenir  masquer, et par consquent
 virer.

Si la brise est frache et la mer belle, une arrive, avant de virer,
n'aurait d'autre inconvnient que de prolonger l'volution, parce
qu'alors le navire, quoique ayant un plus grand angle  parcourir pour
masquer, le franchira  l'aide de son gouvernail; mais comme on doit se
piquer de manoeuvrer avec le plus de prcision possible, il faut viter
ce mouvement qui n'est qu'une fausse manoeuvre.

Si la mer est forte, il faut choisir pour envoyer un moment favorable,
c'est--dire celui o l'aire du navire n'a pas t cass par un coup de
tangage, et o il possde toute sa vitesse.

Si, lorsque la brise est faible, il est prudent, pour assurer
l'volution, de haler bas les focs, on peut, lorsqu'elle est frache, ne
filer leurs coutes que lorsque les basses voiles commencent 
ralinguer, parce que, jusqu' ce moment, ils concourent  augmenter la
vitesse, et que le gouvernail suffit pour ranger au vent. Il est
quelques navires qui, en filant les coutes des focs, choquent aussi
l'coute de misaine. Cette mthode, qui acclre l'volution, empche
ncessairement de gagner au vent puisqu'elle diminue l'aire, et c'est en
gnral ce qu'on se propose en virant vent devant.

Quand on lve le lof des basses voiles, on doit abraquer les coutes et
amures de revers, afin qu'elles ne s'engagent pas dans les
porte-haubans, et que le changement des phares puisse se faire avec la
plus grande promptitude. En mme temps on largue les galhaubans du vent,
et on les affale pour pouvoir les passer sur l'arrire des hunes quand
on orientera. A mesure que les phares sont orients on raidit leurs
galhaubans, et on pousse les arcs-boutans.

Si le vent est frais, le phare de l'arrire reste long-temps sur le mt
avant d'tre chang, fait culer le navire, et lui fait ainsi perdre du
chemin au vent; on augmenterait peut-tre la clrit de l'volution, et
on perdrait moins en carguant la grande voile en levant ses lofs. On
l'tablit dans ce cas aprs avoir chang d'arrire ou d'avant.

Le moment de changer d'arrire, qui n'est pas toujours indiqu d'une
manire convenable par la girouette, l'est positivement par la
brigantine. Lorsqu'elle est entirement dvente, c'est une preuve que
le vent est entre les vergues de l'avant et le beaupr; que le phare de
l'avant fait ranger le navire au vent, et que les voiles de l'arrire,
inutiles  cette partie de l'volution, peuvent tre disposes  l'autre
bord.

Lorsque, par suite de la force de la brise, les phares de l'arrire ont
t changs avec lenteur, il arrive souvent qu'on se croit oblig de
changer devant lorsque l'abatte est suffisamment prononce et qu'on se
trouve  l'autre bord sans avoir une seule voile oriente, si ce n'est
la brigantine. Dans cette position, le navire tombe sous le vent, ne
peut sentir l'effet de son gouvernail, puisque ses voiles en ralingue ne
lui communiquent aucune vitesse, il peut masquer, ou du moins il est
trs-lent  arriver, est oblig de gouverner largue pour faire porter
ses voiles, et ne peut ranger au plus prs que lorsqu'elles sont
orientes, ce qui lui fait perdre beaucoup au vent.

Dans ce cas il nous semble bien prfrable d'orienter parfaitement les
phares de l'arrire, ou au moins d'en brasser les vergues
convenablement, d'amurer et border la grande voile avant de toucher aux
voiles de l'avant, en mettant la barre dessous pour modrer l'abatte;
puis changer les voiles de l'avant, qui seront bientt dmasques, le
navire tant plus arriv qu'il ne le serait si on avait fait le
mouvement comme ci-dessus; dresser la barre et border les focs. On sent
que le navire prenant immdiatement de l'aire, rangera au plus prs bien
plus immdiatement, et perdra moins au vent.

Le gouvernail tant un des principaux agens de cette volution, sa
manoeuvre doit tre surveille avec le plus grand soin.

La barre ayant t mise sous le vent aussitt qu'on a voulu lancer au
vent, est dresse lorsque le navire a entirement perdu son aire. S'il
cule, on la change, parce qu'alors le gouvernail agit en sens contraire,
ou comme si on l'imaginait plac de l'avant. Si la barre n'a pas t
dresse avant le moment o l'on change les phares de l'arrire, on la
dresse alors, parce que celui de l'avant suffit pour achever
l'volution. Mais si l'abatte est trop forte, on la met dessous pour la
modrer pendant qu'on change les voiles de l'avant.

Si aprs avoir pris l'autre bord, on ne peut pas orienter tout  la
fois, on commencera par l'arrire ou l'avant, suivant que le navire
aura besoin de lofer ou d'arriver pour tre au plus prs.

Si, ayant chang les voiles de l'avant, le navire venait au vent malgr
que les focs fussent bords, ce qui peut arriver parce qu'on a chang
trop tt, ou parce que la mer houleuse d'un vent qui a rgn, une lame a
pris le navire par la joue sous le vent, il faut remasquer devant,
carguer la brigantine pour faire prononcer l'abatte.

Dans le virement de bord vent devant, nous n'avons pas parl des voiles
d'tai, parce que dans notre opinion ces voiles ne peuvent tre que
nuisibles sous cette allure,  bord des btimens  voiles carres.


_Virer de bord, vent devant, le plus promptement possible._

Dans le virement de bord que nous venons de dcrire, nous avons suppos
que rien ne gnait l'volution, et que son but tait de changer d'amure
en gagnant au vent le plus qu'il est possible.

Mais il peut se faire que le navire, arrt par un obstacle imprvu,
soit oblig de virer immdiatement sans s'en approcher et sans tomber
sous le vent.

Il faut alors amortir brusquement l'aire du navire, en mettant en mme
temps et trs-vivement la barre dessous, bordant le gui, filant les
coutes des focs et de la misaine. Si la vitesse tait considrable
avant la manoeuvre, il est probable que le navire prendra vent devant,
et alors on terminera l'volution comme nous l'avons dit plus haut.

Mais s'il ne pouvait prendre, on masquerait partout en larguant les
boulines, carguant la brigantine et la grande voile, afin de culer, puis
on change d'amures, comme nous le dirons en parlant des viremens de bord
vent arrire.


_Virer de bord vent arrire._

On cargue la brigantine et la grande voile, on largue les boulines
d'arrire, et on en brasse les voiles en ralingue. Aussitt qu'elles y
sont, on met la barre au vent. L'effet des voiles de l'arrire tant
dtruit, l'arrive est prompte, et pour qu'elle ne se ralentisse pas, on
continue  brasser en ralingue  mesure que le btiment arrive.

Lorsque le vent est de la hanche, on lve les lofs de la misaine, et on
brasse son phare de manire qu'il soit carr lorsque le vent est de
l'arrire.

Les vergues du grand mt et du mt d'artimon ont t aussi brasses de
la mme manire. Mais comme il faut faire venir le navire sur l'autre
bord avec promptitude, ce  quoi il est dj port par sa barre, qui
ayant t mise au vent se trouve sous le vent et du bord oppos  celui
o on veut prendre les amures, on file les coutes des focs, on continue
 brasser derrire. Ds que le vent est de la hanche, on borde la
brigantine  mesure que le navire range au vent, on amure la grande
voile. Lorsque le vent est du travers, on doit tre orient derrire,
alors on oriente devant en bordant les focs et dressant la barre pour
modrer l'aulofe qui doit tre vive si la brise est frache.


_Observations._

Le virement de bord vent arrire ne s'excute  bord d'un navire
naviguant isolment, que lorsque l'tat du vent et de la mer ne lui
permet pas de virer vent devant; c'est donc le plus souvent avec un
vent violent et une grosse mer que cette manoeuvre a lieu. Il faut y
apporter le plus grand soin pour ne pas faire d'avaries.

Si la grande voile est remplace par le foc d'artimon, on le hale bas en
carguant l'artimon, et on passe immdiatement son coute de l'autre bord
pour l'empcher de battre lorsqu'on le hissera.

A mesure qu'on brasse, on doit abraquer les drosses et les palans de
roulis, de manire qu'ils soient raides lorsque le navire est vent
arrire, car c'est alors le moment des plus violens roulis. Par la mme
raison, on ne largue pas les galhaubans du vent; ceux sous le vent sont
raidis aussitt que le mouvement des vergues le permet, en sorte qu'ils
le sont des deux bords lorsque le vent souffle de l'arrire.

Il faut haler bas le petit foc et non filer son coute, car il serait
probablement emport si on le laissait battre pendant que le navire
vient au vent; il faut mme le border avant de le hisser, pour l'tablir
 l'autre bord.

Lorsque le vent est violent, le navire a acquis une grande vitesse au
moment o il est vent arrire, et il serait imprudent de ranger
immdiatement au vent. On doit dresser la barre et choisir le moment
favorable en donnant le temps ncessaire pour tablir les voiles
convenablement.


_Virer de bord vent arrire en masquant._

Cette manoeuvre doit tre excute avec la plus grande promptitude,
puisqu'elle ne se fait que dans des circonstances imprvues, lorsqu'il
faut instantanment s'loigner d'un objet.

Il faut, en mme temps, s'il est possible, mettre la barre dessous,
carguer la brigantine et la grande voile, filer les coutes des focs et
de la misaine, larguer toutes les boulines et contre-brasser devant en
levant les lofs de misaine et orientant son phare  l'autre bord.

Le navire dont l'aire a t promptement amorti, puisque l'effet de
toutes ses voiles a t dtruit et que l'aire acquis a t bris en
venant au vent, cule avec rapidit en abattant; son phare de l'avant
tant contre-brass, et ceux de l'arrire en ralingue, on continue  les
tenir ainsi pendant l'arrive; et s'il est ncessaire de rendre l'acule
plus vive, on les masque, mais en ne les brassant que carrment pour
qu'ils ne s'opposent pas  l'abatte. Lorsqu'elle sera de 90,
c'est--dire lorsque le vent sera du travers, les voiles de l'arrire se
trouveront en ralingue, et malgr cela, si la brise est frache, le
gouvernail suffira pour faire dpasser ce point au navire qui prendra le
vent dans ses voiles de l'arrire, et acquerra de la vitesse, alors on
bordera les focs en changeant la barre. Le vent tant de l'arrire, on
filera les coutes des focs et de la misaine, on suivra le vent en
brassant convenablement les voiles de l'arrire, puis on bordera la
brigantine, on amurera la grande voile, et les vents tant du travers,
on bordera les focs et la misaine en dressant la barre et rangeant au
plus prs.

Si l'abatte tant de 90, le mouvement d'acule n'est pas assez fort
pour que le gouvernail fasse franchir le point o les voiles de
l'arrire sont en ralingue, il faut border les focs et venter derrire
pour donner de l'aire au navire en dressant la barre, puis en la mettant
au vent ds qu'il en a acquis pour terminer l'volution.




CHAPITRE V.

_De la Panne._


Un navire est en panne, lorsque ses voiles sont disposes de telle sorte
que se contrariant mutuellement dans leurs effets, leur rsultat est
nul. Alors le navire est presque immobile, et n'obit plus qu'au
mouvement de la lame et du courant.

On rduit ordinairement la voilure aux huniers,  la brigantine et au
grand foc, lorsqu'on veut mettre en panne, quoique dans quelques
circonstances on puisse, comme nous le dirons, garder toutes les voiles
du plus prs.


_Mettre en panne, vent dessus, vent dedans._

On rduit la voilure aux huniers, grand foc et brigantine, on serre le
vent au plus prs, puis on masque le grand hunier en mettant la barre
dessous en douceur, et filant l'coute du foc, quand l'aulofe commence
 se ralentir.

On peut aussi, au lieu de masquer le grand hunier, masquer le petit
hunier et le perroquet de fougue, ou seulement le petit hunier.


_Observations._

L'habitude du btiment doit indiquer quelle est la panne sous laquelle
il se comporte le mieux, c'est--dire celle o il fait les moins grandes
abattes, et o il drive par consquent le moins. Car, quoique la
thorie soit la mme pour tous les navires, il n'en est nullement ainsi
pour la pratique, quoiqu'on en puisse dire.

Tel navire fait de grandes embardes, ayant son grand hunier masqu, et
ne revient au vent que lorsqu'il ralingue, tandis qu'un autre,
parfaitement semblable, ne fait dans cette position que des embardes de
deux quarts.

Le petit hunier masqu oblige tel navire  faire des arrives,  prendre
le vent par la hanche, tandis que tel autre, non-seulement ne fait que
de faibles abattes, mais mme peut ne pas mettre toute sa barre
dessous, ainsi que nous l'avons vu nous-mme.

Quoique la connaissance parfaite du navire indique suffisamment la
panne qui lui est la plus favorable, il est des donnes gnrales que
nous devons faire connatre.

Si on met en panne au vent d'un objet qu'on ne veut pas approcher, il
faut disposer sa voilure de manire  pouvoir prendre de l'aire et lofer
le plus promptement possible. Pour cela, il faut masquer le petit
hunier, et laisser venter le grand hunier et le perroquet de fougue.

Il est vident que si dans cette position il est ncessaire de prendre
de l'aire pour lofer et doubler l'objet sous le vent, les voiles de
l'arrire tant orientes, il n'y aura qu' dresser la barre en brassant
devant, et aussitt que le petit hunier sera dmasqu on pourra lofer
avec la barre et border le foc. Tandis que si le grand hunier avait t
masqu, le navire aurait t plus lent  ranger au vent, n'ayant pas son
phare du grand mt orient aussi promptement, et aurait dcrit sous le
vent un arc plus grand, qui l'aurait rapproch de l'objet qu'on doit
viter.

Si, au contraire, on met en panne sous le vent d'un navire, et qu'on
veuille tre prt  arriver s'il venait  vous approcher, on doit
masquer le grand hunier et le perroquet de fougue, en ne les brassant
que carrment.

Dans cette position, l'arrive sera bien prompte, puisqu'il suffira de
carguer la brigantine et de border le foc en dressant la barre. Le grand
hunier et le perroquet de fougue n'tant brasss que carrment, seront
mis en ralingue par le seul mouvement imprim au navire en carguant la
brigantine et bordant le foc; d'ailleurs on les brassera, mais on est
sr que l'arrive sera dj prononce.

Lorsqu'on mettra en panne, il est inutile d'arrter tout  fait le
navire. On peut se contenter de brasser carrment un des deux huniers;
comme alors il conserve un peu d'aire, un tour de barre dessous suffit
pour le maintenir au vent, et on peut manoeuvrer dans toutes les
circonstances avec plus de clrit.


_Mettre en panne sous toutes les voiles du plus prs._

Si on n'a pas long-temps  rester en panne, si la brise est maniable et
la mer belle, on peut se dispenser de rduire la voilure aux huniers.

On cargue la brigantine, on file en bande l'coute de grande voile, on
largue la bouline du perroquet de fougue, et on met la barre dessous en
douceur; on amarre les bras sous le vent.

Une partie de l'effet des voiles de l'arrire tant dtruite, la vitesse
diminue, et d'autant mieux que la barre tant mise sous le vent peu 
peu, le navire perd son aire en rangeant au vent, et ne peut masquer
puisqu'il a ses focs et le phare de l'avant orients, qui par consquent
s'opposent  ce mouvement. Toutes les voiles se trouveront en ralingue,
et l'aire tant perdu, le navire arrivera, jusqu'au moment o le vent
reprenant dans les voiles, lui donnera de la vitesse, qui, par la
disposition du gouvernail, le fera de nouveau ranger au vent.

On se sert du perroquet de fougue pour acclrer ou modrer les
abattes, en abraquant sa bouline, ou en le masquant.

On amarre les bras sous le vent en commenant l'volution, afin que les
voiles tant en ralingue, leurs vergues ne se portent pas au vent, ce
qui arriverait si elles n'taient tenues que par leurs boulines, et
pourrait faire masquer.

Si malgr toutes ces prcautions le navire masquait, il faudrait
aussitt contre-brasser le phare de l'avant pour le faire arriver; mais
on n'aura jamais cette crainte  avoir si la barre n'est mise dessous
qu'en douceur, car alors l'aire sera cass avant qu'on puisse masquer.

Cette manoeuvre, ainsi que nous le verrons plus bas, est souvent
employe pour sonder de beau temps par un petit fond.


_Faire servir, lorsqu'on est en panne, le vent sur le petit hunier._

Le petit hunier tant masqu pour mettre en route, on cargue la
brigantine, on borde le petit foc et on dresse la barre. Si l'abatte se
prononce, ainsi que cela arrive souvent, on attend que les vents soient
 peu prs de travers, et alors on change le petit hunier qu'on oriente;
lorsqu'il l'est et que la vitesse augmente on borde la brigantine.

Si l'abatte ne se prononce pas, aprs avoir cargu la brigantine, bord
le foc et dress la barre, on ralingue le perroquet de fougue et mme le
grand hunier si cela est ncessaire; puis on les oriente en dmasquant
le petit hunier, comme nous venons de le dire.

Si on devait courir largue, on ralinguerait le grand hunier et le
perroquet de fougue en dressant la barre, parce que non-seulement ils
acclreraient l'arrive, mais encore parce qu'ils se trouveraient plus
promptement disposs pour la route qu'on doit suivre.


_Faire servir, lorsqu'on est en panne, le vent sur le grand hunier._

Pour mettre en route, le grand hunier tant masqu, on cargue la
brigantine, on borde le foc, on dresse la barre et on ralingue le grand
hunier. Lorsque le navire prend de l'aire, on l'oriente en bordant la
brigantine, si on doit serrer le vent.

Dans le cas contraire, on continue  tenir le grand hunier en ralingue,
jusqu' ce que le navire soit arriv au rhumb o l'on veut gouverner,
puis on l'tablit suivant cette allure.

Si on choisit le moment d'une abatte pour border le foc et dresser la
barre, il est inutile de carguer la brigantine, si on doit continuer 
tenir le plus prs, parce que dans ce moment le navire a de l'aire,
qu'on augmente promptement en dmasquant et orientant le grand hunier.


_Faire servir, lorsqu'on est en panne, sous toutes les voiles du plus
prs._

Il faut profiter d'un mouvement d'abatte pour dresser la barre. Dans
cette position, le navire doit prendre de l'aire, et aussitt qu'il en
a, on met un peu de barre au vent pour l'augmenter, sans lui faire faire
une grande arrive; puis on rtablit successivement la voilure en
bordant la grande voile, la brigantine en halant la bouline du perroquet
de fougue.

Si le mouvement d'arrive ne se prononce pas, on ralingue le perroquet
de fougue, et s'il ne suffit pas, on masque devant.


_Observations._

Nous avons entendu parler d'une manire de mettre en panne le vent sur
toutes les voiles, qui consiste  haler bas les focs, contre-brassant
partout  la fois en orientant  l'autre bord, bordant la brigantine et
mettant la barre au vent.

Non-seulement nous n'avons jamais vu employer cette manoeuvre, mais en y
rflchissant, il nous a t impossible de nous rendre raison de son
utilit, de trouver des cas dans lesquels on peut l'employer avec
succs, et d'imaginer comment une volution, qui ncessitait un
changement total de disposition dans toute la voilure, et qui en
ncessitait un second aussi ou presque aussi total pour revenir en
route, a pu tre employe.




CHAPITRE VI.

_Sonder._


Pour sonder, il faut arrter le navire afin qu'il puisse connatre la
profondeur du fond; il ne s'agit que de mettre en panne, suivant l'tat
du vent et de la mer.


_Sonder de beau temps._

Si on court au plus prs, on cargue la brigantine, on file l'coute de
la grande voile en bande, on largue la bouline de perroquet de fougue,
et on met sa barre dessous en douceur. Le plomb ayant t port au vent
de l'avant et la ligne longe, on le mouille aussitt que le navire a
perdu son aire, puis on le retire aprs avoir eu le fond, et on met en
route.

Cette manoeuvre n'tant que la panne sous toutes les voiles du plus
prs, nous n'en parlerons pas plus longuement.

Si on court largue, on rentre les bonnettes, on abraque les coutes des
focs et de la misaine, on cargue la brigantine et on met la barre
dessous, en amarrant les bras sous le vent.

Le navire rangera avec assez de rapidit au vent, mais ses voiles tant
orientes pour le largue ne tarderont pas  ralinguer; et comme la
brigantine est cargue et les focs tablis, il n'est pas possible qu'il
prenne vent devant. Si cependant on pouvait concevoir quelque crainte,
il faudrait mettre la barre dessous, peu  peu, de manire  rompre
l'aire.

Si on est grand largue ou vent arrire, on rentre les bonnettes, on
borde plat les focs, on met la barre dessous ou du bord oppos  celui
o on veut venir. Si le fond tait considrable, il serait mieux
d'ouvrir le phare de l'avant, afin que l'acule ne ft pas aussi forte.


_Sonder de mauvais temps._

Si on est au plus prs, on se dbarrasse de la misaine et de la grande
voile, si elle est tablie; mais si elle est remplace par le foc
d'artimon, on n'y touche pas. Puis on met en panne, comme nous l'avons
dit plus haut, en halant bas le foc, car si on filait son coute, il se
dchirerait, et on mouille le plomb aussitt que le navire a perdu son
aire. Lorsqu'il a t retir, on met en route comme nous l'avons dit en
parlant de la panne.

Mais si on court largue ou vent arrire, les huniers ayant moins de ris
que si on tait au plus prs, il faudrait les prendre avant de mettre en
panne, pour ne pas compromettre la mture.

Si le vent est trop violent pour porter les huniers, on les serre et on
vient au vent sous le petit foc, le foc d'artimon et l'artimon.


_Observations._

On a imagin plusieurs instrumens pour avoir le fond lorsque le navire
conserve son sillage.

Le meilleur, sans contredit, est la boue  stopeur, connue de tous les
marins, mais que beaucoup ont abandonne, parce que la ligne, fortement
souque entre le montant de la boue et le stopeur en fer, tait
frquemment coupe.

Lorsqu'on navigue par de petits fonds qu'il est important de connatre
pour diriger la route du navire, on place un sondeur dans chacun des
porte-haubans du grand mt, qui lancent  la main le plomb sur l'avant,
et annoncent successivement le fond. Mais on conoit qu'ils ne peuvent
le faire avec exactitude que si le plomb a pu toucher le fond dans le
temps qui s'coule entre le moment o le plomb tombe  l'eau et celui o
le grand porte-hauban arrive par le travers, ou  peu prs de ce point.
La vitesse du sillage doit donc tre rgle en consquence.




CHAPITRE VII.

DE LA CAPE.


_Des diffrentes espces de Cape._

Un navire est  la cape, lorsque la violence du vent et sa direction
l'empchant de faire route, il prsente une petite quantit de voiles,
en gardant sa barre dessous, pour perdre le moins possible.

Nous disons la direction du vent, parce que, quel que soit sa violence,
si le navire fait route, ft-il  sec de voiles, il n'est pas  la cape,
il fuit devant le temps.

La voilure  conserver pendant la cape dpend autant des qualits du
navire que des circonstances dans lesquelles on se trouve, et le
manoeuvrier doit observer son navire avec soin, pour connatre quelle
est celle qui lui convient le mieux.

Les capes les plus usites sont:

Le grand hunier au bas ris, la misaine, le petit foc et l'artimon;

Le grand hunier au bas ris, le petit foc et l'artimon;

La misaine, le petit foc, le foc d'artimon et l'artimon;

Le petit foc, la pouillouse, le foc d'artimon et l'artimon;

Le petit foc, le foc d'artimon et l'artimon;

Enfin, la cape  sec.

La premire, celle du grand hunier et de la misaine, est une cape de
beau temps. Le navire a de la vitesse, il sent par consquent sa barre,
on ne la met pas entirement dessous, il suffit, dans les arrives un
peu grandes, de l'y mettre en partie. On peut ainsi dfier la lame,
puisque le navire gouverne, et les coups de mer sont moins dangereux.

Avant d'aller plus loin, nous ferons observer que, quoique nous ayons
dit en commenant ce chapitre, que la cape tait l'tat du navire
prsentant une petite quantit de voiles  la violence du vent en
gardant sa barre dessous, notre opinion n'est pas qu'on doive toujours
en agir ainsi, bien au contraire; le navire doit tre tenu autant que
possible gouvernant, et nous ne voyons que la cape  sec o la barre
puisse tre amarre sous le vent.

Dans toutes les autres circonstances, il faut gouverner, afin de pouvoir
dresser la barre  l'encontre d'une lame qui vient briser avec
violence. Si on gouverne, le navire est moins brid, ses mouvemens sont
moins violens, le gouvernail ne fatigue pas autant et risque moins de
s'avarier, soit dans ses ferrures, dans sa barre ou dans sa drosse.

La cape sous le grand hunier et la misaine, est celle qu'on prend
lorsque le vent a augment graduellement. On doit la garder autant que
possible, puisqu'elle tient le navire gouvernant, et qu'elle permet par
consquent de le faire obir aux mouvemens qu'on peut avoir besoin de
lui imprimer. Mais si le temps est  violentes rafales, et surtout s'il
y a de frquentes sautes de vent, il faut y renoncer, parce qu'en
masquant on compromettrait la mture.

Si, tant sous cette voilure, le vent augmente encore, on serre le grand
hunier, si le navire est ardent, c'est--dire si ses mouvemens d'arrive
sont lents et difficiles; et on serre la misaine s'il est mou,
c'est--dire s'il prsente difficilement au vent. En serrant le grand
hunier, on le remplace par le foc d'artimon de cape.

Sous la misaine, le navire sera mieux dispos pour arriver, ce qui peut
tre d'une grande utilit; mais ses abattes sont plus grandes, il
acquiert plus de vitesse dans ce moment, et revenant au vent par l'effet
du gouvernail, choque la lame avec plus de force et peut recevoir des
coups de mer dangereux, quelque soin qu'on mette  les dfier en
mollissant la barre. D'ailleurs cette voile, place sur l'avant du
navire, le fait plonger et augmente le tangage.

Avec le grand hunier, les abattes sont moins grandes, le navire a donc
moins de vitesse, il choque la lame avec moins de force, et rend les
coups de mer moins dangereux. Il ne charge pas l'avant, diminue les
tangages et modre les roulis en appuyant mieux le navire que la
misaine. Mais l'arrive est plus difficile, et sa vergue, bien moins
appuye que la misaine, peut occasionner des avaries plus frquentes.

Entre les tropiques, dans la saison des ouragans, des tornados et des
typhons, o les sautes de vent sont violentes et instantanes, il faut
prendre la cape sous les voiles latines, parce que les sautes de vent
sont alors sans danger, ne compromettant ni la mture ni le navire, et
qu'il n'en peut rsulter que la perte de voiles de peu d'importance.

Sous cette voilure, le navire est mal appuy, surtout si la mer est
grosse, parce que ces voiles sont souvent dventes dans les mouvemens
de roulis. Il reste alors sans vitesse, ne sent plus son gouvernail, et
peut recevoir des coups de mer dangereux. Les arrives sont promptes,
puisque la plus grande partie du systme de voilure est de l'avant du
centre de gravit, et qu'il est toujours facile de se dbarrasser du foc
d'artimon de cape et de l'artimon.

Au sujet de cette dernire voile, nous ferons observer que, dans de
pareilles circonstances, il faut viter de se servir de l'artimon
envergu sur la corne, trs-difficile  carguer, et dont la toile se
collant sous le vent sur les haubans d'artimon, peut rendre l'arrive
impossible, que la corne fatigue le mt et qu'elle amne difficilement.
On doit le remplacer par un artimon triangulaire ou  petite corne de
deux ou trois pieds, qui n'est retenu que par une seule drisse simple,
dont la voile n'est pas lace au mt, et qui par consquent s'amne et
se hisse avec la plus grande facilit.

Cette cape, sous les voiles latines, se compose du petit foc ou du
tourmentin, de la pouillouse, du foc d'artimon de cape et de l'artimon.
Mais la pouillouse, si elle offre une partie des avantages de la misaine
en rendant les arrives plus promptes, a aussi une partie de ses
inconvniens. Elle occasionne de fortes abattes, charge l'avant qu'elle
fait plonger, et fait embarquer beaucoup d'eau. Aussi est-elle souvent
supprime, et on reste alors sous le petit foc, le foc d'artimon et
l'artimon.

Les navires se comportent en gnral bien sous cette voilure, et nous en
avons vu un qui, dans cette position, perdit son foc, continua  capeyer
sous son foc d'artimon de cape, et se comporta encore mieux qu'il ne le
faisait son petit foc dehors. C'tait cependant un btiment  fonds
trs-fins, et qui tait ordinairement ardent.

La cape  sec ne se prend que rarement, et le plus souvent que lorsqu'on
a perdu les voiles latines qu'on avait appareilles. Il faut toujours
avoir un foc prt  tre hiss si on a besoin d'arriver.


_Observations._

Avant de mettre  la cape, il est une foule de prcautions  prendre,
qui importent  la sret du navire; nous indiquerons les principales.

Si les btimens portent de l'artillerie, on doit s'assurer que toutes
les pices sont bien amarres, que les sabords des batteries sont
hermtiquement ferms.

Il faut visiter les amarrages des coffres, cuisines, etc.; assurer les
drmes en les liant entr'elles par de forts palans; doubler les saisines
de la chaloupe et la consolider par des palans qu'on frappe sur son
avant et son arrire, en les crochant sur les serre-gouttire; renforcer
les bosses de bout et serre-bosses des ancres, tant de celles des
bossoirs que de celles qui sont dans les porte-haubans; soulager les
canots de porte-manteaux.

Saisir le gui sur son support; si la corne est amene, la brider sur le
gui en bien paquetant la voile, pour qu'elle ne puisse se dferler.

Dbarrasser les haubans de tout ce qu'on y place dans les temps
ordinaires, tels que vergues de perroquets, de catacois, bonnettes; les
longer sur les drmes et les y saisir; soulager les hunes des poids
inutiles, comme bonnettes de perroquets, grement des bonnettes, etc.

Les faux bras, les fausses amures et coutes de misaine, l'tai de
tangage, ont d tre mis en place dans les premiers momens du mauvais
temps.

On condamne les panneaux, qu'on recouvre d'un prlart clou sur
l'hiloire, et on n'en laisse qu'un de libre, ouvert sous le vent, pour
communiquer dans l'intrieur du navire.

On dgage la barre de rechange, et on met en place les palans qui
doivent remplacer la drosse si elle cassait. Mais cette prcaution doit
toujours tre prise en appareillant.

Lorsque le coup de vent mollit, il faut faire de la voile pour appuyer
le navire, car la mer ne tombe pas en mme temps, surtout lorsque la
tempte est arrive subitement, parce qu'alors elle comprime la mer par
sa violence, et la lame n'acquiert tout son dveloppement que lorsque le
vent diminue de force.

C'est en gnral dans ces circonstances qu'on fait les plus grandes
avaries dans la mture, si on n'a pas le soin de faire toute la voile
convenable.


_Arriver, ou virer, lorsqu'on est  la Cape._

Si on est sous la misaine, on profite d'une abatte pour dresser
promptement la barre, on hle-bas le foc d'artimon et l'artimon, et on
met la barre vivement au vent.

Le navire doit ncessairement arriver, car en profitant d'une abatte,
il avait dj une vitesse acquise; en dressant la barre dans ce moment,
on l'a augmente; en dtruisant l'effet des voiles derrire et mettant
la barre au vent, on a concouru aussi  l'augmenter, et par suite
l'arrive a d se prononcer.

