The Project Gutenberg EBook of Dictionnaire raisonn de l'architecture
franaise du XIe au XVIe sicle (5/9), by Eugne-Emmanuel Viollet-Le-Duc

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Title: Dictionnaire raisonn de l'architecture franaise du XIe au XVIe sicle (5/9)

Author: Eugne-Emmanuel Viollet-Le-Duc

Release Date: December 28, 2009 [EBook #30785]

Language: French

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DICTIONNAIRE RAISONN
DE
L'ARCHITECTURE
FRANAISE
DU XIe AU XVIe SICLE.

V

Droits de traduction et de reproduction rservs.



PARIS
IMPRIM CHEZ BONAVENTURE ET DUCESSOIS
Quai des Augustins, 55, prs du Pont-Neuf.



DICTIONNAIRE RAISONN
DE
L'ARCHITECTURE
FRANAISE
DU XIe AU XVIe SICLE

PAR

M. VIOLLET-LE-DUC
ARCHITECTE DU GOUVERNEMENT
INSPECTEUR-GENRAL DES DIFICES DIOCSAINS



TOME CINQUIME

[Illustration]



PARIS
B. BANCE, DITEUR
RUE BONAPARTE, 13.

MDCCCLXI



D

DAIS, s. m. C'est le nom que l'on donne  des pierres saillantes, plus
ou moins ornes de sculptures, qui sont destines  couvrir des statues
 l'extrieur et mme  l'intrieur des difices religieux et civils du
moyen ge. Les artistes de cette poque ne trouvaient pas qu'il ft
convenable d'adosser une figure de saint ou de personnage clbre  un
mur, sans prserver sa tte de la pluie ou de la poussire par une sorte
de petit auvent tenant  la construction. Ce n'est gure qu' dater du
XIIe sicle, cependant, que les dais furent, presque sans exception,
placs au-dessus des statues extrieures. Quelquefois,  cette poque,
comme par exemple sur la face du porche de l'glise de Moissac, les dais
ne sont qu'une assise basse, une dalle taille sur ses faces en forme
d'arcades (1). Nanmoins, on voit dans des monuments du XIIe sicle des
dais richement dcors dj et qui figurent de petits monuments
suspendus au-dessus des statues. L'glise du Saint-Sauveur de Dinan, des
deux cts du portail, nous montre deux dais, importants comme masse et
dlicatement travaills, qui couvrent des figures de saints. Taills
dans un granit friable, ils sont malheureusement trs-altrs par le
temps. Quelquefois les statues tant adosses  des colonnes, les dais
tiennent galement  leur ft. Alors la colonne, la statue, son support
et le dais sont taills dans un seul morceau de pierre. Au portail royal
de la cathdrale de Chartres on remarque, suspendus sur la tte des
figures du XIIe sicle qui dcorent les trois portes, plusieurs dais
d'un beau style; nous donnons ici (2) l'un d'eux.

Les dais nous fournissent souvent des motifs varis de couronnements
d'difices, c'est--dire certaines parties de ces difices qui sont
presque toujours dtruites ou modifies. Il est  remarquer, mme
pendant les XIIe et XIIIe sicles, que ces petits modles reproduisent
gnralement des exemples d'difices antrieurs  l'poque o les dais
ont t sculpts. Ce fait peut tre observ au-dessus des statues de la
porte centrale du portail occidental de la cathdrale de Paris (3). Ces
dais figurent encore des coupoles, des combles plats comme on n'en
faisait plus alors dans cette partie de la France.

Les dais qui protgent les statues du XIIe sicle et du commencement du
XIIIe, places dans les brasements des portails, sont taills sur un
modle diffrent. Chaque statue possde son cul-de-lampe et son dais
particuliers. Cependant il est  cette rgle une exception fort
remarquable  la porte de la Vierge de la faade occidentale de
Notre-Dame de Paris. Les statues qui dcorent les deux brasements de
cette porte sont surmontes d'une srie de dais tous pareils qui forment
au-dessus de la tte de ces statues un abri d'un style peu commun. La
sculpture de la porte de la Vierge est, d'ailleurs, empreinte d'un
caractre original, et nous ne connaissons rien de cette poque (1215 
1220) qui puisse lui tre compar comme grandeur de composition et comme
beaut d'excution. Voici (4) comment sont disposs ces dais formant une
sorte d'entablement au-dessus des chapiteaux des colonnettes places
entre et derrire les statues, et ne se confondant pas avec ces
chapiteaux mmes, ainsi que cela se pratiquait alors.

Les monuments religieux de la Bourgogne sont presque tous dpouills de
leurs statues extrieures. Dans cette province, la rvolution du dernier
sicle a mutil les glises avec plus d'acharnement que dans
l'le-de-France et les provinces de l'Ouest. Jetant bas les statues, la
rage des iconoclastes n'a pas respect davantage ce qui les
accompagnait, et les sculptures des portails ont t non-seulement
brises, mais coupes au ras des murs, ainsi qu'on peut le voir  Semur,
 Beaune,  Notre-Dame de Dijon. Le peu de dais qui restent du
commencement du XIIIe sicle, dans cette province, font regretter qu'on
les ait presque partout dtruits, car ces rares exemples sont
admirablement composs et sculpts. On en jugera par l'exemple que nous
donnons ici (5), et qui provient du portail de la petite glise de
Saint-Pre-sous-Vzelay. Ce dais tait peint comme toute la sculpture du
portail. La statue tait adosse  la colonnette A, dont le chapiteau
est pntr par le dais.

 cette poque dj, les dais bourguignons sont surmonts d'dicules en
forme de pyramide ou de tour, poss sur l'assise engage dans la
btisse. Cette superftation ne se trouve que plus tard dans les
difices de l'le-de-France et de la Champagne.

Vers le milieu du XIIIe sicle, au moment o l'architecture devient plus
dlicate, l'ornementation plus fine, les dais sont souvent d'une extrme
richesse de sculpture; alors ce sont de petits chteaux couronns de
tours crneles, avec leur donjon.  l'intrieur de la Sainte-Chapelle
de Paris, au-dessus des douze aptres adosss aux piliers, on voit des
dais crnels dont les tourelles sont perces de fentres remplies de
verres bleus ou rouges. Mais les dais les plus remarquables, en ce
genre, que nous connaissions, existent au-dessus des figures de la porte
du nord de la cathdrale de Bordeaux (6)[1]. Jusqu' cette poque, ainsi
que nous l'avons fait remarquer tout  l'heure, les dais d'une mme
ordonnance de statues juxtaposes sont varis dans leur forme et leur
dimension; mais,  dater du milieu du XIIIe sicle, les dais d'une mme
range de figures sont habituellement semblables et forment une ceinture
d'arcatures uniformes, ainsi qu'on le peut voir au portail occidental de
la cathdrale de Reims (7); cependant ils ne sont pas encore surmonts
de hautes pyramides, si ce n'est en Bourgogne, o l'on voit dj, au
milieu du XIIIe sicle, quelques dais termins en faons de pinacles ou
clochetons. Pendant le XIVe sicle les dais prennent beaucoup
d'importance, se couvrent de dtails, sont taills en forme de petites
votes prcieusement travailles; quelquefois, dans les brasements des
portails, sous les porches, ils figurent une arcature saillante
dcoupe, porte de distance en distance sur des pilettes trs-dlies,
entre lesquelles sont alors poses les figures. On voit des pinacles
ainsi disposs sous le porche occidental non-termin de l'glise
Saint-Urbain de Troyes (8), sous le porche de l'glise de Semur en
Auxois. Alors, au lieu de poser sur des culs-de-lampe, les statues sont
debout, sur une saillie continue A, recevant les pilettes B, figure 8;
elles s'abritent ainsi sous une galerie profonde, peuvent prendre des
mouvements varis, se toucher, faire partie d'une mme scne, comme
l'Adoration des Mages, la Prsentation au temple, le Baptme de
Jsus-Christ, etc. Cette disposition nouvelle se prtait au sentiment
dramatique que cherchait dj la statuaire  cette poque.

Au-dessus des statues isoles, poses soit  l'intrieur, soit 
l'extrieur des difices, au XIVe sicle, les dais sont gnralement
surmonts de riches pyramides  jour qui n'offrent rien de particulier
et ressemblent  toutes les terminaisons des clochetons d'alors (voyez
PINACLE).

Sans changer notablement les formes de ces dais du XIVe sicle, le XVe
sicle ne fait que les exagrer; les dais se voient encore dans
l'architecture du XVIe sicle au-dessus des figures; ils sont refouills
 l'excs, couverts de dtails sans nombre: tels sont ceux du portail de
la cathdrale de Tours, ceux de l'glise de Saint-Michel de Dijon. Il
parat inutile de donner des exemples de ces derniers dtails qui sont
entre les mains de tout le monde. Les stalles en bois des choeurs des
glises taient surmontes de dais qui prservaient les religieux du
froid. Ces dais ont une grande importance comme ouvrage de menuiserie
(voyez STALLE). Quelquefois des statues assises du Christ ou de la
sainte Vierge, dpendant de retables ou poses dans les tympans des
portails ou mme des pignons d'glises, sont sculptes sous un dais
port sur des colonnes, dispos comme un cyborium. Ces sortes de
couronnements accompagnant des figures sacres mritent toute
l'attention des artistes, car ils fournissent des exemples de ces
dcorations intrieures de sanctuaires, dtruites en France,
aujourd'hui, sans exception. Un retable fort curieux, du commencement du
XIIe sicle, et qui fut, il y a quelques annes, l'objet d'un procs
entre l'tat et un conseil de fabrique qui avait vendu cet objet  un
marchand de curiosits (procs gagn par l'tat, et  la suite duquel le
bas-relief fut rintgr dans l'glise de Carrires-Saint-Denis, prs
Paris), se compose de trois sujets: d'une Annonciation, d'un Baptme de
Jsus-Christ, et, au centre, d'une figure assise de la Vierge tenant
l'Enfant sur ses genoux. La Vierge est surmonte d'un dais figurant la
Jrusalem cleste, port sur deux colonnes (9).  la cathdrale de
Chartres, dans le tympan de la porte de droite du portail royal, on voit
aussi une Vierge dans la mme attitude, surmonte d'un dais.  la
cathdrale de Paris, la porte Sainte-Anne prsente au sommet de son
tympan un dais magnifique protgeant la statue assise de la Mre de
Dieu. L'article ARCHE d'alliance, du _Dictionnaire_, donne un dessin du
dais pos au-dessus de la statue adosse au trumeau de la porte de la
Vierge (mme difice).

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]

     [Note 1: Cette porte se trouve aujourd'hui engage dans une
     sacristie, toute la sculpture en est fort belle; les statues
     des douze aptres ont t enleves de cette porte et sont
     dposes depuis peu dans la cathdrale.]



DALLAGE, s. m. De tout temps et dans tous les pays on a employ, pour
revtir les aires des rez-de-chausses, soit dans les difices publics,
soit dans les habitations particulires, des pierres plates, dures,
polies, jointives, sans ordre ou avec symtrie. La plupart des carrires
de pierres calcaires possdent des bancs suprieurs minces, d'une
contexture compacte, propres  ce genre de pavage. Les Romains avaient
employ comme dallages des matires prcieuses telles que le marbre, le
porphyre, le granit, le jaspe mme, et cela avec une prodigalit
singulire. Il existe encore quelques-uns de ces dallages qui se font
remarquer par la grande et simple ordonnance du dessin et la beaut des
matires employes: tels sont les dallages du Panthon de Rome, de la
basilique du Forum de Trajan. Les architectes du moyen ge ne
possdaient pas, comme les Romains, ces matires prcieuses, et les
eussent-ils possdes, qu'ils n'avaient plus les facilits pour les
tailler en grands morceaux et les polir. Lorsqu'ils voulurent dcorer
les aires des difices, ils adoptrent donc des moyens plus simples et
surtout moins dispendieux. Ds l'poque byzantine les Grecs avaient
essay de dcorer les surfaces planes, verticales ou horizontales de
leurs monuments au moyen d'incrustations de marbres de couleur ou de
mastics colors dans des plaques de marbre blanc ou de pierre calcaire.
On obtenait ainsi des dessins d'une grande richesse, trs-varis et
trs-fins, avec des matires faciles  se procurer; ce n'tait plus
qu'une affaire de main-d'oeuvre. Ces procds furent employs en France
ds le XIIe sicle, et peut-tre mme avant cette poque, bien que les
exemples nous manquent absolument. Grgoire de Tours parle de pavages
d'glises d'une grande magnificence; mais il est  croire que ces
dallages taient faits conformment aux procds antiques, peut-tre
mme avec des dbris de monuments romains, ou se composaient de
grossires mosaques comme on en trouve encore un si grand nombre sur la
surface de la France (voyez MOSAQUE).

Pendant le moyen ge, en France, la mosaque ne fut employe que
trs-rarement, et ces sortes de pavages, composs de petits morceaux de
pierres dures formant des entrelacs, connus sous le nom d'_opus
Alexandrinum_, si communs en Italie et en Sicile, ne se rencontrent
qu'exceptionnellement; encore sont-ils videmment imports d'Italie. On
voit de ces pavages dans le sanctuaire de l'glise abbatiale de
Westminster,  Londres, et dans celui de l'glise de
Saint-Benot-sur-Loire. Cette importation ne fut point imite par nos
architectes clercs ou laques. Ceux-ci adoptrent de prfrence les
dallages en pierre calcaire dure; et lorsqu'ils voulurent les dcorer,
ils gravrent des dessins sur leur surface, qu'ils remplirent de plomb,
ou de mastics colors en noir, en vert, en rouge, en brun, en bleu clair
ou sombre. Deux causes contriburent  dtruire ces dallages: d'abord le
passage frquent des fidles qui usaient leur surface avec leurs
chaussures, puis l'usage admis gnralement,  dater du XIIIe sicle,
d'enterrer les clercs et mme les laques sous le pav des glises.
Ainsi beaucoup de dallages anciens furent enlevs pour faire place  des
pierres tombales qui,  leur tour, composaient une riche dcoration
obtenue par les mmes procds de gravures et d'incrustations (voy.
TOMBES).

Les plus anciens fragments de dallages gravs que nous possdions
proviennent de l'glise de Saint-Menoux, prs Moulins. Ces fragments (1
et 1 bis) datent du XIIe sicle; ils sont en pierre blanche incruste
d'un mastic rsineux noir. Le morceau de dallage (fig. 1) formait le
fond; celui (fig. 1 bis), la bordure.

Les nombreux fragments de dallages gravs et incrusts que l'on voit
encore dans l'ancienne cathdrale de Saint-Omer, et qui ont t publis
par M. E. Wallet[2], nous prsentent le spcimen le plus complet de ces
sortes d'ouvrages qui, autrefois, dcoraient l'aire des choeurs et des
chapelles absidales des principales glises de France. Ces fragments
appartiennent videmment  diverses poques[3]; dplacs aujourd'hui,
ils faisaient originairement partie des dallages du choeur et de
plusieurs chapelles, et ne furent pas tous excuts  la fois.
Conformment  la mthode employe dans la sculpture du moyen ge,
chaque dalle, sauf quelques exceptions, inscrit un dessin complet, et
l'ensemble de la composition tait obtenu au moyen de la juxtaposition
de ces dalles. Ainsi le dallage tait travaill et termin  l'atelier
avant la pose. Les dessins sont trs-varis; plusieurs de ces dalles,
qui appartiennent  la fin de la premire moiti du XIIIe sicle,
reprsentent des guerriers  cheval, couverts seulement de l'cu et
tenant un pennon  leurs armes. Quelques inscriptions se lisent encore
autour des figures et indiquent que ce pavage a t fait au moyen de
dons, chaque dalle ayant t donne par le personnage reprsent.

Voici (2) l'une de ces pierres graves, autour de laquelle on lit cette
inscription:

       + EGIDIUS FILIUS FULCONIS DE SANCTA ALDEGUNDE DEDIT ISTUM
       LAPIDEM
       IN HONORE BEATI AUDOMARI.

Les fonds sont bruns ainsi que l'inscription, et les traits de la figure
et du cheval sont rouges. D'autres plaques de pierre provenant de la
mme dcoration compose d'une runion de carrs reprsentent des
figures grotesques, des ornements, des personnages assis sur un trne.
Une suite de dalles d'une dimension plus petite, et qui paraissent
appartenir au commencement du XIIIe sicle, reprsentent les Arts
libraux, un zodiaque avec les travaux de l'anne[4]. Une troisime
srie nombreuse de petits carreaux de pierre renferme un nombre
considrable d'animaux fantastiques et d'ornements d'un beau caractre
dont le dessin remonte  la fin du XIIe sicle ou au commencement du
XIIIe. M. E. Wallet[5] a essay de reconstituer les compositions
d'ensemble de ces dalles, et il les spare au moyen de bandes formes de
petits carreaux de marbre noir. Nous ne pensons pas que cette
restauration puisse tre admise, d'abord parce que, dans les dallages
gravs dont nous possdons des ensembles encore existants, comme ceux de
Saint-Nicaise de Reims, de Saint-Denis et de Canterbury, on ne trouve
rien qui justifie cette hypothse; puis, parce qu'en excution le
contraste de ces bandes pleines avec ces dessins dlis produit le plus
fcheux effet, ainsi que nous avons t  mme de le reconnatre. Les
bandes pleines, noires ou rouge sombre, se marient parfaitement avec les
carrelages en terres cuites mailles (voy. CARRELAGE) dont les tons
sont vifs et brillants et qui sont de mme matire que ces bandes; mais
cette harmonie ne peut exister entre des pierres dont les fines gravures
sont remplies de mastics colors et des carreaux de marbre noir dont
l'aspect est toujours dur et froid. Les bandes de carreaux noirs
dtruisent absolument l'effet des gravures.  dfaut d'un grand nombre
de monuments existants, nous possdons les dessins de feu Percier sur
l'glise abbatiale de Saint-Denis; ces dessins nous donnent une quantit
de dallages composs de pierres graves, et aucun de ces dallages ne
prsente de ces bordures ou encadrements de pierres de couleur; il est
certain, au contraire, que les architectes ont voulu obtenir dans leurs
dallages cette harmonie tranquille des tapis qui convient si bien  une
surface horizontale faite pour marcher. Il est dplaisant de poser les
pieds sur un pav dont les tons violents font croire  des saillies et
des creux; les artistes des XIIe et XIIIe sicles avaient assez
l'instinct des effets de coloration dans les difices, pour viter ces
dfauts avec soin.

Les dallages gravs qui dcoraient l'aire de plusieurs des chapelles
absidales de l'glise abbatiale de Saint-Denis en France taient fort
beaux. Ils existent encore en partie, ont t rtablis  leur ancienne
place, ou sont reproduits dans l'_Album_ de feu Percier.

Nous donnons ici (3) une portion du dallage de la chapelle
Sainte-Osmane. La marche de l'autel, dont notre planche laisse voir une
portion en A, reprsente les quatre Vertus, avec un encadrement
d'ornements trs-dlicats composs de quatre-feuilles contenant des
animaux fantastiques.

Autour de cette marche, releve de 0,14 c. au-dessus du pav de la
chapelle, se dveloppent des sujets dans des mdaillons circulaires
reprsentant les travaux et plaisirs des douze mois de l'anne (voy.
ZODIAQUE). Cet encadrement, relev par des fonds noirs, se dtache sur
un fond plus simple compos de grands quatre-feuilles avec rosettes,
entre lesquels sont gravs des animaux symboliques, des chasses
entremles de feuillages. Une fine bordure B encadre l'ensemble de
cette composition. On remarquera combien l'aspect dcoratif de ce riche
dallage est dlicat, sans tre confus; l'artiste a eu le soin de faire
les ornements de la marche de l'autel sur une chelle beaucoup plus
petite que ceux du fond du dallage, afin de donner  cette marche
releve quelque chose de particulirement prcieux.  distance, le
dessin gnral se comprend, et de prs il attire les yeux par la
combinaison gracieuse des gravures, qui sont toutes remplies de mastic
noir. Quelquefois, comme dans la chapelle de Saint-Prgrin de la mme
glise, le dallage se compose d'un dessin uniforme entour d'une bordure
ou d'une inscription (4). Ce dallage, dont nous donnons ci-contre un
fragment au quart de l'excution, est de mme en liais. Le fond des
fleurs de lis est noir, le fond des rosaces vert olive, les rosettes
rouges ainsi que l'inscription; de petits cubes de verre dors incrusts
en A gayent l'ensemble de la coloration un peu sombre[6].

Les dessins des dallages de Saint-Denis sont d'une grande puret; les
figures sont traces de main de matre et d'un style trs-remarquable.
Tous ces dallages appartiennent aux restaurations commandes par saint
Louis dans l'ancienne abbatiale; c'est dire qu'ils datent du milieu du
XIIIe sicle. Les gravures sont faites dans du liais (cliquart) fort
dur, intailles de cinq millimtres environ et remplies de mastics noir,
rouge, vert sombre, bleu glauque et brun. Par places sont incrustes des
plaques de verre color ou blanc verdtre, peint et dor par-dessous en
manire de fixs, ou encore de ces petits cubes de pte dore comme dans
la figure prcdente. Quelques-uns de ces beaux dallages ont t rpars
et remis en place; leur effet est celui produit par un tapis d'un ton
trs-doux et harmonieux.

Il existe encore, dans l'glise de Saint-Remy de Reims, une portion du
dallage qui autrefois couvrait l'aire du choeur de l'glise de
Saint-Nicaise de la mme ville. Ce dallage date des premires annes du
XIVe sicle et reprsente des scnes de l'Ancien Testament, inscrites
dans des compartiments carrs (5). Chaque dalle porte un sujet, et celui
que nous avons choisi figure Mose, Aaron et Hur, pendant la bataille
livre par Isral contre Amalech[7]. L les traits gravs sont remplis
de plomb sans autre coloration. Il n'est pas besoin de dire que ces
sortes de dallages cotaient fort cher, et qu'on ne pouvait les placer
que dans des glises riches, dans les sanctuaires et quelques chapelles
privilgies. Souvent on se contentait de dallages unis ou composs de
carreaux noirs et blancs. Alors les dessins sont varis, les carreaux 
l'chelle du monument et gnralement de petite dimension.

La cathdrale d'Amiens conserve encore presque tout son dallage du XIIIe
sicle, qui ne consiste qu'en petites dalles carres de 0,32 c. (un
pied) de ct, noires et blanches, formant  chaque trave un dessin
diffrent. Voici (6) une de ces combinaisons. Pour juger de l'effet de
ce dallage, fort dtrior aujourd'hui, il faut monter dans les galeries
et le regarder de haut et  distance; les compartiments sont
trs-heureusement combins; dans la nef, ils taient interrompus par un
grand labyrinthe galement form de carreaux noirs et blancs (voy.
LABYRINTHE). Ces dallages, d'une date ancienne, sont assez peu communs.
On en trouve des dbris d'une poque plus rcente dans beaucoup de
petites glises trop pauvres pour avoir pu remplacer ces anciens pavs.
L'glise d'Orbais (Marne) possde un dallage du XVe sicle (7), compos
de petits carreaux de marbre noir de 0,14 c. de ct et de dalles
barlongues blanches poses de faon  figurer une sorte de natte d'un
bon effet. Ces dessins, si simples qu'ils soient, ne sont jamais
vulgaires. Les dallages taient employs non-seulement dans les difices
publics, mais aussi dans les habitations prives. La plupart des
grand'salles des chteaux, des vchs, des htels de ville taient
paves en grandes dalles de pierre dure. Souvent mme, dans les
chteaux, ces dallages taient dcors d'incrustations de pierres de
couleur ou de mastics, ou encore les dalles alternaient avec les stucs
peints. Dans un compte de la construction du chteau de Bellver, dans
l'le Mayorque[8], il est question des pavages de cette habitation
seigneuriale, faits de stucs composs de chaux vive, de pltre et de
grandes pierres mlanges de couleur; le tout si bien poli qu'on et pu
croire ces aires composes de marbre et de porphyre. Les anciens
avaient compris l'importance des pavages comme moyen de dcorer les
intrieurs des difices, et le moyen ge ne fit que suivre et perptuer
cette tradition. En effet, il faut avoir perdu le _sens dcoratif_,
dirons-nous, pour souffrir, dans un intrieur dcor de sculptures, de
peintures et de vitraux colors, des dallages gris, uniformes de ton,
qui, par la surface tendue qu'ils occupent, prennent une valeur telle
que toute ornementation des parements, si riche qu'elle soit, est
dtruite, ou tout au moins refroidie. Les dallages colors sont une des
plus splendides et plaisantes dcorations qu'on puisse imaginer. En
France comme en Italie, le moyen ge ne manqua jamais d'employer cette
sorte de dcoration trop rarement applique aujourd'hui[9].

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 1. bis.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]

     [Note 2: _Descript. du pav de l'ancienne cathd. de
     Saint-Omer_. 1847.]

     [Note 3: M. Vitet, dans un rapport au ministre de l'intrieur
     (1830), regarde ces dalles comme appartenant  la fin du XIIe
     sicle. M. Hermand ne les croit pas antrieures  1260. Le
     fait est qu'elles n'appartiennent pas toutes  la mme
     poque; quelques-unes de ces dalles ont tous les caractres
     du dessin du commencement du XIIIe sicle; d'autres sont plus
     rcentes.]

     [Note 4: Dans la cathdrale de Canterbury, on voit encore un
     zodiaque ainsi grav sur les dalles du choeur, qui date du
     XIIIe sicle.]

     [Note 5: Pl. VIII.]

     [Note 6: Ces cubes de verre sont fabriqus comme ceux que
     l'on trouve dans toutes les mosaques italiennes du XIIIe
     sicle (dites _byzantines_), c'est--dire que la feuille d'or
     pose sur une pte est garantie par une couverte trs-mince
     en verre.]

     [Note 7: Voy. _Saint-Remy de Reims, dalles du XIIIe sicle_,
     pub. par M. P. Tarb. Reims, 1847.]

     [Note 8: Ce compte commence au 1er avril 1309 et se termine 
     la fin de dcembre de la mme anne. (Voy. les _Mlanges
     gog. et hist._ de Jovellanos; dit. de 1845. Madrid, t.
     III.)]

     [Note 9: Ce n'est que depuis le dernier sicle que l'on a
     cess d'employer les dallages colors dans les difices, et,
     sous Louis XIV encore, de magnifiques pavages ont t
     excuts; nous citerons entre autres ceux de la grande
     chapelle de Fontainebleau et du choeur de la cathdrale de
     Paris: ce dernier est un chef-d'oeuvre. Il est restaur et
     replac.]



DALLAGE _employ comme couverture_. Lorsqu'on eut l'ide de remplacer
les charpentes qui couvraient les salles et les vaisseaux par des
votes, on pensa d'abord  protger l'extrados de ces votes par des
dalles ou de grandes tuiles poses  bain de mortier; ce systme de
couverture s'appliquait parfaitement d'ailleurs sur les votes en
berceau plein cintre ou composes d'arcs briss. Dans le midi de la
France, en Provence, sur les bords du Rhne et dans le Centre, on voit
encore des nefs d'glise dont les votes sont ainsi couvertes par des
dalles superposes (8). Mais on reconnut bientt que, si bien excuts
que fussent ces dallages, et si bonnes que fussent les pierres
employes, ces pierres cependant, par l'effet de la capillarit,
absorbaient une grande quantit d'eau et maintenaient sur les votes une
humidit permanente; on reconnut aussi que, du moment que les dalles
taient isoles de l'extrados, l'effet de la capillarit cessait, ou du
moins que l'humidit ne se communiquait plus aux votes. On songea donc,
vers le commencement du XIIIe sicle,  poser les dallages sur des arcs
au-dessus des votes, de manire  laisser l'air circuler entre le
dessous des dalles et l'extrados des votes, et  combiner ces dallages
de manire  viter autant que possible les joints dcouverts. Les
constructeurs reconnurent aussi que les dallages ayant une pente assez
faible, il tait ncessaire d'activer l'coulement des eaux pluviales
sur leur surface pour viter les dtriorations de la pierre sur
laquelle la pluie ne s'coule pas rapidement. En consquence, ils eurent
le soin de tailler la surface extrieure des dalles en forme de cuvette
(9). Par ce moyen, l'eau runie au milieu de chaque dalle se trouvait
former un volume assez considrable pour produire un coulement rapide,
mme pendant ces pluies fines qui, bien plus que les ondes, pntrent
et dtruisent les matriaux calcaires. Les joints de ces sortes de
dallages n'taient pas assez relevs cependant pour ne pas tre baigns
pendant les averses; on donna donc bientt un profil dcid aux rebords
des dalles, afin de relever entirement le joint et ne plus l'exposer
qu'aux gouttes d'eau tombant directement du ciel. C'est ainsi que sont
excuts les dallages des terrasses de la cathdrale de Paris poss sur
des arcs et compltement isols des votes (10). Ces grandes dalles sont
encore lgrement creuses en canal dans leur milieu, afin de prcipiter
l'coulement des eaux en formant dans ces milieux de petits ruisseaux.
En outre, le recouvrement A de chaque dalle est taill en mouchette,
ainsi que l'indique le profil A', pour viter que les eaux en bavant sur
les bords ne viennent, par l'effet de la capillarit ou d'un vent
violent,  remonter dans le lit E.

Les dallages des terrasses de Notre-Dame de Paris reposent (comme le
fait voir notre fig. 10) sur des pannes en pierre dure B, portes sur
des arcs bands de distance en distance et suivant la projection
horizontale donne par les arcs des votes, afin de ne pas multiplier
les pousses. Au sommet et  l'extrmit infrieure de la pente, les
dalles s'appuient sur le chneau D et sur une assise saillante C
incruste dans le mur.

Un ouvrier s'introduisant sous ces dallages, au moyen de trappes
mnages  cet effet et perces ainsi que l'indique le trac G, on peut
surveiller ces votes, les rparer, les reconstruire mme  couvert,
s'assurer de l'tat des joints des dalles, enlever celles-ci et les
remplacer facilement si elles viennent  se dtriorer. Certes,
l'apparence extrieure de l'architecture demande chez l'architecte un
got sr, une parfaite connaissance des ressources de son art; mais ces
soins apports dans la combinaison des parties de la construction qui
contribuent essentiellement  la conservation des difices et  leur
facile entretien ne sauraient trop tre recommands, car c'est  cette
attention dans les moindres dtails que l'on reconnat le vritable
_matre de l'oeuvre_, celui dont l'esprit embrasse  la fois et les
conceptions d'ensemble et l'organisation intime de l'difice qu'il
construit. Sous ce rapport, il faut avouer, encore cette fois, que nous
avons beaucoup  prendre  ces artistes mconnus des sicles passs.

On trouve aussi des exemples de dallages dont la combinaison est moins
simple, mais est plus propre encore  viter l'entretien, en ce qu'aucun
joint n'est dcouvert. Ce sont des dallages combins  peu prs comme
l'taient les couvertures en marbre ou en terre cuite des difices grecs
de l'antiquit. Des arcs lgers (11) sont espacs de faon  recevoir
des rangs de dalles creuses superposes; sur les ranges de dalles
servant de canal sont poss d'autres rangs de dalles formant un
recouvrement complet, comme le fait voir le profil A. Dans ces sortes de
dallages, il n'est besoin nulle part de mastic ou de mortier pour
calfeutrer les joints sont tous masqus. On trouve de ces sortes de
dallages sur les bas-cts de l'glise de Chaumont (Haute-Marne) et sur
ceux de l'glise collgiale de Poissy. Toutefois ces dallages sont
chers, en ce qu'ils obligent de multiplier les arcs et exigent des
tailles nombreuses.

[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]



DALLES, s. f. (voy. DALLAGE). _Dalles tumulaires_ (voy. TOMBEAU).



DAMIER, s. m. Le damier est un ornement d'architecture frquemment
employ, pendant le XIIe sicle, pour dcorer les bandeaux, les
archivoltes, les corniches des difices en pierre; il forme, avec les
_billettes_ et les _dents-de-scie_ (voy. ces mots), des dcoupures
gomtriques qui rompent la monotonie des moulures horizontales ou
concentriques par des jeux d'ombre trs-simplement obtenus sans avoir
recours  la sculpture. C'est surtout dans l'le-de-France, le
Soissonnais et en Normandie que l'on trouve l'emploi des damiers  dater
de la fin du XIe sicle jusqu'au commencement du XIIIe. L'glise de
Notre-Dame de Paris tait couronne, dans sa partie suprieure, par une
belle corniche compose de quatre ranges de damiers, dont trois sont
encore en place autour de l'abside.

Voici (1), en A, comment sont taills ces damiers, dont chaque rang est
pris dans une assise de 0,25 c. de hauteur.

Quelquefois deux rangs de damiers sont taills dans une seule assise B.
Ils dcorent alors la tablette suprieure d'une corniche, un bandeau ou
un archivolte. Les damiers couvrent aussi, en Normandie, des parements
de murs, des rampants de contre-forts; alors ils figurent des _essentes_
ou _bardeaux_ de bois. C'tait un moyen peu dispendieux de donner de la
richesse aux tympans, aux surfaces des murs dont l'aspect paraissait
trop froid.

[Illustration: Fig. 1.]



DAUPHIN, s. m. Bouche infrieure d'un tuyau de descente se recourbant
pour jeter les eaux dans un caniveau. Ds le XIIIe sicle, les tuyaux de
descente en plomb furent employs (voy. CONDUITE, CONSTRUCTION); mais
nous ne connaissons pas de dauphins affectant la forme qui leur a donn
ce nom avant le XVIe sicle. On voit encore un dauphin en fonte de fer
de cette poque attach  la base d'une maison situe en face le portail
royal de la cathdrale de Chartres. La fig. 1 en donne une copie.
Lorsque des tuyaux de descente sont appliqus  des difices des XIIIe
et XIVe sicles, les dauphins (c'est--dire les bouches infrieures de
ces tuyaux) se composent d'une pierre vide de faon  dtourner les
eaux dans le caniveau qui les doit recevoir.

[Illustration: Fig. 1.]



DCORATION, s, f. Il y a dans l'architecture deux genres de dcoration:
la dcoration fixe, qui tient aux difices, et la dcoration d'emprunt,
applique  l'occasion de certaines solennits. La dcoration fixe,
surtout pendant le moyen ge, tant inhrente  la structure, il n'y a
pas lieu de lui consacrer ici un article spcial, et nous renvoyons nos
lecteurs  tous les mots qui traitent des parties des difices
susceptibles d'tre ornes, et notamment aux articles SCULPTURE et
STATUAIRE. Quant  la dcoration temporaire, elle fut applique de tout
temps. Les anciens dcoraient leurs temples de fleurs, de feuillages et
de tentures  certaines occasions, et les chrtiens ne firent en cela
que suivre leur exemple. Il ne parat pas que, pendant le moyen ge, on
ait fait dans les glises des dcorations temporaires qui pussent
changer les dispositions et la forme apparente de ces difices.
C'taient des tentures accroches aux piliers ou aux murs, des
guirlandes de feuillages, des cussons armoys, quelquefois cependant
des chafauds tapisss destins  recevoir certains personnages et
surtout des exhibitions des pices composant les trsors si riches des
abbayes et des cathdrales. On trouvera, dans le _Dictionnaire du
Mobilier_, des dtails sur ces sortes de dcorations. Ce que l'on doit
observer dans les dcorations temporaires employes autrefois, c'est le
soin apport par les dcorateurs dans le choix de l'chelle des
ornements. Ceux-ci sont toujours en proportion relative avec le monument
auquel on les applique. La plupart de nos dcorations temporaires
modernes, par suite de la non-observation de cette rgle essentielle,
dtruisent l'effet que doit produire un difice, au lieu de l'augmenter.



DLIT (voy. LIT.).



DENT-DE-SCIE, s. f. Terme employ pour indiquer un genre d'ornement que
l'on voit natre au XIe sicle et qui est fort usit pendant le XIIe,
surtout dans les provinces de l'le-de-France, de la Normandie et de
l'Ouest. Les dents-de-scie servent  dcorer particulirement les
bandeaux, les corniches et les archivoltes. Les plus anciennes sont
habituellement larges, formant des angles droits, et portant une faible
saillie (1). Bientt elles se serrent, deviennent aiges(2), se
dtachent vivement sur un fond parallle  leur face A, ou sur un fond
taill en biseau B. Vers la fin du XIIe sicle, les angles rentrants et
saillants sont tronqus D.

Quelquefois, lorsque les dents-de-scie de cette poque ont une petite
dimension, particulirement dans les monuments de l'Ouest, elles sont
tailles encore  angles droits G. Les dents-de-scie doubles ou
chevauches sont tailles ainsi que l'indique la figure 3, de faon 
prsenter un rang de pointes passant sur l'autre. Dans les archivoltes,
souvent plusieurs rangs de dents-de-scie sont superposs, s'alternant et
formant les sailles indiques en E. Conformment  la mthode employe
par les architectes du moyen-ge, chaque rang de dents-de-scie tait
pris dans une hauteur d'assise, les joints verticaux tombant dans les
vides. Comme ces ornements taient taills avant la pose et que les
appareilleurs ne voulaient pas perdre de la pierre, il en rsultait que
les dents-de-scie taient souvent ingales en largeur, puisqu'il fallait
toujours comprendre un certain nombre de dents entires dans une pierre,
quelle que ft sa longueur. Mais ces irrgularits ne paraissent pas
avoir proccup les architectes; il faut dire cependant qu'elles sont
beaucoup plus prononces dans les difices btis avec parcimonie, comme
les glises de village, par exemple, que dans des monuments importants.
Les dents-de-scie appartiennent bien au moyen ge; rien dans les
difices romains ne pouvait donner l'ide de cet ornement, qui donne
tant de vivacit aux profils, aux bandeaux, et qui fait si bien valoir
les parties nues de l'architecture (voy. Btons-rompus, zigzags).

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]



DEVIS, s. m. _Devise_. Au XIVe sicle, on appelait _devis_ ou _devise_
un projet graphique accompagn d'une description crite indiquant un
travail  faire[10] et l'estimation de ce travail.

Le devis fait, on procdait  une adjudication au rabais,  peu prs
comme cela se pratique de nos jours, si ce n'est que, pour concourir 
l'adjudication, il fallait faire partie d'un corps de mtier, et qu'il
ne suffisait pas de se prsenter aux autorits comptentes avec un
certificat dlivr, souvent, par complaisance. Les devis taient faits
ou en bloc ou dtaills: s'ils taient faits en bloc,  la suite de la
description des travaux  excuter, il tait dit que ces travaux
valaient tant; s'ils taient dtaills, chaque article de l'ouvrage
tait suivi d'une estimation. Les sries de prix jointes aux devis
n'tant pas encore en usage, les adjudications taient de vritables
forfaits. Nos archives dpartementales conservent encore un grand nombre
de ces sortes de marchs. Nous ne savons si, au XIIIe sicle, le matre
de l'oeuvre faisait le devis gnral de tout l'ouvrage qui lui tait
command; ce qui est certain, c'est que, pendant les XIVe et XVe
sicles, chaque chef de corps de mtiers tait souvent appel  faire un
devis de la portion des travaux qui le concernait. Ce devis fait, il
soumissionnait l'ouvrage  forfait; mais alors il n'y avait pas
d'adjudication, c'est--dire de concurrence entre gens de mme tat.

     [Note 10: Guillaume de Longueil, vicomte d'Auge, au sergent
     de la sergenterie de Pont-l'vesque, vous mandons que la
     taache de machonerie qu'il est convenant faire au pont au
     pain, dont mencion est faite au deviz, vous fachiez crier 
     rabais accoustum par touz les lieux de vostre sergenterie o
     l'on a accoustum  faire iceulz cris... L'an mil ccc IIIIXX
     et dix-neuf. MARCH, _coll._ Millin.]



DIABLE, s. m. _Deable_. Ange dchu, personnification du mal. Dans les
premiers monuments du moyen ge, on ne trouve pas de reprsentations du
diable, et nous ne saurions dire  quelle poque prcise les sculpteurs
ou peintres ont commenc  figurer le dmon dans les bas-reliefs ou
peintures. Les manuscrits grecs des VIIe et VIIIe sicles qui
reprsentent des rsurrections font voir les morts ressuscitants; mais
les peintres n'ont figur que les esprits clestes, le diable est absent
de la scne. Une bible latine du IXe ou Xe sicle[11], orne de
nombreuses vignettes au trait, nous montre Job assis sur les ruines de
sa maison; l'ange du mal lui parle (1); il est nimb et arm d'ailes;
dans sa main gauche, il tient une cassolette pleine de feu; les ongles
de ses pieds sont crochus: c'est une des plus anciennes reprsentations
du diable que nous connaissions. Ici le dmon conserve les attributs de
sa puissance premire. Dans la sculpture du XIe sicle, en France, le
diable commence  jouer un rle important: il apparat sur les
chapiteaux, sur les tympans; il se trouve ml  toutes les scnes de
l'Ancien et du Nouveau-Testament, ainsi qu' toutes les lgendes de
saints. Alors, l'imagination des artistes s'est plue  lui donner les
figures les plus tranges et les plus hideuses: tantt il se prsente
sous la forme d'un homme monstrueux, souvent pourvu d'ailes et de queue;
tantt sous la forme d'animaux fantastiques.

Les chapiteaux de l'glise de Vzelay, qui datent de la fin du XIe
sicle, sont remplis de ces reprsentations de l'esprit du mal. Voici
l'un d'eux, qui figure l'homme riche orgueilleux, arrach de son palais
par trois dmons (2): c'est une des nombreuses visions de saint-Antoine,
que le sculpteur a reprsent priant.

 l'article CHAPITEAU, nous avons donn une reprsentation du dmon
chass du veau d'or par Mose, provenant de la mme glise: c'est une
des plus nergiques figures que nous connaissions de cette poque. Dans
ces images primitives, le diable agit ou conseille: lorsqu'il agit, il
prend la forme d'un tre humain plus ou moins difforme, pourvu d'ailes
et quelquefois d'une queue termine par une tte de serpent, ses membres
sont grles, dcharns, ses mains et ses pieds volumineux, sa chevelure
bouriffe, sa bouche norme, il est nu; lorsqu'il conseille, il prend
la figure d'un animal fantastique, sirne, dragon, serpent, crapaud,
basilic (oiseau  queue de serpent), chien  tte d'homme. Au XIIe
sicle dj, les auteurs des bestiaires s'taient vertus  faire, des
animaux rels ou imaginaires, des figures symboliques des vertus et des
vices (voy. BESTIAIRE); alors, dans les sculptures ou peintures,
lorsqu'on voulait reprsenter un personnage sous l'influence d'une
mauvaise passion, on l'accompagnait d'un de ces animaux, symbole de
cette mauvaise passion. Dans le muse du moyen ge de la ville
d'Avignon, nous voyons un fragment de chapiteau en marbre blanc, du XIIe
sicle, reprsentant Job auquel sa femme et ses amis viennent faire des
reproches.  ct d'Eliut, l'un des amis de Job, est une sirne qui
semble le conseiller (3).

Or la sirne, pendant le moyen ge, est le symbole de la fausset, de la
dception. Sur les portails des glises de cette poque, les vices sont
parfois personnifis (voy. VICE), et les personnages qui figurent les
vices sont accompagns de diables qui se plaisent  les tourmenter. Les
diables apparaissent aussi dans les paraboles et lgendes, comme dans la
parabole du mauvais riche, par exemple, et dans les lgendes de
saint-Antoine et de saint-Benot, qui ont eu, disent ces lgendes, avec
le diable, des rapports si frquents. Il serait assez inutile de copier
ici de nombreux exemples de ces figures monstrueuses; nous nous
contenterons d'indiquer les caractres donns aux reprsentations du
diable pendant les priodes diverses du moyen ge. Pendant la priode
romane, le diable est un tre que les sculpteurs ou peintres s'efforcent
de rendre terrible, effrayant, qui joue le rle d'une puissance avec
laquelle il n'est pas permis de prendre des liberts. Chez les
sculpteurs occidentaux du XIIIe sicle, laques fort avancs comme
artistes, l'esprit gaulois commence  percer. Le diable prend un
caractre moins terrible; il est souvent ridicule, son caractre est
plus dprav qu'effrayant, sa physionomie est plus ironique que sauvage
ou cruelle; parfois il triche, souvent il est dup. La scne du Psement
des mes, qui occupe une place principale dans le drame du Jugement
dernier, nous montre un diable qui s'efforce, avec assez peu de loyaut,
de faire pencher l'un des plateaux de la balance de son ct. Les dmons
qui accompagnent les damns semblent railler la troupe des malheureux
entrans dans les enfers; quelques-uns de ces subalternes de l'arme
des tnbres ont mme parfois un air de bonhomie brutale qui peut faire
croire  des accommodements. Cependant l'ensemble des scnes infernales
sculptes au commencement du XIIIe sicle a toujours un aspect
dramatique fait pour mouvoir.  la porte centrale de la cathdrale de
Paris, par exemple, tout le ct occup par les dmons et les mes qui
leur sont livres,  la gauche du Christ, est sculpt de main de matre;
quelques pisodes sont rendus d'une faon mouvante (voy. JUGEMENT
DERNIER). Parmi les voussures charges de dmons et de damns semble
trner un diable suprieur; il est couronn (4). Sa taille est entoure
d'un serpent; il est assis sur un tas de personnages, parmi lesquels on
voit un vque et un roi. Ce diable souverain est gras, lippu; il est
pourvu de mamelles gonfles et semble se reposer dans son triomphe. 
ct de lui sont reprsentes des scnes de dsordre, de confusion, de
dsespoir, rendues avec une nergie et un talent d'excution vraiment
remarquables. Les peintres et sculpteurs du moyen ge ont admis une
trinit du mal, en opposition avec la trinit divine (voy. TRINIT). Ds
la fin du XIIIe sicle, le diable, dans la sculpture et la peinture,
perd beaucoup de son caractre froce; il est relgu au dernier rang,
il est bafou et porte souvent la physionomie de ce rle; dans beaucoup
de lgendes refaites  cette poque, il est la dupe de fraudes pieuses,
comme dans la clbre lgende du moine Thophile et celle du serrurier
Biscornet, qui fit, dit-on, les pentures des portes de la cathdrale de
Paris. Ce serrurier, qui vivait au XIVe sicle, fut charg de ferrer les
trois portes principales de Notre-Dame[12]. Voulant faire un
chef-d'oeuvre, et fort empch de savoir comment s'y prendre, il se
donne au diable, qui lui apparat et lui propose de forger les pentures,
 une condition, bien entendu, c'est que lui Biscornet, par un march en
rgle, crit, livrera son me aux esprits des tnbres. Le march est
sign, le diable se met  l'oeuvre et fournit les pentures. Biscornet,
aid de son infernal forgeron, pose les ferrures des deux portes
latrales; mais quand il s'agit de ferrer la porte centrale, la chose
devient impossible, par la raison que la porte centrale sert de passage
au Saint-Sacrement. Le diable n'avait pas song  cette difficult; mais
le march ne pouvant tre entirement rempli par l'une des parties,
Biscornet redevient possesseur de son me, et le diable en est pour ses
ferrures des deux portes.

On le voit, vers la fin du moyen ge, le diable a vieilli et ne fait
plus ses affaires. Les arts plastiques de cette poque ne font que
reproduire l'esprit de ces lgendes populaires dont nous avons suivi les
dernires traces sur le thtre des marionnettes, o le diable, malgr
ses tours et ses finesses, est toujours battu par Polichinelle.

Le grand diable sculpt sur le tympan de la porte de la cathdrale
d'Autun, au XIIe sicle, est un tre effrayant bien fait pour pouvanter
des imaginations neuves; mais les diablotins sculpts sur les
bas-reliefs du XVe sicle sont plus comiques que terribles, et il est
vident que les artistes qui les faonnaient se souciaient assez peu des
mchants tours de l'esprit du mal.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]

     [Note 11: Bibl. imp. Mss. _b/2_.]

     [Note 12: Ces pentures datent de la fin du XIIe sicle ou des
     premires annes du XIIIe, et l'histoire du serrurier
     Biscornet est un conte populaire; il ne fait qu'indiquer la
     tendance des esprits, au XIVe sicle,  ne plus voir dans le
     diable qu'une puissance dchue, dont on avait facilement
     raison avec un peu d'adresse.]



DIEU. Le moyen ge reprsentait Dieu, dans les monuments religieux, par
ses oeuvres; il n'tait figur que dans les scnes de l'Ancien
Testament, dans la cration, lorsqu'il parle  Adam,  Can,  No,
lorsqu'il apparat  Mose. Dans la nouvelle loi, le Christ reprsente
seul la divinit. S'il existe des images de Dieu le Pre, elles se
trouvent avec le Fils et le Saint-Esprit (voy. TRINIT). Ce n'est qu'
l'poque de la Renaissance que les artistes sculpteurs ou peintres font
intervenir Dieu le Pre dans les scnes qu'ils reprsentent[13].
Cependant on voit quelquefois, au-dessus des tympans des portails des
XIIIe, XIVe et XVe sicles, reprsentant le Christ dans sa gloire, au
jour du jugement, Dieu le Pre en buste, bnissant; il est nimb du
nimbe crucifre, porte une longue barbe, sa chevelure tombe sur ses
paules.  la fin du XVe sicle Dieu le Pre est habituellement coiff
de la tiare  triple couronne, comme un pape. Nous ne connaissons pas
une seule statue des XIIIe et XIVe sicles reprsentant Dieu le Pre; la
seule personne divine prenant une place principale dans les difices
religieux est le Christ homme ou le Christ triomphant (voy. CHRIST). La
Vierge Marie et son Fils occupent tous deux l'imagination et la main des
artistes (voy. VIERGE SAINTE). Il semble que Dieu leur ait dlgu toute
sa puissance sur les tres crs.

     [Note 13: Voy. l'_Iconographie chrtienne, histoire de Dieu_,
     de M. Didron. Imp. roy., 1843. Nous renvoyons nos lecteurs 
     cet ouvrage excellent.]



DME, s. m. S'emploie (improprement) pour coupole. _Duomo_, en italien,
s'entend pour cathdrale, glise piscopale; comme beaucoup d'glises
cathdrales d'Italie sont surmontes d'une ou de plusieurs coupoles, on
a pris la partie pour le tout: on dit le dme des Invalides, le dme du
Panthon; on devrait dire la coupole des Invalides ou du Panthon (voy.
COUPOLE). _Il duomo di Parigi_, pour un Italien, c'est l'glise
Notre-Dame de Paris, laquelle, comme on sait, n'est pas surmonte d'une
coupole.



DONJON, s. m. _Dongun_, _doignon_, _dangon_[14]. Le donjon appartient
essentiellement  la fodalit. Ce n'est pas le _castellum_ romain, ce
n'est pas non plus le _retrait_, la dernire dfense de la citadelle des
premiers temps du moyen ge. Le donjon commande les dfenses du chteau,
mais il commande aussi les dehors et est indpendant de l'enceinte de la
forteresse du moyen ge, en ce qu'il possde toujours une issue
particulire sur la campagne. C'est l ce qui caractrise
essentiellement le donjon, ce qui le distingue d'une tour. Il n'y a pas
de chteau fodal sans donjon, comme il n'y avait pas, autrefois, de
ville forte sans chteau, et comme, de nos jours, il n'y a pas de place
de guerre sans citadelle. Toute bonne citadelle doit commander la ville
et rester cependant indpendante de ses dfenses.

Au moyen ge, il en tait de mme du chteau, et le donjon tait au
chteau ce que celui-ci tait  la ville. Les garnisons du moyen ge
possdaient une dfense de plus que les ntres: chasses de la cit,
elles se retiraient dans le chteau; celui-ci pris, elles se rfugiaient
dans le donjon; le donjon serr de trop prs, elles pouvaient encore
courir la chance de s'chapper par une issue habilement masque ou de
passer  travers les lignes de circonvallation, la nuit, par un coup
hardi. Mais cette disposition du donjon appartenant  la forteresse
fodale n'tait pas seulement prise pour rsister ou chapper  l'ennemi
du dehors, elle tait la consquence du systme fodal. Un seigneur, si
puissant qu'il ft, ne tenait sa puissance que de ses vassaux. Au moment
du pril, ceux-ci devaient se rendre  l'appel du seigneur, se renfermer
au besoin dans le chteau et concourir  sa dfense; mais il arrivait
que ces vassaux n'taient pas toujours d'une fidlit  toute preuve.
Souvent l'ennemi les gagnait; alors le seigneur trahi n'avait d'autre
refuge que son donjon, dans lequel il se renfermait avec ses gens  lui.
Il lui restait alors pour dernire ressource, ou de se dfendre jusqu'
l'extrmit, ou de prendre son temps pour s'chapper, ou de capituler.

Nous l'avons dit ailleurs (voy. CHTEAU), le systme de la dfense
des places, pendant la fodalit, n'tait qu'une srie de moyens
accumuls par la dfiance, non-seulement envers un ennemi dclar, mais
envers les garnisons mmes. C'est pourquoi l'tude des forteresses de
cette poque fournit un sujet inpuisable d'observations intressantes;
la dfiance aiguise l'esprit et fait trouver des ressources. En effet,
si quelques chteaux prsentent des dispositions d'ensemble  peu prs
semblables, les donjons offrent, au contraire, une varit infinie, soit
dans la conception gnrale, soit dans les dtails de la dfense. Les
seigneurs, pouvant tre  chaque instant en guerre les uns avec les
autres, tenaient beaucoup  ce que leurs voisins ne trouvassent pas,
s'ils venaient l'attaquer, des dfenses disposes comme celles qu'ils
possdaient chez eux. Chacun s'ingniait ainsi  drouter son ennemi,
parfois l'ami de la veille; aussi lorsqu'un seigneur recevait ses gaux
dans son chteau, fussent-ils ses amis, avait-il le soin de les loger
dans un corps de btiment spcial, les recevait-il dans la grand'salle,
dans les appartements des femmes, mais ne les conduisait-il que
trs-rarement dans le donjon, qui, en temps de paix, tait ferm,
menaant, pendant qu'on se donnait rciproquement des tmoignages
d'amiti. En temps de paix, le donjon renfermait les trsors, les armes,
les archives de la famille, mais le seigneur n'y logeait point; il ne
s'y retirait seulement, avec sa femme et ses enfants, que s'il lui
fallait appeler une garnison dans l'enceinte du chteau. Comme il ne
pouvait y demeurer et s'y dfendre seul, il s'entourait alors d'un plus
ou moins grand nombre d'hommes d'armes  sa solde, qui s'y renfermaient
avec lui. De l, exerant une surveillance minutieuse sur la garnison et
sur les dehors (car le donjon est toujours plac en face du point
attaquable de la forteresse), ses fidles et lui tenaient en respect les
vassaux et leurs hommes, entasss dans les logis;  toute heure pouvant
sortir et rentrer par des issues masques et bien gardes, la garnison
ne savait pas quels taient les moyens de dfense, et naturellement le
seigneur faisait tout pour qu'on les crt formidables. Il est difficile
de trouver un plus beau programme pour un architecte militaire; aussi
les donjons, parmi les difices du moyen ge, sont-ils souvent des
chefs-d'oeuvre de prvoyance. Nous avons trouv dans ces constructions,
peu connues gnralement ou incompltement tudies, des dispositions
qui demandent un examen attentif, parce qu'elles mettent en lumire un
des cts de la vie fodale[15].

La raison premire qui fit lever des donjons fut l'invasion normande.
Les _vill_ mrovingiennes devaient fort ressembler aux _vill_
romaines; mais quand les Normands se jetrent priodiquement sur le
continent occidental, les seigneurs, les monastres, les rois et les
villes elles-mmes, songrent  protger leurs domaines par des sortes
de blockhaus en bois que l'on levait sur le bord des rivires et autant
que possible sur des emplacements dj dfendus par la nature. Ces
forteresses, dans lesquelles, au besoin, on apportait  la hte ce qu'on
possdait de plus prcieux, commandaient des retranchements plus ou
moins tendus, composs d'un escarpement couronn par une palissade et
protg par un foss. Les Normands eux-mmes, lorsqu'ils eurent pris
l'habitude de descendre sur les ctes des Gaules et de remonter les
fleuves, tablirent, dans quelques les prs des embouchures, ou sur des
promontoires, des camps retranchs avec une forteresse, pour mettre leur
butin  l'abri des attaques et protger leurs bateaux amarrs. C'est
aussi dans les contres qui furent particulirement ravages par les
Normands que l'on trouve les plus anciens donjons, et ces forteresses
primitives sont habituellement bties sur plan rectangulaire formant un
paralllogramme divis quelquefois en deux parties.

Sur beaucoup de points des bords de la Seine, de la Loire, de l'Eure, et
sur les ctes du Nord et de l'Ouest, on trouve des restes de ces donjons
primitifs; mais ces constructions, modifies profondment depuis
l'poque o elles furent leves, ne laissent voir que des soubassements
souvent mme incomplets. Il paratrait que les premiers donjons, btis
en maonnerie suivant une donne  peu prs uniforme, ont t faits par
les Normands lorsqu'ils se furent dfinitivement tablis sur le
continent (voy. CHTEAU); et l'un des mieux conservs parmi ces donjons
est celui du chteau d'Arques prs de Dieppe, construit, vers 1040, par
Guillaume, oncle de Guillaume le Btard. En disant que le donjon
d'Arques est un des mieux conservs, il ne faut pas croire que l'on
trouve l un difice dont les dispositions soient faciles  saisir au
premier coup d'oeil. Le donjon d'Arques, rpar au XVe sicle, appropri
au service de l'artillerie  feu au XVIe sicle, mutil depuis la
rvolution par les mains des habitants du village qui en ont enlev tout
ce qu'ils ont pu, ne prsente, au premier aspect, qu'une masse informe
de blocages dpouille de leurs parements, qu'une ruine ravage par le
temps et les hommes. Il faut observer ces restes avec la plus
scrupuleuse attention, tenir compte des moindres traces, examiner les
nombreux dtours des passages, les rduits; revenir vingt fois sur le
terrain, pour se rendre compte des efforts d'intelligence dont les
constructeurs ont fait preuve dans la combinaison de cette forteresse,
l'une des plus remarquables  notre avis.

Disons d'abord un mot de la btisse. Ici, comme dans la plupart des
difices militaires de l'poque romane, la construction est faite
suivant le mode romain, c'est--dire qu'elle se compose d'un blocage
compos de silex noys dans un bain de mortier trs-dur et grossier,
parement de petites pierres d'appareil de 0,15 c.  0,20 c. de hauteur
entre lits, sur 0,20 c.  0,32 c. de long. Ce parement est en calcaire
d'eau douce provenant de la valle de la Sie, d'une bonne qualit
quoique assez tendre, mais durcissant  l'air[16]. Nous devons rclamer
toute l'attention de nos lecteurs pour nous suivre dans la description
suivante, que nous allons essayer de rendre aussi claire que possible.

La fig. 1 donne le plan du rez-de-chausse du donjon d'Arques qui se
trouve situ prs de la porte mridionale du chteau (voy. CHTEAU, fig.
4). En A est l'entre avec son pont volant, sa double dfense B, en
forme de tour intrieure, avec large mchicoulis commandant la porte A.
Un long couloir dtourn conduit dans la cour intrieure. En C tait un
petit poste, sans communication directe avec l'intrieur du donjon, mais
enclav dans son primtre. Pour pntrer dans le fort, il fallait se
dtourner  gauche et arriver  la porte D. Cette porte franchie, on
trouvait une rampe  droite avec une seconde porte E perce  travers un
contre-fort; puis, en tournant  main gauche, on montait un degr
trs-long E', direct et assez roide. Nous y reviendrons tout  l'heure.
Le long du rempart du chteau en F, et masque du dehors par le relief
du chemin de ronde crnel, on arrive  une autre porte G trs-troite,
qui donne entre dans une cage d'escalier, contenant un degr central se
dtournant  main gauche, formant une rvolution complte et arrivant 
un palier I, d'o, par une rampe tournant  droite dans l'paisseur du
mur, on monte au second tage, ainsi que nous allons le voir. Les deux
salles basses JJ n'avaient aucune communication directe avec le dehors
(le couloir L ayant t ouvert au XVe sicle) et n'taient mme pas en
communication entre elles.

On devait descendre dans ces deux salles basses par des escaliers ou
chelles passant par des trappes mnages dans le plancher du premier
tage. Ces salles taient de vritables celliers propres  contenir des
provisions. En K est un puits de plus de 80 mtres de profondeur et dont
l'enveloppe est maonne jusqu' la hauteur du plancher du second tage.
N'omettons pas de signaler l'escalier M taill dans le roc (craie) et
descendant par une pente rapide jusqu'au fond du foss extrieur.
Signalons aussi l'escalier N qui passe par-dessus le couloir d'entre B;
son utilit sera bientt dmontre.

Voyons le plan du premier tage (2). On ne pouvait arriver  cet tage
que par l'escalier  vis O, communiquant de ce premier tage au second,
c'est--dire qu'il fallait _descendre_ au premier tage aprs tre mont
au second; ou bien, prenant l'escalier N (mentionn tout  l'heure)
passant  travers la tour commandant l'entre B, montant un degr,
tournant  main droite, dans un troit couloir avec rampe, on entrait
dans l'antisalle P, et de l on pntrait dans une des salles J' du
premier tage du donjon. Quant  la salle J'', il fallait, pour y
arriver, se rsoudre  passer par une trappe mnage dans le plancher du
second tage. Tout cela est fort compliqu; ce n'est rien encore
cependant. Essayons de nous souvenir de ces diverses issues, de ne pas
perdre la trace de ces escaliers et de ces couloirs, vritable ddale.

Arrivons au second tage (3). L encore existe le mur de refend non
interrompu, interdisant toute communication entre les deux salles du
donjon. Reprenons la grande rampe E' que nous avons abandonne tout 
l'heure; elle arrive droit  un palier sur lequel,  main gauche,
s'ouvre une porte entrant directement dans la salle J''''. Mais il ne
faut pas croire qu'il ft facile de gravir cette longue rampe: d'abord,
 droite et  gauche existent deux trottoirs R, de plein pied avec le
palier suprieur, qui permettaient  de nombreux dfenseurs d'craser
l'assaillant gravissant ce long degr; puis plusieurs mchicoulis
ouverts dans le plancher suprieur de cet escalier faisaient tomber une
pluie de pierres, de poutres, d'eau bouillante sur les assaillants. De
la cage d'escalier  rvolution que nous avons observe  droite dans
les plans du rez-de-chausse et du premier tage, par la rampe dtourne
prise aux dpens de l'paisseur du mur, on arrive au couloir S, qui, par
une porte, permet d'entrer dans la salle J''''. De sorte que si, par
surprise ou autrement, un ennemi parvenait  franchir la rampe E', les
dfenseurs pouvaient passer par le couloir S, se drober, descendre par
la cage de l'escalier I (plan du rez-de-chausse), sortir par la porte
G, aller chercher l'issue M communiquant avec le foss; ou encore
remonter par l'escalier N, la tour B (plan du premier tage), rentrer
dans la salle J' par l'antisalle P, prendre l'escalier  vis et se
joindre  la portion de la garnison qui occupait encore la moiti du
donjon. Si, au contraire, l'assaillant, par la sape ou l'escalade (ce
qui n'tait gure possible), s'emparait de la salle J''' (plan du
deuxime tage, fig. 3), les dfenseurs pouvaient encore se drober en
sortant par l'antisalle P' et en descendant les rampes T communiquant,
ainsi que nous l'avons vu, soit avec la salle J' du premier tage, soit
avec l'escalier N. Ou bien les dfenseurs pouvaient encore monter ou
descendre l'escalier  vis O, en passant  travers le cabinet V. Du
palier T on descendait au terre-plein U command par des meurtrires
perces dans les couloirs SS'.

De tout ceci on peut admettre dj que la garnison du donjon tait
double dans les deux tages (premier et second); que ces deux fractions
de la garnison n'avaient pas de communication directe entre elles; que,
pour tablir cette communication, il fallait monter au troisime tage
occup par le commandant, et que, par consquent, si l'un des cts du
donjon tait pris, la garnison pouvait se runir  la partie suprieure,
reprendre l'offensive, craser l'assaillant gar au milieu de ce
labyrinthe de couloirs et d'escaliers, et regagner la portion dj
perdue.

Le troisime tage (4) est entirement dtruit, et nous ne pouvons en
avoir une ide que par les dessins de 1708, reproduits dans l'ouvrage de
M. Deville[17]. Ces dessins indiquent les mchicoulis qui existaient
encore  cette poque dans la partie suprieure et la disposition
gnrale de cet tage, converti en plate-forme depuis le XVe sicle,
pour placer de l'artillerie  feu. M. Deville ne parat pas reconnatre
de l'ge des votes qui couvraient encore en 1708 le second tage.
Cependant les profils des arcs de ces votes (5) font assez voir
qu'elles appartiennent aux restaurations de la fin du XVe sicle.
Primitivement, les tages du donjon, conformment  la mthode normande,
n'taient spars que par des planchers en bois dont on trouve les
traces sur les parois intrieures. Le plan de la plate-forme, donn dans
les dessins de 1708, fait assez voir que le mur de refend n'existait
plus au troisime tage. C'tait de cet tage, en effet, que le
commandement devait se faire et la dfense s'organiser avec ensemble.