Si on veut virer, lorsque le vent est de l'arrire du travers, on choque
 retour l'coute de misaine, et on largue sa bouline; on brasse au vent
de manire qu'tant vent arrire elle soit carrment; mais en levant ses
lofs, il faut avoir bien soin de ne filer l'amure qu' retour, de
manire que la voile soit tenue sur l'arrire par ses coutes, sans cela
elle se collerait sur les tais, et il serait impossible de s'en rendre
matre. On la perdrait probablement.

Lorsqu'on est vent arrire, on hle-bas le petit foc et on le borde sur
l'autre bord. Si on filait son coute, il serait emport en venant au
vent. On dispose aussi le foc d'artimon qu'on borde.

Si on craint de ranger trop vite au vent, ce qui pourrait arriver
puisque le navire a une grande vitesse, on dresse la barre et on
gouverne largue pour tablir la misaine et choisir le moment favorable
pour ranger au vent. Ds qu'on l'a trouv, on hisse le foc d'artimon et
l'artimon, et on met la barre dessous.

Si on est sous le grand hunier, il faut profiter d'un mouvement
d'abatte, dresser la barre, carguer l'artimon, larguer la bouline du
grand hunier, appuyer les bras du vent, et mettre la barre au vent.

L'abatte dj commence se continuera, puisqu'on dresse la barre et
qu'en mme temps on dtruit l'effet de l'artimon et celui du grand
hunier, en larguant sa bouline et le brassant au vent. On continue de le
brasser  mesure que le navire arrive. Lorsqu'il est vent arrire, on
hle-bas le petit foc, on borde son coute  l'autre bord, et on ouvre
le grand hunier. On modre l'aulofe en dressant la barre, si on ne juge
pas le moment favorable pour venir au vent; dans le cas contraire,
lorsqu'il est de la hanche, on tablit l'artimon en orientant le grand
hunier, puis on hisse le petit foc.

Il faut avoir le plus grand soin, en manoeuvrant le grand hunier, de ne
filer les bras qu' retour, d'abraquer  mesure les balancines, les
drosses et les palans de roulis, et d'avoir les galhaubans volans raides
des deux bords, lorsqu'on est vent arrire.

Sous les voiles latines, la voilure tant mieux distribue, l'arrive
sera prompte en dressant la barre, se dbarrassant du foc d'artimon, de
l'artimon, puis mettant la barre au vent. Lorsqu'on est  peu prs vent
arrire, on hle-bas la pouillouse et le petit foc, qu'on dispose pour
tre hisss sur l'autre bord. Le btiment est alors sans voiles, mais la
violence du vent lui communique assez de vitesse pour se prsenter 
l'autre bord au moyen de sa barre, alors on tablit l'artimon et le foc
d'artimon, et quand l'aulofe devient rapide, le petit foc et la
pouillouse.

A sec de voiles, si le navire n'arrive pas avec sa barre, on hisse un
petit foc et on manoeuvre les vergues comme si elles avaient leurs
voiles. Si l'arrive ne se prononce pas, il faut faire dferler, s'il
est possible, une voile ou un prlart dans les haubans de misaine, y
faire monter les hommes qui se trouvent sur le pont, afin d'offrir une
surface sur laquelle le vent puisse agir. S'il n'arrive pas, il faut
quelquefois sacrifier le mt d'artimon ou le grand mt de hune, pour
soulager l'arrire, diminuer la quantit de vent qui le frappe et qui
s'oppose par consquent  l'arrive.

Mais cette question si terrible et qui peut entraner la perte du
navire, n'a lieu que lorsqu'il est charg subitement par une
augmentation instantane dans la violence du vent, qui le couche, le
prive de vitesse et annule l'effet du gouvernail. Elle peut arriver
lorsqu'il capeye sous une des voilures dont nous avons parl, et peut
avoir des rsultats moins funestes, puisqu'en sacrifiant les voiles qui
sont appareilles on peut faire redresser le navire et le faire arriver.

Si le grand hunier est dehors, on file ses coutes en bande, et comme il
ne tardera pas  tre emport, le navire peut se relever, sentir alors
l'effet du gouvernail, et arriver d'autant mieux que l'artimon a d tre
hl-bas, ou ventr si on ne peut le hler-bas.

Si on est sous la misaine, on choque son coute en se dbarrassant du
foc d'artimon et de l'artimon. En choquant l'coute de misaine, on
dcharge le navire qui se redresse et sent alors l'effet du gouvernail.
Mais si tous ces moyens taient insuffisans, il faudrait couper le mt
d'artimon.

Il faut toujours avoir des haches sur le pont lorsqu'on est  la cape.




CHAPITRE VIII.

_Mouillages._


La manire dont on vient au mouillage dpend non-seulement du temps et
des localits, mais encore de l'emploi des cbles ou des cbles-chanes.
Pour s'amarrer avec les cbles, il faut mouiller en culant pour ne pas
surjoualer l'ancre; avec les cbles-chanes il faut au contraire
mouiller avec de l'aire, sans cela la chane filant avec rapidit
pourrait tomber sur l'ancre et la casser, ce que nous avons vu arriver
plusieurs fois. Si on mouillait en culant, il faudrait culer avec une
grande rapidit.


_Mouiller de beau temps._

Si l'on est au plus prs, aprs avoir choisi le point o l'on veut
mouiller, on met le navire sous une voilure maniable, ordinairement les
huniers, les perroquets, le grand foc et la brigantine. On fait route un
peu sous le vent de ce point, lorsqu'on en est  une ou deux encblures,
suivant les qualits qu'on connat  son navire, on hle-bas le foc, on
cargue les huniers et les perroquets, on court ainsi un instant, puis on
met la barre dessous pour venir amortir l'aire au point o on veut
laisser tomber l'ancre, et on mouille aussitt que le navire cule. La
bitture file, le navire fait tte, et on cargue la brigantine.

Si on se sert de cbles-chanes, on passe avec de l'aire sur le point o
l'ancre doit tomber, on la mouille et on ne revient au vent que lorsque
la chane en filant sur la bitte casse l'aire et force le navire  faire
tte. Le mouvement est assez vif pour qu'il soit inutile de l'augmenter
en conservant la brigantine. On peut la carguer en mme temps que les
autres voiles.

Si on vient largue, aprs s'tre mis sous une voilure maniable, on se
dirige sous le vent du point o on veut mouiller, mais de manire 
laisser assez d'espace au navire pour ranger au vent sur son aire.
Parvenu  une distance convenable, on hle-bas les focs, on cargue les
voiles moins la brigantine, qu'on met dehors si on ne l'a pas, et on met
la barre dessous. Le navire range au vent, et vient s'amortir sur le
point dsign, o on laisse tomber l'ancre aussitt qu'il cule. Si on a
rang au vent trop tt, on coupe l'aire en brassant sur le mt les
voiles cargues.

On voit qu'il est impossible de fixer le moment o on doit carguer et
lancer au vent, puisqu'il dpend de la force du vent, de la vitesse ou
de la dimension des navires qui conservent leur aire d'autant plus que
leur masse est plus considrable.

Pour mouiller avec les cbles-chanes, comme il est inutile de culer, il
ne s'agit plus que de venir sur le point o on veut mouiller avec une
vitesse convenable, et  moins d'une faible brise, il faut carguer les
voiles avant de laisser tomber l'ancre, ou on pourrait fatiguer la
chane et les bittes outre mesure.

Si aprs avoir mouill on devait viter au courant et non au vent, il
faudrait mouiller de manire  ne pas passer sur son ancre en vitant au
courant, dont on connat la direction, ou garder assez de voiles, aprs
avoir mouill, pour faire passer le navire sous le vent de son ancre en
les masquant.


_Mouiller de mauvais temps._

La manoeuvre  faire pour mouiller de mauvais temps ne diffre en rien
de celle qu'on excute pour mouiller d'un temps maniable; il est
seulement quelques prcautions que ncessitent l'tat du vent et de la
mer.

Avec des chanes, la manoeuvre est absolument semblable, puisque tout
consiste  venir sur le lieu o on veut laisser tomber l'ancre avec une
vitesse convenable, et  se dbarrasser promptement des voiles pour ne
pas fatiguer les chanes. On doit serrer immdiatement aprs avoir
cargu.

Si on mouille vent arrire, il faut, en laissant tomber l'ancre, mettre
un peu de barre du ct oppos  l'ancre, pour dtacher la chane de la
joue du navire, qui sans cela raguerait le cuivre du doublage.

En mouillant avec des cbles, l'aulofe sera bientt limite, surtout si
la mer est forte, et le navire, au lieu de ranger au vent et de culer,
drivera par le travers et tombera sous le vent; c'est alors qu'il
faudra mouiller, en serrant s'il est possible les voiles, afin que le
navire ne trane pas son ancre aprs lui.

Si on vient grand largue ou vent arrire d'un temps forc, on cargue et
on serre les voiles avant d'arriver au point o l'on veut mouiller.
Quand on est  petite distance, on met la barre dessous, ou du bord
oppos  celui du lieu o on veut mouiller si on est vent arrire, et on
borde l'artimon. Le navire prendra le vent par le travers, perdra sa
vitesse et drivera, alors on mouillera, en ayant eu le soin de placer
des bosses cassantes sur le cble, pour modrer l'acule du navire et
diminuer la secousse qu'il imprimera  son cble en faisant tte.


_Mouiller avec embossure._

On mouille en faisant embossure, lorsqu'on veut prsenter le travers 
un point dtermin, ce qu'on ne pourrait faire en vitant au vent
rgnant ou au courant.

Avant d'aller au mouillage, on talingue  l'organeau de l'ancre qu'on
doit mouiller, un grelin qu'on dispose de manire  pouvoir filer en
mouillant l'ancre.

Aprs avoir manoeuvr comme nous l'avons dit et fil la quantit de
cble ou de chane ncessaire, on passe le grelin par-dehors dans une
poulie de retour place dans le sabord de l'arrire ou dans le chaumar
d'embossage du bord qu'on veut prsenter au vent ou au courant, et on le
vire au cabestan, o on le tourne lorsque le travers est bien effac au
point dsign.

Il est inutile de dire que lors mme que le vent ou le courant
permettrait de prsenter le travers au point dsign, il n'en faudrait
pas moins venir au mouillage avec une embossure pour s'en servir en cas
de changement de vent.


_Observations._

L'adoption  peu prs gnrale des cbles-chanes a singulirement
simplifi la manoeuvre  faire pour mouiller avec prcision dans un
espace resserr par des dangers ou des navires. L'habitude et la
connaissance parfaite des qualits du navire, l'apprciation exacte de
l'influence que telle ou telle circonstance avait sur la vitesse et la
rapidit de ses mouvemens, pouvaient seules donner au manoeuvrier la
certitude de venir porter son ancre  un point dsign. On en jugera
facilement si on rflchit  la difficult qu'on prouve souvent 
prendre des corps morts sur une rade, sans tre oblig de laisser tomber
une ancre.

Les cbles-chanes qu'on peut mouiller sans se dranger de sa route et
qui n'exigent ainsi pour la manoeuvre qu'un bien moins grand espace,
vitent, dans les rades resserres et encombres de navires, des avaries
autrefois trs-frquentes.

On doit toujours venir au mouillage avec les deux ancres des bossoirs
disposes, c'est--dire qu'elles sont garnies de leurs boues et de
leurs orins; que les bittures des cbles sont prises et longes, ou que
les puits sont ouverts et que les chanes ont t tournes aux bittes,
aprs avoir laiss de l'avant un mou de trois  quatre brasses.

Si on mouille de gros temps, l'ancre de veille des porte-haubans de
misaine doit tre talingue.

En approchant de terre, aussitt que la profondeur de l'eau rend le
mouillage possible, on dbouche les cubiers.

Ds que la sonde  la main peut donner le fond, on place des sondeurs
dans les grands porte-haubans, qui donnent alternativement la profondeur
et la nature.




CHAPITRE IX.


_Affourcher  la voile._

Cette manoeuvre ne peut s'excuter que lorsque le vent permet de courir
avec au moins un quart de largue sur la ligne o on doit laisser tomber
les ancres. Elle exige de grandes prcautions, car si le cble ou la
chane tait retenu en filant, le navire rappellerait et manquerait sa
manoeuvre.

Supposons qu'on veuille affourcher S. E. et N. O., et qu'on vienne du
sud, la premire ancre qu'on laissera tomber sera celle du S. E. On se
met sous une voilure convenable, mais il vaut mieux avoir trop que trop
peu de voiles, car si on n'a pas assez de vitesse, le cble et surtout
la chane seront mal longs; leur poids fera driver le navire, il
tombera sous le vent, et la deuxime ancre ne sera pas dans le
relvement voulu.

Venant donc avec une vitesse suffisante, on gouverne au vent de N. O.,
on laisse tomber l'ancre du vent qui sera celle du S. E., puis on arrive
promptement un peu sous le vent du N. O.; on court ainsi jusqu' ce que
la toue de S. E. soit presque file, et on lance au vent en carguant
vivement les voiles et mouillant la deuxime ancre.

On vire sur l'amarre du S. E. en filant celle du N. O., jusqu' ce qu'il
y ait dehors une gale quantit de chacune d'elles.


_Observations._

Aprs avoir mouill l'ancre du S. E., on gouverne un peu sous le vent du
N. O., parce que si on gouvernait au N. O., en lanant au vent pour
mouiller la deuxime ancre, on dpasserait la ligne du relvement.

Le cble de la toue de la premire ancre doit tre entirement long
sur le pont par plis dans toute la longueur, afin de pouvoir filer avec
la plus grande facilit.

Si on affourche avec des chanes, on ouvre leurs puits et on met sur
l'avant de la bitte de la premire ancre, une quantit de chanes plus
considrable que dans les mouillages ordinaires, afin que le choc
occasionn par la chute de l'ancre imprime une assez grande force pour
faire filer avec rapidit la chane sur sa bitte.

Si la brise tait faible, on pourrait dcapeler le tour de bitte et
laisser filer la chane sur son rouleau, ayant bien soin de l'trangler
 temps pour qu'elle ne file pas jusqu' l'talingure de la cale, afin
d'viter de se servir de la tournevire pour se haler dessus.

Si on avait le vent de l'arrire pour affourcher, on mouillerait sa
premire ancre, puis, rappelant au vent, on culerait en mettant les
voiles sur le mt, et on irait ainsi laisser tomber la seconde.

On ne peut affourcher  la voile qu'avec une brise maniable et une belle
mer; il serait dangereux de le tenter avec un vent frais et une grosse
mer, car alors on est moins sr de la prcision des mouvemens du navire,
qui sont dans cette manoeuvre de la plus grande importance, pour ne pas
la manquer.

Il faut aussi se bien rendre compte de l'action des courans, parce que
s'ils sont violens, ils auront une grande influence sur le navire dans
le moment o il ira porter sa deuxime ancre, puisque, brid par le
cble, il ne sent plus aussi bien l'effet de la voilure et de son
gouvernail.

Si les courans sont sur la perpendiculaire de la ligne du relvement, on
les neutralise facilement en gouvernant pour mouiller la deuxime ancre
au vent ou sous le vent de la ligne. S'ils suivent la ligne du
relvement, ils acclrent ou retardent le mouvement, il n'y a donc qu'
diminuer ou augmenter de voiles. Enfin s'ils sont sur une ligne oblique,
il faut faire entrer leur apprciation dans la route qu'il faut faire
suivre au navire pour parvenir exactement au point dsign.




CHAPITRE X.

_Des Abordages._


L'abordage est la manoeuvre qui joint d'assez prs deux navires ennemis,
pour que, lis entr'eux par les grappins jets par l'abordeur, son
quipage puisse passer sur le navire abord, afin de l'enlever.

Celui des deux navires qui juge que l'abordage peut lui tre favorable,
doit avoir une marche suprieure  son ennemi; sans cela, celui-ci sera
toujours le matre d'viter l'abordage,  moins que des avaries dans sa
mture ne lui aient donn une infriorit de vitesse.

Quelle que soit la supriorit de marche de l'abordeur, si l'abord est
manoeuvr par un capitaine de sang-froid et expriment, il lui sera
souvent facile non-seulement d'viter l'abordage, mais encore de mettre
son ennemi dans une position dangereuse.

L'abordeur doit veiller non-seulement  sa manoeuvre, mais encore
prvoir, s'il est possible, celle de son ennemi, ou au moins l'imiter
promptement pour paralyser ses tentatives et parer aux inconvniens et
aux dangers qu'il pourrait courir par une manoeuvre habile du navire
abord.


_Aborder au vent, en courant au plus prs._

L'abordeur ayant une supriorit de marche, se place dans la hanche du
vent de son ennemi; lorsqu'il juge le moment favorable, il fait une
petite arrive sur la hanche du vent, et le prolonge en revenant
vivement  la mme route que lui en lui lanant ses grappins.

Mais si aussitt que les grappins sont jets, l'abord contre-brasse
devant, brasse carr derrire, cargue la brigantine et met la barre
dessous, il culera avec rapidit, fera casser les cartahus des grappins,
et se trouvera bientt de l'arrire de son ennemi, qu'il pourra
inquiter en virant lof pour lof sous sa poupe.

L'abordeur sera oblig d'imiter cette manoeuvre, et s'il la fait en
temps opportun, il virera en mme temps que son ennemi, et ils se
trouveront encore abords quoique ayant chang d'amures.

Mais comme l'abord a prim de manoeuvre, qu'il entrane avec lui son
adversaire, que ses voiles seront plutt orientes  l'autre bord, il
lui sera facile, en forant de voiles, d'acqurir une vitesse plus
grande, de faire casser les cartahus des grappins, et de se dtacher.


_Aborder sous le vent, en courant au plus prs._

L'abordeur se place dans les eaux de son ennemi, et mme un peu au vent;
 une demi-encblure environ, il arrive de manire  raser sa bouteille
avec la civadire, puis redresse sa route et longe sous le vent en
jetant les grappins.

Mais cette manoeuvre dont la russite est assure par l'avantage de
marche, peut avoir les consquences les plus terribles pour l'abordeur.

Si l'abord a bien jug la manoeuvre de son adversaire, il a tout
dispos pour voluer avec clrit, et au moment o il voit son ennemi
faire une arrive pour le prolonger sous le vent, il contre-brasse
devant, brasse  culer derrire, cargue la brigantine et met la barre
dessous. Amortissant son aire ainsi promptement, et arrivant avec
clrit par l'effet de ses voiles de l'avant contre-brasses, il tombe
en travers sur le beaupr de son ennemi, l'engage dans ses haubans, et
dans cette position l'enfile avec toute son artillerie.

Les rles peuvent alors changer, et l'abord devenir abordeur, s'il
manoeuvre avec habilet et sang-froid. Protg par son artillerie, il
peut lancer son quipage sur le pont de son ennemi, que cette manoeuvre
a d tonner, et peut-tre dcourager. Il profite du moment o le
beaupr est engag pour en hacher toutes les manoeuvres, surtout les
sous-barbes et les tais, et s'il y a russi et que son quipage soit
numriquement trop faible pour lutter avec avantage, il vente force de
voiles pour se dgager et se fait chasser au plus prs, en virant
frquemment de bord vent devant, manoeuvre que son ennemi ne pourra
imiter si ses tais ont t coups.

Si cette manoeuvre est bien excute, elle mettra toujours l'abordeur
dans une position critique, ou au moins le fera renoncer  son projet;
car quelle que soit sa promptitude  imiter les mouvemens de son ennemi,
il sera dans cette circonstance trop prim de manoeuvre pour pouvoir en
paralyser les rsultats par une volution semblable. Le seul parti 
prendre, peut-tre, serait, s'il en tait temps encore, de lancer au
vent pour prendre  l'autre bord.


_Aborder sur l'avant, en courant au plus prs._

L'abordeur passe au vent de son ennemi,  petite distance, et parvenu 
une ou deux longueurs de sa joue du vent, il arrte son aire en brassant
carr derrire; contre-brasse de vent et cargue la brigantine pour
abattre; met la barre dessous aussitt que l'aire est amorti, et tombe
ainsi en travers sur le beaupr de son adversaire, qui ne peut trouver
d'autres moyens de l'viter qu'en imitant sa manoeuvre, mais qui tant
prim dans le mouvement, pourra difficilement se soustraire  un
abordage dangereux.

Cependant, s'il a prvu le mouvement  temps, il peut mettre tout 
culer, hler-bas les focs; mettre la barre dessous, puis la dresser, et
la changer lorsque le navire cule. Il est possible que si l'acule se
prononce promptement, l'abordeur dpasse le beaupr et soit alors oblig
de manoeuvrer pour prolonger sous le vent.

Cet abordage est sans contredit le plus terrible pour l'abord, celui
auquel il se soustrait le plus difficilement, et dont la non-russite
offre le moins de dsavantage  l'abordeur.


_Aborder en courant largue._

Si on veut aborder en courant largue, la manoeuvre ne diffre pas
essentiellement de celles que nous avons dcrites pour aborder au vent
ou sous le vent, courant au plus prs.

Pour aborder au vent, l'abordeur se placera dans la hanche du vent, et
par sa supriorit de marche prolongera son adversaire d'aussi prs
qu'il voudra pour lui lancer ses grappins. Mais celui-ci qui court
largue, peut en rangeant vivement au vent, ce  quoi il doit tre
prpar, ou dpasser l'abordeur, ou mieux encore engager son beaupr.

Cette manoeuvre oblige l'abordeur  lofer pour prolonger l'ennemi sous
le vent, ou  mettre tout  culer pour dgager son beaupr.

Pour aborder sous le vent, l'abordeur se place dans les eaux, range 
toucher la hanche sous le vent, et lofant le prolonge en jetant les
grappins. L'abord, par une arrive prompte, peut parvenir  lui engager
son beaupr comme nous l'avons dit en parlant du plus prs.

Si on veut aborder en engageant le beaupr de son ennemi, on le prolonge
au vent, et parvenu  petite distance de sa joue, on arrive promptement
en ralinguant derrire et mettant la barre au vent. Mais ce mouvement
doit se faire trs-prs de l'ennemi, sans quoi on pourrait le dpasser,
si on ne le serrait pas pour l'empcher de lofer et le mettre dans la
ncessit d'accepter l'abordage, ou d'imiter le mouvement en arrivant
lui-mme, et alors, quelle que soit la vivacit de sa manoeuvre, on
parviendra au moins  l'aborder par le travers.

Il est inutile de parler de la diffrence qui existera dans la
manoeuvre, si les deux navires couraient vent arrire. Elle sera
facilement saisie.


_Aborder  l'ancre._

On peut vouloir aborder un navire  l'ancre, mouill dans une rade non
dfendue, car s'il en tait autrement, on aurait  essuyer le feu des
batteries de cte, qui pourraient occasionner de graves avaries dans la
mture, et qui compromettraient la sortie.

Il ne faudrait dans ce cas tenter l'attaque qu'avec un vent fait, qui
permt d'entrer et de sortir de la borde.

Mais si la rade n'est pas dfendue, ne vaut-il pas mieux rduire
l'ennemi par le canon, surtout si le navire surpris par l'attaque n'a
pas d'embossure pour se traverser, car alors on peut prendre une
position telle, que son artillerie lui soit inutile.

Si on veut aborder, on peut le faire soit en longeant le navire au
vent, ou sous le vent, comme nous l'avons dj dit; ou mieux encore lui
passer de l'avant et engager son beaupr dans les haubans du grand mt,
manoeuvre qui alors n'offre aucune difficult. L'abord, s'il est
affourch, filera une de ses amarres pour rappeler sur l'autre, au
moment o la manoeuvre de son ennemi sera marque, et la fera manquer,
s'il peut parvenir  embarder avec clrit. Mais si ce moyen ne lui
suffit pas, il ne reste plus qu' couper ses cbles et se jeter  la
cte en tchant d'y entraner son ennemi, qui doit toujours tre prt,
pour l'viter,  laisser tomber une ancre.

L'abordeur peut aussi venir mouiller son ancre sur la boue de son
adversaire, et laissant culer, il l'longera en jetant  bord ses
grappins et arrtant son cble. Mais il faut mouiller avec une bien
grande prcision pour tre sr de sa manoeuvre.




CHAPITRE XI.

_De la Chasse._


On ne peut chasser un navire avec avantage que si on a sur lui une
supriorit de marche, ce dont on s'assure facilement en se mettant aux
mmes amures, et le relevant au compas. Si l'angle de relvement
augmente, c'est une preuve qu'on marche mieux, et on sera sr alors de
le joindre si on manoeuvre avec prcision et habilet.

Le btiment chass doit profiter avec le plus grand soin de toutes les
chances favorables que lui offrent ses qualits et les changemens de
temps et de vent. Etant plus faible, et par consquent moins long que
son adversaire, il peut le fatiguer et lui faire perdre du temps, en
virant frquemment de bord vent devant s'il est au vent, puisque le
temps des volutions est en rapport de la longueur des navires. Il peut
prendre l'allure qui lui est la plus favorable, changer souvent de route
avec promptitude pour primer de manoeuvre sur son adversaire, qui est
oblig de l'imiter, et qui ne pouvant toujours prvoir ces changemens,
perdra ainsi beaucoup de temps.

Si la mer est forte, il ne doit pas balancer  compromettre sa mture,
en virant vent devant pour forcer son ennemi  courir les mmes risques,
ou  virer vent arrire, ce qui lui fera perdre du temps et du chemin.

S'il a reconnu que sa vitesse augmentait par tels ou tels changemens
oprs  bord dans la distribution des poids de l'arrimage, il doit les
excuter, s'allger s'il le faut pour prolonger la chasse, afin de
pouvoir atteindre la nuit, car alors une fausse route peut le sauver.


_Chasser au vent._

Le chasseur doit relever le btiment qu'il veut chasser, et aussitt
qu'il le trouve sur la perpendiculaire  sa route, il vire et continue
l'autre bord jusqu' ce qu'il ait encore ramen le navire chass sur la
perpendiculaire  sa nouvelle route.

Il continue ainsi et doit infailliblement l'atteindre, puisqu'il a un
avantage de marche et qu'il vire pour s'en rapprocher dans la position
la plus convenable.

La raison de cette manoeuvre est bien facile  saisir. Le chasseur
virant, lorsqu'il relve le chass dans la perpendiculaire  sa route,
est alors  la plus petite distance possible de son adversaire; virant
alors, il gagne sur cette distance la quantit dont il gagne au vent,
jusqu'au moment o il le relve encore dans la perpendiculaire de sa
nouvelle route. L, il a encore atteint la plus petite distance qui le
spare, et gagne de nouveau en virant la quantit dont il va s'lever au
vent dans cette nouvelle borde. Cette diffrence qui, comme on le voit,
est l'excdant de marche, finira par les faire trouver bord  bord si
les circonstances ne changent pas.

Si le chasseur dpassait la perpendiculaire  sa route, il s'loignerait
et perdrait du chemin ncessairement. S'il commettait la faute grave de
chasser dans les eaux et d'y virer  grande distance, le chass, en
virant immdiatement, se retrouverait alors au vent du chasseur de toute
la distance qui les spare, puisque les routes sont parallles.

C'est dans cette position que le navire chass doit user de tous les
moyens pour gagner au vent; et quoiqu'il paraisse,  la premire vue,
plus prudent pour lui de conserver toujours le mme bord, il peut
arriver telle circonstance, comme nous l'avons dit, o il lui soit
avantageux de virer frquemment si ses mouvemens sont plus prompts que
ceux de son adversaire, et surtout s'il peut le forcer, en l'imitant, 
compromettre sa mture, car quant  lui il n'a rien  perdre et doit
tout tenter pour s'chapper.


_Chasser sous le vent._

Si le chasseur est au vent, il relve son adversaire avec un compas, et
gouverne de manire  le tenir toujours au mme aire de vent, en ne se
drangeant pas de sa route; car il est vident qu'en continuant ainsi
ils viendront se rencontrer au mme point. Si le chasseur s'aperoit que
l'angle de relvement augmente ou diminue, c'est une preuve qu'il est
trop au vent ou trop arriv, et il rectifie sa route, sans quoi il
passerait de l'avant ou de l'arrire du vaisseau chass.

Dans cette position, le navire chass doit prendre l'allure qui lui est
la plus favorable; faire toute la voile possible; s'il a un quipage
nombreux, changer souvent d'amures, car il prime de manoeuvre et oblige
ainsi son adversaire  l'imiter, et lui fait perdre du temps, son
volution tant plus longue et non prvue.

Si le temps est  grains, il ne doit diminuer de voile qu' la dernire
extrmit, et mme compromettre sa mture, s'il peut forcer ainsi son
adversaire  l'imiter.

On ne doit pas balancer  se dbarrasser de tous les objets qui gnent
la manoeuvre et qui peuvent retarder la rapidit des volutions.

Une mture trop fortement tenue nuit souvent  la marche; et si la brise
n'est pas violente, il peut y avoir de l'avantage  donner du mou dans
les haubans et les galhaubans. Au plus prs, il faudrait se dbarrasser
de tous les objets qui augmentent l'lvation des oeuvres mortes.


_De la Tactique Navale._

Il ne peut entrer dans le plan que nous nous sommes trac, de donner un
trait complet de tactique navale, qui ne pourrait tre que la copie du
trait publi par le gouvernement pour les navires de l'tat. Nous nous
contenterons d'y prendre quelques dfinitions et l'indication des
ordres.

La tactique navale est l'art de faire mouvoir des vaisseaux runis en
corps d'arme.

On entend par volutions les mouvemens d'une arme, ou partie d'une
arme, pour s'tablir dans un arrangement ou un ordre convenu. On
comprend sous la classification gnrale d'volutions, la formation des
ordres; le passage de l'un  l'autre; enfin, leur rtablissement
lorsqu'ils viennent  tre troubls.

La ligne du plus prs est celle que tiennent des vaisseaux qui
s'approchent le plus possible du lit du vent. En tactique, cette ligne
est rpute faire avec la direction du vent un angle de 67 30', ou de
six des trente-deux divisions de la boussole.

On distingue deux lignes du plus prs: un vaisseau court sur la ligne du
plus prs bbord, s'il est au plus prs, les amures  bbord; il court
sur la ligne du plus prs tribord, s'il est au plus prs, les amures 
tribord.

Des vaisseaux rangs dans les eaux les uns des autres, et faisant la
mme route, sont en _ligne de file_. Dans ce cas _le relvement et la
route_ sont reprsents par le mme rhumb de vent.

Si des vaisseaux en ligne de file gouvernent au plus prs, cette ligne
de file prend alors le nom de _ligne de bataille_.

Si des vaisseaux en ligne de file courent, non au plus prs, mais deux
quarts largue seulement, cette disposition particulire de la ligne de
file, qui convient souvent pour combattre, s'appelle _ligne de file sur
la perpendiculaire du vent_.

Mais si des vaisseaux dploys sur une ligne se relvent les uns les
autres sur une aire de vent donne, et gouvernent sur une autre, ils
sont tablis sur une _ligne de relvement_.

L'_ordre_ en gnral est la manire dtermine dont les vaisseaux d'une
arme doivent tre rangs. Il y a diffrens ordres, selon les
circonstances dans lesquelles une arme doit naviguer et peut se
trouver.

L'ordre est appel _naturel_ toutes les fois que chaque vaisseau suit le
_matelot d'avant_ qui lui a t assign par l'ordre de bataille de
l'amiral.

L'ordre est dit _renvers_ toutes les fois que les matelots d'avant
deviennent _matelots d'arrire_; ce qui arrive lorsque les _queues_
deviennent ttes par des changemens de position ou par inversion
d'ordre.

La transposition des escadres dans une ligne de bataille ne change pas
la dnomination de l'ordre, qui sera appel naturel si dans chaque
escadre les ttes mnent les queues; et il sera renvers, si au
contraire dans chaque escadre, les queues mnent les ttes, quand mme
les escadres seraient  leur poste naturel, c'est--dire la _seconde_
escadre  l'avant-garde, la _premire_ au corps de bataille, et la
_troisime_  l'arrire-garde.

Les ordres sont: les ordres de marche et les ordres de bataille, que
l'on est convenu de distribuer de la manire suivante:

Ordres de marche,

1 Par colonnes et ligne de file, c'est--dire sur trois ou deux
colonnes, ou sur une seule ligne;

2 Sur une des lignes du plus prs;

3 Sur la perpendiculaire du vent;

4 Sur la perpendiculaire de la route ou ligne de front;

5 En chiquier.

Les ordres ou ligne de bataille,

1 Au plus prs du vent;

2 En ligne de file sur la perpendiculaire du vent.

L'ordre de marche sur trois colonnes runit le mieux les btimens sans
les exposer aux abordages; il facilite la prompte formation de la ligne
de bataille aussi bien que la surveillance de l'amiral et la
transmission des signaux.

Cet ordre suppose que les trois escadres de l'arme se placent sur trois
lignes gales et parallles, dans les conditions ci-aprs:

1 Les vaisseaux de la premire escadre qui est au centre, et  la tte
de laquelle marchera l'amiral pour marquer la route, seront exactement
dans les eaux les uns des autres, et  la distance qui aura t
prescrite;

2 Les chefs de file des deux autres escadres ou colonnes tant placs
par le travers du chef de file de la colonne du centre, relveront le
serre-file de cette colonne  deux rhumbs de la route;

3 Les serre-files des colonnes des ailes tant dans les eaux de leurs
colonnes, se tiendront par le travers du serre-file de la colonne du
centre, d'o ils doivent relever le chef de file de cette dernire 
deux rhumbs de la route.

On peut appliquer  l'ordre de marche sur _deux colonnes_ ce qui vient
d'tre dit sur les trois colonnes, les conditions de formation et
d'volution tant, par analogie, les mmes pour ces deux ordres.

L'ordre de marche sur une ligne de file, grand largue ou vent arrire,
s'appelle gnralement _ordre_ ou _ligne de convoi_. C'est la condition
de la route vent arrire ou grand largue qui constitue la diffrence
entre cet ordre et la ligne de bataille.

_L'ordre de marche sur une des lignes du plus prs_, est celui dans
lequel les vaisseaux courant largue ou vent arrire se relvent sur une
des lignes du plus prs.

Ainsi l'on distingue cet ordre en ordre de marche sur la ligne du plus
prs _tribord_, et ordre de marche sur la ligne du plus prs bbord,
selon que les vaisseaux se relvent sur l'une ou l'autre de ces deux
lignes.

Dans _l'ordre de marche sur la perpendiculaire du vent_, les vaisseaux
courant grand largue, ou vent arrire, se relvent sur la
perpendiculaire du vent.

Des vaisseaux faisant une route quelconque, s'ils se relvent sur la
perpendiculaire de cette route, sont dits en ordre de marche sur cette
perpendiculaire, ou en _ordre de front_.

Des vaisseaux qui tiennent l'amure d'une des lignes du plus prs, et qui
se relvent sur l'autre, sont dits en _chiquier_ sur cette ligne.

C'est le relvement et non pas l'amure qui donne le nom  l'chiquier;
ainsi on dit _chiquier sur la ligne du plus prs tribord_, pour
exprimer la position des vaisseaux qui se relvent sous cette ligne et
ont les amures  bbord; et _chiquier sur la ligne du plus prs
bbord_, si les vaisseaux se relvent sur cette ligne et courent les
amures  tribord.

Des vaisseaux rangs en _ligne de file au plus prs du vent_, ou _sur la
perpendiculaire du vent_, sont en ligne de bataille. Cette ligne peut
tre forme tribord ou bbord amures, ordre naturel ou ordre renvers.

Mais on entend plus particulirement par _ligne de bataille_, la ligne
de file dont les vaisseaux courent au plus prs du vent. S'il s'agit
d'exprimer la ligne de bataille deux quarts largue, on doit dire _ligne
de file sur la perpendiculaire du vent_.

Dans toute _formation_ d'ordre, le vaisseau amiral, ou celui qui est au
centre de l'arme, est le _rgulateur_, c'est--dire le point sur lequel
se rgle le mouvement.

Chaque vaisseau doit connatre son _relvement_ et sa _distance_ par
rapport au rgulateur.

Si l'arme est en ligne et que l'amiral fasse le signal de _forcer_ ou
_d'augmenter de voiles_, c'est au chef de file  excuter l'ordre le
premier; et s'il s'agit au contraire de _diminuer de voiles_, le
mouvement doit commencer par le serre-file.

Il est tabli en tactique, que tout mouvement _tout  la fois_ commence,
en ligne de file, par le serre-file, c'est--dire que, lorsqu'une arme
en bataille ou en ordre de convoi devra virer de bord, arriver ou tenir
le vent tout  la fois, aucun vaisseau ne virera, n'arrivera, ou ne
tiendra le vent, qu'aprs que son matelot d'arrire aura commenc le
mouvement; ce qu'on exprime en disant qu'il aura _marqu sa manoeuvre_.

S'il s'agit au contraire d'un _mouvement successif_, c'est au chef de
file  commencer.

On dit tenir le vent, arriver par un mouvement successif, lorsque des
vaisseaux viennent au vent ou arrivent l'un aprs l'autre, en suivant le
chef de file qui rgle la route; s'il est question d'un virement de bord
opr successivement, l'usage le plus gnral est alors de virer _par la
contre-marche_.

Le principe gnral est qu'en ligne de bataille, ou dans un ordre de
marche quelconque, le mouvement, quel qu'il soit, doit commencer _par le
vaisseau qui n'en voit pas d'autre du ct o l'on va mettre le cap_.

La _contre-marche_ est le mouvement d'une ligne dont les vaisseaux
virent successivement de bord, vent devant ou vent arrire, pour prendre
les eaux du chef de file. Ainsi l'on dit, pour exprimer cette double
volution, virer de bord vent devant par la contre-marche; virer de bord
lof pour lof par la contre-marche.




MANOEUVRE

DE L'ARTILLERIE.




CHAPITRE 1er.


_Dfinitions et Nomenclature._

Les pices d'artillerie dont on se sert dans la marine sont les canons,
les caronades, les pierriers et les espingoles. Ces deux dernires armes
ne s'emploient gure que sur les hunes et les embarcations.

Les canons et les caronades sont en fer coul; les caronades ne sont
autre chose que des canons courts, lgers, modifis en quelques parties
accessoires, installs diffremment, et qui, dans certains cas, ont
plusieurs avantages sur les canons.

Elles se manoeuvrent plus facilement et avec moins de monde; elles se
chargent plus vite; elles laissent plus d'espace libre dans les
batteries, et elles fatiguent moins les ponts.

De leur ct, les canons ont leurs avantages particuliers. Ainsi, ils
portent plus loin dans les mmes circonstances;  distance gale, ils
percent les vaisseaux ennemis plus facilement que les caronades, mais
font moins d'clats lorsqu'on se bat de prs, et sont par consquent
moins dangereux. Ils sont plus longs, par consquent d'un pointage plus
sr et d'un danger moindre sous le rapport de l'incendie; la rupture de
la brague n'est ni aussi frquente ni aussi grave, enfin leur recul
adoucit davantage les secousses communiques  la muraille des
vaisseaux.

On dsigne les canons et les caronades par le nombre de livres que
psent les boulets ou projectiles ronds qu'ils sont destins  lancer;
le diamtre de ces boulets dtermine celui du creux du cylindre de la
pice; et ce poids, ou indiffremment ce dernier diamtre, est ce qu'on
appelle le calibre de la bouche  feu.

Les canons en usage  bord sont ceux des calibres de 36, 30, 24, 18, 12
et 8, c'est--dire dont les boulets psent  trs-peu prs ce mme
nombre de livres; les caronades ont les mmes calibres,  l'exception de
celui de 8.

Pour diminuer la confusion et les inconvniens d'avoir plusieurs
calibres  un mme bord, on tend  gnraliser celui de 30.

Pour chaque calibre de canons il y a deux sortes de pices, savoir: les
longues et les courtes, et celles-ci n'ont d'autre diffrence avec les
premires, que d'avoir moins de longueur et plus de lgret.

On trouve dans le tableau ci-dessous la longueur totale, le poids de ces
diverses pices, et le diamtre de leurs boulets.

  +========+=========+=========+=========+========+========+==========+
  |        |         |         |         |        |        |Diamtre  |
  |        |Longueur |Longueur |Longueur |Poids du|Poids du|du Boulet |
  |        |du Canon |du Canon |de la    |Canon   |Canon   |rglemen- |
  |Calibre.|long.    |court.   |Caronade.|long.   |court.  |  taire.  |
  |========+=========+=========+=========+========+========+==========+
  |        | p. p.   | p. p.   | p. p.   | liv.   | liv.   | p. lig.  |
  |        |         |         |         |        |        |          |
  |  36    | 10 1    | 9 7-1/2 |  5 7    | 7.174  | 6.187  | 6 3      |
  |  30    | 9 8-3/4 | 9 1-1/2 |  5 6    | 6.200  | 5.318  | 5 10-5/4 |
  |  24    | 9 5-1/2 | 8 9     |  4 10   | 5.120  | 4.321  | 5 5-1/5  |
  |  18    | 8 10-1/2| 8 3     |  4 5    | 4.214  | 3.506  | 4 11-1/2 |
  |  12    | 8 3     | 7 6-3/4 |  3 10   | 2.997  | 2.398  | 4 4      |
  |   8    | 8 7-5/4 | 7 5-5/4 |       | 2.388  | 2.062  | 3 9-1/2  |
  +========+=========+=========+=========+========+========+==========+

Les caronades psent environ le tiers du canon long du mme calibre.

Les canons et les caronades sont les bouches  feu dont on munit les
batteries et les gaillards des btimens de guerre; la nomenclature et
les explications suivantes complteront cette dfinition.

  L'me (_fig._ 1.)     _a_    reoit la charge.

  La bouche             _b_    entre de l'me.

  * Les tourillons      _c_    sorte d'essieux qui maintiennent la pice
                               sur son chariot ou afft.

  * Les embases         _d_    paulement de tourillons.

  La vole              _e_    commence  la gorge qui est en avant des
                               tourillons et finit  la bouche. (On
                               appelle l'avant de la pice le ct de la
                               bouche, et l'arrire le ct oppos.)

  La tranche            _f_    surface plane perce par la bouche, et
                               qui termine la vole en avant.

  Le bourrelet          _g_    renflement prs de la bouche.

  * La tulipe           _h_    partie creuse en arrire du bourrelet.

  * La plate-bande
    de vole            _i_    cordon  la naissance de la tulipe.

  La lumire et le
    champ de lumire    _j_    tronc et creux o se placent la capsule,
                               l'toupille, ou la poudre d'amorce.

  Le support de la
    platine             _k_    ex-croissance prs de la lumire pour
                               placer le ressort, appel platine, qui
                               doit mettre le feu.

  * L'astragale de la
    lumire             _l_    cordon en avant de la lumire. (Les
                               canons courts n'en ont pas.)

  La plate-bande de
    culasse             _m_    renflement en arrire de la lumire.

  La culasse            _n_    partie de la pice en arrire de la
                               plate-bande de culasse.

  Le renfort            _o_    partie de la pice qui commence  la
                               gorge de la plate-bande la plus en
                               arrire et qui finit  la vole.

  Le cul-de-lampe       _p_    faon de la culasse de l'arrire.

  Le bouton             _q_    extrmit de la pice du ct de la
                               culasse et en forme de boule.

  Le collier du bouton  _r_    partie trangle par laquelle le bouton
                               tient  la culasse.

  L'anneau de brague    _s_    anneau qui tient  la culasse et au
                               bouton. (Quelques canons n'en ayant pas
                               encore, la brague passe alors dans une
                               cosse estrope au collet.)


_Pour la Caronade._

La caronade a les mmes parties que le canon, moins celles marques d'un
astrisque (*), et il faut y ajouter les suivantes:

  L'encampanement
    (_fig._ 2)          _t_    entre vase de l'me pour appuyer le
                               boulet en l'introduisant lors de la
                               charge.

  Le trou de vis de
    pointage            _u_    perc dans le bouton de culasse.

  Le support 
    tourillons          _v_    maintient la pice sur l'afft au moyen
                               d'un boulon, dit boulon-tourillon.

Ces pices sont portes sur des espces de chariots nomms affts qui
servent  les manoeuvrer, et dont suivent galement les parties en bois
ou en fer dont ils se composent.


_Afft du Canon._ (Parties en bois.)

  2 flasques
    (_fig._ 3)          _a_    pices principales o sont les
                               encastremens de tourillons.

  Le croissant          _b_    plac en travers des flasques en avant
                               pour faciliter le pointage, et compos
                               de deux pices dont une  charnire.

  L'entretoise          _c_    joint et maintient les deux flasques dans
                               le sens de la hauteur, et sert d'appui au
                               croissant.

  2 essieux             _d_    supportent les flasques.

  4 roues               _e_    sur lesquelles reposent les essieux.

  La sole               _f_    est situe entre les flasques et joint
                               les essieux entre eux.


_Afft de Canon._ (Parties en fer.)

  Le boulon d'assemblage
    et son crou        _g_    runissent les flasques et l'entretoise.

  2 charnires du
    croissant           _h_    pour rendre une partie du croissant
                               mobile.

  2 clous  rivet de
    tte de flasques    _i_    pour empcher les flasques de se fendre.

  2 sus-bandes et
    clavettes           _j_    maintiennent les tourillons en dessus.

  2 chevilles  mentonnet
    avec crou et
    rosettes            _k_    retiennent les sus-bandes et fixent
                               l'essieu d'en avant aux flasques.

  2 chevilles  tte
    ronde               _l_    contiennent le bois des flasques (prs
                               du premier adent).

  2 chevilles  tte
    carre              _m_    fixent l'essieu d'en arrire aux
                               flasques.

  2 pitons de
    manoeuvre           _n_    sur le dernier adent pour la manoeuvre de
                               la pice et pour la mettre  la serre, ou
                               l'assujettir de mauvais temps.

  2 pitons de ct      _o_    contre les flasques pour amarrer la pice
                                garans doubls.

  2 anneaux de brague   _p_    pour servir de conduite  la brague.

  4 esses et leurs
    viroles             _q_    pour retenir les roues dans leurs essieux.

  2 fourrures
    d'anspect           _r_    sous les flasques en arrire de l'essieu
                               pour le garantir de l'action des leviers
                               appels pince et anspect.

  Piton carr de manoeuvre     { pour le pointage  l'aide de
  Piton rond de manoeuvre      { l'anspect et de la pince.

  Piton de retraite            contre l'essieu de derrire pour crocher
                               le palan de retraite.


_Afft de la Caronade._ (Parties en bois.)

  La semelle
    (_fig._ 4.)         _a_    reoit et supporte la caronade.

  Le chssis            _b_    porte la semelle qui se meut dans sa
                               coulisse.

  Les supports de
    chssis             _c_    taquets qui supportent le chssis.


_Parties en fer de la Semelle._

  Le boulon-tourillon   _d_    est pass dans le support pour servir
                               de tourillon.

  2 crapaudines         _e_    places en avant et reoivent le
                               boulon-tourillon.

  4 boulons
    d'assemblage        _f_    deux placs en avant, et deux fixant les
                               anneaux de la brague; tous les quatre
                               maintiennent la semelle.

  2 boucles de brague
    avec plaque         _g_    aux deux tiers de la longueur; elles
                               servent  passer la brague et diminuer
                               l'effort qui fait basculer la pice lors
                               du tir; elles peuvent servir  palanquer
                               la semelle.

  Plaques de levier et
    de vis de pointage
    avec leurs rivets   _k_    places contre le derrire, le dessus et
                               le dessous de l'afft, pour prvenir les
                               dgradations des leviers et vis de
                               pointage.

  Le pivot              _l_    traverse le chssis et facilite son
                               mouvement de rotation.


_Parties en fer du Chssis._

  La cheville ouvrire,
    sa plaque, etc      _j_    pour mouvoir obliquement la tte du
                               chssis, tout en la maintenant contre le
                               bord.

  Le piton de cheville
    ouvrire                   sa tte reoit la cheville ouvrire, et
                               sa tige traverse le bord; il maintient
                               le chssis au moyen de la cheville
                               ouvrire.

  Le boulon d'assemblage       pour maintenir le bois du chssis et le
                               manoeuvrer.

  4 boulons de support         fixent le chssis sur le support.

  Le briquet avec rivets       Plaque de fer qui reoit le choc du pivot
                               et de la rondelle, et qui empche
                               l'cartement des deux cts opposs.

  La plaque du levier
    de pointage                comme celle de la semelle. (Dans les
                               grandes obliquits on peut pointer par le
                               chssis, ce qui diminue l'obliquit de la
                               semelle, et par consquent l'effort qui
                               en rsulte sur le chssis lors du tir.)

Les canons, les caronades et leurs affts sont manoeuvrs ou retenus 
bord au moyen de divers cordages et palans, dont l'ensemble constitue le
grement de la pice. Outre ce grement, chaque pice ncessite encore
l'usage de divers ustensiles qui servent  son service et  son
pointage, et qui sont connus sous le nom d'armement.


_Grement du Canon._

  La brague                    fort cordage qui retient la pice aprs
                               l'effet du recul.

  2 palans de ct             pour manoeuvrer le canon et le contenir
                               au roulis.

  Le palan de retraite         pour tenir le canon au recul aprs le
                               tir, le mettre hors de batterie et  la
                               serre.

  La croupire                 pour accrocher le palan de retraite.

  L'estrope de culasse         pour accrocher le palan de retraite
                               quand le canon est  la serre.

  Le raban de vole            pour assujettir la vole au fronteau de
                               vole, quand on met le canon  la serre.

  L'aiguillette                pour brider la brague avec les palans de
                               ct, quand on met les canons  la serre.

  L'itague, le palanquin
    et deux rabans             pour ouvrir et tenir ferm le mantelet de
                               sabord.


_Grement de la Caronade._

  La brague                    fort cordage qui maintient la pice
                               contre le sabord et l'empche de reculer.
                               (C'est ce qu'on appelle brague fixe;
                               l'installation de la brague du canon
                               s'appelle  brague courante.)


_Armement du Canon._

  Le coussin, 2 coins
    de mire                    sur la sole de l'afft pour lever le
                               canon au pointage.

  L'anspect ou levier          sert au servant de gauche pour pointer.

  La pince                     sert au servant de droite pour pointer.

  Le tire-bourre et la
    cuillre                   pour dcharger la pice.

  La platine ou batterie       ressort  l'instar de celui du fusil pour
                               mettre le feu  la pice.

  La bote  capsules et
    les capsules               la capsule est un petit tuyau fait d'une
                               lgre feuille de cuivre, contenant de la
                               poudre fulminante pour mettre le feu  la
                               charge au moyen de platines  piston ou 
                               percussion.

  La corne d'amorce            tui qui contient la poudre d'amorce pour
                               les platines  pierre, ou pour les cas o
                               l'on n'a plus de platines.

  Le dgorgeoir                pour dgager la lumire et crever la
                               gargousse.

  L'pinglette                 pour diriger la poudre dans la lumire.

  La bote  toupille
    et les toupilles          l'toupille est un tuyau de plume plein
                               d'artifice, destin  mettre le feu  la
                               charge.

  Le doigtier                  forte peau que le chef de pice met  son
                               doigt pour pouvoir boucher la lumire
                               quand la pice est trs-chaude.

  Le couvre-lumire
    et ses rabans              pour couvrir la lumire quand la pice
                               est au repos. (La lumire est en outre
                               ferme par un bouchon d'toupe garni de
                               suif, nomm toupillon.)

  La tape                      pour fermer la bouche de la pice.

  Le gargoussier               bote dans laquelle on apporte de la
                               soute, la gargousse ou le sac contenant
                               la charge de poudre.

  Le boute-feu avec sa
    tresse                     pour mettre le feu  la pice si on
                               amorce avec de la poudre.

  Les valets                   pelotes en fil de carret pour assujettir
                               le boulet dans la pice.

  L'couvillon                 pour nettoyer l'intrieur de la pice
                               quand elle a fait feu.

  Le refouloir                 pour enfoncer la charge. (Pour les
                               calibres de 12 et au-dessous,
                               l'couvillon et le refouloir, la cuillre
                               et le tire-bourre, sont sur la mme
                               hampe; alors la tte de l'couvillon est
                               tourne du ct de la culasse pendant le
                               service de la pice.)

  La baille (contenant
    de l'eau)                  pour mouiller la poudre qui peut tomber
                               sur le pont, et pour rafrachir la pice au
                               besoin.

  Le faubert                   pour le service de la baille ci-dessus.


_Armement de la Caronade._

  La vis de pointage           pour lever et abaisser la pice au
                               pointage. (Des coins de mire sont allous
                               pour suppler la vis au besoin.)

  Le levier en fer             tient  la semelle par une goupille pour
                               lui donner la direction convenable. (Des
                               anspects et des pinces sont alloues afin
                               de suppler le levier au besoin.)

  Le tire-bourre, la
    cuillre, etc.             comme pour l'armement du canon.

En outre des objets d'armement ci-dessus, le dernier servant de droite
pour les canons, et le servant de gauche pour les caronades, ont devant
eux un petit tablier contenant des pierres  feu de rechange (si les
platines sont  pierres), et du vieux linge pour nettoyer la platine:
une corne d'amorce garnie est alloue en cas de besoin pour chaque
pice, et elle est suspendue dans les batteries le long du bord, entre
les baux, ou dispose  la sainte-barbe.

Enfin, dans les grands btimens, deux canonniers par batterie ont un
grand sac contenant un vilebrequin, quatre vrilles, un tournevis, quatre
platines, des capsules, des toupilles s'il y a lieu, de la ligne pour
platine, et du vieux linge pour obvier aux accidens. Sur les bricks et
btimens au-dessous il n'y a qu'un grand sac.




CHAPITRE II.

_Des Projectiles et de la Charge._


On donne le nom de projectiles  tous les corps lancs dans l'espace,
mais plus particulirement  ceux qui le sont par l'explosion de la
poudre.

Dans la marine, les projectiles sont les boulets ronds, ou simplement
les boulets; les boulets rams, les grappes de raisin ou la grosse
mitraille, et les botes ou paquets de mitraille; ces derniers, connus
aussi sous le nom de petite mitraille, ne s'emploient plus gure que
dans les pierriers.

Les boulets ronds sont en fer fondu, et autant que possible sans
asprits ou cavits; leur destination principale est de percer la
muraille des vaisseaux et d'abattre les mts.

Le diamtre d'un boulet et en gnral de tout projectile, est un peu
plus petit que celui de la pice, afin d'y pouvoir entrer librement; la
petite diffrence qui existe entre ces deux diamtres s'appelle le vent
du boulet.

Le vent ne doit pas dpasser certaines limites qui sont fixes pour
chaque calibre; il faut donc que chaque projectile ait le diamtre
prescrit; et l'on appelle calibrer, l'opration par laquelle on s'en
assure: elle se fait au moyen de deux lunettes en mtal, dont l'une a
trois points de plus, et l'autre six points de moins que le boulet
rglementaire.

On rejette tout boulet qui ne passe pas en tous sens par la premire, ou
qui passe dans un sens quelconque dans la seconde. Le boulet de 36 a 2
lignes 6 points de vent, ceux de 30 et de 24 2 lignes 3 points, et
ensuite en diminuant de trois points par calibre; le vent est d'une
ligne 6 points pour les boulets de toutes les caronades; plus un boulet
a de vent, plus la poudre perd de son action, et moins la pice a de
porte et de justesse dans le tir.

Les boulets rams sont deux lentilles de fonte runies par une tige en
fer dont la longueur a deux diamtres du boulet; leur forme s'oppose 
ce qu'ils portent aussi loin que les boulets ronds, et  ce qu'ils
pntrent la muraille des gros vaisseaux; mais ils peuvent produire de
grands effets sur la mture et le grement de l'ennemi, et quand le peu
d'loignement du btiment ennemi, ou la faiblesse de ses murailles,
permettent qu'ils entrent  bord, ils y occasionnent des clats
considrables.

Les grappes de raisin sont un assemblage de balles de fontes assujetties
autour d'une tige de fer qui tient  une plaque ronde de mme mtal;
celle-ci, qui sert de base au projectile, est du diamtre du boulet, et
ces balles sont retenues par une espce de coiffe en grosse toile
peinte, lie en plusieurs sens: il en rsulte une grappe -peu-prs
cylindrique, dont le poids et la longueur sont rgls par un tarif. La
porte des grappes de raisin est environ les deux tiers de celle des
boulets rams; leurs balles ou biscaens rompent leur enveloppe au
sortir de la pice; elles divergent et elles sont trs-propres de prs
( deux encblures par exemple)  couper des manoeuvres ou  dtruire
des hommes au sabord, et sur les ponts quand on se bat sous le vent, ou
que ces hommes sont faiblement abrits.

Les botes de mitraille se composent d'une bote cylindrique de
fer-blanc dont la base a le diamtre du boulet et qui contient de
petites balles; la longueur de la bote est dtermine par un tarif. La
porte de cette mitraille est -peu-prs celle des grappes de raisin;
mais ces petites balles, aprs leur chappement, ont encore moins
d'action que les biscaens; elles ne peuvent tre efficaces que contre
des embarcations ou contre des hommes entirement  dcouvert.

La charge se compose d'une gargousse, d'un ou de deux projectiles, et
d'un valet.

La gargousse est un sac du calibre de la pice, et dans lequel est
contenu la poudre destine  faire l'explosion; cette quantit de poudre
est rgle ainsi qu'il suit: pour prouver un canon, la moiti du poids
du boulet de mme calibre; pour le combat, le tiers dudit poids; pour
salut ou pour signaux, le quart. Quand les pices doivent rester
charges, on met sur la gargousse un valet qui est attach  cette
gargousse, pour pouvoir la retirer facilement, s'il y a lieu. La charge
de la caronade pour le combat est de 1/9 du poids du boulet, et pour
salut le 1/12; celle du pierrier est le 1/5, et celle de l'espingole le
1/10.

Les gargousses aujourd'hui ne sont plus ordinairement prpares  bord
des btimens; ceux-ci les reoivent du magasin, conformment au
rglement, et la poudre qui est ainsi prpare et dlivre par les
magasins, s'appelle l'apprte.

Lorsqu'une pice a tir plusieurs fois de suite, elle s'chauffe, la
presque totalit de la poudre s'embrase, et l'on en diminue alors par
prcaution la quantit; c'est ce qu'on appelle saigner la gargousse;
ainsi l'on conserve -peu-prs la mme porte qu'auparavant, l'on
prserve la pice du danger d'clater, et les affts ainsi que les
btimens sont moins fatigus.

On met dans les canons, un, deux ou trois projectiles. Ce dernier cas
doit tre fort rare et peu rpt tout de suite, car il y aurait danger
que le canon n'clatt; d'ailleurs la porte se trouvant par l
trs-diminue, on ne doit l'employer que de fort prs et sur un ordre
suprieur.

Il y a toujours inconvnient  charger un canon avec deux projectiles de
diffrente espce,  cause de l'ingalit des portes; mais alors en se
rglant sur la diffrence des vitesses de ces projectiles, on introduit
le boulet ram avant le boulet rond, et de mme la bote de mitraille,
ou la grappe de raisin avant le boulet ram. La brague des caronades
devant tre trs-mnage, on ne doit charger ces pices avec deux
projectiles que rarement, et pour ainsi dire jamais avec trois.

Au surplus, quand on traitera de l'exercice, on indiquera plus
particulirement quelle est exactement la manire de procder pour
charger une pice.


_Remarques._

Ceux qui ont crit sur la porte des charges  plusieurs projectiles ne
sont nullement d'accord sur leur rsultat et leur emploi. Nous allons
rapporter quelques expriences.

Dans les preuves excutes en France en 1783, deux boulets ronds de 36
lancs  la fois par 12 livres de poudre, sous un angle de projection de
17, ont port  1,200 toises; et dans les mmes circonstances la porte
d'un boulet de mme calibre, tir seul, fut de 1,450 toises.

La porte de deux boulets ronds de 24, lancs par 8 livres de poudre
sous le mme angle de 17, a t de 1,090 toises, et celle d'un seul
boulet de 24, de 1,360 toises. Les canons des autres calibres en usage
dans la marine, tirs alternativement aussi avec un et deux boulets,
ont offert des rsultats analogues, et confirms d'ailleurs par des
preuves de mme nature, qui furent excutes en Angleterre en 1793.

La divergence des boulets tirs ensemble parat trs-fonde lorsque le
but est loign; ainsi on ne doit pas les permettre au-del de 300
toises. Mais de trs-prs, et lorsqu'on tire sur des navires offrant par
leur grement et leur voilure une grande surface, il est assurment
trs-avantageux de tirer deux boulets au lieu d'un, surtout s'ils sont
de gros calibre; car non-seulement ils auront la force de traverser les
murailles les plus paisses, et ils feront deux trous au lieu d'un, mais
encore chacun d'eux enlvera plus d'clats.

En outre, lorsqu'on est  bout portant, comme dans certains passages 
poupe, ou dans l'instant d'un abordage, il convient extrmement de
charger tous les canons avec trois projectiles, dirigeant ceux du petit
calibre contre les bastingages, et les autres contre la partie du navire
ennemi dont l'lvation correspond  la leur[3].

  [3] De Montgry, rgles de pointage.

Des expriences faites  Brest prouvent que les balles de nos fusils de
munition, avec leur charge de poudre accoutume, et tires de 20  50
toises de distance, possdent plus que la force ncessaire pour
traverser les bastingages les plus pais qui se trouvent gnralement 
bord des btimens[4]. Or trois boulets d'une livre lancs par 6 onces de
poudre, tant anims chacun d'une plus grande quantit de mouvement que
les balles susdites, et pouvant s'enfoncer davantage dans un corps
solide, traverseront,  plus forte raison, avec une extrme facilit
toute espce de bastingage usit. Les boulets d'une livre sont au reste
les plus petits qu'on emploie  bord des navires franais; ce sont ceux
de pierriers. Donc aussi les boulets des autres bouches  feu peuvent
tre tirs avec succs trois  la fois contre les bastingages, et mme
contre la muraille des gaillards, qui a rarement plus de 8  10 pouces
d'paisseur[4].

  [4] Procs-verbal de ces expriences.