Ce plan donc (fig. 4) indique une seule salle X, avec un poteau central,
destin  soulager la charpente suprieure; un rduit Y, qui pouvait
servir de chambre au commandant; les mchicoulis percs dans la chambre
Z, au-dessus de la grande rampe de l'escalier; les deux mchicoulis
_aa_, auxquels on arrivait par les deux baies _bb_; le couloir _cc_ de
dfense, pris dans l'paisseur du mur au-dessus des arcs de ces
mchicoulis, et les mchicoulis d'angle _dd_. Dans ce plan, on voit
aussi la dfense de la traverse _e_ qui commandait le dehors et
permettait de voir ce qui se passait dans le foss du ct de la porte.
En _f_ est une chemine et en _h_ un four, car le donjon contenait un
moulin ( bras probablement). Nous ne possdons sur la disposition de
l'tage suprieur crnel que des donnes trs-vagues, puisqu'en 1708
cet tage tait dtruit; nous voyons seulement, dans un compte de
rparations de 1355  1380[18], que des tourelles couvertes de plomb
terminaient cet tage; ces tourelles devaient tre des chauguettes pour
abriter les dfenseurs, ainsi qu'il en existe encore au sommet du donjon
de Chambois[19]. Le plan de cet tage, que nous donnons (6), indique en
_l, l'_ deux chauguettes; l'chauguette _l'_ montrant son mchicoulis
_i_ ouvert sur la rampe du grand escalier; de plus, en _m_, on aperoit
les ouvertures des autres mchicoulis commandant les rentrants des
contre-forts. Celui _m'_ s'ouvrait sur la rampe infrieure du grand
escalier, montant derrire un simple mur de garde non couvert, trac en
D' dans le plan du rez-de-chausse, fig. 1.

La fig. 7 prsente la faade du donjon d'Arques, sur la cour. En A est
le dbouch du grand couloir de la porte extrieure; en B, l'entre de
la rampe du donjon. Les autres parties de cette figure s'expliquent
d'elles-mmes par l'examen des plans.

La fig. 8 donne la coupe du btiment sur la ligne brise AA, BB des
plans. En C est le petit corps-de-garde trac en C sur le plan du
rez-de-chausse; en D, l'escalier  rvolution situ sous la grande
rampe dont le palier arrive en E; on voit, en F, les mchicoulis qui
commandent ce palier. Aujourd'hui, la construction ne s'lve pas
au-dessus du niveau G; en 1708, elle existait jusqu'au niveau H, et
l'extrados des votes faites au XVe sicle ne dpassait pas ce niveau G:
de sorte que les murs compris entre G et H servaient de merlons et les
baies d'embrasures pour des bouches  feu. Les pices braques sur cette
plate-forme contriburent, en tirant sur les troupes du duc de Mayenne,
au succs de la bataille gagne dans la valle d'Arques par Henri IV.

La fig. 9 trace la coupe du donjon sur la ligne CC, DD des plans. En A se
dtache du corps principal le contre-fort servant de traverse, pour voir
le fond du foss et le commander du sommet du donjon. En B est tranch
le couloir au niveau du deuxime tage qui commande le chemin de ronde D
et le terre-plein C. En E se voient les grands mchicoulis avec la
dfense suprieure  deux tages prise aux dpens des murs sur les arcs.

La coupe (10), faite sur la ligne EE, FF des plans, permet de comprendre
la combinaison ingnieuse des escaliers. En A se profile la grande rampe
arrivant au second tage avec les mchicoulis suprieurs qui commandent
ses dernires marches et son palier. En R, on voit l'un des deux
trottoirs disposs pour recevoir les dfenseurs de la rampe et pour
craser les assaillants. En D apparat la trace de l'troit degr
intrieur qui aboutit au couloir S indiqu sur le plan du deuxime
tage, et qui permet aux dfenseurs de se drober ou de sortir par
l'escalier  rvolution B. En C est un contre-palier qui commande les
rvolutions de l'escalier B.

Le chteau d'Arques, admirablement situ, entour de fosss larges et
profonds, command par un donjon de cette importance, devait tre une
place inexpugnable avant l'artillerie  feu.  peine construit, il fut
assig par Guillaume le Conqurant et ne fut pris que par famine aprs
un long blocus. Rpar et reconstruit en partie par Henri Ier en 1123,
il fut assig par Geoffroy Plantagenet, qui ne put y entrer qu'aprs la
mort de son commandant, Guillaume Lemoine, tu par une flche; ce sige
avait dur une anne entire, 1145. Philippe-Auguste investit le chteau
d'Arques en 1202, et leva bientt le sige  la nouvelle de la captivit
du jeune Arthur de Bretagne, tomb entre les mains de Jean sans Terre.
Le donjon d'Arques fut la dernire forteresse qui se rendit au roi de
France, aprs la conqute de la Normandie chappe des mains de Jean
sans Terre. Henri Ier, comme nous l'avons dit, fit excuter des travaux
considrables au chteau d'Arques; mais l'examen des constructions
existantes ne peut faire supposer que le gros oeuvre du donjon
appartienne  cette poque. Peut-tre Henri restaura-t-il les parties
suprieures qui n'existent plus, peut-tre mme les grands mchicoulis
de la faade (fig. 7) datent-ils du rgne de ce prince, car les arcs de
ces mchicoulis, que nous avons figurs plein cintre, sont des arcs
briss sur le dessin de 1708, trac incorrect d'ailleurs, puisqu'il
n'indique pas avec exactitude les parties de la construction que nous
voyons encore debout. Quant aux dispositions gnrales, quant au systme
de dgagements, d'escaliers, avec un peu de soin on en reconnat
parfaitement les traces, et c'est en cela que le donjon d'Arques, qui
jamais ne fut pris de vive force, est un difice militaire du plus haut
intrt, et, malgr son tat de ruine, beaucoup plus complet, au point
de vue de la dfense, que ne le sont les clbres donjons de Loches, de
Montrichard, de Beaugency, construits  peu prs d'aprs les mmes
donnes. Ce qui fait surtout du donjon d'Arques un type complet, c'est
sa position dans le plan du chteau; protg par les courtines de la
place et deux tours, il commande cependant les dehors; il possde sa
porte de secours extrieure bien dfendue; il protge l'enceinte, mais
aussi il peut la battre au besoin avec succs; il est absolument
inattaquable par la sape, seul moyen employ alors pour renverser des
murailles; il permet de renfermer et de maintenir une garnison peu sre,
car ses dfenseurs ne peuvent agir qu'en aveugles et sur le point qui
leur est assign. Une trahison, une surprise n'taient pas praticables,
puisque, une partie du donjon prise, il devenait facile  quelques
hommes dtermins de couper les communications, de renfermer
l'assaillant, de l'craser avant qu'il ne se ft reconnu. Comme dernire
ressource, le commandant et ses hommes dvous pouvaient encore
s'chapper. Le feu seul pouvait avoir raison de cette forteresse; mais
quand on considre la largeur des fosss du chteau creuss au sommet
d'une colline, l'lvation des murs, l'absence d'ouvertures extrieures,
on ne comprend pas comment un assaillant aurait pu jeter des matires
incendiaires sur les combles, d'autant qu'il lui tait difficile de
s'tablir  une distance convenable pour faire agir ses machines de jet
avec succs.

Les donjons normands et les donjons romans, en gnral, sont levs sur
plan rectangulaire; c'est une habitation fortifie, la demeure du
seigneur; ils contenaient des celliers ou caves pour les provisions, une
chapelle, des salles avec cabinet, et toujours, au sommet, un grand
espace libre pour organiser facilement la dfense. La plupart de ces
logis quadrangulaires possdent leur escalier principal spar du corps
de la btisse, et quelquefois ce mur de refend qui les divise en deux
parties gales. L'entre est habituellement place beaucoup au-dessus du
sol, au niveau du premier tage. On ne peut s'introduire dans le donjon
que par une chelle ou au moyen d'un pont volant avec escalier de bois
que l'on dtruisait en temps de guerre.

Le petit donjon de Chambois (Orne), qui date du XIIe sicle, prsente la
plupart de ces dispositions de dtail. Son plan est rectangulaire, avec
quatre renforts carrs aux angles. Une tour carre, pose sur un de ses
cts, contenait dans l'origine de petits cabinets et un escalier de
bois couronn d'une dfense et ne montant que jusqu'au troisime tage.
On arrivait  la dfense du sommet par un escalier  vis pratiqu dans
un des contre-forts d'angle. Les parties suprieures du donjon furent
refaites au XIVe sicle et conformment au systme de dfense de cette
poque; mais, des dispositions premires, il reste encore trois tages
et un chemin de ronde suprieur extrmement curieux. Le plan du donjon
de Chambois est donn ci-contre par la fig. 11. On voit, en A, la
tourelle carre accole au corps de logis et dans laquelle, au XIVe
sicle, on a fait un escalier  vis. Ce donjon n'tait pas vot, non
plus que la plupart des donjons normands; les tages taient spars par
des planchers en bois ports sur des corbelets intrieurs. Sa porte est
releve  six mtres au-dessus du sol, et s'ouvre sur le flanc de la
tour carre contenant l'escalier en bois; on ne pouvait arriver  cette
porte, dont le seuil est au niveau du plancher du premier tage, qu'au
moyen d'une chelle, et le donjon ne se dfendait, dans sa partie
infrieure, que par l'paisseur de ses murs. Au commencement du XIVe
sicle, l'ancien crnelage fut remplac par un parapet avec mchicoulis,
crneaux et meurtrires. Sur les quatre contre-forts d'angle furent
leves de belles chauguettes avec tage suprieur crnel,  la place,
probablement, des anciennes chauguettes flanquantes.

Voici (12) l'lvation du donjon de Chambois du ct de la petite tour
carre avant la construction des crnelages du XIVe sicle. La btisse
du XIIe sicle s'lve intacte aujourd'hui jusqu'au niveau B; c'est au
niveau C que s'ouvre la poterne. Mais la particularit la plus curieuse
du donjon de Chambois consiste en un chemin de ronde suprieur qui, sous
le crnelage, mettait les quatre chauguettes et la petite tour accole
en communication les unes avec les autres, sans qu'il ft ncessaire de
passer dans la salle centrale occupe par le commandant. La dfense
tait ainsi compltement indpendante de l'habitation, et elle occupait
deux tages, l'un couvert, l'autre dcouvert. Voici, en coupe (13),
quelle est la disposition de ce chemin de ronde couvert qui fait le tour
du donjon et runit les chauguettes sous le crnelage. Ce chemin de
ronde existe encore  peu prs complet. Le donjon est construit en
moellons runis par un excellent mortier; les contre-forts d'angle sont
btis en petites pierres d'appareil, ainsi que les entourages des baies.

Les donjons carrs, comme celui d'Arques, ceux de Loches, de Beaugency,
de Domfront, de Falaise, de Broue, de Pons, de Nogent-le-Rotrou, de
Montrichard, de Montbason, de Chauvigny, de Blanzac, de Pouzanges
(Vende), qui tous sont construits sous l'influence normande, pendant
les XIe et XIIe sicles, n'taient gure,  l'poque mme o ils
furent levs, que des dfenses passives, se gardant plutt par leur
masse, par l'paisseur de leurs murs et la difficult d'accs, que par
des dfenses proprement dites. C'taient des retraites excellentes
lorsqu'il n'tait besoin que de se garantir contre des troupes armes
d'arcs et d'arbaltes, possdant quelques engins imparfaits, et ne
pouvant recourir, en dernier ressort, qu' la sape. Mais si de
l'intrieur de ces demeures on mprisait des assaillants munis de
machines de guerre d'une faible puissance, on ne pouvait non plus leur
causer des pertes srieuses. Les seigneurs assigs n'avaient qu'
veiller sur leurs hommes, faire des rondes frquentes, s'assurer de la
fermeture des portes, lancer quelques projectiles du haut des crneaux
si les assaillants tentaient de s'approcher des murs, contre-miner si on
minait; et d'ailleurs ils pouvaient ainsi rester des mois entiers, mme
devant un gros corps d'arme, sans avoir rien  craindre. Aussi tait-ce
presque toujours par famine que l'on prenait ces forteresses. Mais
lorsque l'art de l'attaque se fut perfectionn  la suite des premires
croisades, que les assigeants mirent en batterie des engins puissants,
que l'on fit des boyaux de tranche, que l'on mit en usage ces longs
chariots couverts, ces _chats_, pour permettre de saper les murs sans
danger pour les mineurs, alors les donjons rectangulaires, si pais que
fussent leurs murs, parurent insuffisants; leurs angles n'taient pas
flanqus et offraient des points saillants que le mineur attaquait sans
grand pril; les garnisons enfermes dans ces rduits voyaient
difficilement ce qui se passait  l'extrieur; elles ne pouvaient tenter
des sorties par ces portes places  plusieurs mtres au-dessus du sol;
la complication des dfenses tait, dans un moment pressant, une cause
de dsordre; les assigs eux-mmes s'garaient ou au moins perdaient
beaucoup de temps au milieu de ces nombreux dtours, ou encore se
trouvaient pris dans les piges qu'eux-mmes avaient tendus. Ds le
milieu du XIIe sicle, ces dfauts de la dfense du donjon normand
furent certainement reconnus, car on changea compltement de systme, et
on abandonna tout d'abord la forme rectangulaire. Une des premires et
une des plus heureuses tentatives vers un systme nouveau se voit 
tampes. Le donjon du chteau d'tampes, quoique fort ruin, possde
encore cependant plus de trois tages, et on peut se rendre compte des
divers dtails de sa dfense. Nous ne saurions assigner  cette
construction une date antrieure  1150 ni postrieure  1170. Quelques
chapiteaux qui existent encore et le mode de btir appartiennent  la
dernire priode de l'poque romane, mais ne peuvent cependant dater du
rgne de Philippe-Auguste. La tradition fait remonter la construction du
donjon d'tampes au commencement du XIe sicle, ce qui n'est pas
admissible. Philippe-Auguste fit enfermer sa femme Isburge, en 1199,
dans le donjon que nous voyons encore aujourd'hui[20]: donc il existait
avant cette poque. Le chapiteau dessin ici (14) ne peut laisser de
doutes sur la date de cette forteresse: c'est bien la sculpture du
commencement de la seconde moiti du XIIe sicle.

Le plan du donjon d'tampes est un quatre-feuilles, ce qui donne un
meilleur flanquement qu'une tour cylindrique. Il est pos  l'extrmit
d'un plateau qui domine la ville d'tampes, au-dessus de la gare du
chemin de fer. Les dfenses du chteau s'tendaient autrefois assez loin
sur le plateau, se dirigeant vers l'ouest et le midi; aussi, du ct de
l'ouest, ce donjon tait-il protg par un mur de contre-garde ou
chemise dont on voit encore les soubassements. Ce mur (15) se retournait
probablement, faisant face au sud, et aboutissait  une sorte de
chausse diagonale A' destine  recevoir l'extrmit du pont volant qui
permettait d'entrer dans la tour par une poterne perce au-dessous du
niveau du premier tage. Le rez-de-chausse tait vot grossirement en
moellons, et ces votes reposaient sur une grosse colonne centrale qui
montait jusqu'au deuxime tage. Il fallait du premier tage descendre
au niveau du rez-de-chausse par un escalier B, pris aux dpens de
l'paisseur du mur, qui n'a pas moins de quatre mtres. En C est un
puits et en D une fosse de latrines. Du vestibule E de la poterne,
tournant  main gauche, on descendait donc par le degr B  l'tage
infrieur; tournant  main droite, on montait par quelques marches au
niveau du premier tage. Le vestibule E tait ainsi plac  mi-tage
afin que l'assaillant, entrant prcipitamment par la poterne et allant
droit devant lui, tombt d'une hauteur de quatre mtres au moins en F
sur le sol de la cave, o il se trouvait enferm; les dfenseurs posts
sur la rampe ascendante de droite devaient d'ailleurs le pousser dans
cette fosse ouverte. La rampe de droite arrivait donc au niveau du
premier tage (16), en G; de l on entrait dans la salle par l'embrasure
d'une fentre. Mais si l'on voulait monter au second tage, il fallait
entrer dans le petit corps-de-garde H, plac juste au-dessus du
vestibule de la poterne et perc d'un mchicoulis, prendre la rampe
d'escalier I qui menait  un escalier  vis desservant le second tage
et les tages suprieurs; l'arrive au niveau du second tage tait
place au-dessus du point G. La margelle du puits C tait place sur les
votes du rez-de-chausse: c'tait donc du premier tage que l'on tirait
l'eau ncessaire aux besoins de la garnison. En L se voit un cabinet
d'aisances. Le premier tage tait primitivement couvert par un plancher
dont les poutres principales, conformment au trac ponctu, portaient
sur la colonne centrale. Vers le milieu du XIIIe sicle, ce plancher fut
remplac par des votes. Les profils d'artiers de ces votes, les
culs-de-lampe qui les portent, et la faon dont ils ont t incrusts
aprs coup dans la construction, sont des signes certains de la
restauration qui a modifi les dispositions premires du donjon
d'tampes. Le petit corps-de-garde H, plac au-dessus de la poterne,
contenait probablement le mcanisme destin  faire jouer le pont volant
s'abattant sur la chausse A'.

Le second tage (17) tait destin  l'habitation du seigneur. Il est
muni de deux chemines O et possde des latrines en L. On voit en G'
l'arrive de l'escalier dans une embrasure de fentre dont le sol est
plac un peu au-dessous du plancher. Quatre colonnes engages portent
deux gros arcs doubleaux diagonaux dont nous reconnatrons l'utilit
tout  l'heure; de plus, deux autres arcs doubleaux sont bands en P,
pour porter le comble central. L'escalier  vis continuait et arrivait
au niveau du troisime tage crnel dispos pour la dfense. Le comble
se composait d'un pavillon carr pntr par des croupes coniques.
Supposons maintenant (18) une coupe faite sur la ligne AB des plans.
Nous voyons en F la fausse entre intrieure perce au niveau du sol de
la poterne et tombant dans la cave; en B', la rampe descendant sur le
sol de cette cave le long du puits; en G, l'arrive de la rampe au
niveau du sol du premier tage; en H, la porte donnant entre dans le
corps-de-garde situ au-dessus du vestibule de la poterne et dans
l'escalier, partie  vis, dont la premire issue se voit en G', 
quelques marches au-dessous du sol du second tage. En continuant 
monter cet escalier  vis, on arrivait  la porte M, perce au niveau du
plancher du troisime tage, au-dessus de la grand'salle, tage
uniquement destin  la dfense. Mais pour que les dfenseurs pussent
recevoir facilement des ordres du commandant demeurant ans cette
grand'salle, ou le prvenir promptement de ce qui se passait au dehors,
on avait tabli des sortes de tribunes T  mi-hauteur de cette salle,
dans les quatre lobes forms par le quatre-feuilles, tribunes auxquelles
on descendait par des chelles de meunier passant  travers le plancher
du troisime tage, ainsi que l'indique le plan de la partie suprieure
(19). Cette disposition avait encore l'avantage de permettre de runir
toute la garnison dans la grand'salle sans encombrement, et d'envoyer
promptement les dfenseurs aux crneaux. On retrouve en place
aujourd'hui les scellements des poutres principales de ces quatre
tribunes, les corbeaux qui recevaient les liens, les naissances des arcs
doubleaux diagonaux et des arcs parallles avec l'amorce des deux murs
qu'ils portaient; les baies suprieures sont conserves jusqu' moiti
environ de leur hauteur. Le plan (fig. 19) fait voir que la partie
suprieure tait compltement libre, traverse seulement par les murs
portant sur les deux arcs doubleaux marqus P dans le plan du second
tage, murs percs de baies et destins  porter la toiture centrale.
Les deux gros arcs doubleaux diagonaux supportaient le plancher et le
poinon du comble. En effet, ce plancher, sur lequel il tait ncessaire
de mettre en rserve un approvisionnement considrable de projectiles,
et qui avait  rsister au mouvement des dfenseurs, devait offrir une
grande solidit. Il fallait donc que les solives fussent soulages dans
leur porte; les arcs diagonaux remplissaient parfaitement cet office.
L'tage suprieur tait perc de nombreux crneaux, ainsi que l'indique
une vue cavalire grave par Chastillon, et devait pouvoir tre garni de
hourds en temps de sige, conformment au systme dfensif de cette
poque. Ces hourds, que nous avons figurs en plan (fig. 19), se
retrouvent en S' sur l'un des lobes de la tour en lvation extrieure
(20). Cette lvation est prise du ct de la poterne. Aujourd'hui les
constructions suprieures,  partir du niveau V, n'existent plus; mais,
quoique ce donjon[21] soit fort ruin, cependant toutes ses dispositions
intrieures sont parfaitement visibles et s'expliquent pour peu qu'on
apporte quelque attention dans leur examen. La btisse est bien faite;
les pieds-droits des fentres, les arcs, les piles et angles sont en
pierre de taille; le reste de la maonnerie est en moellon runi par un
excellent mortier. Le donjon d'tampes devait tre une puissante dfense
pour l'poque; trs-habitable d'ailleurs, il pouvait contenir une
nombreuse garnison relativement  la surface qu'il occupe.

Les donjons sont certainement de toutes les constructions militaires
celles qui expliquent le plus clairement le genre de vie, les habitudes
et les moeurs des seigneurs fodaux du moyen ge. Le seigneur fodal
conservait encore quelque chose du chef frank, il vivait dans ces
demeures au milieu de ses compagnons d'armes; mais cependant on
s'aperoit dj, ds le XIIe sicle, qu'il cherche  s'isoler,  se
sparer, lui et sa famille, de sa garnison; on sent la dfiance partout,
au dedans comme en dehors de la forteresse. La nuit, les clefs du donjon
et mme celles du chteau taient remises au seigneur, qui les plaait
sous son chevet[22]. Comme nous l'avons vu et le verrons, le vritable
donjon est rapproch des dehors; il possde souvent mme des issues
secrtes indpendantes de celles du chteau, pour s'chapper ou faire
des sorties dans la campagne; ses tages infrieurs, bien murs, sont
destins aux provisions; ses tages intermdiaires contiennent une
chapelle et l'habitation; son sommet sert  la dfense; on y trouve
toujours un puits, des chemines et mme des fours. D'ailleurs, les
donjons prsentent des dispositions trs-varies, et cette varit
indique l'attention particulire apporte par les seigneurs dans la
construction d'une partie si importante de leurs chteaux. Il est
vident que chaque seigneur voulait drouter les assaillants par des
combinaisons dfensives nouvelles et qui lui appartenaient. C'est 
dater du XIIe sicle que l'on remarque une singulire diversit dans ces
demeures fortifies; autant de donjons en France, autant d'exemples.
Nous choisirons parmi ces exemples ceux qui prsentent le plus d'intrt
au point de vue de la dfense, car il faudrait sortir des limites que
nous nous sommes imposes dans cet ouvrage pour les donner tous.

Suger[23] dit quelques mots du chteau de La Roche-Guyon,  propos de la
trahison de Guillaume, beau-frre du roi, envers son gendre Gui. Sur un
promontoire que forment dans un endroit de difficile accs les rives du
grand fleuve de la Seine, est bti un chteau non noble, d'un aspect
effrayant, et qu'on nomme La Roche-Guyon: invisible  sa surface, il est
creus dans une roche leve; la main habile de celui qui le construisit
a coup sur le penchant de la montagne, et  l'aide d'une troite et
chtive ouverture, le rocher mme, et form sous terre une habitation
d'une trs-vaste tendue. C'tait autrefois, selon l'opinion gnrale,
soit un antre prophtique o l'on prenait les oracles d'Apollon, soit le
lieu dont Lucain dit:

       ... Nam quamvis Thessala vates
       Vim faciat satis, dubium est quid tra erit illue,
       Aspiciat Stygias, an quod descenderit, umbras.

De l peut-tre descend-on aux enfers.

Suger parle ainsi du chteau dont nous voyons aujourd'hui les restes.
Les souterrains taills dans le roc existent encore, et s'ils ne sont
point des antres antiques, s'ils ne descendent pas aux enfers, ils
datent d'une poque assez loigne. Les logements n'taient cependant
pas creuss dans la falaise, ainsi que le prtend Suger, mais adosss 
un escarpement de craie taill  main d'homme (voy. CHTEAU, fig. 8 et
9). Le chteau de La Roche-Guyon est de nos jours  peu prs
mconnaissable par suite des changements qu'il a subis; on y retrouve
quelques traces de btisses du XIIe sicle; quant au donjon, il est
entirement conserv, sauf ses couronnements, et sa construction parat
appartenir au milieu de ce sicle.

La fig. 21 donne, en A, l'emplacement du chteau de La Roche-Guyon. Par
un pont volant B communiquant avec les tages suprieurs du chteau, on
arrivait  la plate-forme C taille dans la colline coupe  pic; cette
plate-forme donnait entre dans un premier souterrain ascendant, qui
aboutissait  une seconde plate-forme D  ciel ouvert. Une coupure E
interceptait toute communication avec une troisime plate-forme F. Un
pont de bois, que l'on pouvait dtruire en cas d'attaque, permettait
seul d'arriver  cette troisime plate-forme. De l, par un long
souterrain ascendant dont les marches tailles dans la craie et le silex
n'ont pas moins de 0,30 c.  0,40 c. de hauteur, on arrivait, en G, dans
la seconde enceinte du donjon, bti sur le penchant de l'escarpement. En
K est trace la coupe transversale de ce souterrain. Il tait absolument
impossible de forcer une semblable entre, et l'assaillant qui se serait
empar du chteau et t facilement cras par la garnison du donjon.
Voyons maintenant comment sont disposes les dfenses du donjon
proprement dit, plac,  La Roche-Guyon, dans une position
exceptionnelle.

Voici (22) le plan,  rez-de-chausse, de ce donjon. C'est en A que
dbouche le passage souterrain;  ct sont disposes des latrines dans
l'paisseur de la chemise. Un petit redan commande l'orifice infrieur
du tuyau de chute de ces latrines. Du dbouch A pour monter au donjon,
il faut se dtourner brusquement  droite et monter le degr B qui
aboutit  la poterne C.  gauche, on trouve l'escalier  vis qui dessert
les tages suprieurs. Le palier devant la poterne,  l'extrieur, tait
en bois et mobile, ainsi que le ponceau D qui aboutissait au chemin de
ronde E, commandant l'escarpement. En P est un puits; en S, un petit
silo destin  conserver des salaisons[24]. De l'enceinte intrieure du
donjon, on dbouchait dans l'enceinte extrieure par deux poternes GG',
qui sont intactes. Passant sur une fosse F, les assigs pouvaient
sortir au dehors par la poterne extrieure H, parfaitement dfendue par
les deux parapets se coupant  angle droit. En I,  une poque assez
rcente, on a perc une seconde poterne extrieure; mais, primitivement,
la tour I tait pleine et formait un peron pais et dfendable du ct
o l'assaillant devait diriger son attaque. Un foss taill dans le roc
entourait la premire enceinte, et un systme de palissades et de
tranches reliait le donjon  un ouvrage avanc indiqu dans les fig. 8
et 9 de l'article CHTEAU. Si nous coupons le donjon longitudinalement
sur la ligne OX, nous obtenons la fig. 23.

Dans cette coupe, on voit comme les deux chemises de la tour principale
s'lvent en suivant la pente du plateau pour commander les dehors du
ct attaquable, comme ces chemises et la tour elle-mme forment perons
de ce ct. De la tour principale, la garnison se rpandait sur le
chemin de ronde de la seconde chemise au moyen du pont volant indiqu en
D au plan; par une suite de degrs, elle arrivait au point culminant R.
Par des portes mnages dans le parapet de cette seconde enceinte, elle
se jetait sur le chemin de ronde de la premire, dont le point culminant
est en T. Un assaillant ne pouvait songer  attaquer le donjon par les
deux flancs M et N (voy. le plan fig. 22). Il devait ncessairement
diriger son attaque principale au sommet de l'angle en I; mais l, s'il
voulait escalader les remparts, il trouvait derrire les parapets les
dfenseurs masss sur une large plate-forme; s'il voulait employer la
sape, il rencontrait une masse norme de rocher et de maonnerie. En
admettant qu'il pt pntrer entre la premire et la seconde enceinte,
il lui tait difficile de monter sur le chemin de ronde de la chemise
extrieure, et il se trouvait expos aux projectiles lancs du haut des
chemins de ronde de la premire et de la seconde chemise. Les mmes
difficults se rencontraient s'il voulait percer cette seconde chemise.
S'il parvenait  la franchir, il lui tait impossible de se maintenir et
d'agir dans l'troit espace laiss entre la seconde chemise et la tour.
Il n'y avait d'autre moyen de s'emparer de ce donjon que de cheminer,
par la mine souterraine, du point I au point S; or on comprend qu'une
pareille entreprise ft longue et d'une excution difficile, d'autant
que l'assig pouvait contre-miner facilement entre les deux chemises et
dtruire les travaux des assigeants.

L'lvation latrale (24) indique la pente du plateau de craie, son
escarpement fait  main d'homme, la position des souterrains
communiquant avec le chteau et les niveaux diffrents des parapets des
deux chemises, ainsi que le commandement de la tour principale. Tout,
dans cette construction entirement dpourvue d'ornements, est
profondment calcul au point de vue de la dfense. Le renforcement des
murs des deux chemises,  mesure que ces murs prennent plus d'lvation
et se rapprochent du point attaquable, la disposition des perons
destins  rsister  la sape et  recevoir un nombre considrable de
dfenseurs  l'extrmit du saillant en face la partie dominante du
plateau, la manire dont les poternes sont disposes de faon  tre
masques pour les assaillants, tout cela est fort sagement conu et
excut avec soin. Ici la rgle ce qui dfend doit tre dfendu est
parfaitement observe. Les constructions sont bien faites, en moellons
avec artes, arcs et pieds-droits en pierre de taille. Dans cette
btisse, pas un profil, pas un coup de ciseau inutile; celui qui l'a
commande et celui qui l'a excute n'ont eu que la pense d'lever sur
ce promontoire un poste imprenable; l'artillerie moderne seule peut
avoir raison de cette petite forteresse.

Il est certain que les seigneurs fodaux qui habitaient ces demeures
devaient y mourir d'ennui, lorsqu'ils taient obligs de s'y renfermer
(ce qui arrivait souvent); aussi ne doit-on pas s'tonner si,  la fin
du XIe sicle et pendant le XIIe, ils s'empressrent de se croiser et de
courir les aventures en terre sainte. Pendant les longues heures de
loisir laisses  un chtelain enferm dans un de ces tristes donjons,
l'envie, les sentiments de haine et de dfiance devaient germer et se
dvelopper sans obstacles; mais aussi, dans les mes bien faites, les
rsolutions gnreuses, mries, les penses leves devaient se faire
jour: car si la solitude est dangereuse pour les esprits faibles, elle
dveloppe et agrandit. les coeurs bien ns. C'est, en effet, du fond de
ces sombres donjons que sont sortis ces principes de chevalerie qui ont
pris dans l'histoire de notre pays une si large part, et qui, malgr
bien des fautes, ont contribu  assurer sa grandeur. Respectons ces
dbris; s'ils rappellent des abus odieux, des crimes mme, ils
conservent l'empreinte de l'nergie morale dont heureusement nous
possdons encore la tradition.

On observera que les donjons romans que nous avons reproduits jusqu'
prsent ne sont pas vots  l'intrieur, mais que leurs tages sont
habituellement spars par des planchers de bois; les dfenseurs
admettaient qu'un tage infrieur tant pris, la dfense pouvait encore
se prolonger et la garnison reprendre l'offensive. L'assaillant avait
cependant un moyen bien simple de s'emparer de la forteresse s'il
parvenait  pntrer dans les tages bas: c'tait de mettre le feu aux
planchers. Les assigs devaient dployer une bien grande activit s'ils
voulaient empcher cette catastrophe. Il est certain que ce moyen fut
souvent employ par des assaillants; aussi pensa-t-on bientt  voter
au moins les tages infrieurs des donjons.

Il existe encore  Provins un donjon bti sur le point culminant de
cette ville, si curieuse par la quantit d'difices publics et privs
qu'elle renferme: c'est la tour dite de _Csar_, ou la _Tour-le-Roi_, ou
_Notre-Sire-le-Roi_. C'est un vritable donjon dont relevaient la
plupart des fiefs du domaine de Provins, et qui fut construit vers le
milieu du XIIe sicle. Le donjon de Provins prsente en plan un octogone
 quatre cts plus petits que les quatre autres, les petits cts tant
flanqus de tourelles engages  leur base, mais qui, se dtachant du
corps de la construction dans la partie suprieure, permettent ainsi de
battre tous les alentours. Ce donjon pouvait tre garni d'un grand
nombre de dfenseurs,  cause des diffrents tages en retraite et de la
position flanquante des tourelles.

Voici (25) le plan du rez-de-chausse de ce donjon dont la base fut
terrasse, au XVe sicle, par les Anglais, pour recevoir probablement de
l'artillerie  feu. En C, on voit la place qu'occupe ce terrassement. En
P est un puits auquel on descend par une rampe dont l'entre est en F.
En G, un four tabli au XVe sicle; en H, une ancienne chapelle.

La fig. 26 donne le plan du premier tage de ce donjon; c'est seulement
au niveau de cet tage que l'on trouvait quatre poternes I mises en
communication avec la chemise extrieure au moyen de ponts volants. D'un
ct, au sud, l'un de ces ponts volants, tombant sur une chausse
dtourne, correspondait au mur de prolongement D aboutissant  la porte
de Paris et mettant le parapet de la chemise en communication avec le
chemin de ronde de ce rempart. Par l'escalier  vis K, on montait aux
chemins de ronde suprieurs indpendants du logis. Il fallait du premier
tage descendre au rez-de-chausse, qui n'avait avec les dehors aucune
communication. On trouve dans l'paisseur du mur du rez-de-chausse un
assez vaste cachot qui, dit-on, servit de prison  Jean le Bon, duc de
Bretagne. Le premier tage prsente un grand nombre de rduits, de
pices spares propres au logement des chefs. On pouvait du premier
tage, par les quatre poternes I, se rpandre facilement sur le chemin
de ronde de la chemise, terrasse aujourd'hui.

Le second tage (27) fait voir, en K, l'arrive de l'escalier  vis; en
L, les chemins de ronde crnels auxquels on arrive par les petites
rampes doubles N; en M, les quatre tourelles flanquantes. Ici, comme 
Chambois, un chemin de ronde vot en berceau se trouve sous le
crnelage suprieur.

La coupe (28), faite sur la ligne AB des plans du rez-de-chausse et du
premier tage, indique la descente au puits, les poternes perces  des
niveaux diffrents, celle de droite, principale (puisqu'elle est perce
en face le chemin d'arrive), n'tant pas en communication directe avec
la salle intrieure du premier tage.  mi-hauteur du premier tage, on
voit un crnelage dfendant les quatre faces principales; puis,  la
hauteur du second tage, le chemin de ronde vot en berceau et le
crnelage suprieur dont les crnelages sont munis de hourds saillants
dbordant les tourelles. Aujourd'hui, la construction est  peu prs
dtruite  partir du niveau XX. La position des hourds en bois des
quatre faces suprieures ne parat pas douteuse; on ne s'expliquerait
pas autrement la retraite mnage au-dessus du chemin de ronde de
l'entre-sol, retraite qui parat avoir t destine  porter les pieds
des grands liens de ces hourds, assez saillants pour former mchicoulis
en avant du chemin de ronde suprieur. Ces hourds, ainsi disposs,
flanquent les tourelles qui, elles-mmes, flanquent les faces.

Une lvation intrieure (29), en supposant le mur de la chemise coup
suivant la ligne RS du plan, fig. 26, explique la disposition des
poternes avec les ponts volants C, ainsi que les tages de dfenses
superposes avec les hourds de bois. Le donjon de Provins est bti avec
grand soin. Au XVIe sicle, ces ponts volants n'existaient plus; le mur
de la chemise, dras, terrass, laissait le seuil des poternes 
quelques mtres au-dessus du niveau de la plate-forme, et on n'entrait
dans le donjon que par des chelles[25]. Le rez-de-chausse et le
premier tage, ainsi que le fait voir la coupe (fig. 28), sont vots,
la vote suprieure tant perce d'un oeil afin de permettre de hisser
facilement des projectiles sur les chemins de ronde suprieurs et de
donner des ordres du sommet aux gens posts dans la salle du premier
tage.

Le principal dfaut de ces forteresses, en se reportant mme au temps o
elles ont t bties, c'est la complication des moyens dfensifs,
l'exigut des passages, ces dispositions de dtail multiplies, ces
chicanes qui, dans un moment de presse, ralentissaient l'action de la
dfense, l'empchaient d'agir avec vigueur et promptitude sur un point
attaqu. Ces donjons des XIe et XIIe sicles sont plutt faits pour se
garantir des surprises et des trahisons que contre une attaque de vive
force dirige par un capitaine hardi et tenace. De ces sommets troits,
encombrs, on se dfendait mal. Au moment d'une alerte un peu chaude,
les dfenseurs, par leur empressement mme, se gnaient rciproquement,
encombraient les chemins de ronde, s'garaient dans les nombreux dtours
de la forteresse. Aussi, quand des princes devinrent assez puissants
pour mettre en campagne des armes passablement organises, nombreuses
et agissant avec quelque ensemble, ces donjons romans ne purent se
dfendre autrement que par leur masse. Leurs garnisons, rduites  un
rle presque passif, ne pouvaient faire beaucoup de mal  des
assaillants bien couverts par des mantelets ou des galeries, procdant
avec mthode et employant dj des engins d'une certaine puissance.
Philippe-Auguste et son terrible adversaire, Richard-Coeur-de-Lion, tous
deux grands preneurs de places, tenaces dans l'attaque, possdant des
corps arms pleins de confiance dans la valeur de leurs chefs,
excellents ingnieurs pour leur temps, firent une vritable rvolution
dans l'art de fortifier les places et particulirement les donjons. Tous
deux sentirent l'inutilit et le danger mme, au point de vue de la
dfense, de ces dtours prodigus dans les dernires forteresses
romanes. Nous avons essay de faire ressortir l'importance de la
citadelle des Andelys, le Chteau-Gaillard, bti sous la direction et
sous les yeux de Richard[26]; le donjon de cette forteresse est, pour le
temps, une oeuvre tout  fait remarquable. Le premier, Richard remplaa
les hourds de bois des crnelages par des mchicoulis de pierre, conus
de manire  enfiler entirement le pied de la fortification du ct
attaquable.

La vue perspective (30) du donjon du Chteau-Gaillard, prise du ct de
la poterne, explique la disposition savante de ces mchicoulis, composs
d'arcs ports sur des contre-forts plus larges au sommet qu' la base et
naissant sur un talus prononc trs-propre  faire ricocher les
projectiles lancs par les larges rainures laisses entre ces arcs et le
nu du mur. Le plan (31) de ce donjon, pris au niveau de la poterne qui
s'ouvre au premier tage, fait voir la disposition de cette poterne P,
avec sa meurtrire enfilant la rampe trs-roide qui y conduit et le
large mchicoulis qui la surmonte; les fentres ouvertes du ct de
l'escarpement; l'peron saillant A renforant la tour du ct attaquable
et contraignant l'assaillant  se dmasquer; le front B dvelopp en
face la porte du chteau. Le degr C aboutissait  une poterne d'un
accs trs-difficile mnage sur le prcipice et s'ouvrant dans
l'enceinte bien flanque dcrite dans l'article CHTEAU, fig. 11. Le
donjon, dont le pied est entirement plein et par consquent  l'abri de
la sape, se composait d'une salle ronde  rez-de-chausse  laquelle il
fallait descendre, d'un premier tage au niveau de la poterne P, d'un
second tage au niveau des mchicoulis avec chemin de ronde crnel,
d'un troisime tage en retraite, ferm, propre aux approvisionnements
de projectiles, et d'un quatrime tage crnel et couvert, commandant
le chemin de ronde et les dehors au loin (fig. 30). Du ct de
l'escarpement abrupt D, qui domine le cours de la Seine (fig. 31), les
mchicoulis taient inutiles, car il n'tait pas possible  des
assaillants de se prsenter sur ce point; aussi Richard n'en fit point
tablir.  l'intrieur, les divers tages n'taient en communication
entre eux qu'au moyen d'escaliers de bois traversant les planchers.
Ainsi, dans ce donjon, rien de trop, rien d'inutile, rien que ce qui est
absolument ncessaire  la dfense. Cet ouvrage,  notre avis, dvoile,
chez le roi Richard, un gnie militaire vraiment remarquable, une tude
approfondie des moyens d'attaque employs de son temps, un esprit
pratique fort loign de la fougue inconsidre que les historiens
modernes prtent  ce prince. Aujourd'hui les constructions sont
drases  la hauteur de la naissance des mchicoulis en O (fig. 30).

Cependant ce donjon fut pris par Philippe-Auguste, sans que les
dfenseurs, rduits  un petit nombre d'hommes, eussent le temps de s'y
rfugier; ces dfenses taient encore trop troites, l'espace manquait;
il faut dire que cette tour ne doit tre considre que comme le rduit
d'un ouvrage trs-fort qui lui servait de chemise. Les portes releves
des donjons romans, auxquelles on ne pouvait arriver qu'au moyen
d'chelles ou de rampes d'un accs difficile, taient, en cas d'attaque
vive, une difficult pour les dfenseurs aussi bien que pour les
assigeants, si ces dfenseurs,  cause de la faiblesse de la garnison,
se trouvaient forcs de descendre tous pour garder les dehors. Mais
alors, comme aujourd'hui, toute garnison qui n'tait pas en rapport de
nombre avec l'importance de la forteresse tait compromise, et ces
rduits devaient conserver leur garnison propre, quitte  sacrifier les
dfenseurs des ouvrages extrieurs, si ces ouvrages taient pris.  la
prise du Chteau-Gaillard, Roger de Lascy, qui commandait pour le roi
Jean sans Terre, ne possdant plus que les dbris d'une garnison rduite
par un sige de huit mois, avait d se porter avec tout son monde sur la
brche de la chemise extrieure du donjon pour la dfendre; ses hommes
et lui, entours par les nombreux soldats de Philippe-Auguste se
prcipitant  l'assaut, ne purent se faire jour jusqu' cette rampe
troite du donjon: Roger de Lascy fut pris, et le donjon tomba entre les
mains du vainqueur  l'instant mme. Il semble que cette exprience
profita  Philippe-Auguste, car lorsque ce prince btit le donjon du
Louvre, il le pera d'une poterne presque au niveau du sol extrieur
avec pont  bascule et foss. Du donjon du Louvre il ne reste que des
descriptions trs-laconiques et des figurs fort imparfaits; nous savons
seulement qu'il tait cylindrique, que son diamtre extrieur tait de
vingt mtres et sa hauteur de quarante mtres environ. Philippe-Auguste
parat avoir considr la forme cylindrique comme tant celle qui
convenait le mieux  ces dfenses suprmes. Si le donjon du Louvre
n'existe plus, celui du chteau de Rouen, bti par ce prince, existe
encore, du moins en grande partie, et nous donne un diminutif de la
clbre tour du Louvre dont relevaient tous les fiefs de France. Ce
donjon tait  cheval sur la courtine du chteau et possdait deux
entres le long des parements intrieurs de cette courtine. Ces entres,
peu releves au-dessus du sol, taient en communication avec de petits
degrs isols, sur la tte desquels tombaient des ponts  bascule.

Voici (32) le plan du rez-de-chausse du donjon du chteau de Rouen. En
AA' sont les deux poternes; en BB', les murs de la courtine dont on voit
encore les arrachements.  ct de l'escalier  vis qui monte aux tages
suprieurs sont des latrines, et en C est un puits. Ce rez-de-chausse
et le premier tage (33) sont vots; les murs ont prs de quatre mtres
d'paisseur. Aujourd'hui (34)[27], les constructions sont drases au
niveau D, et nous n'avons, pour restaurer la partie suprieure, que des
donnes insuffisantes. Toutefois on doit admettre que cette partie
suprieure comprenait, suivant l'usage, un tage sans plancher et
l'tage de la dfense avec son chemin de ronde muni de hourds ports sur
des corbeaux de pierre. Le donjon du chteau de Rouen tenait  deux
courtines, en interrompant absolument la communication d'un chemin de
ronde  l'autre, puisque aucune issue ne s'ouvrait de l'intrieur du
donjon sur ces chemins de ronde. Au Louvre, le donjon, plant au centre
d'une cour carre, tait entirement isol et ne commandait pas les
dehors suivant la rgle ordinaire. Mais le Louvre tout entier pouvait
tre considr comme un vaste donjon dont la grosse tour centrale tait
le rduit. Cependant la forme cylindrique, adopte par Philippe-Auguste,
tait videmment celle qui convenait le mieux  ce genre de dfense, eu
gard aux moyens d'attaque de l'poque. Ce prince pensait avec raison
que ses ennemis emploieraient, pour prendre ses chteaux, les moyens que
lui-mme avait mis en pratique avec succs: or Philippe-Auguste avait eu
 faire le sige d'un grand nombre de chteaux btis conformment au
systme normand, et il avait pu reconnatre, par exprience, que les
angles des tours et donjons quadrangulaires donnaient toujours prise aux
assaillants; car ces angles saillants, mal dfendus, permettaient aux
pionniers de s'attacher  leur base, de saper les fondations  droite et
 gauche, et de faire tomber deux pans de mur. La forme cylindrique ne
donnait pas plus de prise sur un point que sur un autre, et, admettant
que les pionniers pussent saper un segment du cercle, il fallait que ces
excavations fussent trs-tendues pour faire tomber une tranche du
cylindre: de plus, Philippe-Auguste, ainsi que le fait voir le plan du
donjon du chteau de Rouen, donnait aux murs de ses donjons cylindriques
une paisseur norme comparativement  leur diamtre; il tait avare
d'ouvertures, renonait aux planchers de bois infrieurs afin d'viter
les chances d'incendie. Ce systme prvalut pendant le cours du XIIIe
sicle.

Le donjon du Louvre tait  peine bti et Philippe-Auguste dans la
tombe, que le seigneur de Coucy, Enguerrand III, prtendit lever un
chteau fodal dont le donjon surpasst de beaucoup, en force et en
tendue, l'oeuvre de son suzerain. Cette entreprise colossale fut
conduite avec une activit prodigieuse, car le chteau de Coucy et son
donjon, commencs sitt aprs la mort de Philippe-Auguste en 1223,
taient achevs en 1230 (voy. CHTEAU, CONSTRUCTION). Le donjon de Coucy
est la plus belle construction militaire du moyen ge qui existe en
Europe, et heureusement elle nous est conserve  peu prs intacte.
Auprs de ce gant, les plus grosses tours connues, soit en France, soit
en Italie ou en Allemagne, ne sont que des fuseaux. De plus, cette belle
tour nous donne de prcieux spcimens de la sculpture et de la peinture
du commencement du XIIIe sicle appliqus aux rsidences fodales. Les
plans que nous avons donns du chteau de Coucy  l'article CHTEAU,
fig. 16, 17 et 18, font assez connatre l'assiette de la forteresse pour
qu'il ne soit pas ncessaire de revenir ici sur cet ensemble de
constructions militaires. Nous nous occuperons exclusivement ici du
donjon, en renvoyant nos lecteurs  l'article prcit, pour
l'explication de ses abords, de sa chemise, de ses dfenses, de ses
issues extrieures et de son excellente assiette, si bien choisie pour
commander les dehors de la forteresse du ct attaquable, pour protger
les dfenses du chteau lui-mme. Le diamtre de l'norme tour, non
compris le talus infrieur, a trente mtres cinquante centimtres hors
oeuvre; sa hauteur, du fond du foss dall au sommet, non compris les
pinacles, est de cinquante-cinq mtres.

Voici (35) le plan du rez-de-chausse du donjon de Coucy. La poterne est
en A; c'est l'unique entre dfendue par un pont  bascule
trs-adroitement combin (voy. POTERNE), par un mchicoulis, une herse,
un ventail barr, un second ventail au del de l'entre de l'escalier et
une grille. Une haute chemise en maonnerie protge la base du donjon du
ct des dehors, et, entre cette chemise et la tour, est un foss de
huit mtres de largeur, entirement dall, dont le fond est  cinq
mtres en contre-bas du seuil de la poterne. Le couloir d'entre permet
de prendre  droite une rampe aboutissant  un large escalier  vis qui
dessert tous les tages. En se dtournant  gauche, on arrive  des
latrines B. En D est un puits trs-large, qui n'a pas encore t vid,
mais qui, dans l'tat actuel, n'a pas moins de trente mtres de
profondeur. De plain-pied, par le couloir de la poterne, on entrait dans
une salle  douze pans percs de douze niches  double tage pour
pouvoir ranger des provisions et des armes; une de ces niches, la
seconde aprs le puits, sert de chemine. Cette salle, claire par deux
fentres carres trs-releves au-dessus du sol, tait vote au moyen
de douze arcs aboutissant  une clef centrale perce d'un oeil, pour
permettre de hisser au sommet les armes et engins de dfense. Nous avons
fait, au centre de cette salle, une fouille, afin de reconnatre s'il
existait un tage souterrain; mais la fouille ne nous a montr que le
roc  une assez faible profondeur, de sorte que les pionniers qui
seraient parvenus  percer le cylindre au niveau du fond du foss
auraient pu cheminer sans rencontrer de vide nulle part. On remarquera
que, du fond des niches  la circonfrence de la tour, la maonnerie n'a
pas moins de cinq mtres cinquante centimtres.

L'escalier  vis nous conduit au premier tage (36), vot comme le
rez-de-chausse, possdant des niches, trois fentres, des latrines et
une chemine E avec un four par-derrire. Au-dessous de l'une des baies
de fentres, on tablit, au XVe sicle, un cabinet avec passage
particulier; cette modification est indique au plan par une teinte
grise. Au fond d'une des niches de droite est perc un couloir troit
aboutissant  un pont volant D communiquant avec le chemin de ronde de
la chemise (voy. la description du chteau  l'article CHTEAU, fig.
17).

Reprenant l'escalier  vis, nous montons au second tage (37), qui nous
prsente l'une des plus belles conceptions du moyen ge. Cet tage,
vot comme ceux du dessous, se composait d'une salle dodcagone
entoure d'une galerie releve de 3m,30 au-dessus du pav de cette salle
et formant ainsi un large portique avec balcons disposs pour runir
toute la garnison sur un seul point, en permettant  chacun d'entendre
les ordres gnraux et de voir le commandant plac au centre. Deux
fentres et l'oeil central clairaient cette salle. Sous les balcons, en
G, sont des niches qui ajoutent  la surface de la salle. L'escalier 
vis est dispos de faon  donner entre  droite et  gauche dans le
portique.

Le troisime tage (38) est  ciel ouvert, perc de nombreuses
meurtrires et de crneaux; des corbeaux en pierre, formant une forte
saillie  l'extrieur, taient destins  supporter un double hourdage
en bois, propre  la dfense. La vote centrale tait couverte de plomb
ainsi que celles du portique. Les crneaux, ferms par des arcs briss,
sont surmonts d'une belle corniche  doubles crochets avec larmier.

Une coupe de ce donjon (39), faite sur OP, explique mieux que toute
description les dispositions grandioses de la grosse tour du chteau de
Coucy. Nous avons reprsent, au sommet, une partie des hourds  double
dfense, poss sur les corbeaux de pierre. Quatre grands pinacles en
pierre avec fleurons et crochets surmontaient le chaperon suprieur du
mur crnel; ces pinacles sont indiqus dans la gravure de Ducerceau,
et, dans les dcombres extraits du foss, nous en avons retrouv des
fragments d'un beau style du commencement du XIIIe sicle. Tout, dans ce
donjon, est bti sur une chelle plus grande que nature; les allges des
crneaux, les marches des escaliers, les bornes, les appuis semblent
faits pour des hommes d'une taille au-dessus de l'ordinaire. Les salles
taient entirement peintes  l'intrieur, sur un enduit mince  la
chaux, recouvrant l'appareil qui est grossier (voy. PEINTURE). La
maonnerie, leve en assises rgulires de 0,40 c.  0,50 c. de
hauteur, est bien faite; le mortier excellent, les lits pais et bien
remplis. La sculpture est traite avec un soin particulier et des plus
belles de cette poque; elle est compltement peinte.

L'ingnieur Mtezeau, qui fut charg par le cardinal Mazarin de dtruire
le chteau de Coucy, voulut faire sauter le donjon.  cet effet, il
chargea, au centre,  deux mtres au-dessous du sol, un fourneau de mine
dont nous avons retrouv la trace. Il pensait ainsi faire crever
l'norme cylindre; mais l'explosion n'eut d'autre rsultat que
d'envoyer les votes centrales en l'air et d'occasionner trois
principales lzardes dans les parois du tube de pierre. Les choses
restrent en cet tat jusqu' ces derniers temps. De nouveaux mouvements
ayant fait craindre l'croulement d'une des tranches de la tour
lzarde, des travaux de restauration furent entrepris sous la direction
des Monuments historiques dpendant du ministre d'tat, et aujourd'hui
cette belle ruine est  l'abri des intempries; les lzardes ont t
reprises  fond, les parties crases consolides. Si les votes taient
rtablies, on retrouverait le donjon d'Enguerrand III dans toute sa
splendeur sauvage. La disposition vraiment originale du donjon de Coucy
est celle de ce second tage destin  runir la garnison.

Nous essayons d'en donner une faible ide dans la fig. 40. Qu'on se
reprsente par la pense un millier d'hommes d'armes runis dans cette
rotonde et son portique dispos comme des loges d'une salle de
spectacle, des jours rares clairant cette foule; au centre, le
chtelain donnant ses ordres, pendant qu'on s'empresse de monter, au
moyen d'un treuil, des armes et des projectiles  travers les oeils des
votes. Ou encore, la nuit, quelques lampes accroches aux parois du
portique, la garnison sommeillant ou causant dans ce vaste rservoir
d'hommes; qu'on coute les bruits du dehors qui arrivent par l'oeil
central de la vote, l'appel aux armes, les pas prcipits des
dfenseurs sur les hourds de bois, certes on se peindra une scne d'une
singulire grandeur. Si loin que puisse aller l'imagination des
romanciers ou des historiens chercheurs de la _couleur locale_, elle
leur reprsentera difficilement ce que la vue de ces monuments si grands
et si simples dans leurs dispositions rend intelligible au premier coup
d'oeil. Aussi conseillons-nous  tous ceux qui aiment  vivre
quelquefois dans le pass d'aller voir le donjon de Coucy, car rien ne
peint mieux la fodalit dans sa puissance, ses moeurs, sa vie toute
guerrire, que cet admirable dbris du chteau d'Enguerrand.

Les donjons normands sont des logis plus ou moins bien dfendus, levs
par la ruse et la dfiance; les petits moyens sont accumuls pour
drouter l'assaillant: ce sont des tanires plutt que des difices. Au
fond, dans ces forteresses, nulle disposition d'ensemble, mais force
expdients. Le donjon normand tient encore de la demeure du sauvage
rus; mais,  Coucy, on reconnat la conception mthodique de l'homme
civilis qui sait ce qu'il veut et dont la volont est puissante; ici
plus de ttonnements: la forteresse est btie rapidement, d'un seul jet;
tout est prvu, calcul, et cela avec une ampleur, une simplicit de
moyens faites pour tonner l'homme indcis de notre temps.

Cependant, au XIIIe sicle dj, la fodalit perdait ces moeurs
hroques, peut-on dire, dont Enguerrand III est le dernier et le plus
grand modle. Ces demeures de gants ne pouvaient convenir  une
noblesse aimant ses aises, politiquement affaiblie, ruine par son luxe,
par ses luttes et ses rivalits, prvoyant la fin de sa puissance et
incapable de la retarder. Les grands vassaux de saint Louis et de
Philippe le Hardi n'taient plus de taille  construire de pareilles
forteresses; ils ne pouvaient se rsoudre  passer les journes d'un
long sige dans ces grandes salles votes,  peine claires, en
compagnie de leurs hommes d'armes, partageant leur pain et leurs
provisions. Chose digne de remarque, d'ailleurs, le donjon normand est
divis en un assez grand nombre de chambres; le seigneur peut y vivre
seul; il cherche  s'isoler des siens, et mme, au besoin,  se garantir
d'une trahison. Le donjon de Philippe-Auguste, dont Coucy nous prsente
le spcimen le plus complet, est la forteresse dernire, le rduit d'un
corps arm, agissant avec ensemble, mu par la pense d'unit d'action.
La tour est cylindrique; cette forme de plan seule indique le systme de
dfense partant d'un centre, qui est le commandant, pour se rpandre
suivant le besoin et rayonner, pour ainsi dire. C'est ainsi qu'on voit
poindre chez nous, en pleine fodalit, ce principe de force militaire
qui rside, avant tout, dans l'unit du commandement et la confiance des
soldats en leur chef suprme. Et ce principe, que Philippe-Auguste avait
si bien compris et mis en pratique, ce principe admis par quelques
grands vassaux au commencement du XIIIe sicle, la fodalit l'abandonne
ds que le pouvoir monarchique s'tend et attire  lui les forces du
pays. C'est ainsi que les monuments gardent toujours l'empreinte du
temps qui les a levs.

Les peintures intrieures du donjon de Coucy ne consistent qu'en refends
blancs sur fond ocre jaune, avec de belles bordures autour des
archivoltes. Bientt on ne se contenta pas de ces dcorations d'un style
svre; on voulut couvrir les parois des salles de sujets, de
personnages, d'armoiries, de lgendes. La noblesse fodale aimait les
lettres, s'occupait d'art, tenait  instruire la jeunesse et lui
prsenter sans cesse devant les yeux de beaux exemples de chevalerie.
En l'an que l'on contoit mil quatre cens et XVI, et le premier jour de
may, je, le seigneur de Caumont, estant de l'aage de XXV ans, me estoie
en ung beau jardin de fleurs o il avoit foyson de oiseaux qui
chantoient de beaux et gracieux chans, et en plusieurs de manires, don
ils me feirent resjouir, si que, emprs, je fuy tant en pansant sur le
fait de cest monde, que je veoye moult soutil et inclin  mault fre,
et que tout ce estoit nant,  comparer  l'autre qui dure sans fin...

Et lors il me va souvenir de mes petits enfants qui sont jeunes et
ignocens, lesquelx je voudroie que  bien et honneur tournassent, et bon
cuer eussent, ainxi comme pre doit vouloir de ces filz. Et parce que,
selon nature, ils doyvent vivre plus que moy, et que je ne leur pourroie
pas enseigner ne endoctrinier, car il faudra que je laisse cest
monde, comme les autres, me suis pans que je leur feisse et laissasse,
tant ds que je y surs, ung livre de ensenhemens, pour leur demonstrer
comment ilz se devront gouverner, selon se que est  ma
semblance...[28] Ce passage indique assez quelles taient, au
commencement du XIVe sicle, les tendances de la noblesse fodale; le
temps de la sauvage rudesse tait pass; beaucoup de seigneurs
s'adonnaient  l'tude des lettres et des arts, cherchant  s'entourer
dans leurs chteaux de tout ce qui tait propre  rendre ces demeures
supportables et  lever l'esprit de la jeunesse. ...Au chef de le
ditte ville (de Mazires) a ung trs beau chasteau et fort sur une
rivire, bien enmurr et de grosses tours machacolles tout autour, et
par dedens est tout dpint merveilleusemant de batailles; et y troverez
de toux les gnracions Crestiens et Sarrazins, ung pareil, mascle et
femle, chacun sellon le porteure de son pas[29].

Nous trouvons la trace de ces dcorations intrieures des donjons dj
au XIIIe sicle.

       De vert marbre fu li muralz (du donjon),
       Mult par esteit esps  halz;
       N'i out fors une sule entre,
       Cele fu noit  jur garde.
       De l'altre part fu clos de mer
       Nuls ne pout issir ne entrer,
       Si ceo ne fust od un batel,
       Qui busuin ust  castel.
       Li Sire out fair dedenz le meur,
       Pur sa femme metre  seur.
       Chaumbre souz ciel n'ont plus bele;
        l'entre fu la capele:
       La caumbre est painte tut entur;
       Vnus la dieuesse d'amur,
       Fu trs bien mis en la peinture,
       Les traiz mustrez  la nature,
       Cument hum deit amur tenir,
       E lalment  bien servir,
       Le livre Ovide  il enseigne,
       Coment cascuns s'amour tesmegne,
       En un fu ardent les jettout;
       E tuz iceux escumengout,
       Ki jamais cel livre lireient,
       Et sun enseignement fereient[30].

Ici les sujets de peinture sont emprunts  l'antiquit paenne.
Souvent, dans ces peintures, les artistes interprtaient, de la faon la
plus singulire, les traits de l'histoire grecque et romaine, les
soumettant aux moeurs chevaleresques de l'poque. Hector, Josu,
Scipion, Judas-Macchabe, Csar, se trouvaient compris parmi les preux,
avec Charlemagne, Roland et Godefroy de Bouillon. Les hros de
l'histoire sacre et profane avaient leurs armoiries tout comme les
chevaliers du moyen ge.

Des hommes qui se piquaient de sentiments chevaleresques, qui
considraient la courtoisie comme la plus belle des qualits et la
socit des femmes comme la seule qui pt former la jeunesse, devaient
ncessairement abandonner les tristes donjons du temps de
Philippe-Auguste. Cependant il fallait toujours songer  la dfense. Au
XIVe sicle, la fodalit renonce aux gros donjons cylindriques; elle
adopte de prfrence la tour carre flanque de tourelles aux angles,
comme plus propre  l'habitation. C'est sur ce programme que Charles V
fit rebtir le clbre donjon de Vincennes, qui existe encore, sauf
quelques mutilations qui ont modifi les dtails de la dfense[31]. Ce
donjon, commandant les dehors et plac sur un des grands cts de
l'enceinte du chteau, est protg par un foss revtu et par une
chemise carre, avec porte bien dfendue du ct de la cour du chteau.
Il se compose, comme chacun sait, d'une tour carre de quarante mtres
de haut environ avec quatre tourelles d'angle montant de fond. Sa partie
suprieure se dfend par deux tages de crneaux. Il fut toujours
couvert par une plate-forme pose sur vote.  l'intrieur, chaque tage
tait divis en plusieurs pices, une grande, oblongue, une de dimension
moyenne et un cabinet, sans compter les tourelles; ces pices
possdaient, la plupart, des chemines, un four, et sont claires par
de belles fentres termines par des archivoltes brises. Dj le donjon
du Temple  Paris, achev en 1306[32], avait t bti sur ce plan; sa
partie suprieure, au lieu d'tre termine par une plate-forme, tait
couverte par un comble en pavillon, avec quatre toits coniques sur les
tourelles d'angle; mais le donjon du Temple tait plutt un trsor, un
dpt de chartes, de finances, qu'une dfense.

Nous croyons inutile de multiplier les exemples de donjons des XIIIe et
XIVe sicles, car ils ne se font pas remarquer par des dispositions
particulires; ils sont carrs ou cylindriques: s'ils sont carrs, ils
ressemblent fort aux tours bties  cette poque et n'en diffrent que
par les dimensions (voy. TOUR); s'ils sont cylindriques,  partir de la
fin du XIIIe sicle, ils contiennent des tages vots, et ne sauraient
tre compars au donjon de Coucy que nous venons de donner. Ce n'est
qu'au moment o les moeurs fodales se transforment, o les seigneurs
chtelains prtendent avoir des demeures moins fermes et moins tristes,
que le donjon abandonne la forme d'une tour qu'il avait adopte vers la
fin du XIIe sicle, pour revtir celle d'un logis dfendu, mais
contenant tout ce qui peut rendre l'habitation facile.

Louis de France, duc d'Orlans, second fils de Charles V, n en 1371 et
assassin  Paris en novembre 1407, dans la rue Barbette, tait grand
amateur des arts. Ce prince rebtit les chteaux de Pierrefonds, de la
Fert-Milon, de Villers-Cotterets; fit excuter des travaux
considrables dans le chteau de Coucy, qu'il avait acquis de la
dernire hritire des sires de Coucy. Louis d'Orlans fut le premier
qui sut allier les dispositions dfensives adoptes,  la fin du XIVe
sicle, dans les demeures fodales, aux agrments d'une habitation
seigneuriale. Les chteaux qu'il nous a laisss, et dont nous trouvons
le spcimen le plus complet  Pierrefonds, sont non-seulement de
magnifiques demeures qui seraient encore trs-habitables de nos jours,
mais des places fortes de premier ordre, que l'artillerie dj
perfectionne du XVIIe sicle put seule rduire.