Si la divergence des boulets ronds tirs ensemble est considrable, elle
l'est encore bien davantage si la charge se compose d'un boulet rond et
d'un boulet ram. Voici ce que dit  ce sujet M. Cornibert:
J'assurerai que pendant deux ans que j'ai t inspecteur de la fonderie
de Nevers, il a t tir plus de deux mille coups de canon  plusieurs
boulets ronds et rams pour preuves ordinaires et extraordinaires des
bouches  feu fabriques dans cet tablissement. Les canons et caronades
placs sur des traneaux et plateaux trs-solides, reposant sur la
terre, quelquefois molle, dans toute leur longueur, taient points,
avec tout le soin possible, contre une butte distante de 150 toises au
plus du lieu de dpart des boulets, et d'ailleurs assez large pour
n'tre jamais manque dans le tir ordinaire. Malgr toutes les
prcautions prises et la rgularit du pointage, que quelquefois j'ai
fait rectifier avec un cordeau, la moiti et plus des boulets manquait
la butte; un boulet frappait au pied, tandis que l'autre allait frapper
plus loin, en passant par-dessus. Ces irrgularits ne pouvaient
certainement tre occasionnes que par le choc de projectiles l'un
contre l'autre dans la pice en en sortant. Aux preuves  outrance, on
s'est servi de boulets rams, bien justes dans leurs dimensions,
fabriqus soigneusement et avec du bon fer aux forges de Gurigny;
presque tous se sont casss sortant des pices; rarement ils ont atteint
la butte, et des morceaux ont t trouvs trs-carts  droite et 
gauche de la direction du tir.

Au reste, l'emploi du boulet ram doit tre peu frquent; mis dans la
pice avec un boulet rond, comme il s'abaisse davantage que celui-ci, 
distances gales, il arrivera que si l'on veut endommager le grement,
le boulet rond passera par-dessus ou n'y fera que peu d'avaries en ne
rencontrant que des manoeuvres leves; que si au contraire le boulet
rond rencontre les bas mts et les basses vergues, le boulet ram
rencontrera la coque qu'il est incapable de traverser.

La charge compose d'un boulet et d'un paquet de mitraille est sujette
aux mmes inconvniens et ne doit tre employe que de trs-prs.

La charge  double projectile avec boulets ronds ne doit pas tre
employe au-del de 300 toises; et celles composes d'un boulet rond et
d'une mitraille, ou un boulet ram, au-del d'une encblure.

Ce n'est qu' trs-petites distances qu'on peut esprer de tirer un
parti avantageux de doubles charges des caronades, et on ne peut
continuer long-temps  s'en servir sans craindre la rupture presque
certaine de la brague.

On ne doit jamais commencer le feu avec des caronades sans avoir
pralablement pass la fausse brague.




CHAPITRE III.

_Emplacement des Canons et de leurs projectiles,  bord._


C'est au sabord des btimens que les canons sont placs, amarrs et
manoeuvrs. Une dcision du 18 septembre 1828 en a rgl le nombre par
batterie, ainsi qu'il suit:

  +==============+=============+=============+=============+
  |   RANG       |    1re      |    2e       |    3e       |
  |    des       |  BATTERIE.  |  BATTERIE.  |  BATTERIE.  |
  |  BATIMENS.   |             |             |             |
  +--------------+-------------+-------------+-------------+
  |              |             |             |             |
  | Vaisseau de  | 32 canons   | 34 canons   |34 caron.    |
  |  1er rang.   | de 30 longs.|de 30 courts.|  de 30.     |
  |              |             |             |             |
  | Vaisseau de  | 32 canons   | 34 canons   |            |
  |  2e rang.    | de 30 longs.|de 30 courts.|             |
  |              |             |             |             |
  | Vaisseau de  | 30 canons   | 32 canons   |            |
  |  3e rang.    | de 30 longs.|de 30 courts.|             |
  |              |             |             |             |
  | Vaisseau de  | 28 canons   | 30 canons   |            |
  |  4e rang.    | de 20 longs.|de 30 courts.|             |
  |              |             |             |             |
  | Frgate de   | 30 canons   |            |            |
  |  1er rang.   | de 30 longs.|             |             |
  |              |             |             |             |
  | Frgate de   | 28 canons   |            |            |
  |  2e rang.    | de 24 longs.|             |             |
  |              |             |             |             |
  | Frgate de   | 28 canons   |            |            |
  |   3e rang.   | de 18 longs.|             |             |
  |              |             |             |             |
  | Corvette     {20c. de 30 l.|            |            |
  |  gaillards. { 4c. de 18 l.|             |             |
  |              |             |             |             |
  | Corvette     |             |             |             |
  |  sans        |     id.     |            |            |
  | gaillards.   |             |             |             |
  +==============+=============+=============+=============+

  +==============+====================+=========+======================+
  |   RANG       |                    |Total des|Et plus pour dunettes,|
  |    des       |     GAILLARDS.     |bouches  |     hunes            |
  |  BATIMENS.   |                    | feu.   | et embarcations.     |
  +--------------+--------------------+---------+----------------------+
  |              |                    |         |                      |
  |              |                    |         { 1 caronade de 18.    |
  | Vaisseau de  |16 caronades de 30. |   120   { 1 id. de 12.         |
  |  1er rang.   | 4 canons 18 longs. |         { 4 pierriers.         |
  |              |                    |         { 8 espingoles.        |
  |              |                    |         |                      |
  | Vaisseau de  |30 caronades de 30. |   100   |   id.                |
  |  2e rang.    | 4 canons 18 longs. |         |                      |
  |              |                    |         |                      |
  | Vaisseau de  | 24 caronades de 30.|    90   |   id.                |
  |  3e rang.    | 4 canons 18 longs. |         |                      |
  |              |                    |         |                      |
  | Vaisseau de  | 20 caronades de 30.|    82   |   id.                |
  |  4e rang.    | 4 canons 18 longs. |         |                      |
  |              |                    |         |                      |
  | Frgate de   |28 caronades de 30. |    60   |   id.                |
  |  1er rang.   | 2 canons de 18     |         |                      |
  |              | longs.             |         { 2 caronades de 12.   |
  | Frgate de   |22 caronades de 24. |    52   { 4 pierriers.         |
  |  2e rang.    |2 canons de 18      |         { 8 espingoles.        |
  |              | courts.            |         |                      |
  | Frgate de   |16 caronades de 30. |    46   |   id.                |
  |  3e rang.    | 2 canons de 18     |         |                      |
  |              |courts.             |         |                      |
  |              |                    |         { 1 caronade de 12.    |
  | Corvette     |8 caronades de 30.  |    32   { 4 pierriers.         |
  |  gaillards. |                    |         { 6 espingoles.        |
  |              |                    |         |                      |
  | Corvette     |                    |         |                      |
  |  sans        |                   |    24   |   id.                |
  | gaillards.   |                    |         |                      |
  +==============+====================+=========+======================+

Chaque canon s'installe au sabord, de manire que les flasques ou le
croissant de l'afft touchent la muraille; alors la vole sort au dehors
de tout ce dont elle excde l'paisseur de la muraille. Tenu en cette
position par les palans de ct, dont les courans sont fixs par un
simple tour au bouton de culasse, le canon est dit tre au sabord ou en
batterie, et amarr  garans simples. C'est l'amarrage de beau temps,
mais il en est de plus solides pour d'autres circonstances dont nous
parlerons plus loin.

L'ouverture du sabord permet de pointer ou de diriger l'axe du canon 
18 ou 20,  droite ou  gauche de la ligne du travers. Sans coussin ni
coin de mire, cet axe peut s'lever d'environ 14 au-dessus de
l'horizon, et avec coussin et coin de mire s'abaisser d'-peu-prs 6 
7.

Quant aux caronades, elles sont prsentes au sabord comme les canons;
mais, ainsi que nous l'avons dit, elles y sont en ce moment retenues 
bragues fixes; mais dans les mauvais temps on y ajoute quelques
aiguillettes. Leur pointage peut aller de 28  droite ou  gauche de la
ligne du travers; leur axe peut s'lever au-dessus de l'horizon de 13
avec la vis et de 16 sans la vis; il peut s'abaisser au-dessous de 5
avec la vis, et de 14 avec le coin de mire.

Il y a confusion et perte de temps  tenir dans les soutes les objets
ncessaires pour la manoeuvre et le service des pices; il est
aujourd'hui reconnu que les objets doivent tre en grande partie dans
les batteries ou prs des canons: prescrire  cet gard des dispositions
uniformes pour tous les temps et tous les btimens, serait cependant
d'une excution presque impossible; mais le principe tant adopt, il
suffit d'indiquer celles que l'on croit bonnes, ou qui sont le plus en
usage.

Chaque pice est numrote par batterie et en commenant par l'avant;
chaque objet principal l'est aussi comme la pice  laquelle il
appartient. Dans les batteries couvertes, la bote  capsules ou 
toupilles est place au milieu du dessus du sabord. Le gargoussier est
maintenu  gauche et prs du sabord. La baille de combat (et son
faubert) est accroche, l'ouverture contre la muraille,  gauche de sa
pice,  mi-distance des deux sabords. L'couvillon et le refouloir sont
longs de chaque ct du barrot plac au-dessus de la pice. Le fanal
de combat est mis comme en un tui dans un seau  incendie dont chaque
pice est pourvue; l'un et l'autre sont ainsi accrochs au pont
suprieur contre la muraille, dans l'intervalle de deux canons voisins;
quand ces fanaux servent, on les suspend au pont, dans l'intrieur, par
rapport  l'alignement des affts en les faisant correspondre au milieu
de l'espace qui existe entre deux pices. Dans toutes les batteries la
pince est  droite de l'afft et l'anspect  gauche, sur des supports en
fer en dehors des flasques; on peut aussi les engager sur les essieux
entre les flasques et les roues, ou mme les mettre sur l'entretoise. Le
coussin et le coin de mire sont entre les flasques et sous la culasse.
Les platines restent toujours adaptes aux pices; elles sont garnies de
leurs couvre-platines. Enfin les tire-bourre et cuillres sont disposs
comme les couvillons et refouloirs; mais il n'y en a qu'un de chaque
espce pour une division de quatre pices.

Une partie des projectiles et valets est dans la cale, et l'autre sur le
pont. Un certain nombre de boulets ronds sont  gauche de chaque pice,
sur le pont, et retenus par un cercle de gros cordage garni de pommes;
on peut y ajouter quelques crampes pour maintenir ce cercle sur le pont
au roulis. D'autres boulets ronds sont placs autour des hiloires,
panneaux, ou en d'autres lieux pareils, en tel nombre qu'il y ait
toujours, en tout, un approvisionnement de vingt de ces projectiles par
pice, dans la batterie.

Les boulets rams au nombre de cinq, et les grappes de raisins au mme
nombre, dont chaque pice est pourvue dans la batterie, sont accrochs
rgulirement le long de la muraille,  quelques pouces au-dessus du
pont. S'il y a des caisses de botes de mitraille  bord, elles restent
dans la cale, et, en cas de combat, on monte une de ces caisses pour
chaque pice.

Les valets, au nombre de huit  douze par pice, sont lis ensemble en
forme de plateau rond que l'on place quelquefois dans la baille,
quelquefois contre le bord, ou mme en forme de chapelet autour de la
naissance de la vole.

Les armes d'abordage destines aux chefs et servans peuvent encore tre
pareillement disposes avec symtrie et got, prs des pices ou aux
environs.


_Remarques._

Non-seulement les objets ncessaires au service des pices doivent tre
autant que possible dans les batteries, afin que les branle-bas de
combat se fassent avec plus de promptitude; mais il faut y dposer
encore les objets de rechange dont on peut avoir besoin pendant le
combat, afin de ne pas tre oblig de distraire des servans pour aller
les chercher  la sainte-barbe pendant l'action.

Les bragues de rechange pour canons peuvent, dans les batteries, se
placer sur la face avant ou arrire des baux o on les retient par des
bouts de tresse clous. Pour les caronades on doit en avoir de disposes
dans la tuque d'arrire ou dans les coffres d'armes.

Les affts de rechange ne doivent pas tre exposs aux boulets de
l'ennemi, comme cela arrive quelquefois, mais placs de manire qu'on
puisse les transporter avec la plus grande clrit lorsque le besoin
s'en fait sentir.

Les parcs  boulets pratiqus contre le bord, et autour des hiloires des
panneaux, ne suffisant pas pour contenir les 20 boulets que chaque
pice doit avoir dans sa batterie, on y supple par des parcs en corde;
mais comme il est difficile de les maintenir au roulis et que les
crampes qui les fixent endommagent les ponts, on pratique plus
ordinairement deux parcs volans situs dans les batteries basses, le
premier entre le cabestan et le panneau de la cale au vin, le second en
arrire du panneau de l'avant. Dans les batteries hautes, le premier
entre le cabestan et le panneau de la cale au vin, et le second sur
l'arrire des cuisines. Pour les gaillards on peut placer une grande
quantit de projectiles entre les drmes.

Comme il est dsirable d'avoir un mme nombre de valets que de
projectiles, et que les sacs  valets disposs contre le bord n'en
contiennent pas une assez grande quantit, on peut, sans encombrement, y
suppler en se servant de valets en herseaux, dont deux ou trois
douzaines, passs dans un bout de filin, sont suspendus contre le bord.

L'appareil ncessaire pour changer un afft bris doit tre dispos dans
l'entre-pont, auprs du grand panneau; ce panneau tant le seul qui
reste ouvert pendant le combat pour le passage des blesss.




CHAPITRE IV.

_Exercice du Canon d'un bord et par temps._


L'exercice du canon est suppos prcd du commandement de branle-bas de
combat.

A ce commandement, les derniers servans de droite vont chercher les
objets qui ne sont pas habituellement dans les batteries, comme sacs,
tabliers, platines de rechange, etc.

Les pourvoyeurs vont chercher (et allumer si c'est l'exercice  feu que
l'on va faire) le boute-feu destin  tre mis dans la baille de combat,
ainsi que les cornes d'amorces qui doivent tre suspendues  porte.

Le chef de pice et les servans se rendent  leurs canons. Le chef
s'quipe de la bote  capsules qu'il attache devant lui, du doigtier
destin pour le pouce gauche, de l'pinglette et du dgorgeoir qu'il
suspend  sa ceinture; le dernier servant de droite arrive avec son
tablier, et il prend place ainsi que le pourvoyeur. Enfin chacun se met
 son poste ainsi qu'il est prescrit par le rle de combat, et suivant
les dispositions et l'ordre tablis  bord.

Les deux derniers servans de gauche longent le palan de retraite; le
dernier l'accroche  la boucle du pont en arrire de la pice, et
l'autre  la croupire de l'afft. Les autres servans disposent pour
l'exercice le canon, qui est suppos charg et amarr  garans simples.

Le chargeur qui est le premier servant de droite, place l'couvillon et
le refouloir sur le pont, la tte tourne du ct de la culasse; les
troisimes servans de droite et de gauche longent la pince et l'anspect
dans le sens de la pice, en dehors des roues et le gros bout tourn du
ct de la muraille.

Le premier servant de gauche met la baille de combat galement sur le
pont, ainsi que le seau  incendie, qui sont munis d'eau par les autres
servans, si l'ordre en est donn, et ils disposent le fanal s'il y a
lieu. Enfin le pourvoyeur se saisit du gargoussier.

Le but qu'on se propose en faisant l'exercice est d'enseigner la manire
de procder avec uniformit pour dmarrer, pointer, tirer, recharger le
canon pour le remettre en batterie; et il ne sera question ici que des
moyens mcaniques par lesquels on y parvient. Les rgles du pointage
sont fondes sur des considrations trop leves pour trouver place dans
cette section, qui est principalement destine  l'instruction des
servans.

La description de l'exercice se divise par commandemens, et chaque
article contient 1 le commandement, 2 l'explication par temps, qui est
donne par celui qui commande l'exercice et qui est suivie de
l'excution, laquelle ne commence qu'aprs le nouveau commandement
d'action; 3 les observations qui indiquent ce qu'il peut tre
ncessaire d'ajouter ou de modifier, suivant les circonstances.

_TAT des hommes ncessaires pour le service d'un canon._

  +===============+=======+=======+=======+=======+=======+=======+
  |   EMPLOIS.    |Calibre|Calibre|Calibre|Calibre|Calibre|Calibre|
  |               | de 36.| de 30.| de 24.| de 18.| de 12.| de 8. |
  +---------------+-------+-------+-------+-------+-------+-------+
  | Chef de pice |   1   |    1  |   1   |   1   |   1   |   1   |
  | Servans       |  12   |   10  |  10   |   8   |   8   |   4   |
  | Pourvoyeurs   |   1   |    1  |   1   |   1   |   1   |   1   |
  |               +-------+-------+-------+-------+-------+-------+
  |       TOTAUX  |  14   |   12  |  12   |  10   |  10   |   6   |
  +===============+=======+=======+=======+=======+===============+


_Roulement._

Le roulement indique qu'on va commencer l'exercice et qu'il faut
observer le plus grand silence. Toute parole inutile est svrement
interdite, soit pendant l'exercice, soit devant l'ennemi. Les chefs de
pices font face au sabord; les servans font face  leurs pices, et
s'alignent sur les deux premiers servans; tous se serrent  bord, de
manire que les coudes s'affleurent, la tte haute, l'oeil dirig du
ct du chef, les pieds sur le mme alignement, le corps d'aplomb, les
bras pendans, les mains dans les rangs, ouvertes et  plat sur les
cuisses. A la fin du roulement, chacun reste immobile.

A dfaut de tambour, on y supple par le commandement de roulement, et
l'on termine le mouvement par celui-ci: fin de roulement.


1er COMMANDEMENT.

_Dtapez, dmarrez vos canons!_

_Un temps._

_Explication._ Le premier servant de droite dtape le canon et place la
tape contre le bord derrire lui. Le chef de pice, aid des servans
placs prs de lui, dmarre le canon et l'assujettit contre le bord, en
passant au collet du bouton de culasse un tour de chaque garant qu'il
fait tenir par les deuximes servans de droite et de gauche; puis il te
le couvre-lumire et le passe au troisime servant de droite, qui le met
prs du bord en arrire des servans.

_Action!_

_Observations._ Si le roulis ou l'inclinaison du btiment n'est pas
assez considrable pour dranger l'afft lorsqu'il est au sabord, il est
inutile de le maintenir par les palans de ct; alors les garans restent
longs sur le pont, hors de la direction des roues. Dans tous les cas,
les bouts sont cueillis par les avant-derniers servans de droite et de
gauche, en dehors des files de servans et par le travers de la culasse;
ils sont ainsi bien pars  se filer d'eux-mmes au recul.

S'il y a du roulis, ou si l'on est  la bande sur l'autre bord, le chef
fait maintenir la pice jusqu'au commandement de feu; mais auparavant il
doit avoir l'attention de faire mettre, en dessous, le garant du ct o
il prvoit que la culasse devra tre jete pour pointer.


2me COMMANDEMENT.

_Dgorgez, amorcez!_

_Un temps._

_Explication._ Le chef de pice prend le dgorgeoir de la main droite;
il perce la gargousse, et s'assure au mouvement du poignet et  la
longueur de la sonde, que la gargousse est perce; il arme[5] la
platine, ouvre ensuite la bote  capsules (ou  toupilles si la
platine est  pierre), en prend une, referme la bote, et il introduit
cette capsule dans la lumire en la pressant fortement avec le pouce.

  [5] On prescrit d'armer avant d'amorcer, de crainte que le marteau en
  s'chappant ne fasse partir le coup. Par le mme motif, il faut
  retirer la capsule, dans le cas o il y aurait lieu  dsarmer la
  platine.

_Action!_

_Observations._ Si l'on manque de capsules (ou d'toupilles), ou si la
platine est dmonte et qu'elle ne puisse tre remplace, le chef se
fait donner la corne d'amorce par le servant le plus  porte qu'il
dsigne, et il amorce la pice en introduisant de la poudre dans la
lumire avec l'pinglette qu'il tient de la main gauche, ayant soin de
ne pas laisser engorger la lumire; il remplit de poudre le champ de
lumire, et en prolonge une trane, autant qu'il le peut, du ct o on
doit mettre le feu. Il s'assure ensuite que la corne d'amorce est bien
ferme, et il la prend  deux mains pour craser la partie de la poudre
qui doit tre allume par le boute-feu; puis il te avec le plat de la
main gauche le pulverin (ou poussire de poudre) qui peut s'tre attach
 la corne; il la capelle par-dessus l'paule gauche, il la place
derrire lui, le petit bout du ct gauche, et il met le couvre-lumire
qu'il se fait donner par le troisime servant de droite.

Si la platine tait  pierre, il agirait de mme, mais il ne devrait pas
oublier de remplir le bassinet de poudre et de le refermer ensuite[6].

  [6] D'aprs les expriences faites sur les platines et moyennant
  celles de prcaution qui sont dans les batteries, l'emploi du
  boute-feu doit tre fort rare.


3me COMMANDEMENT.

_Pointez!_

_Trois temps._

_Explication._ Premier temps. Le chef de pice se place  droite du
palan de retraite, le pied gauche en avant et  plat, le genou pli, la
jambe droite allonge; la main gauche sur la plate-bande de culasse, et
la main droite  la poigne du coin de mire; les troisimes servans,
aids par les quatrimes pour les gros calibres (ceux de 24 et
au-dessus), prennent les pinces et anspects, les placent sur les adents
de l'afft, et ils lvent ou abaissent la culasse au commandement du
chef de pice, jusqu' ce que le canon soit au point convenable,
c'est--dire que la ligne de mire soit, autant que possible, dirige sur
le point o l'on doit viser lorsque le btiment est dans une position
moyenne  ses balancemens de roulis.

_Action!_

_Deuxime temps._ Les mmes servans embarrent aux flasques pour diriger
la pice  droite ou  gauche; le chef dcapelle les garans, il en
charge les derniers servans aids par ceux qui ne sont pas occups au
pointage, pour que tous contiennent la pice au sabord; puis il prend de
la main droite le cordon de la platine, et il se porte vivement en
arrire au-del du recul du canon. Il vise en s'inclinant et en mettant
dans le mme alignement son oeil, le point le plus lev de la culasse,
et le point le plus lev de la vole.

_Action!_

_Troisime temps._ Le chef fait le commandement _ postes!_ auquel les
servans, chargs de pinces et anspects, les retirent de dessous les
flasques, viennent reprendre leur alignement, et les tiennent le bout
pos sur le pont, de manire que les roues de l'afft ne puissent passer
dessus en cas de recul de la pice.

_Action!_

_Observations._ Lorsque celui qui commande l'exercice commande de
pointer en belle, le chef de pice fait endenter la pince et l'anspect
entre les adents de l'afft et la culasse, et il les fait ensuite
embarrer sous l'afft jusqu' ce que la pice soit horizontale et
perpendiculaire au seuillet du sabord.

Pour le commandement d'en plein bois, il faut, par les mmes moyens, que
la pice soit pointe de telle sorte que le boulet frappe au milieu de
la hauteur de ce qui parat de la coque de l'ennemi, et le plus possible
dans le voisinage du grand mt.

De mme, pour pointer en arrire, il faut porter la culasse en avant;
pour pointer en avant, il faut porter la culasse en arrire;  dmter,
il faut diriger la ligne de mire de manire que le boulet frappe la
mture, particulirement celle de misaine, mais pas plus haut que le
trelingage. A couler bas, il faut diriger la ligne de mire de telle
sorte que le boulet frappe la ligne de flottaison. Enfin s'il n'y a pas
d'ordre, les chefs de pices pointeront tous de manire  frapper  la
position prsume de la roue, ou en cas d'impossibilit, vers le point
qui en est le plus rapproch; il peut en rsulter un feu concentr qui
peut tre fort efficace.

Si la bande est trop forte pour que le chef puisse pointer assez haut,
on a la ressource d'ter les roues de l'arrire, mais ce ne peut tre
sans que le chef de la batterie en ait t averti: lui seul peut en
donner l'ordre, aprs avoir pris ceux du commandant du btiment, qui
pourrait prfrer de prendre une autre position.


4me COMMANDEMENT.

_Feu!_

_Deux temps._

_Explication._ Premier temps. Le chef de pice attend que les mouvemens
du navire amnent la ligne de mire dans la direction du point o l'on
doit viser; et quand il le voit prs d'arriver, il l'indique par un
signal, puis il fait feu en donnant un coup de poignet sec au cordon de
la platine.

A ce signal du chef de pice, les servans chargs des garans de palans,
les laissent tomber hors de la direction des roues; ceux qui ont en main
la pince et l'anspect, les posent sur le pont; tous les servans, 
l'exception des premiers de droite et de gauche, se portent vivement au
palan de retraite pour l'embraquer au recul, et mme le palanquer si le
canon n'est pas assez rentr. Le premier servant de droite prend la
pince par le gros bout pour caler les roues, ds que l'afft n'est plus
au sabord; il doit aussi parer les palans et la brague avec le premier
servant de gauche; et le dernier servant de gauche fait une demi-clef
sur le palan de retraite.

_Action!_

Deuxime temps. Les troisimes servans de droite et de gauche, aids par
les quatrimes pour les gros calibres, prennent la pince et l'anspect,
embarrent sous la culasse qu'ils lvent pour que le chef place le
coussin et le coin de mire, de manire  mettre la pice  mme d'tre
charge; les autres servans rouent les garans des palans de retraite et
de ct; l'anspect est remis  sa place, la pince en travers des roues,
et chacun reprend son poste.

_Action!_

_Observations._ Si la capsule ne prend pas, le chef la retire et en met
une nouvelle. Si l'on se sert d'une toupille et que le coup ne parte
pas, il faut laisser teindre le feu de l'toupille avant de
s'approcher de la pice pour la remplacer; il en est de mme quand on a
amorc avec de la poudre. Lorsque la lumire ne fume plus, le chef de
pice et le servant charg du vieux linge s'avancent vers la pice; le
premier pour dgorger, amorcer s'il y a lieu, et l'autre pour nettoyer
la platine. Le chef rectifie toujours son pointage avant de remettre le
feu  sa pice, et il agit ensuite comme il a t dit au 4me
commandement.

S'il est tomb quelque parcelle d'toupille, capsule allume, ou poudre,
sur le pont, il faut les mouiller avec le faubert.

Quand, par la position du vaisseau lors du tir, on craint que la
violence du recul n'aille jusqu' briser la poulie du palan de retraite,
il faut dcrocher ce palan et le parer de manire qu'on puisse le
recrocher aussitt que le coup est parti.

Lorsque les platines seront dmontes et qu'elles ne pourront pas tre
remplaces, on mettra le feu  la pice  l'aide du boute-feu. Alors le
dernier servant de gauche saisit le pied du boute-feu de la main droite,
il en prend la tte de la main gauche, il se place vis--vis de la
lumire faisant face au sabord, il se baisse pour souffler la mche,
bien au-dessous de la hauteur de la lumire; il la porte ensuite 
quatre doigts de la plate-bande de culasse, pour faire feu au
commandement du chef; ce qu'il excute en portant la mche  l'amorce,
de manire que le boute-feu ne soit pas au-dessus de la lumire.


5me COMMANDEMENT.

_Bouchez la lumire; couvillonnez!_

_Deux temps._

_Explication._ Premier temps. Le chef de pice prend le dgorgeoir de la
main droite et l'enfonce dans la lumire pour voir si elle est dgage;
il la bouche bien ensuite avec le pouce de la main gauche, jusqu' ce
que la pice soit charge, ne l'tant que pendant les momens o il se
sert de son dgorgeoir; le premier servant de droite se porte en mme
temps  la vole, en passant par-dessus les palans et brague; le
deuxime servant lui remet l'couvillon, qu'il enfonce dans la pice.

_Action!_

Deuxime temps. Le premier servant de droite tourne plusieurs fois
l'couvillon dans le sens convenable pour faire prendre le tire-bourre,
et il le retire en le tournant du mme ct; il le pose sur la vole de
la pice, et il le secoue trois ou quatre fois en dvirant pour faire
tomber les culots de gargousses et la crasse.

Le chef de pice passe le dgorgeoir dans la lumire pour s'assurer
qu'elle est pare; si elle ne l'est pas, il fait couvillonner de
nouveau jusqu' ce qu'elle soit dgage, et il rebouche la lumire. En
mme temps, le servant charg du tablier nettoie la platine, puis il
reprend son poste.

_Action!_

_Observations._ Si le chef de pice ne peut parvenir  parer la lumire,
il en prvient l'officier ou le matre le plus  porte, qui la fait
dgager par les canonniers porteurs des vrilles et vilebrequins.

Il faut couvillonner avec beaucoup de soin pour dcrasser la pice et
pour en retirer tout ce qui peut s'y trouver d'tranger; il en rsulte
encore l'avantage que la lumire ne se trouve pas obstrue, et qu'aucun
culot n'empche la gargousse de se rendre au fond de l'me.

Il est bon de rafrachir une pice de temps en temps, par exemple quand
elle a tir huit ou dix coups. C'est  ce commandement qu'on le fait, en
aspergeant l'couvillon avec la main, avant de l'introduire dans l'me,
et en frottant en mme temps la pice avec un faubert mouill.


6me COMMANDEMENT.

_Au refouloir!_

_Un temps._

_Explication._ Le premier servant remet l'couvillon au second; il
reoit de lui le refouloir, dont il place le bouton sur la tte de
l'afft, et tient la hampe des deux mains. Si c'est du calibre de 12 et
au-dessous, il change l'couvillon en refouloir, lequel se trouve sur la
mme hampe.

_Action!_

_Observation._ Pour changer l'couvillon en refouloir, et
rciproquement, il faut appuyer le milieu de la hampe sur la vole, et
diriger le ct de l'couvillon de manire  passer en dessus.


7me COMMANDEMENT.

_La gargousse dans le canon;  la poudre!_

_Un temps._

_Explication._ Le premier servant de gauche fait un demi  gauche,
reoit du pourvoyeur la gargousse, qu'il place dans le canon, le culot
le premier, la couture en dessous; le premier servant de droite
l'enfonce jusqu'au fond du canon avec le refouloir. Il allonge le bras
droit de toute sa longueur, en tenant la main gauche sur la vole du
canon et le corps un peu inclin en avant, prt  refouler. Ds que le
pourvoyeur a remis la gargousse, il va en chercher une autre, ayant le
gargoussier sous le bras gauche et la main droite sur son couvercle.

_Action!_

_Observations._ Quand les pices sont chauffes, ou que les distances
sont trs-rapproches, il peut arriver que l'on donne l'ordre de saigner
les gargousses; mais cette besogne ne regarde nullement ni le chef de
pice, ni les servans, ni le pourvoyeur, qui doivent employer la
gargousse telle qu'elle leur est donne. Cet ordre ne peut venir que du
commandant du btiment, et alors il s'excute, soit dans la soute, soit
dans tout autre lieu dsign, mais toujours par les soins de personnes
galement dsignes, et qui ne font pas partie de l'quipage des pices.
Si le chargeur s'aperoit que la gargousse se soit creve en
l'introduisant, il doit mettre alors un valet aprs la gargousse pour
ramasser la charge au fond de la pice.

Le pourvoyeur doit viter, en allant chercher la gargousse, de mettre
dans ses mouvemens une prcipitation qui pourrait le faire trbucher ou
tomber. Quand il remet la gargousse au premier servant de gauche, il ne
tient le gargoussier ouvert que le moins de temps possible, et  l'abri,
s'il y a lieu, du feu de la pice voisine; en ce moment il doit visiter
son gargoussier, et s'il contient de la poudre chappe de la gargousse,
il la renverse sur la baille.

Si la pice devait rester long-temps charge, on mettrait en outre un
valet entre la gargousse et le boulet. Sans cette prcaution, si le
boulet prenait du jeu, il pourrait, au roulis, comprimer trop fortement
la poudre de la gargousse.


8me COMMANDEMENT.

_Refoulez!_

_Un temps._

_Explication._ Le premier servant de droite refoule trois coups et
abandonne la hampe du refouloir en effaant le corps.

Le chef de pice passe le dgorgeoir dans la lumire pour s'assurer que
la gargousse est rendue; si elle ne l'est pas, il fait refouler de
nouveau; si elle l'est, il fait un signal de la main, auquel le premier
servant retire le refouloir, et en place le bouton sur la tte de
l'afft; en mme temps, le second servant de gauche se baisse vivement
et prend un boulet qu'il remet au premier; il prend ensuite un valet.

_Action!_

_Observations._ Il est trs-important que le chef de pice ne dbouche
jamais la lumire sans s'tre positivement assur que le chargeur s'est
effac, et qu'il n'est plus devant la pice, afin d'viter, pendant ce
temps, que l'explosion possible de la charge n'enlve le chargeur.

Lorsque la mer est assez grosse pour obliger de fermer les sabords de la
premire batterie, aussitt que le coup de canon est tir, on doit
mettre la vole  hauteur du hublot, afin de pouvoir y passer les hampes
d'couvillon et de refouloir, et charger par ce moyen.

Si l'on est abord par un vaisseau, de manire que les mouvemens des
hampes de bois ne puissent avoir lieu, il faut y substituer des
couvillons et refouloirs  hampes de corde, lesquels sont runis pour
tous les calibres.

On ne doit pas refouler plus de trois coups, parce que la gargousse doit
tre confectionne de manire  se rendre assez facilement; que la
poudre trop refoule donnerait moins de porte au projectile, et qu'on
pourrait faire adhrer au fond de l'me le culot, qui, en y sjournant,
nuirait  la charge suivante. Si la gargousse prouvait d'ailleurs
quelque difficult  entrer, il faudrait, soit la retirer avec le
tire-bourre, et la faire changer par le pourvoyeur dans le cas o elle
serait dfectueuse, soit couvillonner et nettoyer de nouveau le canon,
si l'obstacle provenait de son intrieur. La hampe du refouloir doit
avoir une marque qui indique quand la gargousse est rendue.


9me COMMANDEMENT.

_Le boulet et le valet dans le canon!_

_Explication._ Le premier servant de gauche met le boulet dans le canon,
et l'empche de tomber en plaant la main droite devant la bouche de la
pice; il reoit du second servant le valet, qu'il prend de la main
gauche et qu'il place sur le boulet.

Le premier servant de droite enfonce aussitt le valet sur le boulet
avec le refouloir; il s'assure qu'il est rendu par la longueur de la
hampe, et il en rend compte au chef, par ces mots: _rendu, chef!_ Il
allonge le bras droit de toute sa longueur, il tient la main gauche sur
la vole et le corps inclin en avant prt  refouler; le premier et
second servant de gauche reprennent leur poste.

_Action!_

_Observations._ On ne met qu'un projectile dans le canon,  moins que le
commandant n'en ordonne autrement; il donne l'ordre en mme temps de
saigner la gargousse ou d'employer celles qui sont prpares  l'avance
et qui ne contiennent de poudre que le quart du poids du boulet. Les
chefs de la batterie font bien connatre alors quel est l'ordre dans
lequel les projectiles seront placs. Le valet ne se met qu'aprs le
dernier de ces projectiles.

Le premier servant de droite est spcialement charg de veiller  ce que
le boulet qui doit tre introduit par le premier servant de gauche, ne
tombe pas  la mer; ce n'est qu'autant qu'il en est sr qu'il doit
lui-mme introduire le valet.

Si le boulet ne peut pas entrer dans la pice, il doit tre remplac et
mis de ct pour tre nettoy par la suite; s'il s'arrte dans
l'intrieur avant d'tre rendu, on ne doit pas le forcer, mais le
retirer, ce qui s'effectue en levant la culasse et lui donnant quelques
secousses contre le seuillet du sabord, ou au moyen de la cuiller. On
enlve ensuite avec l'couvillon les culots ou dbris qui s'opposent 
son introduction. Si le valet prouve trop de difficult  entrer dans
la pice, on le remplace aussitt, et le premier est donn aux autres
servans pour qu'ils l'amoindrissent en le roulant sous les pieds, ou en
le battant avec l'anspect en le roulant de nouveau pour l'arrondir. Les
marques des hampes doivent tre susceptibles d'tre reconnues la nuit
comme le jour.


10me COMMANDEMENT.

_Refoulez!_

_Un temps._

_Explication._ Le premier servant de droite refoule deux coups; il
retire le refouloir et le passe au second, qui le pose sur le pont; le
premier et second servant de droite reprennent leur poste.

_Action!_


11me COMMANDEMENT.

_En batterie!_

_Deux temps._

_Explication._ Premier temps. Le premier servant de droite dcale les
roues et pose la pince  sa premire place; puis avec le premier servant
de gauche ils soutiennent les bragues, pour empcher qu'elles ne
s'engagent pendant le mouvement. Le dernier servant de gauche dfait la
demi-clef du palan de retraite et tient le garant pour filer  mesure
que la pice ira en batterie. Tous les autres servans se rangent sur les
palans de ct.

_Action!_

_Deuxime temps._ Le chef de pice commande palanquez! Tous les servans
agissent ensemble pour mette la pice en batterie droit au milieu du
sabord, et aussitt qu'elle y est, le chef a soin de l'assujettir, en
passant un tour de chaque garant au collet du bouton. Les garans sont
tenus par les deuximes servans de chaque ct.

_Action!_

_Nota._ Si l'on continue l'exercice, on reprendra au 2me commandement.
Si on ne le continue pas, on le termine par le 12me commandement, dans
lequel on suppose que l'amarrage est simple. S'il devait tre d'un autre
genre, il faudrait l'noncer et le faire excuter.

_Observations._ Le dernier servant de gauche doit particulirement
veiller le roulis, afin de contretenir, quand il y a lieu, pour empcher
la pice d'aller heurter le bord trop vivement, ce qui serait
susceptible de dranger la charge.

Dans un combat vergue  vergue, pour acclrer le tir dans le fort d'une
action dcisive, ou lorsque les servans sont fatigus ou rduits en
nombre, on est quelquefois oblig de tirer la pice sans la mettre en
batterie; c'est ce qu'on appelle _ longueur de brague_. Il faut alors
saupoudrer un faubert mouill, ou tout autre corps pareil, de sable ou
de cendre, et le faire servir  caler les roues de derrire pour
soulager la brague dans l'effort qu'elle aura  supporter, et l'on y
contribue encore en raidissant les palans de cts. D'ailleurs le palan
de retraite sera bien raidi, et mme, au besoin, renforc par son
garant, que l'on fera passer plusieurs fois dans l'estrope de culasse,
ainsi que dans la boucle du palan de retraite; la pince sera mise en
travers des roues de l'avant pour contribuer avec ce palan  empcher la
pice de se rendre au sabord. Il est alors plus essentiel que jamais de
veiller aux accidens du feu.


12me COMMANDEMENT.

_Tapez, amarrez vos canons!_

_Deux temps._

_Explication._ Premier temps. Le troisime servant de droite remet le
couvre-lumire au chef de pice, qui l'amarre sur la culasse, et qui
ensuite dcapelle les palans et les fait tenir par les derniers servans;
il fixe entre les flasques et les garans le mou de la brague qui est
soutenue par le deuxime servant; il fait raidir les palans par tous les
servans; il les arrte par un tour mort au collet du bouton, et en
passant le double de chaque garant entre ce garant et la plate-bande de
culasse, en dessus et en dessous.

_Action!_

_Deuxime temps._ Le premier servant de droite met la tape au canon, les
autres servans rouent les palans, les amarrent le long des flasques, et
mettent les attirails ncessaires  la manoeuvre, aux places o ils
taient auparavant. Le dernier servant de gauche dcroche le palan de
retraite et le place sur le canon. Les objets apports des soutes, et
qui ne sont pas susceptibles de rester dans les batteries, sont
rapports par les canonniers dsigns pour ce service et par le
pourvoyeur.

_Action!_

_Observations._ Si dans un combat il s'agissait d'amarrer les pices
momentanment pendant qu'on irait servir celles de l'autre bord, on les
assujettirait, soit en batterie avec les palans de ct, soit au recul
avec la pince mise en avant des roues et avec le palan de retraite
amarr.

Quand le roulis exige un amarrage plus solide, on laisse deux ou trois
servans pour excuter celui qui est prescrit, et ces servans retournent
prendre poste de l'autre bord ds qu'il est fini.


_Roulement!_

Chacun prend son poste comme au commencement de l'exercice, et nul ne le
quitte que lorsqu'on bat la breloque.


EXERCICE DE LA CARONADE

D'UN BORD ET PAR TEMPS.

Le commandement de _branle-bas de combat_ s'excute comme il a t dit
pour le canon, si ce n'est que les caronades tant en ce moment  brague
fixe, il n'y a point lieu  longer le palan de retraite. La caronade
est galement suppose _charge, et amarre seulement par sa brague_.

Pour une caronade d'un calibre quelconque, il ne faut que quatre hommes:
un chef de pice, un servant de droite chargeur, un servant de gauche
fournisseur, et un pourvoyeur. Le chef se rend  sa pice et s'quipe,
ainsi qu'on l'a expliqu en parlant du canon; il visite les amarrages de
brague, et il met le levier de pointage en place. Les deux servans vont
chercher et disposent sur le pont, prs de la muraille, les coins de
mire, la pince et l'anspect (ces deux derniers allous par deux
caronades). Ils disposent ensuite la baille de combat, le seau 
incendie et le fanal, comme on l'a vu prcdemment. Le fournisseur porte
le tablier garni, et le pourvoyeur se saisit du gargoussier. Celui-ci se
place  gauche de la pice faisant face au sabord et affleurant le
fournisseur avec le coude.


_Roulement!_

Comme pour le canon.


1er COMMANDEMENT.

_Dtapez vos caronades; dmarrez le couvre-lumire!_

_Un temps._

_Explication._ Le chargeur te la tape de la caronade et la place contre
le bord derrire lui. Le chef de pice dmarre le couvre-lumire, et il
le place prs du bord, en arrire du servant de droite.

_Action!_


2me COMMANDEMENT.

_Dgorgez; amorcez!_

_Un temps._

_Explication._ (Comme au 2me commandement pour le canon.)

_Observations._ (Comme au 2me commandement pour le canon.)


3me COMMANDEMENT.

_Pointez!_

_Deux temps._

_Explication._ Premier temps. Le chef de pice se place  droite du
levier de pointage, le pied gauche en avant et  plat, le genou pli, la
jambe droite allonge, la main gauche sur la plate-bande de culasse, et
la main droite  la poigne du levier de pointage, de manire  lever
ou  baisser la culasse, jusqu' ce que la caronade soit au point
convenable, c'est--dire que la ligne de mire soit, autant que
possible, dirige sur le point o l'on doit virer, lorsque le btiment
est dans une position moyenne  ses balancemens de roulis.

_Action!_

_Deuxime temps._ Le chef de pice prend de la main droite le cordon de
la platine, et il se porte vivement en arrire au-del du bout du levier
de pointage; en mme temps les servans s'en approchent pour diriger la
caronade d'aprs le signal du chef, qui s'incline et vise, en mettant
dans le mme alignement son oeil, le point le plus lev de la culasse
et le point le plus lev de la vole. Quand le pointage est fini, il
fait le commandement _ postes!_ auquel les servans reprennent leur
premire position.

_Action!_

_Observations._ Lorsque celui qui commande l'exercice ordonne de pointer
_en belle_, le chef de pice fait mouvoir le levier et la vis, de
manire  ce que la pice arrive  tre droite au sabord.

Pour le commandement _d'en plein bois_ (comme aux 2me et 3me
paragraphes des _observations_ au 3me commandement pour le canon.)

Si la bande est trop forte pour que le chef puisse pointer sur l'ennemi,
il a la ressource du coin de mire pour abaisser le pointage; et s'il
veut l'lever, il dmonte la vis.


4me COMMANDEMENT.

_Feu!_

_Un temps._

_Explication._ Le chef de pice attend, etc. (Comme au 1er paragraphe de
l'_explication_ du 4e commandement pour le canon.)

_Observations._ (Comme aux 1er, 2me et 4me paragraphes des
_observations_ du 4me commandement pour le canon.)


5me COMMANDEMENT.

_Bouchez la lumire, couvillonnez!_

_Deux temps._

_Explication._ Premier temps. Le chef de pice prend le dgorgeoir de la
main droite, et l'enfonce dans la lumire pour voir si elle est dgage;
il la bouche ensuite avec le pouce de la main gauche, jusqu' ce que la
pice soit charge, ne l'tant que pendant les momens o il se sert du
dgorgeoir.

Le servant de droite se porte vivement  la vole de la caronade, passe
le corps et la jambe en dehors du seuillet du sabord, et pose le pied
droit sur le taquet qui est dispos  cet effet; son pied gauche est
appuy en dedans.

_Action!_

_Deuxime temps._ Le servant de gauche prend l'couvillon, et il le
donne au servant de droite: celui-ci tourne plusieurs fois l'couvillon,
etc. (Comme aux 2me et 3me paragraphes des _explications_, et comme aux
_observations_ du 5me commandement pour le canon.)


6me COMMANDEMENT.

_La gargousse dans la caronade; au refouloir;  la poudre!_

_Un temps._

_Explication._ Le servant de droite remet l'couvillon au servant de
gauche, qui le pose contre le bord et se tourne ensuite vivement du
ct du pourvoyeur pour en recevoir la gargousse; il la donne au
chargeur qui la place dans la pice, le culot le premier, la couture en
dessous; le servant de gauche remet l'couvillon en place, prend le
refouloir, le passe  celui de droite qui s'en sert pour enfoncer la
charge jusqu'au fond de la caronade; il allonge le bras droit de toute
sa longueur, ayant la main gauche sur la vole et le corps un peu
inclin en avant, prt  refouler. Ds que le pourvoyeur a remis la
gargousse, il va en chercher un autre, ayant le gargoussier sous le bras
gauche, et la main droite sur le couvercle.

_Action!_

_Observations._ (Comme au 7me commandement pour le canon.)


7me COMMANDEMENT.

_Refoulez!_

_Un temps._

_Explication._ Le servant de droite refoule trois coups et abandonne la
hampe du refouloir en effaant le corps.

Le chef de pice passe le dgorgeoir dans la lumire pour s'assurer que
la gargousse est rendue; si elle ne l'est pas, il fait refouler de
nouveau; si elle l'est, il fait un signal de la main auquel le servant
retire le refouloir et le passe au servant de gauche, qui le pose et
prend vivement un boulet.

_Action!_

_Observations._ Il est trs-important, etc. (Comme au 1er paragraphe des
_observations_ du 8me commandement pour le canon.)

On ne doit pas refouler plus de trois coups, etc. (Comme au 4me
paragraphe des _observations_ du 8me commandement pour le canon.)


8me COMMANDEMENT.

_Le boulet et le valet dans la caronade!_

_Un temps._

_Explication._ Le servant de gauche pose le boulet sur la caronade et le
conduit avec les mains jusqu' ce que le servant de droite puisse le
prendre; alors celui-ci l'introduit dans la caronade et place sa main
droite devant la bouche de la pice pour empcher le boulet de tomber.

Le servant de gauche prend aussi un valet et le refouloir; il remet
d'abord le valet  celui de droite qui le prend de la main gauche et le
place sur le boulet; puis il lui donne le refouloir qu'il prend de la
main droite, et avec lequel il enfonce la charge. Il s'assure qu'elle
est rendue par la longueur de la hampe; il en rend compte par ces mots:
_rendu, chef!_ et il allonge le bras droit de toute sa longueur, la main
gauche sur la vole et le corps inclin en avant.

_Action!_

_Observations._ On ne met qu'un projectile dans la caronade surtout, 
moins que le commandant, etc. (Comme au 1er paragraphe des
_observations_ du 9me commandement pour le canon.)

Le chargeur doit avoir soin que le boulet ne tombe pas  la mer, et le
valet ne doit tre plac qu'autant qu'il est sr que le boulet est dans
la pice; ce dont au surplus il s'apercevra toujours, aprs qu'il aura
enfonc la charge, par la marque qui est sur la hampe. Si on dcouvrait
alors que le boulet n'est pas dans la pice, il faudrait ter le valet
avec le tire-bourre pour mettre un autre boulet.

Si le boulet n'entre pas dans la pice, etc. (Comme au 3me paragraphe
des _observations_ du 9me commandement pour le canon.)


9me COMMANDEMENT.

_Refoulez!_

_Un temps._

_Explication._ Le servant de droite refoule deux coups; il retire le
refouloir et le passe au servant de gauche qui le remet  sa place.

_Action!_

_Nota._ Si on continue l'exercice, on reprend au 2me commandement. Si on
ne continue pas, on le termine par le commandement qui suit:


10me COMMANDEMENT.

_Tapez vos caronades, amarrez le couvre-lumire!_

_Un temps._

_Explication._ Le servant de droite remet la tape  la caronade. Le chef
de pice va prendre le couvre-lumire et l'amarre; puis il te le levier
de pointage qu'il fait remettre, ainsi que les autres attirails, o ils
taient avant la manoeuvre. Les objets apports des soutes et qui ne
sont pas susceptibles de rester dans les batteries, sont reports par
les servans et par les pourvoyeurs.

_Action!_

_Roulement._

Chacun reprend son poste comme au commandement de l'exercice, et nul ne
le quitte que lorsqu'on bat la breloque.


EXERCICE DU CANON OBUSIER.

_Roulement._

Comme pour le canon.


1er COMMANDEMENT.

_Dtapez, dmarrez vos canons!_ (Un temps.)

Comme pour le canon.


2me COMMANDEMENT.

_Dgorgez, amorcez!_ (Un temps.)

Comme pour le canon.


3me COMMANDEMENT.

_Pointez!_ (Trois temps.)

Comme pour le canon.


4me COMMANDEMENT.

_Feu!_ (Deux temps.)

_1er temps._ Comme pour le canon jusqu' ces mots, si le canon n'est pas
assez rentr.

Le chef de pice dans ce cas facilite le mouvement de rentre en prenant
son levier-directeur, dont il engage le bec dans le cran de la tige
mobile, pour lever le derrire de l'afft. Les premiers servans de
droite et de gauche rests  leur poste parent les palans et bragues. Le
chef de pice remet le levier-directeur  sa place, et le 2e servant de
gauche fait une demi-clef au palan de retraite.

_2e temps._ Comme pour le canon.


5me COMMANDEMENT.

_Bouchez la lumire, couvillonnez!_ (Deux temps.)

_1er temps._ Comme pour le canon. Aprs ces mots, qu'il enfonce dans la
pice, ajoutez:  l'aide du premier servant de gauche qui se porte
galement  la vole de l'obusier par un mouvement semblable  celui de
droite.

_2e temps._ Les deux servans tournent plusieurs fois l'couvillon au
fond de la chambre et de l'me dans le sens ncessaire pour faire
prendre le tire-bourre, et ils le retirent en le tournant du mme ct.
(Le reste comme pour le canon.)


6me COMMANDEMENT.

_Au refouloir!_ (Un temps.)

Comme pour le canon.


7me COMMANDEMENT.

_La gargousse dans le canon;  la poudre;  l'obus!_ (Un temps.)

Le premier servant de gauche fait un demi  gauche et reoit du
pourvoyeur la gargousse qu'il place dans le canon, le culot le premier,
la couture en dessous; puis il aide le premier servant de droite 
l'enfoncer avec le refouloir jusqu'au fond de la chambre. Tous les deux
prennent la position de refouler.

Ds que le pourvoyeur a remis la gargousse, il va en chercher une autre,
ayant le gargoussier sous le bras gauche et la main droite sur son
couvercle.

Le deuxime servant de gauche prend la bote vide et se dirige avec le
troisime servant du mme ct, vers l'coutille destine au passage des
projectiles chargs. Le deuxime servant affale la bote par l'coutille
au moyen d'un cartahu  croc; puis tous les deux hissent dans la
batterie, par le mme moyen, la bote renfermant l'obus; lovent le
cartahu sur la bote; ils la saisissent ensuite par les anses, le
deuxime de la main droite, et le troisime de la main gauche, et la
transportent sur l'avant de l'afft, sous la vole de l'obusier, en
passant par derrire la file des servans de gauche. Aprs l'avoir pose
sur le pont, tous les deux reprennent leur poste.

_Action!_


8me COMMANDEMENT.

_Refoulez!_ (Un temps.)

Les premiers servans de droite et de gauche refoulent trois coups bien
gaux et abandonnent la hampe du refouloir en effaant le corps. Le chef
de pice passe le dgorgeoir dans la lumire pour s'assurer que la
gargousse est rendue au fond de la chambre. Si elle ne l'est pas, il
fait refouler de nouveau; si elle l'est, il fait un signal de la main,
auquel le premier servant retire le refouloir qu'il passe au deuxime
qui le pose sur le pont, et duquel il reoit le gros refouloir qu'il
pose sur le seuillet de sabord, la tte sur le pont, appuyant contre le
devant du flasque droit.

_Action!_


9me COMMANDEMENT.

_L'obus et le valet dans le canon!_ (Un temps.)

Les premiers servans de droite et de gauche enlvent l'obus de la bote
et l'lvent  la hauteur de la bouche de la pice. Le deuxime servant
de gauche retire aussitt la bote,  laquelle il remet le couvercle t
prcdemment, et la place contre le bord derrire lui.

Le premier servant de gauche introduit l'obus dans le canon aprs
l'avoir pralablement dcoiff, il le maintient dans cette position avec
la main gauche, ayant la main droite appuye contre la masse de mire. Le
premier servant de droite prend le refouloir, et aid du premier servant
de gauche qui abandonne l'obus, il l'enfonce au fond de l'me et retire
le refouloir.

Le premier servant de gauche reoit du deuxime, du mme ct, un valet
qu'il place dans la pice, et les deux premiers servans l'enfoncent sur
l'obus avec le refouloir. Le premier servant de droite s'assure que
l'obus et le valet sont rendus au fond de la pice par la longueur de la
hampe, et en rend compte au chef. Ces deux servans prennent la position
pour refouler.


10me COMMANDEMENT.

_Refoulez!_ (Un temps.)

Comme pour le canon.


11me COMMANDEMENT.

_En batterie!_ (Deux temps.)

_1er temps._ Le chef de pice prend le levier-directeur, et le tenant
des deux mains par l'extrmit, il engage le bec sous la tige mobile.
(Comme pour le canon.)

_2e temps._ Le chef de pice plac paralllement  l'afft, faisant
effort sur le trou du levier-directeur, soulve le derrire de l'afft
et commande _palanquez!_ alors tous les servans agissent ensemble pour
mettre la pice en batterie droite au milieu du sabord; le chef facilite
ce mouvement en continuant de peser sur son levier et poussant en avant
jusqu' ce que la pice soit en batterie. Alors il dbarre, remet le
levier-directeur  sa place, et (comme pour le canon.)


12me COMMANDEMENT.

_Tapez, amarrez vos canons!_ (Deux temps.)

Comme pour le canon.

_Nota._ L'armement de ces bouches  feu est le mme que pour le canon de
36, plus un levier-directeur et un petit refouloir  tte conique pour
la gargousse. Mais le levier-directeur n'est utile que lorsque l'afft
est priv de roues de derrire; dans le cas contraire, tout ce qui a
rapport dans l'exercice au levier-directeur, doit tre supprim.


EXERCICE DES DEUX BORDS,

ET A VOLONT.

L'exercice des deux bords n'apporte aucune modification  la manire
dont une pice doit tre pointe, tire et charge. Mais comme alors ce
sont les canonniers d'un seul bord qui se partagent pour faire le
service des deux bords, il a fallu adopter un ordre de rpartition
qu'il importe de faire connatre.

Cet exercice se divise en quatre parties.


I.--_Armement des pices et changement de bord._

TROIS COMMANDEMENS.

1er.--_Armez les deux bords!_

_Explication._ Les chefs des pices paires si l'on est  tribord, et
ceux des pices impaires si l'on est  bbord, disposent sur le boulon
de culasse les botes  capsules, le doigtier, le dgorgeoir,
l'pinglette et le tablier du servant.

_Action!_

_Observation._ Le numrotage des pices commence par l'avant, et si le
nombre des pices d'une batterie est impair, l'quipage des deux
dernires pices de l'arrire les manoeuvre ensemble comme s'il
s'agissait de deux pices voisines.


2e.--_Par le flanc gauche et par le flanc droit;  gauche,  droite!_

_Explication._ Les servans de droite font  _gauche_, ceux de gauche
font  _droite_, et les chefs de pice _demi-tour_  _droite_! tous se
tiennent prts  se porter  la pice correspondante de l'autre bord.

_Action!_

_Observation._ Dans un combat, c'est le chef de pice qui fait le
commandement de par le _flanc gauche!_ etc.


3e.--_Marche!_

_Explication._ Les chefs de pices qui ont fait demi-tour se rendent
avec leurs servans aux pices correspondantes de l'autre bord, et
dtachent, chemin faisant,  la pice voisine  droite, les trois
premiers servans de droite, savoir: le premier pour chef de pice; le
deuxime pour chargeur, et le troisime pour fournisseur. A cet effet,
les servans de droite marquent le pas jusqu' ce que le dernier homme de
la file de gauche l'ait dpass, et tous se rendent  leur poste en se
formant, les servans de gauche sur la droite, et ceux de droite sur la
gauche, par file en bataille.

Les chefs de pices qui n'ont pas quitt leurs pices, s'quipent du
tablier et envoient  celle qui est voisine  droite, devenue vacante,
les trois premiers servans de droite; le premier pour chef de pice, le
deuxime pour chargeur, et le troisime pour fournisseur.

Les chargeurs envoys pour chefs de pices, sont nomms _chefs
provisoires_, et les autres, _chefs titulaires_.

A chaque pice des deux bords o se trouve le chef titulaire, le premier
servant de gauche devient chargeur, et le second fournisseur.

Chaque chef,  son arrive  la nouvelle pice qu'il va servir, s'arme
de la bote  capsules, du doigtier, du dgorgeoir et de l'pinglette
qui doivent s'y trouver; les couvillons et les refouloirs sont passs 
la gauche des pices dans toutes les batteries; le chef de pice dmarre
le couvre-lumire et fait dtaper la pice.

_Action!_

_Observation._ Pendant un combat, c'est le chef qui fait le commandement
de _marche!_ Le tablier est suppos avoir t apport au commandement de
_branle-bas_.


II.--_Manoeuvre de la pice de chaque chef titulaire jusqu' ce qu'elle
ait fait feu, et passage des servans mobiles  la pice de chaque chef
provisoire._--Quatre commandemens.


1er.--_En batterie; dgorgez; amorcez!_

_Explication._ Aprs avoir mis les pices en batterie, si elles n'y sont
pas, les chefs titulaires seulement dgorgent et amorcent.

_Action!_


2e.--_Pointez!_

_Explication._ Les chefs titulaires seulement passent par tous les temps
du pointage.

_Action!_


3e.--_Feu!_

_Explication._ Les chefs de pices attendent le moment favorable et ils
excutent le feu. Aids par leurs servans, ils mettent les pices hors
de batterie, et le premier servant de gauche fait la demi-clef au palan
de retraite. La pince est mise en travers des roues par le premier
servant de droite.

_Action!_

_Observation._ S'il y a lieu de se servir du boute-feu, c'est le dernier
servant de gauche qui s'en saisit.


4e.--_Servans mobiles, changez!_

_Explication._ Les chefs de pices qui viennent de tirer ne conservent
que le premier servant de droite et de gauche; tous les autres, nomms
_servans mobiles_, se portent  la pice voisine  droite, o ils
occupent les mmes postes qu' celle du chef titulaire.

_Action!_


III.--_Manire de charger la pice pendant que celle du chef provisoire
est mise en batterie et fait feu, et rciproquement._--Cinq
commandemens.

_Observation._ Chacun des cinq commandemens en comprend deux ou
plusieurs, qui s'adressent tantt aux chefs titulaires, tantt aux chefs
provisoires; comme ils ne pourraient tre donns  la voix sans
confusion, on en marque l'excution par un coup de baguette.

  _Chefs titulaires._               | _Chefs provisoires._
                                    |
  1er coup de baguette.--Bouchez    | 1er coup de baguette.--En
  la lumire, couvillonnez au      | batterie; dgorgez, amorcez!
  refouloir!                        |
                                    | (Le dernier servant de gauche
                                    | dfait la demi-clef du palan
                                    | de retraite.)
                                    |
  2e La gargousse dans le canon;    | 2e Pointez!
  refoulez,  la poudre!            |

_Observation._ Le pourvoyeur va chercher la poudre et la porte  la
pice qui va tirer; il continue alternativement ce service pour les
deux pices de l'approvisionnement desquelles il est charg.

  3e Le boulet et le valet dans     | 3e Au boute-feu!
  le canon!                         | (S'il y a lieu.)
                                    |
  4e Refoulez!                      | 4e Feu!

_Observation._ Comme dornavant on se servira trs-rarement du
boute-feu, le chef provisoire fera alors _feu_ au troisime coup de
baguette; et au quatrime, il fera mettre sa pice hors de batterie; les
deux commandemens des troisime et quatrime coups de baguette, pris
simultanment, devant, dans tous les cas, commencer et finir -peu-prs
en mme temps.


5e.--_Servans mobiles, changez!_

L'exercice continuant, les chefs provisoires excutent  chaque coup de
baguette les commandemens indiqus pour les titulaires, et
rciproquement. Ensuite ils alternent encore.

Au roulement, le feu cesse, mais on continue de charger les pices qui
ne le sont pas. Un chef ne doit _jamais_ quitter sa pice qu'elle ne
soit charge, mise en batterie et amarre si c'est une pice des
batteries hautes, ou rentre et fixe par la pince place en avant des
roues, si c'est une pice de la batterie basse.


IV.--_Dsarmement d'un des deux bords._--Trois commandemens.


1er.--_Canonniers, tous  tribord; ou canonniers, tous  bbord!_

_Explication._ Les couvillons et les refouloirs sont replacs  droite
des pices, et les couvre-lumires  leurs places; les chefs provisoires
du bord qui restent arms, ainsi que les chefs titulaires et provisoires
du bord qui doivent tre dsarms, laissent leur quipement sur le
bouton de culasse.

_Action!_


2e.--_Par le flanc gauche et par le flanc droit;  gauche,  droite!_

Les servans font _ droite_ et _ gauche_, et les chefs de pices
_demi-tour  droite_. Si l'on a fait le commandement d'armer  bbord,
ce sont les chefs titulaires des pices impaires, qui sont tous 
tribord dans ce moment, qui excutent ce mouvement.

_Action!_


3e.--_Marche!_

_Explication._ Les chefs de pices se rendent avec leurs servans aux
pices correspondantes du bord oppos; les servans de droite marquent le
pas jusqu' ce que ceux de gauche soient passs; alors ils se rendent
tous  leurs postes, en se formant sur la droite et sur la gauche par
file en bataille.

Les chefs de pices qui ont chang de bord se munissent de la bote 
capsules, et les servans chargs du tablier le reprennent.