Il est trange que l'influence des princes de la branche cadette issue
de Charles V sur les arts en France n'ait pas encore t constate comme
elle mrite de l'tre. Les monuments laisss par Louis d'Orlans et par
son fils Charles sont en avance de prs d'un demi-sicle sur le
mouvement des arts dans notre pays. Le chteau de Pierrefonds, commenc
en 1400 et termin avant la mort du premier des Valois, est encore une
place forte du XIVe sicle, mais dcore avec le got dlicat des
habitations du temps de Charles VIII.

Le donjon de ce chteau contient les logis du seigneur, non plus
renferms dans une tour cylindrique ou carre, mais distribus de
manire  prsenter une demeure vaste, commode, pourvue des accessoires
exigs par une existence lgante et recherche, en mme temps qu'elle
est une dfense puissante parfaitement entendue, impossible  attaquer
autrement que par des batteries de sige; or, au commencement du XVe
sicle, on ne savait pas encore ce que c'tait que l'artillerie de
sige. Les bouches  feu taient de petite dimension, portes en
campagne sur des chevaux ou des chariots, et n'taient gure employes
que contre la formidable gendarmerie de l'poque. Examinons les
dispositions du donjon de Pierrefonds, que nous avons dj donnes dans
le plan d'ensemble de ce chteau (voy. CHTEAU, fig. 24).

Le donjon de Pierrefonds (41)[33] est voisin de l'entre principale A du
chteau, et flanque cette entre de faon  en interdire compltement
l'approche. Il possde, en outre, une poterne B, trs-releve au-dessus
du sol extrieur. Ainsi remplit-il les conditions ordinaires qui
voulaient que tout donjon et deux issues, l'une apparente, l'autre
drobe. La porte A du chteau, dfendue par un pont-levis, des vantaux,
un corps-de-garde _a_, une herse et une seconde porte barre, avait,
comme annexe oblige  cette poque, une poterne pour les pitons, avec
son pont-levis particulier _b_ et entre dtourne le long du
corps-de-garde; de plus, le couloir de la porte tait enfil par une
chauguette pose sur le contre-fort C. Pour entrer dans le logis, on
trouvait un beau perron D avec deux _montoirs_ (voy. MONTOIR, PERRON),
puis un large escalier  vis E montant aux tages suprieurs. Une porte
btarde F donnait entre dans le rez-de-chausse vot servant de
magasin pour les approvisionnements. Par un degr assez large G, de ce
rez-de-chausse on descend dans une cave peu spacieuse, mais dispose
avec des niches comme pour recevoir des vins de diverses sortes. Les
murs de ce rez-de-chausse, pais de trois  quatre mtres, sont percs
de rares ouvertures, particulirement du ct extrieur. Une petite
porte H, masque dans l'angle rentrant de la tour carre, permet de
pntrer dans la salle vote I formant le rez-de-chausse de cette
tour, et de prendre un escalier  rampes droites montant seulement au
premier tage. Nous allons y revenir tout  l'heure. La poterne B, munie
d'une herse et de vantaux, surmonte de mchicoulis qui rgnent tout le
long de la courtine, a son seuil pos  sept mtres environ au-dessus du
sol extrieur qui,  cet endroit, ne prsente qu'un chemin de six mtres
de largeur; puis, au-dessous de ce chemin, est un escarpement prononc,
inaccessible, au bas duquel passe une des rampes qui montaient au
chteau, rampe dfendue par une traverse perce d'une porte; de l'autre
ct de la porte, commandant le vallon, est une motte faite  main
d'hommes qui tait certainement couronne d'un ouvrage dtruit
aujourd'hui. De la poterne B, on pouvait donc, soit par une trmie, soit
par un pont volant, dfendre la porte de la rampe du chteau, passer
par-dessus cette porte et arriver  l'ouvrage avanc qui commande le
vallon au loin. La poterne B servait ainsi de sortie  la garnison, pour
prendre l'offensive contre un corps d'investissement, de porte de
secours et d'approvisionnement. On observera que l'espace K est une cour
dont le sol est au-dessous du sol de la cour principale du chteau, et
que, pour s'introduire dans cette cour principale, il faut passer par
une seconde poterne L, dont le seuil est relev au-dessus du sol K, et
qui est dfendue par une herse, des vantaux et des mchicoulis avec
crneaux. L'escalier M, qui donne dans la chapelle N et dans la cour,
monte de fond et permet d'arriver  la chambre de la herse.

En continuant  monter par cet escalier  vis, on arrive (42) au-dessus
de la chambre de la herse, dans l'tage perc de mchicoulis; traversant
un couloir; on descend une rampe O, qui vous conduit au premier tage de
la tour carre, d'o on peut pntrer dans les grandes pices du logis
principal, lesquelles se composent d'une vaste salle P, en communication
directe avec le grand escalier  vis E, de deux salons R avec logis S
au-dessus de la porte d'entre, et des chambres prises dans les deux
grosses tours dfendant l'extrieur. En T sont des garde-robes, latrines
et cabinets. On voit encore en place la belle chemine qui chauffait la
grande salle P, bien claire par de grandes fentres  meneaux, avec
doubles traverses. Un second tage tait  peu prs pareil  celui-ci,
au moins quant aux dispositions gnrales; l'un et l'autre ne se
dfendaient que par l'paisseur des murs et les flanquements des tours.

Ce n'est qu'au troisime tage (43) que commencent  paratre les
dfenses.  la base des grands pignons qui ferment les couvertures du
logis principal sont pratiqus des mchicoulis avec crnelages en _c_ et
en _d_. Les deux grosses tours rondes et la tour carre continuent 
s'lever, se dgagent au-dessus des combles du logis, et sont toutes
trois couronnes de mchicoulis avec meurtrires et crnelages couverts;
puis, au-dessus, d'un dernier parapet crnel  ciel ouvert  la base
des toits. La tour carre possde en outre sur ses trois contre-forts
trois chauguettes flanquantes.  la hauteur du second tage, en
continuant  gravir l'escalier M de la poterne, on trouve un parapet
crnel au-dessus des mchicoulis de cette poterne et une porte donnant
entre dans la tour carre; de l on prend un petit escalier  vis V qui
monte aux trois derniers tages de cette tour n'tant plus en
communication avec l'intrieur du gros logis. Cependant, de l'tage des
mchicoulis de la tour carre, on peut prendre un escalier rampant
au-dessus de la couverture des grands pignons crnels du logis
principal, et aller rejoindre les mchicoulis de la grosse tour d'angle,
de mme que, par l'escalier de l'chauguette C, on peut, en gravissant
les degrs derrire les pignons crnels de ce ct, arriver aux
mchicoulis de la grosse tour proche l'entre. Sur le front extrieur,
ces deux tours sont mises en communication par un parapet crnel  la
base des combles. Des dgagements et garde-robes T, on descendait sur le
chemin de ronde X de la grande courtine dfendant l'extrieur avec son
chauguette X' au-dessus de la poterne. Ce chemin de ronde tait aussi
en communication avec les chemins de ronde infrieurs de la tour de la
chapelle N. De la salle R ou de la tour R', on pouvait communiquer
galement aux dfenses du chteau du ct sud par la pice S situe au
troisime tage au-dessus de l'entre en descendant l'escalier U.

Si l'on a suivi notre description avec quelque attention, il sera facile
de comprendre les dispositions d'ensemble et de dtail du donjon de
Pierrefonds, de se faire une ide exacte du programme rempli par
l'architecte. Vastes magasins au rez-de-chausse avec le moins d'issues
possible. Sur le dehors, du ct de l'entre, qui est le plus favorable
 l'attaque, normes et massives tours pleines dans la hauteur du talus,
et pouvant rsister  la sape. Du ct de la poterne, courtine de garde
trs-paisse et haute avec cour intrieure entre cette courtine et le
logis; seconde poterne pour passer de cette premire cour dans la cour
principale. Comme surcrot de prcaution, de ce ct, trs-haute tour
carre enfilant le logis sur deux de ses faces, commandant toute la cour
K et aussi les dehors, avec chauguettes au sommet flanquant les faces
mmes de la tour carre. D'ailleurs, possibilit d'isoler les deux tours
rondes et la tour carre en fermant les troits passages donnant dans le
logis, et de rendre ainsi la dfense indpendante de l'habitation.
Possibilit de communiquer d'une de ces tours aux deux autres par les
chemins de ronde suprieurs, sans passer par les pices destines 
l'habitation. Outre la porte du chteau et le grand escalier avec
perron, issue particulire pour la tour carre, soit par la petite porte
de l'angle rentrant, soit par l'escalier de la chapelle. Issue
particulire de la tour du coin par la courtine dans laquelle est perce
la poterne et par les escaliers de la chapelle. Issue particulire de la
tour de la porte d'entre par les salles situes au-dessus de cette
porte et l'escalier U qui descend de fond. Communication facile tablie
entre les tours et les dfenses du chteau par les chemins de ronde.
Logis d'habitation se dfendant lui-mme, soit du ct de la cour K,
soit du ct de l'entre du chteau, au moyen de crnelages et
mchicoulis  la base des pignons. Ce logis, bien protg du ct du
dehors, masqu, flanqu, n'ayant qu'une seule entre pour les
appartements, celle du perron, et cette entre, place dans la cour
d'honneur, commande par une des faces de la tour carre. Impossibilit
 toute personne n'tant pas familire avec les distributions du logis
de se reconnatre  travers ces passages, ces escaliers, ces dtours,
ces issues secrtes; et pour celui qui habite, facilit de se porter
rapidement sur tous les points de la dfense, soit du donjon lui-mme,
soit du chteau. Facilit de faire des sorties si l'on est attaqu.
Facilit de recevoir des secours ou provisions par la poterne B, sans
craindre les surprises, puisque cette poterne s'ouvre dans une premire
cour qui est isole, et ne donne dans la cour principale que par une
seconde poterne dont la herse et la porte barre sont gardes par les
gens du donjon. Belles salles bien disposes, bien orientes, bien
claires; appartements privs avec cabinets, dgagements et escaliers
particuliers pour le service. Certes, il y a loin du donjon de Coucy,
qui n'est qu'une tour o chefs et soldats devaient vivre ple-mle, avec
ce dernier donjon, qui, encore aujourd'hui, serait une habitation
agrable et commode; mais c'est que les moeurs fodales des seigneurs du
XVe sicle ne ressemblaient gure  celles des chtelains du
commencement du XIIIe.

Nous compltons la srie des plans du donjon de Pierrefonds par une
lvation gomtrale de ce logis (44) prise du ct de la poterne sur la
ligne QZ des plans. En A, on voit la grosse tour du coin; en B, la tour
carre; entre elles, les deux pignons crnels des salles; en C est la
tour de la chapelle, dans laquelle les habitants du donjon pouvaient se
rendre directement en passant par la tour carre et le petit escalier 
vis marqu M sur les plans, sans mettre les pieds dehors. On voit la
haute courtine de garde, entre la grosse tour de coin et celle de la
chapelle, qui masque la cour isole R. Au milieu de cette courtine est
la poterne releve qui communiquait avec un ouvrage avanc en passant
par-dessus la porte D de la rampe extrieure du chteau. Comme
construction, rien ne peut rivaliser avec le donjon de Pierrefonds; la
perfection de l'appareil, de la taille, de la pose de toutes les assises
rgles et d'une paisseur uniforme de 0,33 c. (un pied) entre lits, est
faite pour surprendre les personnes qui pratiquent l'art de btir. Dans
ces murs d'une hauteur peu ordinaire et ingaux d'paisseur, nul
tassement, nulle dchirure; tout cela a t lev par arasements
rguliers; des chanages, on n'en trouve pas trace, et bien qu'on ait
fait sauter les deux tours rondes par la mine, que les murs aient t
saps du haut en bas, cependant les parties encore debout semblent avoir
t construites hier. Les matriaux sont excellents, bien choisis, et
les mortiers d'une parfaite rsistance[34]. Les traces nombreuses de
boiseries, d'attaches de tentures que l'on aperoit encore sur les
parois intrieures du donjon de Pierrefonds, indiquent assez que les
appartements du seigneur taient richement dcors et meubls, et que
cette rsidence runissait les avantages d'une place forte de premier
ordre  ceux d'une habitation plaisante situe dans un charmant pays.
L'habitude que nous avons des dispositions symtriques dans les
btiments depuis le XVIIe sicle fera paratre tranges, peut-tre, les
irrgularits que l'on remarque dans le plan du donjon de Pierrefonds.
Mais, comme nous le faisons observer  l'article CHTEAU, l'orientation,
la vue, les exigences de la dfense, exeraient une influence majeure
sur le trac de ces plans. Ainsi, par exemple, le biais que l'on
remarque dans le mur oriental du logis (biais qui est inaperu en
excution) est videmment impos par le dsir d'obtenir des jours sur le
dehors d'un ct o la campagne prsente de charmants points de vue, de
laisser la place ncessaire au flanquement de la tour carre, ainsi qu'
la poterne intrieure entre cette tour et la chapelle, la disposition du
plateau ne permettant pas d'ailleurs de faire saillir davantage la tour
contenant cette chapelle. Le plan de la partie destine aux appartements
est donn par les besoins mmes de cette habitation, chaque pice
n'ayant que la dimension ncessaire. En lvation, les diffrences de
hauteurs des fractions du plan sont de mme imposes par les ncessits
de la dfense ou des distributions.

Il tait peu de chteaux des XIVe et XVe sicles qui possdassent des
donjons aussi tendus, aussi beaux et aussi propres  loger un grand
seigneur, que celui de Pierrefonds. La plupart des donjons de cette
poque, bien que plus agrables  habiter que les donjons des XIIe et
XIIIe sicles, ne se composent cependant que d'un corps de logis plus ou
moins bien dfendu. Nous trouvons un exemple de ces demeures
seigneuriales, sur une chelle rduite, dans la mme contre.

Le chteau de Vz relevait du chteau de Pierrefonds; il est situ non
loin de ce domaine, sur les limites de la fort de Compigne, prs de
Morienval, sur un plateau lev qui domine les valles de l'Automne et
de Vandi. Sa situation militaire est excellente en ce qu'elle complte
au sud la ligne de dfense des abords de la fort, protge par les deux
cours d'eau ci-dessus mentionns, par le chteau mme de Pierrefonds au
nord-est, les dfils de la fort de l'Aigle et de la rivire de l'Aisne
au nord, par les plateaux de Champlieu et le bourg de Verberie 
l'ouest, par le cours de l'Oise au nord-nord-ouest. Le chteau de Vz
est un poste trs-ancien, plac  l'extrmit d'un promontoire entre
deux petites valles. Louis d'Orlans dut le rebtir presque entirement
lorsqu'il voulut prendre ses srets au nord de Paris, pour tre en tat
de rsister aux prtentions du duc de Bourgogne, qui, de son ct, se
fortifiait au sud du domaine royal. Vz n'est, comparativement 
Pierrefonds, qu'un poste dfendu par une enceinte et un petit donjon
merveilleusement plant, bti avec le plus grand soin, probablement par
l'architecte du chteau de Pierrefonds[35].

Ce donjon (45) s'lve en A (voy. le plan d'ensemble),  l'angle form
par deux courtines, dont l'une, celle B, domine un escarpement B', et
l'autre, C, flanque extrieurement d'chauguettes, est spare d'une
basse-cour ou baille E par un large foss. Du ct G, le plateau descend
rapidement vers une valle profonde; aussi les deux courtines HH'
sont-elles plus basses que les deux autres BC, et leur chemin de ronde
se trouve-t-il au niveau du plateau sur lequel s'levait un logis K du
XIIe sicle presque entirement rebti au commencement du XVe. Ce logis,
en ruine aujourd'hui, tait une charmante construction. La porte du
chteau, dfendue par deux tours de petite dimension, est en I. On voit
encore quelques restes des dfenses de la baille E, mais converties
aujourd'hui en murs de terrasses[36]. Le donjon est dtaill dans le
plan du rez-de-chausse X. Son entre est en L, et consistait en une
troite poterne avec pont  bascule[37] donnant sur un large escalier 
vis montant de fond. Chaque tage contenait deux pices, l'une grande et
l'autre plus petite, munies de chemines et de rduits. En P est un
puits. On voit en F le foss et en M l'entre du chteau avec ses tours
et son pont dtourn. La courtine C est dfendue par des chauguettes
extrieures flanquantes O, tandis que la courtine B, qui n'avait gure 
craindre une attaque du dehors,  cause de l'escarpement, tait protge
 l'intrieur par des chauguettes flanquantes R. Par les tourelles SS',
bties aux deux extrmits des courtines leves, on montait sur les
chemins de ronde de ces courtines au moyen d'escaliers. En V tait une
poterne descendant de la plate-forme sur l'escarpement. Quand on examine
la situation du plateau, on s'explique parfaitement le plan du donjon
d'angle dont les faces extrieures enfilent les abords du chteau les
plus accessibles. Les tourelles d'angle montant de fond forment
d'ailleurs un flanquement de second ordre, en prvision d'une attaque
rapproche.

La fig. 46, qui donne l'lvation perspective du donjon de Vz, prise de
l'intrieur de l'enceinte, fait voir la disposition des chauguettes
flanquantes R de la courtine B, la poterne avec son petit foss et son
pont  bascule, l'ouverture du puits, la disposition des
mchicoulis-latrines, le long de l'escalier, le sommet de l'escalier
termin par une tourelle servant de guette. Du premier tage du donjon,
on communiquait aux chemins de ronde des deux courtines par de petites
portes bien dfendues. Ainsi la garnison du donjon pouvait, en cas
d'attaque, se rpandre promptement sur les deux courtines faisant face
aux deux fronts qui seuls taient attaquables. Si l'un de ces fronts,
celui C, tait pris (c'est le plus faible  cause de la nature du
terrain et du percement de la porte), les dfenseurs pouvaient encore
conserver le second front B, rendu plus fort par les chauguettes
intrieures R (voy. les plans); s'ils ne pouvaient garder ce second
front, ils rentraient dans le donjon et de l reprenaient l'offensive ou
capitulaient  loisir. Dans un poste si bien dispos, une garnison de
cinquante hommes arrtait facilement un corps d'arme pendant plusieurs
jours; et il faut dire que l'assaillant, entour de ravins, de petits
cours d'eau et de forts, arrt sur un pareil terrain, avait
grand'peine  se garder contre un corps de secours. Or le chteau de Vz
n'tait autre chose qu'un fort destin  conserver un point d'une grande
ligne de dfenses trs-bien choisie. Peut-tre n'a-t-on pas encore assez
observ la corrlation qui existe presque toujours, au moyen ge, entre
les diverses forteresses d'un territoire; on les tudie isolment, mais
on ne se rend pas compte gnralement de leur importance et de leur
utilit relative.  ce point de vue, il nous parat que les
fortifications du moyen ge ouvrent aux tudes un champ nouveau.

Telle est l'influence persistante des traditions, mme aux poques o on
a la prtention de s'y soustraire, que nous voyons les derniers vestiges
du donjon fodal pntrer jusque dans les chteaux btis pendant le
XVIIe sicle, alors que l'on ne songeait plus aux demeures fortifies
des chtelains fodaux. La plupart de nos chteaux des XVIe et XVIIe
sicles conservent encore, au centre des corps de logis, un gros
pavillon, qui certes n'tait pas une importation trangre, mais bien
plutt un dernier souvenir du donjon du moyen ge. Nous retrouvons
encore ce logis dominant  Chambord,  Saint-Germain-en-Laye, aux
Tuileries, et plus tard aux chteaux de Richelieu en Poitou, de Maisons,
de Vaux prs Paris, de Coulommiers, etc.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 14.]
[Illustration: Fig. 15.]
[Illustration: Fig. 16.]
[Illustration: Fig. 17.]
[Illustration: Fig. 18.]
[Illustration: Fig. 19.]
[Illustration: Fig. 20.]
[Illustration: Fig. 21.]
[Illustration: Fig. 22.]
[Illustration: Fig. 23.]
[Illustration: Fig. 24.]
[Illustration: Fig. 25.]
[Illustration: Fig. 26.]
[Illustration: Fig. 27.]
[Illustration: Fig. 28.]
[Illustration: Fig. 29.]
[Illustration: Fig. 30.]
[Illustration: Fig. 31.]
[Illustration: Fig. 32.]
[Illustration: Fig. 33.]
[Illustration: Fig. 34.]
[Illustration: Fig. 35.]
[Illustration: Fig. 36.]
[Illustration: Fig. 37.]
[Illustration: Fig. 38.]
[Illustration: Fig. 39.]
[Illustration: Fig. 40.]
[Illustration: Fig. 41.]
[Illustration: Fig. 42.]
[Illustration: Fig. 43.]
[Illustration: Fig. 44.]
[Illustration: Fig. 45.]
[Illustration: Fig. 46.]

     [Note 14: _Dongier ou doingier_, en vieux franais, veut dire
     _domination_, _puissance_.

       Cuer se ma dame ne t'ait chier,
       J'ai por ceu ne la guerpirois,
       Ads sois en son doingier.
       (_Chanson de Chrestien de Troies_. Wackern, p. 18.)]

     [Note 15: Jusqu' prsent on ne s'est gure occup, dans le
     monde archologique, que de l'architecture religieuse ou de
     l'architecture civile; cependant l'architecture fodale, dont
     le donjon est l'expression la plus saisissante, est
     suprieure,  notre avis,  tout ce que l'art du constructeur
     a produit au moyen ge.]

     [Note 16: Cette qualit de pierre tait employe dj par les
     Romains, on la retrouve dans le thtre antique de
     Lillebonne. Depuis le XIIIe sicle on a cess de l'exploiter,
     nous ne savons pourquoi.]

     [Note 17: _Histoire du chteau d'Arques_, Rouen, 1839.]

     [Note 18: Manuscrit de la bibliothque impriale.]

     [Note 19: Voir plus loin ce donjon.]

     [Note 20: Dom Fleureau. Voy. la notice sur le donjon
     d'tampes, insre dans le t. XII du _Bull. monum._, p. 488,
     par M. Victor Petit.]

     [Note 21: Connu sous le nom de _tour de la Guinette_.]

     [Note 22: Si que la nuyt venue qu'il le devoit livrer, il
     alla (le chambellan) prendre les clefz dessoubz le chevet de
     Gerart qui se dormoit avec ma dame Berte en son donion, et
     ouvrit la porte du chasteau au roy et aux Franoys. (_Grard
     de Roussillon_, dit. de Lyon, 1856.)]

     [Note 23: Vie de Louis le Gros, ch. XVI. _Mm. rel.  l'hist.
     de France_, trad. de M. Guizot.]

     [Note 24: Dans cette petite excavation, les pierres sont
     profondment pntres de sel.]

     [Note 25: Voy. l'excellent ouvrage de M. Flix Bourquelot sur
     l'_Hist. de Provins_. Provins, 1839. T. I, p. 305 et
     suivantes.]

     [Note 26: Voy. CHTEAU, fig. 11 et 44.]

     [Note 27: Nous devons ces figurs, plans, coupes et
     lvations,  l'obligeance de M. Barthlemy, architecte
     diocsain de Rouen.]

     [Note 28: _Voyaige du seigneur de Caumont_, pub. par le
     marquis de La Grange. Paris, 1858. Introd., p. VI.]

     [Note 29: _Ibid._, p. 27.]

     [Note 30: _Lai de Gugemer. Posies de Marie de France_, XIIIe
     sicle, pub. par Roquelort. Paris, 1832.]

     [Note 31: _Item_, dehors Paris (Charles V fit btir), le
     chastel du bois de Vincenes, qui moult est notable et bel...
     Le _Livre des fais et bonnes meurs du sage roy Charles_.
     (Christine de Pisan.)]

     [Note 32: Du Breul, _Antiquits de Paris_.]

     [Note 33: On remarquera, entre ce plan et celui donn dans
     l'ensemble du chteau, quelques diffrences de dtail,
     rsultat des dblais excuts en 1858 et 1859 dans ce
     domaine, d'aprs les ordres de l'Empereur. Ces dblais ont
     mis au jour certaines parties infrieures des btiments dont
     on ne pouvait prendre qu'une ide trs-incomplte. Le plan
     que nous donnons aujourd'hui peut tre regard comme
     parfaitement exact.]

     [Note 34: L'Empereur Napolon III a reconnu l'importance des
     ruines de Pierrefonds, au point de vue de l'histoire et des
     arts. Le donjon reprendra son ancien aspect; dj la partie
     de la tour carre qui avait t jete bas est remonte; nous
     pourrons voir bientt le plus beau spcimen de l'architecture
     fodale du XVe sicle en France renatre sous l'auguste
     volont du souverain. Nous n'avons que trop de ruines dans
     notre pays, et nous en apprcions difficilement la valeur. Le
     chteau de Pierrefonds, rtabli en partie, fera connatre cet
     art  la fois civil et militaire qui, de Charles V  Louis
     XI, tait suprieur  tout ce que l'on faisait alors en
     Europe.]

     [Note 35: Les profils du donjon de Vz, le mode de
     construction et certains dtails de dfense, rappellent
     exactement la construction, les profils et dtails du chteau
     de Pierrefonds. Le donjon de Vz date par consquent de
     1400.]

     [Note 36: Ce domaine appartient aujourd'hui  M. Paillet; le
     donjon seul sert d'habitation.]

     [Note 37: Cette poterne a t remplace, au XVIe sicle, par
     une baie au niveau du sol.]



DORMANT, s. m. (Btis-dormant). C'est le nom que l'on donne au chssis
fixe, en menuiserie, sur lequel est ferre une porte ou une croise.
Dans les premiers temps du moyen ge, les portes et fentres taient
ferres dans les feuillures en pierre sans dormants; mais ce moyen
primitif, tradition de l'antiquit, avait l'inconvnient de laisser
passer l'air par ces feuillures et de rendre les intrieurs trs-froids
en hiver. Lorsque les habitudes de la vie ordinaire commencrent 
devenir plus molles, on prtendit avoir des pices bien closes, et on
ferra les portes et croises sur des dormants ou btis-dormants en bois,
scells au fond des feuillures rserves dans la pierre. Les dormants
n'apparaissent dans l'architecture prive que vers le XVe sicle.



DORTOIR, s. m. _Dortouoir_. Naturellement, les dortoirs occupent, dans
les anciens tablissements religieux, une place importante. Ils sont le
plus souvent btis dans le prolongement de l'un des bras du transsept de
l'glise, de manire  mettre les religieux en communication facile avec
le choeur, et sans sortir dans les clotres, pour les offices de nuit.
Quand la saison tait rude ou le temps mauvais, les religieux
descendaient  couvert dans le transsept et de l se rpandaient dans le
choeur. Les dortoirs sont tablis au premier tage, sur des celliers, ou
des services du couvent qui ne peuvent donner ni odeur, ni humidit, ni
trop de chaleur. Les dortoirs des monastres sont ordinairement diviss
longitudinalement par une range de colonnes formant deux nefs votes
ou tout au moins lambrisses; ils prennent du jour et de l'air  l'ouest
et  l'est, par suite de la position du btiment impose par
l'orientation invariable de l'glise. Les grandes abbayes possdaient
des dortoirs btis avec magnificence et prsentant un aspect vraiment
monumental. La science moderne a reconnu qu'il fallait pour chaque
dormeur, pendant le temps du sommeil, 32m cubes d'air respirable au
moins. Les poumons des moines des XIIe, XIIIe et XIVe sicles, pouvaient
consommer un beaucoup plus volumineux cube d'air, si bon leur semblait,
et encore se levaient-ils  minuit pass, pour chanter matines.

Lebeuf[38] dcrit ainsi le dortoir des religieux de l'abbaye du
Val-Notre-Dame, dpendant du doyenn de Montmorency: Le rfectoir est
un assez petit quarr; il est au-dessous du dortoir, qui est trs-clair,
et dont la vote est soutenue par des colonnes ou piliers anciens
dlicatement travaills, ainsi qu'on en voit dans plusieurs autres
dortoirs de l'ordre de Cteaux construits au XIIIe sicle ou au XIVe.
Il ne faut pas croire que les dortoirs des religieux fussent disposs
comme les dortoirs de nos casernes ou de nos lyces. Ces grandes salles
taient divises, au moyen de cloisons peu leves, en autant de
cellules qu'il y avait de religieux; ces cellules ou stalles contenaient
un lit et les meubles les plus indispensables; elles devaient rester
ouvertes, ou fermes seulement par une courtine.

Au XVIe sicle, tous les ordres religieux voulurent avoir des cellules
ou chambres particulires pour chaque moine, ainsi que cela se pratique
dans nos sminaires. Les mmes habitudes furent observes dans les
couvents de femmes. Ds le XIIe sicle cependant, les clunisiens, qui
taient des gens aimant leurs aises, avaient dj tabli des chambres ou
cellules distinctes pour chaque religieux, et parfois mme ces cellules
taient richement meubles. Pierre le Vnrable s'en plaignait de son
temps, et saint Bernard s'levait avec son nergie habituelle contre ces
abus qu'il regardait comme opposs  l'humilit monastique. Aussi les
premiers dortoirs des cisterciens semblent avoir t des salles communes
garnies de lits, mais sans sparations entre eux.

Voici (1) l'aspect extrieur d'un de ces dortoirs communs: c'est le
dortoir du monastre de Chelles (abbaye de femmes); il avait t
construit au commencement du XIIIe sicle[39]; le rez-de-chausse tait
occup par des celliers et un chauffoir; une pine de colonnes
supportait la charpente formant deux berceaux lambrisss avec entraits
apparents. Dans l'article ARCHITECTURE MONASTIQUE, nous avons eu
l'occasion de donner un certain nombre de ces btiments; il parat
inutile de s'tendre ici sur leurs dispositions gnrales, leur forme et
les dtails de leur architecture fort simple, mais parfaitement
approprie  l'objet. Ainsi, par exemple, les fentres taient
habituellement composes d'une partie suprieure dormante, perce
surtout pour clairer la salle, et d'une partie infrieure pouvant
s'ouvrir pour l'arer (voy. FENTRE). Si les religieux possdaient
chacun une chambre, on n'en donnait pas moins le nom de _dortoir_ au
btiment ou  l'tage qui les contenait, et particulirement au large
couloir central qui donnait entre  droite et  gauche dans chaque
cellule. Cependant il existait encore, au XVIe sicle, des dortoirs de
couvents de femmes disposs comme les _chambres_ de nos casernes,
c'est--dire consistant en plusieurs grandes chambres contenant chacune
quelques lits. Nous en trouvons la preuve dans le _Pantagruel_ de
Rabelais[40]. Mais, dist l'abbesse, meschante que tu es, pourquoy ne
faisois-tu signe  tes voisines de chambre?

[Illustration: Fig. 1.]

     [Note 38: _Hist. du dioc. de Paris_, t. IV, p. 213.]

     [Note 39: Voy. la _Monog. d'abbayes_. Bib. Sainte-Genevive.]

     [Note 40: Liv. III, chap. XIX.]



DOSSERET, s. m. C'est un bout de mur en retour d'querre sur un autre,
portant un linteau de porte ou un arc. AA (1) sont les dosserets d'une
baie.

[Illustration: Fig. 1.]



DOUELLE, s. f. C'est le parement intrieur d'un arc, qu'on dsigne aussi
sous le nom d'_intrados_. Dans une vote, chaque claveau possde sa
douelle. A est la douelle du claveau reprsent fig. 1.

[Illustration: Fig. 1.]



E


BRASEMENT, s. m. Indique l'ouverture comprise entre le tableau d'une
fentre et le parement du mur intrieur d'une salle. L'brasement
s'largit du dehors au dedans, afin de faciliter l'introduction du jour
et aussi de dgager les vantaux d'une croise ouvrante (voy. FENTRE).



CAILLES, s. f. S'emploie seulement au pluriel, et dsigne une sorte
d'ornementation fort usite dans les difices, au moyen ge, pour
dcorer des rampants de contre-forts, des talus de chneaux, des
couronnements de pinacles, des flches en pierre, etc. Les cailles sont
videmment une imitation de la couverture en bardeaux de bois ou
essentes (voy. BARDEAU); aussi est-ce particulirement dans les
provinces o cette sorte de couverture tait employe, c'est--dire en
Normandie, en Picardie, dans le Soissonnais et dans l'le-de-France, que
les cailles apparaissent sur les constructions de pierre  dater du
XIIe sicle. En Normandie mme, il n'est pas rare, ds le commencement
de ce sicle, de voir certains parements verticaux, des fonds
d'arcatures aveugles, par exemple, dcors d'cailles sculptes sur la
pierre et prsentant une trs-faible saillie. C'tait un moyen de
distinguer ces fonds au milieu des parties solides de la construction,
de les colorer, pour ainsi dire, et de les rendre moins lourds en
apparence. Les bas-reliefs des XIe et XIIe sicles, dans lesquels sont
figurs des difices, montrent souvent les parements de ces difices
ainsi dcors. Nous en avons donn un exemple remarquable  l'article
ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fig. 47, et provenant d'un chapiteau de
l'glise de Saint-Sauveur de Nevers. La curieuse glise de Thaon, prs
de Caen, nous montre une partie de ses parements extrieurs dcors
d'cailles de forme carre, rappelant ces revtements en bardeaux si
fort en usage dans les constructions prives construites en
pans-de-bois. Ces cailles sont quelquefois superposes ou le plus
souvent contraries, c'est--dire pleins sur vides, ainsi que l'indique
la fig. 1. En divisant l'eau de pluie qui fouette sur les parements, en
loignant l'humidit des joints et lui donnant un coulement, ces
cailles, outre leur effet dcoratif, ont encore l'avantage de conserver
les ravalements extrieurs. Si cet effet est sensible sur les parements
verticaux,  plus forte raison l'est-il sur les surfaces inclines, sur
les talus directement exposs  la pluie. Sur les surfaces inclines
leves en pierre, toute saillie propre, par sa forme,  diriger les
eaux est minemment favorable  la conservation de la maonnerie, en
vitant l'imbibition uniforme de la pluie. Que les architectes du XIIe
sicle aient fait cette exprience ou qu'ils aient simplement eu en vue
la dcoration des surfaces inclines (dcoration logique d'ailleurs,
puisqu'elle rappelait une couverture en tuiles ou en bardeaux), toujours
est-il que ces architectes ont adopt les cailles sculptes sur la
pierre pour toute surface en talus.

Les formes les plus anciennes donnes  ces cailles prsentent une
suite de carrs ou de billettes, comme la figure ci-dessus, ou de petits
arcs plein cintre et briss, ainsi que l'indique la fig. 2[41]. Il faut
observer que chaque rang d'cailles est toujours pris dans une hauteur
d'assises, les joints verticaux tant placs au milieu des vides laisss
entre les cailles. L'eau pluviale tombant de A en B est conduite par la
taille de la pierre le long des deux artes AC, BC; en C, elle s'goutte,
arrive  l'extrmit D, et ainsi successivement jusqu' la corniche. Les
parties les plus humectes sont donc toujours les artes des cailles;
mais, par leur saillie mme, ces artes schent plus facilement que les
parements unis; l'humidit demeure donc moins longtemps sous les
parements: c'est l tout le secret de la conservation de ces surfaces
couvertes d'cailles. Les ombres fines et les lumires qui se jouent sur
ces petites surfaces dcoupes donnent de la lgret et de l'lgance
aux couronnements; aussi les architectes ont-ils us de ce moyen 
l'poque de la renaissance. Nous ne pouvons prtendre donner tous les
exemples d'cailles tailles sur parements; nous nous contenterons
d'indiquer les principaux.

 la fin du XIIe sicle, les cailles, particulirement dans les
difices de la Normandie et de l'le-de-France, affectent la forme de
petits arcs briss avec partie droite, ainsi que l'indique la fig. 3.
Jusqu'alors les cailles sont peu saillantes et prsentent un relief
gal dans toute leur longueur. Mais dans les grands monuments construits
au commencement du XIIIe sicle, il fallait obtenir des effets prononcs
dans l'excution de dtails d'une aussi petite chelle; aussi
voyons-nous, en Picardie, par exemple, sur les pyramides qui surmontent
les escaliers des deux tours de la faade de la cathdrale d'Amiens, des
cailles d'un puissant relief et d'une forme videmment destine 
produire un grand effet  distance (4). Jamais, dans l'le-de-France,
les architectes n'ont ainsi exagr l'importance de dtails qui, aprs
tout, ne doivent pas dtruire la tranquilit de surfaces planes et ne
sont pas faits pour lutter avec la sculpture. Cependant parfois les
cailles tailles sur les difices de la premire moiti du XIIIe
sicle, dans l'le-de-France, prsentent plus de saillie  leur
extrmit infrieure qu' leur sommet; leur forme la plus gnrale est
celle prsente dans la fig. 5. Dans ce cas, les cailles sont vides
suivant le profil A ou suivant le profil B. Les cailles fortement
dtaches  leur extrmit infrieure, conformment au profil A,
appartiennent plutt aux flches des clochers, c'est--dire qu'elles
sont places  une grande hauteur. Sur les rampants des contre-forts,
leur saillie est gale dans toute leur longueur.

Au XIVe sicle, les cailles se rapprochent davantage de la forme des
bardeaux; elles se touchent presque, ont leurs deux cts parallles,
sont allonges et termines par des angles abattus (6). Les pinacles des
contre-forts du choeur de la cathdrale de Paris (XIVe sicle) et ceux
du choeur de l'glise d'Eu (XVe sicle) sont couverts d'cailles
tailles suivant cette forme.

Les cailles appartenant aux monuments construits dans des provinces o
les couvertures en pierre ont t adoptes ds l'poque romane, comme
dans le midi de la France et dans l'ouest, ne sont pas disposes comme
des bardeaux de couvertures en bois; elles sont retournes, de faon 
laisser entre chacune d'elles comme autant de petits canaux propres 
loigner les eaux des joints verticaux (voyez ce que nous disons 
propos de ces sortes d'cailles,  l'article CLOCHER, fig. 14 et 15).

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]

     [Note 41: Tour de l'escalier du XIIe sicle de l'glise
     d'Eu.]



CHAFAUD, s. m. _Chaffaud_. Dans l'art de btir on entend par _chafaud_
l'oeuvre de charpente provisoirement tablie pour permettre d'lever les
maonneries. Les chafauds sont adhrents  la construction qu'on lve
ou en sont indpendants. Les constructions du moyen ge, ainsi que les
constructions romaines, taient montes au moyen d'chafauds tenant  la
maonnerie, et qu'on posait en levant celle-ci.  cet effet, on
rservait dans les murs soit en brique, soit en moellon, soit en pierre,
des trous de 0,15 c. de ct environ, profonds, et dans lesquels on
engageait des chevrons ou des rondins en bascule que l'on soulageait 
leur extrmit oppose par des pices de bois verticales. Ces chevrons
ou rondins engags sont les _boulins_, et les trous rservs pour les
recevoir s'appellent _trous de boulins_; les pices de bois verticales
sont dsignes sous le nom d'_chasses_. Les architectes du moyen ge
levaient ainsi leurs plus grands difices au moyen de boulins et
d'chasses d'un mdiocre quarrissage. Sur ces boulins, placs  des
distances assez rapproches, on posait des planches, _plateaux_,
_plabords_, sur lesquels se tenaient les ouvriers; ces planchers, plus
ou moins larges, suivant le besoin, se rptaient de six pieds en six
pieds au plus; afin de rendre chaque partie de la construction
accessible aux travailleurs. Les matriaux de gros volume n'taient
jamais monts sur ces planchers ou _ponts_, mais sur les murs eux-mmes,
au moyen d'engins placs sur le sol correspondant  des grues ou chvres
haubannes sur la construction mme. D'ailleurs, presque toujours, les
matriaux taient monts par l'intrieur, bards sur les murs, poss et
jointoys par les ouvriers circulant sur ces murs mmes ou sur les
chafauds.

L'chafaud d'un difice romain ou du moyen ge montait donc en mme
temps que la construction. Les constructeurs de ces temps reculs ne
faisaient certainement pas de grands frais d'chafaudages. Ils
laissaient les trous de boulins apparents sur les parements, ne se
donnant pas la peine de les boucher  mesure qu'ils dmontaient les
chafauds lorsque la construction tait termine. Alors on ne _ravalait_
pas les difices; chaque pierre tait pose toute taille, et il n'y
avait plus  y toucher; donc le jour o la dernire pierre tait mise en
place, l'difice tait achev, et l'chafaud pouvait tre enlev. Il
faut observer aussi que les grands difices gothiques prsentent des
retraites prononces  diffrentes hauteurs, ce qui permettait de
reprendre sur chacune de ces retraites un systme d'chafaudage, sans
qu'il ft ncessaire de porter les chafauds de fond. Cependant il est
tels difices, comme les tours de dfense, par exemple, qui s'lvent
verticalement  une grande hauteur sans ressauts, sans retraite aucune.
Il est intressant d'tudier comment ont t montes ces normes
btisses.

La construction du donjon de Coucy, qui prsente un cylindre dont les
parois verticales ont 60 mtres d'lvation, n'a exig qu'un chafaudage
extrmement simple, chafaudage qui avait encore le mrite d'viter les
montages lents obtenus par des engins. On remarque sur la surface de
l'norme cylindre,  l'extrieur, une suite de trous de boulins disposs
en spirale et formant,  cause de la largeur extraordinaire du diamtre,
une pente assez douce. Ces trous de boulins, espacs de quatre en quatre
mtres environ, sont doubles, c'est--dire qu'ils prsentent deux
spirales, ainsi que le fait voir la fig. 1. Au moyen de chevrons engags
dans les trous A suprieurs et soulags par des liens portant dans les
trous B infrieurs, le constructeur tablissait ainsi, en mme temps
qu'il levait sa btisse, un chemin en spirale dont l'inclinaison peu
prononce permettait de monter tous les matriaux sur de petits chariots
tirs par des hommes ou au moyen de treuils placs de distance en
distance. La fig. 2 fera comprendre cette opration. Les maons et
poseurs avaient le soin d'araser toujours la construction sur tout le
pourtour du donjon, comme on le voit ici, et, sur cet arasement, ils
circulaient et bardaient leurs pierres. Afin de poser les parements
extrieurs verticalement (parements taills  l'avance sur le chantier),
il suffisait d'un fil--plomb et d'un rayon de bois tournant
horizontalement sur un arbre vertical plant au centre de la tour.
Aujourd'hui, nos maons procdent de la mme manire lorsqu'ils lvent
ces grandes chemines en brique de nos usines, de l'intrieur du tuyau,
sans chafaudage. L'chafaud dont la trace existe sur les parois du
donjon de Coucy n'est rellement qu'un chemin de bardage, et ce chemin
pouvait tre fort large, ainsi que le dmontre la fig. 3, donnant une de
ses fermes engages. En A et B sont les deux trous espacs de 1m,80; au
moyen des deux moises C treignant les poutrelles  leur sortie des
trous, on pouvait avoir deux liens EF, le second formant croix de
Saint-Andr avec une contre-fiche G. La tte du lien F et le pied de la
contre-fiche G s'assemblaient dans un potelet H, mois  son extrmit
infrieure avec la poutrelle B. Un lien extrme K, assembl dans le pied
de cette poutrelle B, soulageait l'extrmit de la poutrelle suprieure
A. Il tait ainsi facile d'avoir un chemin de 5m,30 de largeur, non
compris un garde-corps. Ces fermettes recevaient des solives qui
portaient les madriers poss en travers de manire  prsenter un
obstacle au glissement des chariots. Il et fallu un poids norme pour
rompre des fermettes ainsi combines, bien qu'elles ne fussent
maintenues dans la muraille que par deux scellements. Non-seulement la
combinaison de ces fermettes ne leur permettait pas de quitter les
scellements; mais, tant runies par des solives formant une suite de
polygones autour du cylindre, elles taient toujours brides contre la
muraille.

Dans les provinces o l'on btit encore sans faire de ravalements aprs
la pose, on a conserv ces moyens primitifs d'chafaudages. Les
chafauds ne se composent que de boulins engags dans des trous mnags
en construisant et d'chasses, les boulins tant lis aux chasses par
des cordelettes.  Paris mme ces traditions se sont conserves, et nos
_Limousins_ dploient une habilet singulire dans la combinaison de ces
lgers chafaudages composs de brins de bois qui n'ont gure que 0,10
c. de diamtre en moyenne.

En Bourgogne et en Champagne (pays de bois), nous avons vu souvent
employer des chafauds en potence taills conformment au trac
perspectif (4). La partie A de la poutrelle horizontale AB est engage
dans le trou de boulin; cette poutrelle est entaille en C au ras du
mur, ainsi que l'indique le dtail C'. Deux jambettes DD, assembles 
la tte  mi-bois, entrent dans cette entaille C, et, s'appuyant le long
du mur, sont relies entre elles par l'entre-toise E. Deux liens GG,
assembls dans le pied de ces jambettes, vont soutenir, au moyen de deux
_joints--paume_, l'extrmit de la pice horizontale AB. C'est une
potence avec deux liens qui empchent la poutrelle horizontale de
flchir  droite ou  gauche sous la charge et la maintiennent rigide.

Il n'est pas douteux que les charpentiers du moyen ge, qui taient fort
ingnieux, ne fissent, dans certains cas, des chafauds en charpente,
indpendants de la construction, chafauds montant de fond ou suspendus.
Nous ne pouvons avoir une ide de ces chafauds que par les traces de
leurs scellements encore existantes sur les monuments. Il arrive, par
exemple, qu'au-dessus d'un tage de btiment dispos de telle faon que
l'on ne pouvait tablir des chafauds de fond, on aperoit des trous
carrs de 0,30 c. sur 0,33 c., perant la muraille de part en part, et
espacs de manire  laisser entre eux la longueur d'une solive;
au-dessus de ces larges trous bien faits, on remarque d'autres petits
trous de boulins de 0,10 c. sur 0,10 c. environ et ne traversant pas la
maonnerie. Ceci nous indique la pose d'un chafaud dispos comme
l'indique la fig. 5. AB est l'paisseur du mur; les poutrelles C le
traversaient de part en part et taient armes,  l'intrieur, d'une
forte clef moise D; deux moises E verticales pinaient la poutrelle au
ras du mur sur le parement extrieur; dans ces moises s'assemblaient
deux liens F runis  mi-bois qui venaient soulager la poutrelle en G et
H. Sur cette pice, rendue rigide, on levait alors les chafaudages en
chasses I et boulins K, avec contre-fiches L, les boulins tant retenus
au moyen de calles de bois dans les trous laisss sur les parements
extrieurs. Un pareil chafaud prsentait toute la solidit d'une
charpente montant de fond.

La hauteur excessive de certains difices gothiques, et notamment des
tours des glises surmontes de flches en pierre, tait telle qu'on ne
pouvait songer  lever ces constructions au moyen d'chafauds montant
de fond, car l'tablissement de ces chafaudages et absorb des sommes
considrables, et ils auraient eu le temps de pourrir dix fois pendant
le travail des maons. On levait les soubassements avec des chasses et
des boulins; on profitait des retraites mnages avec soin dans ces
sortes de constructions pour prendre des points d'appui nouveaux
au-dessus du sol; puis, arriv  la hauteur des plates-formes ou
galeries d'o les tours s'lvent indpendantes, on dchafaudait les
parties infrieures pour monter les charpentes ncessaires  la
construction de ces tours. Les baies de ces tours taient alors d'un
grand secours pour poser des chafauds solides, propres  rsister  la
violence du vent et  toutes les causes de dgradations qui augmentent
du moment qu'on s'lve beaucoup au-dessus du sol.

Pour peu que l'on examine avec soin les constructions gothiques, on
demeure persuad que les architectes chargs de les lever ont souvent
manqu de ressources en rapport avec la nature et l'importance de ces
btisses. Ils devaient donc tre fort avares d'chafaudages, lesquels
cotent fort cher et ne reprsentent rien, du moment que l'difice est
achev. Au-dessus d'une certaine hauteur, on reconnat encore, par la
position des trous d'chafauds, que ceux-ci taient suspendus. Suspendre
un chafaud  un monument existant ne demande pas des combinaisons bien
savantes; mais suspendre un chafaud pour lever un difice, avant que
cet difice ne soit construit, c'est un problme qui parat difficile 
rsoudre: on sait que les difficults matrielles n'arrtaient pas les
architectes gothiques.

Habituellement les tours des grandes glises sont, dans leur partie
suprieure,  la hauteur des beffrois, sous les flches, perces, sur
chaque face, de doubles baies troites et longues. Les angles sont
renforcs de contre-forts termins par des pinacles; mais dans les
angles rentrants forms par ces contre-forts, et suivant les diagonales
du carr sur lequel le plan de ces tours est trac, on remarque presque
toujours,  la base des beffrois, des trous plus ou moins grands et
quelquefois des repos. Au-dessus de la partie verticale des tours,  la
base des flches qui s'lvent sur plan octogonal, on voit, sur les huit
faces, des lucarnes, des issues plus ou moins larges, mais troites et
longues. Ces dispositions nous conduisent  admettre que les chafauds
destins  lever les parties suprieures et dgages des tours
d'glises taient suspendus, c'est--dire qu'ils laissaient la partie
infrieure des faades compltement libre. Partant de ce principe, soit
A (6) le plan d'une tour de faade d'une grande glise  la base du
beffroi, et B le plan de cette tour  la base de la flche en pierre qui
la couronne. Ayant deux baies sur chacune des faces du beffroi, nous
disposons  travers ces baies des fermes d'chafauds se croisant en G et
se rapprochant le plus possible des contre-forts d'angles. En lvation,
chacune de ces fermes donne le trac F; les quatre poteaux G montent
d'une seule pice ou sont ents (en raison de la hauteur du beffroi) de
E en H; de H en K est un chapeau qui traverse d'une baie  l'autre. Les
deux liens IL assembls  mi-bois soulagent puissamment ces chapeaux. Du
point M pendent de doubles moises inclines MN, qui portent l'extrmit
de la pice horizontale NO posant sur l'appui des baies; des moises
horizontales P, serrant tout le systme intrieur et se runissant 
leur extrmit extrieure pour tre pinces  leur tour par les grandes
moises inclines MN, composent autant de planchers pour les maons.
Ainsi, avant que la tour ne soit leve, cet chafaud suspendu peut tre
tabli. La construction arase au niveau des chapeaux HK, nous posons
sur les premiers poteaux G d'autres poteaux G', d'autres chapeaux RS,
d'autres liens TV, puis des moises doubles X qui suspendent encore
l'extrmit des premiers chapeaux et les ponts intermdiaires. On
remarquera que les seconds chapeaux RS et les liens T passent  travers
la flche en pierre dans des trous mnags exprs, bouchs aprs coup ou
mme laisss apparents. Des lucarnes sur les quatre faces de la flche,
parallles  celles de la tour, partent des pices en gousset empchant
le hiement de l'chafaudage. Les huit baies du beffroi permettent donc
ainsi de sortir, au dehors de la construction, des chafauds saillants,
sur lesquels on peut tablir des ponts. Restent les angles  chafauder.
Pour ce faire, nous avons un grand poteau central _ab_, un repos en _c_
dans l'angle rentrant, et un trou rserv en _d_ suivant la diagonale du
carr (voy. le trac J sur la diagonale UZ du plan); cela suffit. Les
chapeaux _ef_, passant  travers ces trous, reposent sur les poteaux G
et le poteau central, sont soulags par les grands liens _il_; deux
moises pendantes _no_ suspendent les ponts intermdiaires. Arass au
niveau _ef_, nous retrouvons la continuation du poteau central et des
poteaux G; nous assemblons le second chapeau _pq_, les liens _rs_ qui le
soulagent en passant  travers les lucarnes de la flche; nous disposons
les moises pendantes _tv_, et nous runissons ces pices diagonales avec
les pices parallles au moyen de solives horizontales, qui font, 
diffrentes hauteurs, tout le tour du clocher. La construction termine,
tous ces chafaudages sont facilement dposs par l'intrieur.

 voir les dispositions encore existantes  l'extrieur des grands
difices du moyen ge, il est certain que les chafauds suspendus
taient alors fort usits. Pendant les XIVe et XVe sicles, on rhabilla
beaucoup de monuments d'une poque antrieure, soit parce que leurs
parements taient dgrads, soit parce qu'on voulait les mettre en
harmonie avec les formes nouvelles. Dans le cas de reprises ou de
restaurations extrieures, ces chafauds taient trs-utiles en ce
qu'ils n'embarrassaient pas les rez-de-chausse et qu'ils cotaient
moins cher que des charpentes montant de fond. Les charpentiers
tablissaient une suite de ponts principaux (7), au moyen de poutres A
engages dans la maonnerie, dont la bascule tait maintenue par de
grands liens B et par des moises pendantes C. Si l'espace qu'il fallait
laisser entre chaque armature tait trop large pour poser de l'une 
l'autre des solives simples, on tablissait d'une poutre  l'autre des
fermes pendantes D, dont la disposition est dtaille dans le trac
perspectif (8). Les bouts _ab_ sont engags dans le mur; les moises
pendantes sont indiques en M, les entre-toises armes en E. Des
plats-bords P, portant sur ces entre-toises, composaient les ponts
principaux sur lesquels on pouvait barder les matriaux. Suivant la
mthode employe par les charpentiers du moyen ge, les moises taient
serres au moyen de clefs de bois, sans qu'il ft besoin de boulons et
de ferrements. Dans les chafauds, comme dans toutes les constructions
de cette poque, on cherchait  conomiser les matriaux, et on ne se
proccupait pas de la main-d'oeuvre. De notre temps, nous voyons faire
des chafauds simplement et solidement combins; cependant il faut dire
que les architectes abandonnent trop facilement la direction de cet
accessoire ncessaire  toute construction importante: un peu d'tude et
d'attention de leur part viteraient bien des dpenses inutiles, et,
grce au dplorable systme des adjudications, nous sommes souvent
obligs d'employer des entrepreneurs de charpente qui sont hors d'tat
de trouver les moyens les plus propres  lever des chafauds solides en
employant peu de bois. Un chafaud bien fait est cependant une des
parties de l'art du constructeur qui accuse le mieux son intelligence et
sa bonne direction. On peut juger la science relle du constructeur  la
manire dont il dispose ses chafauds. Les chafauds bien tablis font
gagner du temps aux ouvriers, leur donnent de la confiance, les obligent
 plus de rgularit, de mthode et de soin; s'ils sont massifs, s'ils
emploient le bois avec profusion, les ouvriers savent parfaitement le
reconnatre; ils jugent sur ce travail provisoire du degr de
connaissances pratiques de leur chef et ne lui savent aucun gr de cet
abus de moyens. Si, au contraire, des maons sont appels  travailler
sur des chafauds hardis, lgers en apparence, mais dont quelques jours
d'preuve suffisent pour reconnatre la solidit, ils apprcient bien
vite ces qualits et comprennent que, dans l'oeuvre, ce qu'on exigera
d'eux, c'est du soin, de la prcision, que l'on ne se contentera pas
d'_-peu-prs_. Dans les restaurations d'anciens difices, les chafauds
demandent chez l'architecte une grande fertilit de combinaisons; on ne
saurait donc trop attirer leur attention sur cette tude: l'conomie,
l'ordre dans le travail, et, plus que tout cela, la vie des ouvriers en
dpendent.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]



CHAUGUETTE, s. f. _Eschauguette_, _eschargaite_, _escargaite_,
_eschegaite_, _esgaritte_, _garite_. chauguette, au moyen ge,
dsignait la sentinelle.

       Servanz i mist  chevaliers,
       Et eschargaites  portiers,
       Puiz est repairiez  Danfront[42].
       Ses eschauguettes a li rois devis[43].

Aussi la garde, le poste:

       Par l'escargaite Droom le Poitevin,
       Le fil le roi en laissa fors issir[44].

On disait _escargaiter_ pour garder, pier:

       L'ost escargate Salemon li Sens[45].

Pendant les XIVe, XVe et XVIe sicles, dans le nord de la France, les
petites loges destines aux sentinelles, sur les tours et les courtines,
sont appeles indiffremment _garites_, _escharguettes_, _pionnelles_,
_esgarittes_, _maisoncelles_, _centinelles_ ou _sentinelles_,
_hobettes_[46]. Ainsi le poste prend le nom de la qualit de ceux qu'il
renferme.

Dans les plus anciennes fortifications du moyen ge, il y avait des
chauguettes. Il est  croire que ces premires chauguettes taient en
bois, comme les hourds, et qu'on les posait en temps de guerre. Tous les
couronnements de forteresses antrieures au XIIe sicle tant dtruits,
nous ne pouvons donner une ide de la forme exacte de ces chauguettes
primitives; lorsqu'elles ne consistaient pas seulement en petites loges
de bois, mais si elles taient construites en maonnerie, ce n'taient
que de petits pavillons carrs ou cylindriques couronnant les angles des
dfenses principales, comme ceux que nous avons figurs au sommet du
donjon du chteau d'Arques (voy. DONJON, fig. 7, 8 et 9). Les premires
chauguettes permanentes dont nous trouvons des exemples ne sont pas
antrieures au XIIe sicle; alors on les prodiguait sur les dfenses;
elles sont ou fermes, couvertes et munies mme de chemines, ou ne
prsentent qu'une saillie sur un angle, le long d'une courtine, de
manire  offrir un petit flanquement destin  faciliter la
surveillance,  poser une sentinelle, une guette. C'tait
particulirement dans le voisinage des portes, aux angles des gros
ouvrages, au sommet des donjons, que l'on construisait des chauguettes.

Nous voyons quatre belles chauguettes couronnant le donjon de Provins
(voy. DONJON, fig. 27 et suivantes); celles-ci taient couvertes et ne
pouvaient contenir chacune qu'un homme. Quelquefois l'chauguette est un
petit poste clos capable de renfermer deux ou trois soldats, comme un
corps de garde suprieur. Au sommet du donjon de Chambois (Orne), il
existe encore une de ces chauguettes, du XIIIe sicle, au-dessus de la
cage de l'escalier du XIIe.

Voici (1) l'aspect intrieur de ce poste, qui peut contenir quatre
hommes. Il est vot et surmont d'un terrasson autrefois crnel. Une
petite fentre donnant sur la campagne l'claire; une chemine permet de
le chauffer;  droite de la chemine est la tablette destine  recevoir
une lampe. Les gens du poste pouvaient facilement monter sur le
terrasson suprieur pour voir ce qui se passait au loin. Ces grandes
chauguettes  deux tages sont assez communes; il est  croire qu'en
temps de guerre les soldats abrits dans l'tage couvert taient poss
en faction,  tour de rle, sur la terrasse suprieure. Des deux cts
de la tour du Trsau,  Carcassonne, nous voyons de mme deux hautes
chauguettes ainsi combines; seulement il fallait de l'tage ferm
monter sur le terrasson par une chelle, en passant  travers un trou
pratiqu dans le milieu de la petite vote (voy. CONSTRUCTION, fig.
154).

Il faut distinguer toutefois les chauguettes destines uniquement  la
surveillance au loin de celles qui servent en mme temps de guette et de
dfense. Les donjons possdaient toujours une chauguette, au moins, au
sommet de laquelle se tenait la sentinelle de jour et de nuit qui,
sonnant du cor, avertissait la garnison en cas de surprise, de mouvement
extraordinaire  l'extrieur, d'incendie; qui annonait le lever du
soleil, le couvre-feu, la rentre d'un corps de troupes, l'arrive des
trangers, le dpart ou le retour de la chasse: La nuit dormi et fu
aise et quant il o le gaite corner le jour, si se leva et ala 
l'glise proijer Dieu, qu'il li aidast[47]. Ces sortes de guettes
consistent en une tourelle dominant les alentours par-dessus les
crnelages et les combles. Certains donjons, par leur situation mme,
comme les donjons des chteaux Gaillard, de Coucy, n'avaient pas besoin
de guette: leur dfense suprieure en tenait lieu; mais les donjons
composs de plusieurs logis agglomrs, comme le donjon d'Arques et,
beaucoup plus tard, celui de Pierrefonds par exemple, devaient
ncessairement possder une guette. Dans le chteau de Carcassonne, qui
date du commencement du XIIe sicle, la guette est une tour spciale sur
plan barlong, contenant un escalier avec un terrasson crnel au sommet.
Cette tour domine toutes les dfenses du chteau et mme celles de la
cit; elle renfermait, vers les deux tiers de sa hauteur, un petit poste
clair par une fentre donnant sur la campagne (voy. ARCHITECTURE
MILITAIRE, fig. 12 et 13). Les chauguettes destines seulement 
l'observation n'offrent rien de particulier: ce sont des tourelles
carres,  pans, ou le plus souvent cylindriques, qui terminent les
escaliers au-dessus des tours principales des chteaux, en dpassant de
beaucoup le niveau de la crte des combles les plus levs. Les
chauguettes servant  contenir un poste ou mme une sentinelle pouvant
au besoin agir pour la dfense d'une place sont, au contraire, fort
intressantes  tudier, leurs dispositions tant trs-varies, suivant
la place qu'elles occupent.

Vers la fin du XIIIe sicle, les portes sont habituellement munies
d'chauguettes bties en encorbellement aux angles du logis couronnant
l'entre (voy. PORTE). Ces chauguettes servent en mme temps de
gurites pour les sentinelles et de flanquement. La belle porte qui, 
Prague en Bohme, dfend l'entre du vieux pont jet sur la Moldau, du
ct de la ville basse, est munie, sur les quatre angles, de charmantes
chauguettes dont nous prsentons ici l'aspect (2). Elles prennent
naissance sur une colonne surmonte d'un large chapiteau avec
encorbellement sculpt; sur ce premier plateau sont poses des
colonnettes (voy. le plan A) laissant entre elles un ajour purement
dcoratif;  la hauteur du crnelage suprieur est une gurite perce
elle-mme de crneaux[48]. Cet ouvrage date du milieu du XIVe sicle; il
est d'une conservation parfaite et bti en grs. Mais ici les
chauguettes sont autant une dcoration qu'une dfense; tandis que
celles qui flanquaient la porte de Notre-Dame  Sens (3), leve vers le
commencement du XIVe sicle, avaient un caractre purement dfensif; la
gurite suprieure tait  deux tages et prsentait des meurtrires et
crneaux bien disposs pour enfiler les faces de la porte et protger
les angles[49].

Si on plaait des chauguettes flanquantes aux cts des portes,  plus
forte raison en mettait-on aux angles saillants forms par des
courtines, lorsqu'une raison empchait de munir ces angles d'une tour
ronde. Il arrivait, par exemple, que la disposition du terrain ne
permettait pas d'lever une tour d'un diamtre convenable, ou bien que
les architectes militaires voulaient faire un redan soit pour masquer
une poterne, soit pour flanquer un front, sans cependant encombrer la
place par une tour qui et pu nuire  l'ensemble de la dfense. C'est
ainsi, par exemple, que sur le front sud-est de l'enceinte extrieure de
la cit de Carcassonne il existe un redan A (4), motiv par la prsence
d'un gros ouvrage cylindrique avanc K, dit la _tour du Papegay_, qui
tait lev sur ce point, au sommet d'un angle trs-ouvert, pour
commander en mme temps les dehors en G et l'intrieur des lices (espace
laiss entre les deux enceintes) en L, par-dessus le redan. Il ne
fallait pas, par consquent,  l'angle de ce redan, en C, lever une
tour qui et dfil le chemin de ronde B; cependant il fallait protger
le front B, le flanc A et l'angle saillant lui-mme. On btit donc sur
cet angle une large chauguette qui suffit pour protger l'angle
saillant, mais ne peut nuire au commandement de la grosse tour K.

La fig. 5 reproduit la vue extrieure de cette chauguette[50], dont le
crnelage tait un peu plus lev que celui des courtines voisines. Cet
ouvrage pouvait tre, en temps de guerre, muni de hourds, ce qui en
augmentait beaucoup la force. Entre la porte Narbonnaise et la tour du
Trsau de la mme cit, on a ainsi pratiqu un redan qui enfile l'entre
de la barbacane leve en avant de cette porte: ce redan est surmont
d'une belle chauguette. Une longue meurtrire flanquante est ouverte
sur son flanc.

La fig. 6 prsente en A le plan du redan au niveau du sol de la ville,
avec son petit poste E et la meurtrire F donnant vers la porte
Narbonnaise. De ce poste E, par un escalier  vis, on arrive 
l'chauguette (plan B), qui n'est que le crnelage de la courtine
formant un flanquement oblique en encorbellement sur l'angle G. La coupe
C faite sur la ligne OP du plan B explique la construction de cette
chauguette, qui pouvait tre munie de hourds comme les courtines; en D,
nous avons figur le profil de l'encorbellement H.

Toutefois, jusqu'au XIVe sicle, les chauguettes flanquantes poses sur
les courtines ne sont que des accidents et ne se rattachent pas  un
systme gnral dfensif; tandis qu' dater de cette poque, nous voyons
les chauguettes adoptes rgulirement, soit pour suppler aux tours,
soit pour dfendre les courtines entre deux tours. Mais ce fait nous
oblige  quelques explications.

Depuis l'poque romaine jusqu'au XIIe sicle, on admettait qu'une place
tait d'autant plus forte que ses tours taient plus rapproches, et
nous avons vu qu' la fin du XIIe sicle encore Richard Coeur-de-Lion,
en btissant le chteau Gaillard, avait compos sa dernire dfense
d'une suite de tours ou de segments de cercle se touchant presque.
Lorsqu'au XIIIe sicle les armes de jet eurent t perfectionnes et que
l'on disposa d'arbaltes de main d'une plus longue porte, on dut, comme
consquence, laisser entre les tours une distance plus grande, et, en
allongeant ainsi les fronts, mettre les flanquements en rapport avec
leur tendue, c'est--dire donner aux tours un plus grand diamtre, afin
d'y pouvoir placer un plus grand nombre de dfenseurs. Si c'tait un
avantage d'allonger les fronts, il y avait un inconvnient  augmenter
de beaucoup le diamtre des tours, car c'tait donner des dfilements 
l'assaillant dans un grand nombre de cas, comme, par exemple, lorsqu'il
parvenait  cheminer prs des murailles entre deux tours et qu'il avait
dtruit leurs dfenses suprieures. Tout systme porte avec lui les
dfauts inhrents  ses qualits mmes. Puisque les armes de jet avaient
une plus longue porte, il fallait tendre autant que possible les
fronts; cependant on ne pouvait ngliger les flanquements, car si
l'assaillant s'attachait au pied de la courtine, ils devenaient
ncessaires: or, plus ces flanquements taient formidables, moins les
fronts pouvaient rendre de services pour la dfense loigne.

Soit (7) un front AB muni de tours; BC est la largeur du foss; le jet
d'arbalte est EF. Si l'assaillant dispose son attaque conformment au
trac FGH, neuf embrasures le dcouvrent. Mais soit IK un front continu
non flanqu de tours, l'attaque tant dispose de mme que ci-dessus en
FGH, les embrasures tant d'ailleurs perces  des distances gales 
celles du front AB, treize de ces embrasures pourront dcouvrir
l'assaillant. Que celui-ci traverse le foss et vienne se poster en M,
les assigs ne peuvent se dfendre que par les mchicoulis directement
placs au-dessus de ce point M; mais ils voient sur une grande longueur
la nature des oprations de l'ennemi, et l'inquitent par des sorties
dans le fond du foss, o il ne trouve aucun dfilement.

Quand on assigeait rgulirement une place,  la fin du XIIIe sicle
(voy. SIGE), on attaquait ordinairement deux tours, seulement pour
_teindre leur feu_, comme on dirait aujourd'hui, en dmantelant leurs
dfenses suprieures, et on faisait brche au moyen de la sape dans la
courtine comprise entre ces deux tours; car, celles-ci rduites 
l'impuissance, leur masse protgeait l'assaillant en couvrant ses
flancs. Au moment de l'application dfinitive des mchicoulis de pierre
 la place des hourds, vers le commencement du XIVe sicle, il y eut
videmment une raction contre le systme dfensif des fronts courts; on
espaa beaucoup plus les tours, on agrandit les fronts entre elles, et,
pour protger ces fronts, sans rien ter  leurs qualits, on les munit
d'chauguettes P, ainsi que l'indique le trac NO, fig. 7. Ce nouveau
systme fut particulirement appliqu dans les dfenses de la ville
d'Avignon, leves  cette poque. Ces dfenses ont toujours d tre
assez faibles; mais, eu gard au peu de relief des courtines, on a tir
un excellent parti de ce systme d'chauguettes flanquantes, et la
faiblesse de la dfense ne rsulte pas du nouveau parti adopt, qui
avait pour rsultat d'obliger l'assaillant  commencer ses travaux de
sige  une plus grande distance de la place. Duguesclin, en brusquant
les assauts toujours, donna tort au systme des grands fronts flanqus
seulement de tours trs-espaces; les chauguettes n'taient pas assez
fortes pour empcher une chelade vigoureuse; on y renona donc vers la
fin du XIVe sicle pour revenir aux tours rapproches, et surtout pour
augmenter singulirement le relief des courtines. Examinons donc ces
chauguettes des murailles papales d'Avignon.

La fig. 8 prsente le plan d'une de ces chauguettes au-dessous des
mchicoulis; elles ne consistent qu'en deux contre-forts extrieurs A,
entre lesquels est pratiqu un talus dont nous allons reconnatre
l'utilit; un arc runit ces deux contre-forts. Voici (9) en A
l'lvation extrieure de cet ouvrage, et en B sa coupe. L'chauguette
s'lve beaucoup au-dessus de la courtine; elle est munie,  son sommet,
comme celle-ci, de beaux mchicoulis de pierre sur sa face et ses deux
retours; de plus, ainsi que le fait voir la coupe, au droit du mur
faisant fond entre les contre-forts, est pratiqu un second mchicoulis
C, comme une rainure de 0,25 c. de largeur environ. Si l'assaillant se
prsentait devant l'chauguette, il recevait d'aplomb les projectiles
lancs par les mchicoulis vus D et, obliquement, ceux qu'on laissait
tomber par le second mchicoulis masqu C; car on observera que, grce
au talus E, les boulets de pierre qu'on laissait choir par ce second
mchicoulis devaient ncessairement ricocher sur ce talus E et aller
frapper les assaillants  une certaine distance du pied de l'chauguette
au fond du foss. Les deux contre-forts, le vide entre eux et le talus
taient donc une dfense de ricochet, faite pour forcer l'assaillant 
s'loigner du pied du rempart et, en s'loignant,  se prsenter aux
coups des arbaltriers garnissant les chemins de ronde de la courtine.
Ces chauguettes flanquent les courtines, ainsi que le font voir les
plans suprieurs (10 et 10 bis). Elles permettaient encore  un petit
poste de se tenir  couvert,  l'intrieur, sous la galerie G, et de se
rendre instantanment sur le chemin de ronde suprieur H, au premier
appel de la sentinelle[51].

La vue perspective intrieure (11) fait comprendre la disposition du
petit poste couvert qui intercepte le passage au niveau du chemin de
ronde de la courtine; elle explique les degrs qui montent  la
plate-forme de l'chauguette, et rend compte de la construction de
l'ouvrage. N'oublions pas de mentionner la prsence des corbeaux A qui
taient placs ainsi  l'intrieur du rempart pour recevoir une filire
portant des solives et un plancher, dont l'autre extrmit reposait
intrieurement sur des poteaux, afin d'augmenter la largeur du chemin de
ronde en temps de guerre, soit pour faciliter les communications, soit
pour dposer les projectiles ou tablir des engins. Nous avons expliqu
ailleurs l'utilit de ces chemins de ronde supplmentaires (voy.
ARCHITECTURE MILITAIRE, fig. 32 et 33).

Ces sortes d'chauguettes interrompant la circulation sur les courtines
avaient, comme les tours, l'avantage d'obliger les rondes  se faire
reconnatre soit par la sentinelle place au sommet de l'ouvrage, soit
par le poste abrit sous la petite plate-forme suprieure. Quelquefois
mme ces chauguettes sont fermes, barrent compltement le chemin de
ronde: ce sont de vritables corps de garde. Nous voyons encore une
chauguette de ce genre sur la courtine occidentale de la forteresse de
Villeneuve-ls-Avignon. Cette chauguette ne flanque pas la courtine et
dborde  peine son parement extrieur; elle est rserve pour le
service de la garnison. Voici son plan (12). En A est le chemin de ronde
interrompu par l'chauguette et ses deux portes B; un seul crneau C a
vue sur l'extrieur; en D est une petite chemine. Deux ou trois hommes
au plus pouvaient se tenir dans ce poste dont nous prsentons (13)
l'aspect intrieur, en supposant le comble, trac en E, enlev. Cette
partie des murs de la citadelle de Villeneuve-ls-Avignon date de la
premire moiti du XIVe sicle.

Les formes donnes aux chauguettes, pendant les XIVe et XVe sicles,
sont trs-varies; lorsqu'elles servent de flanquements, elles sont ou
barlongues comme celles d'Avignon, ou semi-circulaires, ou  pans,
portes sur des contre-forts, sur des encorbellements ou des corbeaux,
suivant le besoin ou la nature des dfenses; elles sont ou couvertes ou
dcouvertes, contenant un ou plusieurs tages de crnelages, avec ou
sans mchicoulis.

Il existait encore, en 1835, au sommet des remparts de l'abbaye du
Mont-Saint-Michel-en-Mer, du ct du midi, une belle chauguette avec
mchicoulis sur la face et sur les cts, interceptant, comme celle de
Villeneuve-ls-Avignon, la communication sur le chemin de ronde de la
courtine. Cette chauguette tenait aux constructions du XIVe sicle[52].

Le plan (14), pris au niveau du crnelage, fait voir les deux baies
fermant l'chauguette, la petite chemine qui servait  chauffer les
gens de guet, l'ouverture du mchicoulis de face en A et celles des
mchicoulis latraux en B. Ces mchicoulis se fermaient au moyen de
planchettes munies de gonds.

La fig. 15 donne une vue perspective extrieure de ce poste avec sa
couverture. Cette construction tait en granit rouge.

La fig. 15 bis prsente, en A, la coupe de l'chauguette sur la ligne
EG, et, en B, sur la ligne CD du plan.

Dans la premire de ces coupes est indique l'ouverture du mchicoulis
de face en H avec la saillie K, sur le parement du mur, pour empcher
les traits dcochs d'en bas de remonter en glissant le long du parement
jusqu'aux dfenseurs. Dans la seconde coupe B, on voit l'ouverture du
mchicoulis de face en L, et, en M, celles des mchicoulis latraux avec
les arrts O pour les traits venant du dehors. Ces mchicoulis latraux
servaient, avec les meurtrires P,  flanquer la courtine, car on
remarquera que les dfenseurs pouvaient non-seulement laisser tomber des
pierres verticalement, mais aussi envoyer des traits d'arbalte
obliquement, ainsi que l'indique le trac ponctu MN. On trouve assez
souvent, dans nos anciennes forteresses, beaucoup d'chauguettes
disposes de cette manire, au moins quant au mchicoulis de face; mais
il ne faut pas prendre pour telles des latrines qui souvent ont la mme
apparence extrieure, et ont leur vidange sur le dehors (voy. LATRINE),
quand ce dehors est un foss ou un escarpement.

Ainsi que nous avons l'occasion de le constater bien des fois dans le
_Dictionnaire_, les architectes des XIIIe, XIVe et XVe sicles,
employaient les encorbellements toutes les fois que ce systme de
construction pouvait leur tre utile; il arrive souvent qu'on est
oblig, dans les btisses, de donner aux parties suprieures plus de
surface qu'aux parties infrieures des maonneries. Les architectes du
moyen ge s'taient soumis  ces besoins; ils n'hsitaient jamais 
faire emploi du systme des encorbellements, et se tiraient avec
beaucoup d'adresse des difficults qu'il prsente, tout en obtenant des
constructions parfaitement solides.

Sur l'un des fronts de l'enceinte du chteau de Vz (voy. le plan
d'ensemble de ce chteau  l'article DONJON, fig. 45), il existe encore
de belles chauguettes semi-circulaires flanquantes, dont nous donnons
la vue perspective extrieure (16). Sur le talus de la courtine nat un
contre-fort rectangulaire peu saillant, qui, au moyen de trois
corbelets, porte un demi-cylindre infrieur sur lequel posent quatre
assises profiles arrivant  former un puissant encorbellement portant
l'chauguette. La bascule de cette masse est parfaitement maintenue par
le massif de la courtine.

Sur l'autre front de la mme enceinte,  l'intrieur de la cour du
chteau, il existe des chauguettes rectangulaires cette fois,  doubles
flanquements, c'est--dire formant deux redans de chaque ct (17),
destins  flanquer la courtine  droite et  gauche: le premier redan
assez long pour permettre un tir parallle aux parements de cette
courtine; le second plus court, mais suffisant pour le tir oblique,
ainsi que l'indique le plan A. Ici encore, c'est un large contre-fort
rectangulaire naissant sur le talus infrieur et portant
l'encorbellement du premier redan; puis un second contre-fort en
encorbellement lui-mme portant la saillie du second redan. Des larmiers
abritent les profils et empchent la pluie de baver sur les parements.

Dans l'architecture militaire, les chauguettes n'ont t abandonnes
qu'aprs Vauban. On les regardait comme utiles, mme avec l'artillerie 
feu, pendant les XVIe et XVIIe sicles; les angles saillants des
bastions portaient encore des chauguettes, il y a deux cents ans,
destines uniquement  abriter les sentinelles. Il va sans dire qu'en
cas de sige c'tait la premire chose qu'abattait l'assaillant. Cette
persistance de l'chauguette constate seulement son importance dans les
ouvrages militaires du moyen ge, puisqu'on eut tant de peine 
l'abandonner, mme aprs que tout le systme de la dfense s'tait
transform. Les dernires chauguettes sont en forme de poivrire,
trs-troites, portes sur un cul-de-lampe et n'ayant que la valeur
d'une gurite, c'est--dire bonnes seulement pour surveiller les dehors,
mais ne pouvant servir  la dfense. Cependant, au commencement du XVIe
sicle, et au moment o l'on tablit dj des boulevards revtus, en
dehors des anciennes enceintes, lorsque ces boulevards prsentent un
angle saillant (ce qui est rare, la forme circulaire tant alors
admise), cet angle saillant est garni quelquefois d'une assez large
chauguette quadrangulaire, pose la face sur l'angle du boulevard,
ainsi que l'indique la fig. 18. Ces chauguettes pouvaient recevoir un
fauconneau; elles taient ordinairement revtues de combles en dalles
poses sur une vote, dcores d'armoiries et d'autres ornements qui
donnaient aux saillants des boulevards un certain air monumental. Le
temps et les boulets ont laiss peu de traces de ces petits ouvrages que
nous ne retrouvons plus que dans d'anciennes gravures; et c'est  peine
si, aujourd'hui, sur nos vieux bastions franais, on aperoit quelques
assises des encorbellements qui portaient ces sortes d'chauguettes.

Sur les boulevards en terre et clayonnages dont on fit un grand usage
pendant les guerres du XVIe sicle pour couvrir d'anciennes
fortifications, on tablissait des chauguettes en bois en dehors de
l'angle saillant des bastions et au milieu des courtines (18 bis), afin
de permettre aux sentinelles de voir ce qui se passait au fond des
fosss. Ces sortes d'chauguettes sont employes jusqu'au XVIIe sicle.

On tablissait aussi des chauguettes transitoires en bois sur les
chemins de ronde des fortifications du moyen ge; ces chauguettes se
reliaient aux hourds et formaient des sortes de bretches (voy. ce mot).
Quant aux chauguettes  demeure en charpente, nous les avons
scrupuleusement dtruites en France.  peine si nous en apercevons les
traces sur quelques tours ou clochers. Pour trouver de ces sortes
d'ouvrages encore entiers, il faut se dcider  passer le Rhin et
parcourir l'Allemagne conservatrice.

Sur le bord oriental du lac de Constance est une charmante petite ville
qui a nom Lindau; c'est une tte du chemin de fer bavarois. Lindau a
respect ses murailles du moyen ge, avec quelques-unes des anciennes
tours flanquantes. L'une de ces tours, dont la construction remonte au
XIVe sicle, est couronne de quatre chauguettes du XVe sicle, en
bois, posant sur des encorbellements de pierre. Voici (19) l'ensemble de
cette construction. Les combles sont couverts en tuiles vernisses, avec
boules et girouettes en cuivre dor. Depuis le XVe sicle, pas une main
profane n'a touch cette innocente dfense que pour l'entretenir; aucun
Conseil municipal n'a prtendu que les bois du comble fussent pourris ou
que la tour gnt les promeneurs. Nous donnons (20) le dtail de l'une
de ces quatre chauguettes, dont les pans-de-bois sont hourds en
maonnerie, avec meurtrires sur chacune des faces. Il suffit de jeter
les yeux sur les gravures d'Isral Sylvestre, de Mrian, de Chastillon,
pour constater qu'en France toutes les villes du Nord et de l'Est
renfermaient quantit de ces tours couronnes d'chauguettes qui se
dcoupaient si heureusement sur le ciel et donnaient aux cits une
physionomie pittoresque. Aujourd'hui nous en sommes rduits  admirer
ces restes du pass en Allemagne, en Belgique ou en Angleterre.

Dans la campagne, et surtout dans les pays de plaines, les combles des
tours des chteaux se garnissaient d'chauguettes qui permettaient de
dcouvrir au loin ce qui se passait; la Picardie et les Flandres
surmontaient les combles de leurs donjons d'chauguettes de bois
recouvertes de plomb ou d'ardoises. Les gravures nous ont conserv
quelques-unes de ces guettes de charpenterie. Nous donnons ici l'une
d'elles (21) en A[53].

 la base du pignon se voient deux autres chauguettes de pierre B, 
deux tages, flanquant le chemin de ronde des mchicoulis.

Nous retrouvons encore la tradition de ces guettes couronnant les
combles des tours dans la plupart des chteaux de la Renaissance, comme
 Chambord,  Tanlay,  Ancy-le-Franc, et, plus tard, au chteau de
Richelieu en Poitou, de Blrancourt en Picardie, etc. Ce ne fut que sous
le rgne de Louis XIV, et lorsque les combles ne furent plus de mise sur
les difices publics ou privs, que disparurent ces derniers restes de
la guette du chteau fodal.

Les combles des beffrois de ville taient souvent munies d'chauguettes
de bois. Comme les combles des donjons, on a eu grand soin de les
dtruire chez nous, et il nous faut sans cesse avoir recours aux
anciennes gravures si nous voulons prendre une ide de leur disposition.
La plupart des tours de beffrois des villes du nord en France, leves
pendant les XIIIe et XIVe sicles, taient carres[54]; elles se
terminaient par une galerie ferme ou  ciel ouvert, avec chauguettes
aux angles; de plus, le comble en charpente, trs-lev et trs-orn
gnralement (car les villes attachaient une sorte de gloire  possder
un beffroi magnifique), tait perc de lanternes ou d'chauguettes,
servant de gurites au guetteur. Il nous faut bien, cette fois encore,
emprunter aux pays d'outre-Rhin, pour appuyer nos descriptions sur des
monuments. Retournons donc  Prague, la ville des chauguettes, et celle
dont l'architecture gothique se rapproche le plus de notre cole
picarde.

La cathdrale de cette ville possde deux tours sur sa faade
occidentale dont les couronnements affectent bien plutt la forme de nos
beffrois municipaux du Nord que celle d'un clocher d'glise. Ces tours,
 dfaut d'autres renseignements existants, vont nous servir 
reconstituer les chauguettes des tours de ville des XIVe et XVe
sicles.

Sur un dernier tage carr (22) s'panouit un large encorbellement
dcor d'cussons armoys aux quatre angles; cet encorbellement arrive 
former des portions d'octogones, ainsi que l'indique le plan A. Une
balustrade de pierre pourtourne le couronnement et est surmonte aux
angles de logettes galement en pierre couvertes de pavillons aigus en
charpente. En retraite, sur le parement intrieur de la tour, s'lve un
grand comble  huit pans sur quatre faces duquel sont poses des
chauguettes en bois couvertes aussi de pyramides  huit pans. Tous ces
combles sont revtus d'ardoises et de plomb, avec pis, boules,
girouettes. Quatre petits combles diagonaux permettent de passer 
couvert de la base de la charpente dans chacune des chauguettes
d'angle.

La fig. 23 donne le dtail de l'une des quatre chauguettes suprieures
du comble. C'tait un couronnement de ce genre, mais plus somptueux
probablement, qui devait terminer le beffroi de la ville d'Amiens
construit vers 1410 et brl en 1562. Un guetteur avait charge, du haut
de ce beffroi, de sonner les cloches pour annoncer le bannissement de
quelque malfaiteur, les incendies qui se dclaraient dans la ville ou la
banlieue, pour donner l'alarme s'il voyait s'avancer vers la cit une
troupe d'hommes d'armes, pour prvenir les sentinelles poses aux
portes. Le son diffrent des cloches mises en branle faisait connatre
aux habitants le motif pour lequel on les runissait. Ce guetteur, au
XVe sicle, recevait pour traitement un cu quarante sols par an, plus
une cotte en drap moiti rouge moiti bleu qu'il portait  cause des
grans vans et froidures estant au hault dudict beffroi. Il logeait
dans la tour, devait jouer de sa pipette  la sonnerie du matin; il
cornait pour annoncer aux bourgeois rassembls hors la ville, 
l'occasion de quelque fte ou crmonie, qu'ils pouvaient tre en paix
et que rien de fcheux ne survenait dans la cit. Il lui fallait aussi
jouer certains airs lorsque des processions circulaient dans la
ville[55]. C'tait, on en conviendra, un homme qui gagnait bien un cu
quarante sols et un habit rouge et bleu par an.

Certains moustiers, certaines glises taient fortifies pendant le
moyen ge, et ces glises tant habituellement entoures de
contre-forts, on surmontait ceux-ci d'chauguettes. On voit encore, sur
la faade occidentale de l'glise abbatiale de Saint-Denis, des traces
d'chauguettes circulaires bties au XVe sicle sur les contre-forts du
XIIe. Pendant les guerres avec les Anglais, sous Charles VI et Charles
VII, en Normandie, sur les frontires de la Bretagne, sur les bords de
la Loire, beaucoup d'glises abbatiales furent ainsi munies
d'chauguettes. Dans les contres exposes aux courses d'aventuriers,
dans les montagnes et les lieux dserts, presque toujours les glises
furent remanies,  l'extrieur, de manire  pouvoir se dfendre contre
une troupe de brigands. Les chauguettes alors servaient non-seulement 
poster des guetteurs de jour et de nuit, mais encore elles flanquaient
les murs et en commandaient les approches. L'glise abbatiale de
Saint-Claude, dans le Jura, aujourd'hui cathdrale, btie vers la fin du
XIV sicle, porte sur ses contre-forts des chauguettes bien fermes et
commandant parfaitement les dehors. Ces chauguettes (24) sont  un
tage couvert sur les contre-forts latraux, et  deux tages (25) sur
les contre-forts d'angle. On communique d'un de ces tages  l'autre par
une trappe rserve dans le plancher et une petite chelle de meunier.
Dans le midi de la France, on remarque, sur des glises romanes, des
chauguettes construites  la hte au XIVe sicle, pour mettre ces
difices en tat de rsister aux courses des troupes du Prince Noir. On
leva encore des chauguettes sur les difices religieux pendant les
guerres de religion du XVIe sicle, et quelquefois mme des chauguettes
furent disposes pour recevoir de petites bouches  feu.

Du jour o chacun n'eut plus  songer  sa dfense personnelle,
l'chauguette disparut de nos difices civils ou religieux; et il faut
reconnatre que la gendarmerie de notre temps remplace avec avantage ces
petits postes de surveillance.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 10. bis.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 14.]
[Illustration: Fig. 15.]
[Illustration: Fig. 15. bis.]
[Illustration: Fig. 16.]
[Illustration: Fig. 17.]
[Illustration: Fig. 18.]
[Illustration: Fig. 18. bis.]
[Illustration: Fig. 19.]
[Illustration: Fig. 20.]
[Illustration: Fig. 21.]
[Illustration: Fig. 22.]
[Illustration: Fig. 23.]
[Illustration: Fig. 24.]
[Illustration: Fig. 25.]

     [Note 42: Le _Roman de Rou_, vers 9519 et suiv.]

     [Note 43: Roman de _Garin le Loherain_. La leon
     _eschargaite_ est prfrable; elle est employe dans le mme
     roman:

       De l'chargaite, por Dieu, qu'en sera-t-il?

     Ce mot est form de _scara_, interprt dans les monuments du
     VIIIe sicle par _turma_, acies, et de _wachte_, garde.
     _Scaraguayta_.]

     [Note 44: Roman d'_Ogier l'Ardenois_, vers 1122 et suiv.]

     [Note 45: _Ibid._, vers 10736.]

     [Note 46: Archiv. de Bthune, de Pronne, de Noyon. Voy. _Les
     artistes du nord de la France aux_ XIVe, XVe et XVIe
     _sicles_, par Al. de la Fons, baron de Mlicocq. Bthune,
     1848. Rpar. des fortif. de Bthune, d'Arras, de Guise, de
     Noyon, de Pronne, etc. Registre des comptes, p. 185 et
     suiv.]

     [Note 47: La _Chronique de Rains_, chap. VIII.]

     [Note 48: Si nous donnons ici cet exemple, c'est qu'il nous
     semble tre l'oeuvre d'un architecte picard. En effet, en
     Bohme, pendant le XIVe sicle, on avait eu recours  des
     architectes de notre pays. Ainsi le choeur de la cathdrale
     de Prague est btie en 1344 par un Franais, Mathieu d'Arras,
     appel en Bohme par le roi Jean et son fils Charles,
     margrave de Moravie. Parmi les cussons armoys qui dcorent
     la porte, sur le vieux pont, on trouve l'cu de France sem
     de fleurs de lis sans nombre, par consquent antrieur 
     Charles V.]

     [Note 49: Cette porte, qui conservait encore la trace des
     boulets des armes allies lors de l'invasion de 1814, a t
     dtruite, sans motif srieux, il y a quelques annes. C'tait
     une charmante ruine.]

     [Note 50: Cette chauguette date du XIIIe sicle.]

     [Note 51: Le plan 10 est pris au niveau du parapet du chemin
     de ronde de la courtine; le plan 10 bis, au niveau du parapet
     de l'chauguette.]

     [Note 52: Depuis cette poque, la portion du rempart dont il
     est ici question a t restaure et l'chauguette dtruite;
     depuis longtemps elle servait de latrines.]

     [Note 53: Du chteau de Beersel en Brabant. (Voy. _Castella
     et prtoria nobilium Brabanti, ex mus. Jac. baronis Le Roy,
     etc._ Anvers, 1696.)]

     [Note 54: Les beffrois d'Amiens, de Bthune, de Valenciennes,
     qui existent ou existaient encore il y a peu d'annes, sont
     btis sur plan carr (voy. BEFFROI).]

     [Note 55: Voy. _Descript. du beffroi et de l'htel de ville
     d'Amiens_, par M. Dusevel. Amiens, 1847.]



CHELLE, s. f. Nous ne parlons pas ici de l'chelle dont se servent les
ouvriers pour monter sur les chafauds, non plus des chelles qui
taient en permanence sur les places rserves aux excutions, et
auxquelles on attachait les gens coupables de faux serments ou de
quelque dlit honteux pour les laisser ainsi exposs aux quolibets de la
foule[56]. Nous ne nous occupons que de l'_chelle relative_. En
architecture, on dit l'chelle d'un monument... Cet difice n'est pas 
l'chelle. L'chelle d'une cabane  chien est le chien, c'est--dire
qu'il convient que cette cabane soit en proportion avec l'animal qu'elle
doit contenir. Une cabane  chien dans laquelle un ne pourrait entrer
et se coucher ne serait pas  l'chelle.

Ce principe, qui parat si naturel et si simple au premier abord, est
cependant un de ceux sur lesquels les diverses coles d'architecture (de
notre temps) s'entendent le moins. Nous avons touch cette question dj
dans l'article ARCHITECTURE, et notre confrre regrett, M. Lassus,
l'avait traite avant nous[57]. Dans la pratique, cependant, il ne
semble pas que les observations mises en avant sur ce sujet aient
produit des rsultats. Nous n'avons pas la vanit de nous en tonner;
nous croyons simplement que nos explications n'ont t ni assez tendues
ni assez claires. Il faut donc reprendre la question et la traiter 
fond, car elle en vaut la peine.

Les Grecs, dans leur architecture, ont admis un _module_, on n'en
saurait douter; ils ne paraissent pas avoir eu d'_chelle_. Ainsi, qu'un
ordre grec ait cinq mtres ou dix mtres de hauteur, les rapports
harmoniques sont les mmes dans l'un comme dans l'autre, c'est--dire,
par exemple, que si le diamtre de la colonne  la base est _un_, la
hauteur de la colonne sera _six_, et l'entre-colonnement _un et demi_
vers le milieu du ft, dans le petit comme dans le grand ordre. En un
mot, la _dimension_ ne parat pas changer les _proportions relatives_
des divers membres de l'ordre. Cependant les Grecs ont t pourvus de
sens si dlicats qu'on ne saurait gure admettre chez eux la non
application d'un principe vrai en matire d'art, sans une cause majeure.
Nous ignorons le mcanisme harmonique de l'architecture grecque; nous ne
pouvons que constater ses rsultats sans avoir dcouvert, jusqu'
prsent, ses formules. Nous reconnaissons bien qu'il existe un _module_,
des _tonalits_ diffrentes, des rgles mathmatiques, mais nous n'en
possdons pas la clef, et Vitruve ne peut gure nous aider en ceci, car
lui-mme ne semble pas avoir t initi aux formules de l'architecture
grecque des beaux temps, et ce qu'il dit au sujet des ordres n'est pas
d'accord avec les exemples laisss par ses matres. Laissons donc ce
problme  rsoudre, ne voyons que l'apparence. Si nous considrons
seulement les deux architectures mres des arts du moyen ge,
c'est--dire l'architecture grecque et l'architecture romaine, nous
trouvons dans la premire un art complet, tout d'une pice, consquent,
formul, dans lequel l'apparence est d'accord avec le principe; dans la
seconde, une structure indpendante souvent de l'apparence, le besoin et
l'art, l'objet et sa dcoration. Le besoin tant manifest dans
l'architecture romaine, tant imprieux mme habituellement, et le
besoin se rapportant  l'homme, l'harmonie pure de l'art grec est
dtruite; l'chelle apparat dj dans les difices romains; elle
devient imprieuse dans l'architecture du moyen ge. De mme que, dans
la socit antique, l'individu n'est rien, qu'il est le jouet du destin,
qu'il est perdu dans la chose publique, aussi ne peut-il exercer une
influence sur la forme ou les proportions des monuments qu'il lve. Un
temple est un temple; il est grand, si la cit peut le faire grand; il
est petit, si sa destination ou la pnurie des ressources exige qu'il
soit petit; s'il est grand, il y a une grande porte; s'il est petit, il
n'a qu'une petite porte. Les impossibilits rsultant de la nature des
matriaux mettent seules une limite aux dimensions du grand monument,
comme l'obligation de passer sous une porte empche seule qu'elle ne
s'abaisse au-dessous de la taille humaine; mais il ne venait
certainement pas  l'esprit d'un Grec de mettre en rapport son difice
avec lui-homme, comme il ne supposait pas que son _moi_ pt modifier les
arrts du destin. Les rapports harmoniques qui existent entre les
membres d'un ordre grec sont si bien commands par l'art et non par
l'objet, que, par exemple, un portique de colonnes doriques devant
toujours s'lever sur un socle compos d'assises en retraite les unes
sur les autres comme des degrs, la hauteur de ces degrs devant tre
dans un rapport harmonique avec le diamtre des colonnes, si le diamtre
de ces colonnes est tel que chacun des degrs ait la hauteur d'une
marche ordinaire, c'est tant mieux pour les jambes de ceux qui veulent
entrer sous le portique. Mais si le diamtre de ces colonnes est
beaucoup plus grand, la hauteur harmonique des degrs augmentera en
proportion; il deviendra impossible  des jambes humaines de les
franchir, et comme, aprs tout, il faut monter, on pratiquera,  mme
ces degrs, des marches sur quelques points, comme une concession faite
par l'art aux besoins de l'homme, mais faite, on s'en aperoit, avec
regret. videmment le Grec considrait les choses d'art plutt en amant
qu'en matre. Chez lui, l'architecture n'obissait qu' ses propres
lois. Cela est bien beau assurment, mais ne peut exister qu'au milieu
d'une socit comme la socit grecque, chez laquelle le culte, le
respect, l'amour et la conservation du beau taient l'affaire
principale. Rendez-nous ces temps favorables, ou mettez vos difices 
l'chelle. D'ailleurs il ne faut pas esprer pouvoir en mme temps
sacrifier  ces deux principes opposs. Quand, dans une cit, les
difices publics et privs sont tous construits suivant une harmonie
propre, tenant  l'architecture elle-mme, il s'tablit entre ces
oeuvres de dimensions trs-diffrentes des rapports qui probablement
donnent aux yeux le plaisir que procure  l'oue une symphonie bien
crite. L'oeil fait facilement abstraction de la dimension quand les
proportions sont les mmes, et on conoit trs-bien qu'un Grec prouvt
autant de plaisir  voir un petit ordre tabli suivant les rgles
harmoniques qu'un grand; qu'il ne ft pas choqu de voir le petit et le
grand  ct l'un de l'autre, pas plus qu'on n'est choqu d'entendre une
mlodie chante par un soprano et une basse-taille. Peut-tre mme les
Grecs tablissaient-ils dans les relations entre les dimensions les
rapports harmoniques que nous reconnaissons entre des voix chantant 
l'octave. Peut-tre les monuments destins  tre vus ensemble
taient-ils composs par antiphonies? Nous pouvons bien croire que les
Grecs ont t capables de tout en fait d'art, qu'ils prouvaient par le
sens de la vue des jouissances que nous sommes trop grossiers pour
jamais connatre.

Le mode grec, que les Romains ne comprirent pas, fut perdu.  la place
de ces principes harmoniques, bass sur le module abstrait, le moyen ge
mit un autre principe, celui de l'chelle, c'est--dire qu' la place
d'un module variable comme la dimension des difices, il prit une mesure
uniforme, et cette mesure uniforme est donne par la taille de l'homme
d'abord, puis par la nature de la matire employe. Ces nouveaux
principes (nous disons nouveaux, car nous ne les voyons appliqus nulle
part dans l'antiquit) ne font pas que, parce que l'homme est petit,
tous les monuments seront petits; ils se bornent, mme dans les plus
vastes difices (et le moyen ge ne se fit pas faute d'en lever de
cette sorte),  forcer l'architecte  rappeler toujours la dimension de
l'homme,  tenir compte toujours de la dimension des matriaux qu'il
emploie.

Dornavant, une porte ne grandira plus en proportion de l'difice, car
la porte est faite pour l'homme, elle conservera _l'chelle_ de sa
destination; un degr sera toujours un degr praticable. La taille de
l'homme (nous choisissons, bien entendu, parmi les plus grands) est
divise en six parties, lesquelles sont divises en douze, car le
systme duodcimal, qui peut se diviser par moiti, par quarts et par
tiers, est d'abord admis comme le plus complet. L'homme est la toise, le
sixime de l'homme est le pied, le douzime du pied est le pouce. Arms
de cette mesure, les architectes vont y subordonner tous les membres de
leurs difices: c'est donc l'homme qui devient le module, et ce module
est invariable. Cela ne veut pas dire que l'architecture du moyen ge, 
son origine et  son apoge, soit un simple calcul, une formule
numrique; non, ce principe se borne  rappeler toujours la taille
humaine. Ainsi, quelle que soit la hauteur d'une pile, la base de cette
pile ne dpasse jamais la hauteur d'appui; quelle que soit la hauteur
d'une faade, la hauteur des portes n'excdera pas deux toises, deux
toises et demie au plus, parce qu'on ne suppose pas que des hommes et ce
qu'ils peuvent porter, tels que bannires, dais, btons, puissent
dpasser cette hauteur. Quelle que soit la hauteur d'un vaisseau, les
galeries de service  diffrents tages seront proportionnes, non  la
grandeur de l'difice, mais  la taille de l'homme. Voil pour certains
membres principaux. Entrons plus avant dans la thorie. On a t
chercher fort loin l'origine des colonnes engages qui, dans les
monuments du moyen ge, s'allongent indfiniment, quel que soit leur
diamtre, contrairement au mode grec; il n'tait besoin cependant que de
recourir au principe de l'_chelle_ admis par les architectes de ces
temps pour trouver la raison de cette innovation. On nous a dni
l'influence de l'_chelle_ humaine, en nous disant, par exemple, que les
colonnes engages des piles de la cathdrale de Reims sont bien plus
grosses que celles d'une glise de village; nous rpondons que les
colonnes engages de la cathdrale de Reims ne sont pas dans un rapport
proportionnel avec des colonnes engages d'un difice quatre fois plus
petit. C'est _matire de gomtrie_.

Prenons un monument franchement gothique, la nef principale de la
cathdrale d'Amiens. Cette nef a, d'axe en axe des piles, 14m,50; les
colonnes centrales portent 1m,36 de diamtre, et les quatre colonnettes
engages qui cantonnent ces colonnes centrales, 0,405m. Nous demandons
que l'on nous indique une nef de la mme poque, n'ayant que 7m,25 de
largeur d'axe en axe des piles, dont les colonnes centrales n'auraient
que 0,68 c. de diamtre et les colonnes engages 0,20 c., c'est--dire
tant dans un rapport exact de proportion avec la nef de la cathdrale
d'Amiens.

Voici un monument qui se prsente  propos, construit en matriaux
trs-rsistants, tandis que ceux dont se compose la cathdrale d'Amiens
ne le sont que mdiocrement: c'est la nef de l'glise de
Semur-en-Auxois, btie en mme temps que celle de la cathdrale
d'Amiens. La nef n'a en largeur qu'un peu moins de la moiti de
celle-ci, 6m,29. Or les colonnes centrales ont 1m,08 de diamtre, et les
colonnes engages qui les cantonnent, 0,27 c., au lieu de 0,64 c. et
0,19 c. Ces rapports proportionnels que nous trouvons dans
l'architecture antique n'existent donc pas ici; notez que 0,405m font
juste 15 pouces, et 0,27 c., 10 pouces, et les colonnettes cantonnantes
des piles de l'glise de Semur sont les plus grles que nous
connaissions de cette poque; ordinairement ces colonnettes, qui ont une
si grande importance parce qu'elles portent en apparence les membres
principaux de l'architecture, ont, dans les plus petits difices, 0,32
c. (1 pied), dans les plus grands 0,40 c. (15 pouces); par cas
exceptionnel, comme  Reims, 0,49 c. (18 pouces)[58]; c'est--dire
l'unit, l'unit plus 1/4, l'unit plus 1/2. Mais ce qui donne l'chelle
d'un difice, ce sont bien plus les mesures en hauteur que les mesures
en largeur. Or, dans cette petite glise de Semur, le niveau du dessus
des bases est  1m,06 du sol, et les piles n'ont que 5m,00 de haut,
compris le chapiteau, jusqu'aux naissances des votes des bas-cts.
Dans la cathdrale d'Amiens, les piles qui remplissent le mme objet ont
13m,80, et le niveau du dessus des bases... 1m,06. Dans la cathdrale de
Reims, les piles ont 11m,20 de haut, et les bases 1m,30; 1m,06 font
juste 3 pieds 3 pouces; 1m,30, 4 pieds, c'est--dire 3 units 1/4, 4
units. Les chapiteaux de ces piles de la nef d'Amiens ont, tout
compris, 1m,14 de haut; ceux de Reims, 1m,14, c'est--dire 3 pieds 6
pouces; ceux des petites piles de l'glise de Semur, 1m,06, comme les
bases (3 pieds 3 pouces). La nef de la cathdrale de Reims a 37m,00 sous
clef; les colonnettes de son triforium ont 3m,50 de haut. La nef de la
cathdrale d'Amiens a 42m,00 sous clef; les colonnes de son triforium
ont de hauteur 3m,00. La nef de l'glise de Semur a, sous clef, 24m,00;
les colonnettes de son triforium ont de hauteur 2m,00: c'est le minimum,
parce que le triforium est un passage de service, qu'il indique la
prsence de l'homme; aussi ne grandit-il pas en proportion de la
dimension de l'difice. Les architectes, au contraire, mme lorsque,
comme  Amiens, la construction les oblige  donner au triforium une
grande hauteur sous plafond, rappellent, par un dtail important,
trs-visible, comme les colonnettes, la dimension humaine. C'est pour
cela qu' la base des difices, dans les intrieurs, sous les grandes
fentres, les architectes ont le soin de plaquer des arcatures qui,
quelle que soit la dimension de ces difices, ne sont toujours portes
que par des colonnettes de 2m,00 de hauteur au plus, colonnettes qui
sont ainsi, tout au pourtour du monument,  la hauteur de l'oeil, comme
des moyens multiplis de rappeler l'chelle humaine, et cela d'une faon
d'autant plus frappante, que ces colonnettes d'arcatures portent
toujours sur un banc, qui, bien entendu, est fait pour s'asseoir, et n'a
que la hauteur convenable  cet usage, c'est--dire de 0,40  0,45 c. Il
va sans dire que les balustrades, les appuis n'ont jamais, quelle que
soit la dimension des difices, que la hauteur ncessaire, c'est--dire
1m,00 (3 pieds).

Non-seulement la taille de l'homme, mais aussi la dimension des
matriaux dterminent l'chelle de l'architecture romaine et surtout de
l'architecture gothique. Tout membre d'architecture doit tre pris dans
une hauteur d'assise; mais comme les pierres  btir ne sont pas partout
de la mme hauteur de banc, c'est l o l'on reconnat la souplesse des
principes de cette architecture. Avec un tact et un sentiment de l'art
assez peu apprcis de nos jours, l'architecte du moyen ge lve sa
construction de faon  la mettre d'accord avec la dimension de
l'difice qu'il btit. Peu importe que les matriaux soient hauts ou
bas, il sait en mme temps le soumettre  l'chelle impose par ces
matriaux et aux proportions convenables  un grand ou  un petit
monument. Supposons qu'il ne possde que des pierres calcaires dont la
hauteur de banc est de 0,40 c. au plus, et qu'il veuille btir un
difice d'une trs-grande dimension, comme la faade de la cathdrale de
Paris, par exemple; admettons mme qu'il tienne  donner  cette faade
de grandes proportions, ou, pour mieux dire, une chelle suprieure 
l'chelle commune. Il lvera les soubassements en assises rgulires,
basses; si, dans ces soubassements, il veut faire saillir des bandeaux,
il ne donnera  ces bandeaux qu'une trs-faible hauteur, et encore les
fera-t-il tailler sur des profils fins, dlicats, afin de laisser  la
masse infrieure toute son importance; il maintiendra les lignes
horizontales, comme indiquant mieux la stabilit. Arriv  une certaine
hauteur, il sent qu'il faut viter l'uniformit convenable  un
soubassement, que les lits horizontaux donns par les assises dtruiront
l'effet des lignes verticales. Alors, devant cette structure compose
d'assises, il place des colonnettes en dlit qui sont comme un dessin
d'architecture indpendant de la structure; il surmonte ces colonnettes
d'arcatures prises dans des pierres poses de mme en dlit et
appareilles de telle faon qu'on n'aperoive plus les joints de la
construction: ainsi donne-t-il  son architecture les proportions qui
lui conviennent, et il laisse  ces proportions d'autant plus de
grandeur que, derrire ce placage dcoratif, l'oeil retrouve l'chelle
vraie de la btisse, celle qui est donne par la dimension des
matriaux. La grande galerie  jour qui, sous les tours, termine la
faade de Notre-Dame de Paris, est un chef-d'oeuvre de ce genre. La
structure vraie, comme un thme invariable, se continue du haut en bas,
par assises rgles de 0,40 c. de hauteur environ. Devant cette masse
uniforme se dessine d'abord la galerie des Rois, avec ses colonnes
monolithes de 0,25 c. de diamtre, dresses entre des statues de 3m,00
de hauteur. Puis vient se poser immdiatement une balustrade  l'chelle
humaine, c'est--dire de 1m,00 de hauteur, qui rend  la galerie sa
grandeur, en rappelant, prs des figures colossales, la hauteur de
l'homme. Au-dessus, les assises horizontales; le thme continue sans
rien qui altre son effet. L'oeuvre se termine par cette grande galerie
verticale dont les colonnes monolithes ont 5m,10 de hauteur sur 0,18 c.
de diamtre, couronne par une arcature et une corniche saillante,
haute, ferme, dans laquelle cependant l'ornementation et les profils se
soumettent  la dimension des matriaux (voy. CORNICHE, fig. 17). Les
tours s'lvent sur ce vaste soubassement; elles se composent, comme
chacun sait, de piles cantonnes de colonnettes engages bties par
assises de 0,45 c. de hauteur; mais pour que l'oeil,  cette distance,
puisse saisir la construction, norme empilage d'assises, dans les
angles, chacune de ces assises porte un crochet saillant se dcoupant
sur les fonds ou sur le ciel. Ces longues sries de crochets, marquant
ainsi l'chelle de la construction, rendent aux tours leur dimension
vritable en faisant voir de combien d'assises elles se composent. Sur
la faade de Notre-Dame de Paris, l'chelle donne par la dimension de
l'homme et par la nature des matriaux est donc soigneusement observe
de la base au fate. La statuaire, qui sert de point de comparaison,
n'existe que dans les parties infrieures; les couronnements en sont
dpourvus, et, en cela, l'architecte a procd sagement: car, dans un
difice de cette hauteur, si l'on place des statues sur les
couronnements, celles-ci paraissent trop petites lorsqu'elles ne
dpassent pas du double au moins la dimension de l'homme; elles crasent
l'architecture lorsqu'elles sont colossales.

En entrant dans une glise ou une salle gothique, chacun est dispos 
croire ces intrieurs beaucoup plus grands qu'ils ne le sont rellement;
c'est encore par une judicieuse application du principe de l'chelle
humaine que ce rsultat est obtenu. Comme nous l'avons dit tout 
l'heure, les bases des piles, leurs chapiteaux, les colonnettes des
galeries suprieures rappellent  diverses hauteurs la dimension de
l'homme, quelle que soit la proportion du monument. De plus, la
multiplicit des lignes verticales ajoute singulirement  l'lvation.
Dans ces intrieurs, les profils sont camards, fins, toujours pris dans
des assises plus basses que celles des piles ou des parements. Les vides
entre les meneaux des fentres ne dpassent jamais la largeur d'une baie
ordinaire, soit 1m,25 (4 pieds) au plus. Si les fentres sont
trs-larges, ce sont les meneaux qui, en se multipliant, rappellent
toujours ces dimensions auxquelles l'oeil est habitu, et font qu'en
effet ces fentres paraissent avoir leur largeur relle. D'ailleurs ces
baies sont garnies de panneaux de vitraux spars par des armatures en
fer, qui contribuent encore  donner aux ouvertures vitres leur
grandeur vraie; et pour en revenir aux colonnes engages indfiniment
allonges, dans l'emploi desquelles les uns voient une dcadence ou
plutt un oubli des rgles de l'antiquit sur les ordres, les autres une
influence d'un art tranger, d'autres encore un produit du hasard, elles
ne sont que la consquence d'un principe qui n'a aucun point de rapport
avec les principes de l'architecture antique. D'abord il faut admettre
que les ordres grecs n'existent plus, parce qu'en effet ils n'ont aucune
raison d'exister chez un peuple qui abandonne compltement la
plate-bande pour l'arc. La plate-bande n'tant plus admise, le point
d'appui n'est plus colonne, c'est une pile. La colonne qui porte une
plate-bande est et doit tre diminue, c'est--dire prsenter  sa base
une section plus large que sous le chapiteau; c'est un besoin de l'oeil
d'abord, c'est aussi une loi de statique; car la plate-bande tant un
poids inerte, il faut que le quillage sur lequel pose ce poids prsente
une stabilit parfaite. L'arc, au contraire, est une pesanteur agissante
qui ne peut tre maintenue que par une action oppose. Quatre arcs qui
reposent sur une pile se contre-buttent rciproquement, et la pile n'est
plus qu'une rsistance oppose  la rsultante de ces actions opposes.
Il ne viendra jamais  la pense d'un architecte (nous disons architecte
qui construit) de reposer quatre arcs sur une pile conique ou
pyramidale. Il les bandera sur un cylindre ou un prisme, puisqu'il sait
que la rsultante des pressions obliques de ces quatre arcs, s'ils sont
gaux de diamtre, d'paisseur et de charge, passe dans l'axe de ce
cylindre ou de ce prisme sans dvier. Il pourrait se contenter d'un
poinon pos sur sa pointe pour porter ces arcs. Or, comme nous l'avons
assez fait ressortir dans l'article CONSTRUCTION, le systme des votes
et d'arcs adopt par les architectes du moyen ge n'tant autre chose
qu'un systme d'quilibre des forces opposes les unes aux autres par
des buttes ou des charges, tout dans cette architecture tend  se
rsoudre en des pressions verticales, et le systme d'quilibre tant
admis, comme il faut tout prvoir, mme l'imperfection dans l'excution,
comme il faut compter sur des erreurs dans l'valuation des pressions
obliques opposes ou charges, et par consquent sur des dviations dans
les rsultantes verticales, mieux vaut dans ce cas une pile qui se prte
 ces dviations qu'une pile inflexible sur sa base. En effet, soit (1),
sur une pile A, une rsultante de pressions qui, au lieu d'tre
parfaitement verticale, soit oblique suivant la ligne CD, cette
rsultante oblique tendra  faire faire  la pile le mouvement indiqu
en B. Alors la pile sera broye sur ses artes. Mais soit, au contraire,
sur une pile E, une rsultante de pressions obliques, la pile tendra 
pivoter sur sa base de manire  ce que la rsultante rentre dans la
verticale, comme le dmontre le trac F. Alors, si la pile est charge,
ce mouvement ne peut avoir aucun inconvnient srieux. Tout le monde
peut faire cette exprience avec un cne sur le sommet ou la base duquel
on appuierait le doigt. Dans le premier cas, on fera sortir la base du
plan horizontal; dans le second, le cne obira, et  moins de faire
sortir le centre de gravit de la surface conique, on sentira sous la
pression une rsistance toujours aussi puissante.

Ainsi laissons donc l les rapports de la colonne des ordres antiques,
qui n'ont rien  faire avec le systme de construction de l'architecture
du moyen ge. Ne comparons pas des modes opposs par leurs principes
mmes. Les architectes gothiques et mme romans du Nord n'ont pas, 
proprement parler, connu la colonne; ils n'ont connu que la pile. Cette
pile, quand l'architecture se perfectionne, ils la dcomposent en autant
de membres qu'ils ont d'arcs  porter; rien n'est plus logique
assurment. Ces membres ont des pressions gales ou  peu prs gales 
recevoir; ils admettent donc qu'en raison de l'tendue des monuments ils
donneront  chacun d'eux le diamtre convenable, 1 pied, 15 pouces, ou
18 pouces, comme nous l'avons dmontr plus haut; cela est encore
trs-logique. Ils poseront ces membres runis sur une base unique, non
faite pour eux, mais faite pour l'homme, comme les portes, les
balustrades, les marches, les appuis sont faits pour l'homme et non pour
les monuments; cela n'est pas conforme  la donne antique, mais c'est
encore conforme  la logique, car ce ne sont pas les difices qui
entrent par leurs propres portes, qui montent leurs propres degrs ou
s'appuient sur leurs propres balustrades, mais bien les hommes. Ces
membres, ou fractions de piles, ces points d'appui ont, celui-ci un arc
 soutenir  cinq mtres du sol: on l'arrte  cette hauteur, on pose
son chapiteau (qui n'est qu'un encorbellement propre  recevoir le
sommier de l'arc, voy. CHAPITEAU); cet autre doit porter son arc  huit
mtres du sol: il s'arrte  son tour  ce niveau; le dernier recevra sa
charge  quinze mtres, son chapiteau sera plac  quinze mtres de
hauteur. Cela n'est ni grec, ni mme romain, mais cela est toujours
parfaitement logique. La colonne engage gothique, qui s'allonge ainsi
ou se raccourcit suivant le niveau de la charge qu'elle doit porter, n'a
pas de module, mais elle a son chelle, qui est son diamtre; elle est
cylindrique et non conique, parce qu'elle n'indique qu'un point d'appui
recevant une charge passant par son axe, et qu'en supposant mme une
dviation dans la rsultante des pressions, il est moins dangereux pour
la stabilit de l'difice qu'elle puisse s'incliner comme le ferait un
poteau, que si elle avait une large assiette s'opposant  ce mouvement.
Son diamtre est aussi peu variable que possible, quelle que soit la
dimension de l'difice, parce que ce diamtre uniforme, auquel l'oeil
s'habitue, paraissant grle dans un vaste monument, large dans un petit,
indique ainsi la dimension relle, sert d'chelle, en un mot, comme les
bases, les arcatures, balustrades, etc.

Mais comme les architectes du moyen ge ont le dsir manifeste de faire
paratre les intrieurs des monuments grands (ce qui n'est pas un mal),
ils vitent avec soin tout ce qui pourrait nuire  cette grandeur. Ainsi
ils vitent de placer des statues dans ces intrieurs, si ce n'est dans
les parties infrieures, et, alors, ils ne leur donnent que la dimension
humaine, tout au plus. L'ide de jeter des figures colossales sous une
vote ou un plafond ne leur est jamais venue  la pense, parce qu'ils
taient architectes, qu'ils aimaient l'architecture et ne permettaient
pas aux autres arts de dtruire l'effet qu'elle doit produire. Les
sculpteurs n'en taient pas plus malheureux ou moins habiles pour faire
de la statuaire  l'chelle; ils y trouvaient leur compte et
l'architecture y trouvait le sien (voy. STATUAIRE).

Que, d'un point de dpart si vrai, si logique, si conforme aux principes
invariables de tout art; que, de ce sentiment exquis de l'artiste se
soumettant  une loi rigoureuse sans affaiblir l'expression de son gnie
personnel, on en soit venu  dresser dans une ville, centre de ces
coles dlicates et senses, un monument comme l'arc de triomphe de
l'toile, c'est--dire hors d'chelle avec tout ce qui l'entoure, une
porte sous laquelle passerait une frgate mte; un monument dont le
mrite principal est de faire paratre la plus grande promenade de
l'Europe un bosquet d'arbrisseaux; il faut que le sens de la vue ait t
parmi nous singulirement fauss et que, par une longue suite d'abus en
matire d'art, nous ayons perdu tout sentiment du vrai. Il y a plus d'un
sicle dj, le prsident De Brosses[59], parlant de sa premire visite
 la basilique de Saint-Pierre de Rome, dit que,  l'intrieur, ce vaste
difice ne lui sembla ni grand, ni petit, ni haut, ni bas, ni large, ni
troit. Il ajoute: On ne s'aperoit de son norme tendue que par
relation, lorsqu'en considrant une chapelle, on la trouve grande comme
une cathdrale; lorsqu'en mesurant un marmouset qui est l au pied d'une
colonne, on lui trouve un pouce gros comme le poignet. Tout cet
difice, _par l'admirable justesse de ses proportions_, a la proprit
de rduire les choses dmesures  leur juste valeur. Voil une
proprit bien heureuse! Faire un difice colossal pour qu'il ne
paraisse que de dimension ordinaire, faire des statues d'enfants de
trois mtres de hauteur pour qu'elles paraissent tre des marmots de
grandeur naturelle! Le prsident De Brosses est cependant un homme
d'esprit, trs-clair, aimant les arts; ses lettres sont pleines
d'apprciations trs-justes. C'est  qui, depuis lui, a rpt ce
jugement d'amateur terrible, a fait  Saint-Pierre de Rome ce mauvais
compliment. On pourrait en dire autant de notre arc de triomphe de
l'toile et de quelques autres de nos monuments modernes: L'arc de
l'toile, par l'admirable justesse de ses proportions, ne parat qu'une
porte ordinaire; il a la proprit de rduire tout ce qui l'entoure 
des dimensions tellement exigus, que l'avenue des Champs-lyses parat
un sentier bord de haies et les voitures qui la parcourent des fourmis
qui vont  leurs affaires sur une trane de sable. Si c'est l le but
de l'art, le mont Blanc est fait pour dsesprer tous les architectes,
car jamais ils n'arriveront  faire un difice qui ait  ce degr le
mrite de rduire  nant tout ce qui l'entoure. Dans la ville o nous
nous vertuons  lever des difices publics qui ne rappellent en rien
l'chelle humaine, percs de fentres tellement hors de proportion avec
les services qu'elles sont destines  clairer, qu'il faut les couper
en deux et en quatre par des planchers et des cloisons, si bien que des
pices prennent leurs jours ainsi que l'indique la figure ci-contre (2),
ce qui n'est ni beau ni commode; que nous couronnons les corniches de
ces difices de lucarnes avec lesquelles on ferait une faade
raisonnable pour une habitation; dans cette mme ville, disons-nous, on
nous impose (et l'dilit en soit loue!) des dimensions pour les
hauteurs de nos maisons et de leurs tages. La raison publique veut
qu'on se tienne, quand il s'agit d'difices privs, dans les limites
qu'imposent le bon sens et la salubrit. Voil qui n'est plus du tout
conforme  la logique, car les difices publics (ou nous nous abusons
trangement) sont faits pour les hommes aussi bien que les maisons, et
nous ne grandissons pas du double ou du triple quand nous y entrons.
Pourquoi donc ces difices sont-ils hors d'chelle avec nous, avec nos
besoins et nos habitudes?... Cela est plus majestueux, dit-on. Mais la
faade de Notre-Dame de Paris est suffisamment majestueuse, et elle est
 l'chelle de notre faiblesse humaine; elle est grande, elle parat
telle, mais les maisons qui l'entourent sont toujours des maisons et ne
ressemblent pas  des botes  souris, parce que, sur cette faade de
Notre-Dame, si grande qu'elle soit, les architectes ont eu le soin de
rappeler, du haut en bas, cette chelle humaine, chelle infime, nous le
voulons bien, mais dont nous ne sommes pas les auteurs.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]

     [Note 56: Voy. le curieux bas-relief qui se trouve  la base
     du portail mridional de Notre-Dame de Paris, et qui
     reprsente un colier attach  une chelle; d'autres
     coliers l'entourent et paraissent le bafouer. Sur la
     poitrine du coupable est attach un petit criteau carr sur
     lequel sont graves ces lettres P. FAVS.S. _por faus
     sermens_.]

     [Note 57: _Annales archol._, de M. Didron. T. II. _De l'art
     et de l'archologie_.]

     [Note 58: Dans l'architecture champenoise du XIIIe sicle,
     les colonnes sont d'un plus fort diamtre que dans l'cole de
     l'le-de-France. Les plus grles se trouvent dans l'cole
     bourguignonne, et cela tient  la rsistance extraordinaire
     des matriaux de cette province.]

     [Note 59: _Lettres familires crites d'Italie en_ 1740, par
     C. De Brosses. T. II. p. 3.]



CHIFFRE (_Mur d'_). C'est le mur sur lequel s'appuient les marches d'un
escalier, quand ce mur ne dpasse pas les niveaux ressautants du degr
(voy. ESCALIER).



COLE, s. f. Pendant le moyen ge, il y a eu, sur le territoire de la
France de nos jours, plusieurs coles, soit pendant l'poque romane,
soit pendant la priode gothique. Les coles romanes sont sorties, la
plupart, des tablissements monastiques; quelques-unes, comme l'cole
romane de l'le-de-France et de Normandie, tiennent  l'organisation
politique de ces contres; d'autres, comme les coles de la Provence et
d'une partie du Languedoc, ne sont que l'expression du systme des
municipalits romaines qui, dans ces contres, se conserva jusqu'
l'poque de la guerre des Albigeois; ces dernires coles suivent, plus
que toute autre, les traditions de l'architecture antique. D'autres
encore, comme les coles du Prigord, de la Saintonge, de l'Angoumois et
d'une partie du Poitou, ont subi, vers le XIe sicle, les influences de
l'art byzantin. On ne compte, dans nos provinces, que quatre coles
pendant la priode gothique: l'cole de l'le-de-France, du Soissonnais,
du Beauvoisis; l'cole bourguignonne; l'cole champenoise, et l'cole
normande (voy., pour les dveloppements, les articles ARCHITECTURE
_religieuse_, _monastique_, CATHDRALE, CLOCHER, CONSTRUCTION, GLISE,
PEINTURE, SCULPTURE, STATUAIRE).



CU, s. m. (voy. ARMOIRIES).



GLISE PERSONNIFIE, SYNAGOGUE PERSONNIFIE. Vers le commencement du
XIIIe sicle, les constructeurs de nos cathdrales, se conformant 
l'esprit du temps, voulurent retracer sur les portails de ces grands
difices  la fois religieux et civils, non-seulement l'histoire du
monde, mais tout ce qui se rattache  la cration et aux connaissances
de l'homme,  ses penchants bons ou mauvais (voy. CATHDRALE). En
sculptant sous les voussures de ces portails et les vastes brasements
des portes les scnes de l'Ancien Testament et celles du Nouveau, ils
prtendirent cependant indiquer  la foule des fidles la distinction
qu'il faut tablir entre la loi Nouvelle et l'Ancienne; c'est pourquoi,
 une place apparente, sur ces faades, ils posrent deux statues de
femme, l'une tenant un tendard qui se brise dans ses mains, ayant une
couronne renverse  ses pieds, laissant chapper des tablettes,
baissant la tte, les yeux voils par un bandeau ou par un dragon qui
s'enroule autour de son front: c'est l'Ancienne loi, la Synagogue, reine
dchue dont la gloire est passe, aveugle par l'esprit du mal, ou
incapable au moins de connatre les vrits ternelles de la Nouvelle
loi. L'autre statue de femme porte la couronne en tte, le front lev;
son expression est fire; elle tient d'une main l'tendard de la foi, de
l'autre un calice; elle triomphe et se tourne du ct de l'assemble des
aptres, au milieu de laquelle se dresse le Christ enseignant: c'est la
loi Nouvelle, l'glise. Ce beau programme tait rempli de la faon la
plus complte sur le portail de la cathdrale de Paris. Les statues de
l'glise et de la Synagogue se voyaient encore des deux cts de la
porte principale,  la fin du dernier sicle, dans de larges niches
pratiques sur la face des contre-forts: l'glise  la droite du Christ
entour des aptres, la Synagogue  la gauche[60].

Nous ne possdons plus en France qu'un trs-petit nombre de ces statues.
L'glise de Saint-Seurin de Bordeaux a conserv les siennes, ainsi que
la cathdrale de Strasbourg. L'glise et la Synagogue manquent parmi les
statues de nos grandes cathdrales vraiment franaises, comme Chartres,
Amiens, Reims, Bourges; elles n'existent qu' Paris. On doit observer 
ce propos que les statues de l'glise et de la Synagogue, mises en
parallle et occupant des places trs-apparentes, ne se trouvent que
dans des villes o il existait, au moyen ge, des populations juives
nombreuses. Il n'y avait que peu ou point de juifs  Chartres,  Reims,
 Bourges,  Amiens; tandis qu' Paris,  Bordeaux, dans les villes du
Rhin, en Allemagne, les familles juives taient considrables, et furent
souvent l'objet de perscutions. La partie infrieure de la faade de
Notre-Dame de Paris ayant t btie sous Philippe-Auguste, ennemi des
juifs, il n'est pas surprenant qu'on ait,  cette poque, voulu faire
voir  la foule l'tat d'infriorit dans lequel on tenait  maintenir
l'Ancienne loi.  Bordeaux, ville passablement peuple de juifs, au
XIIIe sicle, les artistes statuaires qui sculptrent les figures du
portail mridional de Saint-Seurin ne se bornrent pas  poser un
bandeau sur les yeux de la Synagogue, ils entourrent sa tte d'un
dragon (1), ainsi que l'avaient fait les artistes parisiens. La
Synagogue de Saint-Seurin de Bordeaux a laiss choir sa couronne  ses
pieds; elle ne tient que le tronon de son tendard et ses tablettes
sont renverses;  sa ceinture est attache une bourse. Est-ce un
emblme des richesses que l'on supposait aux juifs? En A est un dtail
de la tte de cette statue.

 la cathdrale de Bamberg, dont la statuaire est si remarquable et
rappelle, plus qu'aucune autre en Allemagne, les bonnes coles
franaises des XIIe et XIIIe sicles, les reprsentations de l'glise et
de la Synagogue existent encore des deux cts du portail nord; et, fait
curieux en ce qu'il se rattache peut-tre  quelque acte politique de
l'poque, bien que ce portail soit du XIIe sicle, les deux statues de
l'Ancienne et de la Nouvelle loi sont de 1230 environ; de plus, elles
sont accompagnes de figures accessoires qui leur donnent une
signification plus marque que partout ailleurs.