_Action!_

Si la batterie est arme de caronades ou de pices de 8 et au-dessous,
leur quipage n'est pas assez nombreux pour se diviser; on suit alors
les mmes principes pour leur destination de chaque bord, mais on ne
peut y servir que la moiti des pices. Dans ce cas, lorsqu'il devient
utile de rapprocher le feu de l'avant ou de l'arrire, on ordonne 
chaque quipage de se serrer du ct o on veut le faire, de manire 
ne laisser aucun intervalle. Si parmi les matelots de la manoeuvre il
s'en trouve de disponibles, comme tous doivent connatre l'exercice du
canon, le commandant peut alors les envoyer servir les pices qui sont
sans quipage; on y met pour chef le chargeur titulaire de ladite pice,
qui est remplac  la pice qu'il quitte par le fournisseur, et celui-ci
par un des matelots provenant de la manoeuvre.

Outre ces passages d'une partie des hommes d'un bord pour armer tout
l'autre bord, ou seulement une portion, il est encore un cas qui peut se
prsenter: c'est celui o se battant d'un seul bord, il y a lieu 
cesser entirement le feu de ce mme bord et  se porter de l'autre,
pour se battre sur cet autre bord. Alors on commande:

_Armez l'autre bord!_

_Explication._ Les pices de la premire batterie, charges ou non, sont
assujetties  la longueur du recul, afin de pouvoir fermer les sabords,
si c'est ordonn. Pour celles qui sont charges, chaque chef passe
aussitt avec son quipage  la pice du bord oppos; et pour les
autres, il y laisse son chargeur et le second et troisime servans de
droite pour la charger;  cet effet, le chef de pice commande 
_gauche_ et  _droite_, lui-mme fait _demi-tour_; il prononce le mot
_marche!_ et il va avec les servans prendre pareil poste  la pice
oppose. Les servans qu'il a laisss, s'il y avait lieu  recharger,
viennent le joindre ds qu'ils ont fini.

Dans les batteries hautes, les pices sont amarres au moyen de leurs
palans de ct.

_Action!_

_Exercice  volont!_

_Explication._ Chaque chef de pice fait alors en particulier  ses
servans les commandemens des divers temps; il doit leur en faire
observer toutes les circonstances et ne jamais sacrifier l'exactitude 
la vivacit des mouvemens.

_Action!_

_Observations._ Le feu  volont est ordinairement celui d'un combat, et
les canonniers doivent y tre exercs. Il est pourtant d'autres feux qui
peuvent tre dsigns par les dnominations suivantes:

_Feu de file ou de salut._ C'est celui o l'on commande  toutes les
pices de faire feu successivement, suivant un ordre et  intervalles
indiqus. On peut employer ce feu contre un btiment plus faible que
l'on chasse, ou  mesure qu'on dcouvre un navire dans une manoeuvre; il
a l'avantage de vous laisser libre de former et de favoriser le
pointage.

_Feu de section._ C'est celui o l'on commande  un certain nombre de
pices de faire feu simultanment, suivant un ordre prescrit et  un
intervalle indiqu. On peut employer ce feu quand on veut se mnager un
certain nombre de coups toujours prts  tre envoys.

_Feu de division._ C'est le feu de section lorsque chaque section est
compose de la moiti des pices conscutives d'un mme bord d'une
batterie. On peut employer ce feu quand la fume empche de bien juger
la position de l'ennemi, et qu'on veut se rserver des pices prtes
pour l'instant o il paratra.

_Feu de batterie._ C'est celui que chaque batterie doit faire
alternativement; les gaillards peuvent alors, suivant les ordres reus,
tirer  volont ou  leur tour.

_Feu par bordes._ C'est celui o l'on fait des dcharges gnrales de
toute son artillerie; on l'emploie quand, pendant une manoeuvre, on
vient  dcouvrir son ennemi, et qu'on veut profiter de ce moment pour
l'craser.

Il y a cependant des inconvniens dans chacune de ces manires de faire
feu, tandis que le feu  volont est celui qui en a le moins et qui
runit le plus d'avantages. Il reste  faire observer que les voles
sont en gnral plus meurtrires ou plus efficaces, 1 quand elles sont
tires en _enfilade_, c'est--dire dans le sens de la longueur du
btiment ennemi, surtout de l'arrire  l'avant; 2 _en charpe_,
c'est--dire obliquement sur sa batterie; les boulets peuvent alors
faire des clats considrables.


_Remarques._

Outre les devoirs imposs aux chefs de pices et servans, au
commandement de branle-bas de combat, il en est d'autres qui ont rapport
au service de l'artillerie.

Le commandement de branle-bas de combat fait, ou la gnrale battue,
pendant que les chefs et servans se rendent  leurs pices pour les
prparer  faire feu, les soutes  poudre sont ouvertes, et les hommes
affects  ce service s'y rendent. Les rondiers des batteries dmontent
les chandeliers des panneaux, enlvent les chelles qu'ils font passer
dans l'entre-pont pour viter les clats, la communication s'tablissant
pendant le combat par les chelles de cordes toujours en place.

Les hommes pour le passage des poudres dans les batteries, mettent en
place les panneaux de combat[7], les manches pour les gargoussiers vides
et les reposoirs pour les gargoussiers pleins[8].

  [7] Les panneaux de combat sont des panneaux pleins, garnis de deux
  coutillons pour faire passer, l'un la manche des gargoussiers vides,
  et le second les gargoussiers pleins.

  [8] Les reposoirs sont des supports en cuivre adapts au-dessous de
  l'coutillon dont nous venons de parler, sur lesquels on dpose le
  gargoussier plein, pour que le pourvoyeur puisse l'y prendre.

Les feux sont teints, les pompes  incendie garnies et armes.

L'emploi des capsules rend inutile le mouvement du chef de pice pour
percer la gargousse, il doit s'assurer seulement si la lumire est
dgage.

Les gargousses dlivres ordinairement  bord des navires de l'tat sont
en papier, en serge, en parchemin, ou en papier-parchemin. Depuis
quelque temps cependant les gargousses en serge paraissent abandonnes,
et on ne donne plus que des gargousses en papier pour le salut et
l'exercice, et en papier-parchemin pour le combat.

Les gargousses en papier-parchemin ont l'avantage de ne pas conserver
long-temps le feu, mais elles forment de trs-forts culots qui restent
dans la pice aprs l'explosion, et il faut couvillonner avec le plus
grand soin, pour que ces culots ne s'amoncellent pas au
 fond de l'me et n'empchent pas la gargousse de s'y rendre.

L'apprt ne se faisant plus  bord depuis l'adoption des caisses 
poudre, on ne se trouve plus dans la ncessit de saigner la gargousse.
On donne pour chaque calibre, un cinquime de gargousse au tiers et
quatre cinquimes de gargousse au quart; de sorte que lorsque le chef de
la batterie trouve les pices chauffes, il prend les ordres du
commandant du btiment, pour qu'il soit prescrit dans les soutes
d'approvisionner avec des gargousses au quart.

Les valets dont on se sert ordinairement sont cylindriques pour les
canons, et ovodes pour les caronades; on commence cependant  les
remplacer par des herseaux, qui, d'aprs les expriences faites  Toulon
en 1834, ont donn les rsultats semblables, sinon prfrables aux
valets cylindriques.

Ces derniers ont le grand inconvnient de pouvoir former un coin autour
du boulet, ce qui ncessitant une plus grande force pour le chasser de
l'me, peut tre prjudiciable  la pice.

Non-seulement lorsqu'on est vergue  vergue, mais dans plusieurs autres
circonstances, il peut tre trs-utile de tirer  longueur de brague.
Il rsulte de plusieurs expriences faites en 1836  Toulon, que
non-seulement il ne faut pas raidir les palans de ct, comme le dit
l'instruction, mais qu'il faut les dcrocher si on ne veut que les
poulies soient brises aux premiers coups tirs. Aprs avoir cal les
roues de derrire avec des fauberts mouills et sabls, on dcroche les
palans de ct et on runit, sans les forcer, par une aiguillette, les
deux portions de la brague en avant de l'afft.

A bord des btimens arms de caronades, en dsignant d'avance un homme
par pice pour remplir les fonctions de chargeur, on peut servir toutes
les pices lorsqu'on se bat des deux bords. Dans ce cas, les chefs
titulaires dtachent  la pice voisine,  droite, leur chargeur pour
chef de pice, et prennent pour chargeur leur fournisseur. Les chefs
provisoires ont pour chargeur un homme de la manoeuvre dsign d'avance,
et le pourvoyeur de la pice du chef titulaire approvisionne galement
celle du chef provisoire.




CHAPITRE V.

_Noeuds, Amarrages et divers Travaux de Garniture appliqus au
Canonnage._


C'est  bord et dans les ateliers de garniture que l'instruction sur ces
objets, tous de pure pratique, peut tre le plus facilement donne et le
plus promptement acquise; on ne saurait donc entrer ici  cet gard dans
de grands dtails, et l'on se contentera de fixer l'attention sur les
points suivans, qui sont distribus par ordre alphabtique pour
faciliter les recherches.

_Aiguilletage, aiguillette._ L'aiguilletage est un amarrage qui sert 
runir deux cordages ou deux branches du mme cordage; il s'excute le
plus souvent avec un petit filin flexible qu'on nomme _aiguillette_,
qu'on fait passer en tours multiplis dans les anneaux, bagues ou
oeillets dont ces cordages peuvent tre pourvus.

On se sert d'aiguillettes pour les amarrages des canons et des
caronades, pour embarquer et dbarquer les canons, pour saisir les
chandeliers de pierrier et d'espingole; pour fixer le bout des bragues
des pices, qu'au besoin on passe aux sabords de chasse ou de retraite,
et pour raidir l'appareil des batteries quand les pices sont au grelin
par un mauvais temps.

_Brague._ Fort cordage fait de fil de premire qualit, commis avec le
plus grand soin et lgrement goudronn, et qui sert  borner le recul
des bouches  feu. La brague est longe et tendue de force avec des
palans, ou mme au cabestan, avant d'tre mise en usage, pour qu'elle
soit moins expose ensuite  prendre du mou. Sa longueur pour les canons
de calibre de 36, de 12 et intermdiaires, varie de 10-1/2 mt.  7-3/4
mt., et sa grosseur de 20  16 centimtres. La brague est fixe par ses
deux bouts dans les boucles de la muraille du btiment par un amarrage
avec trive, c'est--dire avec changement de direction du cordage
principal, aprs qu'il a t repli sur lui-mme.

_Bridure._ Amarrage qui sert  rapprocher deux ou plusieurs cordages
dj tendus, ou les tours d'un mme cordage, et  les trangler en un
point, afin qu'ils souquent davantage. Il s'excute soit avec un cordage
particulier, soit avec le bout mme du cordage brid.

_Brin._ Un cordage est de premier brin quand il ne contient que les
filamens les plus longs et les plus propres qui restent dans les mains
du peigneur. Tous les cordages de l'artillerie sont du premier brin.

_Civire._ Moyen cordage qui sert comme une suspente et qu'on nomme
_herse_; c'est une sorte d'lingue. (Voyez ce mot.)

_Coiffe d'couvillon._ Sac de toile pour envelopper et prserver la tte
de l'couvillon; il se fait avec un morceau de toile pli en deux, cousu
sur le ct et adapt ensuite  un fond circulaire; on le termine par
une coulisse au bord, pour y faire passer un lusin goudronn qui sert 
serrer la coulisse sur la hampe; la coiffe est ensuite peinte sur la
face extrieure.

_Croupire._ Bout de cordage fix au corps de l'essieu de l'arrire et
formant une boucle pour accrocher le palan de retraite; il y a souvent
un piton dans cette partie qui rend la croupire inutile.

_Elingue._ Cordage dont on entoure un fardeau pour le soulever. Les deux
bouts en sont runis par une pissure. On s'en sert pour embarquer et
dbarquer les canons. Longueur pour les calibres de 36, de 12 et
intermdiaires, de 7 mtres 1/7  6 mtres 1/2; grosseur, de 20  16
centimtres.

_Epissure._ Runions de deux bouts de cordages ents, en quelque sorte,
par l'entrelacement rciproque de leurs torons; l'excdant des torons
est coup au ras du cordage, et la jonction a lieu solidement sans
noeuds ni bourrelets.

_Estrope._ Cordage fourr, dont on entoure une poulie en le faisant
passer dans les rainures pratiques sur sa caisse; les deux bouts de
cordage sont joints par une pissure. On y ajoute souvent une cosse pour
pouvoir accrocher la poulie; on applique alors cette cosse dans un pli
de l'estrope sur la tte de la poulie, et l'on approche les deux
branches de l'estrope par un amarrage  plat, entre la poulie et la
cosse, qui empche l'estrope de se dgager de ses goujures.

_Estrope de culasse._ Cordage employ dans l'amarrage  la serre. Les
deux bouts en sont runis par une pissure. On y fixe une cosse en fer,
de sorte que l'estrope est divise en deux parties ingales. De
semblables estropes, mais plus longues, sont employes pour
l'embarquement et le dbarquement de l'artillerie, savoir: deux pour la
culasse, et un pour la vole; celle-ci est plus courte que les autres.

_Faubert._ Faisceau de fil de carret li par une de ses extrmits, et
emmanch d'un petit bton; les fils en se dtordant par le bout forment
une toupe qui fait ponge.

_Fourrer un cordage._ C'est recouvrir un cordage en bitord; on l'tend
horizontalement  la hauteur de ceinture, on prend une pelote de bitord
dont le bout se fixe sur le cordage, on applique sur celui-ci le maillet
 fourrer, on les saisit par deux ou trois tours de bitord tant sur le
maillet que sur le manche; en faisant tourner le maillet, le bitord se
range en tours serrs et en spirale sur le cordage, qui est ainsi 
l'abri du frottement des corps trangers. On fourre aussi en basane, en
toile goudronne. Les anneaux de brague des caronades et la partie des
bragues qui y portent, sont fourrs.

_Garant._ Cordage d'un palan. L'une de ses extrmits se frappe sur le
cul de la poulie simple; l'autre passe sur un des rouets de la double,
de dessous en dessus; on le ramne sur le rouet de la simple, de dessus
en dessous, et de l sur le second rouet de la double, de dessous en
dessus. C'est sur cette extrmit, appele _courant_, que l'on agit.
Dans les palans de ct, le courant doit se trouver dessus. Pour les
canons de 36, de 12 et intermdiaires, la longueur des garans des palans
de retraite et de ct (qui sont les mmes) varie de 31 mtres  24, et
leur grosseur de 9  7 centimtres.

_Garcette._ Tresse plate en bitord. La poigne du coussin est une tresse
semblable.

_Garnir une brague._ C'est entourer la partie expose au frottement
d'une toile goudronne, maintenue par des tours serrs d'un cordage fin.
On peut se servir encore d'un morceau de basane cousu, suivant la
longueur de la brague.

_Hampe de corde._ Bout de filin de retour, fourr, de mme longueur que
la hampe de bois; il a 8 centimtres pour les calibres de 36, 30 et 24;
et 7-1/2 pour les calibres au-dessous.

_Itague._ Cordage tenant  un palan, et ordinairement en double pour en
augmenter l'effet. On s'en sert quand on change un canon d'afft, ou
qu'on l'amne sur le pont. Un bout est garni d'une cosse, l'autre est en
queue de rat. Pour les canons des calibres de 36, 30, 24 et 18, la
longueur de l'itague varie de 6 mtres 1/4  5 mtres 2/3, et la
grosseur de 12  10 centimtres.

On se sert aussi d'un itague pour fermer les mantelets des sabords; il
porte  son milieu, et en dedans du bord, une cosse o passe le croc de
la poulie double du palanquin; les deux bouts de l'itague traversent la
muraille et vont s'amarrer sur le mantelet.

_Ligne d'amarrage._ Menu cordage goudronn, servant  faire certains
amarrages, comme ceux des bouts de brague, ceux qui servent  rapprocher
les cts des lingues ou des estropes, etc.

_Lusin._ Petit cordage compos de deux fils de carret; il y a du lusin
blanc et du lusin goudronn. Il est employ  serrer les coiffes
d'couvillon, et pour la confection des grappes de raisin.

_Machine  dmonter les canons._ Elle se compose de deux estropes
(garnies chacune de deux poulies simples), de deux civires (garnies de
deux poulies simples), de quatre itagues, et de quatre palans (ceux de
la pice et de la voisine). On a propos d'autres machines, mais les
parties de celle-ci sont les plus faciles  se procurer.

_Mche._ Corde lessive servant, au besoin,  mettre le feu  une pice.
La mche est fabrique avec des toupes de lin; elle doit tre ferme,
sans trop de duret, bien pntre de lessive salptre, mais sche,
sans moisissure, et sans tre cornue  sa surface.

_Merlin._ Petit cordage de trois fils de carret commis ensemble au moyen
de la roue du sige de commettage. Celui qui s'emploie pour l'artillerie
est compos de fils goudronns; une pice de 60 brasses pse environ 1
livre 1/2.

_Noeuds._ Les noeuds diffrent suivant leur destination; c'est pour le
marin une tude longue et importante, qui ne peut se graver dans
l'esprit que par la pratique. On doit se borner  dire ici, en gnral,
que les noeuds et amarrages sont disposs de manire que les frottemens
des tours les uns contre les autres rendent l'enlacement solide, tout en
permettant, au besoin, de pouvoir dfaire le noeud.

_Palans de ct et de retraite._ Ils sont composs d'une poulie simple,
d'une poulie double et d'un garant (voyez ce mot). Les poulies sont
estropes et garnies chacune d'un croc. Il y en a pour d'autres objets,
pour embarquer et dbarquer les pices, pour descendre les barils 
poudre dans les soutes, etc.; mais ils sont tablis de la mme manire,
 peu prs.

_Palanquin._ Petit palan croch dans la boucle de l'itague de mantelet
par sa partie double; la poulie simple a une cosse fixe  un piton sur
le pont suprieur, et vis--vis le milieu du sabord.

_Quarantainier._ Cordage compos de trois torons commis ensemble; il y
en a de 6  9 fils, et de 12  15 fils; celui qu'on emploie pour
l'artillerie est goudronn.

_Queue de rat._ Espce de pointe que l'on fait  l'extrmit des
cordages pour faciliter leur introduction dans une poulie. On l'excute
en liant le cordage au point o l'on veut commencer la queue de rat; on
dfait les torons jusqu' la ligature; et renversant les fils extrieurs
sur le cordage, on en amincit les intrieurs  l'aide d'un couteau, de
manire que leur volume aille toujours en diminuant; on reprend alors
les fils extrieurs, et on les rabat alternativement par pairs et par
impairs, ayant soin,  chaque fois, de les lier fortement. Une ligature
termine cette espce de tissu.

_Raban de sabord._ Bout de quarantainier de 4  5 mtres de longueur,
et de 5  7 centimtres de grosseur, employ pour fermer solidement les
mantelets. Il y en a deux par sabord.

_Raban de retenue des caronades._ Aiguillette de 20  24 mtres de
longueur, et de 5  7 centimtres de grosseur, employe pour fortifier
l'amarrage des caronades par un mauvais temps.

_Raban de vole._ Cordage de 11  15 mtres de longueur, et de 6  8
centimtres de grosseur, employ dans l'amarrage du canon  la serre,
pour assujettir la vole contre la partie suprieure du sabord; ce
cordage porte une ganse  l'une de ses extrmits. On en donne un par
sabord de batterie basse.

_Surliure._ Amarrage fait sur les bouts d'un cordage pour empcher les
torons de se sparer; la surliure s'excute avec du fil  voile, ou de
la petite ligne qui sert  faire plusieurs tours bien serrs, et dont on
engage les bouts sous les tours.

_Valet._ Bouchon de corde servant  maintenir la charge dans l'me de la
pice, et  donner, par quelque rsistance, le temps  la poudre de
s'enflammer en plus grande partie. L'influence du valet sur la charge,
sur la porte du projectile, sur la pice mme, a t envisage sous
plusieurs faces, et diverses propositions ont t faites pour sa
configuration, ou pour en altrer la composition. On doit ici se borner
 dire comment se confectionnent ceux qui sont adopts  bord de nos
btimens.

Le valet est cylindrique, son diamtre doit passer avec frottement dans
l'me de la pice, et sa hauteur a quelques lignes de plus que son
diamtre. Il se fait avec du vieux fil de carret dont on forme un
faisceau que l'on serre par le milieu avec du fil de carret neuf.

Dans les ateliers on se sert pour faire les valets, d'un banc garni
d'une paille  bitte  un bout, et d'un morceau de filin  oeillet de
l'autre; on a une petite planche appele _moule_, qui a pour longueur la
hauteur du valet, mais un peu plus troite  son extrmit. On charge le
moule pour le placer sur le bout de filin  oeillet, et en le retirant
on fait faire au filin un tour complet autour des fils de carret, puis
on amarre ce filin sur la paille  bitte; enfin on roule le valet et on
le souque au moyen d'une gournable qu'on introduit dans l'oeillet du
filin, et sur laquelle on trvire. Il ne reste plus qu' amarrer le
valet par le milieu.

Si on veut faire un valet ovode, ou en forme d'oeuf, on enfonce une
poigne de vieux fils de carret dans le trou de fuse d'une roue d'afft
de calibre infrieur; on forme ainsi un noyau solide qu'on serre par le
milieu; on le recouvre dans le sens de la longueur de plusieurs tours de
fil de carret neuf, et l'on incline ensuite ces tours. On le serre enfin
comme le valet cylindrique.

Dans les deux cas on fait une poigne ou deux au valet, en y
introduisant pendant sa confection une ou deux petites bagues en fil de
carret, qu'on a toujours soin de laisser dborder.




CHAPITRE VI.

_Diffrentes manires d'amarrer les canons  bord._


Les amarrages employs pour contenir les bouches  feu  bord, dpendent
de la place qu'elles occupent et des craintes que peut donner le mauvais
temps.

_Amarrage  garans simples._ Cet amarrage est usit dans les beaux
temps.

La pice tant en batterie, maintenue par un tour de chaque garant pass
autour du collet du bouton, le troisime servant de droite remet le
couvre-lumire au chef de pice qui l'amarre sur la culasse, et qui
ensuite dcapelle les palans, et les fait tenir par les derniers
servans; il fixe, entre les flasques et les garans le mou de la brague
qui est soutenue par les deuximes servans; il les arrte par un tour
mort au collet du bouton, en passant le double de chaque garant entre ce
garant et la plate-bande de culasse de dessus en dessous. Le reste des
garans se love et s'amarre le long des flasques; le dernier servant de
gauche dcroche le palan de retraite, le love et le place sur le canon.

_Amarrage  garans doubls._ Cet amarrage est usit pour les batteries
hautes dans les mauvais temps.

La poulie double des palans de ct s'accroche  la boucle de la brague,
et la simple au piton contre l'afft; on fait avec un garant deux tours
du bouton de culasse aux crocs, et trois tours de bridure sur la
culasse, d'abord du ct o est le garant, puis de l'autre ct du
canon; on passe ensuite son bout dans une boucle place sur le pont, et
il vient faire croupire en passant par-dessous la culasse, en dedans de
la partie du garant qui s'y trouve; il est arrt par une bridure sur la
croupire.

L'autre palan s'amarre  l'ordinaire en faisant passer le garant
par-dessus celui qui est doubl, afin de l'avoir toujours  sa
disposition, si les circonstances exigeaient un amarrage plus solide.
Les bragues sont replies le long des flasques, et le palan de retraite
est plac sur le canon.

_Amarrage  la serre._ Cet amarrage est usit pour les batteries basses
dans les mauvais temps.

La culasse se pose sur la sole de l'afft; le tiers de la bouche environ
est appuy contre la serre au-dessus du sabord, les poulies doubles des
palans de ct s'accrochent aux boucles de bragues contre le bord, la
poulie simple aux pitons sur l'adent des flasques.

On passe le garant sur le collet du bouton, et de l au croc prs du
sabord de dedans en dehors; on fait ainsi deux ou trois tours au ras de
la plate-bande de culasse, et un tour  la hauteur du troisime adent de
l'afft, pour venir ensuite faire une bridure sur le derrire de la
poulie simple, o l'on emploie le reste du garant. Cette opration se
fait des deux cts du canon.

Les deux cts de la brague passent par-dessous les fuses de l'essieu
de l'avant; une aiguillette les embrasse par trois tours; elle repasse
ensuite par-dessus les palans, qu'elle serre avec la brague par trois
autres tours qu'elle runit en passant ses bouts entre les palans et les
bragues, puis elle embrasse et serre fortement tous les tours par le
milieu au moyen d'une bridure, et on l'arrte.

La vole est soutenue par le raban de vole, qui fait plusieurs tours
dessous et dans la boucle de raban place au-dessus du sabord. La poulie
double du palan de retraite est accroche  la boucle du raban de
sabord, et la simple  une estrope qu'on met autour du collet du bouton
de culasse. On raidit bien le palan, et l'on fait avec le reste deux
bridures, dont une sur la plate-bande de culasse, et l'autre sur la
vole.

Lorsque les roulis sont considrables, on joint  ces prcautions celle
de clouer sur le pont, sous les roues de l'arrire de l'afft, un
_cabrion_, qui est un morceau de bois taill en biseau. On pourrait
mme en clouer un autre sous les roues de l'avant.

_Amarrage le long du bord, dit en vache._ Cet amarrage est usit soit
pour avoir plus de place  bord, soit pour adoucir les roulis du navire.

On place le canon contre le bord, dans le sens de la longueur du navire;
on accroche les poulies simples des palans  des estropes qui embrassent
les fuses extrieures des essieux de derrire, et les poulies doubles
aux boucles de brague, de manire que les palans se croisent; on passe
plusieurs tours de garant dans les crocs, ainsi que sous les fuses des
essieux, et l'on finit l'amarrage par une bridure au ras de la fuse.

_Amarrage au grelin._ Cet amarrage est usit lorsque le canon tant  la
serre, on craint que les amarrages prcdens, ou les boucles et les
crocs, ne puissent pas rsister aux secousses du navire.

On passe un grelin tout autour de la batterie; on le raidit aux
extrmits du vaisseau, en le faisant passer sur tous les boutons de
culasse des canons; entre chaque couple de pices, il y a des boucles
places contre le bord, dans chacune desquelles on passe le palanquin
du mantelet, ou une aiguillette que l'on fixe sur le grelin, et on les
raidit  la fois.

_Amarrage par la fausse brague._ Cet amarrage est usit quand le
btiment est vieux, ou lorsque l'on craint que la muraille n'prouve
trop de fatigue, par les secousses que pourraient donner les batteries 
la serre, lorsque les cordages ont pris du jeu.

On prpare un cordage ayant -peu-prs la grosseur de la brague, et pour
cet usage nomm _fausse brague_; les deux bouts en sont replis et
pisss afin de pouvoir former des oeillets susceptibles de recevoir la
fuse de l'essieu; il doit tre assez long pour que, ses oeillets
embrassant la fuse de l'essieu de devant, il puisse tre aiguillet sur
la boucle de derrire, en passant par-dessus les derniers adents de
l'afft.

On dispose la pice comme pour l'amarrage  la serre; on recule l'afft
de manire que la bouche de la pice se trouve  4 ou 5 pouces du bord;
on place sur le pont, vers le derrire de l'afft, des boucles de fer
goupilles solidement par-dessus; on passe les oeillets de la fausse
brague aux fuses de l'essieu de l'avant, et on l'aiguillette sur la
boucle dont on vient de parler, en la faisant venir par-dessus les
derniers adents de l'afft. L'amarrage se fait d'ailleurs comme dans
l'autre manire de mettre  la serre.

_Amarrage aux chevrons de retraite._ Cet amarrage a le mme but que le
prcdent, et il fatigue moins le navire que la fausse brague.

Les chevrons de retraite sont deux pices de bois de chne assez longues
pour tenir la tranche du canon  quatre ou cinq pouces de bord; elles
sont entailles de manire  recevoir d'un bout la tte de chaque
flasque, l'autre bout s'appuie sur le bord; on place des cabrions devant
et derrire, et l'on continue l'amarrage comme dans la mthode
ordinaire.

_Amarrage par la queue des flasques._ Cet amarrage est prfrable 
l'amarrage  la serre, indiqu prcdemment, lorsque les canons ont un
anneau de brague sur la culasse.

Le canon tant rentr, on fait tomber la culasse sur la sole; on appuie
le tiers de la tranche contre la partie suprieure du sabord; on dispose
le raban de vole, l'aiguillette et le palan de retraite comme 
l'ordinaire; on passe galement les deux cts de la brague sous les
fuses des essieux de l'avant, on accroche le croc de chaque poulie
double  la boucle de brague, et le croc de la poulie simple au piton.
On raidit chaque palan de ct, on passe ensuite un tour de garant sur
la queue des flasques, et deux au croc. Quand le troisime tour est
achev sur la queue des flasques, on passe le bout du garant entre le
tour du mme garant, et le dessus de la queue des flasques de dessous en
dessus; ensuite on fait trois tours de bridure, entre la cheville 
piton et le dernier adent, puis trois autres tours en allongeant de
manire  ramener le dernier  la queue de la poulie simple, o l'on
emploie le reste du garant. Il faut viter que les tours de garant
passs  la queue des flasques, ne frottent contre les roues.

_Observation gnrale._ Si un canon de gros calibre se dmarre et obit
au roulis, il ne faut pas briser les roues; on jette sur son passage
quelque sacs  valets. Quatre hommes saisissent un levier chacun, et ils
engagent le sifflet sous les roues, ce qui donne le temps de saisir le
canon avec des cordages pour le ramener  bord.

_Amarrage des caronades._ On maintient les caronades  brague fixe, en
raidissant leurs bragues et en contenant leurs affts par des
aiguillettes passes dans les pitons de derrire du chssis, et dans les
boucles fixes sur le pont.




CHAPITRE VII.

_Pointage au tir._


La ligne qui joindrait le point le plus lev de la plate-bande de
culasse avec le point le plus lev du bourrelet, et qu'on peut imaginer
prolonge indfiniment au-del de la vole, est ce qu'on appelle la
_ligne de mire_.

C'est celle par laquelle le canonnier vise pour pointer, c'est--dire
pour donner  la pice la direction qu'il juge convenable pour atteindre
le but.

La ligne passant par le milieu de l'me, c'est--dire son axe, qui est
en mme temps l'axe de la pice, et qu'on peut imaginer prolonge
indfiniment au-del de la bouche, est ce qu'on appelle la _ligne de
tir_.

C'est celle que suit sensiblement le boulet  son dpart, et qu'il
suivrait indfiniment s'il pouvait se mouvoir en ligne droite.

Comme le canon a plus de grosseur ou de diamtre  la culasse qu' la
vole, il est clair que la ligne de mire et la ligne de tir sont plus
rapproches  la vole qu' la culasse, et que leurs prolongemens
doivent se rencontrer  une certaine distance de la bouche; de sorte que
la ligne de mire, qui tait d'abord au-dessus de la ligne de tir, est
ensuite en dessous, et que l'cartement de l'une  l'autre devient
d'autant plus grand qu'on les imagine prolonges davantage.

Ce qui prcde doit faire concevoir comment il arrive que le boulet, qui
tait d'abord au-dessus de la ligne de mire, est bientt au-dessous.
C'est pour exprimer cette circonstance du tir, que le canonnier dit:
_qu'en partant, le coup relve_. On voit donc que si le boulet allait en
ligne droite, il faudrait diriger la ligne de mire au-dessous du but,
toutes les fois que celui-ci se trouverait plus loign que la distance
assez petite (de 15  25 pieds dans les canons) o la ligne de mire et
la ligne de tir se rencontrent.