La Synagogue de la cathdrale de Bamberg (2) repose sur une colonne 
laquelle est adosse une petite figure de juif, facile  reconnatre 
son bonnet pointu[61]. Au-dessus de cette statuette est un diable dont
les jambes sont pourvues d'ailes; il s'appuie sur le bonnet du juif. La
statue de l'Ancienne loi est belle; ses yeux sont voils par un bandeau
d'toffe; de la main gauche elle laisse chapper cinq tablettes, et de
la droite elle tient  peine son tendard bris. On ne voit pas de
couronne  ses pieds. En pendant,  la gauche du spectateur, par
consquent  la droite de la porte, l'glise repose de mme sur une
colonnette dont le ft,  sa partie infrieure, est occup par une
figure assise ayant un phylactre dploy sur ses genoux (3); de la main
droite (mutile aujourd'hui), ce personnage parat bnir; la tte
manque, ce qui nous embarrasse un peu pour dsigner cette statuette que
cependant nous croyons tre le Christ. Au-dessus sont les quatre
vanglistes, c'est--dire en bas le lion et le boeuf, au-dessus l'aigle
et l'ange. Malheureusement les deux bras de la loi Nouvelle sont briss.
Au geste, on reconnat toutefois qu'elle tenait l'tendard de la main
droite et le calice de la gauche. Cette statue, d'une belle excution,
pleine de noblesse, et nullement manire comme le sont dj les statues
de cette poque en Allemagne, est couronne. Elle est, ainsi que son
pendant, couverte par un dais.

La cathdrale de Strasbourg conserve encore, des deux cts de son
portail mridional, qui date du XIIe sicle, deux statues de l'glise et
de la Synagogue sculptes vers le milieu du XIIIe sicle. Ainsi ces
reprsentations sculptes sur les portails des glises paraissent avoir
t faites de 1210  1260, c'est--dire pendant la priode
particulirement funeste aux juifs, celle o ils furent perscuts avec
le plus d'nergie en Occident. La Synagogue de la cathdrale de
Strasbourg que nous donnons (4) a les yeux bands; son tendard se brise
dans sa main; son bras gauche, pendant, laisse tomber les tables.
L'glise (5) est une gracieuse figure, presque souriante, sculpte avec
une finesse rare dans ce beau grs rouge des Vosges qui prend la couleur
du bronze.

Cette manire de personnifier la religion chrtienne et la religion
juive n'est pas la seule. Nous voyons au-dessus de la porte mridionale
de la cathdrale de Worms, dans le tympan du gble qui surmonte cette
porte, une grande figure de femme couronne, tenant un calice de la main
droite comme on tient un vase dans lequel on se fait verser un liquide.
Cette femme couronne (6) est firement assise sur une bte ayant quatre
ttes, aigle, lion, boeuf, homme; quatre jambes, pied humain, pied
fendu, patte de lion et serre d'aigle: c'est encore la Nouvelle loi.
Dans le tympan de la porte qui surmonte cette statue, on voit un
couronnement de la Vierge; dans les voussures, la Nativit, l'arche de
No, Adam et ve, le crucifiement, les trois femmes au tombeau,
Jsus-Christ ressuscitant et des prophtes. Parmi les statues des
brasements, on remarque l'glise et la Synagogue. La religion
chrtienne porte l'tendard lev, elle est couronne; la religion juive
a les yeux bands, elle gorge un bouc; sa couronne tombe d'un ct, ses
tablettes de l'autre.

Nous trouvons l'explication tendue de la statue assise sur la bte 
quatre ttes dans le manuscrit d'Herrade de Landsberg, le _Hortus
deliciarum_, dpos aujourd'hui dans la bibliothque de Strasbourg[62].
L'une des vignettes de ce manuscrit reprsente le Christ en croix.
Au-dessus des deux bras de la croix, on voit le soleil qui pleure et la
lune, puis les voiles du temple dchirs. Au-dessous, deux Romains
tenant l'un la lance, l'autre l'ponge imprgne de vinaigre et de fiel;
la Vierge, saint Jean et les deux larrons. Sur le premier plan,  la
droite du Sauveur, une femme couronne assise, comme celle de la
cathdrale de Worms, sur la bte, symbole des quatre vangiles; elle
tend une coupe dans laquelle tombe le sang du Christ; dans la main
gauche, elle porte un tendard termin par une croix.  la gauche du
divin supplici est une autre femme, assise sur un ne dont les pieds
buttent dans des cordes noues; la femme a les jambes nues; un voile
tombe sur ses yeux; sa main droite tient un couteau, sa main gauche des
tablettes; sur son giron repose un bouc; son tendard est renvers. En
bas de la miniature, des morts sortent de leurs tombeaux.

Bien que la sculpture de Worms date du milieu du XIIIe sicle, elle nous
donne, en statuaire d'un beau style, un fragment de cette scne si
compltement trace au XIIe par Herrade de Landsberg, c'est--dire
l'glise recueillant le sang du Sauveur assise sur les quatre vangiles.
La femme porte par l'ne buttant personnifie la Synagogue: c'tait
traiter l'Ancien Testament avec quelque duret.

Souvent, dans nos vitraux franais, on voit de mme un Christ en croix
avec l'glise et la Synagogue  ses cts, mais reprsentes sans leurs
montures, l'glise recueillant le sang du Sauveur dans un calice, et la
Synagogue voile, se dtournant comme les statues de Bamberg et de
Strasbourg, ou tenant un jeune bouc qu'elle gorge. Villard de
Honnecourt parat, dans la vignette 57e de son manuscrit, avoir copi
une de ces figures de l'glise sur un vitrail ou peut-tre sur une
peinture de son temps.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]

     [Note 60: Ces deux statues furent renverses en aot 1792.
     Elles viennent d'tre replaces.]

     [Note 61: Personne n'ignore qu'au moyen ge, dans les villes,
     les juifs taient obligs de porter un bonnet d'une forme
     particulire, ressemblant assez  celle d'un entonnoir ou
     d'une lampe de suspension renverse.]

     [Note 62: Ce manuscrit est une sorte d'encyclopdie; il date
     du XIIe sicle. Plusieurs de ses miniatures ont t
     reproduites par nous dans le _Dictionnaire du mobilier
     franais_.]



GLISE, s. f. Lieu de runion des fidles. Pendant le moyen ge, on a
divis les glises en glises _cathdrales_, _abbatiales_,
_conventuelles_, _collgiales_ et _paroissiales_.

Les glises paroissiales se trouvaient sous la juridiction piscopale ou
sous celle des abbs; aussi c'tait  qui, des vques et des abbs,
auraient  gouverner un nombre de paroisses plus considrable; de l une
des premires causes du nombre prodigieux d'glises paroissiales leves
dans les villes et les bourgades pendant les XIIe et XIIIe sicles,
c'est--dire  l'poque de la lutte entame entre le pouvoir monastique
et le pouvoir piscopal. D'ailleurs, la division, l'antagonisme existent
dans toutes les institutions religieuses ou politiques du moyen ge;
chacun, dans l'ordre civil comme dans l'ordre spirituel, veut avoir une
part distincte. Les grandes abbayes, ds le XIe sicle, cherchrent 
mettre de l'unit au milieu de ce morcellement gnral; mais il devint
bientt vident que l'institut monastique tablissait cette unit  son
propre avantage; l'piscopat le reconnut assez tt pour profiter du
dveloppement municipal du XIIe sicle et ramener les populations vers
lui, soit en btissant d'immenses cathdrales, soit en faisant
reconstruire, surtout dans les villes, les glises paroissiales sur de
plus grandes proportions. Si nous parcourons, en effet, les villes de la
France, au nord de la Loire, nous voyons que, non-seulement toutes les
cathdrales, mais aussi les glises paroissiales, sont rebties pendant
la priode comprise entre 1150 et 1250. Ce mouvement, provoqu par
l'piscopat, encourag par la noblesse sculire, qui voyait dans les
abbs des seigneurs fodaux trop puissants, fut suivi avec ardeur par
les populations urbaines, chez lesquelles l'glise tait alors un signe
d'indpendance et d'unit. Aussi, du XIIe au XIIIe sicle, l'argent
affluait pour btir ces grandes cathdrales et les paroisses qui se
groupaient autour d'elles.

Les glises abbatiales des clunisiens avaient fait cole, c'est--dire
que les paroisses qui en dpendaient imitaient, autant que possible, et
dans des proportions plus modestes, ces monuments types. Il en fut de
mme pour les cathdrales lorsqu'on les rebtit  la fin du XIIe sicle
et au commencement du XIIIe; elles servirent de modles pour les
paroisses qui s'levaient dans le diocse. Il ne faudrait pas croire
cependant que ces petits monuments fussent des rductions des grands;
l'imitation se bornait sagement  adopter les mthodes de construire,
les dispositions de dtail, l'ornementation et certains caractres
iconographiques des vastes glises abbatiales ou des cathdrales.

Vers le Ve sicle, lorsque le nouveau culte put s'exercer publiquement,
deux principes eurent une action marque dans la construction des
glises en Occident: la tradition des basiliques antiques qui, parmi les
monuments paens, servirent les premiers de lieu de runion pour les
fidles; puis le souvenir des sanctuaires vnrables creuss sous terre,
des cryptes qui avaient renferm les restes des martyrs, et dans
lesquelles les saints mystres avaient t pratiqus pendant les jours
de perscution. Rien ne ressemble moins  une crypte qu'une basilique
romaine; cependant la basilique romaine possde,  son extrmit oppose
 l'entre, un hmicycle vot en cul-de-four, le tribunal. C'est l
que, dans les premires glises chrtiennes, on tablit le sige de
l'vque ou du ministre ecclsiastique qui le remplaait; autour de lui
se rangeaient les clercs; l'autel tait plac en avant,  l'entre de
l'hmicycle relev de plusieurs marches. Les fidles se tenaient dans
les nefs, les hommes d'un ct, les femmes de l'autre. Habituellement
nos premires glises franaises possdent, sous l'hmicycle, l'abside,
une crypte dans laquelle tait dpos un corps saint, et quelquefois le
fond de l'glise lui-mme rappelle les dispositions de ces constructions
souterraines, bien que la nef conserve la physionomie de la basilique
antique. Ces deux genres de constructions si opposs laissent longtemps
des traces dans nos glises, et les sanctuaires sont vots, levs
suivant la mthode concrte des difices romains btis en briques et
blocages, que les nefs ne consistent qu'en des murs lgers reposant sur
des rangs de piles avec une couverture en charpente comme les basiliques
antiques.

Nous ne possdons sur les glises primitives du sol de la France que des
donnes trs-vagues, et ce n'est gure qu' dater du Xe sicle que nous
pouvons nous faire une ide passablement exacte de ce qu'taient ces
difices; encore,  cette poque, prsentaient-ils des varits suivant
les provinces au milieu desquelles on les levait. Les glises
primitives de l'le-de-France ne ressemblent pas  celles de l'Auvergne;
celles-ci ne rappellent en rien les glises de la Champagne, ou de la
Normandie, ou du Poitou. Les monuments religieux du Languedoc diffrent
essentiellement de ceux levs en Bourgogne. Chaque province, pendant la
priode romane, possdait son cole, issue de traditions diverses.
Partout l'influence latine se fait jour d'abord; elle s'altre plus ou
moins, suivant que ces provinces se mettent en rapport avec des centres
actifs de civilisation voisins ou trouvent dans leur propre sein des
ferments nouveaux. L'Auvergne, par exemple, qui, depuis des sicles,
passe pour une des provinces de France les plus arrires, possdait, au
XIe sicle, un art trs-avanc, trs-complet, qui lui permit d'lever
des glises belles et solides, encore debout aujourd'hui. La Champagne,
de toutes les provinces franaises, la Provence excepte, est celle qui
garda le plus longtemps les traditions latines, peut-tre parce que son
territoire renfermait encore, dans les premiers sicles du moyen ge, un
grand nombre d'difices romains. Il en est de mme du Soissonnais. En
Occident, prs des rivages de l'Ocan, nous trouvons, au contraire, ds
le Xe sicle, une influence byzantine marque dans la construction des
difices religieux. Cette influence byzantine se fait jour  l'Est le
long des rives du Rhin, mais elle prend une autre allure. Ayant maintes
fois, dans ce _Dictionnaire_, l'occasion de nous occuper des glises et
des diverses parties qui entrent dans leur construction (voy. ABSIDE,
ARCHITECTURE RELIGIEUSE, CATHDRALE, CHAPELLE, CHOEUR, CLOCHER,
CONSTRUCTION, NEF, TRAVE), nous nous bornerons  signaler ici les
caractres gnraux qui peuvent aider  classer les glises par coles
et par poques.

COLE FRANAISE. L'une des plus anciennes glises de l'cole franaise,
proprement dite, est la Basse-OEuvre de Beauvais, dont la nef appartient
au VIIIe ou IXe sicle. Cette nef est celle d'une basilique romaine avec
ses collatraux. Elle se compose de deux murs percs de fentres
termines en plein cintre, de deux rangs de piliers  section carre
portant des archivoltes plein cintre et les murs suprieurs percs
galement de fentres. Cette construction si simple tait couverte par
une charpente apparente. L'abside, dtruite aujourd'hui, se composait
probablement d'un hmicycle couvert en cul-de-four; existait-il un
transsept? c'est ce que nous ne saurions dire. Quant  la faade
reconstruite au XIe sicle, elle tait vraisemblablement prcde, dans
l'origine, d'un portique ou d'un narthex, suivant l'usage de l'glise
primitive. La construction de cet difice est encore toute romaine, avec
parements de petits moellons  faces carres et cordons de brique. Nulle
apparence de dcoration, si ce n'est sur la faade leve
postrieurement. Il faut voir l l'glise franco-latine dans sa
simplicit grossire. Les murs,  l'intrieur, devaient tre dcors de
peintures, puisque les auteurs qui s'occupent des monuments religieux
mrovingiens et carlovingiens, Grgoire de Tours en tte, parlent sans
cesse des peintures qui tapissaient les glises de leur temps. Les
fentres devaient tre fermes de treillis de pierre ou de bois dans
lesquels s'enchssaient des morceaux de verre ou de gypse (voy.
FENTRE). L'ancien Beauvoisis conserve encore d'autres glises  peu
prs contemporaines de la Basse-OEuvre, mais plus petites, sans
collatraux, et ne se composant que d'une salle quadrangulaire avec
abside carre ou semi-circulaire. Ce sont de vritables granges. Telles
sont les glises d'Abbecourt, d'Auviller, de Bailleval, de Bresles[63].
Ces glises n'taient point votes, mais couvertes par des charpentes
apparentes. Nous voyons cette tradition persister jusque vers le
commencement du XIIe sicle. Les nefs continuent  tre lambrisses; les
sanctuaires seuls, carrs gnralement, sont petits et vots. Les
transsepts apparaissent rarement; mais, quand ils existent, ils sont
trs-prononcs, dbordant les nefs de toute leur largeur. L'glise de
Montmille[64] est une des plus caractrises parmi ces dernires. La nef
avec ses collatraux tait lambrisse ainsi que le transsept. Quatre
arcs doubleaux, sur la croise, portaient une tour trs-probablement; le
choeur seul est vot.

Ds le XIe sicle, on construit  Paris l'glise du prieur de
Saint-Martin-des-Champs de l'ordre de Cluny, dont le choeur existe
encore. Dj, dans cet difice, le sanctuaire est entour d'un bas-ct
avec chapelles rayonnantes[65]. Mme disposition dans l'glise abbatiale
de Morienval (Oise), qui date du commencement du XIe sicle.

Mais c'est au XIIe sicle que, dans l'le-de-France, l'architecture
religieuse prend un grand essor. Au milieu de ce sicle, l'abb Suger
btit l'glise abbatiale de Saint-Denis avec nombreuses chapelles
rayonnantes autour du choeur. Immdiatement aprs s'lvent les
cathdrales de Noyon, de Senlis[66], de Paris[67], l'glise abbatiale de
Saint-Germer, les glises de Saint-Maclou, de Pontoise, dont il ne reste
que quelques parties anciennes  l'abside, les glises de Bagneux et
d'Arcueil, celle de l'abbaye de Montmartre, la petite glise de
Saint-Julien-le-Pauvre  Paris, celle de Vernouillet, de Vtheuil dont
le choeur seul du XIIe sicle subsiste, l'glise de Nesles
(Seine-et-Oise), le choeur de l'glise abbatiale de
Saint-Germain-des-Prs  Paris, les glises de Saint-tienne de
Beauvais[68], de Saint-vremont de Creil, de Saint-Martin de Laon,
l'glise abbatiale de Saint-Leu d'Esserent (Oise), la cathdrale de
Soissons[69].

     [Note 63: Voy. les _Monuments de l'ancien Beauvoisis_, par M.
     E. Woillez. Paris, 1839-1849.]

     [Note 64: Prieur de Montmille, glise de Saint-Maxien, XIe
     sicle.]

     [Note 65: Presque toutes les votes hautes et basses de ce
     choeur ont t remanies vers la fin du XIIe sicle.]

     [Note 66: Au XIIe sicle, la cathdrale de Senlis n'avait pas
     de transsept.]

     [Note 67: Tout fait supposer que le plan de la cathdrale de
     Paris avait t primitivement conu sans transsept, comme
     l'glise Notre-Dame de Mantes et l'glise collgiale de
     Poissy, et plus tard la cathdrale de Bourges.]

     [Note 68: La nef seule date du XIIe sicle, le choeur a t
     rebti.]

     [Note 69: Il ne s'agit ici que du bras de croix mridional de
     cette cathdrale.]



COLE FRANCO-CHAMPENOISE. Cette cole est un driv de la prcdente;
mais elle emprunte certains caractres  l'cole champenoise, qui est
plus robuste et conserve des traditions de l'architecture antique. Les
matriaux de la Brie sont peu rsistants, et les constructeurs ont tenu
compte de leur dfaut de solidit en donnant aux piliers, aux murs, une
plus forte paisseur, en tenant leurs difices plus trapus que dans
l'le-de-France proprement dite.

La cathdrale de Meaux appartient encore entirement  l'cole
franaise[70]; mais l'influence de l'cole champenoise se fait sentir 
la fin du XIIe sicle dans les glises de Saint-Quiriace de Provins, de
Moret[71], de Nemours, de Champeaux, de Brie-Comte-Robert.

     [Note 70: La cathdrale de Meaux a t modifie depuis la fin
     du XIIe sicle, poque de sa construction (voy. CATHDRALE).]

     [Note 71: Le choeur seul date du XIIe sicle; il est dpourvu
     de bas-cts.]



COLE CHAMPENOISE. C'est une des plus brillantes; elle se dveloppe
rapidement, et ses premiers essais sont considrables. Les glises
champenoises des Xe et XIe sicles possdaient, comme celles de
l'le-de-France, des nefs couvertes en charpente; alors les sanctuaires
seuls taient vots. La grande glise abbatiale de Saint-Remy de Reims,
d'une tendue peu commune, se composait d'une nef lambrisse avec
doubles bas-cts vots  deux tages. Un choeur vaste, avec bas-cts
et chapelles, remplaa, au XIIe sicle, les absides en cul-de-four[72].
L'glise de Notre-Dame de Chlons-sur-Marne ne portait, sur la nef
centrale, que des charpentes. Lorsqu'au XIIe sicle on reconstruisit le
choeur de cette glise, on leva des votes sur la nef. Les glises
importantes de la basse Champagne possdent, comme celles de
l'le-de-France, des galeries votes au-dessus des bas-cts,
comprenant la largeur de ces collatraux. Au XIIe sicle, on lve, dans
la haute Champagne, des glises qui se rapprochent encore davantage de
l'architecture antique romaine et qui se fondent dans l'cole
bourguignonne: telle est, par exemple, la cathdrale de Saint-Mamms 
Langres, et plus tard la charmante glise de Montirender, les glises
d'Isomes et de Saint-Jean-Baptiste  Chaumont.

     [Note 72: La nef de Saint-Remy de Reims, qui date du Xe
     sicle, fut vote au XIIe. Ces votes furent refaites en
     lattis et pltre il y a peu d'annes.]



COLE BOURGUIGNONNE. Elle nat chez les clunisiens. Ds le XIe sicle,
elle renonce aux charpentes sur les nefs; elle fait, la premire, des
efforts persistants pour allier la vote au plan de la basilique
antique. Nous en avons un exemple complet dans la nef de l'glise
abbatiale de Vzelay. Au XIIe sicle, cette cole est puissante, btit
en grands et solides matriaux; elle prend aux restes des difices
antiques certains dtails d'architecture, tels que les pilastres
cannels, par exemple, les corniches  modillons; elle couvre le sol
d'une grande quantit d'glises dont nous citons seulement les
principales: Cluny, Vzelay, la Charit-sur-Loire, d'abord; puis les
glises de Paray-le-Monial, de Semur-en-Brionnais, de Chteauneuf, de
Saulieu, de Beaune, de Saint-Philibert de Dijon, de Montrale (Yonne), 
la fin du XIIe sicle.

L'cole bourguignonne abandonne difficilement les traditions romanes, et
pendant que dj on construisait, dans l'le-de-France et la basse
Champagne, des glises qui prsentent tous les caractres de
l'architecture gothique, on suivait en Bourgogne, avec succs, les
mthodes clunisiennes en les perfectionnant.



COLE AUVERGNATE. Elle peut passer pour la plus belle cole romane;
seule, elle sut, ds le XIe sicle, lever des glises entirement
votes et parfaitement solides; aussi, le type trouv, elle ne s'en
carte pas.  la fin du XIe sicle et pendant le XIIe, on btissait,
dans cette province, l'glise de Saint-Paul d'Issoire, la cathdrale du
Puy-en-Vlay, les glises de Saint-Nectaire, de Notre-Dame-du-Port
(Clermont), de Saint-Julien de Brioude, et quantit de petits monuments
 peu prs tous conus d'aprs le mme principe. Cette cole s'tendait,
au nord, jusque sur les bords de l'Allier,  breuil,  Chtel-Montagne,
 Cogniat, jusqu' Nevers dans la construction de l'glise de
Saint-tienne; au sud, jusqu' Toulouse (glise de Saint-Sernin), et
mme jusqu' Saint-Papoul.



COLE POITEVINE. Trs-fconde en monuments,  cause de la quantit et de
la qualit des matriaux calcaires, cette cole est moins avance que
l'cole auvergnate; elle possde  un degr moins lev le sentiment des
belles dispositions. Comme cette dernire, elle sut btir des glises
votes durables, ds le XIe sicle, en contre-buttant les votes en
berceau des grandes nefs par celles des collatraux, mais sans les
galeries de premier tage des glises d'Auvergne, c'est--dire que les
glises romanes du Poitou se composent gnralement de trois nefs  peu
prs gales en hauteur sous clef, votes au moyen de trois berceaux,
celui central plus large que les deux autres; tandis que les glises
auvergnates comprennent des collatraux vots en artes, avec galeries
suprieures votes en demi-berceaux, contre-buttant le berceau
central[73]. Dans le Poitou, et en Auvergne trs-anciennement, les
sanctuaires sont entours d'un bas-ct avec chapelles rayonnantes,
comme dans l'glise de Saint-Savin prs Poitiers, qui date du XIe
sicle, dans l'glise haute de Chauvigny (commencement du XIIe sicle).
L'cole poitevine se soumet  des influences diverses. En dehors du
principe dcrit ci-dessus, elle admet le systme des coupoles de l'cole
de la Saintonge et du Prigord, comme dans la construction de l'glise
Saint-Hilaire de Poitiers, et dans celle de Sainte-Radegonde, comprenant
une seule nef. Au XIIe sicle, l'cole de l'Ouest (du Prigord et de la
Saintonge) eut une si puissante influence qu'elle touffa non-seulement
l'cole poitevine, mais qu'elle pntra jusque dans le Limousin et le
Quercy au sud, et, au nord, jusque dans l'Anjou et le Maine.

     [Note 73: Voy. ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fig. 10.]



COLE DU PRIGORD. Son type primitif se trouve  Prigueux dans
l'ancienne cathdrale de cette ville, et dans l'glise abbatiale de
Saint-Front; c'est une importation byzantine[74]. Le principe de cette
cole est celui de la coupole porte sur pendentifs. Dans un temps o la
plupart des coles romanes en France ne savaient trop comment rsoudre
le problme consistant  poser des votes sur les plans de la basilique
antique, cette importation trangre dut avoir et eut en effet un grand
succs. On abandonna donc, dans les provinces de l'Ouest, pendant les
XIe et XIIe sicles, sauf de rares exceptions, le plan romain pour
adopter le plan byzantin. Les provinces plus particulirement attaches
aux traditions latines, comme l'le-de-France, la Champagne et la
Bourgogne, rsistrent seules  cette nouvelle influence et
poursuivirent la solution du problme pos, ce qui les conduisit au
systme de construction gothique. Outre les deux types que nous venons
de citer, l'cole du Prigord prsente une quantit prodigieuse
d'exemples d'glises drives de ces types. Nous nous bornerons  en
citer quelques-uns: la cathdrale de Cahors, l'glise abbatiale de
Souillac (XIe sicle), celle de Solignac, la cathdrale d'Angoulme, les
glises de Saint-Avit-Seigneur, du Vieux-Mareuil, de Saint-Jean de Cole,
de Trmolac, l'glise abbatiale de Fontevrault (XIIe sicle), et la
majeure partie des petites glises de la Charente.

     [Note 74: Voy. l'_Architecture byzantine en France_, de M.
     Flix de Verneilh.]



COLE NORMANDE. Les glises normandes antrieures au XIIe sicle taient
couvertes par des charpentes apparentes, sauf les sanctuaires, qui
taient vots en cul-de-four. C'est d'aprs ce principe que furent
leves les deux glises abbatiales de Saint-tienne et de la Trinit 
Caen[75], fondes par Guillaume le Btard et Mathilde sa femme. Ces
dispositions primitives se retrouvent dans un assez grand nombre
d'glises d'Angleterre, tandis qu'en France elles ont t modifies ds
le XIIe sicle; les votes remplacrent les anciennes charpentes. Les
Normands furent bientt d'habiles et actifs constructeurs; aussi leurs
glises des XIe et XIIe sicles sont-elles grandes, si on les compare
aux glises de l'le-de-France; les nefs sont allonges, ainsi que les
transsepts; les choeurs ne furent envelopps de bas-cts que vers le
milieu du XIIe sicle.

Ces coles, diverses par leurs origines et leurs travaux, progressent
chacune de leur ct jusqu'au moment o se fait sentir l'influence de la
nouvelle architecture de l'le-de-France et de la Champagne,
l'architecture gothique.

L'architecture gothique est une des expressions les plus vives des
sentiments des populations vers l'unit. En effet, peu aprs sa
naissance, nous voyons les coles romanes (dont nous n'avons indiqu que
les divisions principales) s'teindre et accepter les nouvelles mthodes
adoptes par les architectes du domaine royal. Cependant, au
commencement du XIIIe sicle, on distingue encore trois coles bien
distinctes: l'cole de l'le-de-France, qui comprend le bassin de la
Seine entre Montereau et Rouen, ceux de l'Oise et de l'Aisne entre Laon,
Noyon et Paris, le bassin de la Marne entre Meaux et Paris et une partie
du bassin de la Somme; l'cole champenoise, qui a son sige  Reims, et
l'cole bourguignonne, qui a son sige  Dijon.

L'cole gothique normande ne se dveloppe que plus tard, vers 1240, et
son vritable sige est en Angleterre.

La passion de btir des glises, de 1200  1250, fut telle au nord de la
Loire, que non-seulement beaucoup de monuments romans furent dtruits
pour faire place  de nouvelles constructions, mais encore que l'on
modifia, sans autre raison que l'amour de la nouveaut, la plupart des
difices rebtis pendant le XIIe sicle; les cathdrales de Paris, de
Senlis, de Soissons, de Laon, de Rouen, du Mans, de Chartres, de Bayeux,
nous prsentent des exemples frappants de ce besoin de changer ce qui
venait d'tre achev  peine. Les monastres, avec plus de rserve
cependant, suivirent ce mouvement vers un renouvellement de
l'architecture; quant aux paroisses, celles qui taient riches ne
manqurent pas de jeter bas leurs vieilles glises pour en construire de
neuves. Si bien qu'on ne peut s'expliquer comment il se trouva, pendant
un espace de cinquante annes  peine, assez d'ouvriers de btiment, de
sculpteurs, de statuaires, de peintres verriers, pour excuter un nombre
aussi prodigieux d'difices sur un territoire qui ne comprend  peu prs
que le tiers de la France actuelle. Bientt mme les provinces du
Centre, de l'Est et de l'Ouest suivirent l'impulsion, et ces ouvriers se
rpandirent en dehors des contres o l'architecture gothique avait pris
naissance. Bien qu'on ait dmoli plus de la moiti des glises anciennes
depuis la fin du dernier sicle, il reste encore en France une quantit
considrable de ces difices. Nous nous bornons  donner ici un
catalogue de celles qui prsentent assez d'intrt au point de vue de
l'art pour tre mises au rang des monuments historiques, comme
cathdrales, glises conventuelles ou paroissiales.

     [Note 75: Au XIIe sicle, les nefs de ces glises furent
     votes; le choeur de l'glise de Saint-tienne fut rebti au
     XIIIe sicle.]

Afin de faciliter les recherches, nous classons ces glises par
dpartements et arrondissements, en suivant l'ordre alphabtique.



AIN.
_Arrond. de Bourg._ glise de Brou[76], g. de Saint-Andr de Bag.
_Arrond. de Nantua._ g. de Nantua[77].
_Arrond. de Trvoux._ g. de Saint-Paul de Varax.

     [Note 76: Architecture du commencement du XVIe sicle; cette
     glise fut btie par la soeur de Charles-Quint; elle contient
     de belles verrires et de magnifiques tombeaux. Aujourd'hui
     elle sert de chapelle au sminaire.]

     [Note 77: Curieuse glise du XIIe sicle, vote au XIIIe.
     Style de la Haute-Sane.]


AISNE.
_Arrond. de Laon._ g. Notre-Dame de Laon (ancienne cathdrale)[78], g.
Saint-Martin de Laon[79], g. Saint-Julien de Royaucourt, g. de
Nouvion-le-Vineux, g. de Marle.
_Arrond. de Chteau-Thierry._ g. de Mezy-Moulins, g. d'Essomes, g. de
La Fert-Milon.
_Arrond. de Saint-Quentin._ g. collg. de Saint-Quentin[80].
_Arrond. de Soissons._ g. cathdrale de Soissons[81], g. abb. de
Saint-Mdard  Soissons, g. abb. de Saint-Jean-des-Vignes, id.[82], g.
abb. de Saint-Julien, id., g. abb. de Saint-Yved de Braisne[83].
_Arrond. de Vervins._ g. d'Aubenton, g. de Saint-Michel (prs
d'Hirson), g. d'Esquehries, g. de la Vacqueresse.

     [Note 78: L'un des plus beaux spcimens de l'architecture du
     commencement du XIIIe sicle (voy. CATHDRALE, fig. 9;
     CLOCHER, fig. 73). Dans l'origine, la cathdrale de Laon,
     possdait une abside circulaire, avec bas-ct. Vers 1230,
     cette abside fut dmolie pour tre remplace par une abside
     carre. Il est difficile de se rendre compte des motifs de ce
     changement. Les fondations du choeur circulaire ont t
     retrouves par l'architecte M. Boeswilwald, et des chapiteaux
     faisant partie de ce sanctuaire primitif ont t replacs
     dans l'abside carre. La sculpture de la cathdrale de Laon
     est fort belle. Villard de Honnecourt cite les clochers de
     Laon et en donne un figur.]

     [Note 79: glise du XIIe sicle, d'un beau style, avec
     chapelles dans le transsept. La faade est un des meilleurs
     exemples de l'architecture du XIVe sicle.]

     [Note 80: glise  doubles transsepts, de la fin du XIIIe
     sicle.]

     [Note 81: L'un des bras de croix est semi-circulaire comme
     ceux des glises cathdrales de Tournay et de Noyon (voy.
     ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fig. 30 et 31). Le choeur date des
     premires annes du XIIIe sicle (voy. ARC-BOUTANT, fig.
     52).]

     [Note 82: Cette glise est en grande partie dtruite
     aujourd'hui; la faade et ses deux clochers existent seuls.]

     [Note 83: L'glise Saint-Yved de Braisne est un des plus
     beaux monuments de cette partie de la France. Le plan de
     l'abside prsente une disposition excellente et rare (voy. la
     _Monog. de l'g. abb. de Braisne_, par M. Prioux). Cette
     glise parat avoir t construite par l'architecte de la
     cathdrale de Laon; elle date du commencement du XIIIe
     sicle. La faade et quelques traves de la nef ont t
     dtruites il y a peu d'annes. Les sculptures du portail sont
     en partie dposes dans le muse de Soissons. L'glise
     Saint-Yved contenait, avant la Rvolution, de magnifiques
     tombes en cuivre maill, dont les dessins se trouvent
     aujourd'hui dans la collection Gaignres de la bib.
     Bodlienne d'Oxford.]


ALLIER.
_Arrond. de Moulins._ Cathdrale de Moulins, g. de
Bourbon-l'Archambault, g. de Saint-Menoux[84], g. abb. de
Souvigny[85], g. de Meilliers, g. de Toulon.
_Arrond. de Gannat._ g. de Gannat[86], g. d'breuil[87], g. de
Biozat, g. de Saint-Pourain[88], g. de Cogniat[89], g. de Vicq, g.
abb. de Chantel[90].
_Arrond. de La Palisse._ g. de Chtel-Montagne[91].
_Arrond. de Montluon._ g. d'Huriel, g. de Nris.

     [Note 84: glise dont la nef, autrefois couverte par une
     charpente, remonte au IXe ou Xe sicle. Le choeur date du
     XIIe sicle; il appartient  un style mixte, entre celui de
     l'Auvergne et celui de Bourgogne.]

     [Note 85: Grande glise des XIe et XIIe sicles, mais presque
     entirement reconstruite au XVe.]

     [Note 86: Le choeur de l'glise de Gannat est du pur style
     auvergnat de la fin du XIe sicle. La nef a t reconstruite
     au XIVe; elle est d'un bon style.]

     [Note 87: La nef et le choeur de l'glise d'breuil sont du
     XIe sicle; le clocher, qui repose sur un narthex, est du
     XIIe.]

     [Note 88: Nef du XIe sicle, auvergnate; choeur du XIIIe.]

     [Note 89: Trs-jolie petite glise du XIIe sicle, style
     auvergnat; nef sans bas-cts; abside sans bas-cts et deux
     absidioles donnant dans les bras de croise; clocher sur le
     milieu du transsept.]

     [Note 90: Jolie glise de style auvergnat du XIIe sicle.]

     [Note 91: Style auvergnat, XIe et XIIe sicles. Narthex
     magnifique ajout au XIIe sicle, avec tribune au-dessus,
     s'clairant sur la faade; clocher sur le transsept.]


ALPES (BASSES-).
_Arrond. de Digne._ g. de Notre-Dame  Digne (cathd.), g. de Seyne.
_Arrond. de Barcelonnette._ g. d'Allos.
_Arrond. de Castellane._ Ancienne cathd. de Senez.
_Arrond. de Forcalquier._ g. de Manosque.
_Arrond. de Sisteron._ g. de Sisteron.


ALPES (HAUTES-).
_Arrond. de Gap._ g. de Lagrand.
_Arrond. d'Embrun._ Ancienne cathd. d'Embrun.


ARDCHE.
_Arrond. de Privas._ g. de Bourg-Saint-Andol, g. de Cruas, g.
cathd. de Viviers[92].
_Arrond. de l'Argentire._ g. de Thines.
_Arrond. de Champagne._ g. de Champagne.

     [Note 92: Choeur du XIVe sicle, sans bas-cts.]


ARDENNES.
_Arrond. de Braux._ g. de Braux.
_Arrond. de Rthel._ g. de Saint-Nicolas de Rthel.
_Arrond. de Sdan._ g. de Mouzon[93].
_Arrond. de Vouziers._ g. de Vouziers, g. de Bouilly, g. de Verpel,
g. abb. d'Attigny, g. de Sainte-Vauxbourg.

     [Note 93: Beau plan du XIIIe sicle.]


ARIGE.
_Arrond. de Foix._. g. d'Unac.
_Arrond. de Saint-Girons._ g. de Saint-Lizier[94].
_Arrond. de Pamiers._ g. de la Roque, g. de Mirepoix.

[Note 94: glise sans bas-cts, avec un choeur et deux chapelles dans
le transsept; beau plan du XIIe sicle; clotre.]


AUBE.
_Arrond. de Troyes._ g. de Saint-Pierre (cathd.)[95], g. Saint-Urbain
 Troyes[96], g. de la Madeleine, id.[97], g. Saint-Andr, id., g.
Saint-Jean, id., g. Saint-Nizier, id., g. Saint-Pantalon, id., g.
Saint-Gilles[98], g. de Brulle, g. de Montiramey.
_Arrond. d'Arcis sur-Aube._ g. d'Arcis-sur-Aube, g. d'Uitre.
_Arrond. de Bar-sur-Aube._ g. Saint-Maclou  Bar-sur-Aube, g.
Saint-Pierre, id., g. de Rosnay.
_Arrond. de Bar-sur-Seine._ g. de Fouchres[99], g. de
Mussy-sur-Seine, g. de Ricey-Bas, g. de Rumilly-les-Vaudes, g. de
Chaource.
_Arrond. de Nogent-sur-Seine._ g. de Saint-Laurent  Nogent-sur-Seine,
g. de Villenauxe.

     [Note 95: Choeur du XIIIe sicle, nef des XIVe et XVe, faade
     du XVIe; le choeur est un des plus larges qu'il y ait en
     France; son architecture rappelle singulirement celle du
     choeur de l'glise abbatiale de Saint-Denis; il est encore
     garni de toutes ses verrires, qui sont magnifiques.]

     [Note 96: L'glise Saint-Urbain de Troyes, btie pendant les
     dernires annes du XIIIe sicle, est l'exemple le plus
     remarquable du style gothique champenois arriv  son dernier
     dveloppement (voy. CONSTRUCTION, fig. 102, 103, 104, 105 et
     106). La nef est reste inacheve. Cette glise, qui est
     petite, et dont le choeur est dpourvu de bas-cts, devait
     possder trois clochers, l'un sur le transsept et les deux
     autres sur la faade.]

     [Note 97: Reste d'une charmante glise de la fin du XIIe
     sicle; jub du XVIe.]

     [Note 98: Petite glise en pans-de-bois de la fin du XIVe
     sicle.]

     [Note 99: Nef romane, choeur du XIIIe sicle.]


AUDE.
_Arrond. de Carcassonne._ Ancienne cathd. de Saint-Nazaire de
Carcassonne[100], g. Saint-Michel de la ville basse  Carcassonne
(cathd. actuelle), g. de Rieux-Minervois[101], g. de Saint-Vincent de
Montral.
_Arrond. de Castelnaudary._ Ancienne cathd. de Saint-Papoul[102].
_Arrond. de Limoux._ Ancienne cathd. d'Alet, g. abb. de Saint-Hilaire
 Limoux.
_Arrond. de Narbonne._ Ancienne cathd. de Narbonne[103], g.
Saint-Paul, id.[104], g. abb. de Fontfroide[105].

     [Note 100: L'un des plus remarquables difices du midi de la
     France; la nef date du XIe sicle, le choeur et le transsept
     du commencement du XIVe (voy. CATHDRALE, fig. 49;
     CONSTRUCTION, fig. 109, 110, 111, 112, 113 et 114).
     Magnifiques vitraux du XIVe sicle, restes de peintures de la
     mme poque.]

     [Note 101: glise circulaire de la fin du XIe sicle.]

     [Note 102: Vestiges,  l'abside, du style auvergnat du XIe
     sicle.]

     [Note 103: Construite au commencement du XIVe sicle, le
     choeur seul fut achev (voy. CATHDRALE, fig. 48).]

     [Note 104: Choeur du XIIe sicle, avec bas-cts et chapelles
     rayonnantes; triforium au-dessus des chapelles dans la
     hauteur du bas-ct. difice trs-mutil aujourd'hui, mais
     qui prsente une disposition unique.]

     [Note 105: glise cistercienne de la fin du XIe sicle; nef
     vote en berceau ogival, avec collatraux vots en
     demi-berceaux.]


AVEYRON.
_Arrond. de Rodez._ Cathd. de Rodez, g. abb. de Sainte-Foi 
Conques[106].
_Arrond. d'Espalion._ g. de Perse.
_Arrond. de Saint-Affrique._ g. abb. de Belmont.
_Arrond. de Villefranche._ g. abb. de Villefranche.

     [Note 106: Grande glise du XIIe sicle, avec collatraux
     dans le transsept; bas-cts autour du choeur; trois
     chapelles absidales et quatre chapelles orientes dans le
     transsept. Style rappelant beaucoup celui de l'glise
     Saint-Sernin de Toulouse; nef vote en berceau plein cintre,
     avec galeries de premier tage, dont les votes en
     demi-berceau contre-buttent la pousse du berceau central;
     coupole et clocher sur le milieu de la croise; narthex.]


BOUCHES-DU-RHNE.
_Arrond. de Marseille._ g. abb. de Saint-Victor  Marseille[107].
_Arrond. d'Aix._ g. cathd. d'Aix, g. Saint-Jean  Aix, g. abb. de
Silvacane[108], g. Saint-Laurent  Salon.
_Arrond. d'Arles._ g. abb. de Saint-Trophyme  Arles[109], g. de
Saint-Csaire, id., g. Saint-Jean, id. (Muse), g. Saint-Honorat, id.,
g. de Saint-Gabriel, g. abb. de Montmajour, g. des
Saintes-Maries[110], g. de Sainte-Marthe  Tarascon.

     [Note 107: glise abbatiale fortifie, XIe, XIIe et XIIIe
     sicles.]

     [Note 108: glise cistercienne du XIIe sicle, d'une grande
     simplicit; abside carre; quatre chapelles carres orientes
     donnant dans le transsept; nef vote en berceau lgrement
     bris, avec votes des collatraux contre-buttantes en trois
     quarts de berceau plein cintre.]

     [Note 109: Beau clotre; portail du XIIe sicle, trs-riche
     en sculptures.]

     [Note 110: glise  une seule nef, avec abside
     semi-circulaire vote en cul-de-four plein cintre. La nef
     est vote en berceau lgrement bris avec arcs doubleaux.
     Cette glise est fortifie et date du XIIe sicle (voy. les
     _Arch. de la comm. des Mon. historiques, pub. sous les ausp.
     de M. le ministre d'tat_).]


CALVADOS.
_Arrond. de Caen._ g. abb. de la Trinit  Caen[111], g. abb. de
Saint-tienne, id.[112], g. Saint-Gilles, id.[113], g. Notre-Dame,
id., g. Saint-Pierre, id.[114], g. Saint-Jean, id., g. Saint-Nicolas,
id.[115], g. de Bernires, g. de Saint-Contest, g. de Fresne-Camilly,
g. du prieur de Saint-Gabriel, g. de Norey, g. d'Ouistreham, g. de
Secqueville-en-Bessin, g. de Thaon, g. de Bretteville-l'Orgueilleuse,
g. de Langrune, g. de Mathieu, g. de Cully, g. d'Audrien, g. de
Mouen, g. de Douvres, g. de Fontaine-Henry.
_Arrond. de Bayeux._ g. cathd. de Bayeux[116], g. de Tour prs
Bayeux[117], g. de Saint-Loup, id.[118], g. d'Asnires, g. de
Colleville, g. d'Etreham, g. de Formigny, g. de Louvires, g. de
Ryes, g. de Vierville, g. de Campigny, g. de Guron, g. de Marigny,
g. de Briqueville, g. de Sainte-Marie-aux-Anglais[119], g. de
Vouilly. _Arrond. de Falaise._ g. Saint-Gervais  Falaise, g.
Saint-Jacques, id., g. de Guibray prs Falaise, g. de Maizires, g.
de Sassy.
_Arrond. de Lizieux._ g. de Saint-Pierre  Lizieux, g. de
Saint-Pierre-sur-Dive, g. de Vieux-Pont-en-Auge, g. du Breuil.
_Arrond. de Pont-l'vque_. g. de Saint-Pierre  Touques.
_Arrond. de Vire_. g. de Vire.

     [Note 111: Fonde par Mathilde, femme de Guillaume le
     Conqurant, mais presque entirement reconstruite au XIIe
     sicle. Abside sans collatraux; narthex; un clocher sur le
     milieu de la croise et deux clochers sur la faade.]

     [Note 112: Fonde par Guillaume le Conqurant. Les parties
     suprieures de la nef refaites au XIIe sicle; le choeur
     rebti au XIIIe, avec bas-cts et chapelles rayonnantes;
     deux clochers sur la faade, un clocher sur le centre de la
     croise.]

     [Note 113: Nef d'une charmante glise de la fin du XIIe
     sicle, dont les votes ont t refaites au XVe; les
     archivoltes des bas-cts sont plein cintre.]

     [Note 114: glise presque entirement du XVIe sicle, d'un
     style trs-fleuri.]

     [Note 115: Beau plan de la fin du XIIe sicle.]

     [Note 116: Nef dont les parties infrieures datent du XIIe
     sicle et les parties hautes du XIIIe. Chur du milieu du
     XIIIe sicle, style gothique normand; deux clochers sur la
     faade, un clocher sur la croise.]

     [Note 117: Petite glise dont l'abside, du XIVe sicle,
     prsente une disposition particulire (voy. ABSIDE, fig. 12)
     imite de l'abside de la chapelle du sminaire de Bayeux, qui
     date du XIIIe sicle.]

     [Note 118: Charmant clocher du XIIe sicle.]

     [Note 119: Petite glise du XIIe sicle, compose d'une seule
     nef avec abside carre; cette abside seule est vote; elle
     conserve encore des traces de peintures du XIIIe sicle.]


CANTAL.
_Arrond. d'Aurillac._ g. de Montsalvi.
_Arrond. de Saint-Flour._ g. abb. de Ville-Dieu.
_Arrond. de Mauriac._ g. Notre-Dame des Miracles  Mauriac, g. d'Ydes,
g. de Brageac, g. Saint-Martin-Valmeroux.
_Arrond. de Murat._ g. de Bredons.


CHARENTE.
_Arrond. d'Angoulme._ g. cathd. d'Angoulme[120], g. abb. de
Saint-Amant de Boixe[121], g. abb. de la Couronne, g. Saint-Michel
d'Entraigues[122], g. de Charmant, g. de Roullet[123], g. de Plassac,
g. de Torsac, g. de Montberon[124], g. de Mouthiers.
_Arrond. de Barbezieux._ g. d'Aubeterre, g. de Montmoreau, g. de
Riou-Martin.
_Arrond. de Cognac._ g. de Chteauneuf, g. de Gensac[125], g. de
Richemont.
_Arrond. de Confolens._ g. Saint-Barthlemy  Confolens, g. de
Lesterps.

     [Note 120: glise  coupoles, XIe et XIIe sicles (voy.
     CATHDRALE, fig. 41 et 42).]

     [Note 121: glise du XIIe sicle,  coupoles, avec galerie
     sous la calotte de la coupole centrale. Beau plan. Abside
     avec chapelles dans l'axe des collatraux de la nef et deux
     chapelles plus vastes orientes dans les bras de la croise.
     L'un des difices religieux les plus remarquables de la
     Charente.]

     [Note 122: glise circulaire, XIIe sicle.]

     [Note 123: glise  une seule nef, coupoles.]

     [Note 124: glise avec une disposition absidale toute
     particulire; chapelle dans l'axe du sanctuaire; quatre
     niches  droite et  gauche de cette chapelle qui paraissent
     avoir t destines  dposer des reliquaires; deux chapelles
     orientes dans les deux bras de croix, XIIe sicle.]

     [Note 125: glise  une seule nef troite, couverte par
     quatre coupoles, XIIe sicle; choeur du XIIIe.]


CHARENTE-INFRIEURE.
_Arrond. de La Rochelle._ g. d'Esnandes.
_Arrond. de Marennes._ g. de Marennes, g. d'Echillais, g. de Mose,
g. Saint-Denis d'Oleron.
_Arrond. de Rochefort._ g. de Surgres[126].
_Arrond. de Saintes._ g. Saint-Euthrope  Saintes[127], g.
Saint-Pierre, id., g. Sainte-Marie-des-Dames, id.[128], g. de
Saint-Gemmes, g. de Rtaud, g. de Thzac.
_Arrond. de Saint-Jean-d'Angely._ g. Saint-Pierre  Aulnay, g. de
Fnioux.

     [Note 126: Belle faade du XIIe sicle dont la partie
     infrieure seule subsiste. Style de la Saintonge.]

     [Note 127: Vaste crypte, des XIe et XIIe sicles (voy. CRYPTE,
     fig. 10 et 11). L'un des exemples les plus purs de
     l'architecture du XIIe sicle en Saintonge (voy. CHAPELLE,
     fig. 33). Clocher du XVe sicle.]

     [Note 128: Clocher trs-remarquable sur la croise (voy.
     CLOCHER, fig. 14). Monument des XIe et XIIe sicles dont il
     reste de belles parties, notamment sur la faade; sculpture
     de la Saintonge d'un beau style.]


CHER.
_Arrond. de Bourges._ g. cathd. de Bourges[129], g. de Saint-Bonnet 
Bourges, g. des Aix-d'Angillon, g. de Mehun-sur-Yvre, g. de
Plaimpied.
_Arrond. de Saint-Amand._ g. de la Celle-Brure, g. de Charly, g. de
Cond, g. abb. de Noirlac, g. de Dun-le-Roy, g. de
Saint-Pierre-des-tieux, g. d'Ineuil, g. de Chteaumeillant.
_Arrond. de Sancerre._ g. d'Aubigny, g. de Jars, g. de Saint-Satur.

     [Note 129: glise du XIIIe sicle, avec crypte et sans
     transsept; doubles collatraux; belle collection de vitraux
     des XIIIe et XVIe sicles (voy. CATHDRALE, fig. 6).]


CORRZE.
_Arrond. de Tulle._ g. cathd. de Tulle[130], g. d'Uzerche[131].
_Arrond. de Brives._ g. Saint-Martin  Brives-la-Gaillarde[132], g.
d'Arnac-Pompadour, g. d'Aubazine[133], g. de Beaulieu[134], g. de
Saint-Cyr-la-Roche, g. de Saint-Robert.
_Arrond. d'Ussel._ g. d'Ussel, g. de Saint-Angel[135], g. de Meymac.

     [Note 130: Nef du XIIe sicle; clocher sur le porche, des
     XIIIe et XIVe; l'abside n'existe plus. difice d'un style
     btard qui tient  l'architecture auvergnate et  celle du
     Lyonnais.]

     [Note 131: Joli monument du XIIe sicle trs-simple. Style
     mixte.]

     [Note 132: glise trs-curieuse; abside auvergnate; nef du
     XIIIe sicle, avec bas-cts dont les votes sont aussi
     leves que celles de la nef; piles cylindriques.]

     [Note 133: Transsept avec six chapelles carres orientes;
     coupole, et tour sur le centre de la croise; vote en
     berceau bris, XIIe sicle. Beau tombeau de saint tienne,
     vque, XIIIe sicle.]

     [Note 134: Belle glise du XIIe sicle.]

     [Note 135: Petite glise avec abside perce de niches basses,
     comme pour placer des tombeaux ou des reliquaires, XIIe
     sicle. Style simple.]


CTE-D'OR.
_Arrond. de Dijon._ g. abb. de Saint-Bnigne de Dijon (cath.)[136], g.
Notre-Dame de Dijon[137], g. Saint-Michel, id.[138], g. Saint-tienne,
id., g. Saint-Philibert, id., g. Saint-Jean, id., g. de la
Chartreuse, id., g. de Saint-Seine, g. de Rouvres, g. de Plombires,
g. de Thil-Chtel.
_Arrond. de Beaune._ g. de Beaune[139], g. de Meursault, g. de
Sainte-Sabine[140].
_Arrond. de Chtillon-sur-Seine._ g. de Saint-Vorle 
Chtillon-s.-Seine, g. d'Aignay-le-Duc.
_Arrond. de Semur._ g. Notre-Dame de Semur[141], g. de Flavigny[142],
g. abb, de Fontenay prs Montbard[143], g. Saint-Andoche de
Saulieu[144], g. de Saint-Thibault[145].

     [Note 136: Restes d'une crypte du XIe sicle (voy. CRYPTE,
     fig. 5). glise rebtie,  la fin du XIIIe sicle,  la place
     d'une glise du XIe sicle. Abside sans collatraux; deux
     chapelles dans les deux bras de croix; nef d'une grande
     simplicit; chapiteaux dpourvus de sculpture; deux tours sur
     la faade d'un pauvre style; flche en bois, du XVIIe sicle,
     sur le centre de la croise.]

     [Note 137: Le type le plus complet de l'architecture
     bourguignonne du XIIIe sicle (1230 environ). Porche vaste,
     abside sans bas-cts; tour sur le centre de la croise dont
     la disposition est des plus remarquables, quoiqu'on n'en
     puisse juger aujourd hui par suite d'adjonctions (voy.
     CONSTRUCTION, fig. 75, 76, 77, 78, 79, 79 bis, 80, 81 et
     82).]

     [Note 138: Faade du XVIe sicle, style de la Renaissance
     bourguignonne.]

     [Note 139: glise du XIIe sicle, style de la Bourgogne, l'un
     des drivs de la cathdrale d'Autun. Pilastres cannels;
     vote en berceau bris avec arcs doubleaux; choeur avec
     bas-cts et trois chapelles circulaires; porche du XIIIe
     sicle, non achev; tour sur le centre de la croise.]

     [Note 140: Clocher sur la faade avec porche au-dessous.
     glise du XIIe sicle, refaite au XIIIe, en ruines
     aujourd'hui.]

     [Note 141: Style bourguignon pur du XIIIe sicle; bas-ct et
     trois chapelles autour du choeur; porche vaste; beaucoup de
     points de ressemblance avec l'glise de Notre-Dame de Dijon;
     triforium trs-lgant dans le choeur. Belle sculpture.]

     [Note 142: Petite glise du XIIIe sicle, avec un jub et des
     chapelles du XVIe.]

     [Note 143: glise cistercienne pure.]

     [Note 144: Style bourguignon contemporain de la cathdrale
     d'Autun et de l'glise de Beaune. La nef seule existe, XIIe
     sicle. Deux tours sur la faade; tribune d'orgues en bois,
     du XVe sicle. Fragments de stalles du XIIIe sicle.]

     [Note 145: Choeur en partie dtruit, fait sur le modle de
     celui de l'glise Saint-Urbain de Troyes. Porte du XIIIe
     sicle, avec statuaire remarquable.]


CTES-DU-NORD.
_Arrond. de Saint-Brieuc_. g. cathd. de Saint-Brieuc, g. de Lanleff,
g. Notre-Dame de Lamballe, g. de Montcontour.
_Arrond. de Dinan_. g. de Saint-Sauveur de Dinan, g. du pr. de Lehon.
_Arrond. de Lannion_. g. Saint-Pierre de Lannion, g. de Trguier
(ancienne cathd.).


CREUSE.
_Arrond. de Guret._ g. de la Souterraine[146].
_Arrond. d'Aubusson._ g. d'Evaux, g. de Fellein.
_Arrond. de Bourganeuf._ g. de Bnvent.
_Arrond. de Boussac._ g. Sainte-Valrie  Chambon.

     [Note 146: Belle glise de la fin du XIIe sicle, avec abside
     carre et quatre chapelles dans les bras de croix; bas-ct
     de la nef trs-troit; coupole sur la premire trave avec
     clocher au-dessus; coupole au centre de la croise; crypte
     (voy. _Arch. de la comm. des Mon. historiques, pub. sous les
     ausp. de M. le ministre d'tat_). glise dispose pour tre
     fortifie; collatraux trs-levs dont les votes
     contre-buttent celles de la nef. L'un des exemples les plus
     remarquables de ce style mixte qui commence vers Chteauroux,
     suit la route de Limoges et s'tend jusque dans la Corrze.]


DORDOGNE.
_Arrond. de Prigueux._ g. abb. de Saint-Front  Prigueux
(cathd.)[147], g. de la Cit, id. (anc. cathd.), g. abb. de
Brantme[148].
_Arrond. de Bergerac._ g. de Beaumont, g. de Montpazier, g. abb. de
Saint-Avit-Seigneur[149].
_Arrond. de Nontron._ g. de Cercles, g. de Saint-Jean-de-Col, g. de
Bussires-Badil.
_Arrond. de Sarlat._ g. de Sarlat (anc. cathd,), g. de Saint-Cyprien.
_Arrond. de Ribrac._ g. de Saint-Privat.

     [Note 147: glise dont la disposition est toute byzantine et
     les dtails sont latins, Xe sicle. Le type de toutes les
     glises  coupoles de l'ouest de la France (voy. ARCHITECTURE
     RELIGIEUSE, fig. 4 et 5; CLOCHER, fig. 1).]

     [Note 148: glise d'un beau style, sans collatraux; abside
     carre; clocher latral. XIe, XIIe et XIIIe sicles.]

     [Note 149: L'un des drivs de l'glise de Saint-Front, XIIe
     sicle.]


DOUBS.
_Arrond. de Besanon._ g. cathd. de Besanon[150], g. de
Saint-Vincent de Besanon.
_Arrond. de Montbelliard._ g. de Courtefontaine.
_Arrond. de Pontarlier._ g. abb. de Montbenot, g. du prieur de
Morteau, g. abb. de Sept-Fontaines.

     [Note 150: glise  plan rhnan du XIIe sicle, avec deux
     absides sans collatraux, l'une  l'orient, l'autre 
     l'occident. difice fort mutil. Une crypte autrefois sous
     l'abside occidentale.]


DRME.
_Arrond. de Valence._ g. cathd. de Valence[151], g. de Saint-Bernard 
Romans.
_Arrond. de Die._ g. de Die (anc. cathd.), g. de Chabrillan.
_Arrond. de Montlimart._. g. de Grignan, g. de
Saint-Paul-Trois-Chteaux (anc. cathd.); g. de Saint-Restitut, g. de
Saint-Marcel-des-Sauzet, g. de la Garde-Adhmar.

     [Note 151: glise du XIIe sicle, style du Lyonnais. Vote en
     berceau avec arcs doubleaux.]


EURE.
_Arrond. d'vreux._ g. cathd. d'vreux[152], g. de Saint-Taurin 
vreux, g. de Conches[153], g. de Pacy-sur-Eure, g. de Vernon, g. de
Vernonet, g. de Saint-Luc.
_Arrond. des Andelys._ g. du Grand-Andely, g. du Petit-Andely, g. de
Gisors.
_Arrond. de Bernay._ g. abb.  Bernay, g. de Broglie, g. de
Fontaine-la-Sort, g. d'Harcourt, g. de Serquigny, g. de Boisney, g.
Notre-Dame-de-Louviers, g. de Pont-de-l'Arche.
_Arrond. de Pont-Audemer._ g. d'Annebaut, g. de Quillebeuf.

     [Note 152: glise des XIe, XIIe, XIIIe, XIVe, XVe et XVIe
     sicles. Flche en charpente et plomb sur la croise.]

     [Note 153: Magnifiques vitraux du XVIe sicle.]


EURE-ET-LOIR.
_Arrond. de Chartres._ g. Notre-Dame-de-Chartres (cath.)[154], g. de
Saint-Aignan  Chartres, g. abb. de Saint-Pre, id.[155], g.
Saint-Andr, id., g. de Gallardon.
_Arrond. de Chteaudun._ g. de Sainte-Madeleine  Chteaudun, g. de
Bonneval.
_Arrond. de Dreux._ g. Saint-Pierre  Dreux, g. de Nogent-le-Roi.

     [Note 154: Crypte du XIe sicle, clocher et portail du XIIe,
     nef et choeur du XIIIe sicle. Trs-beaux vitraux des XIIe et
     XIIIe sicles (voy. CATHDRALE, fig. 11 et 12; CLOCHER, fig.
     58 et 59).]

     [Note 155: glise du commencement du XIIIe sicle,
     remarquable pour la lgret de sa construction. Beaux
     vitraux de la fin du XIIIe sicle. Cet difice a subi
     d'importantes modifications.]


FINISTRE.
_Arrond. de Quimper._ g. cathd. de Quimper, g. de Loctudy, g. de
Pen-Marc'h, g. de Plogastel-Saint-Germain, g. de Pontcroix.
_Arrond. de Brest._ g. Notre-Dame du Folgot, g. de Goulven.
_Arrond. de Chteaulin._ g. de Pleyben, g. de Loc-Ronan.
_Arrond. de Morlaix_. g. de Saint-Jean-du-Doigt, g. de Lambader, g.
de Saint-Pol-de-Lon (anc. cathd.), g. Notre-Dame du Creisquer 
Saint-Pol-de-Lon.
_Arrond. de Quimperl._ g. Sainte-Croix de Quimperl[156].

     [Note 156: glise circulaire du XIe sicle.]


GARD.
_Arrond. de Nmes._ g. abb. de Saint-Gilles[157], g. Sainte-Marthe de
Tarascon.
_Arrond. d'Uzs._ g. de Villeneuve-ls-Avignon.

     [Note 157: Portail du XIIe sicle, dont la sculpture prsente
     un des exemples les plus complets de l'cole des statuaires
     de cette poque en Provence. Nef trs-mutile; crypte du XIIe
     sicle; choeur (dtruit) de la fin du XIIe sicle, dont les
     dbris prsentent un grand intrt comme perfection
     d'excution.]


GARONNE (HAUTE-).
_Arrond. de Toulouse._ g. cathd. de Toulouse[158], g. conv. des
Jacobins  Toulouse[159], g. du Taur, id., g. abb. de Saint-Sernin,
id.[160], g. conv. des Cordeliers, id.
_Arrond. de Muret._ g. de Venerque.
_Arrond. de Saint-Gaudens._ g. de Saint-Gaudens[161], g. de
Saint-Aventin, g. de Saint-Bertrand-de-Comminges (anc. cathd.), g.
Saint-Just de Valcabrre[162], g. abb. de Montsauns[163].

     [Note 158: Nef vaste, sans bas-cts, du XIIe sicle; choeur
     du XVe sicle.]

     [Note 159: glise  deux nefs, de la fin du XIIIe sicle
     (voy. ARCHITECTURE MONASTIQUE, fig. 24 bis; CLOCHER, fig. 76,
     77 et 78).]

     [Note 160: Le plus vaste difice du midi de la France, XIIe
     sicle; choeur avec collatral et chapelles rayonnantes;
     transsepts avec chapelles circulaires orientes; nef avec
     doubles bas-cts se retournant dans le transsept. Clocher du
     XIIIe sicle sur le centre de la croise. Faade inacheve.
     La nef rebtie au XVe sicle, en suivant les donnes
     primitives. Votes en berceau contre-buttes par les
     demi-berceaux des galeries de premier tage. Construction,
     pierre et brique. Belle sculpture; fragments importants d'un
     difice plus ancien. Crypte rebtie au XIVe sicle et mutile
     depuis peu. Style auvergnat dvelopp.]

     [Note 161: glise moyenne, du XIIe sicle, d'un beau style.]

     [Note 162: Petite glise fort ancienne; quelques parties
     paraissent remonter au Xe sicle. Construction presque
     entirement reprise au XIIe. Autel avec exposition d'un
     reliquaire releve au-dessus du sanctuaire.]

     [Note 163: Ruine. Belle construction du XIIe sicle.]


GERS.
_Arrond. d'Auch._ g. cathd. d'Auch[164].
_Arrond. de Condom._ g. de Condom (anc. cathd.).
_Arrond. de Lectoure._ g. de Fleurance.
_Arrond. de Lombez._ g. de Lombez, g. de Simorre[165].

     [Note 164: glise des XVe et XVIe sicles. Magnifiques
     stalles et vitraux du XVIe sicle. Faade du XVIIe sicle.]

     [Note 165: Petite glise du XIVe sicle, sans collatraux,
     avec transsept et abside carre, btie en brique et
     entirement fortifie. Pas de faade. Jolis vitraux du XVe
     sicle.]


GIRONDE.
_Arrond. de Bordeaux._ g. Saint-Andr (cathd. de Bordeaux), g.
Sainte-Croix  Bordeaux[166], glise Saint-Seurin, id.[167], g.
Saint-Michel, id., g. d'Avensan, g. de Bouillac, g. de Lognan, g. de
Loupiac de Cadillac[168], g. de Moulis, g. de la Sauve. _Arrond. de
Bazas._ g. de Bazas (anc. cathd.), g. d'Aillas, g. du Pondaurat, g.
d'Uzeste.
_Arrond. de La Role._ g. Saint-Pierre de La Role, g. de Blazimon,
g. de Saint-Ferme, g. de Saint-Macaire[169], g. de Saint-Michel.
_Arrond. de Lesparre._ g. de Bgadan, g. de Gaillan, g. de Vertheuil,
g. de Saint-Vivien.
_Arrond. de Libourne._ g. de Saint-Denis de Piles, g. de
Saint-milion, g. de Saint-Pierre de Petit-Palais, g. de Pujols.

     [Note 166: Restes d'une belle faade du XIIe sicle.]

     [Note 167: glise du XIIIe sicle, trs-mutile. Porche
     principal du XIe sicle, sous le clocher. Porche latral du
     XIIIe sicle, rempli de bonnes statues. Crypte.]

     [Note 168: Trs-jolie petite glise du XIIe sicle;
     trs-complte. La faade est d'un excellent style. Le clocher
     a t rebti depuis peu avec adresse.]

     [Note 169: glise du XIIe sicle, avec abside et bras de
     croix circulaires, sans collatraux. Faade du XIIIe sicle.
     Peintures  l'intrieur de la fin du XIIIe sicle,
     malheureusement fort gtes par une malencontreuse
     restauration.]


HRAULT.
_Arrond. de Montpellier._ g. de Castries, g. Sainte-Croix 
Celleneuve, g. abb. de Saint-Guilhem-le-Dsert[170], g. abb. de
Maguelonne, g. abb. de Vignogoul  Pignan, g. abb. de Vallemagne, g.
de Villeneuve-ls-Maguelonne.
_Arrond. de Bziers._ g. de Saint-Nazaire de Bziers (anc.
cathd.)[171], g. d'Agde (anc. cathd.), g. d'Espondeilhan.
_Arrond. de Lodve._ g. Saint-Fulcran de Lodve, g. Saint-Paul de
Clermont, g. Saint-Pargoire.
_Arrond. de Saint-Pons._ g. de Saint-Pons.

     [Note 170: Jolie glise du XIIe sicle, d'un caractre franc
     appartenant  cette partie des provinces mridionales.]

     [Note 171: glise btie au XIIe sicle et ds lors fortifie,
     reconstruite en grande partie  la fin du XIIIe et fortifie
     de nouveau. Abside sans collatral, surmonte de mchicoulis
     avec crnelage dcor.]


ILLE-ET-VILAINE.
_Arrond. de Montfort-sur-Meu._ g. de Montauban.
_Arrond. de Redon._ g. Saint-Sauveur de Redon.
_Arrond. de Saint-Malo._. g. de Dol (anc. cathd.)[172].
_Arrond. de Vitr._ g. de Vitr.

     [Note 172: Belle glise du XIIIe sicle, avec abside carre
     dans laquelle s'ouvre une large verrire comme au fond des
     absides anglaises de cette poque.]


INDRE.
_Arrond. de Chteauroux._ g. de Chtillon-sur-Indre, g. abb. de Dols
prs Chteauroux[173], g. de Levroux, g. de Mobecq, g. de
Saint-Genou[174], g. de Saint-Martin d'Ardental.
_Arrond. du Blanc._ g. abb. de Fontgombaud[175], g. de
Mzires-en-Brenne.
_Arrond. de la Chtre._ g. de la Chtre[176], g. de Gargilesse, g. de
Neuvy-Saint-Spulcre[177], g. de Nohant-Vic.

     [Note 173: glise ruine du XIIe sicle, mais dont les
     fragments sont d'une grande puret de style. Le clocher
     existe seul entier; il se termine par un cne en pierre.]

     [Note 174: Trs-curieuse glise du XIIe sicle, qui conserve
      l'intrieur l'aspect d'une basilique antique.]

     [Note 175: Grande et belle glise du XIIe sicle, avec
     collatral autour du choeur; tour sur la croise; votes en
     berceau et votes d'arte; galeries extrieures autour de
     l'abside. La nef a t dtruite; le choeur et le transsept
     seuls sont debout et occups aujourd'hui par des trappistes.]

     [Note 176: Porche avec clocher au-dessus.]

     [Note 177: glise circulaire du XIe sicle, btie 
     l'imitation du Saint-Spulcre. Nef accole, trs-ancienne,
     mais rebtie au XIIe sicle (voy. _Arch. de la comm. des Mon.
     historiques, pub. sous les ausp. de M. le ministre d'tat_).]


INDRE-ET-LOIRE.
_Arrond. de Tours_. g. cathd. de Tours[178], g. abb. de Saint-Martin
 Tours[179], g. abb. de Saint-Julien, id.[180], g. Saint-Denis 
Amboise, g. de Vernon.
_Arrond. de Chinon._ g. abb. de Saint-Mesme  Chinon, g.
d'Azay-le-Rideau, g. de Candes, g. de Langeais, g. de Rivire.
_Arrond. de Loches._ g. Saint-Ours de Loches[181], g. de Beaulieu, g.
de Montrsor, g. de Preuilly.

     [Note 178: Choeur du XIIIe sicle, d'un beau style. Vitraux
     de la mme poque et intacts. Faade du XVIe sicle.]

     [Note 179: Il ne reste que le clocher principal de cette
     glise clbre.]

     [Note 180: glise du XIIIe sicle, avec abside carre. Tour
     sur le porche de la faade du XIe sicle. Peintures.]

     [Note 181: glise drive des glises  coupoles, XIe et XIIe
     sicles, sans collatraux. Ici les coupoles sont remplaces
     par des pyramides creuses (voy. COUPOLE, fig. 15; CLOCHER,
     fig. 27). Un clocher sur l'abside, l'autre sur le porche.]


ISRE.
_Arrond. de Grenoble._ g. cathd. de Grenoble.
_Arrond. de Saint-Marcellin._ g. Saint-Antoine prs Saint-Marcellin,
g. de Marnans.
_Arrond. de la Tour-du-Pin._ g. de Saint-Chef[182].
_Arrond. de Vienne._. g. Saint-Andr-le-Bas  Vienne, g.
Saint-Maurice, id., g. Saint-Pierre, id.

     [Note 182: glise compose d'une large nef avec collatraux,
     d'un transsept troit avec abside circulaire et quatre
     absidioles prises dans l'paisseur du mur des bras de croix,
     XIIe sicle. Charpente sur la nef. L'abside et le transsept
     sont seuls vots. Peintures de la fin du XIIe sicle dans
     une des deux tribunes qui terminent les deux bras de croix.
     Les quatre traves de ces deux bras de croix sont votes au
     moyen de berceaux perpendiculaires aux murs et reposant sur
     des arcs doubleaux construits  la hauteur des archivoltes
     runissant les piles de la nef. Clochers sur plan barlong aux
     extrmits du transsept sur les tribunes. Le clocher sud seul
     existe.]


JURA.
_Arrond. de Lons-le-Saunier._ g. de Baume-les-Messieurs.
_Arrond. de Dle._ g. de Chissey.
_Arrond. de Poligny._ g. Saint-Anatole de Salins.


LANDES.
_Arrond. de Dax._ g. de Sordes, g. de Saint-Paul-ls-Dax.
_Arrond. de Saint-Sever._ g. de Saint-Gron  Hagetman, g. de
Sainte-Quitterie au Mas-d'Aire[183].

     [Note 183: Prs du sanctuaire de cette glise, on remarque
     une logette rserve en plein mur et dans laquelle on
     enfermait les alins.]


LOIR-ET-CHER.
_Arrond. de Blois._ g. de Saint-Latimer  Blois[184], g. de
Saint-Aignan, g. de Mesland, g. de Nanteuil  Montrichard, g. de
Cours-sur-Loire, g. Saint-Lubin  Suvres.
_Arrond. de Romorantin._ g. de Romorantin, g. de Lassay, g. de
Saint-Thaurin  Selles-Saint-Denis, g. de Saint-Genoux, id., g. de S
elles-sur-Cher.
_Arrond. de Vendme._ g. abb. de la Trinit  Vendme[185], g. de
Troo, g. de Lavardin, g. Saint-Gilles de Montoire.

     [Note 184: Belle glise du XIIe sicle.]

     [Note 185: Le clocher de cette glise abbatiale existe encore
     (voy. CLOCHER, fig. 53, 54, 55 et 56). C'est une des plus
     belles constructions du XIIe sicle, qui n'est surpasse que
     par celle du clocher vieux de la cathdrale de Chartres.]


LOIRE.
_Arrond. de Roanne._ g. d'Ambierle, g. abb. de Charlieu[186], g. de
la Benison-Dieu.

     [Note 186: Restes d'un trs-beau style; XIIe sicle.]


LOIRE (HAUTE-).
_Arrond. du Puy._ g. cathd. du Puy[187], g. Saint-Jean au Puy[188],
baptistre au Puy, g. Saint-Laurent, id., g.
Saint-Michel-de-l'Aiguilhe, id., g. de Chamalires, g. de Monestier,
g. de Polignac[189], g. de Saint-Paulien, g. de Saugues.
_Arrond. de Brioude._ g. de Saint-Julien de Brioude[190], g. abb. de
Chaise-Dieu, g. de Chanteuges.
_Arrond. d'Yssingeaux._ g. de Bauzac, g. de Saint-Didier-la-Sauve, g.
de Riotord.

     [Note 187: Monument dont la disposition est unique. En
     passant sous un porche trs-relev comme une loge immense, on
     pntre sous le pav de l'glise et on dbouche, par un
     escalier, devant le matre-autel. Ce degr se prolonge au
     loin dans la rue perce en face le portail. Cette disposition
     si trange avait t prise pour permettre aux nombreux
     plerins qui visitaient Notre-Dame du Puy d'arriver
     processionnellement jusqu' l'image vnre. La cathdrale du
     Puy prsente des traces d'un difice trs-ancien. Les
     constructions en lvation datent du XIe sicle; elles ont
     t couronnes au XIIe par des coupoles. Une lanterne s'lve
     sur le centre de la croise. L'abside tait carre, et les
     extrmits du transsept sont termines, au nord et au sud,
     par des absidioles peu leves. Les parements extrieurs sont
     composs de pierre blanche (grs) et de lave noire, de faon
      former de grandes mosaques. Il y avait autrefois, 
     l'intrieur, de nombreuses peintures du XIIe sicle, d'un
     grand style, qui ont t en partie dtruites. La cathdrale
     du Puy a conserv ses dpendances: une grande salle du XIIe
     sicle, un clotre du Xe et du XIIe, une salle capitulaire et
     une matrise avec des peintures du XIVe.]

     [Note 188: difice dont quelques parties datent du Xe
     sicle.]

     [Note 189: Trs-jolie petite glise du XIe sicle, avec trois
     absidioles.]

     [Note 190: Belle glise du XIIe et du commencement du XIIIe
     sicle; le choeur est de cette dernire poque, mais les
     masses de l'architecture et le systme de construction sont
     rests romans. Le style nouveau ne se fait sentir que dans
     les dtails de la sculpture et les profils. Traces nombreuses
     de peintures.]


LOIRE-INFRIEURE.
_Arrond. de Nantes._ g. cathd. de Nantes, g. Saint-Jacques  Nantes.
_Arrond. de Sapenay._ g. de Saint-Gildas-des-Bois, g. de
Saint-Gonstan, g. de Gurande.


LOIRET.
_Arrond. d'Orlans._ g. cathd. d'Orlans, g. Saint-Aignan  Orlans,
g. de Beaugency, g. Saint-tienne de Beaugency[191], g. Notre-Dame de
Clry, g. de Germigny-les-Prs[192], g. de Meung, g. de la chapelle
Saint-Mesmin.
_Arrond. de Gien._ g. abb. de Saint-Benot-sur-Loire[193], g. de
Saint-Brisson.
_Arrond. de Montargis._ g. de Ferrires, g. de Lorris.
_Arrond. de Pithiviers._ g. de Puiseaux, g. de Yvres-le-Chtel.

     [Note 191: glise fort ancienne, IXe ou Xe sicle. Nef
     troite, longue, sans bas-cts. Transsept trs-prononc,
     avec chapelles semi-circulaires orientes; choeur presque
     gal  la nef, avec abside en cul-de-four. Votes en
     berceaux, votes d'arte sur le centre de la croise, avec
     large clocher au-dessus. Absence totale d'ornementation;
     enduits.]

     [Note 192: Petite glise du IXe sicle, avec abside
     circulaire et deux absidioles. Clocher central port sur
     quatre piles isoles, avec circulation autour, comme dans
     certaines glises grecques et de l'Angoumois. Transsept
     passant sous le clocher, termin par deux absides
     circulaires; votes d'arte et en berceau. Mosaque  fond
     d'or revtissant le cul-de-four de l'abside principale.
     Clocher avec colonnettes et bandeaux dcors de stucs. (Ce
     monument a t publi par M. Constant Dufeux dans la _Revue
     d'Architecture_ de M. Daly, t. VIII.)]

     [Note 193: glise du XIIe sicle, avec crypte et choeur
     relev. Vaste narthex du XIe sicle, avec premier tage
     destin  porter un clocher (voy. CLOCHER, fig. 41 et 42). Le
     sanctuaire est pav en _opus alexandrinum_, comme beaucoup
     d'glises italiennes.]


LOT.
_Arrond. de Cahors._ g. cathd. de Cahors[194], g. de Montat.
_Arrond. de Figeac._ g. abb. de Saint-Sauveur  Figeac, g. d'Assier.
_Arrond. de Gourdon._ g. de Gourdon, g. abb. de Souillac[195].

     [Note 194: glise drive de l'glise abbatiale de
     Saint-Front  Prigueux. Coupoles. Cet difice a subi de
     nombreuses mutilations depuis le XIVe sicle.]

     [Note 195: glise abbatiale drive de celle de Saint-Front.
     Coupoles. Abside circulaire; restes d'un porche. Bas-reliefs
     trs-curieux  l'intrieur de la porte d'entre.]


LOT-ET-GARONNE.
_Arrond. d'Agen._ g. cathd. d'Agen[196], ancienne g. des Jacobins
d'Agen[197], g. de Layrac, g. de Moiran.
_Arrond. de Marmande_. g. de Marmande, g. du Mas-d'Agenais.
_Arrond. de Nrac_. g. de Mzin.

     [Note 196: glise  coupoles, refaite en grande partie au
     XIIIe sicle et vote  cette poque. Abside rappelant, 
     l'extrieur, les absides auvergnates.]

     [Note 197: Peintures intrieures du XIIIe sicle. glise 
     deux nefs.]


LOZRE.
_Arrond. de Mende._. g. cathd. de Mende, g. de Langogne.


MAINE-ET-LOIRE.
_Arrond. d'Angers._ g. cathd. d'Angers[198], g. abb. de Saint-Serge 
Angers, g. de Saint-Martin, id., g. abb. de la Trinit, id., g. du
Ronceray, id., g. du Lion-d'Angers, g. de Savennires, g. de
Beaulieu.
_Arrond. de Bauge._ g. de Pontign.
_Arrond. de Beauprau._ g. de Chemill.
_Arrond. de Saumur._ g. de Nantilly  Saumur, g. de Saint-Pierre, id.,
g. de Cunault, g. abb. de Fontevrault[199], g. de
Saint-Georges-Chatelaison, g. de Montreuil-Bellay, g. du
Puy-Notre-Dame, g. Saint-Eusbe de Gennes, g. Saint-Vtrin, id.

     [Note 198: Vaste glise avec nef; transsept, choeur et abside
     sans chapelles ni collatraux. Btie vers la fin du XIIe
     sicle, mais prsentant des traces de constructions
     antrieures. Votes d'arte  plan carr, et rappelant la
     coupole par leur forme trs-bombe. Vitraux. Style des
     Plantagenet (voy. l'_Architecture byzantine en France_, par
     M. Flix de Verneilh; voy. CATHDRALE, fig. 43).]

     [Note 199: glise  coupoles, mais avec choeur entour de
     chapelles avec bas-cts (voy. ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fig.
     6 et 7).]


MANCHE.
_Arrond. de Saint-L._ g. Sainte-Croix de Saint-L, g. Notre-Dame,
id., g. de Carentan, g. de Martigny.
_Arrond. d'Avranches._ g. abb. du Mont-Saint-Michel-en-Mer[200].
_Arrond. de Cherbourg._ g. de Querqueville.
_Arrond. de Coutances._ g. cathd. de Coutances[201], g. Saint-Pierre
 Coutances[202], g. de Lessay, g. de Priers.
_Arrond. de Mortain._ g. abb. de Mortain.
_Arrond. de Valognes._ g. de Sainte-Marie-du-Mont, g. de
Sainte-Mre-glise, g. abb. de Saint-Sauveur-le-Vicomte, g. de
Saint-Michel  Lestre.

     [Note 200: glise dont la nef remonte au XIe sicle; le
     choeur date du XVe (voy. ARCHITECTURE MONASTIQUE, fig. 19,
     20, 21 et 22).]

     [Note 201: glise normande pure de la premire moiti du
     XIIIe sicle; chapelles ajoutes  la nef au XIVe (voy.
     CATHDRALE, fig. 38).]

     [Note 202: Jolis clochers du XVIe sicle.]


MARNE.
_Arrond. de Chlons._ g. cathd. de Chlons[203], g. Notre-Dame de
Chlons[204], g. Saint-Jean, id.[205], g. Saint-Alpin, id., g.
Notre-Dame de l'pine[206], g. des Vertus, g. de Courtisols[207].
_Arrond. d'pernay._ g. d'pernay, g. de Montmort, g. d'Orbay[208],
g. d'Avenay, g. de Dormans, g. d'Oger[209].
_Arrond. de Reims._ g. Notre-Dame de Reims (cathd.)[210], g. abb. de
Saint-Remy  Reims[211], g. de Cauroy.
_Arrond. de Sainte-Menehould._. g. de Sommepy.
_Arrond. de Vitry._ g. de Maisons-sous-Vitry[212], g. de Maurupt, g.
de Cheminon, g. de Saint-Amand[213].

     [Note 203: glise champenoise prsentant des dispositions
     trs-anciennes. Le choeur, primitivement dpourvu de
     bas-cts, tait flanqu de deux tours sur plan barlong.
     L'une de ces tours date du commencement du XIIe sicle. Le
     choeur, le transsept et la nef ont t reconstruits au XIIIe
     sicle. Au XIVe sicle, des chapelles avec collatral ont t
     ajoutes autour du sanctuaire. La nef remanie sur quelques
     points. Aprs un incendie, l'difice fut restaur au XVIIe
     sicle d'une faon barbare. Beaux fragments de vitraux (voy.
     CATHDRALE, fig. 33).]

     [Note 204: glise champenoise btie au XIIe sicle, remanie
     bientt aprs  la fin de ce sicle. La nef primitivement
     dispose pour tre couverte par une charpente. Le choeur
     dpourvu de bas-cts dans l'origine; collatral et chapelles
     ajoutes vers 1180. Quatre tours, dont deux sont encore
     couvertes par des flches en plomb; l'une de celles-ci
     refaite depuis peu (voy. CONSTRUCTION, fig. 41, 42 et 43).]

     [Note 205: Nef du XIe couverte par une charpente; bas-cts
     reconstruits. Choeur et transsept rebtis au XIIIe sicle,
     remanis aux XIVe, XVe et XVIe.]

     [Note 206: glise clbre du XVe sicle, l'un des exemples
     les plus complets de cette poque qui modifia ou termina tant
     d'glises anciennes, et qui en btit si peu de fond en
     comble.]

     [Note 207: Trois glises. Nefs avec charpentes, XIIIe
     sicle.]

     [Note 208: Le choeur seul de cette glise prsente de
     l'intrt et possde des chapelles absidales; il date du
     commencement du XIIIe sicle; la chapelle centrale est plus
     grande que les autres. Style de l'le-de-France.]

     [Note 209: difice du XIIIe sicle. Abside carre.]

     [Note 210: (Voy. CATHDRALE, fig. 13, 14, 15, 16 et 17.)]

     [Note 211: Nef du Xe sicle, construite pour recevoir une
     charpente avec doubles collatraux vots, dans l'origine, au
     moyen de berceaux perpendiculaires  la nef. Choeur de la fin
     du XIIe sicle. Beaux fragments de vitraux. Transsept avec
     chapelles orientes  deux tages. Galerie de premier tage
     vote tout autour de l'difice. Faade du XIIe sicle
     (restaure). Pignon du transsept sud du XVIe sicle. Tombeau
     de Saint-Remy, du XVIe sicle, d'un trs-mdiocre style.]

     [Note 212: Nef couverte par une charpente, commencement du
     XIIIe sicle. Abside polygonale. Joli petit difice.]

     [Note 213: difice du XIIIe sicle, d'un beau style. Porche
     bas, couvert en appentis; nef avec collatraux; abside
     polygonale champenoise sans bas-ct. Transsept.]


MARNE (HAUTE-).
_Arrond. de Chaumont._ g. de Saint-Jean-Baptiste  Chaumont, g. de
Vignory[214].
_Arrond. de Langres._ g. de Saint-Mamms de Langres (cathd.)[215], g.
d'Issmes, g. de Villars-Saint-Marcellin.
_Arrond. de Vassy._ g. de Vassy, g. de Blcourt, g. de Ceffonds, g.
de Joinville, g. de Moutirender[216], g. Saint-Aubin  Moslains, g.
abb. de Trois-Fontaines.

     [Note 214 glise du Xe sicle. Nefs couvertes en charpente;
     abside vote avec bas-ct et chapelles circulaires (voy.
     ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fig. 2 et 3).]

     [Note 215: difice bti de 1150  1200 (voy. CATHDRALE, fig.
     28 et 29). Faade moderne.]

     [Note 216: Choeur et transsept du commencement du XIIIe
     sicle. Le meilleur exemple de l'architecture de cette poque
     dans la haute Champagne.]


MAYENNE.
_Arrond. de Laval_. g. de la Trinit  Laval, g. de Saint-Martin,
id., g. d'Avesnires, g. d'vron.
_Arrond. de Chteau-Gontier._ g. de Saint-Jean  Chteau-Gontier, g.
abb. de la Roe.
_Arrond. de Mayenne._ g. de Javron.


MEURTHE.
_Arrond. de Nancy._ g. de Latre-sous-Amance, g. de
Saint-Nicolas-du-Port, g. de Mousson[217].
_Arrond. de Sarrebourg._ g. de Fenestrange.
_Arrond. de Toul._ g. de Toul (anc. cathd.)[218], g. de
Saint-Gengoulf  Toul, g. de Blenod-aux-Oignons, g. de Minorville.

     [Note 217: Grande glise du XIIIe sicle. Beau plan.]

     [Note 218: Choeur et transsept du XIIIe sicle, sans
     collatral. Faade du XVe sicle, fort riche.]


MEUSE.
_Arrond. de Bar-le-Duc._ g, de Rambercourt-aux-Pots.
_Arrond. de Montmdy._ g. d'Avioth.
_Arrond. de Verdun._ g. cathd. de Verdun[219], g. d'tain, g. abb.
de Lachalade.

     [Note 219: (Voy. _ARCHITECTURE RELIGIEUSE_, fig. 39.)]


MORBIHAN.
_Arrond. de Vannes._ g. de Saint-Gildas-de-Ruys, g. de l'le d'Arz.
_Arrond. de Lorient._ g. d'Hennebon.
_Arrond. de Plormel._ g. de Plormel.
_Arrond. de Pontivy._ g. de Quelven  Guern.


MOSELLE.
_Arrond. de Metz._ g. cathd. de Metz[220], g. de Saint-Vincent 
Metz, g. de Chazelle, g. de Norroy-le-Veneur, g. de Jussy.
_Arrond. de Briey_. g. d'Olley, g. de Longuyon.

     [Note 220: glise dont la nef date du XIIIe sicle et le
     choeur du XVe; cette dernire construction refaite toutefois
     en se raccordant aux prcdentes. Style gothique empreint
     dj du got allemand. Trs-beaux vitraux du XVIe sicle dans
     le transsept, lequel est clair, non par des roses, mais par
     des fentres immenses comprenant l'espace entier laiss entre
     la premire galerie et les votes. Les clochers, au lieu
     d'tre levs sur la faade, sont poss sur les troisimes
     traves des collatraux de la nef.]


NIVRE.
_Arrond. de Nevers._ g. cathd. de Nevers[221], g. Saint-tienne 
Nevers[222], g. de Saint-Saulge, g. de Saint-Parize-le-Chtel.
_Arrond. de Clamecy_. g. Saint-Martin  Clamecy[223], g. de Corbigny,
g. de Saint-Reverien, g. de Saint-Lger  Tannay, g. de Varzy.
_Arrond. de Cosne._ g. abb. de Sainte-Croix  la Charit[224], g. de
Donzy, g. de Premery.

     [Note 221: glise ayant une abside  l'occident construite au
     XIe sicle. Vaste transsept dans lequel donne cette abside;
     date galement de cette poque. La nef fut rebtie au XIIIe
     sicle; puis le choeur, aprs un incendie, fut refait  la
     fin de ce sicle. Restaurations et adjonctions pendant les
     XIVe et XVe sicles. Cette glise menace ruine; la nef est
     dverse; son triforium prsente une ornementation de
     cariatides et de figures d'anges dans les tympans, qui
     donnent  cet intrieur un aspect trs-original. L'difice
     est trs-mutil par la main des hommes et par le temps.]

     [Note 222: glise auvergnate du XIe sicle (voy.
     _ARCHITECTURE RELIGIEUSE_, fig. 8).]

     [Note 223: glise de la premire moiti du XIIIe sicle, avec
     abside carre et bas-ct tournant derrire le sanctuaire.
     Faade et clocher de la fin du XVe sicle.]

     [Note 224: Grande glise de l'ordre de Cluny, dont il ne
     reste que le choeur, un clocher et des ruines. Trs-vaste
     narthex avec collatraux, XIIe sicle. Style de
     l'architecture d'Autun, de Beaune, de Paray-le-Monial, de
     Cluny.]


NORD.
_Arrond. de Lille._ g. Saint-Maurice  Lille.
_Arrond. d'Avesnes._ g. de Solre-le-Chteau.
_Arrond. de Dunkerque._ g. de Saint-loi de Dunkerque.


OISE.
_Arrond. de Beauvais._ g. cathd. de Beauvais[225], g. de la
Basse-OEuvre  Beauvais[226], g. de Saint-tienne, id.[227], g. abb.
de Saint-Germer[228], g. de Montagny, g. de Trye-Chteau.
_Arrond. de Clermont._ g. de Clermont, g. d'Agnetz, g. de Maignelay,
g. du pr. de Bury, g. de Saint-Martin-aux-Bois, g. de
Magneville[229].
_Arrond. de Compigne._ g. Saint-Antoine  Compigne, g. abb. de
Saint-Jean-aux-Bois[230], g. Notre-Dame de Noyon (anc. cathd.)[231],
g. de Pierrefonds[232], g. de Tracy-le-Val[233].
_Arrond. de Senlis._ g. de Senlis (anc. cathd.)[234], g. collg. de
Saint-Frambourg  Senlis, g. Saint-Vincent, id., g. d'Acy-en-Multien,
g. abb. de Chaalis, g. Notre-Dame de Chambly, g. de Creil (en
l'le)[235], g. abb. de Saint-Leu d'Esserent[236], g. collg. de
Mello[237], g. collg. de Montataire, g. abb. de Morienval[238], g.
de Nogent-les-Vierges, g. d'Ermenonville, g. de Baron, g. de
Verberie.

     [Note 225: Choeur du XIIIe sicle; transsept et morceau de
     nef du XVIe. C'est le plus vaste choeur des glises
     franaises (voy. CATHDRALE, fig. 22; CONSTRUCTION, fig. 101,
     101 bis et 101 ter).]

     [Note 226: Nef d'une glise du VIIIe ou IXe sicle, couverte
     par une charpente. Faade du XIe sicle. Construction
     dpourvue de toute ornementation, romaine barbare. Traces de
     peintures du XIIe sicle.]

     [Note 227: Nef du XIIe sicle; choeur du XVe. Beaux vitraux
     de la Renaissance. Porte du XIIe sicle, trs-ornemente sur
     le ct nord, avec traces de peintures.]

     [Note 228: Grande glise du XIIe sicle, avec galerie vote
     de premier tage. Sainte chapelle du XIIIe sicle, isole 
     l'abside,  peu prs copie sur la Sainte-Chapelle du Palais
      Paris.]

     [Note 229: Voy., pour ces glises, l'ouvrage sur le
     Beauvoisis, de M. le Dr Woillez.]

     [Note 230: Jolie petite glise du commencement du XIIIe
     sicle. Beaux fragments de vitraux grisailles.]

     [Note 231: XIIe et XIIIe sicles (voy. CATHDRALE, fig. 7).]

     [Note 232: Crypte d'une poque trs-ancienne en partie
     creuse dans le roc. Clocher termin par un couronnement du
     XVIe sicle.]

     [Note 233: Charmant clocher de la fin du XIIe sicle (voy.
     CLOCHER, fig. 49).]

     [Note 234: difice de la fin du XIIe sicle, avec galerie
     vote de premier tage. Cette glise n'avait pas de
     transsept dans l'origine; ses bras de croix ont t tablis,
     au XVe sicle, en coupant deux traves de la nef. Chapelles
     rayonnantes trs-exigus. Beau clocher du commencement du
     XIIe sicle (voy. CLOCHER, fig. 63).]

     [Note 235: Dbris d'une fort belle glise du XIIe sicle.]

     [Note 236: Narthex du XIe sicle, avec salle au premier
     tage. Choeur de la fin du XIIe. Nef du commencement du
     XIIIe. Petites chapelles rayonnantes autour du bas-ct de
     l'abside. Clocher du XIIIe sicle. La chapelle extrme du
     chevet possde un tage  la hauteur du triforium.]

     [Note 237: Fin du XIIe sicle. Trs-mutile.]

     [Note 238: glise de la fin du XIe sicle, avec chapelles
     autour du bas-ct du sanctuaire qui datent de cette poque.
     Un clocher du commencement du XIIe sicle sur la faade et
     deux clochers des deux cts du choeur. Remaniements
     considrables au XIVe sicle.]


ORNE.
_Arrond. d'Alenon._ g. Notre-Dame d'Alenon, g. cathd. de Sez[239].
_Arrond. d'Argentan._ g. de Saint-Martin  Argentan, g. de Chambois.
_Arrond. de Domfront._ g. de Notre-Dame-sous-l'eau  Domfront, g. de
Lonlay-l'Abbaye.

     [Note 239: Restes d'un portail de la fin du XIIe sicle. Nef
     du XIIIe sicle, style normand. Choeur de la fin du XIIIe
     sicle, style franais. Deux clochers du XIIIe sicle sur la
     faade. Cet difice menace ruine sur plusieurs points et a
     subi de graves mutilations. Les chapelles absidales datent du
     milieu du XIIIe sicle.]


PAS-DE-CALAIS.
_Arrond. de Saint-Omer._ g. Notre-Dame  Saint-Omer (anc. cathd.), g.
abb. de Saint-Bertin  Saint-Omer, g. d'Acre-sur-la-Lys.


PUY-DE-DOME.
_Arrond. de Clermont._ g. cathdr. de Clermont[240], g.
Notre-Dame-du-Port  Clermont[241], g. de Saint-Cerneuf  Billom, g.
de Chauriat, g. de Notre-Dame d'Orcival, g. de Montferrand, g. de
Royat[242], g. de Saint-Saturnin, g. de Chamalires.
_Arrond. d'Issoire._ g. Saint-Paul  Issoire[243], g. de Chambon, g.
de Manglieu, g. de Saint-Nectaire[244].
_Arrond. de Riom._ g. Notre-Dame-du-Marturet  Riom, g. de
Saint-Amable de Riom, g. d'Ennezat[245], g. de Saint-Hilaire-la-Croix,
g. de Mozat, g. de Thuret, g. de Volvic[246], g. de Condat, g. de
Menat.
_Arrond. de Thiers._ g. Saint-Genest de Thiers, g. du Dorat.

     [Note 240: glise reconstruite  la fin du XIIIe sicle sur
     un ancien difice du XIe (voy. CATHDRALE, fig. 46).]

     [Note 241: difice du XIe sicle, style auvergnat pur (voy.
     ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fig. 9, 10 et 10 bis). Crypte.]

     [Note 242: Petite glise auvergnate du XIe sicle, fortifie
     et restaure  la fin du XIIe. Crypte.]

     [Note 243: Style auvergnat pur. Grande glise du XIe sicle.
     Crypte.]

     [Note 244: Idem.]

     [Note 245: Nef du XIe sicle; choeur et transsept du XIIIe.
     Peintures.]

     [Note 246: Trs-joli choeur du XIIIe sicle, style
     auvergnat.]


PYRNES (BASSES-).
_Arrond. de Pau._ g. de Lembeye, g. de Lescar, g. de Morlaas.
_Arrond. de Bayonne._ g. cathd. de Bayonne[247].
_Arrond. de Maulon._ g. de Saint-Engrace.
_Arrond. d'Oloron._ g. Sainte-Croix  Oloron, g. Sainte-Marie 
Oloron.

     [Note 247: XIIIe, XIVe et XVe sicles.]


PYRNES (HAUTES-).
g. de Luz[248], g. de Saint-Savin, g. d'Ibos prs Tarbes.

     [Note 248: Petite glise fortifie.]


PYRNES-ORIENTALES.
_Arrond. de Perpignan._ g. Saint-Jean  Perpignan (aujourd'hui
cathd.), g. d'Elne[249].
_Arrond. de Cret._ g. de Coustouges.
_Arrond. de Prades._ g. de Marceval, g. abb. de Saint-Martin du
Canigou[250], g. de Corneilla, g. de Serrabone[251], g. de
Villefranche.

     [Note 249: XIIe sicle.]

     [Note 250: XIIe sicle.]

     [Note 251: XIIe sicle.]


RHIN (BAS-).
_Arrond. de Strasbourg._ g. cathd. de Strasbourg[252], g.
Saint-Pierre  Strasbourg, g. abb. de Saint-tienne, id., g.
Saint-Thomas, id., g. de Niederhaslach.
_Arrond. de Saverne._ g. de Saint-Jean-des-Choux, g. abb. de
Marmoutier[253], g. de Neuwiller[254].
_Arrond. de Schelestadt._ g. Saint-Georges de Schelestadt, g.
Sainte-Foi  Schelestadt[255], g. d'Andlau, g. abb. de Saint-Odile,
g. de Rosheim[256].
_Arrond. de Wissembourg._ g. de Walbourg.

     [Note 252: Choeur et transsept du XIIe sicle. Crypte. Nef du
     XIIIe sicle. Faade des XIVe et XVe. Beaux vitraux. Flche
     en pierre trs-remarquable au point de vue de la construction
     (voy. FLCHE).]

     [Note 253: Style rhnan, XIIe sicle. Porche entre deux
     clochers.]

     [Note 254: glise de la fin du XIIe sicle. Chapelle isole 
     l'abside, du Xe sicle (voy. CHAPELLE, fig. 22 et 23).]

     [Note 255: glise des XIe et XIIe sicles, style rhnan.
     Clocher sur le centre de la croise. Porche entre deux
     clochers sur la faade.]

     [Note 256: Jolie glise de style rhnan, XIe et XIIe sicles.
     Belle sculpture.]


RHIN (HAUT-).
_Arrond. de Colmar._ g. Saint-Martin  Colmar, g. de Gueberschwyr, g.
de Guebwiller[257], g. de Pfaffenheim, g. de Rouffach, g. de
Sigolsheim, g. de Luttenbach, g. abb. de Murbach[258].
_Arrond. d'Altkirck._ g. d'Ottmarsheim[259].
_Arrond. de Belfort._ g. de Thann.

     [Note 257: Jolie glise de la fin du XIIe sicle et du XIIIe.
     Porche entre deux tours sur la faade. Clocher sur le milieu
     de la croise. Belle construction style rhnan.]

     [Note 258: Restes d'une belle glise du XIIe sicle. Deux
     clochers des deux cts du choeur. Style rhnan pur.]

     [Note 259: glise octogone; imitation d'Aix-la-Chapelle.]


RHNE.
_Arrond. de Lyon._ g. cathd. de Lyon[260], g. de Saint-Nizier  Lyon,
g. d'Ainay, id.[261], g. Saint-Paul, id., g. Saint-Irne, id., g.
de l'le-Barbe.
_Arrond. de Villefranche._ g. de Villefranche, g. de Salles, g. de
Belleville, g. de Chtillon-d'Azergue.

     [Note 260: Choeur de la fin du XIIe sicle, sans bas-ct,
     avec deux chapelles profondes donnant sur le transsept. Nef
     des XIIIe et XIVe sicles. Faade du XIVe. Clochers des deux
     cts du choeur. Singulier mlange des styles gothiques de la
     haute Bourgogne, du Bourbonnais, de la Haute-Marne et du
     Rhin.]

     [Note 261: Petite glise dont quelques parties sont
     trs-anciennes et datent du IXe sicle. Clocher du XIe;
     abside de la mme poque. difice qui a subi beaucoup de
     remaniements. L'abside, sans collatral, appartient au style
     auvergnat.]


SANE (HAUTE-).
_Arrond. de Vesoul._ g. abb. de Cherlieu, g. de Favernay, g. de
Chambarnay-les-Bellevaux.
_Arrond. de Lure._ g. abb. de Luxeuil.


SANE-ET-LOIRE.
g. abb. de Saint-Vincent  Macon, g. abb. de Saint-Philibert 
Tournus[262], g. de Brancion, g. de Chapaise, g. abb. de Cluny[263],
g. Notre-Dame  Cluny[264].
_Arrond. d'Autun._ g. cathd. d'Autun[265].
_Arrond. de Chlon._ g. Saint-Vincent  Chlon, g. Saint-Marcel, g.
de Sennecey-le-Grand.
_Arrond. de Charolles._ g. de Paray-le-Monial[266], g. de
Semur-en-Brionnais[267], g. d'Anzy, g. de Bois-Sainte-Marie[268], g.
de Chteauneuf[269], g. de Saint-Germain.

     [Note 262: Nef du commencement du XIe sicle, avec vaste
     narthex. Les votes hautes de la nef prsentent cette
     particularit qu'elles se composent de berceaux plein-cintre
     bands perpendiculairement  l'axe sur des arcs doubleaux.
     Les votes centrales sont contre-buttes par celles des
     collatraux, qui sont d'arte. Les piliers sont monostyles,
     termins par des chapiteaux plats sans ornements, comme de
     simples cordons. Le narthex est  deux tages. Transsept et
     choeur du commencement du XIIe sicle, avec crypte, bas-ct
     et chapelles rectangulaires. Clocher carr sur le centre de
     la croise et deux clochers sur les premires traves du
     narthex, du XIIe sicle (voy. ARCHITECTURE MONASTIQUE, fig,
     3, et les _Archives des mon. hist._).]

     [Note 263: Voy. ARCHITECTURE MONASTIQUE, fig. 2. glise dont
     il ne reste aujourd'hui qu'un des bras du transsept.]

     [Note 264: Jolie glise du commencement du XIIIe sicle, du
     meilleur style de la haute Bourgogne. Lanterne sur le centre
     de la croise.]

     [Note 265: glise du XIIe sicle, avec porche ouvert peu
     postrieur  la construction primitive. Style de la haute
     Bourgogne. Nef vote en berceau bris avec arcs doubleaux.
     Choeur sans collatral (voy. ARCHITECTURE RELIGIEUSE, fig.
     20; CATHDRALE, fig. 27). Flche du XVe sicle, en pierre,
     sur le centre de la croise. Arcs-boutants du XVe sicle
     contre-buttant les votes hautes.]

     [Note 266: Trs-remarquable difice contemporain de la
     cathdrale d'Autun (XIIe sicle), avec porche ferm  deux
     tages; sanctuaire avec collatral et trois chapelles
     rayonnantes. Tour centrale  huit pans. Deux tours sur les
     deux premires traves du porche (voy. les _Archives des mon.
     hist._). Belle construction excute en beaux matriaux.]

     [Note 267: difice de la fin du XIIe sicle. Style de la
     haute Bourgogne. Roman fleuri de transition. Belle
     construction.]

     [Note 268: Petite glise du XIIe sicle, dont le choeur
     prsente en plan une disposition toute particulire. Bas-ct
     sans chapelles rayonnantes, et sanctuaire port sur des
     runions de colonnes, deux grosses poses suivant le rayon et
     deux plus grles poses sur la circonfrence. Tour centrale;
     nef en berceau bris avec arcs doubleaux; votes d'arte sur
     les bas-cts, sans arcs-boutants.]

     [Note 269: Petite glise du XIIe sicle, sans transsept; nef
     avec collatraux troits et trois absides. Clocher carr en
     avant du sanctuaire. Votes hautes en berceau bris,
     contre-buttes par des votes d'artes rampantes sur les
     bas-cts. Le berceau central se retournant accuse seul le
     transsept en lvation.]


SARTHE.
_Arrond. du Mans._ g. cathd. du Mans[270], g. Notre-Dame-du-Pr au
Mans[271], g. Notre-Dame-de-la-Coulture au Mans[272].
_Arrond. de la Flche._ g. du pr. de Solesmes, g. de Bazouges, g. de
la Brure.
_Arrond. de Mamers._ g. de la Fert-Bernard[273].
_Arrond. de Saint-Calais._ g. de Saint-Calais.

     [Note 270: Nef du XIe sicle, remanie et vote au XIIe;
     primitivement couverte par une charpente. Choeur du XIIIe
     sicle. Style mixte franais-normand (voy. CATHDRALE, fig.
     34 et 35). Vitraux.]

     [Note 271: Petite glise du commencement du XIe sicle,
     remanie au XIIe; couverte primitivement par une charpente
     apparente.]

     [Note 272: Nef sans bas-ct, du XIIe sicle. Influence du
     style occidental; choeur de la fin du XIIe sicle. Porche du
     XIIIe. Crypte.]

     [Note 273: Trs-jolie glise du XVIe sicle, dans laquelle
     les traditions gothiques sont trs-habilement conserves sous
     une nouvelle forme. Vitraux.]


SEINE.
_Arrond. de Paris._ g. Notre-Dame (cathd. de Paris)[274], g. abb. de
Saint-Germain-des-Prs  Paris[275], g. de Saint-Germain-l'Auxerrois,
id.[276], g. Saint-Eustache, id.[277], g. Saint-Merry, id., g.
Saint-Sverin, id., g. du pr. de Saint-Martin-des-Champs, id.[278], g.
Saint-Julien-le-Pauvre, id.[279], g. Saint-tienne-du-Mont, id., g.
Saint-Gervais et Saint-Protais, id.
_Arrond. de Sceaux._ g. d'Arcueil, g. de Vitry, g. d'Issy, g. de
Saint-Maur, g. de Nogent-sur-Marne, g. de Bagneux[280].
_Arrond. de Saint-Denis._ g. abb. de Saint-Denis[281], g. de
Boulogne[282], g. abb. de Montmartre[283], g. de Suresne, g. abb. de
Longchamp, g. de Charonne.

     [Note 274: Cathdrale de la fin du XIIe sicle; nef et
     portail du commencement du XIIIe. Pignons du transsept du
     milieu du XIIIe sicle. Chapelles du choeur du XIVe (voy.
     CATHDRALE, fig. 1, 2, 3, 4 et 5).]

     [Note 275: Nef du XIe sicle, entirement reconstruite.
     Choeur de la fin du XIIe sicle, qui a subi des altrations
     notables. Une tour sur la faade formant porche, dont la
     construction remontait au IXe sicle. Deux tours des deux
     cts du transsept, dtruites aujourd'hui.]

     [Note 276: Nef des XIVe et XVe sicles; choeur du XVe; porche
     du XVIe. Tour romane prs le bras de croix sud dtruite
     aujourd'hui.]

     [Note 277: Vaste glise des XVI et XVIIe sicles.]

     [Note 278: Choeur du XIe sicle, revot au XIIe. Nef sans
     bas-cts, du XIIIe sicle, couverte par une charpente
     apparente lambrisse. Cet difice religieux est, aprs
     Notre-Dame, le plus intressant de ceux qui existent encore
     dans Paris.]

     [Note 279: Charmante petite glise de la fin du XIIe sicle.]

     [Note 280: Jolie glise de la fin du XIIe sicle; fort gte
     par des restaurations modernes.]

     [Note 281: Crypte du IXe sicle. Pourtour du choeur,
     chapelles et partie antrieure de la nef btis par l'abb
     Suger au milieu du XIIe sicle. Choeur, transsept et nef
     levs sous saint Louis. Anciens vitraux du XIIe sicle.
     Quantit de fragments prcieux (voy. l'_Abbaye de
     Saint-Denis_, par M. le baron de Guilhermy).]

     [Note 282: Choeur et transsept du XIIIe sicle.]

     [Note 283: Petite glise de la fin du XIIe sicle (voy. la
     _Statist. mon. de Paris_, par M. Albert Lenoir).]


SEINE-INFRIEURE.
_Arrond. de Rouen._ g. cathd. de Rouen[284], g. de Saint-Maclou 
Rouen[285], g. abb. de Saint-Ouen, id.[286], g. Saint-Patrice, id.,
g. Saint-Vincent, id., g. Saint-Godard, id., g. Saint-Gervais, id.,
g. du Mont-aux-Malades, id., g. abb. de Saint-Georges de
Bocherville[287], g. Duclair, g. Saint-tienne  Elbeuf, g.
Saint-Jean, id., g. abb. de Jumiges[288], g. de Moulineaux, g.
d'Yainville, g. d'Houppeville. _Arrond. du Havre._ g.
d'Angerville-l'Orcher, g. d'tretat, g. de Graville-l'Eure, g. de
Harfleur, g. de Lillebonne, g. de Montiviller. _Arrond. de Dieppe._
g. Saint-Jacques de Dieppe, g. abb. de Saint-Victor, g. d'Arques, g.
d'Aufray, g. de Bourgdun, g. abb. d'Eu[289], g. du collge d'Eu, g.
de Trport.
_Arrond. de Neufchtel._ g. de Gournay, g. d'Aumale.
_Arrond. d'Yvetot._. g. de Caudebec, g. de Sainte-Gertrude, g. de
Valliquerville, g. d'Auzebosq, g. abb. de Saint-Wandrille[290], g. de
Saint-Wandrille.

     [Note 284: Pourtour du choeur de la fin du XIIe sicle; nef
     et choeur du XIIIe. Pignons du transsept du XIVe. Faade du
     XVIe. Tour du XIIe, ct nord de la faade; tour du XVIe, sur
     le ct sud. Cette vaste glise a subi de nombreux
     remaniements (voy. CATHDRALE, fig. 39).]

     [Note 285: glise des XVe et XVIe sicles. Joli plan.]

     [Note 286: Cette glise peut passer pour le chef-d'oeuvre de
     l'architecture religieuse du XIVe sicle; termine seulement
     au XVe.]

     [Note 287: glise normande du XIIe sicle.]

     [Note 288: Ruines du XIIe sicle.]

     [Note 289: Curieuse glise, dont le choeur date de la fin du
     XIIe sicle et la nef du XIIIe. Le choeur a t remani
     compltement au XVe sicle. Crypte. Style franais dans le
     choeur et normand dans la nef (voy. les _Archives des mon.
     hist._).]

     [Note 290: Ruines du XIIe sicle.]


SEINE-ET-MARNE.
_Arrond. de Melun._ g. Notre-Dame de Melun[291], g.
Saint-Aspais  Melun, g. de Brie-Comte-Robert, g. de Champeaux[292].
_Arrond. de Coulommiers._ g. de Saint-Cyr, g. de Villeneuve-le-Comte.
_Arrond. de Fontainebleau._ g. de Chteau-Landon, g. de Larchant, g.
de Moret[293], g. de Nemours.
_Arrond. de Meaux._ g. cathd. de Meaux[294], g. de Chamigny, g. de
la Chapelle-sous-Crcy[295], g. de Ferrires[296], g. d'Othis.
_Arrond. de Provins._ g. de Saint-Quiriace  Provins[297], g.
Sainte-Croix, id., g. Saint-Ayoul, id., g. de Donnemarie, g. de
Saint-Loup de Naud[298], g. de Rampillon[299], g. de Voulton.

     [Note 291: Petite glise avec choeur sans collatral, et
     clochers latraux. Les soubassements de ces clochers et des
     transsepts datent du Xe sicle; la nef date du XIIe sicle et
     tait autrefois couverte par une charpente apparente; le
     choeur est du XIIIe sicle.]

     [Note 292: Jolie glise du commencement du XIIIe sicle. Nef
     avec oeils circulaires tenant lieu de triforium comme
     au-dessus de la galerie de Notre-Dame de Paris, avant les
     changements apports au XIIIe sicle.]

     [Note 293: glise dont le choeur date de la fin du XIIe
     sicle, sans collatral; oeils ajours servant de triforium.
     Transsept avec fentres  meneaux prenant toute la surface du
     mur-pignon.]

     [Note 294: difice contemporain de Notre-Dame de Paris, mais
     presque entirement reconstruit vers le milieu du XIIIe
     sicle, puis remani successivement pendant les XVe et XVIe
     sicles.]

     [Note 295: Trs-jolie glise du commencement du XIIIe
     sicle.]

     [Note 296: glise sans transsept; la nef claire par des
     roses. Bonne disposition des chapelles  l'extrmit des
     bas-cts. La faade est dtruite. XIIIe sicle.]

     [Note 297: glise d'un beau style, de la fin du XIIe sicle.]

     [Note 298: glise de la fin du XIe sicle. Porche du XIIe,
     avec statuaire remarquable.]

     [Note 299: XIIIe sicle. Portail sculpt.]


SEINE-ET-OISE.
_Arrond. de Versailles._ g. de Poissy[300], g. de Triel, g. de
Bougival, g. de Vernouillet[301], g. de Thiverval.
_Arrond. de Corbeil._ g. Saint-Spire de Corbeil, g. d'Athis-Mons, g.
abb. de Longpont.
_Arrond. d'tampes._ g. Notre-Dame  tampes[302], g. Saint-Martin,
id., g. Saint-Basile, id., g. abb. de Marigny, g. de la
Fert-Aleps[303].
_Arrond. de Mantes._. g. Notre-Dame de Mantes[304], g. de Houdan, g.
de Vtheuil[305], g. de Gassicourt[306], g. de Limay, g. de Fusiers,
g. de Richebourg.
_Arrond. de Pontoise._ g. Saint-Maclou de Pontoise, g. de Deuil, g.
d'Ecouen, g. de Taverny, g. de Luzarches, g. de Mareil-en-France, g.
Saint-Martin  Montmorency, g. de Belloy[307], g. de Champagne[308],
g. abb. de Royaumont, g. de Beaumont-sur-Oise, g. de Nesles[309], g.
de Gonesse, g. abb. de Maubuisson.
_Arrond. de Rambouillet._ g. de Montfort-l'Amaury[310], g. de
Saint-Sulpice de Favires[311].

     [Note 300: Porche de la faade du IXe sicle; quelques piles
      l'intrieur de la fin du XIe; nef du XIIe, remanie au XVIe
     et au XVIIe sicles; choeur de la fin du XIIe sicle;
     chapelle absidale du XIIIe; chapelles de la nef et porche
     latral du XVIe. Clocher central du XIIe; clocher sur la
     faade du XIIe, reconstruit en partie au XVIe. Pas de
     transsept. Bas-ct pourtournant le choeur avec deux
     chapelles latrales orientes de la fin du XIIe sicle.]

     [Note 301: Trs-jolie petite glise de la fin du XIIe sicle,
     avec clocher central du XIIIe. Abside carre. Faade
     dtruite.]

     [Note 302: XIIe et XIIIe sicles. Clocher avec flche en
     pierre.]

     [Note 303: difice du XIIe sicle; clocher de la mme poque,
     termin par une flche en pierre.]

     [Note 304: glise qui prsente une copie rduite de
     Notre-Dame de Paris, btie d'un seul jet  la fin du XIIe
     sicle; chapelles du choeur du XIVe sicle; tours sur la
     faade du XIIIe. Vitraux.]

     [Note 305: Abside simple sans bas-cts du XIIe sicle; nef
     du XVIe; joli porche de la Renaissance.]

     [Note 306: Petite glise  abside carre du XIIIe sicle;
     faade du XIe; nef du XVe.]

     [Note 307: glise trs-mutile; jolie faade du XVIe sicle,
     bien conserve.]

     [Note 308: Petite glise du XIIIe sicle, d'un excellent
     style.]

     [Note 309: Petite glise du commencement du XIIIe sicle;
     clocher latral du XIIe.]

     [Note 310: Beaux vitraux de la Renaissance.]

     [Note 311: Charmante construction du milieu du XIIIe sicle,
     toute  claire-voie. Beaux vitraux.]


SVRES (DEUX-).
_Arrond. de Niort._ g. Notre-Dame de Niort, g. de Champdeniers, g. de
Saint-Maixent.
_Arrond. de Bressuire._ g. de Bressuire, g. d'Oyron, g. Saint-Denis 
Thouars.
_Arrond. de Melle._ g. Saint-Pierre  Melle[312], g. Saint-Hilaire,
id.[313], g. Saint-Savinien, id., g. de Celles, g. de Javarzay.
_Arrond. de Parthenay._. g. Saint-Laurent  Parthenay, g.
Sainte-Croix, id., g. Notre-Dame-de-la-Couldre, id., g. Saint-Pierre 
Airvault, g. de Saint-Gneroux, g. de Marnes, g. Saint-Louis de
Marnes, g. de Parthenay-le-Vieux[314], g. de Verrines-sous-Celles.

     [Note 312: Jolie glise du XIIe sicle.]

     [Note 313: Du XIIe sicle. Beau style du Poitou.]

     [Note 314: Toutes ces glises appartiennent au meilleur style
     du Poitou; XIIe sicle.]


SOMME.
_Arrond. d'Amiens._ g. Notre-Dame (cathd. d'Amiens)[315], g.
Notre-Dame d'Araines, g. de Namps-au-Val, g. Saint-Denis de Poix.
_Arrond. d'Abbeville._ g. coll. de Saint-Wulfran d'Abbeville[316], g.
abb. de Saint-Riquier[317], g. de Rue.
_Arrond. de Doullens._ g. de Beauval.
_Arrond. de Montdidier._ g. d'Ailly-sur-Noye, g. abb. de
Bertheaucourt, g. de Folleville, g. Saint-Pierre de Roye, g. de
Tilloloy.

     [Note 315: difice entirement bti pendant le XIIIe sicle
     (voy. CATHDRALE, fig. 19 et 20).]

     [Note 316: difice bti au commencement du XVIe sicle. La
     nef seule a t leve.]

     [Note 317: XVIe sicle.]


TARN.
_Arrond. d'Alby._ g. Sainte-Ccile (cathd. d'Alby)[318], g.
Saint-Salvy  Alby.
_Arrond. de Castres._ g. de Burlatz.

     [Note 318: glise  une seule nef sans transsept, avec
     chapelles, btie en brique; XIVe et XVe sicles (voy.
     CATHDRALE, fig. 50). Peintures de l'poque de la
     Renaissance.]


TARN-ET-GARONNE.
_Arrond. de Montauban._ g. de Caussade[319], g. de Montpezat[320], g.
de Varen[321].
_Arrond. de Castel-Sarrazin._ g. de Beaumont-de-Lomagne, g. abb. de
Moissac[322].

     [Note 319: Clocher du XIVe sicle.]

     [Note 320: glise  une seule nef sans transsept; XIVe
     sicle.]

     [Note 321: glise du XIIe sicle,  deux absides jumelles.]

     [Note 322: Narthex du XIe sicle,  trois tages; porche du
     XIIe; nef du XIVe, sans bas-cts et sans transsept.]


VAR.
_Arrond. de Draguignan._ g. cath. de Frjus, g. abb. du Thoronet[323],
g. de Caunet, g. du Luc.
_Arrond. de Brignoles._ g. de Saint-Maximin.
_Arrond. de Grasse._. g. de Vence (anc. cathd.).
_Arrond. de Toulon._ g. Saint-Louis  Hyres, g. de Sollies-Ville, g.
de Sixfours.

     [Note 323: glise cistercienne du XIIe sicle, d'une grande
     simplicit (voy. les _Archives des mon. hist._).]


VAUCLUZE.
_Arrond. d'Avignon._. g. Notre-Dame-des-Dons (cathd. d'Avignon)[324],
g. de Cavaillon (anc. cathd.)[325], g. du Thor[326], g. de Vaucluze,
g. abb. de Snanque.
_Arrond. d'Apt._ g. d'Apt (anc. cathd.).
_Arrond. de Carpentras._ g. de Saint-Siffrin  Carpentras, g. de
Pernes, g. bapt. de Vnasques[327], g. de Caromb.
_Arrond. d'Orange._ g. de Vaison (anc. cathd.), g. de Valras.

     [Note 324: difice du XIIe sicle, mais mconnaissable par
     suite des mutilations qu'il a subies.]

     [Note 325: glise du XIIIe sicle, qui conserve tous les
     caractres de l'architecture romane de la Provence.]

     [Note 326: XIIe sicle. Trs-dlicate architecture dans
     laquelle on sent l'influence immdiate des arts romains.]

     [Note 327: difice du VIIIe ou IXe sicle, vot; ressemblant
      une trs-petite salle de thermes antiques, mais d'une
     construction trs-grossire.]


VENDE.
_Arrond. de Fontenay._ g. de Fontenay-le-Comte, g. de Maillezais, g.
abb. de Nieuil-sur-Authise, g. de Vouvant.


VIENNE.
_Arrond. de Poitiers._. g. cathd. de Poitiers[328], g.
Notre-Dame-la-Grande  Poitiers[329], g. de Moustier-Neuf, id., g.
abb. de Saint-Hilaire, id.[330], g. de Sainte-Radegonde, id.[331]; g.
de Fontaine-Lecomte, g. abb. de Ligug, g. de Nouaill, g. de
Lusignan.
_Arrond. de Civray._ g. Saint-Nicolas de Civray, g. abb. de
Charroux[332].
_Arrond. de Montmorillon._ g. de Montmorillon, g. d'Antigny, g.
Saint-Pierre  Chauvigny, g. Notre-Dame, id., g. de la Puye, g. abb.
de Saint-Savin[333].

     [Note 328: glise btie  la fin du XIIe sicle conformment
     aux traditions romanes du Poitou, mais avec des formes dj
     gothiques. Belle construction. Plan simple (voy. CATHDRALE,
     fig. 44 et 45). Faade de la fin du XIIIe sicle.]

     [Note 329: XIe et XIIe sicles. Faade de cette dernire
     poque, entirement couverte de sculptures. Peintures 
     l'intrieur.]

     [Note 330: glise du XIe sicle, autrefois vote en
     coupoles, fort mutile aujourd'hui. Beau plan, vaste, bien
     conu.]

     [Note 331: glise du XIe sicle. Peintures  l'intrieur,
     refaites depuis peu. Crypte.]

     [Note 332: Vaste glise termine par une rotonde, XIIe
     sicle, en ruines aujourd'hui (v. SAINT-SPULCRE).]

     [Note 333: Porche du IXe sicle; nef du XIe; choeur du
     commencement du XIIe. Flche sur le porche du XVe sicle.
     Peintures  l'intrieur du XIIe sicle (voy. ARCHITECTURE
     RELIGIEUSE, fig. 11 et 12). Style poitevin roman. Crypte.]


VIENNE (HAUTE-).
_Arrond. de Limoges._ g. cathd. de Limoges[334].
_Arrond. de Bellac._ g. abb. du Dorat[335].
_Arrond. de Rochechouart._ g. de Rochechouart, g. de Saint-Junien, g.
de Solignac[336].
_Arrond. de Saint-Yriex._ g. de Saint-Yriex.

     [Note 334: Porche du Xe sicle; nef ruine du XIe; choeur des
     XIIIe et XIVe; transsept du XVe (voy. CATHDRALE, fig. 47).]

     [Note 335: Belle glise du XIIe sicle. Style mixte auvergnat
     et des ctes occidentales.]

     [Note 336: Style du Prigord, XIIe sicle. Coupoles.]


VOSGES.
_Arrond. d'pinal._ g. d'pinal.
_Arrond de Saint-Di._ g. cath. de Saint-Di[337], g. de Moyenmoutier.

     [Note 337: Nef du XIe sicle, remanie au XIIe. Abside carre
     de la fin du XIIIe sicle.]


YONNE.
_Arrond. d'Auxerre._ g. Saint-tienne  Auxerre (anc. cathd.)[338],
g. Saint-Pierre  Auxerre, g. Saint-Germain, id.[339], g.
Saint-Eusbe, id.[340], g. de Saint-Florentin[341], g. abb. de
Pontigny[342], g. de Chitri-le-Fort, g. de Moutiers, g. de Chablis,
g. de Vermanton, g. de Mailly-le-Chteau.
_Arrond. d'Avallon._ g. Saint-Lazare d'Avallon, g. Saint-Martin, id.,
g. abb. de Sainte-Madeleine  Vzelay[343], g. de Saint-Pre sous
Vzelay[344], g. de Civry, g. de Montral[345], g. de
Pontaubert[346].
_Arrond. de Joigny._ g. de Saint-Julien-du-Sault[347], g. de
Villeneuve-le-Roi[348], g. de Saint-Fargeau.
_Arrond. de Sens._ g. Saint-tienne (cathd. de Sens)[349], g. de
l'hpital de Sens[350], g. Saint-Savinien et Saint-Potentien, id.
_Arrond. de Tonnerre._ g. Saint-Pierre de Tonnerre, g. de l'hospice de
Tonnerre[351], g. de Neuvy-Saultour.

     [Note 338: Beau choeur bourguignon du XIIIe sicle, avec une
     seule chapelle carre au chevet. Transsept et nef des XIVe
     et XVe sicles. Parties infrieures de la faade de la fin du
     XIIIe sicle; parties suprieures du XVe. Vitraux. Crypte du
     IXe sicle. Peintures dans la crypte.]

     [Note 339: Crypte du IXe sicle, trs-mutile; choeur de la
     fin du XIIIe. Nef dtruite. Clocher du XIIe sicle.]

     [Note 340: Nef du XIIe sicle, trs-mutile. Faade du XIIIe
     sicle; choeur du XVIe. Vitraux. Clocher du XIIe sicle.]

     [Note 341: Choeur du XVIe sicle. Vitraux.]

     [Note 342: Grande glise de l'ordre de Cteaux. Nef du XIIe,
     avec porche; choeur du commencement du XIIIe (voy.
     ARCHITECTURE MONASTIQUE, fig. 8).]

     [Note 343: Grande glise de l'ordre de Cluny. Nef de la fin
     du XIe sicle; narthex ferm du XIIe; choeur et transsept de
     la fin du XIIe sicle. Quatre clochers autrefois. Cette
     glise est  la tte de la grande cole bourguignonne.]

     [Note 344: Jolie petite glise du XIIIe sicle; style
     bourguignon pur. Charmant clocher. Porche ouvert, bti au
     XIIIe sicle et refait en partie au XIVe. Choeur de la fin du
     XIVe sicle. Trois chapelles rayonnantes. Pas de transsept.]

     [Note 345: L'une des glises les plus pures comme style
     bourguignon de la fin du XIIe sicle; btie d'un seul jet.
     Abside carre, flanque de deux chapelles carres. Transsept.
     Tribune.]

     [Note 346: Petite glise du XIIe sicle, en style bourguignon
     pur.]

     [Note 347: Vitraux du XIIIe sicle.]

     [Note 348: glise du XIIIe sicle. Style mixte bourguignon et
     champenois.]

     [Note 349: glise du milieu du XIIe sicle, remanie presque
     entirement au XIIIe (voy. CATHDRALE, fig. 30).]

     [Note 350: Choeur du XIIIe sicle. Style mixte champenois et
     bourguignon.]

     [Note 351: Grande glise  une seule nef couverte par une
     charpente, avec petite abside vote; XIIIe sicle.]



GOT, s. m. Conduit souterrain en maonnerie destin  couler les eaux
pluviales et mnagres. Les Romains taient grands constructeurs
d'gots, et lorsqu'ils btissaient une ville, ils pensaient d'abord 
l'tablissement de ces services souterrains. Quand les barbares
devinrent possesseurs des villes gallo-romaines, ils ne songrent pas 
entretenir les gots antiques, qui bientt s'engorgrent ou furent
perdus; les villes renfermaient alors de vritables cloaques, les eaux
croupies pntraient le sol, les rues taient infectes et la peste
dcimait priodiquement les populations. On commena par faire des
tranches au milieu des voies principales, des ruisseaux profonds,
encaisss, que l'on recouvrait de dalles ou que l'on laissait  l'air
libre. Les orages se chargeaient de curer ces profonds caniveaux
encombrs de dtritus de toutes sortes. Ce ne fut gure qu'au XIIe
sicle que l'on revint  la mthode antique, et que l'on construisit des
gots souterrains en maonnerie sous les voies principales des villes.
Corrozet parle d'gots trouvs vis--vis le Louvre lorsqu'on
reconstruisit ce palais en 1538. Il existait, sous le quartier de
l'Universit de Paris, des gots (romains probablement) qui furent
longtemps utiliss et refaits en 1412[352], parce qu'ils taient hors de
service. Nous avons vu souvent, en faisant des fouilles dans le
voisinage d'difices du moyen ge, des restes d'gots construits en
belles pierres de taille. Les tablissements religieux et les chteaux
fodaux sont dj munis d'gots bien disposs et construits ds la fin
du XIIe sicle. Il arrive souvent mme que ces gots sont praticables
pour des hommes. Lorsqu'on dmolit l'htel de la Trmoille  Paris, en
1840, on dcouvrit dans le jardin un premier got qui paraissait fort
ancien et qui prsentait la section indique fig. 1. Cet got tait
travers par un autre plus moderne du XIIIe sicle probablement(2), qui
se composait d'une suite d'arcs plein cintre sur lesquels reposaient des
dalles trs-paisses. Ces dalles taient uses comme si elles eussent
t longtemps exposes au passage des chariots, chevaux et pitons;
elles se raccordaient avec un pavage de petit chantillon en grs. Sous
le Palais de Justice de Paris et sous les terrains de l'ancien vch,
il existe encore des gots qui datent de l'poque de saint Louis et de
Philippe-le-Bel. Ils sont btis en pierre dure avec grand soin et vots
en berceau plein cintre, dalls au fond et d'une largeur de 0m,75
environ (2 pieds et demi). Toutefois, les gots taient rares dans les
villes du moyen ge relativement au nombre et  l'tendue des rues; ils
n'taient gure construits que sous les voies principales aboutissant
aux rivires, avec bouches au niveau du sol pour recevoir les eaux des
ruisseaux tracs dans les rues perpendiculaires  ces voies.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]

     [Note 352: Sauval.]