Chacun a pu remarquer qu'une pierre lance dans l'espace ne se mouvait
pas en ligne droite, mais qu'elle dcrivait une courbe trs-sensible 
l'oeil. Toutefois on a d observer que la courbure de la ligne suivie
par la pierre tait d'autant moins grande que la pierre avait t lance
avec plus de force ou de vitesse. Cette courbure est due  l'action de
la pesanteur, qui tend  rapprocher tous les corps du centre de la
terre, et qui les en rapproche effectivement quand ils ne sont pas
supports ou suspendus. Cette action de la pesanteur qui fait dcrire
une courbe  une pierre lance  la main ou avec une fronde, fait aussi
que le boulet lanc par le canon dcrit une ligne dont la courbure,
quoique moins sensible  l'oeil, n'en est pas moins relle, et le boulet
s'carte d'autant plus de la ligne de tir en dessous, qu'il s'loigne
davantage du canon.

Cette courbe dcrite par le boulet se nomme _trajectoire_.

Puisque le boulet, aprs s'tre lev par-dessus la ligne de mire, se
baisse ensuite en dessous la ligne de tir par l'action de la pesanteur
qui le rapproche de la surface de la terre, il y aura un moment o il
viendra couper une seconde fois la ligne de mire; de sorte que, pour
atteindre un but plac  la distance, soit du premier, soit du second
point o le boulet coupe la ligne de mire, il faut viser sur lui comme
si le boulet se mouvait en ligne droite, et qu'il dt suivre la ligne de
mire. Ces deux points portent l'un et l'autre le nom de _but-en-blanc_.
Mais comme le premier est peu utile pour le tir du canon, on ne s'occupe
gure que du second, qu'on appelle _but-en-blanc naturel_ quand la ligne
est horizontale, ou simplement, dans les autres cas, _but-en-blanc_; et
l'on appelle _pointer de but-en-blanc_, l'action de viser directement
par la ligne de mire sur un point loign.

Nous avons dit que la ligne de tir et la ligne de mire se coupaient 
une certaine distance de la bouche du canon. L'ouverture de ces lignes,
ou l'inclinaison de l'une  l'gard de l'autre, est ce qu'on appelle
_l'angle de mire_. On voit que la grandeur de cet angle dpend de la
diffrence de grosseur et de diamtre de la culasse et de la vole du
canon, ainsi que de sa longueur.

Comme le boulet a d s'lever d'autant plus au-dessus de la ligne de
mire que l'angle de mire est plus grand, et que la trajectoire a
d'autant moins de courbure que la poudre imprime plus de vitesse au
boulet, il est vident que la vitesse du but-en-blanc dpend 1 de
l'angle de mire; 2 de la force de la poudre, tant sous le rapport de sa
quantit que de sa qualit, ou plutt de la vitesse qu'elle peut
communiquer au boulet.

On appelle porte d'une pice, la distance  laquelle elle peut chasser
son projectile. Cette distance varie pour une mme bouche  feu, suivant
la charge de poudre employe, suivant la forme, la grosseur et le poids
de son projectile, et surtout suivant l'inclinaison de l'axe de la pice
ou de la ligne de tir, par rapport au niveau ou  l'horizon. Cette
inclinaison de l'axe avec l'horizon est ce qu'on appelle _l'angle de
projection_.

On concevra facilement que plus cet angle sera grand, toutes choses
tant gales d'ailleurs, plus la porte sera tendue, et rciproquement.
Toutefois ce n'est vrai que dans de certaines limites; car si l'angle de
projection tait plus grand qu'un demi-angle droit, le contraire aurait
lieu; la porte recommence mme  diminuer pass 42-1/3 pour les
canons, et 28 pour les fusils. (Pour les positions de ces diverses
lignes et de ces angles, voyez la figure V.)

Ce qui prcde fait concevoir que si le point que l'on veut frapper est
 la distance du but-en-blanc, il faut diriger sur ce point la ligne de
mire, comme si le boulet devait suivre cette mme ligne de mire; que si
le point que l'on veut battre est plus loign que le but-en-blanc, il
faut diriger la ligne de mire par-dessus, ce qui vient  augmenter
l'angle de projection. Il faut diriger la ligne de mire par dessous,
dans le cas contraire,  moins pourtant que ce point ne soit
trs-rapproch du premier but-en-blanc, auquel cas il faudrait encore
pointer en dessus. La distance de ce premier but-en-blanc varie, ainsi
qu'on l'a dj dit, de 15  25 pieds.

L'angle de mire est d'environ 1-1/2 pour les canons, et 3-1/2 pour les
caronades.

La distance du but-en-blanc, avec la charge ordinaire du combat (d'aprs
les expriences les plus rcentes), est environ de 4 encblures pour les
canons de 18 et au-dessus; de 4-1/2 encblures pour les caronades de 24
et au-dessus: les uns et les autres tant chargs avec des boulets
ronds. Les mmes distances sont plus petites d'un tiers  peu prs si
les pices sont charges avec des boulets rams, et de moiti si elles
sont charges avec des mitrailles.

La difficult du tir consiste  dterminer de combien la ligne de mire
doit tre plus leve que le point qu'on veut battre, quand celui-ci est
plus loign que le but-en-blanc, ou de combien elle doit tre plus
basse dans le cas contraire. Pour cela, des instrumens ont t imagins,
proposs ou excuts; des tables ont t dresses pour faire connatre
les angles sous lesquels il fallait pointer, suivant les distances; mais
ces moyens, plus ou moins ingnieux, ont t gnralement peu utiles 
cause des difficults qu'il y a  les employer  la mer.

On a donc cherch un autre moyen qui pt frapper les yeux, en prsentant
les hauteurs respectives des coques et des mtures des divers navires,
et en plaant  ct une chelle que nous nommerons de _pointage_, qui
indique d'une manire suffisamment exacte, suivant les distances, les
hauteurs o il faut pointer pour atteindre les btimens aux points
voulus. Par ce moyen, il suffira qu'on fasse connatre, dans les
batteries, la distance o se trouve l'ennemi, et s'il faut tirer soit 
couler bas, soit aux gaillards, ou  dmter.

L'officier commandant la batterie indiquera alors aux chefs de pices 
quelle hauteur ils doivent viser, et pour donner cette indication il
pourra se servir, dans le premier cas, de la planche n 1;

Dans le second cas, de la planche n 2;

Et dans le troisime cas, de la planche n 3.

Dans chaque planche la flche ou le zro indique la hauteur o il faut
atteindre le btiment, et celle o il sera frapp si, tant  la
distance du but-en-blanc on vise  cette hauteur. Le chiffre plac sur
l'chelle,  la hauteur du zro, indique cette distance en encblures,
pour chaque calibre et dans chaque espce de pices en usage dans la
marine.

Les autres chiffres ports sur les chelles, soit plus haut, soit plus
bas que la flche, sont placs  la hauteur du point de la mture ou de
la coque o il faut viser, quand on est plac  la distance qu'ils
expriment pour frapper le btiment  la hauteur de zro.

Ainsi, pour pointer  couler bas par la ligne de mire naturelle,  5
encblures par exemple, il faut viser un peu au-dessus des bastingages
des vaisseaux  trois ponts, ou  la hauteur des filets de casse-tte de
ceux  deux ponts, ou au quart  peu prs de la distance qui spare les
bastingages et la grande hune des frgates. (Planche n 1.)

Pour pointer aux gaillards,  la distance de 4-1/2 encblures, il faut
viser  la hune des grands mts des vaisseaux;  la moiti du ton des
frgates, et d'une quantit gale  la moiti du ton, au-dessus du
chouquet du grand mt des corvettes. (Planche n 2.)

Enfin, pour pointer aux trelingages, c'est--dire  dmter,  la
distance de 6 encblures par exemple, il faut viser au-dessus du
chouquet du grand mt de hune des vaisseaux; au capelage du grand mt de
perroquet des frgates, et  la pomme des corvettes (Planche n 3), et
ainsi de suite.

Les exemples prcdens ne s'appliquent qu'au cas o l'on tire avec des
boulets ronds; mais de semblables chelles ont t dresses pour les
boulets rams et pour les grappes de raisin ou mitrailles. Toutefois ces
dernires chelles n'indiquent pas les distances au-del de deux
encblures pour les mitrailles, parce que, pass ces distances, le tir
de ces projectiles est trop incertain pour qu'on doive en faire usage.

Le tir  double charge de projectiles ne devant avoir lieu qu' moins
d'une encblure pour les boulets ronds, et d'une demi-encblure pour les
mitrailles, on pourra, pour ainsi dire, pointer toujours alors de
but-en-blanc, attendu que les gargousses, ayant d tre saignes, n'ont
pu communiquer qu'une petite vitesse aux deux projectiles, en sorte
qu'ils doivent bientt s'abaisser et se rapprocher de la ligne de mire.

Si le vaisseau tait toujours parfaitement tranquille, et le pont
parfaitement de niveau, on aurait marqu sur la plate-bande de culasse
et sur le bourrelet, les deux points qui dterminent, dans tous les cas,
la ligne de mire; mais il n'en est point ainsi. Le tangage est cause que
les points les plus levs de la culasse et de la vole changent  tous
momens, ce qui rend le pointage beaucoup plus difficile. C'est donc 
l'intelligence du pointeur  remdier  cet inconvnient, en suivant le
mouvement de la pice; et il y parvient en plaant toujours son oeil
dans la direction de la ligne de mire, variable en ce qu'elle doit
toujours passer par les points les plus levs de la plate-bande de
culasse et du bourrelet.

Le roulis fait aussi changer  chaque instant l'angle que l'axe de la
pice fait avec l'horizon; d'o il suit qu'on ne peut rellement pointer
les pices sur les points indiqus par les planches 1, 2 et 3, au
moment o l'on doit faire feu. Mais on remdie  cet inconvnient en
donnant d'avance aux pices, comme on l'a indiqu dans l'exercice, une
hauteur convenable pour qu'au roulis le point sur lequel la ligne de
mire doit tre dirige puisse se prsenter dans le prolongement de cette
ligne; et il faut que le canonnier sache saisir ce moment pour faire
partir le coup, ce qui demande beaucoup d'intelligence et d'habilet.

Enfin, lorsque la marche du navire est trs-grande, la vitesse acquise
par le boulet comme par tous les corps qui sont  bord, vient encore
modifier la direction du projectile au sortir de la pice, en sorte que
celui-ci doit arriver un peu avant du point qu'on voulait frapper. Mais
cet effet est assez peu sensible, et il est rare qu'il y ait lieu de le
prendre en considration, d'autant que la marche du vaisseau ennemi en
corrige l'inconvnient si, comme il arrive ordinairement, il suit la
mme route, et s'il a un sillage -peu-prs gal.

Comme il est impossible que les canonniers puissent lever toutes les
difficults que les mouvemens du vaisseau apportent au pointage, il est
 propos de faire remarquer que les boulets qui arrivent plus haut qu'on
ne voulait, peuvent ne pas tre perdus et atteindre les mts les plus
levs ainsi que leur grement, et que ceux qui sont points trop bas
peuvent ricocher et frapper la coque de l'ennemi.

Il semble donc qu'il convient de faire feu pendant que le vaisseau se
relve, si l'on tire en plein bois,  dmter,  boulet ram ou 
mitraille; et pendant qu'il s'abaisse, si la mer n'est pas trop grosse,
et que l'on tire  couler bas.

On a suppos jusqu'ici que le boulet devait atteindre le but de
plein-fouet, c'est--dire sans sauts ou ricochets; mais comme le tir 
ricochets, quand la mer est belle, prsente lui-mme des chances
beaucoup plus nombreuses pour frapper un btiment ennemi, il est utile
d'entrer dans quelques explications.

On appelle _ricochets_, les sauts et les bonds que fait un boulet
pendant sa course lorsqu' terre il vient  rencontrer le sol, et  la
mer la surface des eaux; il n'est pas de marin qui n'ait t  mme de
remarquer cet effet.

Sur mer, pour qu'un boulet puisse ricocher (et il ne s'agit ici que des
boulets ronds), il faut que l'angle de projection soit au-dessous de
sept degrs, et que d'ailleurs la mer soit belle; dans le cas pourtant
o il y a quelque agitation, la forme des lames, qui sont toujours plus
couches du ct du vent que du ct de dessous le vent, rend les
ricochets plus faciles ou plus frquens lorsqu'on tire contre un
btiment sous le vent, que contre un btiment au vent.

Observons actuellement les effets du ricochet dans un boulet de moyen
calibre, lanc horizontalement sur une belle mer, et partant d'un canon
de premire batterie de vaisseau: ce boulet parcourt environ 150 toises
du premier jet; il se relve de 6 pieds environ par son premier
ricochet, il parcourt ensuite 225 toises sous une lvation qui atteint
encore environ 6 pieds; le troisime ricochet est de 150 toises et de 10
pieds d'lvation; la porte s'achve enfin par plusieurs bonds ingaux
et incertains. On comprend facilement que l'angle de chute d'un
projectile tant toujours plus grand que celui de projection, et que
chaque angle de rflexion tant -peu-prs gal  celui de chute, les
derniers ricochets doivent tre plus levs que les premiers.

On voit donc que si le tir de plein-fouet prsente des difficults qui
croissent en raison de la distance, laquelle est elle-mme fort
difficile  estimer[9], il n'en est pas de mme du tir  ricochets,
puisque sous les conditions nonces, et mme celle d'une charge de
poudre diminue d'un tiers, on peut esprer d'atteindre souvent le but,
sans autre exactitude que celle d'un bon pointage latral.

  [9] On peut indiquer comme moyen de dterminer cette distance, celui
  qui consiste  mesurer, avec un instrument  rflexion, l'angle oppos
   la hauteur de la mture du btiment ennemi; c'est d'aprs cette
  mesure,  divers loignemens, qu'on a dress la table qui est annexe
  aux chelles et planches du pointage.

Il reste  faire observer que les ricochets n'altrent sensiblement ni
la porte ni la force des projectiles, et  ajouter que plus l'angle de
projection est petit, plus le ricochet est rasant: il est convenable,
s'il y a du roulis, de tirer alors de prfrence quand le btiment
s'abaisse du ct o l'on tire.

L'efficacit du tir  ricochets peut se dmontrer par plusieurs
expriences; on ne citera que celle-ci: sur 180 boulets de 12, lancs 
terre de plein-fouet, aucun n'a souvent atteint le but de 200 pieds de
longueur, sur 6 de hauteur, et plac  900 toises de distance; tandis
que sous le mme nombre de boulets lancs sous le pointage de la ligne
de mire horizontale, ceux qui frappent ce but sont moyennement de 36.

Quant aux moyens de pointage par lesquels on peut obtenir le tir 
ricochets, on peut donner, comme pouvant servir d'indication, celui de
faire partir la pice lorsque la ligne de mire est en direction de la
flottaison d'un btiment loign de 1-1/2  2 encblures. Des guidons de
mire, ou fronteaux de vole, qui ont t proposs pour galiser le rayon
de la vole avec celui de la culasse, seraient, dans le cas dont il
s'agit, trs-avantageux, si l'on parvenait  les fixer solidement; il
suffirait alors de pointer par la ligne de mire sur un point plac  une
hauteur du bord ennemi correspondant  celle d'o l'on tire[10].

  [10] Dans son trait de l'artillerie navale, Douglas propose, pour le
  tir horizontal, dont il reconnat tous les avantages, un pendule qui
  s'adapterait au canon, sur lequel serait d'ailleurs une raie latrale
  en peinture blanche, parallle  l'axe de la pice.

Il ne reste plus qu' ajouter quelques rgles particulires: les
canonniers devront toujours charger, pointer et tirer avec calme
et sans prcipitation; jamais une pice ne devra faire feu sans qu'elle
ait t dirige sur un point bien reconnu, ou au moins sans qu'on soit
fix sur la vritable position de l'ennemi, soit qu'on l'aperoive
rellement, soit qu'on distingue o il est par la lueur de son feu, par
l'paisseur ou la direction de la fume qui sort de son bord, etc.

La distance de l'ennemi doit tre annonce par les officiers; dans le
cas contraire, le chef de pice devra l'apprcier le mieux qu'il lui
sera possible, pour pointer le plus juste qu'il pourra; il convient 
cet effet qu'il s'exerce d'avance  bien juger des distances.

Si l'on doit dpasser l'objet sur lequel on veut tirer, ou qu'on doive
tre dpass par lui, il est convenable de pointer, ds que la chose est
possible, pour tre dans le cas de faire feu de nouveau avant que
l'ennemi soit hors de direction; mais si l'on prvoit ne pas avoir le
temps de tirer une seconde fois, le chef de pice doit pointer
-peu-prs en belle, et attendre dans cette position l'instant o le
vaisseau ennemi se prsentera.

Quand il y a des mouvemens frquens d'aulofe et d'arrive, on doit
pointer dans une direction moyenne  ces mouvemens, et saisir le moment
favorable pour faire feu.

Un tir oblique est susceptible de causer un surcrot de fatigue aux
boucles et aux crocs; cependant il n'altre pas la justesse du coup, et
on ne doit pas hsiter  s'en servir dans l'occasion.

Si par l'effet de la marche du navire, ou d'une volution, on peut
prvoir que le vaisseau ennemi cessera bientt d'tre dans une direction
convenable, il faut acclrer un peu le feu pour ne pas perdre une
occasion de lui nuire.


_Remarques._

_Du but-en-blanc._

On considre deux espces de lignes dans le tir des armes  feu: la
ligne de mire, qui est le rayon visuel dirig le long de la surface
suprieure du canon vers l'objet qu'on veut atteindre; la ligne de tir,
qui est la courbe que dcrit le projectile lorsqu'il est lanc hors du
tube par l'explosion de la poudre. Cette courbe serait une parabole, si
l'lasticit et la tnacit de l'air n'opposaient de la rsistance au
mobile.

Par la construction des armes en gnral, la ligne de tir et celle de
mire forment entre elles, au-del de la bouche, un angle plus ou moins
ouvert, suivant l'paisseur  la culasse et celle  l'extrmit oppose.
Le projectile,  sa sortie du cylindre, coupe d'abord, et  peu de
distance de la bouche, la ligne de mire, passe au-dessus d'elle, et,
forc par l'action de sa pesanteur, il se rapproche de cette ligne, la
coupe une seconde fois, et achve de dcrire sa courbe jusqu' sa chute.
Ce second point d'intersection est ce qu'on appelle le _but-en-blanc_;
il est plus ou moins loign de l'extrmit de l'arme, selon le nombre
de degrs de l'angle sur lequel on tire.

Ainsi, 1 pour frapper un but qui serait entre le bout du canon et la
premire intersection, il faudrait pointer au-dessus; 2 si le but tait
entre les deux intersections, il faudrait pointer au-dessous; 3 si le
but tait  une des intersections, il faudrait y viser directement pour
l'atteindre; 4 enfin s'il tait au-del de la seconde intersection, il
faudrait pointer au-dessus[11].

  [11] Hulot, instruction sur l'artillerie.

Les projectiles de diffrentes espces n'ont pas une mme porte,
quoique tirs avec la mme pice et dans les circonstances semblables;
la mitraille va moins loin, toutes choses d'ailleurs gales, que le
boulet. Quant au boulet ram, les expriences prouvent que sa porte est
-peu-prs un terme moyen entre celles du boulet et de la mitraille. En
consquence, chacune de ces trois espces de projectiles a un
but-en-blanc trs-distinct, dont la distance varie encore beaucoup, si
l'on tire avec plusieurs projectiles  la fois. On ne peut donc indiquer
un seul but-en-blanc aux canonniers pour chaque arme.

TABLE _donne dans les rgles de pointage du capitaine_ MONTGRY.

  +=================+==============+===================================+
     DSIGNATION    |ANGLE DE MIRE,|            BUT-EN-BLANC
  DES BOUCHES A FEU.| conformment |   /------------/\-----------\
                    |  au dernier  | du Boulet.| du Boulet |de la grosse
                    |  rglement.  |           |   ram.   | mitraille.
  +-----------------+--------------+-----------+-----------+-----------+
                    |              |Encblures.|Encblures.|Encblures.
  Canons de 36      |   1 32' 16" |  3        |   2-1/4   |  1-1/2
     --     24      |   1  28  48  |  3        |   2-1/4   |  1-1/2
     --     18      |   1  29  40  |  3        |   2-1/4   |  1-1/2
     --     12      |   1  24  51  |  2-3/4    |   2       |  1-1/2
     --     8 long. |   1  10  14  |  2-1/2    |   1-3/4   |  1-1/4
     --     8 court.|   1  22  21  |  2-3/4    |   2       |  1-1/2
     --     6 long. |   1  16  37  |  2-1/2    |   1-3/4   |  1-1/4
     --     6 court.|   1  27  11  |  2-3/4    |   2       |  1-1/4
     --     4 long. |   1  11  14  |  2-1/4    |   1-1/2   |  1
     --     4 court.|   1  19  35  |  2-1/2    |   1-3/4   |  1-1/4
  Caronade de 36    |   3  43  24  |  4-1/4    |   3       |  2-1/4
     --       24    |   3  18  40  |  3-3/4    |   2-3/4   |  2

                TABLE _donne par le rglement de_ 1834.

                    BOULETS RONDS.  | BOULETS RAMS.  | MITRAILLES.
    Canons de 36 }                  |                 |
         --   30 }                  |                 |
         --   24 } 4 encblures.    |2-1/2 encblures.|2 encblures.
         --   18 }                  |                 |
                                    |                 |
  Caronade de 36 }                  |                 |
       --     30 } 4-1/2 encblures.|3 encblures.    |2-1/4 encblures.
       --     24 }                  |                 |
  +=================================+=================+================+

Cette diffrence considrable qui existe entre ces deux tables provient
probablement de la diffrence des pices avec lesquelles ont t faites
les expriences. On doit donc accorder plus de confiance  celle du
tableau de 1834, puisqu'on a d se servir des pices plus rcemment en
usage.

L'angle de mire des caronades de 36, 30 et 24, dont on se sert
ordinairement, tant trs-ouvert, il s'ensuit ncessairement que
lorsqu'on tire  une porte moindre que celle du but-en-blanc,
c'est--dire de 1  4 encblures, le boulet passera bien au-dessus du
point qu'on veut battre, puisque, terme moyen, la trajectoire, dans ces
circonstances, s'lvera de quarante pieds au-dessus de la ligne de
mire. Pour y remdier on a imagin d'appliquer  la vole un morceau de
bois ou de mtal, appel _fronteau de mire_, gradu pour les distances
de 1  4 encblures.


_Du Pointage et du Tir._

La difficult d'obtenir un bon pointage des canonniers, puisqu'il faut
qu'occups  manoeuvrer leur pice, ils estiment la distance  laquelle
ils sont du navire ennemi, et qu'ils calculent ensuite quelle est
l'lvation ou l'abaissement  donner au canon, d'aprs cette distance,
pour atteindre le but, a fait imaginer plusieurs moyens pour viter
cette opration, le plus souvent impraticable, et dont les rsultats
sont presque toujours incertains.

Mais tous ces moyens, rels en thorie, ont offert dans la pratique des
inconvniens si graves, qu'ils ont t abandonns presque aussitt mis
en usage.

Les chelles donnes par l'instruction de 1834 ont prsent un rsultat
plus avantageux sans doute, mais non encore exempt d'inconvniens
nombreux.

L'instruction dit: pour pointer  couler bas par la ligne de mire
naturelle,  5 encblures par exemple, il faut viser un peu au-dessus
des bastingages des vaisseaux  trois ponts, ou  la hauteur du filet de
casse-tte de ceux  deux ponts, ou au quart -peu-prs de la distance
qui spare les bastingages et la grande hune des frgates, etc.

Supposons qu'une apprciation exacte de la distance  laquelle on est de
l'ennemi, parvienne du pont aux chefs des batteries, et qu'ils ordonnent
aux chefs de pices de pointer  hauteur des filets de casse-tte, ou
au quart -peu-prs de la distance qui spare le bastingage et la grande
hune; est-il probable que ce point pourra tre aperu des chefs, lorsque
souvent il est difficile de distinguer l'ennemi envelopp de fume,
surtout si l'on combat au vent? N'est-il pas  craindre que les chefs,
pour ne pas encourir le reproche de manquer d'ardeur, ne tirent leur
coup au hasard?

Le moyen qui, jusqu'ici, nous parat remplir le mieux toutes les
conditions, est l'emploi des _hausses_, qui n'exige que l'apprciation
de la distance, laquelle donne aux chefs de pices par les chefs des
batteries, rduit le tir  celui du but-en-blanc.

Ce systme se compose de deux pices: l'une, appele masse de mire, est
un morceau de mtal qui s'adapte, au moyen d'un cercle en fer  crou,
au renfort de la vole; la seconde, d'une espce de bote en cuivre,
renfermant un montant mobile qui s'adapte par deux vis sur le champ de
lumire  l'arrire de la plate-bande de culasse. Le montant mobile est
gradu sur ses faces avant et arrire de 1/2  6 encblures pour les
charges au tiers et au quart; une vis de pression le rend immobile,
lorsque le chef de pice l'a mis  la hauteur convenable.

La distance du but-en-blanc dpendant, non-seulement de la courbure de
la trajectoire, mais encore du plus ou moins d'ouverture de l'angle de
mire, on diminue cet angle en ajoutant  la vole la masse de mire; et
comme sa hauteur rend le demi-diamtre de la pice  ce point gal au
demi-diamtre de la culasse, on le rduit  zro. Par l on diminue la
distance du but-en-blanc, parce que la ligne de mire s'cartant moins
dans le principe de la trajectoire, en est plus promptement rencontre
une seconde fois. Mais l'application du montant ou _hausse_  la culasse
produit un effet contraire et rduit par consquent le pointage pour
toutes les distances gradues sur le montant,  celle du but-en-blanc,
c'est--dire que le chef pointe, en mettant dans le mme alignement son
oeil, le point le plus lev du montant et celui de la masse de mire.

Les expriences faites avec ces hausses ont donn les rsultats les plus
avantageux; sur cent boulets lancs de 2  3 encblures, plus de la
moiti auraient port dans la coque d'un navire ayant 10 pieds
d'oeuvres-mortes, l'autre moiti n'aurait pas dpass la grande hune.




CHAPITRE VIII.

_Manoeuvres de Force relatives au Canonnage._


_Embarquement et dbarquement d'un afft._ L'afft se saisit par les
fuses de l'essieu de derrire; on le hisse le long et au haut du mt du
ponton qui l'a port; on y a accroch d'avance le palan d'tai du bord,
et, en halant sur celui-ci, l'afft arrive  l'appel du grand panneau
par o on l'introduit  bord; c'est  l'aide des mmes moyens, mais dans
un ordre inverse, qu'on le dbarque. Au lieu d'un ponton, on peut
employer la chaloupe mte du btiment, ou le palan de bout de vergue.

_Embarquement d'un canon._ Si la pice est de gros calibre, on
aiguillette une caliorne  la grande vergue, de manire que le point de
suspension corresponde  2 ou 3 pieds en dehors de la prceinte; on
brasse la vergue pour que cette caliorne se trouve en direction du
sabord par o l'on veut faire passer la pice, et l'on adapte une fausse
balancine, que l'on raidit ainsi que les drosses et les bras.

La pice est suppose dans un chalan ou sur un quai le long du bord,
vis--vis du sabord dsign; on la saisit par une lingue  canon, que
l'on passe d'abord au bouton de culasse, et qu'on longe ensuite par ses
doubles sur la pice, en remontant jusqu' la vole,  laquelle elle est
saisie en avant des tourillons par plusieurs tours d'aiguillette. On
accroche  la boucle que forment les doubles de l'lingue en dehors de
l'aiguilletage, la caliorne frappe  la vergue, et dont le courant du
garant est dirig et enroul au cabestan.

On vire au cabestan jusqu' ce que la pice soit arrive  la hauteur du
sabord; on introduit un anspect ou levier dans l'me pour servir 
diriger la pice qui doit entrer horizontalement dans le sabord, la
culasse la premire;  cet effet, on se sert aussi d'un palan croch
dans l'intrieur de la batterie, et qui, sortant par ce sabord,
s'accroche prs du bouton de culasse. On hale sur le garant de ce palan;
et avec ces moyens on appelle et on place la pice sur son afft, que
l'on prsente au sabord. On mollit la caliorne  mesure qu'on amne, et
on la mollit encore pour la dcrocher; on en fait autant du palan, on
dfrappe l'lingue; on roule cet afft  un autre sabord, et l'on y en
prsente un nouveau pour recevoir un autre canon par le mme procd.

On peut en outre frapper une estrope sur la vole pour y crocher le
palan de la candelette, ce qui donne un surcrot de force et un moyen de
direction. On peut aussi enlever le croissant de l'afft pour rapprocher
celui-ci du bord. L'afft est pralablement amarr au sabord, ou bien on
en cale les roues, suivant les cas, pour l'empcher de bouger.

Il est prfrable que l'estrope de la poulie infrieure de la caliorne
soit  oeillet, parce qu'aprs l'avoir passe dans l'lingue de la pice
on y introduit un burin pour la retenir contre celle-ci; le burin
dtriore moins le cordage qu'un croc.

Lorsque la pice est de petit calibre, ou s'il s'agit d'une caronade, il
suffit d'employer le palan de bout de vergue et le palan d'tai; et si
cette pice est destine pour les gaillards, on la fait passer
par-dessus le bastingage; chaque canon s'amne alors directement sur son
afft, que l'on prsente sous les palans ds que l'afft prcdemment
prsent a reu sa pice et a t loign.

_Dbarquement d'un canon._ On dpasse la brague, si elle se trouve
par-dessus la culasse, on retient l'afft au bord, ou l'on en cale les
roues; et dans un ordre inverse de celui de l'embarquement, mais 
l'aide des mmes procds, on opre le dbarquement du canon.

Si le btiment est dsarm ou dmt, on le conduit sous une grue, ou
bien l'on se sert de mts de charge, de bigues ou de cabres.

_Changement d'afft d'un canon  bord._ Il y a plusieurs moyens
d'excuter cette manoeuvre; ils vont tre indiqus afin qu'on puisse
employer le plus avantageux, relativement aux attirails dont on est
pourvu et  la position des canons.

_Premier moyen._ Par la machine dite  monter et  dmonter les canons,
et forme de deux civires  canon, garnies chacune de deux poulies
simples, proportionnes  la grosseur des itagues, et dont les caisses
ont le moins de longueur possible. Deux estropes garnies de mme, et
quatre itagues proportionnes aux calibres des canons, ayant un bout
garni d'une cosse, et l'autre en queue de rat. On se sert de deux
boucles places au barrot, l'une  environ 3 pieds, et l'autre  9.

On dispose le canon de manire que sa culasse et sa vole soient sous
les deux boucles du barrot; on passe une estrope dans chacune; elle
tient d'un ct  une poulie simple qui y est immdiatement fixe, et
ds que l'autre bout est pass dans la boucle, on y amarre solidement
une autre poulie, mais de manire qu'on puisse la dmarrer facilement
lorsque la manoeuvre est finie.

On saisit le canon  la vole et  la culasse avec les deux civires qui
doivent faire tour mort autour du canon; les poulies simples, dont
chacune est garnie, doivent se prsenter de chaque ct de la pice et 
gale hauteur. On passe chaque itague dans une poulie de l'estrope de la
boucle, puis dans celle correspondante de la civire; et l'on ramne son
bout pour le fixer par un dormant  la boucle.

Les quatre poulies doubles des quatre palans sont accroches aux quatre
cosses des itagues; quant  leurs poulies simples, celles des palans de
derrire le sont aux boucles des palans de retraite des canons voisins,
et celles de devant, aux boucles fixes  la serre-gouttire, et,  leur
dfaut, dans celles places pour fausses bragues, immdiatement sur le
derrire des affts voisins ou autres qui se trouveraient dans la
direction et  la distance convenables. Les palans de devant sont
dirigs  droite et  gauche de la pice, perpendiculairement  son axe,
et ceux de derrire le sont en ventail en arrire du canon.

On te les sus-bandes, et au commandement _ferme!_ les hommes agissent
ensemble pour lever la pice jusqu' ce qu'on puisse ter l'afft. Ce
moyen exige deux quipages de canon, mais il est sr et il convient dans
les gros temps.

_Deuxime moyen._ Sans machine. On saisit solidement la pice  la
boucle de serre par le raban de vole; on passe ensuite le milieu d'un
bon cordage sous le collet du bouton, et ses bouts dans la boucle de
dessus; on te les sus-bandes; on place sous le bouton deux forts
leviers sur lesquels on fait effort pour lever le canon jusqu' ce
qu'on puisse retirer l'afft de dessous. A mesure qu'il s'lve, on
embraque le cordage sous le collet du bouton, et ds qu'il est assez
lev, on fait une quantit de tours suffisans pour en supporter le
poids pendant qu'on change l'afft.

_Troisime moyen._ Lorsque l'afft  changer est sous les passe-avants
ou sur les gaillards, on transporte la pice sous les caliornes ou
candelettes du vaisseau, et  leur aide on enlve et on replace le
canon.

_Quatrime moyen._ Si l'afft est bris, et le canon tellement plac
qu'on ne puisse employer aucun des moyens prcdens, on l'lve sur deux
chantiers en disposant la lumire en dessous; on pose l'afft nouveau
sans roues sur le canon, de manire que toutes leurs parties se
correspondent; on met les sus-bandes et les clavettes en place; on passe
deux trvires, une sous le ceintre de l'afft, et l'autre en avant de
l'essieu de devant: elles embrassent le canon et son afft par plusieurs
tours; on passe ensuite un levier dans l'me de la pice, au moyen
duquel et des trvires on commence  renverser le canon. Ds que les
fuses des deux essieux touchent le pont, on y cloue un cabrion pour les
empcher de glisser; on place des cordages de retenue du ct oppos 
celui des trvires, pour modrer l'effort du choc sur le pont, lorsqu'il
tombe sur sa base; on embarre des pinces et des leviers  mesure que
l'lvation de l'afft le permet; puis faisant effort  la fois sur les
leviers, sur la bouche, sur les trvires, en garnissant le dessous de
l'afft  mesure que le canon s'lve, maintenant avec force, pendant
ces oprations, les cordages de retenue pour retenir l'afft lorsqu'il
tombera sur la base, on achve de remettre le canon dans sa position
ordinaire. On place ensuite les roues de l'afft, et on le conduit au
sabord.

Dans le cas o, faute d'afft de rechange, on est oblig de descendre le
canon sur le pont, alors, s'il fait mauvais temps, on le place sur deux
chantiers, et l'on a soin de le bien saisir au moyen de quatre mains de
fer ou galoches places de chaque ct de la culasse et de la vole, et
cloues solidement sur le pont; elles serviront  passer de bonnes
aiguillettes dont les tours seront assez multiplis autour du canon pour
tre certain qu'il ne peut se dmarrer.

_Jeter les canons  la mer._ Cette opration a lieu lorsque le vaisseau
est vieux, dli, que l'artillerie le fatigue beaucoup, ou que le temps
est trs-mauvais. Il faut lever la culasse du canon autant que
possible; on retire alors les sus-bandes, en ne laissant  la pice
qu'un ou deux tours de raban; on passe une pince sous chaque tourillon,
puis deux anspects un peu en arrire, et  l'instant o le roulis est
favorable, on fait force sur tous ces leviers  la fois, et, en ouvrant
les mantelets, on dbarque les canons.


_Remarques._

En gnral, pour ne pas fatiguer les basses vergues par l'embarquement
des canons, les pontons sont munis d'un mt  appareil, et la caliorne
de l'appareil se vire sur le cabestan du ponton; deux forts palans
crochs dans l'intrieur de la batterie servent  diriger le canon et 
le faire entrer lorsque la caliorne l'a lev un peu au-dessus de la
hauteur du sabord.

En embarquant l'artillerie, on doit avoir soin de la rpartir d'une
manire uniforme en allant du centre aux extrmits, pour ne pas
fatiguer le btiment. Le poids de chaque pice tant connu, on doit
aussi le rpartir de manire que la somme des poids soit la mme pour
les deux bords.




CHAPITRE IX.

_Mise hors de Service, Enclouage et Dsenclouage des Bouches  feu._


Le meilleur moyen de mettre les bouches  feu hors de service, consiste
 leur casser un tourillon; mais ce moyen serait, sinon impossible, au
moins bien difficile pour les pices en bronze. Quant aux canons en fer
coul, on en dtache assez facilement un tourillon en le frappant
fortement  faux, principalement sur l'arte, et toujours dans le mme
sens, avec une masse ou un fort marteau. Il faut, aprs chaque coup,
maintenir la masse sur le point frapp.

S'il s'agit d'vacuer un arsenal, et qu'il y ait des pices en bronze
ranges sur les chantiers, on allume sous ces pices un bon feu de
charbon, et quand elles sont chaudes, on les frappe fortement sur la
vole pour les faire plier.

On peut encore chauffer fortement un tourillon et essayer de le casser,
ou au moins de le faire plier en le frappant.

On tire aussi quelquefois les pices en bronze avec une forte charge de
poudre, en remplaant le projectile par des fragmens de boulets  artes
vives, lesquels produisent des raflemens qui dgradent promptement
l'me.

On tire galement quelquefois un coup de canon  bout portant contre la
vole de la pice qu'on veut mutiler; mais ce moyen ne serait pas
toujours sans danger, si l'on n'avait l'attention de communiquer le feu
avec une mche lente, qui donne aux canonniers le temps de se retirer
avant l'explosion. Cette mche lente peut tre faite avec un morceau
d'amadou de 15 lignes de longueur et traversant un morceau de papier qui
couvre l'amorce. On fait clater une bombe ou un obus bien cliss dans
un mortier, ou dans un obusier, pour le mettre hors de service.

A dfaut des moyens ci-dessus, on encloue les pices; pour y parvenir,
on emploie des vis en acier tremp; aprs les avoir enfonces le plus
possible, on les casse au ras de la pice. Quand on n'a pas de vis, on
enfonce dans la lumire un clou carr d'acier, dont les artes ont t
entailles de diffrentes coches, ayant leur ouverture tourne vers le
gros bout. Ces clous doivent tre tremps et avoir leur pointe recuite
pour pouvoir tre rivs en dedans. Aprs les avoir enfoncs  grands
coups de marteau, on casse l'excdant de ces clous en dehors. On met au
fond de la pice de la terre glaise, et quelquefois par-dessus un
cylindre de bois dur qui ne doit pouvoir entrer qu'avec beaucoup
d'efforts. Dans tous les cas, on place par-dessus un boulet de calibre
envelopp de feutre ou de plomb, et enfonc avec beaucoup de force. Dans
un moment press, on peut se contenter d'introduire dans l'me un boulet
ainsi forc.

S'il s'agit au contraire de dsenclouer les pices, voici comment on
peut y parvenir.

Quand le clou n'est pas viss et que les obstacles qui se trouvaient
dans l'me ont t retirs, on charge la pice au tiers ou  moiti du
poids du boulet; on emploie une tringle de bois de quelques lignes
d'quarrissage, ayant une rainure dans sa longueur, et dans cette
rainure une mche dite cravate d'toupilles, communiquant  la charge.
On bourre le canon avec des bouchons de vieilles cordes, bien refouls
avec un levier ou un anspect, et l'on met le feu  l'toupille. Il faut
souvent plusieurs coups pour faire sauter le clou.

Si le clou qui est dans la lumire est viss, il faut s'assurer s'il ne
serait pas en fer ou en acier pur tremp, parce qu'avec un petit burin
en bon acier on pourrait peut-tre fendre sa tige, et le retirer avec un
tournevis.

Il convient encore, lorsque tout autre moyen a chou, de gratter un peu
le mtal de la pice autour du clou, d'y faire un petit godet en cire,
et d'emplir ce godet d'acide nitrique ou d'acide sulfurique, qu'on
renouvelle de temps en temps. Il arrive quelquefois que l'acide
s'introduit par l'effet de la capillarit entre le clou et la pice, et
qu'il ronge le mtal, au point qu'il est facile de faire sauter le clou
avec une charge de poudre assez faible.

Si les obstacles qui se trouvaient dans l'me n'ont pu tre enlevs
immdiatement, on perce une nouvelle lumire  ct de la premire, on
introduit un peu de poudre par cette lumire, et l'on fait sauter les
obstacles en enflammant cette poudre.




CHAPITRE X.

_Des Soutes  Poudre._


On appelle ainsi le lieu o on enferme les poudres  bord. La place
occupe par les soutes  poudre varie suivant le rang des navires. Les
vaisseaux et frgates en ont deux, l'une appele grande soute, situe de
l'arrire de la cale au vin, et la seconde sur l'avant du magasin
gnral.

Dans la construction, le plancher infrieur des soutes est lev de
quelques pieds au-dessus de la carlingue, afin que l'eau ne puisse
l'atteindre dans les circonstances ordinaires. Les cloisons avant et
arrire sont formes par deux rangs de bordages, dont l'intervalle est
rempli par une maonnerie, pour rsister autant que possible  l'action
du feu.

Pour noyer les poudres en cas d'incendie, lorsqu'on craint de ne pouvoir
s'en rendre matre, on ouvre les robinets placs en abord et renferms
dans des caisses en chne, doubles en plomb, dont la clef est entre
les mains du second du btiment.

Les soutes sont claires par un ou deux fanaux, suivant leurs
dimensions, placs  l'extrieur de la cloison avant ou arrire. Deux
fortes glaces encastres dans la cloison laissent passer la lumire et
isolent le fanal de la soute.

Le long des cloisons on pratique des armoires, dont les portes sont 
caille-botis ou  grillage en fil de laiton, pour laisser circuler
l'air, dans lesquelles on range sur des tagres, et par calibre, les
gargousses pleines ou _l'apprte_. La poudre en baril est arrime
bbord et tribord dans la soute.

Dans le lieu le plus clair de la soute on place _l'auge_ ou _ptrin_,
pour confectionner les gargousses. C'est dans ce ptrin qu'on vide la
poudre contenue dans les barils, puis des canonniers munis d'une mesure
la remplissent exactement et la versent dans une gargousse dont on
amarre le collet. Chaque calibre a sa mesure particulire.

L'apprte faite avant le dpart du port, doit tre au moins du tiers de
la poudre embarque.

L'adoption des caisses en cuivre a chang la disposition des soutes et
simplifi le service des poudres.

Ces caisses, qui sont de diffrentes dimensions pour chaque calibre, ne
sont pas  couvercle, mais  calotte visse sur la face suprieure au
moyen d'une clef mobile. Elles sont de forme quadrangulaire lgrement
coupe sur les angles, et sont garnies d'anses. Sur le couvercle on
indique, en grosses lettres, l'espce de bouche  feu, son calibre, et
l'espce de charge.

Les soutes sont alors divises en compartimens propres  recevoir les
caisses places les unes  ct des autres, mais sur un seul rang.
L'apprte faite  terre est envoye  bord dans les caisses qui sont
immdiatement arrimes par calibre, et par espce de charge;
c'est--dire que le 36 charge au tiers, est spar du 36 charge au
quart, et ainsi pour les autres calibres. Pour que les hommes chargs du
passage des gargousses ne puissent pas se tromper, quoique chaque caisse
porte sur son couvercle l'indication du calibre et l'espce de charge,
chaque compartiment porte encore un criteau qui indique le calibre,
l'espce de charge et leur nombre.

Sur le pont suprieur de la soute, aussi prs que possible du lieu o
l'on a plac les caisses d'un mme calibre, mais si on le peut en dehors
de leur direction, on perce deux coutillons, dont un reoit une manche
en toile dans laquelle on jette les gargoussiers vides qui tombent ainsi
dans la soute; et le second sous lequel on place un reposoir, sert au
passage de la gargousse pleine. De cette manire chaque calibre a un
passage particulier, ce qui vite la confusion.

Les gargoussiers vides, avant d'tre envoys dans les soutes, sont
secous dans une baille pleine d'eau, place dans l'entre-pont  ct de
la manche par o ils se rendent des batteries.

Il suffit, dans chaque soute, de deux hommes par calibre, plus un novice
ou un mousse pour ramasser les gargoussiers vides et les remettre 
l'homme charg d'y poser la gargousse.

On dpose aussi dans les soutes  poudre, les botes  cartouches pour
fusils et pistolets, ainsi que les barils  bourse pour
l'approvisionnement des hunes et des embarcations.


_Description de la Hausse Marine._

Ce systme de hausse se compose de deux pices principales: la _masse de
mire_, la _hausse_.

La masse de mire est une pice de fer ou de cuivre bronze, place vers
l'extrmit suprieure du renfort, et fixe  la bouche  feu par deux
boulons  vis. La partie suprieure est arrondie par un arc de cercle
dont le centre est pris sur l'axe de la bouche  feu.

La hausse est compose de deux pices, la _bote_, le _curseur_.

La bote est en cuivre, elle est fixe par trois petits boulons  la
culasse de la bouche  feu; c'est dans cette bote que glisse le
curseur.

Une vis la maintient  diffrentes hauteurs. Pour faire tourner cette
vis, on se sert de clef, et pour que le chef de pice en fasse usage 
volont, elle tient au cabillot plac au bout du cordon du percuteur.

Le curseur en fer forg est compos d'une tige carre et d'un chapeau;
le dessus du chapeau est termin par un arc de mme rayon que celui de
la masse de mire.

Deux faces de la tige sont divises chacune par six profondes rainures
horizontales. La face qui est du ct du bouton est divise pour la
charge au quart, celle oppose pour la charge au tiers.


_Pointage au moyen de cette Hausse._

Pour pointer le canon  bout portant, on place la tte du curseur sur la
bote;  200 mtres, il suffit d'lever le curseur de manire que la
premire rainure soit  la hauteur de la bote.

A 400 mtres, on place le curseur  la 2me division, et ainsi de suite
jusqu' la 6me qui est la hauteur  donner pour obtenir la porte de
1,200 mtres.


_Installation du systme de Hausse._

Pour que le systme de hausse soit bien plac, il faut: 1 que la ligne
qui passe par le point le plus lev du chapeau (celui pos sur la
bote) et le point le plus lev de la masse de mire, soient parallles
 l'axe de la bouche  feu. Si la masse de mire se trouvait trop haute,
il faudrait la limer; si elle tait trop basse, on l'lverait en
mettant une cale entre elle et la pice. 2 Qu'un plan vertical, passant
par le centre du curseur et par le milieu de la masse de mire, passe
aussi par l'axe de la bouche  feu, lorsque les tourillons sont placs
horizontalement.

3 Il faut que la distance du milieu du curseur au milieu de la masse de
mire soit exactement celle porte pour chaque pice dans le tableau
ci-joint. Ce tableau contient aussi les hauteurs  donner aux divisions
des hausses, pour toutes les bouches  feu de la marine.

Quand les canons ont des anneaux de brague, la bote des hausses est
attache  la partie infrieure par un boulon qui traverse cet anneau,
comme on le voit pour les caronades.

Le dessus du chapeau et de la masse de mire sont peints en bandes noires
et blanches, afin de guider le canonnier pour le rayon visuel.

TABLEAU _faisant connatre les distances entre les masses de mire et les
hausses, ainsi que les graduations de ces dernires._

  +================+======================+============+=======+
  | DSIGNATION    | DISTANCE entre les   |Espces     |Charges|
  |     des        | axes du curseur et   | de         | de    |
  | BOUCHES A FEU. | de la masse de mire. |projectiles.|poudre.|
  |                |                      |            |       |
  +----------------+----------------------+------------+-------+
  |                | p  p  l  p           |            |   k   |
  | Canon-obusier  | 3. 6. 6. 0.--1,1506. |  Creux.    |  3,92 |
  |   de 80. [12]  |                      |            |       |
  |                |                      |            |  1,4  |
  |                | p   p  l  p          |            |       |
  | Canon 36 long. | 3. 10. 5. 9.--1,2581.|  Plein.    |  1,3  |
  |                |                      |            |       |
  |                |                      |            |  1,4  |
  |                | p  p  l  p           |            |       |
  | Canon 24 long. | 3. 8. 1. 3.--1,1966. |   _id._    |  1,3  |
  |                |                      |            |       |
  |                |                      |            |  1,4  |
  |                | p  p  l  p           |            |       |
  | Canon 18 long. | 3. 5. 9. 3.--1,1307. |   _id._    |  1,3  |
  |                |                      |            |       |
  |                | p  p  l  p           |            |       |
  | Caronade 36.   | 2. 2. 8. 6.--0,7230. |   _id._    |  1,96 |
  +================+======================+============+=======+

  +================+===================================================+
  | DSIGNATION    |     DISTANCES DE LA BATTERIE AU BUT               |
  |     des        | ET GRADUATION A CHACUNE DE CES DISTANCES.         |
  | BOUCHES A FEU. +------+------+------+------+-------+-------+-------+
  |                |200 m.|400 m.|600 m.|800 m.|1000 m.|1100 m.|1200 m.|
  +----------------+------+------+------+------+-------+-------+-------+
  |                |      |      |      |      |       |       |       |
  | Canon-obusier  |0,0095|0,0206|0,0336|0,0482|0,0047 |0,0735 |       |
  |   de 80. [12]  |      |      |      |      |       |       |       |
  |                |0,0085|0,0184|0,0296|0,0423|0,0563 |      |0,0716 |
  |                |      |      |      |      |       |       |       |
  | Canon 36 long. |0,0077|0,0167|0,0269|0,0383|0,0510 |      |0,0649 |
  |                |      |      |      |      |       |       |       |
  |                |0,0082|0,0178|0,0290|0,0418|0,0558 |      |0,0714 |
  |                |      |      |      |      |       |       |       |
  | Canon 24 long. |0,0074|0,0162|0,0263|0,0378|0,0506 |      |0,0647 |
  |                |      |      |      |      |       |       |       |
  |                |0,0078|0,0172|0,0231|0,0406|0,0545 |      |0,0701 |
  |                |      |      |      |      |       |       |       |
  | Canon 18 long. |0,0071|0,0156|0,0255|0,0368|0,0495 |      |0,0636 |
  |                |      |      |      |      |       |       |       |
  |                |      |      |      |      |       |       |       |
  | Caronade 36.   |0,0086|0,0185|0,0298|0,0425|0,0566 |      |0,0721 |
  +================+======+======+======+======+=======+=======+=======+

  [12] Observations. Canon-obusier de 80.--La nouvelle masse de mire ne
  permet de pointer qu' 1100 m. avec la charge 3k.92.

TABLE _servant  dterminer la distance d'un Btiment  un autre, au
moyen de la hauteur angulaire des mts._

  +====================================================================+
  |Distances  |Vaisseaux|Vaisseaux|Frgates|Corvettes|Corvettes|Bricks |
  |en         | 3 ponts|de 74, et| de 44. |  de 24  |  de 20  |de 16  |
  |encblures.|et de 80.|grandes  |        |    32. |    24. |  20. |
  |           |         |frgates.|        |         |         |       |
  +-----------+---------+---------+--------+---------+---------+-------|
  |           |     '  |     '  |    '  |     '  |     '  |    ' |
  |   1/2     |  24 39  |  22 21  | 18 37  |  16 25  |  15 22  | 14 44 |
  | 1         |  12 56  |  11 38  |  9 33  |   8 23  |   7 49  |  7 22 |
  | 1-1/2     |   3 41  |   8  0  |  6 24  |   5 37  |   5 15  |  4 56 |
  | 2         |   6 29  |   5 52  |  4 49  |   4 13  |   3 56  |  3 42 |
  | 2-1/2     |   5 14  |   4 42  |  3 51  |   3 22  |   3  9  |  2 58 |
  | 3         |   4 22  |      4  |  3 13  |   2 30  |   2 37  |  2 28 |
  | 3-1/2     |   3 45  |   3 22  |  2 45  |   2 25  |   2 15  |  2  7 |
  | 4         |   3 17  |   2 57  |  2 25  |   2  6  |   1 58  |  1 51 |
  | 4-1/2     |   2 55  |   2 37  |  2  9  |   1 54  |   1 45  |  1 39 |
  | 5         |   2 38  |   2 21  |  1 56  |   1 41  |   1 34  |  1 29 |
  | 5-1/2     |   2 23  |   2  9  |  1 45  |   1 32  |   1 26  |  1 21 |
  | 6         |   2 11  |   2  1  |  1 36  |   1 24  |   1 19  |  1 14 |
  |Hauteur    }         |         |        |         |         |       |
  |du capelage}         |         |        |         |         |       |
  |du grand   } 165 p.  |   162   |   126  |   106   |    99   |   55  |
  |mt de     }         |         |        |         |         |       |
  |perroquet. }         |         |        |         |         |       |
  +---------------------+---------+--------+---------+---------+-------+
  |                            _Observation._                          |
  |                                                                    |
  | Les angles sont mesurs  partir de la flottaison jusqu'au         |
  | capelage du grand mt de perroquet des btimens anglais, dont la   |
  | mture est d'un douzime moins leve que celle des btimens       |
  | franais du mme rang; ainsi qu'on le voit dans les Tables de      |
  | M. Gicquel des Touches.                                            |
  +====================================================================+

    FIN.




TABLE DES MATIRES

DE LA SECONDE PARTIE, CONTENANT LES MANOEUVRES DU NAVIRE ET DE
L'ARTILLERIE.


  MANOEUVRE DU NAVIRE.

  Avertissement.                               5


  CHAPITRE Ier.

  Du navire.                                   7

  Du gouvernail.                              12


  CHAPITRE II.

  Appareillages.                              15

  Appareiller, le navire vit le bout au
    vent.                                     23

  Appareiller, le navire vit le bout au
    courant.                                  29

  Appareiller, en faisant embossure.          32


  CHAPITRE III.

  _Manoeuvrer les voiles de mauvais temps._

  Prendre des ris aux huniers.                35

  Carguer un hunier de mauvais temps.         39

  Prendre le ris aux basses voiles.           41

  Carguer une basse voile de mauvais temps.   43


  CHAPITRE IV.

  _Des Viremens de bord._

  Virer de bord, vent devant, en gagnant
    au vent.                                  45

  Observations.                               46

  Virer de bord, vent devant, le plus
    promptement possible.                     52

  Virer de bord, vent arrire.                53

  Observations.                               54

  Virer de bord, vent arrire, en masquant.   56


  CHAPITRE V.

  _De la Panne._

  Mettre en panne, vent dessus, vent dedans.  58

  Observations.                               59

  Mettre en panne, sous toutes les voiles
    du plus prs.                              61

  Faire servir, lorsqu'on est en panne, le
    vent sur le petit hunier.                 63


  Faire servir, lorsqu'on est en panne, le
    vent sur le grand hunier.                 64

  Faire servir, lorsqu'on est en panne,
    sous toutes les voiles du plus prs.      65

  Observations.                               id


  CHAPITRE VI.

  _Sonder._

  Sonder de beau temps.                       66

  Sonder de mauvais temps.                    68

  Observations.                               69


  CHAPITRE VII.

  _De la Cape._

  Des diffrentes espces de cape.            70

  Observations.                               75

  Arriver, ou virer, lorsqu'on est  la
    cape.                                     78


  CHAPITRE VIII.

  _Mouillages._

  Mouiller de beau temps.                     83

  Mouiller de mauvais temps.                  85

  Mouiller avec embossure.                    87

  Observations.                               88


  CHAPITRE IX.

  Affourcher  la voile.                      89

  Observations.                               91


  CHAPITRE X.

  _Des Abordages._

  Aborder au vent, lorsqu'on est au plus
    prs.                                     94

  Aborder sous le vent, lorsqu'on court
    au plus prs.                             95

  Aborder sur l'avant, lorsqu'on court au
    plus prs.                                97

  Aborder en courant largue.                  98

  Aborder  l'ancre.                          99


  CHAPITRE XI.

  _De la Chasse._

  Chasser au vent.                           102

  Chasser sous le vent.                      104

  _De la Tactique Navale._                   106


  MANOEUVRE DE L'ARTILLERIE.


  CHAPITRE Ier.

  Dfinition et nomenclature.                114


  CHAPITRE II.

  Des projectiles et de la charge.           129

  Remarques.                                 134


  CHAPITRE III.

  Emplacement des canons et de leurs
    projectiles  bord.                      140

  Remarques.                                 146


  CHAPITRE IV.

  Exercice du canon d'un bord et par
    temps.                                   148

  Exercice de la caronade d'un bord et
    par temps.                               176

  Exercice du canon obusier.                 187

  Exercice des deux bords et  volont.      193

  Remarques.                                 207


  CHAPITRE V.

  _Noeuds, Amarrages, etc., appliqus au Canonnage._

  Aiguilletage.                              211

  Brague.                                    212

  Bridure.                                    id

  Brin.                                      213

  Civire.                                    id

  Coiffe d'couvillon.                        id

  Croupire.                                  id

  Elingue.                                    id

  Epissure.                                  214

  Estrope.                                    id

  Estrope de culasse.                         id

  Faubert.                                   215

  Fourrer un cordage.                         id

  Garant.                                     id

  Garcette.                                  216

  Garnir une brague.                          id

  Hampe de corde.                             id

  Itague.                                     id

  Ligne d'amarrage.                          217

  Lusin.                                      id

  Machine  dmonter les canons.              id

  Mches.                                    218

  Merlin.                                     id

  Noeuds.                                     id

  Palans de ct et de retraite.             218

  Palanquin.                                 219

  Quarantainier.                              id

  Queue de rat.                               id

  Raban de sabord.                            id

  Raban de retenue.                          220

  Raban de vole.                             id

  Surliure.                                   id

  Valet.                                      id


  CHAPITRE VI.

  _Diffrentes manires d'amarrer les Canons  bord._

  Amarrage  garans simples.                 222

  Amarrage  garans doubls.                 223

  Amarrage  la serre.                       224

  Amarrage le long du bord, dit en vache.    226

  Amarrage au grelin.                         id

  Amarrage par la fausse brague.             227

  Amarrage aux chevrons de retraite.         228

  Amarrage par la queue des flasques.         id

  Observation gnrale.                      229

  Amarrages de caronades.                     id


  CHAPITRE VII.

  Pointage au tir.                           230

  Remarques; du but-en-blanc.                246

  Du pointage et du tir.                     252


  CHAPITRE VIII.

  _Manoeuvres de Force relatives au Canonnage._

  Embarquement et dbarquement d'un
    afft.                                   256

  Embarquement d'un canon.                    id

  Dbarquement d'un canon.                   258

  Changement d'afft d'un canon  bord.      259

  Premier moyen.                              id

  Deuxime moyen.                            261

  Troisime moyen.                            id

  Quatrime moyen.                           262

  Jeter les canons  la mer.                 263

  Remarques.                                 264


  CHAPITRE IX.

  Mise hors de service; enclouage et dsenclouage
    des bouches  feu.                       265


  CHAPITRE X.

  Des soutes  poudre.                       269

  _Description de la Hausse Marine._         273


FIN DE LA TABLE.


Bar-s.-Seine.--Imp. de SAILLARD.




ERRATA

DU DEUXIME VOLUME.

 _Pages._  _lignes._     _au lieu de_                _lisez_:

  17        2           ancre  jas,               _ancre  jet_.

  id.       8              id.                        id.

  id.      11              id.                        id.

  id.      17              id.                        id.

  18        4              id.                        id.

  19       11              id.                        id.

  id.      13              id.                        id.

  20        4              id.                        id.

  31        2              id.                        id.

  61       11           lorsqu'on mettra,           _lorsque mettant_.

  84        5           si on vient largue aprs,   _si on vient largue_,

  85        9           en le masquant,             _en les, etc., etc._

 116   dern. du tabl.   13 9-1/2                    3 9-1/2

 117        3           le stourillons,             _les tourillons_.

 124        9           le lanon,                   _le canon_.


       *       *       *       *       *




Note sur la transcription:

Ce volume fait rfrence  des figures (fig. 1 en p. 117, fig. 2 en p.
118, fig. 3 en p. 119, fig. 4 en p. 121 et figure V en p. 234). Malgr
des recherches srieuses et tendues, aucune dition trouve ne comprend
ces illustrations, ce qui fait supposer que l'imprimeur a oubli de les
inclure.

Les errata mentionns dans le livre  la dernire page ont t
appliqus.

Quelques points ont t rajouts dans les listes et tableaux afin
d'harmoniser avec le reste des lments.

Faute de place en largeur, certaines tables ont t modifies:
  * p. 140 et 141, la table Emplacement des Canons et de leurs
    projectiles,  bord a t scinde en deux, et sa premire colonne
    duplique.
  * p. 275 et 276, la table Tableau faisant connatre les distances
    entre les masses de mire et les hausses, ainsi que les graduations
    de ces dernires a t scind en deux. La premire colonne
    (Dsignation des bouches  feu) a t duplique, et la colonne
    Observation a t mise en note  la suite du deuxime tableau.

Ce livre comprend de possibles erreurs de syntaxe comme l'utilisation
de surjoaler et surjoualer  la place de surjaler. Celles-ci n'ont
gnralement pas t corriges.

A l'exception des corrections suivantes et des erreurs clairement
introduites par le typographe, l'orthographe d'origine a t conserve
et n'a pas t harmonise:
  * p. 5, corrige illtr en illettr,
  * p. 22, corrige renfonce en renforce (quoiqu'on les renforce),
  * p. 23, corrige lan en lan (si dans un lan),
  * p. 38, corrige ralingne en ralingue (les huniers en ralingue),
  * p. 45, corrige de vent en devant (viremens de bord vent devant),
  * p. 66, corrige employ en employe (a pu tre employe),
  * p. 77, corrige iloire en hiloire (l'hiloire),
  * p. 81, corrige annulle en annule
             (annule l'effet du gouvernail.),
  * p. 87, corrige un en une (une embossure),
  * p. 100, corrige tachant en tchant (en tchant d'y entraner),
  * p. 117, suppression des points aprs Le support de la platine et
              L'astragale de la lumire pour harmoniser avec le reste
              de la table,
  * p. 125. idem p. 117 avec La platine ou batterie et La corne
              d'amorce,
  * p. 136, capitalisation de "Montgry",
  * p. 146, corrige tugue en tuque (la tuque d'arrire),
  * p. 180, ligne 16, ferme la parenthse aprs commandement pour le
              canon.,
  * p. 188, ferme la parenthse aprs cosse estrope au collet.,
  * p. 210, corrige bt en bat (lorsqu'on se bat),
  * p. 225, corrige pace en place (place au-dessus),
  * p. 268, corrige enflamment en enflammant (enflammant cette
              poudre).





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Phocion-Aristide-Paulin Verdier

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