EMBRASURE, s. f. Baie perce dans un mur de forteresse ou dans un
parapet de couronnement pour placer la bouche d'une pice d'artillerie 
feu. Les embrasures n'apparaissent donc dans l'architecture militaire
qu'au moment o l'on fait un usage rgulier du canon pour la dfense des
places. Nous avons dit ailleurs (voy. CHTEAU) qu' la fin du XVe
sicle, sans changer d'une manire notable la disposition gnrale des
dfenses, on s'tait content de percer, au rez-de-chausse des
courtines et des tours, des ouvertures pour battre les dehors par un tir
rasant, ou de placer des bouches  feu au sommet des tours dont on
supprimait les toits pour tablir des plates-formes avec parapets. Le
chteau de Bonaguil, qui date du rgne de Louis XI, possde  la base
des remparts quelques embrasures dont la disposition et la forme sont
indiques dans la fig. 1. La bouche de la pice est  peu prs 
mi-paisseur du mur, comme le fait voir le plan A.  l'intrieur de la
muraille B, l'embrasure est construite en arcade et ferme par une
paisse dalle perce d'un trou circulaire avec une mire.  l'extrieur
C, on n'aperoit que le trou et sa mire dgags par un brasement qui
permet de pointer la pice  droite et  gauche. La partie extrieure de
ces sortes d'embrasures tait promptement gueule par le souffle de la
pice; aussi pensa-t-on  leur donner plus d'air (2), en couvrant
l'brasement extrieur par un arc. Ou bien encore, comme dans les
batteries casemates du grand boulevard de Schaffhausen (3), les
architectes avancrent la bouche des canons prs du parement extrieur
formant intrieurement une chambre vote, et disposrent l'brasement
du dehors en ovale, avec redans curvilignes, pour dtourner les
projectiles lancs par les assigeants. Ces prcautions de dtail ne
pouvaient tre efficaces qu'autant que l'ennemi ne mettait pas en
batterie de grosses pices d'artillerie et qu'il n'avait  sa
disposition que de la mousqueterie ou de trs-petites pices. Cependant
ces sortes d'embrasures furent encore employes pour les batteries
couvertes jusque vers le commencement du XVIe sicle[353].

Les architectes militaires cherchaient des combinaisons qui pussent
faciliter le tir oblique en mme temps qu'elles garantissaient les
servants des pices; mais l'artillerie  feu faisait de rapides progrs.
Au commencement du XVIe sicle, les armes assigeantes possdaient dj
des pices de gros calibre qui d'une vole ruinaient ces dfenses trop
faibles, car il est  remarquer que, depuis le moment o l'artillerie 
feu est devenue d'un emploi gnral, les moyens dfensifs ont t
infrieurs  la puissance toujours croissante de cette arme. Il ne faut
donc pas s'tonner si les premires fortifications faites pour rsister
au canon prsentent une varit singulire de moyens dfensifs, tous
trs-ingnieux, trs-subtils, mais bientt abandonns comme
insuffisants, pour tre remplacs par d'autres qui ne l'taient gure
moins. Ainsi, dans les fortifications bties par Albert Drer 
Nuremberg, nous voyons des embrasures de batteries couvertes (4) qui
permettaient de pointer un canon et d'obtenir un tir plongeant et
oblique pour des arquebusiers.

 Munich, il existe sur la face de la porte en brique de Carlsthor, qui
remonte au commencement du XVIe sicle, des embrasures disposes pour un
tir oblique et plongeant (5), destines  de petites pices
d'artillerie.  la porte Laufer de Nuremberg, le long du boulevard
extrieur, on remarque encore des embrasures destines  de trs-petites
pices d'artillerie, et dont les ouvertures sont protges par des
cylindres en bois  pivots, percs de trous (6), comme les crneaux
d'une des portes de Ble en Suisse (voy. CRNEAU)[354]. En France, ces
moyens subtils, tradition des arts militaires du moyen ge, furent
promptement mis de ct; on adopta de prfrence, pour les batteries
couvertes, les embrasures profondes, prsentant un angle peu ouvert, ne
laissant qu'un trou avec une mire pour la bouche de la pice, et 
l'extrieur ne montrant qu'une large fente horizontale prise dans une
hauteur d'assise (7), quelquefois avec un talus infrieur lorsqu'on
voulait obtenir un tir plongeant. Cette mthode fut habituellement
suivie en Italie ds les premires annes du XVIe sicle.

Quant aux embrasures des batteries dcouvertes, Albert Drer les a
construites  Nuremberg, ainsi que l'indique la fig. 8, sur les
courtines et quelques-uns de ses boulevards. Le parapet, large, en
pierre, prsente une surface convexe pour mieux rsister  l'effet des
projectiles ennemis. Un volet tournant sur un axe garantit les
artilleurs lorsqu'on charge la pice. Ces volets taient assez pais et
solides pour que les boulets, venant horizontalement, pussent ricocher
sur leur surface externe, car alors le tir de plein fouet tait mou 
cause de la qualit mdiocre de la poudre et de la proportion vicieuse
des pices, dont l'me tait relativement d'un trop grand diamtre pour
la charge employe.

Quelquefois, en France et en Italie, on eut l'ide de profiler les
embrasures ainsi que l'indique la fig. 9, afin d'empcher les boulets
ennemis de glisser sur les parois des brasements et de frapper la
pice. Il va sans dire que ces redans sont promptement dtruits par
l'artillerie des assigeants et mme altrs par le souffle de la pice.
Ds l'poque de Franois Ier, on en vint, lorsqu'on voulut armer une
forteresse,  couronner les boulevards et les courtines par des talus en
terre mlange avec des brins de bois ou du chaume. En cas de sige, on
ouvrait des embrasures dans ces talus (10), et on maintenait leurs
parois verticales par des madriers. Cette mthode est encore suivie de
nos jours. On augmentait au besoin le relief du parapet par des
gabionnades ou des sacs  terre.

Quelquefois mme ces parapets, avec leurs embrasures, taient faits de
clayonnages triangulaires juxtaposs et remplis de terre et de fumier
(11). Ces moyens taient particulirement employs pour des ouvrages de
campagne qu'il fallait faire  la hte, et quand on n'avait pas le
loisir de laisser tasser les terrassements.

Comme aujourd'hui, les ingnieurs militaires se proccupaient de masquer
les embrasures lorsqu'on chargeait les pices en batterie.  cet effet,
ils employaient des claies paisses, des volets glissant sur des
coulisses, des rideaux d'toupe capitonns. De tous ces moyens, l'un des
plus ingnieux est celui que nous donnons (12). En A, on voit la
plate-forme en charpente recouverte de madriers sur laquelle roule la
pice en batterie. Contre la paroi intrieure du parapet est pos le
btis B, muni,  sa partie suprieure, d'un volet triangulaire roulant
sur un axe et mu par deux leviers C. La pice charge, on appuyait sur
les deux leviers juste ce qu'il fallait pour pouvoir pointer; sitt la
balle partie, on laissait retomber le volet qui, par son propre poids,
reprenait la position verticale.

Les embrasures ont de tout temps fort proccup des architectes ou
ingnieurs militaires, et, aprs bien des tentatives, on en est revenu
toujours aux clayonnages, aux formes en terre pour les batteries
dcouvertes. Quant aux embrasures des batteries couvertes ou casemates,
on n'a pas encore trouv un systme qui prsentt des garanties de dure
contre des batteries de sige, et depuis le XVIe sicle, sous ce
rapport, l'art de la fortification n'a pas fait de progrs sensibles.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]

     [Note 353: Voy.,  l'article BOULEVARD, fig. 5, une embrasure
     dispose pour un tir oblique, avec pilettes de rserve
     destines  garantir les artilleurs.]

     [Note 354: A donne le plan de l'embrasure, B son lvation
     intrieure, C la section horizontale du cylindre en bois, et
     D sa forme et sa dimension.]



ENCEINTE, s. f. Murs en palissades entourant une ville, un bourg ou un
camp. Les Gaulois, au dire de Csar, faisaient des enceintes de villes,
de bourgades ou de camps fortifis, au moyen de troncs d'arbres
entremls de pierres. Les Germains les composaient de palissades de
bois entre lesquelles on amassait de la terre, des branches d'arbres, de
l'herbe, de faon  former une vritable muraille trs-propre  rsister
aux efforts du blier; le feu mme n'avait que peu de prise sur ces
ouvrages, presque toujours humides. Les Romains, dans leurs camps
d'hiver (camps-permanents), employaient  peu prs les mmes procds ou
se contentaient d'une leve en terre couronne par une palissade et
protge extrieurement par un foss. Habituellement les portes de ces
camps taient dfendues par une sorte d'ouvrage avanc, _clavicula_,
ressemblant assez aux barbacanes du moyen ge (1). En A taient des
ponts de bois jets sur le foss, et, en B, la porte du camp. Ce mlange
de pierre et de bois employ dans les enceintes des villes ou camps
gaulois donna l'ide  quelques-unes des peuplades de ce pays d'obtenir
des remparts vitrifis, par consquent d'une duret et d'une cohsion
compltes. Il existe,  vingt-huit kilomtres de Saint-Brieuc, une
enceinte ovale compose de granit, d'argile et de troncs d'arbre, que
l'on est parvenu  vitrifier en mettant le feu au bois aprs avoir
envelopp le retranchement de fagots.

Nous donnons (2) une coupe de cette enceinte, dite de Pron. On a
commenc par faire un _vallum_ compos de morceaux de granit entremls
de troncs d'arbres A;  l'extrieur, on a revtu ce _vallum_ d'une
couche d'argile B; le tout a d tre envelopp d'une quantit
considrable de fagots auxquels on a mis le feu; le granit s'est
vitrifi, s'est agglutin; l'argile a fait un corps solide adhrent 
cette vitrification; un foss et un petit paulement en terre C
dfendent  l'extrieur cette singulire enceinte. Nous ne connaissons
pas d'autre exemple de ce genre de retranchement en France; on prtend
qu'il en existe en Irlande et dans le nord de l'cosse.

Dans les premiers temps du moyen ge, beaucoup de villes en France ne
possdaient que des enceintes de bois.  l'poque des invasions des
Normands, on en voyait un grand nombre de ce genre auxquelles, bien
entendu, les barbares mettaient le feu. On fit donc en sorte de
remplacer ces dfenses fragiles par des murailles en maonnerie; mais la
force de l'habitude et la facilit avec laquelle on pouvait se procurer
du bois en grande quantit firent que, pendant longtemps, beaucoup de
villes du Nord ne furent encloses que de palissades de bois terrasses
ou non terrasses. Alors mme que l'on leva des murailles en maonnerie
aux XIe et XIIe sicles, le bois remplit encore un rle trs-important
dans ces dfenses, soit pour garnir leurs couronnements, soit pour faire
des enceintes extrieures en dehors des fosss, devant les portes, les
ponts et  l'extrieur des faubourgs.

Pendant les guerres du XVe sicle, il est souvent question de bourgades
dfendues simplement par des enceintes de palissades. Et puis vindrent
 Perrepont (Pierrepont), dit Pierre de Fenin[355], et prindrent la
ville, qui estoit close de palais et de fosss. Froissard[356] parle
aussi de plusieurs villes dont les enceintes ne se composaient, de son
temps, que de palissades avec bretches de bois et fosss.

Beaucoup de villes, pendant le moyen ge, taient ouvertes, car pour les
fermer il fallait en obtenir la permission du suzerain, et comme la
construction de ces enceintes tait habituellement  la charge des
bourgeois, les populations urbaines n'taient pas toujours assez riches
pour faire une aussi grande dpense. En temps de guerre, on fermait ces
villes  la hte pour se mettre  l'abri d'un coup de main ou pour
servir d'appui  un corps d'arme. Si s'en ala  Ypre, et entra en la
ville (le cuens de Bouloigne): onques li bourgois n'i misent contredit,
ains le rechurent  grant joie. Quant li cuens et si home furent dedans
Ypre, moult furent boen gr as bourgois de lor boin samblant que il fait
lor avoient; ils devisrent que il l arriesteroient, et fremeroient la
ville, et l seroit lor repaires de la guerre. Moult i fisent boins
fosss et riches, et boine soif  hyreon et boines portes de fust et
boins pons et boines barbacanes et boines touretes de fust entour la
ville[357]. Comme les armes romaines, les armes occidentales du moyen
ge faisaient des enceintes autour de leurs camps, lorsqu'elles
voulaient tenir une contre sous leur obissance ou possder une base
d'oprations. Toutefoys (Grard de Roussillon) avec ce peu de gens
qu'il avoit approcha le roy et vint en Bourgongne, et choisit une place
belle et emple l o estoit une montaigne sur laquelle il se arresta et
la fist clore de fossez et de boulevers de boys dont ses gens eurent
grant merveille[358]. Les enceintes en bois faites en dehors des murs
autour des places fortes taient dsignes, au XIIIe sicle, sous les
noms de _fors rollis_:

       Clos de fosss et de fors rollis[359];

de _forclose_:

        la forclose li dus Begues en vint[360];

et plus tard sous les noms de _polis_, de _barrire_. Les espaces libres
laisss entre ces cltures extrieures et les enceintes de maonnerie
s'appelaient les _lices_.

On ne considrait une enceinte de ville comme trs-forte qu'autant
qu'elle tait double; lorsqu'on ne pouvait construire deux murailles
flanques de tours en maonnerie, on disposait au moins des palissades
avec fosss en avant de l'enceinte maonne, de manire cependant que
l'enceinte intrieure pt toujours commander celle extrieure, et que
celle-ci ne ft distante que d'une petite porte d'arbalte. Si les
enceintes extrieures taient en maonnerie, flanques de tours et
munies de barbacanes, ces tours et barbacanes taient ouvertes du ct
de la ville, ouvertes  la gorge, comme on dirait aujourd'hui, afin
d'empcher les assigeants de s'y tablir aprs s'en tre empars.

Lorsqu'on veut se rendre compte des moyens d'investissement et d'attaque
des places fortes au moyen ge, on comprend parfaitement de quelle
valeur taient les enceintes extrieures; aussi attachait-on  leur
conservation une grande importance. Entre les deux enceintes, une
garnison avait une entire libert d'action, soit pour se dfendre, soit
pour faire entrer des secours, soit pour prendre l'offensive en tentant
des sorties. Dans les lices, les troupes assiges sentaient une
protection puissante derrire eux; elles pouvaient se porter en masses
sur les points attaqus en s'appuyant aux murailles intrieures, d'o, 
cause de leur relief, on dirigeait leurs efforts, on leur envoyait des
secours, on protgeait leur retraite. C'tait dans les lices que les
assigs plaaient leurs grands engins de guerre pour obliger les
assigeants  faire des travaux d'approche, lents et fort difficiles 
pousser sur un terrain pierreux. Si l'ennemi s'emparait d'une courtine
ou d'une tour extrieure, les assigs remparaient les lices en
tablissant deux traverses  droite et  gauche de l'attaque, ce qui
pouvait empcher les assigeants de s'approcher de l'enceinte intrieure
(voy. ARCHITECTURE MILITAIRE, BARBACANE, CHTEAU, PORTE, SIGE, TOUR).

Dans les villes, on trouvait souvent plusieurs enceintes contigus. Les
abbayes possdaient leurs enceintes particulires, ainsi que la plupart
des clotres des cathdrales; les chteaux, les palais et mme certains
quartiers taient clos de murs, et leurs portes se fermaient la nuit.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]

     [Note 355: _Mmoires_. Collect. Michaud, Poujoulat. T. II, p.
     614 (1422).]

     [Note 356: L. II. Les villes de Gravelines, de Saint-Venant
     en Flandre, de Berghes, de Bourbourch, sont signales par cet
     auteur comme n'tant fermes que de palis et de fosss.]

     [Note 357: _Hist. des ducs de Normandie et des rois
     d'Angleterre_, d'ap. deux mss. de la Bib. imp. (XIIIe
     sicle). Pub. par la Soc. de l'hist. de France; 1850.]

     [Note 358: _Grard de Roussillon_. dit. du commencement du
     XVIe sicle. Lyon. Rimp.  Lyon. Louis Perrin, 1856.]

     [Note 359: _Li Roman de Garin_, t. I, p. 231. dit. Techener,
     1833.]

     [Note 360: _Ibid._, t. II, p. 172.]



ENCLOSURE, s. f. _Pourpris_, _paliz_ (voy. CLTURE).



ENCORBELLEMENT, s. m. Systme de construction de pierre ou de bois qui
permet de porter une charge en surplomb sur le nu d'un mur, d'une pile,
d'un contre-fort. On dit _construction en encorbellement_ pour dsigner
la partie d'une btisse pose sur un encorbellement (voy. CONSTRUCTION,
fig. 40, 81, 82, 96, 101, 128, 129, 130, 131, 132, 133, 134, 135, 136,
137; CHAUGUETTE, MCHICOULIS).



ENDUIT, s. m. Couverte en mortier, en pltre ou en blanc-en-bourre,
pose sur une maonnerie de moellon, de brique, parfois mme sur de la
pierre de taille, afin d'obtenir une surface unie, homogne, propre 
recevoir de la peinture.

Les Grecs mettaient des enduits sur toutes leurs constructions, 
l'extrieur comme  l'intrieur,  moins qu'elles ne fussent faites de
marbre blanc. Encore coloraient-ils cette dernire matire, pour viter
l'aspect froid et uniforme de surfaces d'une mme couleur et pour
distinguer les divers membres de l'architecture. L'enduit qu'ils
posaient sur leurs constructions de pierres, si bien appareilles
qu'elles fussent, est trs-mince (un ou deux millimtres) et toujours
color[361]. Tous les joints et lits de la construction se trouvaient
ainsi masqus sous cette lgre couverte. Les Romains excellaient dans
l'art de prparer et de poser les enduits. Les grands difices comme les
habitations prives tant construits en brique et blocage, ils
revtissaient leurs parements extrieurs et intrieurs de plaques de
marbre et d'enduits poss en plusieurs couches, une grossire d'abord,
une plus fine et une dernire trs-mince, bien dresse, polie et
couverte de peintures. Dans les premiers temps du moyen ge, on voulut
imiter ces procds; mais les barbares ne savaient pas faire de bonne
chaux et savaient encore moins l'employer. Aussi les enduits que l'on
trouve sur quelques rares monuments de l'poque mrovingienne et
carlovingienne sont-ils friables, souffls et mal dresss. Ce n'est
qu'au XIIe sicle que les enduits sont faits avec soin; encore ne
sauraient-ils tre compars  ceux des Romains.

Il faut dire que le systme de construction adopt par les architectes
du moyen ge n'admettait les enduits que l o il y avait du moellon
brut; ces architectes,  dater du XIIe sicle, ne posrent
qu'exceptionnellement des enduits sur de la pierre de taille, qui,
dt-elle tre peinte, laissait voir son parement. C'tait  l'intrados
des votes faites en moellon brut comme celles des difices de la
Bourgogne et du Centre, sur les murs de remplissage entre des piles
engages, que les enduits s'appliquaient, et alors ils taient toujours
couverts de peintures (voy. PEINTURE).

Dans les habitations, les intrieurs des chteaux, on passait cependant
parfois un enduit trs-mince, mme sur la pierre de taille. C'est ainsi
que sont tapisses les salles du chteau de Coucy, qui datent du
commencement du XIIIe sicle, afin de dissimuler les joints et de poser
la peinture sur des surfaces unies. Mais ces enduits, assez semblables
aux enduits grecs, ne sont qu'une couche paisse de chaux et de sable
trs-fin pose au pinceau et comprime au moyen d'une petite _taloche_.
Les couleurs taient appliques sur cette couverte pendant qu'elle tait
encore humide, puis encaustique lorsque le tout tait parfaitement sec:
procd qui rappelle la peinture monumentale des anciens. Ds le XIIIe
sicle, dans les intrieurs, on employait les enduits au pltre, soit
sur les murs en maonnerie, soit sur les pans-de-bois et cloisons. Ces
enduits au pltre sont gnralement trs-solides, trs-minces et poss
sur un pigeonnage de pltre ou de mortier dans lequel il entre toujours
du gros sable. Nous avons vu de ces enduits qui avaient acquis une
extrme duret, le pltre prsentant dans la cassure un grand nombre de
parcelles brillantes.

Les enduits en blanc-en-bourre se faisaient et se font encore
aujourd'hui avec de la chaux, du sable fin ou de la poussire de pierre
et du poil de vache. Quand ils ne sont pas exposs  l'humidit et
qu'ils s'attachent  un bon fond, ces enduits durent longtemps; mais ils
n'acquirent jamais de fermet. Ils n'ont d'autre avantage que de ne pas
coter cher et d'tre fort lgers.

     [Note 361: Les temples grecs de pierre de la Sicile, de
     Pestum, ont conserv de nombreuses traces d'un enduit
     extrmement fin, qui parat fait de chaux et de poussire de
     marbre.]



ENFER, s. m. Le sjour des damns est reprsent habituellement dans les
peintures et les sculptures du moyen ge par une gueule monstrueuse dans
laquelle s'engloutissent les rprouvs. Dans l'Office des morts, on lit
cette prire: _Libera me, Domine, de morte oeterna, de manu inferni, de
ore leonis_, etc. Les artistes anciens ont traduit le texte  la
lettre. Sur le linteau de la porte principale de la cathdrale d'Autun,
qui date du XIIe sicle, on voit, en effet, dans le Jugement dernier, du
ct des damns, deux mains colossales qui s'emparent d'un ressuscit.
Quant aux gueules indiquant l'entre de l'enfer, on les retrouve sur
quantit de bas-reliefs et de peintures. L'ide de classification des
damns dans l'enfer par genres de peines en raison des causes de la
damnation est une ide dont on retrouve trs-anciennement la trace dans
les monuments du moyen ge, et le Dante n'a fait que donner  ces
traditions une forme potique, qui rsume dans son oeuvre tout ce que
les artistes occidentaux avaient peint ou sculpt sur les monuments
religieux. En effet, dans des difices des XIe et XIIe sicles, nous
voyons l'avarice, la luxure, l'orgueil, la paresse, etc., subissant en
enfer des peines proportionnes  ces vices. Les avares sont accabls
sous le faix de sacoches d'argent suspendues  leur cou; ceux qui se
sont abandonns aux plaisirs des sens sont dvors par des animaux
immondes; les orgueilleux sont prcipits  bas de chevaux lancs au
galop; des crapauds s'attachent aux lvres des calomniateurs, etc. (voy.
JUGEMENT DERNIER, VICES).



ENGIN, s. m. On donnait ce nom  toute machine; d'o est venu le mot
_engineor_, _engingneur_, pour dsigner l'homme charg de la
fabrication, du montage et de l'emploi des machines; d'o le nom
d'_ingnieur_ donn de nos jours  toute personne occupe de l'rection
des ponts, du trac des voies, de la construction des usines, des
machines, des navires, des fortifications, etc.; d'o enfin le nom de
_gnie_ donn au corps.

Parmi les engins du moyen ge, il y a les engins employs pour un
service civil, comme les engins propres  monter ou transporter des
fardeaux, les grues, les chvres, les treuils, les machines
hydrauliques, les presses; puis les engins de guerre, lesquels se
divisent en engins offensifs, engins dfensifs et engins  la fois
offensifs et dfensifs.

Il est certain que les Romains possdaient des machines puissantes pour
transporter et monter les matriaux normes qu'ils ont si souvent mis en
oeuvre dans leurs constructions. Vitruve ne nous donne sur ce sujet que
des renseignements peu tendus et trs-vagues. Les Grecs taient fort
avancs dans les arts mcaniques; ce qui ne peut surprendre, si l'on
songe aux connaissances qu'ils avaient acquises en gomtrie ds une
poque fort ancienne et qu'ils tenaient peut-tre des Phniciens. Depuis
l'antiquit, les puissances mcaniques n'ont pas fait un pas; les
applications seules de ces puissances se sont tendues, car les lois de
la mcanique drivent de la gomtrie; ces lois ne varient pas, une fois
connues; et parmi tant de choses, ici-bas, qu'on donne comme des
vrits, ce sont les seules qui ne peuvent tre mises en doute.

Les anciens connaissaient le levier, le coin, la vis, le plan inclin,
le treuil et la poulie; comme force motrice, ils n'employaient que la
force de l'homme, celle de la bte de somme, les courants d'air ou d'eau
et les poids. Ils n'avaient pas besoin, comme nous, d'conomiser les
bras de l'homme, puisqu'ils avaient des esclaves, et ils ignoraient ces
forces modernes produites par la vapeur, la dilatation des gaz et
l'lectricit. Le moyen ge hrita des connaissances laisses par les
anciens sans y rien ajouter, jusqu' l'poque o l'esprit laque prit la
tte des arts et chercha des voies nouvelles en multipliant d'abord les
puissances connues, puis en essayant de trouver d'autres forces
motrices. De mme qu'en cherchant la pierre philosophale, les
alchimistes du moyen ge firent des dcouvertes prcieuses, les
mcaniciens gomtres, en cherchant le mouvement perptuel, but de leurs
travaux, rsolurent des problmes intressants et qui taient ignors
avant eux ou peut-tre oublis; car nous sommes dispos  croire que les
Grecs, dous d'une activit d'esprit merveilleuse, les forces motrices
de leur temps admises seules, avaient pouss les arts mcaniques aussi
loin que possible.



ENGINS APPLIQUS  LA CONSTRUCTION. Nous voyons, dans des manuscrits,
bas-reliefs et peintures du IXe au XIIe sicle, le treuil, la poulie, la
roue d'engrenage, la romaine, les applications diverses du levier et des
plans inclins. Nous ne saurions prciser l'poque de la dcouverte du
cric; mais dj, au XIVe sicle, son principe est parfaitement admis
dans certaines machines de guerre.

D'ailleurs chacun sait que le principe en mcanique est celui-ci,
savoir: que la quantit de mouvement d'un corps est le produit de sa
vitesse, c'est--dire de l'espace qu'il parcourt dans un temps donn,
par sa masse; et une fois ce principe reconnu, les diverses applications
devaient s'ensuivre naturellement, avec plus ou moins d'adresse. Dans
les constructions romanes, on ne voit gure que de petits matriaux
employs, matriaux qui taient monts soit  l'paule, soit au
bourriquet au moyen de poulies, soit en employant le treuil  roues que
des hommes de peine faisaient tourner par leur poids (1). Cet engin
primitif est encore mis en oeuvre dans certains dpartements du centre
et de l'ouest de la France; il est puissant lorsque la roue est d'un
diamtre de six mtres, comme celle que nous avons trace dans cet
exemple, et qu'on peut la faire mouvoir par la force de trois hommes;
mais il a l'inconvnient d'occuper beaucoup de place, d'tre d'un
transport difficile, et il ne permet pas de rgler le mouvement
d'ascension comme on peut le faire avec les machines de notre temps
employes aux mmes usages. Le seul moyen de donner une grande puissance
aux forces motrices autrefois connues, c'tait de les multiplier par les
longueurs des leviers. Aussi, pendant le moyen ge, comme pendant
l'antiquit, le levier joue-t-il le principal rle dans la fabrication
des engins. Les Romains avaient lev des blocs de pierre d'un volume
norme  une grande hauteur, et ils dressaient tous les jours des
monostyles de granit ou de marbre de deux mtres de diamtre  la base
sur quinze  dix-huit mtres de hauteur. Les Phniciens et les gyptiens
l'avaient fait bien avant eux; or de pareils rsultats ne pouvaient tre
obtenus que par la puissance du levier et les applications trs-tendues
et perfectionnes de ce moyen primitif.

On comprend, par exemple, quelle puissance peut avoir un engin dispos
comme celui-ci (2). Soit AB un monostyle pos sur chantier inclin ayant
en C un axe roulant dans une entaille longitudinale pratique dans une
forte pice de bois E, que l'on calle en X lorsque le chantier est
arriv  sa place; soient, assembles dans l'axe et les pices
inclines, deux bigues CD, runies  leur sommet D comme un pied de
chvre, ainsi que le fait voir le trac P; soient des charpes en bois
G, puis un systme de haubans en cordages H fortement serrs par des
clefs; soient, le long des deux bigues, des poulies K, et sur le sol,
fixes  deux pices longitudinales, d'autres poulies correspondantes L
dont les dernires renvoient les cbles  deux cabestans placs 
distance. Il faudra que le monostyle AB, si pesant qu'il soit, arrive 
dcrire un arc de cercle et  prendre la position _a b_; on passera sous
son lit infrieur des calles ou un bon lit de mortier, et lchant les
cordes qui le lient peu  peu, il glissera sur son chantier et se posera
de lui-mme sur sa base M. Il ne s'agit que d'avoir des bigues d'une
dimension proportionne  la hauteur du bloc  dresser et un nombre de
poulies ou de moufles en rapport avec le poids du bloc. C'est ce mme
principe qui est adopt de temps immmorial dans la construction des
petits fardiers (2 bis) propres  soulever et transporter de grosses
pices de bois.

Mais il tait fort rare que les architectes du moyen ge missent en
oeuvre des monostyles d'une dimension telle qu'elle exiget de pareils
moyens. Pour lever des colonnes monolithes comme celles de la
cathdrale de Mantes, de l'glise de Semur en Auxois, du choeur de
l'glise de Vzelay, de la cathdrale de Langres, etc., les architectes
pouvaient n'employer que le grand treuil  levier que nous voyons figur
dans les vitraux et dans les vignettes des manuscrits. Ce treuil, malgr
son volume, pouvait tre transport sur des rouleaux, et s'il ne
s'agissait que d'lever les colonnes d'un sanctuaire, il n'tait besoin
que de lui faire faire une conversion, de faon  placer son axe normal
 la courbe du chevet [362].

Voici (3) un de ces engins que nous avons essay de rendre pratique, car
les tracs que nous donnent les peintures anciennes sont d'une navet
telle qu'on ne doit les considrer que comme une indication de
convention, une faon d'hiroglyphe. En A, on voit le plan de l'engin,
dont le treuil horizontal B est dispos de manire  pouvoir enrouler
deux cbles. Le profil D de cet engin montre l'un des deux plateaux
circulaires C du plan, lesquels sont munis, sur chacune de leurs faces,
de huit dents mobiles, dont le dtail est prsent en G de face et de
profil. Les grands leviers E sont  fourchettes et embrassent les
plateaux circulaires; abandonns  eux-mmes, ces leviers prennent la
position KL, venant frapper leur extrmit sur la traverse L,  cause
des contre-poids I. Alors les dents M, tombes sur la partie infrieure
de leur entaille, par leur propre poids et la position de leur axe,
opposent un arrt  l'extrmit de la flche du levier entre la
fourchette; les hommes qui, tant monts par l'chelle N, posent leurs
pieds sur la traverse O, en tirant, s'il est besoin, sur les chelons,
comme l'indique le personnage trac sur notre profil, font descendre
l'extrmit du levier O jusqu'en O'. Le plateau a ainsi fait un huitime
de sa rvolution et les cbles se sont enrouls sur le treuil.
Abandonnant la traverse O, le levier remonte  sa premire position,
sous l'action du contre-poids; les hommes remontent se placer sur la
traverse, et ainsi de suite. L'chelle N et la traverse O occupant toute
la largeur de l'engin entre les deux leviers, six hommes au moins
peuvent se placer sur cette traverse faonne ainsi que l'indique le
dtail P, et donner aux leviers une puissance trs-considrable,
d'autant que ces hommes n'agissent pas seulement par leur poids, mais
par l'action de tirage de leurs bras sur les chelons. Dans le dtail G,
nous avons figur, en R, une des dents tombe, et, en S, la dent
correspondante releve. Ces sortes d'engrenages mobiles, opposant une
rsistance dans un sens et s'annulant dans l'autre, prenant leur
fonction de dent par suite de la position de la roue, sont
trs-frquents dans les machines du moyen ge. Villard de Honnecourt en
donne plusieurs exemples, et entre autres dans sa roue  marteaux, au
moyen de laquelle il prtend obtenir une rotation sans le secours d'une
force motrice trangre.

Le vrin, cet engin compos aujourd'hui de fortes pices de bois
horizontales dans lesquelles passent deux grosses vis en bois qui
traversent l'une des deux pices et d'un pointail vertical qui les
runit, tait employ, pendant le moyen ge, pour soulever des poids
trs-considrables, et a d prcder le cric. Villard de Honnecourt
donne un de ces engins[363] dont la puissance est suprieure  celle du
cric, mais aussi est-il beaucoup plus volumineux (4). Une grosse vis en
bois verticale, termine  sa partie infrieure par un cabestan, passe 
travers la pice A et tourne au moyen des pivots engags dans la
sablire B et dans le chapeau C; deux montants inclins relient ensemble
les trois pices horizontales. Deux montants  coulisses D reoivent,
conformment  la section E, un gros crou en bois dur arm de brides de
fer et supportant un anneau avec sa louve F. En virant au cabestan, on
faisait ncessairement monter l'crou entre les deux rainures des
montants D, et l'on pouvait ainsi soulever d'normes fardeaux, pour peu
que l'engin ft d'une assez grande dimension.

L'emploi des plans inclins tait trs-frquent dans les constructions
de l'antiquit et du moyen ge; nous en avons donn un exemple
remarquable  l'article CHAFAUD (fig. 1 et 2). On vitait ainsi le
danger des ruptures de cbles dans un temps o les chanes en fer
n'taient pas employes pour lever des matriaux d'un fort volume, et
on n'avait pas besoin d'employer des puissances motrices
extraordinaires. Il est certain qu'au moyen d'une trmie leve suivant
un angle de 45 degrs, par exemple (5), deux poulies tant places au
sommet en A, deux autres poulies de renvoi en D, et un ou deux cabestans
en B, le poids C tant pos sur des rouleaux, on pargnait beaucoup de
forces; mais il va sans dire que cette manire d'lever des matriaux
propres  la construction ne pouvait s'employer qu'autant que les
btiments n'atteignaient qu'une hauteur trs-mdiocre: or les difices
du moyen ge sont souvent fort levs. Aussi, pour la construction des
oeuvres hautes de ces difices, parat-il que l'on employa la chvre et
la grue. Il existait encore, vers le commencement de notre sicle, sur
le clocher sud de la cathdrale de Cologne, alors leve au niveau des
votes hautes de la nef environ, une grue soigneusement recouverte d'une
chape en plomb et qui datait du XIVe sicle, c'est--dire du moment o
les travaux avaient t interrompus. Nous ne possdons pas, sur cet
engin curieux, de documents certains; nous n'en connaissons que la forme
gnrale, qui rappelait celle des grues encore employes pendant le
dernier sicle. Les matriaux taient apports  pied d'oeuvre sous le
bec de la grue au moyen de grands _binards_ ou fardiers  deux roues,
ainsi que l'indique la fig. 6. Un long timon servant de levier
permettait, lorsque la pierre avait t barde sur le plateau A, de
soulever ce plateau en abaissant l'extrmit B, et de faire rouler
l'engin jusqu'au point o le cble de la grue pouvait saisir la pierre
au moyen d'une louve.

Ces engins sont encore en usage aujourd'hui dans les provinces du Midi.
Il n'y a pas plus de vingt ans que des perfectionnements notables ont
t apports dans le systme et la fabrication des engins employs pour
les constructions; jusqu'alors les engins dont on se servait au XIIIe
sicle taient aussi employs soit pour transporter les matriaux d'un
point  un autre, soit pour les lever verticalement. La chvre, cette
admirable et simple invention qui remonte  la plus haute antiquit, est
encore en usage aujourd'hui, et il est probable qu'on s'en servira
longtemps.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 2. bis.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration; Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]

     [Note 362: Les engingneurs du moyen ge n'taient pas
     embarrasss pour faire mouvoir d'normes charpentes toutes
     brandies; nous en aurons tout  l'heure la preuve.]

     [Note 363: Pl. XLIII. Voy., dans l'dit. anglaise de l'_Album
     de Villard_, Londres, 1859, la bonne description que donne M.
     Willis de cet engin. Voy. l'dit. franaise; _Album de
     Villard de Honnecourt_, Delion, 1858.]



ENGINS DE GUERRE. Il est ncessaire, pour mettre de la clart dans notre
texte, de diviser ces machines en raison de leur fonction: _engins
d'attaque_, _engins d'attaque et de dfense_, _engins de dfense
seulement_.



_Engins offensifs_ avant l'artillerie  feu.--Vitruve[364] parle de
trois machines propres  l'attaque: les catapultes, les scorpions et les
balistes. Les catapultes et les scorpions sont rangs par lui dans la
mme catgorie; ces engins taient destins  projeter des dards d'une
grande longueur et d'un poids assez considrable. Naturellement c'est la
dimension du projectile qui donne celle de la machine. Le propulseur
consistait en des ressorts de bois tendus au moyen de cordes et de
treuils. Malheureusement Vitruve, qui relve scrupuleusement les
dimensions relatives de chaque partie de ces machines, oublie de nous
dcrire leur structure; de sorte qu'il est difficile de se faire une
ide passablement exacte du systme adopt. Perrault, dans sa traduction
du texte latin, nous donne la reprsentation d'une catapulte[365]; mais
nous avouons ne pas tre satisfait de son interprtation. Son propulseur
ne pourrait avoir qu'une action trs-faible et ferait plutt basculer le
trait qu'il ne l'enverrait suivant une ligne droite. Vgce[366] parle
des balistes, des onagres, des scorpions, des arcs-balistes; mais ses
descriptions sont d'un laconisme tel que l'on ne peut en rien tirer de
concluant; nous savons seulement par lui que la baliste tait tendue au
moyen de cordes ou de nerfs, que le scorpion tait une baliste de petite
dimension, une sorte d'arbalte, _scorpiones dicebant, quas nunc
manubalistas vocant_; que l'onagre lanait des pierres et que la force
des nerfs devait tre calcule en raison du poids des projectiles; mais
il se garde bien de nous faire savoir si ces onagres sont des machines
mises en mouvement par des contre-poids, des cordes tordues ou des
ressorts. Les commentateurs de ces auteurs anciens sont d'autant plus
prolixes que les textes sont plus laconiques ou plus obscurs; mais ils
ne nous donnent pas de solutions pratiques.

Si Vgce semble indiquer que la baliste soit une grande arbalte fixe
propre  lancer des traits, Vitruve prtend que la baliste est destine
 lancer des pierres dont le poids varie de deux livres  deux cent
cinquante livres; il ne nous fait pas connatre si cet engin est mu par
des contre-poids ou des ressorts. La baliste donne par Perrault
enverrait son projectile  dix pas, si mme il ne tombait pas sur
l'afft. Ammien Marcellin[367] est un peu moins obscur dans les
descriptions qu'il nous a laisses des machines de guerre offensives
employes de son temps, c'est--dire au IVe sicle. D'aprs cet auteur,
la baliste est une sorte de grande arbalte dont le projectile (le
javelot) est lanc par la force de raction de plusieurs cordes  boyaux
tordues. Le scorpion, que de son temps on appelait _onagre_, est
positivement le cable du moyen ge, c'est--dire un engin compos d'un
style dont le pied est tortill entre des cordes tendues, comme la clef
d'une scie, et dont la tte, munie d'une cuiller, reoit un boulet que
ce style en dcliquant envoie en bombe. Ammien Marcellin dsigne aussi
cet engin sous le nom de _tormentum_, de _torquere_, tordre.

Nos lecteurs ne nous sauront pas mauvais gr de ne rien ajouter aux
textes aussi diffus que peu concluants des commentateurs de Vitruve, de
Vgce, d'Ammien Marcellin; ils voudront bien nous permettre de passer 
l'tude des engins du moyen ge sur lesquels nous possdons des donnes
un peu moins vagues.

Les engins d'attaque, depuis l'invasion des barbares jusqu' l'emploi de
l'artillerie  feu, sont en grand nombre: les uns sont mus par des
contre-poids comme les trbuchets, les mangonneaux; d'autres par la
tension de cordes, de nerfs, de branches de ressorts de bois ou d'acier,
comme les caables, malvisines ou male-voisines, les pierrires;
d'autres par leur propre poids et l'impulsion des bras, comme les
moutons, bliers, bossons. Rien ne nous indique que les Romains, avant
le Ve sicle, aient employ des machines de jet  contre-poids, tandis
qu'ils connaissaient et employaient, ainsi que nous venons de le dire,
les engins  ressorts, les grandes arbaltes  tour[368]  un ou deux
pieds, ainsi qu'on peut s'en assurer en examinant les bas-reliefs de la
colonne Trajane. Les machines de jet mues par des contre-poids sont
d'une invention postrieure aux machines  ressorts, par la raison que
les engins  ressorts ne sont que l'application en grand d'une autre
arme de main connue de toute antiquit, l'arc. Les machines 
contre-poids exigent, dans leur fabrication, un si grand nombre de
prcautions, de calculs, et des moyens si puissants, qu'on ne peut
admettre qu'elles aient t connues des barbares qui envahirent les
Gaules. Ceux-ci durent imiter d'abord les machines de guerre romaines,
puis aller demander plus tard  Byzance les inventions
trs-perfectionnes des Grecs. Les engins _inconnus jusqu'alors_ dont
parlent les annales de Saint-Bertin, et qui furent dresss devant les
murailles d'Angers occupe en 873 par les Normands, avaient probablement
t imports en France par ces artistes que Charles le Chauve faisait
venir de Byzance. Les annalistes et les potes de ces temps reculs, et
mme ceux d'une poque plus rcente, sont d'un laconisme dsesprant
lorsqu'ils parlent de ces engins, et ils les dsignent indiffremment
par des noms pris au hasard dans l'arsenal de guerre, pour les besoins
de la mesure ou de la rime, de sorte que, jusque vers le temps de
Charles V, o les chroniqueurs deviennent plus prcis, plus clairs, il
est certaines machines auxquelles on peut difficilement donner leur nom
propre. Nous allons essayer cependant de trouver l'emploi et la forme de
ces divers engins.

Dans la chanson de Roland, on lit:

       Li reis Marsilie est de guerre vencud,
       Vus li avez tuz ses castels toluz,
       Od vos caables avez fruiset ses murs,
       ...

Or, pour que les murs aient t froisss, endommags par les caables, il
faut admettre que les caables lanaient des blocs de pierre. Le caable
est donc une pierrire. Une grande perire, que l'on claime chaable, si
grosse... [369]. Guibert de Nogent, dans son _Histoire des
Croisades_[370], parle des nombreuses balistes qui furent dresses
autour des murailles de la ville de Csare par l'arme des chrtiens.
Ces caables ou chaables et ces balistes nous paraissent tre une
imitation des engins  ressorts en usage chez les Romains et
perfectionns par les Byzantins. Il est certain que ces engins avaient
une grande puissance, car le mme auteur rapporte que ces machines
vomissaient avec fureur les plus grosses pierres qui, non-seulement
allaient frapper les murs extrieurs, mais souvent mme atteignaient de
leur choc les palais les plus levs dans l'intrieur de la ville. Ces
balistes taient poses sur des roues et pouvaient ainsi tre changes
de place suivant le besoin; c'tait l, d'ailleurs, une tradition
romaine, car sur les bas-reliefs de la colonne Trajane on voit
quelques-uns de ces engins poss sur des chariots trans par des
chevaux. Beaucoup d'auteurs ont essay, en s'appuyant sur les
reprsentations peintes ou sculptes du moyen ge, de rendre compte de
la construction de ces machines de jet; mais ces interprtations
figures nous paraissent tre en dehors de la pratique et ressembler 
des jouets d'enfants assez navement conus. Cependant leur effet, bien
qu'il ne pt tre compar  celui produit par l'artillerie  feu,
occasionnait de tels dsordres dans les travaux de fortification, qu'il
faut bien croire  leur puissance et tcher d'en donner une ide exacte.
C'est ce  quoi nous nous attachons dans les figurs qui vont suivre, et
qui, tout en respectant les donnes gnrales que nous fournissent les
vignettes des manuscrits et les bas-reliefs, sont tudis comme s'il
fallait en venir  l'excution. Bien entendu, dans ces figurs, nous
n'avons admis que les procds mcaniques connus des ingnieurs du moyen
ge.

Voici donc d'abord un de ces engins, baliste, caable ou pierrire, mu
par des ressorts et des cordes brides, propre  lancer des pierres (7).
La pice principale est la verge A, dont l'extrmit infrieure passe
dans un faisceau de cordes tordues au moyen de clefs B et de roues 
dents C, arrtes par des cliquets. Les cordes sont passes dans deux
anneaux tenant  la tige  laquelle la roue  dents vient s'adapter,
ainsi que l'indique le dtail D. Ces cordes ou nerfs tordus  volont 
la partie infrieure de la verge avaient une grande force de
rappel[371]. Mais pour augmenter encore la rapidit de mouvement que
devait prendre la verge, des ressorts en bois et nerfs entours de
cordes, formant deux branches d'arcs E attaches  la traverse-obstacle,
foraient la verge  venir frapper violemment cette traverse F,
lorsqu'au moyen du treuil G on avait amen cette verge  la position
horizontale. Lorsque la verge A tait abaisse autant que possible, un
homme, tirant sur la cordelette H, faisait chapper la branche de fer I
(voy. le dtail K), et la verge ramene rapidement  la position
verticale, arrte par la traverse-obstacle F, envoyait au loin le
projectile plac dans la cuiller L. On rglait le tir en ajoutant ou en
supprimant des fourrures en dedans de la traverse F, de manire 
avancer ou  reculer l'obstacle, ou en attachant des coussins de cuir
rembourrs de chiffons  la paroi antrieure de l'arbre de la verge.
Plus l'obstacle tait avanc, plus le tir tait lev; plus il tait
recul, plus le tir tait rasant. Le projectile obissait  la force
centrifuge dtermine par le mouvement de rotation de la cuiller et  la
force d'impulsion horizontale dtermine par l'arrt de la traverse F.
La partie infrieure de la verge prsentait la section M, afin
d'empcher la dviation de l'arbre qui, d'ailleurs, tait maintenu dans
son plan par les deux tirages des branches du ressort E. Les crochets O
servaient  fixer le chariot en place, au moyen de cordes lies  des
piquets enfoncs en terre, et  attacher les traits et palonniers
ncessaires lorsqu'il tait besoin de le traner. Quatre hommes
pouvaient abaisser la verge en agissant sur le treuil G. Pour qu'un
engin pareil ne ft pas dtraqu promptement par la secousse terrible
que devait occasionner la verge en frappant sur la traverse-obstacle, il
fallait ncessairement que cette traverse ft maintenue par des
contre-fiches en charpente et par des brides en fer, ainsi que l'indique
notre fig. 7. Un profil gomtral (8) fait voir la verge abaisse au
moyen du treuil et la verge frappant la traverse-obstacle, ainsi que le
dpart du projectile de la cuiller, les ressorts tendus lorsque la verge
est abaisse, et dtendus lorsqu'elle est revenue  sa position normale.

Des machines analogues  celle-ci servaient aussi  lancer des traits;
mais nous y reviendrons bientt en parlant des grandes arbaltes  tour.
Nous allons continuer la revue des engins propres  jeter des pierres ou
autres projectiles en bombe.

Villard de Honnecourt[372] nous donne le plan d'un de ces grands
trbuchets  contre-poids si fort employs pendant les guerres des XIIe
et XIIIe sicles. Quoique l'lvation de cet engin manque dans le
manuscrit de notre architecte picard du XIIIe sicle, cependant la
figure qu'il prsente et l'explication qu'il y joint jettent une vive
lumire sur ces sortes de machines. Villard crit au bas de son plan la
lgende suivante[373]: Se vus voles faire le fort engieng con apiele
trebucet prendes ci gard. Ves ent ci les soles si com il siet sor
tierre. Ves la devant les. ij. windas[374] et le corde ploie a coi ou
ravale la verge. Veir le poes en cele autre pagene (c'est cette seconde
page qui manque). Il y a grant fais al ravaler, car li contrepois est
mult pesans. Car il i a une huge plainne de tierre. Ki. ij. grans toizes
a de lonc et. viiij. pies de le, et. xij. pies de profont. El al descocier
de le fleke[375] penses. Et si vus en donez gard, car ille doit estre
atenue a cel estancon la devant. Le plan donn par Villard prsente
deux sablires parallles espaces l'une de l'autre de huit pieds, et
ayant chacune trente-quatre pieds de long.  quatorze pieds de
l'extrmit antrieure des sablires est une traverse qui,  l'chelle,
parat avoir vingt-cinq pieds de long; puis quatre grands goussets, une
croix de Saint-Andr horizontale entre les deux sablires
longitudinales; prs de l'extrmit postrieure, les deux treuils
accompagns de deux grands ressorts horizontaux en bois. C'est l un
engin norme, et Villard a raison de recommander de prendre garde  soi
au moment o la verge est dcoche. Prsentons de suite une lvation
perspective de cette machine, afin que nos lecteurs puissent en prendre
une ide gnrale. Villard ne nous donne que le plan des sablires sur
le sol, mais nombre de vignettes de manuscrits nous permettent de
complter la figure. Un des points importants de la description de
Villard, c'est le cube du contre-poids. Ces _huches_ ne sont pas des
paralllipipdes, mais des portions de cylindres dans la plupart des
anciennes reprsentations: or, en donnant  cette huche la forme
indique dans notre fig. 9 et les dimensions exprimes dans le texte de
Villard, nous trouvons un cube d'environ 20 mtres; en mettant le mtre
de terre  1,200 kil., nous obtenons 26,000 kil. Il y a grand faix 
ravaler. Pour faire changer de place un pareil poids, il fallait un
levier d'une grande longueur: la verge tait ce levier; elle avait de
quatre toises  six toises de long (de huit  douze mtres), se
composait de deux pices de bois fortement runies par des frettes en
fer et des cordes, et recevant entre elles deux un axe en fer faonn
ainsi que l'indique le dtail A. Les tourillons de cet axe entraient
dans les deux pices verticales B, renforces, ferres  leur extrmit
et maintenues dans leur plan par des contre-fiches. En cas de rupture du
tourillon, un repos C recevait le renfort C', afin d'viter la chute de
la verge et tous les dgts que cette chute pouvait causer.

Voyons comme on manoeuvrait cet engin, dont le profil gomtral est
donn (10). Lorsque la verge tait laisse libre, sollicite par le
contre-poids C, elle prenait la position verticale AB. C'tait pour lui
faire abandonner cette position verticale qu'il fallait un plus grand
effort de tirage,  cause de l'aiguit de l'angle form par la corde de
tirage et la verge; alors on avait recours aux deux grands ressorts de
bois tracs sur le plan de Villard et reproduits sur notre vue
perspective (fig. 9). Les cordes attaches aux extrmits de ces deux
ressorts venaient, en passant dans la gorge de deux poulies de renvoi,
s'attacher  des chevilles plantes dans le second treuil D (fig. 10);
en manoeuvrant ce treuil  rebours, on bandait les deux cordes autant
que pouvaient le permettre les deux ressorts. Pralablement, la boucle
E, avec ses poulies jumelles F, dans lesquelles passait la corde de
tirage, avait t fixe  l'anneau G au moyen de la cheville H (voy. le
dtail X). La poulie I roulait sur un cordage peu tendu K, L, afin de
rendre le tirage des treuils aussi direct que possible. Au moment donc
o il s'agissait d'abaisser la verge, tout tant ainsi prpar, un
servant tant mont attacher la corde double  l'anneau de la poulie de
tirage, on dcliquait le treuil tourn  rebours, les ressorts tendaient
 reprendre leur position, ils faisaient faire un ou deux tours au
treuil D dans le sens voulu pour l'abattage et aidaient ainsi aux hommes
qui commenaient  agir sur les deux treuils, ce qui demandait d'autant
moins de force que la verge s'loignait de la verticale. Alors on
dtachait les boucles des cordes des ressorts et on continuait
l'abattage sur les deux treuils en _a b_ et _a' b'_. Huit hommes (deux
par levier pour un engin de la dimension de celui reprsent fig. 10),
ds l'instant que la verge tait sortie de la ligne verticale au moyen
des ressorts, pouvaient amener celle-ci suivant la position A'B'. Le
chargeur prenait la poche en cuir et cordes M, la rangeait dans la
rigole horizontale en M', plaait dedans un projectile; puis, d'un coup
de maillet, le dcliqueur faisait sauter la cheville H. La verge,
n'tant plus retenue, reprenait la position verticale par un mouvement
rapide et envoyait le projectile au loin. C'est ici o l'on ne se rend
pas, faute de l'exprience acquise par la pratique, un compte exact de
l'effet des forces combines, de la rvolution suivie par le projectile
et du moment o il doit quitter sa poche. Quelques commentateurs
paraissent avoir considr la poche du projectile comme une vritable
fronde se composant de deux attaches, dont une fixe et l'autre mobile,
de manire que, par le mouvement de rotation imprim au projectile,
l'une des deux attaches de la fronde quittait son point d'attache
provisoire, et le projectile ainsi abandonn  lui-mme dcrivait dans
l'espace une parabole plus ou moins allonge.

D'abord, bien des causes pouvaient modifier le dcrochement de l'une des
cordes de la fronde: le poids du projectile, son tirage plus ou moins
prononc sur l'une des deux cordes, un lger obstacle, un frottement. Il
pouvait se faire ou que le dcrochement et lieu trop tt, alors le
projectile tait lanc verticalement et retombait sur la tte des
tendeurs; ou qu'il ne se dcrocht pas du tout, et qu'alors, rabattu
avec violence sur la verge, il ne la brist. En consultant les
bas-reliefs et les vignettes des manuscrits, nous ne voyons pas figurs
ces ceux brides de fronde et l'attache provisoire de l'une d'elles; au
contraire, les brides de la fronde paraissent ne faire qu'un seul
faisceau de cordes ou de lanires, avec une poche  l'extrmit, comme
l'indique nos figures. De plus, nous voyons souvent, dans les vignettes
des manuscrits, une seconde attache place en contre-bas de l'attache de
la fronde et qui parat devoir brider celle-ci, ainsi que le fait voir
mme la vignette (11) reproduite dans les ditions franaise et anglaise
de Villard de Honnecourt. Ici le tendeur tient  la main cette bride
secondaire et parat l'attacher  la queue de la fronde. C'est cette
bride, ce sous-tendeur, que dans nos deux fig. 9 et 10 nous avons trac
en P, le supposant double et pouvant tre attach  diffrents points de
la queue de la fronde; on va voir pourquoi.

Soit (12) le mouvement de la verge, lorsque aprs avoir t abaisse
elle reprend brusquement la position verticale par l'effet du
contre-poids. Le projectile devra dcrire la courbe ABC. Or il arrive un
moment o la fronde sera normale  l'arc de cercle dcrit par la verge,
c'est--dire o cette fronde sera exactement dans le prolongement de la
verge qui est le rayon de cet arc de cercle. Alors le projectile, mu par
une force centrifuge considrable, tendra  s'chapper de sa poche. Il
est clair que la fronde sera plus rapidement amene dans la ligne de
prolongement de la verge suivant que cette fronde sera plus courte et
que le poids du projectile sera plus considrable. Si la fronde arrive
dans le prolongement de la ligne de la verge lorsque celle-ci est au
point D de l'arc de cercle, le projectile ne sera pas lanc du ct des
ennemis, mais au contraire sur ceux qui sont placs derrire l'engin. Il
y avait donc un premier calcul  faire pour donner  la fronde une
longueur voulue, afin qu'ayant  lancer un poids de... elle arrivt dans
le prolongement de la ligne de la verge lorsque celle-ci tait prs
d'atteindre son apoge. Mais il fallait alors dterminer par une
secousse brusque le dpart du projectile, qui autrement aurait quitt le
rayon en s'loignant de l'engin presque verticalement. C'tait pour
dterminer cette secousse qu'tait fait le sous-tendeur P. Si ce
sous-tendeur P tait attach en P', par exemple, de manire  former
avec la verge et la queue de la fronde le triangle P'OR, la queue OP' ne
pouvait plus sortir de l'angle P'OR, ni se mouvoir sur le point de
rotation O. Mais le projectile C continuant sa course forait la poche
de la fronde  obir  ce mouvement d'impulsion jusqu'au moment o cette
poche, se renversant tout  fait, le projectile abandonn  lui-mme
tait appel par la force centrifuge et la force d'impulsion donne par
l'arrt brusque du sous-tendeur  dcrire une parabole C'E.

Si, comme l'indique le trac S, le sous-tendeur P tait fix en P'',
c'est--dire plus prs de l'attache de la queue de la fronde, et formait
un triangle P''O''R'' dont l'angle O' tait moins obtus que celui de
l'exemple prcdent, la secousse se faisait sentir plus tt, la portion
de la fronde laisse libre dcrivait une portion de cercle C''C''', ou
plutt une courbe C''C'''', par suite du mouvement principal de la
verge; le projectile C'''', abandonn  lui-mme sous le double
mouvement de la force centrifuge principale et de la force centrifuge
secondaire occasionne par l'arrt P'', tait lanc suivant une ligne
parabolique C''''E'', se rapprochant plus de la ligne horizontale que
dans l'exemple prcdent. En un mot, plus le sous-tendeur P tait raidi
et fix prs de l'attache de la fronde, plus le projectile tait lanc
horizontalement; plus, au contraire, ce sous-tendeur tait lche et
attach prs de la poche de la fronde, plus le projectile tait lanc
verticalement. Ces sous-tendeurs taient donc un moyen ncessaire pour
rgler le tir et assurer le dpart du projectile.

S'il fallait rgler le tir, il fallait aussi viter les effets
destructeurs du contre-poids qui, arriv  son point extrme de chute,
devait occasionner une secousse terrible  la verge, ou briser tous les
assemblages des contre-fiches.  cet effet, non-seulement le mouvement
du contre-poids tait double, c'est--dire que ce contre-poids tait
attach  deux bielles avec deux tourillons, mais encore, souvent aux
bielles mmes, taient fixs des poids en bascule, ainsi que le font
voir nos figures prcdentes. Voici quel tait l'effet de ces poids T.
Lorsque la verge se relevait brusquement sous l'influence de la huche
charge de terre ou de pierres, les poids T, en descendant rapidement,
exeraient une influence sur les bielles au moment o la huche arrivait
au point extrme de sa chute et o elle tait retenue par la rsistance
oppose par la verge. Les poids n'ayant pas  subir directement cette
rsistance, continuant leur mouvement de chute, faisaient incliner les
bielles suivant une ligne _gh_ et dtruisaient ainsi en partie le
mouvement de secousse imprim par la tension brusque de ces bielles. Les
poids T dcomposaient, jusqu' un certain point, le tirage vertical
produit par la huche, et neutralisaient la secousse qui et fait rompre
tous les tourillons, sans altrer en rien le mouvement rapide de la
verge, en substituant un frottement sur les tourillons  un choc produit
par une brusque tension.

Ces engins  contre-poids furent en usage jusqu'au moment o
l'artillerie  feu vint remplacer toutes les machines de jet du moyen
ge. Le savant bibliophile M. Pichon possde un compte (attachement) de
ce qui a t pay pour le transport d'un de ces engins en 1378, lequel
avait servi au sige de Cherbourg. Voici ce curieux document, que son
possesseur a bien voulu nous communiquer: La monstre Thomin le bourgois
de Pontorson gouvernour de l'engin de la dite ville, du maistre
charpentier, de V autres charpentiers, de X maons et cancours, de XL
tendeurs et XXXI charrt  compter le cariot qui porte la verge d'iceluy
engin; pour trois charreltiers qui sont ordenns servir celui engin au
sige de Cherbourt, venu  Carentan et nous Endouin Channeron, dotteur
en la seigneurie, bailly de Costentin et Jehan des les, bailly illec
pour le roy notre sire es terres qui furent au roy de Navarre, comis et
dputez en ceste partie, de par nos seigneurs les gnraulx commis, du
roy notre sire pour le fait dudit sige; le XV jour de novembre l'an
MCCCLXXVIII.

Et premirement:

Le dit Thomin le maistre gonduom dudit engin, X jours.   X [symbole *]
vault pour X jours                                      D** [symbole *]
Some ci dessus.

Michel Rouffe, maistre charpentier dudit engin, X jours. V [symbole *]
vault pour X jours                                        C [symbole *]
Etc.

* L Tte-bche.
** D invers (mirroir).


Suit le compte des charpentiers, maons, tendeurs, charrettes et
chevaux. Cet attachement fait connatre l'importance de ces machines qui
exigeaient un personnel aussi nombreux pour les monter et les faire
agir. Le chiffre de quarante tendeurs indique assez la puissance de ces
engins: car, en supposant qu'ils fussent diviss en deux brigades (leur
service tant trs-fatigant, puisqu'ils taient chargs de la manoeuvre
des treuils), il fallait donc vingt tendeurs pour abaisser la verge du
trbuchet. Les maons taient probablement employs  dresser les aires
de niveau sur lesquelles on asseyait l'engin[376]. Pierre de
Vaux-Cernay, dans son _Histoire des Albigeois_, parle de nombreux
mangonneaux dresss par l'arme des croiss devant le chteau des
Termes, et qui jetaient contre cette place des pierres normes, si bien
que ces projectiles firent plusieurs brches. Au sige du chteau de
Minerve (en Minervois), dit ce mme auteur, on leva du ct des
Gascons une machine de celles qu'on nomme mangonneaux, dans laquelle ils
travaillaient nuit et jour avec beaucoup d'ardeur. Pareillement, au midi
et au nord, on dressa deux machines, savoir une de chaque ct; enfin,
du ct du comte, c'est--dire  l'orient, tait une excellente et
immense pierrire, qui chaque jour cotait vingt et une livres pour le
salaire des ouvriers qui y taient employs. Au sige de Castelnaudary,
entrepris contre Simon de Montfort, le comte de Toulouse fit prparer
un engin de grandeur monstrueuse pour ruiner les murailles du chteau,
lequel lanait des pierres normes, et renversait tout ce qu'il
atteignait... Un jour le comte (Simon de Montfort) s'avanait pour
dtruire la susdite machine; et comme les ennemis l'avaient entoure de
fosss et de barrires tellement que nos gens ne pouvaient y arriver...
En effet, on avait toujours le soin d'entourer ces engins de barrires,
de claies, tant pour empcher les ennemis de les dtruire que pour
prserver les hommes qui les servaient. Au sige de Toulouse, Pierre de
Vaux-Cernay raconte que, dans le combat o Simon de Montfort fut tu,
le comte et le peu de monde qui tait avec lui se retirant  cause
d'une grle de pierres et de l'insupportable nue de flches qui les
accablaient, s'arrtrent devant les machines, derrire des claies, pour
se mettre  l'abri des unes et des autres; car les ennemis lanaient sur
les ntres une norme quantit de cailloux au moyen de deux trbuchets,
un mangonneau et plusieurs engins... C'est alors que Simon de Montfort
fut atteint d'une pierre lance par une pierrire que servaient des
femmes sur la place de Saint-Sernin, c'est--dire  cent toises au moins
de l'endroit o se livrait le combat. Quelquefois les anciens auteurs
semblent distinguer, comme dans ce passage, les trbuchets des
mangonneaux. Les mangonneaux sont certainement des machines 
contre-poids comme les trbuchets; mais les mangonneaux avaient un poids
fixe plac  la queue de la verge au lieu d'un poids mobile, ce qui leur
donnait une qualit particulire.

Villard de Honnecourt appelle l'engin  contre-poids suspendu par des
bielles,  contre-poids en forme de huche, _trbuchet_; d'o l'on doit
conclure que si le mangonneau est aussi un engin  contre-poids, ce ne
peut tre que l'engin-balancier, tel que celui figur dans le bas-relief
de Saint-Nazaire de Carcassonne[377] et dans beaucoup de vignettes de
manuscrits[378].

Nous avons vu que la fronde du trbuchet a ses deux branches attaches 
la tte de la verge, et que le projectile quitte la poche de cette
fronde par l'effet d'une secousse produite par des sous-tendeurs. Dans
les reprsentations des engins  verge et  balancier, l'un des bras de
la fronde est fix  l'extrmit de la verge et l'autre est simplement
pass dans un style dispos de telle faon que, quand la verge arrive 
son apoge, ce bras de fronde quitte son style et le projectile est
lanc comme la balle d'une fronde  main. Cet engin, ainsi que nous le
disions tout  l'heure, possde d'autres qualits que le trbuchet. Le
trbuchet, par son mouvement brusque, saccad, tait bon pour lancer les
projectiles par-dessus de hautes murailles, sur des combles, comme nos
mortiers lancent les bombes; mais il ne pouvait faire dcrire au
projectile une parabole trs-allonge se rapprochant de la ligne
horizontale. Le tir du mangonneau pouvait se rgler beaucoup mieux que
celui du trbuchet, parce qu'il dcrivait un plus grand arc de cercle et
qu'il tait possible d'acclrer son mouvement.

Essayons donc d'expliquer cet engin.

D'abord (voy. fig. 13) la verge, au lieu de passer dans l'axe du
tourillon, se trouvait fixe en dehors, ainsi que l'indique le trac en
A.  son extrmit infrieure, qui s'largissait beaucoup (nous allons
voir comment et pourquoi), taient attachs des poids, lingots de fer ou
de plomb, ou des pierres, maintenus par une armature et un coffre de
planches B. Dans son tat normal, la verge, au lieu d'tre verticale
comme dans le trbuchet, devait ncessairement s'incliner du ct de
l'ennemi, c'est--dire sur la face de l'engin[379],  cause de la
position du contre-poids et celle de l'arbre. Pour abaisser la verge, on
se servait de deux roues C, fixes  un treuil et correspondant  deux
poulies de renvoi D. Il est clair que devant l'ennemi, il n'tait pas
possible de faire monter un servant au sommet de la verge pour y fixer
la corde double de tirage avec sa poulie et son crochet, d'abord parce
que cette corde et cette poulie devaient tre d'un poids assez
considrable, puis parce qu'un homme qui se serait ainsi expos aux
regards ennemis et servi de point de mire  tous les archers et
arbaltriers. Nous avons vu tout  l'heure que ces engins taient
entours de barrires et de claies destines  garantir les servants qui
restaient sur le sol. Au moyen d'un petit treuil E, attach aux parois
de la caisse du contre-poids et mu par deux manivelles, on amenait, 
l'aide de la corde double F passant par deux fortes poulies G, la poulie
H et son crochet auquel pralablement on avait accroch l'autre poulie
K. La verge abaisse suivant l'inclinaison LM, on faisait sauter le
crochet de la poulie K, et la verge dcrivait l'arc de cercle MN. Les
servants prcipitaient ce mouvement en tirant sur plusieurs cordes
attaches en O, suivant la direction OR. Si, lors du dcliquement de la
verge, les servants tiraient vivement et bien ensemble sur ces cordes,
ils faisaient dcrire  l'extrmit suprieure de la verge un arc de
cercle beaucoup plus grand que celui donn par la seule action du
contre-poids, et ils augmentaient ainsi la force d'impulsion du
projectile S au moment de son dpart. Pour rattacher la poulie K  la
poulie H, on tirait celle-ci au moyen d'un fil P en droulant le treuil
E, on descendait cette poulie H aussi bas qu'il tait ncessaire, on y
rattachait la poulie K, on appuyait de nouveau sur le treuil E. Cette
manoeuvre tait assez rapide pour qu'il ft possible d'envoyer douze
projectiles en une heure.

Pour faciliter l'abaissement de la verge, lorsque les tendeurs
agissaient sur les deux grandes roues C, les hommes prposs  la
manoeuvre des cordes du balancier B tiraient sur ces cordes attaches en
O, suivant la ligne OV. Lorsque la verge tait abaisse, les servants
chargs de l'attache de la fronde tendaient les deux brides de cette
fronde dans la rigole T. L'une de ces brides restait fixe  l'anneau X,
l'autre tait sortie d'elle-mme du style U; les servants avaient le
soin de replacer l'anneau de cette seconde bride dans le style et, bien
entendu, laissaient passer ces deux brides par-dessus la corde double de
tirage de la verge, ainsi que l'indique la coupe Z, prsentant en _a_
l'extrmit de la verge abaisse avec sa poulie H en _h_, sa poulie K en
_k_, les deux poulies D en _d_, les deux brides de la fronde en _gg_.
Lorsque le dcliqueur agissait sur la petite bascule _e_ du crochet, la
poulie K tombait entre les deux sablires, la verge se relevait et les
deux brides _gg_ tiraient le projectile S. On observera ici que le
projectile S tant pos dans la poche de la fronde, les deux brides de
cette fronde devant tre gales en longueur, l'une, celle attache 
l'anneau X, est lche, tandis que celle fixe au style est presque
tendue. L'utilit de cette manoeuvre va tout  l'heure tre dmontre.
On voudra bien encore examiner la position du contre-poids lorsque la
verge est abaisse; cette position est telle que la verge devait se
trouver en quilibre; que, par consquent, l'effort des tendeurs, pour
l'amener  son dclin, devait tre  peu prs nul, ce qui permettait de
tendre la corde sur la poulie _k_, ainsi que l'indique la coupe Z; que
cet quilibre, obtenu par les pesanteurs principales reportes sur le
tourillon A, rendait efficace le tirage des hommes prposs au
balancier, puisqu'au moment du dcliquement il devait y avoir une sorte
d'indcision dans le mouvement de la verge; que ce tirage ajoutait alors
un puissant appoint au poids du balancier, ce qui tait ncessaire pour
que la fronde fonctionnt convenablement.

La fig. 14 reprsente le mangonneau du ct de sa face antrieure, au
moment o la verge est abaisse. Les six hommes agissant sur les deux
grands treuils sont rests dans les roues afin de drouler le cble
doubl lorsque la verge aura lanc le projectile qui est plac dans la
poche de la fronde. Seize hommes s'apprtent  tirer sur les quatre
cordes attaches  la partie infrieure du contre-poids. Le dcliqueur
est  son poste, en A, prt  faire sauter le crochet qui retient
l'extrmit de la verge abaisse. Le matre de l'engin est en B; il va
donner le signal qui doit faire agir simultanment le dcliqueur et les
tireurs;  sa voix, la verge n'tant plus retenue, sollicite par les
seize hommes placs en avant, va se relever brusquement, entranant sa
fronde, qui, en sifflant, dcrira une grande courbe et lancera son
projectile.

Examinons maintenant comment la fronde devait tre attache pour qu'une
de ses branches pt quitter en temps opportun le style de l'engin, afin
de laisser au projectile la libert de s'chapper de la poche.

Voici (15) l'extrmit de la verge; on voit, en A, l'attache fixe qui se
compose d'un long trier tournant sur un boulon B; puis, en C, le style
en fer, largi  sa base, et en D la boucle qui n'entre dans ce style
que jusqu' un certain point qu'elle ne peut dpasser  cause de cet
largissement. Lorsque l'trier est sollicit par l'une des brides de la
fronde (voy. le profil G), il faut que son anneau E tombe sur la
circonfrence dcrite par l'anneau F de la boucle, circonfrence dont,
bien entendu, la verge est le rayon; il faut aussi que l'trier ne
puisse dpasser la ligne IE et soit arrt en K par la largeur du bout
de la verge. Tant que la bride de la fronde attache  l'anneau E de
l'trier n'a pas, par suite du mouvement imprim, dpass la ligne EE';
prolongement de la ligne IE, l'autre bride de la fronde tire sur la
boucle F obliquement, de telle faon que cette boucle ne peut quitter le
style C.

Ceci compris, la figure 16 indique le mouvement de rotation de la verge.
La bride mobile de la fronde ne quittera le style que lorsque le
projectile aura dpass le rayon du cercle dcrit par la verge, qu'au
moment o les brides de la fronde formeront avec la verge un angle,
ainsi qu'il est trac dans la position A. Alors, l'une des brides de la
fronde continuera  tirer sur l'trier, tandis que l'autre se relchera,
et la force centrifuge imprime au projectile fera chapper la boucle du
style, comme nous le voyons en M. Le projectile libre dcrira sa
parabole. Si le mouvement de rotation de la verge tait gal ou
progressivement acclr, il arriverait un moment o le projectile se
trouverait dans le prolongement de la ligne de la verge (rayon) pour ne
plus quitter cette ligne qu'au moment o la verge s'arrterait. Mais il
n'en est pas ainsi, grce  la disposition du tourillon hors de la ligne
de la verge, de la place du contre-poids hors d'axe et du tirage des
hommes pour hter le mouvement de rotation au moment du dcliquement;
une force d'impulsion trs-violente est d'abord donne  la verge et par
suite au projectile; celui-ci, sous l'empire de cette force premire,
dcrit sa courbe plus rapidement que la verge ne dcrit son
arc-de-cercle, d'autant que le mouvement de celle-ci se ralentit 
mesure qu'elle approche de son apoge; ds lors, les brides de la fronde
doivent faire un angle avec la verge, ainsi qu'on le voit en M.

C'taient donc les hommes placs  la base du contre-poids qui rglaient
le tir, en appuyant plus ou moins sur les cordes de tirage. S'ils
appuyaient fortement, la verge dcrivait son arc de cercle avec plus de
rapidit, la force centrifuge du projectile tait plus grande; il
dpassait plus tt la ligne de prolongement de la verge; le bras mobile
de la fronde se dtachait plus tt et le projectile s'levait plus haut,
mais parcourait un moins grand espace de terrain. Si, au contraire, les
hommes du contre-poids appuyaient mollement sur les cordes de tirage ou
n'appuyaient pas du tout, le projectile tait plus lent  dpasser la
ligne de prolongement de la verge; le bras mobile de la fronde se
dtachait plus tard, et le projectile, n'abandonnant sa poche que
lorsque celle-ci avait dpass la verticale, s'levait moins haut, mais
parcourait un espace de terrain plus tendu. Ainsi le mrite d'un bon
matre engingneur tait, d'abord, de donner aux brides de la fronde la
longueur voulue en raison du poids du projectile, puis de rgler
l'attache de ces deux brides, puis enfin de commander d'appuyer plus ou
moins sur les cordes de tirage, suivant qu'il voulait envoyer son
projectile plus haut ou plus loin.

Il y avait donc une diffrence notable entre le trbuchet et le
mangonneau. Le trbuchet tait un engin beaucoup moins docile que le
mangonneau, mais il exigeait moins de pratique, puisque pour en rgler
le tir il suffisait d'un homme qui st attacher les brides de
sous-tension de la fronde. Le mangonneau devait tre dirig par un
engingneur habile et servi par des hommes au fait de la manoeuvre, sinon
il tait dangereux pour ceux qui l'employaient. Il est, en effet,
quelquefois question de mangonneaux qui blessent et tuent leurs
servants: une fausse manoeuvre, un tirage exerc mal  propos sur les
cordes du contre-poids, et alors que celui-ci avait dj fait une partie
de sa rvolution, pouvait faire dcrocher la bride de la fronde trop
tard et projeter la pierre sur les servants placs  la partie
antrieure de l'engin.

Il serait superflu d'insister davantage sur le mcanisme de ces engins 
contre-poids; nous n'avons prtendu ici que donner  cette tude un tour
plus pratique que par le pass. Il est clair que pour connatre
exactement les effets de ces formidables machines de guerre, il faudrait
les faire fabriquer en grand et les mettre  l'preuve, ce qui
aujourd'hui devient inutile en face des canons rays; nous avons pens
qu'il tait bon de faire connatre seulement que nos pres apportaient
dans l'art de tuer les hommes la subtilit et l'attention qu'ils
mettaient  leur btir des palais ou des glises. Ces batteries d'engins
 contre-poids, qui nuit et jour envoyaient sans trve des projectiles
dans les camps ou les villes ennemies, causant de si terribles dommages
qu'il fallait venir  composition, n'taient donc pas des joujoux comme
ceux que l'on nous montre habituellement dans les ouvrages sur l'art
militaire du moyen ge. Les projectiles taient de diverses sortes:
boulets de pierre, paquets de cailloux, amas de charognes, matires
incendiaires, etc[380].

Les Orientaux, qui paraissent tre les premiers inventeurs de ces engins
 contre-poids, s'en servaient avec avantage dj ds le XIe sicle. Ils
employaient aussi les pierrires, _chaables_, _pierrires turques_, au
moyen desquelles ils jetaient sur les ouvrages ennemis non-seulement des
pierres, mais aussi des barils pleins de matires inflammables (feu
grgeois) que l'eau ne pouvait teindre, et qui s'attachaient en brlant
sur les charpentes des hourds ou des machines.

Joinville nous a laiss une description saisissante des terribles effets
de ces engins. Le roy ot conseil, dit-il, quand il s'agit de passer un
des bras du Nil devant les Sarrasins, que il feroit faire une chaucie
par mi la rivire pour passer vers les Sarrasins. Pour garder ceux qui
ouvroient (travaillaient)  la chaucie, et fit faire le roy deux
beffrois que l'en appele chas-chastiau (nous parlerons tout  l'heure de
ces sortes d'engins); car il avoit deux chastiaus devant les chas et
deux massons (palissades) derrire les chastiaus, pour couvrir ceulz qui
guieteroient (qui feraient le guet), pour (contre) les copz des engins
aux Sarrazins, lesquiex avoient seize engins touz drois (sur une mme
ligne, en batterie). Quant nous venimes l, le roy fist faire dix huit
engins, dont Jocelin de Cornaut estoit mestre engingneur (un matre
engingneur commandait donc la manoeuvre de plusieurs engins). Nos engins
getoient au leur, et les leurs aus nostres; ms onques n'oy dire que les
nostres feissent biaucop... Un soir avint, l o nous guietions les
chas-chastiaus de nuit, que il nous avirent un engin que l'en apple
perrire, ce que il n'avoient encore fait, et mistrent le feu gregoiz en
la fonde de l'engin (cuiller de l'engin)... Le premier cop que il
jetrent vint entre nos deux chastelz, et cha en la place devant nous
que l'ost avoit fait pour boucher le fleuve. Nos esteingneurs (on avait
donc des hommes spcialement chargs d'teindre les incendies allums
par les ennemis) furent appareills pour estaindre le feu; et pour ce
que les Sarrazins ne pooient trre  eulz (tirer sur ces teigneurs),
pour les deux eles des paveillons que le roy y avoit fait faire ( cause
des ouvrages palissads qui runissaient les chas-chatelz), il traioient
tout droit vers les nues, si que li pylet (les dards) leur cheoient tout
droit vers eulz (tombaient verticalement sur eux). La manire du feu
gregois estoit tele, que il venoit bien devant aussi gros comme un
tonnel de verjus (comme un baril), et la queue du feu qui partoit de li
(la fuse), estoit bien aussi grant comme un grant glaive; il faisoit
tele noise au venir (tel dommage en tombant), que il sembloit que ce
feust la foudre du ciel; il sembloit un dragon qui volast par l'air,
tant getoit grant clart, que l'on voit parmi l'ost comme se il feust
jour, pour la grant foison du feu qui jetoit la grant clart...

Ces barils remplis de matires inflammables paraissent tre lancs par
des pierrires ou caables comme celui reprsent fig. 7 et 8; ils
taient munis d'une fuse et contenaient une matire compose de soufre,
d'huile de naphte, de camphre, de bitume ou de rsine, de poussire de
charbon, de salptre et peut-tre d'antimoine.  cette poque, au milieu
du XIIIe sicle, il semble, d'aprs Joinville, que nos machines de jet
fussent infrieures  celles des Turcs, puisque notre auteur, toujours
sincre, a le soin de dire que nos engins ne produisaient pas grand
effet. Ce n'est gure, en effet, qu' la fin du XIIIe sicle que les
engins paraissent tre arrivs, en France,  une grande perfection. On
s'en servait beaucoup dans les guerres du XIVe sicle et mme aprs
l'invention de l'artillerie  feu.

Les trbuchets, les mangonneaux taient placs, par les assigs,
derrire les courtines, sur le sol, et envoyaient leurs projectiles sur
les ennemis en passant par-dessus la tte des arbaltriers poss sur les
chemins de ronde. Mais, outre les pierrires ou caables, que l'on
mettait en batterie au niveau des chemins de ronde sur des plates-formes
en bois largissant ces chemins de ronde (ainsi que nous l'avons fait
voir dans l'article ARCHITECTURE MILITAIRE, fig. 32), les armes du
moyen ge possdaient encore l'arbalte  tour, qui tait un engin
terrible, avec lequel on lanait des dards d'une grande longueur, des
barres de fer rougies au feu, des traits garnis d'toupe et de feu
grgeois[381] en forme de fuses. Ces arbaltes  tour avaient cet
avantage qu'elles pouvaient tre pointes comme nos pices d'artillerie,
ce que l'on ne pouvait faire avec les mangonneaux ou les trbuchets:
car, pour ces derniers engins, s'il tait possible de rgler le tir, ce
ne pouvait tre toujours que dans un mme plan; si on voulait faire
dvier le projectile  droite ou  gauche, il fallait manoeuvrer l'engin
entier, ce qui tait long. Aussi les mangonneaux et les trbuchets
n'taient employs que dans les siges, soit par les assigeants pour
envoyer des projectiles sur un point des dfenses de la ville, soit par
les assigs pour battre des travaux d'approche ou des quartiers
ennemis. Les arbaltes  tour tiraient sur des groupes de travailleurs,
sur des engins, sur des colonnes serres, et elles produisaient l'effet
de nos pices de campagne,  la porte prs; car leurs projectiles
tuaient des files entires de soldats, rompaient les engins, coupaient
leurs cordes, traversaient les mantelets et les palissades.

Voici (17) un ensemble perspectif et des dtails de l'arbalte  tour.
On la faisait mouvoir au moyen des trois roues, dont deux taient fixes
 la traverse infrieure A et la troisime  la partie mobile B de
l'affut. Un pointail C, pos sur une crapaudine ovode D, ainsi que
l'indique le dtail C', maintenait l'afft sur un point fixe servant de
pivot. Il tait donc facile de rgler le tir sur plan horizontal. Pour
abaisser ou relever le tir, c'est--dire pour viser de bas en haut ou de
haut en bas, on pouvait d'abord dmonter la roue extrme E, laisser
reposer l'afft sur les deux galets en olive F; alors le tir prenait la
direction F'G (voy. le profil X). Si on voulait abaisser quelque peu le
tir, on relevait la partie suprieure H de l'afft au moyen de la double
crmaillre K et des deux roues d'engrenage I, auxquelles on adaptait
deux manivelles. S'il tait ncessaire d'abaisser le tir, on laissait la
roue E et on levait la partie suprieure de l'afft au moyen des
crmaillres. La partie infrieure de l'afft se mouvait sur le
tourillon L. Le propulseur se composait de deux branches doubles d'acier
passes dans des cordages de nerfs tortills, comme on le voit dans
notre trac perspectif, et appuyes  leur extrmit contre les deux
montants du chssis. Pour bander ces cordes de nerfs autant qu'il tait
besoin, des tubes de fer taient passs entre elles; on introduisait des
leviers dans ces tubes, soit par une de leurs extrmits, soit par
l'autre, pour ne pas permettre aux cordes de se dtortiller, et on
fixait l'extrmit de ces leviers aux deux brancards M. Si l'on sentait
que les cordes se dtendissent, on appuyait un peu sur ces leviers en
resserrant leurs attaches de manire  ce que les deux branches de l'arc
fussent toujours galement brides. Pour bander cet arc, dont les deux
extrmits taient runies par une corde faite avec des crins, des nerfs
ou des boyaux, on accrochait les deux griffes N  cette corde; puis,
agissant sur les deux grandes manivelles O, on amenait la corde de
l'arc, au moyen des deux crmaillres horizontales, jusqu' la double
dtente P, laquelle, pour laisser passer la corde, tait rentre ainsi
que l'indique le dtail R. Cette dtente tait manoeuvre par une tige S
munie,  son extrmit, d'un anneau mobile T, que l'on passait dans une
cheville lorsque la dtente tait releve U. Ramenant alors quelque peu
les crmaillres, la corde venait s'arrter sur cette double dtente U,
qui ne pouvait rentrer dans l'afft. On appuyait la base du projectile
sur la corde en le laissant libre dans la rainure. Et le pointeur ayant
tout prpar faisait sortir l'anneau T de la cheville d'arrt, tirait 
lui la tige S; la double dtente disparaissait, et la corde revenait 
sa place normale en projetant le dard (voy. le plan Y). Une lgre
pression exerce sur le dard par un ressort l'empchait de glisser dans
sa rainure si le tir tait trs-plongeant. Avec un engin de la dimension
donne dans notre figure, on pouvait lancer de plein fouet un dard de
plus de cinq mtres de long, vritable soliveau arm de fer,  une assez
grande distance, c'est--dire  cinquante mtres au moins, de faon 
rompre des machines, palis, etc. Ces engins lanant des projectiles de
plein fouet taient ceux qui causaient le plus de dsordre dans les
corps de troupes et particulirement dans la cavalerie; aussi ne s'en
servait-on pas seulement dans les siges, mais encore en campagne, au
moins pour protger des campements ou pour appuyer un poste important.

On se servait aussi d'un engin  ressort, dont la puissance tait
moindre, mais dont l'tablissement tait plus simple et pouvait se faire
en campagne avec le bois qu'on se procurait, sans qu'il ft ncessaire
d'employer ces crmaillres et toutes ces ferrures qui demandaient du
temps et des ouvriers spciaux pour les faonner. Cet engin est fort
ancien et rappelle la catapulte des Romains de l'antiquit. Il se
compose (18) d'un arbre vertical cylindrique, avec une face plate (voy.
le plan A) tournant au moyen de deux tourillons.  la base de cet arbre
est fix un chssis triangulaire pos sur deux roues et reli audit
arbre par deux liens ou contre-fiches. Des ressorts en bois vert sont
fortement attachs au pied de l'arbre avec des brides en fer et des
cordes de nerfs. Un treuil fix sur deux montants, entre les
contre-fiches, est mu par des manivelles et roues d'engrenage. Un bout
de corde avec un crochet est fix  l'extrmit suprieure du ressort,
et une autre corde, munie d'un crochet  bascule B, s'enroule sur le
treuil aprs avoir pass dans une poulie de renvoi. Quatre hommes
amnent le ressort. Un dard passe par un trou pratiqu  l'extrmit
suprieure de l'arbre D, et un support mobile  fourchette E,
s'engageant dans les crans d'une crmaillre F, permet d'abaisser ou de
relever le tir, ainsi que le fait voir le profil G. Lorsque le ressort
est tendu, le pointeur fixe le dard, fait mouvoir le chssis infrieur
sur sa plate-forme suivant la direction du tir et, appuyant sur la
cordelle C, fait sauter le crochet: le ressort va frapper le dard  sa
base et l'envoie au loin dans la direction qui lui a t donne. La fig.
19 donne le plan de cet engin.

L'artillerie  feu tait employe que, longtemps encore, on se servit de
ces engins  contre-poids,  percussion, et de ces arbaltes  tour,
tant on se fiait en leur puissance; et mme la premire artillerie  feu
n'essaya pas tout d'abord d'obtenir d'autres effets. Les caables, les
pierrires, les trbuchets, les mangonneaux envoyaient  toute vole de
gros boulets de pierre qui pesaient jusqu' deux et trois cents livres;
ces machines ne pouvaient lancer des projectiles de plein fouet. On les
remplaa par des bombardes avec lesquelles on obtenait les mmes
rsultats; et les engins  feu envoyant des balles de but-en-blanc, ds
le XIVe sicle, n'taient que de petites pices portant des projectiles
de la grosseur d'un biscaen.



_Engins offensifs  feu_.--Du jour o l'on eut reconnu la puissance des
gaz dgags instantanment par la poudre  canon, on eut l'ide
d'utiliser cette force pour envoyer au loin des projectiles pleins, des
boulets de pierre ou des botes de cailloux. On trouva qu'il y avait un
grand avantage  remplacer les normes et dispendieux engins dont nous
venons de donner quelques exemples par des tubes de fer que l'on
transportait plus facilement, qui cotaient moins cher  tablir et que
l'ennemi ne pouvait gure endommager. Nous n'avons vu nulle part que la
noblesse militaire se soit occupe de perfectionner les engins de
guerre, ou de prsider  leur excution. Tous les noms d'engingneurs
sont des noms roturiers. Si Philippe-Auguste, Richard Coeur de Lion et
quelques autres souverains guerriers paraissent avoir attach de
l'importance  la fabrication des engins, ils recouraient toujours  des
matres engingneurs qui paraissent tre sortis du peuple. Ce ddain pour
les combinaisons qui demandaient un travail mathmatique et la
connaissance de plusieurs mtiers, tels que la charpenterie, la
serrurerie, la mcanique, la noblesse l'apporta tout d'abord dans la
premire tude de l'artillerie  feu; elle ne parut pas tenir compte de
cette formidable application de la poudre explosible, et laissa aux gens
de mtier le soin de chercher les premiers lments de l'art du
bombardier.

En 1356, le prince Noir assigea le chteau de Romorantin; il employa,
entre autres armes de jet, des _canons_  lancer des pierres, des
carreaux et des ballottes pleines de feu grgeois. Ces premiers canons
taient longs, minces, fabriqus au moyen de douves de fer, ou fondues
en fer ou en cuivre, renforcs de distance en distance d'anneaux de fer,
et transports  dos de mulet ou sur des chariots. Ces bouches  feu,
qu'on appelait alors _acquraux_, _sarres_ ou _spiroles_, et plus tard
_veuglaires_, se composaient d'un tube ouvert  chaque bout;  l'une des
extrmits s'adaptait une bote contenant la charge de poudre et le
projectile, c'est--dire qu'on chargeait la pice par la culasse;
seulement cette culasse tait compltement indpendante du tube et s'y
adaptait au moyen d'un trier mobile, ainsi que l'indique la fig. 20. En
A, on voit la bote et la pice coupes longitudinalement; en B, la
coupe sur _ab_; en C, la bote runie  la pice au moyen de l'trier
qui s'arrte sur les saillies _dd'_ des anneaux dentels; en D, la mme
bote se prsentant latralement avec l'trier _e_, muni de sa poigne
pour le soulever et enlever la bote lorsque la pice a t tire. Les
points culminants _g_ rservs sur chacun des anneaux dentels servaient
de mire. Nous ne savons trop comment se pointaient ces pices; elles
taient probablement suspendues  des trteaux par les anneaux dont
elles taient munies. Les botes mobiles adaptes  l'un des bouts du
tube laissaient chapper une partie notable des gaz, et devaient souvent
causer des accidents; aussi on renona aux botes adaptes, pour faire
des canons fondus d'une seule pice et se chargeant par la gueule. Il y
a quelques annes, on a trouv dans l'glise de Ruffec (Charente) deux
canons qui paraissent appartenir au XIVe sicle: ce sont des tubes en
fonte de fer, sans botes, ferms  la culasse et suspendus par deux
anneaux.

Nous donnons (21) ces deux pices, qui sont d'une petite dimension; en
A, nous avons trac un fragment de canon qui nous parat appartenir  la
mme poque, et qui a t trouv dans des fouilles  Boulogne-sur-Mer.

En 1380, les Vnitiens se servirent de bouches  feu dans la guerre
contre les Gnois, et ces pices taient appeles _ribaudequins_.

Ces premires pices d'artillerie  feu furent remplaces par les
_bombardes_ et les _canons_.

Ds 1412, l'usage des bombardes et canons faisait disparatre les engins
offensifs pour la dfense des places. Il rsulte, dit Jollois dans son
_Histoire du sige d'Orlans_ (1428), d'un relev fait avec soin par feu
l'abb Dubois, qu'en 1428 et 1429 la ville d'Orlans possdait
soixante-onze bouches  feu, tant canons que bombardes, toutes en
cuivre. Dans le nombre de ces bouches  feu sont compris le canon qui
avait t prt  la ville d'Orlans par la ville de Montargis, un gros
canon qu'on avait nomm Rifflard[382], une bombarde faite, dit le
journal du sige, par un nomm Guillaume Duisy, trs-subtil ouvrier, qui
lanait des boulets de pierre de cent vingt livres pesant, et si norme
qu'il fallt vingt-deux chevaux[383] pour la conduire avec son afft du
port  l'Htel-de-ville. Ces deux canons et cette norme bombarde
taient mis en batterie sur la tour de la croiche de Meuffray, sise
entre le pont et la poterne Chesneau, d'o ils foudroyaient le fort des
Tournelles dont les Anglais s'taient empars. Parmi les bouches  feu
que nous venons d'indiquer, il faut compter un canon[384] qui lanait
des boulets de pierre jusqu' l'le Charlemagne... Ce ne fut que sous le
rgne de Louis XI qu'on substitua des boulets de fer aux boulets de
pierre. Cependant on employait encore ces derniers  la fin du XVe
sicle.

Quoique les noms de _canon_ et de _bombarde_ aient t donns
indiffremment aux bouches  feu qui lanaient des boulets de pierre
cependant la bombarde parat avoir t donne de prfrence  un canon
court et d'un trs-gros diamtre, lanant les projectiles  toute vole;
tandis que le canon, d'un plus faible diamtre, plus long, pouvait
envoyer des boulets de but en blanc.

Ces bombardes sont quelquefois dsignes sous le nom de _basilics_. Au
sige de Constantinople, en 1413, Mahomet II mit en batterie des
bombardes de 200 livres de boulets de pierre. Ces pices avaient t
fondues par un Hongrois. Une de ces bombardes tait mme destine 
envoyer un boulet de 850 livres; deux mille hommes devaient la servir et
dix paires de boeufs la traner; mais elle creva  la premire preuve
et tua un grand nombre de gens. En 1460, Jacques II d'cosse fit fondre
une bombarde monstrueuse, qui creva au premier coup.

Vers cette poque, on renona aux botes _emboutis_, mais on fit des
canons et bombardes avec botes _encastres_, principalement pour les
pices qui n'taient pas d'un trs-gros diamtre; car pour les bombardes
qui portaient 60 livres de balles et plus, on les fabriqua en fonte de
fer ou de cuivre, ou mme en fer forg, en forme de tube, avec un seul
orifice.

Il existe encore quelques bombardes fabriques au moyen de douves de fer
plat, cercles par des colliers de fer comme des barils; peut-tre ces
pices sont-elles les plus anciennes: elles ne se chargeaient pas au
moyen de botes  poudre, mais comme nos bouches  feu modernes, si ce
n'est qu'on introduisait la poudre au moyen d'une cuiller, puis une
bourre, puis le boulet, puis un tampon de foin ou d'toupes,  l'aide
d'un refouloir.

La plus belle bouche  feu que nous connaissions ainsi fabrique se
trouve dans l'arsenal de Ble (Suisse) (22). Elle est en fer forg. La
culasse A est forge d'un seul morceau; l'me se compose d'un douvage de
lames de fer de 0,03 c. d'paisseur sur 0,06 c. de largeur. Ces douves
sont maintenues unies par une suite d'anneaux de fer plus ou moins
pais; en B est un anneau beaucoup plus fort sous lequel est interpos
une bande de cuivre. En C est figure la gueule du canon, dont l'me n'a
pas moins de 0,33 c. de diamtre. La lumire est trs-troite. Dans le
mme arsenal, on voit une autre pice de cuivre de 2m,00 de longueur;
elle date de 1444 et porte un cu aux armes de Bourgogne. Pendant le XVe
sicle, on fabriquait des bouches  feu de dimensions trs-variables,
depuis le fauconneau, qui ne portait qu'une livre de balle, jusqu' la
bombarde, qui envoyait des projectiles en pierre de deux cents livres et
plus[385]. Ces bombardes n'taient gure longues en proportion de leur
diamtre et remplissaient  peu prs l'office de mortiers envoyant le
projectile  toute vole: elles se chargeaient par la gueule. On se
servait aussi de projectiles creux que l'on remplissait de matires
dtonnantes, de feu grgeois, et c'est une erreur de croire que les
bombes sont une invention des dernires annes du XVIe sicle, car
plusieurs traits de la fin du XVe et du commencement du XVIe[386] nous
montrent de vritables bombes faites de deux hmisphres de fer battu
runis par des brides ou des frettes (23).  la fin du XVe sicle, les
bouches  feu se classent par natures, en raison du diamtre des
projectiles; il y a les _basilics_, qui sont les plus grosses; les
_bombardes_, les _ribaudequins_, les _canons_, les _dragons volants_,
_scorpions_, _coulevrines_, _pierriers_, _syrnes_, _passe-murs_,
_passe-avants_, _serpentines_. Sous Charles VII, l'arme royale
possdait dj une nombreuse artillerie, et Charles VIII, en 1494, entra
en Italie faisant traner plus de cent quarante bouches  feu de bronze
montes sur affts  roues, tranes par des attelages de chevaux, et
bien servies[387]. Les Italiens, alors, ne possdaient que des canons de
fer trans par des boeufs, et si mal servis qu' peine pouvaient-ils
tirer un coup en une heure.

Examinons maintenant les canons  botes encastres.

L'ide de charger les canons par la culasse tait la premire qui
s'tait prsente, comme ce sera probablement le dernier
perfectionnement apport dans la fabrication des bouches  feu. On dut
renoncer aux premires botes, qui s'adaptaient mal, laissaient passer
les gaz, envoyaient parfois une grande partie de la charge sur les
servants et se dtraquaient promptement par l'effet du recul. On se
contenta de faire dans la culasse du canon une entaille permettant
l'introduction d'une bote de fer ou de cuivre qui contenait la charge
de poudre maintenue par un tampon de bois. Cette bote tait fixe de
plusieurs manires; elle tait munie d'une anse afin de faciliter sa
pose et son enlvement aprs le tir. La balle tait glisse dans l'me
du canon avant l'introduction de la bote et refoule avec une bourre de
foin ou de gazon aprs cette introduction. Chaque bouche  feu possdait
plusieurs botes qu'on remplissait de poudre d'avance afin de ne pas
retarder le tir[388]. Chaque bote tait perce d'une lumire  laquelle
on adaptait une fuse de tle remplie de poudre que l'artilleur
enflammait au moyen d'une baguette de fer rougie au feu d'un fourneau.
Cette mthode avait quelques avantages: elle vitait l'chauffement de
la pice et les accidents qui en sont la consquence; elle permettait de
prparer les charges  l'avance, car ces botes n'taient que des
gargousses encastres dans la culasse, comme les cartouches des fusils
_Lefaucheux_, sauf que le boulet devait tre introduit avant la bote et
refoul aprs le placement de celle-ci. Elle avait des inconvnients
qu'il est facile de reconnatre: une partie considrable des gaz devait
s'chapper  la jonction de la bote avec l'me, par consquent la force
de propulsion tait perdue en partie: il fallait nettoyer souvent le
fond de l'encastrement et la feuillure pour enlever la crasse qui
s'opposait  la jonction parfaite de la bote avec la pice; le point de
runion s'gueulait aprs un certain nombre de coups, et alors presque
toute la charge s'chappait sans agir sur la balle.

Nous donnons (24) des tracs de ces canons  botes encastres. En A est
une pice  encastrement avec joues; la coupe transversale sur
l'encastrement est indique en B; la bote C, portant son anse D et sa
lumire E, est loge  la place qui lui est destine; deux clavettes G,
passant dans deux trous des joues, serrent la bote contre la paroi
infrieure de l'encastrement. En H, nous donnons la coupe longitudinale
de la bote dispose pour le tir; au moyen de la clavette K, on a
repouss l'orifice de la bote dans la feuillure I pratique  l'entre
de l'me; les deux clavettes horizontales ont t enfonces  coups de
marteau. La bote est pleine de poudre bourre au moyen du tampon de
bois T; la balle est refoule. En M, on voit la bote dcharge avec son
tampon et sa fuse de lumire O. En P, nous avons figur un autre
systme d'encastrement sans joues, dans lequel la bote tait repousse
en feuillure de mme, avec une clavette  la culasse, et tait maintenue
au moyen d'une seule barre longitudinale pivotant sur un boulon N; une
seule clavette R, passant dans deux oeils d'une frette en fer forg,
serrait cette barre longitudinale.

Dans ce dernier cas, la lumire de la bote se prsentait latralement.

Il faut croire que les inconvnients inhrents  ce systme le firent
abandonner assez promptement, car on renona bientt  l'emploi de ces
bouches  feu  botes pour ne plus employer que les tubes de fonte de
cuivre ou de fer avec un seul orifice. D'ailleurs, si on gagnait du
temps en chargeant d'avance plusieurs botes, on devait en perdre
beaucoup  enlever les clavettes et  les renfoncer, sans compter que
les oeils de passage des clavettes devaient se fatiguer promptement,
s'largir et ne plus permettre de serrer convenablement les botes; il
fallait alors changer ces clavettes et en prendre de plus fortes. On
voit encore quelques-unes de ces bouches  feu dans nos arsenaux et au
muse d'artillerie de Paris; quelques-unes sont en fer forg, les plus
grosses sont en fonte de fer.

Les premires bouches  feu furent montes sur des affts sans roue et
mises simplement _en bois_, ou _charpentes_ comme on disait alors,
c'est--dire encastres dans un auget pratiqu dans de grosses pices de
bois et serres avec des boulons, des brides de fer ou mme des cordes.
Le pointage ne s'obtenait qu'en calant cette charpente en avant ou en
arrire au moyen de leviers et de coins en bois (25). On disait
_affter_ une bombarde pour la pointer. Du Clercq, en racontant la mort
de Jacques De Lalain, dit que le mareschal de Bourgoingne, messire
Antoine, bastard de Bourgoingne, messire Jacques de Lallaing, allrent
(au sige du chteau de Poucques) faire affuster une bombarde pour
battre ledit chastel; et comme ils faisoient asseoir la dicte bombarde,
ceulx du chastel tirrent d'un veuglaire aprs les dessus dicts
seigneurs, duquel veuglaire ils frirent messire J. de Lallaing et luy
emportrent le hanepire de la teste... D'_affter_ on fit le mot
_afft_, qui,  dater du XVIe sicle, fut employ pour dsigner les
pices de charpente portant le canon, permettant de le mettre en
batterie et de le pointer.

Les vignettes des manuscrits du milieu du XVe sicle nous donnent un
assez grande varit de ces affts primitifs[389]. Sous Charles VII et
Louis XI, cependant, l'artillerie de campagne faisait de rapides
progrs; on possdait,  cette poque dj, des affts disposs pour le
tir, permettant de pointer les pices assez rapidement; mais on tait
encore loin d'avoir imagin l'avant-train mobile, et, lorsqu'on
transportait des bouches  feu, il fallait les monter sur des chariots
spciaux indpendants des affts. Pendant une bataille, on ne pouvait
faire manoeuvrer l'artillerie, sauf quelques petits canons, comme on le
fait depuis deux cent cinquante ans. Les artilleurs se dfiaient
tellement de leurs engins (et certes c'tait  bon escient), qu'ils
cherchaient  se garantir contre les accidents trs-frquents qui
survenaient pendant le tir. Non contents d'encastrer les bouches  feu
dans de grosses charpentes et de les y relier solidement pour les
empcher de crever ou pour rendre au moins l'effet de la rupture de la
pice moins dangereux, ils fixrent souvent leurs gros canons, leurs
bombardes, dans des caisses composes d'pais madriers solidement
relis. Ces caisses formaient autour de la pice une garde qui, en cas
d'accident, prservait les servants. Au moment du tir, chacun se
baissait, et l'artilleur charg de mettre le feu  l'aide d'une longue
broche de fer rougie  l'une de ses extrmits se plaait  ct de
l'encaissement.

Voici (26) un de ces affts-caisses. La bouche  feu tait incline afin
d'envoyer le projectile  toute vole; sa gueule tant encastre dans le
bord antrieur de la caisse et sa culasse posant sur le fond. En A, on
voit la coupe transversale de la pice dans son encaissement et la
disposition des cordes qui la maintiennent fixe. Le recul de la pice
tait vit au moyen des piquets B enfoncs en terre. En C est plac le
fourneau propre  chauffer les lances  bouter le feu. La charge de
poudre tait introduite au moyen de grandes cuillers en fer battu. On
conoit qu'un pareil engin devait tre peu maniable et qu'on ne pouvait
que l'_affter_ une fois, c'est--dire le mettre en position de manire
 envoyer les projectiles sur un mme point: aussi ces pices
n'taient-elles employes que dans les siges et ne s'en servait-on pas
en campagne. Si les artilleurs prtendaient se garder des clats d'une
bouche  feu dfectueuse, ils pensaient aussi  se mettre  l'abri des
projectiles ennemis.  cet effet, d'pais mantelets en bois taient
dresss devant les pices d'artillerie. Ces mantelets roulaient sur un
axe horizontal, taient relevs au moment du tir, et retombaient
verticalement par leur propre poids lorsque la pice tait dcharge, de
manire  la masquer compltement ainsi que les servants occups  la
recharger (27)[390]. On fabriquait aussi alors des affts triangulaires,
plus maniables que les prcdents et permettant de pointer dans
l'tendue d'un certain arc de cercle. Ces affts-caisses triangulaires
taient fixs au sommet du triangle au moyen d'un pivot et se
manoeuvraient  l'aide de deux roulettes engages aux extrmits des
branches latrales. Mais on allait renoncer  ces bombardes d'un norme
diamtre propres seulement  lancer des boulets de pierre: on adoptait
les boulets de fer, on brlait une quantit de poudre moins
considrable, et les bouches  feu n'atteignaient plus ces proportions
colossales qui en rendaient le transport difficile.

 la fin du XVe sicle et au commencement du XVIe, on fondit des canons
de bronze d'une dimension et d'une beaut remarquables. Il existe, dans
l'arsenal de Ble, un de ces grands canons de 4m,50 c. de longueur,
couvert d'ornements et termin par une tte de dragon; il fut fondu 
Strasbourg en 1514.

Fleurange, dans ses Mmoires, chap. VII, dit qu'en 1509 les Vnitiens, 
la bataille d'Aignadel, perdue contre les Franais, possdaient
soixante grosses pices, entre lesquelles il y en avoit une manire
plus longue que longues couleuvrines, lesquelles se nomment basilics, et
tirent boulets de canon; et avoit dessus toutes un lion, ou avoit crit,
 l'entour du dit lion, _Marco_.

Vers cette poque, on se servait dj de mortiers propres  lancer de
gros boulets de pierre ou des _bedaines_ remplies de matires
inflammables. Un tableau peint par Feselen (Melchior), mort en 1538, et
faisant partie aujourd'hui de la collection dpose dans la Pinacothque
de Munich (n 30), reprsentant le sige d'Alesia par Jules-Csar, nous
montre un gros mortier mont sur afft dans lequel un artilleur dpose
un projectile sphrique (28). Les deux roues ont t enleves et gisent
 terre des deux cts de l'afft. Le mortier parat ainsi reposer sur
le sol, et on lui donnait l'angle convenable  l'aide de leviers et de
coins glisss sous la culasse. On se servait aussi,  la fin du XVe
sicle et ds le temps de Louis XI, de projectiles de fer rougis au feu.
Georges Chastelain[391] dit qu'au sige d'Audenarde les Gantois
battirent de leurs bombardes, canons et veuglaires, ladite ville, et
entre les autres, firent tirer de plusieurs gros boulets de fer ardent
du gros d'une tasse d'argent, pour cuider ardoir la ville.

Mais revenons aux affts. Afin de rendre le pointage des pices possible
soit verticalement, soit horizontalement, on adapta d'abord deux roues 
la partie antrieure de l'afft, et on divisa celui-ci en deux pices
superposes, celle du dessus pouvant dcrire un certain arc de cercle
(29). Le canon tait encastr et maintenu dans des pices de bois
assembles jointives, pivotant sur un boulon horizontal C pos sous la
bouche. La queue trs-allonge de ces pices de bois faisait levier,
tait souleve et arrte plus ou moins haut  l'aide de broches de fer
passes dans la double crmaillre B. Ainsi la queue pouvait tre leve
jusqu'en A'. La partie infrieure fixe de l'afft reposait  terre et
tait arme de deux pointes de fer D destines  prvenir les effets du
recul. En E est reprsent le bout infrieur de l'afft avec ses deux
pointes et les deux membrures superposes. Toutefois, les membrures
suprieures recevant la bouche  feu, si longue que ft la queue, il
n'en fallait pas moins beaucoup d'efforts pour soulever cette masse, ce
qui rendait le pointage fort lent. D'ailleurs, pour faire glisser
jusqu' la charge de poudre les normes boulets de pierre qu'on
introduisait alors dans les bombardes, il tait ncessaire de donner une
inclinaison  la pice, de la gueule  la culasse; il fallait, aprs
chaque coup, redescendre la membrure suprieure de l'afft sur celle
infrieure, charger la pice, puis pointer de nouveau en relevant la
queue de la membrure au point voulu. On chercha donc  rendre cette
manoeuvre plus facile. Au lieu de faire mouvoir toute la membrure
suprieure sur un axe plac sous la gueule de la pice, ce fut la partie
infrieure de l'afft qu'on rendit mobile, et au lieu de placer le
boulon en tte, on le plaa au droit de la culasse (30): l'effort pour
soulever la pice tait ainsi de beaucoup diminu, parce que le poids de
celle-ci se trouvait toujours report sur l'essieu, et que plus on
soulevait la queue de l'afft, moins le poids du canon agissait sur la
membrure. Ces divers systmes furent abandonns vers 1530; alors, outre
les deux roues, on en ajouta une troisime  la queue; c'est ce qui fut
cause qu'on spara celle-ci en deux forts madriers de champ (_les
flasques_) entre lesquels on monta cette troisime roue. On pointa la
pice, non plus en relevant l'afft, mais en agissant  l'aide de coins
ou de vis sous la culasse du canon, maintenu sur l'afft au moyen de
tourillons; car on observera que, jusque vers le milieu du XVIe sicle,
les bouches  feu taient prives de tourillons et d'anses, qu'elles
n'taient maintenues dans l'encastrement longitudinal de l'afft que par
des brides en fer ou mme des cordes.

 la fin du XVIe sicle, les pices d'artillerie de bronze taient
divises en _lgitimes_ et _btardes_: les lgitimes prsentaient les
varits suivantes: le _dragon_, ou double coulevrine, envoyant 40
livres de balle de fer et portant  1364 pas de deux pieds et demi de
but en blanc; la _coulevrine lgitime_, dite ordinaire, envoyant 20
livres de balle de fer et portant  1200 pas, id.; la _demi-coulevrine_,
envoyant 10 l. de balle de fer et portant  900 pas, id.; le _sacre_ ou
quart de coulevrine, envoyant 5 l. de balle de fer et portant  700 pas,
id.; le _fauconneau_, ou huitime de coulevrine, envoyant 2 l. 1/2 de
balle de fer et portant  568 pas, id.; le _ribaudequin_, envoyant 1 l.
4 onces de balle de fer et portant  411 pas, id.; l'_merillon_,
envoyant 15 onces de plomb et portant  315 pas, id. Les pices btardes
comprenaient: le _dragon volant_, ou double coulevrine extraordinaire,
envoyant 32 l. de balle de fer et portant  1276 pas de 2 pieds et demi
de but en blanc; le _passe-mur_, envoyant 16 l. de balle et portant 
1120 pas, id.; le _passe-volant_, envoyant 8 l. de balle et portant 
840 pas, id.; le _sacre extraordinaire_, envoyant 4 l. de balle et
portant  633 pas, id.; le _fauconneau extraordinaire_, envoyant 2 l. de
balle et portant  498 pas, id.; le _ribaudequin_ ou _passager_,
envoyant 1 l. de balle et portant  384 pas, id.; l'_merillon_,
envoyant 1/2 l. de balle et portant  294 pas, id. Il y avait encore les
canons, qui comprenaient: le _canon commun_, dit _sifflant_ ou
_batte-mur_, envoyant 48 l. de balle et portant  1600 pas de 2 pieds et
demi de but en blanc; le _demi-canon_, envoyant 16 l. de balle et
portant  850 pas, id.; le _quart de canon_, dit _perscuteur_, envoyant
12 l. de balle et portant  750 pas, id.; le _huitime de canon_,
envoyant 6 l. de balle et portant  640 pas, id. Il y avait aussi
quelques canons btards appels _rebuffs_, _crpans_, _verrats_, les
crpans tant des demi-canons et les verrats des quarts de canon, mais
un peu plus longs que les canons ordinaires.

Nous ne croyons pas ncessaire de parler ici des singulires inventions
auxquelles recouraient les artilleurs  la fin du XVe sicle et au
commencement du XVIe, inventions qui n'ont pu que causer de fcheux
accidents et faire des victimes parmi ceux qui les mettaient 
excution; tels sont les canons couds, les canons rayonnants avec une
seule charge au centre, les jeux d'orgues en quinconce, etc.



_Engins offensifs et dfensifs_.--Nous rangeons tout d'abord dans cette
srie d'engins les _bliers_ couverts, _moutons_, _bossons_, qui taient
en usage chez les Grecs, les Romains de l'antiquit, ainsi que chez les
Byzantins, et qui ne cessrent d'tre employs qu'au commencement du
XVIe sicle, car on se servait encore des bliers pendant le XVe sicle;
les _chats_, _vignes_ et _beffrois_. Le blier ou le mouton consistait
en une longue poutre arme d'une tte de fer  son extrmit antrieure,
suspendue en quilibre horizontalement  des cbles ou des chanes, et
mue par des hommes au moyen de cordes fixes  sa queue. En imprimant un
mouvement de va-et-vient  cette pice de bois, on frappait les
parements des murs, que l'on parvenait ainsi  disloquer et  faire
crouler. Les hommes taient abrits sous un toit recouvert de peaux
fraches, de fumier ou de gazon, tant pour amortir le choc des
projectiles que pour viter l'effet des matires enflammes lances par
les assigs. L'engin tout entier tait pos sur des rouleaux ou des
roues, afin de l'approcher des murs au moyen de cabestans ou de leviers.
Les assigs cherchaient  briser le blier au moyen de poutres qu'on
laissait tomber sur sa tte au moment o il frappait la muraille; ou
bien ils saisissaient cette tte  l'aide d'une double mchoire en fer
qu'on appelait _loup_ ou _louve_[392]. Le blier s'attaquait aux portes
et les avait bientt brises. Au sige de Chteauroux, Philippe-Auguste,
aprs avoir investi la ville, attache les mineurs au pied des remparts,
dtruit les merlons au moyen de pierrires, dresse un blier devant la
porte toute double de fer, fait avancer des tours mobiles en face des
dfenses de l'ennemi, couvre les parapets d'une pluie de carreaux, de
flches et de balles de fronde[393]. L'effet du blier tait dsastreux
pour les remparts non terrasss; on ouvrait des brches assez
promptement, au moyen de cet engin puissant, dans des murs pais, si les
assigs ne parvenaient pas  neutraliser son action rpte; aussi les
assigeants mettaient-ils tout leur soin  bien protger cette poutre
mobile ainsi que les hommes qui la mettaient en mouvement. Pour offrir
le moins de prise possible aux projectiles des assigs, on donnait  la
couverture du blier beaucoup d'inclinaison; on en faisait une sorte de
grand toit aigu  deux pentes, avec une croupe vers l'extrmit
postrieure, le tout recouvert de trs-forts madriers renforcs de
bandes de fer et revtu, comme il est dit ci-dessus, de peaux de cheval
ou de boeuf fraches, enduites de terre grasse ptrie avec du gazon ou
du fumier.

La fig. 31 montre la charpente de cet engin dpouille de ses madriers
et de ses pannes. Le blier A, poutre de 10m,00 de long au moins, tait
suspendu  deux chanes parallles B attaches au sous-fate, de manire
 obtenir un quilibre parfait. Pour mettre en mouvement cette poutre et
obtenir un choc puissant, des cordelles taient attaches au tiers
environ de sa longueur en C; elles permettaient  huit, dix ou douze
hommes, de se placer  droite et  gauche de l'engin; ces hommes,
trs-rgulirement poss, manoeuvraient ainsi: un pied D restait  la
mme place, le pied droit pour les hommes de la droite, le pied gauche
pour ceux de la gauche. Le premier mouvement tait celui figur en E; il
consistait, la poutre tant dans sa position normale AH,  la tirer en
arrire; aprs quelques efforts mesurs, la poutre arrivait au niveau
A'H'. Alors le second mouvement des servants tait celui F. La poutre
parcourait alors tout l'espace. Le troisime mouvement est indiqu en G.
La tte H du blier rencontrant la muraille comme obstacle, les servants
continuaient la manoeuvre avec les deux premiers mouvements, celui E et
celui F. On comprend qu'une course KL faite par une poutre de 10m,00 de
long devait produire un terrible effet  la base d'une muraille. La tte
de la poutre tait arme d'une masse de fer ayant  peu prs la forme
d'une tte de mouton (voy. le dtail P).

Les _chats_ et _vignes_[394] n'taient autre chose que des galeries de
bois recouvertes de cuirs frais, que l'on faisait avancer sur des
rouleaux jusqu'aux pieds des murailles, et qui permettaient aux mineurs
de saper les maonneries  leur base. Nous avons reprsent un de ces
engins dans l'article ARCHITECTURE MILITAIRE, fig. 15. Ces chats
servaient aussi  protger les travailleurs qui comblaient les fosss.
Souvent les beffrois ou tours mobiles en bois que l'on dressait devant
les remparts assigs tenaient lieu de chats  leur partie infrieure;
aussi, dans ce cas, les nommait-on _chas-chastels_. Cet engin monstrueux
tait employ par les Romains, et Csar en parle dans ses
_Commentaires_. On ne manqua pas d'en faire un usage frquent pendant
les siges du moyen ge. Suger raconte, dans son _Histoire de la vie de
Louis le Gros_, que ce prince, assigeant le chteau de Gournay, aprs
un assaut infructueux, fit fabriquer une tour  trois tages, machine
d'une prodigieuse hauteur, et qui, dpassant les dfenses du chteau,
empchait les frondeurs et les archers de se prsenter aux crneaux... 
l'engin colossal tait fix un pont de bois qui, s'levant au-dessus des
parapets de la place, pouvait, lorsqu'on l'abaissait, faciliter aux
assigeants la prise des chemins de ronde. Dans le pome, du XIIe
sicle, d'_Ogier l'Ardenois_, Charles, assigeant le chteau dans lequel
Ogier est enferm, mande l'engigneor Malrin, qui ne met que quinze jours
 prendre la place la plus forte. Cet engigneor occupe trois cent
quatre-vingts charpentiers  ouvrer un beffroi d'assaut:

       Devant la porte lor drecha un engin[395]
       Sor une estace l'a lev et basti,
        sept estages fu li engins furnis,
       Amont as brances qi descendent as puis,
       Fu ben clois et covers et porpris,
       Par les estages montent chevalier mil,
       Arbalestrier cent soixante et dix.
       ...
       Et l'engigneres qi ot l'engin basti,
       Il vest l'auberc, lace l'elme bruni,
       El maistre estage s'en va amont sir.

L'auteur, en sa qualit de pote, peut tre souponn de quelque
exagration en faisant entrer 1170 hommes dans son beffroi; mais il ne
prtend pas qu'il ft mobile. Plus loin, cependant, il dit:

       De l'ost a fait venir les carpentiers[396],
       Un grant castel de fust fist comenchier
       Sus quatre roes lever et batiller,
       Et el mars fist les cloies lancier,
       Que ben i passent serjant et chevalier.
       ...

On lit aussi, dans le _Roman de Brut_, ce passage:

       Le berfroi fist al mur joster (approcher)
       Et les prires fist jeter[397].

Et dans le continuateur de Ville-Hardouin: Dont fist Hues d'Aires (au
sige de Thbes) faire un chat, si le fist bien curyer (couvrir de
cuirs) et acemmer; et quant il fu tou fais, si le fisent mener par desus
le foss...

Les exemples abondent. Ces beffrois, _castels-de-fust_,
_chas-chastiaux_, taient souvent faonns avec des bois verts, coups
dans les forts voisines des lieux assigs[398], ce qui rendait leur
destruction par le feu beaucoup plus difficile. Ils taient
ordinairement poss sur quatre roues et mus au moyen de cabestans monts
dans l'intrieur mme de l'engin,  rez-de-chausse. Au moyen d'ancres
ou de piquets et de cbles, on faisait avancer ces lourdes machines
exactement comme on fait porter un navire sur ses ancres. Le terrain
tait aplani et garni de madriers jusqu'au bord du foss. Celui-ci tait
combl, en mnageant une pente lgre de la contrescarpe au pied de la
muraille. Le remblai du foss couvert galement de madriers, lorsque le
beffroi tait amen  la crte de la contrescarpe, on le laissait rouler
par son propre poids, en le maintenant avec des haubans, jusqu'au
rempart attaqu. Le talent de l'engingneur consistait  bien calculer la
hauteur de la muraille, afin de pouvoir, au moment opportun, abattre le
pont sur le crnelage. Une figure nous est ici ncessaire pour nous
faire comprendre. Soit (32) une muraille A qu'il s'agit de forcer. Avant
tout, au moyen des projectiles lancs par les trbuchets et mangonneaux,
les assigeants ont dtruit ou rendu impraticables les hourds B, ils ont
combl le foss D et ont couvert le remblai d'un bon plancher inclin.
Le beffroi, amen au point C, engag sur ce plancher, roule de lui-mme;
les perons E, dont la longueur est calcule, viennent butter contre le
pied de la muraille; leurs contre-fiches G, couvertes de forts madriers,
forment un _chat_ propre  garantir les pionniers et mineurs, s'il est
besoin. Alors le pont H est abattu brusquement; il tombe sur la crte
des merlons, brise les couvertures des hourds, et les troupes d'assaut
se prcipitent sur le chemin de ronde K. Pendant ce temps, des archers
et des arbaltriers, posts en I au dernier tage, couvrent ces chemins
de ronde, qu'ils dominent, de projectiles, pour dconcerter les
dfenseurs qui de droite et de gauche s'opposeraient au torrent des
troupes assaillantes. Outre les escaliers intrieurs, au moment de
l'assaut de nombreuses chelles taient poses contre la paroi
postrieure L du beffroi, laisse  peu prs ouverte. Nous avons
supprim, dans cette figure, les madriers et peaux fraches qui
couvraient la charpente, afin de laisser voir celle-ci; mais nous avons
donn, dans l'article ARCHITECTURE MILITAIRE, fig. 16, un de ces
beffrois garni au moment d'un assaut. Vers le milieu du XVe sicle, on
plaa de petites pices d'artillerie au sommet de ces beffrois et sur le
plancher infrieur pour battre le pied des murs et couvrir les chemins
de ronde de mitraille[399].

Parmi les engins propres  donner l'assaut, il ne faut pas ngliger les
chelles qui taient frquemment employes et disposes souvent d'une
faon ingnieuse. Galbert, dans sa _Vie de Charles le Bon_, parle d'une
certaine chelle faite pour escalader les murs du chteau de Bruges,
laquelle tait trs-large, protge par de hautes palissades  sa base
et munie  son sommet d'une seconde chelle plus troite devant
s'abattre en dedans des murs. Les palis garantissaient les assaillants
qui se prparaient  monter  l'assaut; l'chelle se dressait  l'aide
d'un mcanisme, et, une fois dresse, la seconde s'abattait.

On lit, dans le roman d'_Ogier l'Ardenois_, ces vers:

       Vs grans alnois (aulnes) en ces mars plants;
       Faites-les tost et trancher et coper,
       Caisnes et saus (chnes et saules) ens el foss jeter,
       Et la ramille (branchage) e quanc'on puet trover,
       Tant que pussons dessi as murs aler;
       Et puis fers eskeles carpenter,
       Sus grans roeles dessi as murs mener;
       En dix parties et drechier et lever[400].
       ...
       Dix grans eskeles fist li rois carpenter,
       Sus les fosseis et conduire et mener,
       Puis les ont fait contre les murs lever:
       De front i poent vingt chevaliers monter[401].

L'chelle, munie d'tais mobiles, parat avoir t, de toutes celles
employes dans les assauts, la plus ingnieuse. La fig. 33 en donne le
profil en A. Tout le systme tait pos sur un chssis  roues que l'on
amenait prs du pied de la muraille  escalader; il se composait de deux
branches d'chelle BC, munies de roulettes B  la base, runies par un
boulon; ces roulettes, faites comme des poulies, ainsi que l'indique le
dtail O, s'engageaient sur les longrines DE du chssis;  deux boucles
en fer P, maintenues  l'extrmit du boulon, s'attachaient deux
cordages qui passaient dans les poulies de renvoi F et venaient
s'enrouler sur le treuil G. En appuyant sur ce treuil au moyen des deux
manivelles, on amenait les pieds B de l'chelle en B'. Alors les deux
tais  pivot HI se relevaient en HI'; c'est--dire que le triangle BHI
devenait le triangle B'HI', sa base tant raccourcie, et le sommet de
l'chelle C, qui reposait sur une traverse K, s'levait en C'. On tirait
alors sur le fil L et on abattait le double crochet en fer, roulant au
sommet de l'chelle, sur les merlons du rempart  escalader, de faon 
fixer l'engin (voy. le dtail R). Les hommes qui taient chargs
d'appuyer sur le treuil G s'avanaient  mesure que le pied de l'chelle
se rapprochait du point B'. Ces sortes d'chelles taient assez larges
pour que trois hommes pussent monter de front  l'assaut. Solidement
amarres  leur pied, maintenues vers le milieu par les deux tais 
pivot, accroches  leur sommet aux parapets, il fallait des moyens
puissants pour dranger ces chelles. D'ailleurs, pendant cette
manoeuvre et pendant l'assaut, les assigeants couvraient les remparts
d'une nue de projectiles, et on avait le soin d'entourer l'engin de
grands mantelets de claies. On se servait aussi d'chelles qui se
montaient par pices, qui s'emboutissaient et pouvaient ainsi tre
apportes facilement au pied des remparts pour tre dresses en peu de
temps. Les ouvrages des XVe et XVIe sicles sur l'art militaire sont
remplis de modles d'engins de guerre et notamment de diverses
inventions d'chelles qu'il serait impossible de mettre en pratique;
aussi n'en parlerons-nous pas ici, d'autant que dans les siges o les
chelades sont employes, comme sous Charles V, par exemple, et pendant
la guerre de l'indpendance, les armes assigeantes ne paraissent
s'tre servies que d'chelles ordinaires pour escalader les remparts. La
question, alors comme aujourd'hui, tait d'apporter un assez grand
nombre d'chelles, et assez promptement pour dconcerter les dfenseurs
et leur ter la possibilit de les renverser toutes  la fois.



_Engins dfensifs_.--Les seuls engins dfensifs employs pendant le
moyen ge sont les mantelets. Les Romains s'en servaient toujours dans
les siges et les formaient de claies poses en demi-cercle et montes
sur trois roues (34), ou encore de panneaux assembls  angle droit,
galement monts sur trois roues (35). Pendant le moyen ge, on conserva
ces usages, qui s'taient perptus dans les armes. Les archers et
arbaltriers qui taient chargs de tirer sans cesse contre les crneaux
d'un rempart attaqu pendant le travail des mineurs ou la manoeuvre des
engingneurs occups  faire avancer les beffrois, les chats et les
chelles, se couvraient de mantelets lgers tels que ceux reprsents
dans les fig. 36 et 37. Ces tirailleurs devaient sans cesse changer de
place, pour viter les projectiles des assigs; il tait ncessaire que
les mantelets leur servant d'abri fussent facilement transportables.
Nous donnons, dans l'article SIGE, les dispositions d'ensemble de ces
moyens d'attaque et de dfense. Avant nous, un auteur illustre[402]
avait reconnu la valeur de ces engins de guerre du moyen ge et combien
peu jusqu'alors ils avaient t tudis et apprcis; nous devons  la
vrit de dire que ces premiers travaux nous ont mis sur la voie des
quelques aperus nouveaux prsents dans cet article. Mais l'art de la
guerre au moyen ge mriterait un livre spcial; nous serions heureux de
voir ce ct si peu connu de l'archologie mis en lumire par un auteur
comptent en ces matires.

[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 14.]
[Illustration: Fig. 15.]
[Illustration: Fig. 16.]
[Illustration: Fig. 17.]
[Illustration: Fig. 18.]
[Illustration: Fig. 19.]
[Illustration: Fig. 20.]
[Illustration: Fig. 21.]
[Illustration: Fig. 22.]
[Illustration: Fig. 23.]
[Illustration: Fig. 24.]
[Illustration: Fig. 25.]
[Illustration: Fig. 26.]
[Illustration: Fig. 27.]
[Illustration: Fig. 28.]
[Illustration: Fig. 29.]
[Illustration: Fig. 30.]
[Illustration: Fig. 31.]
[Illustration: Fig. 32.]
[Illustration: Fig. 33.]
[Illustration: Fig. 34.]
[Illustration: Fig. 35.]
[Illustration: Fig. 36.]
[Illustration: Fig. 37.]

     [Note 364: L. X, cap. XV et XVI.]

     [Note 365: Pl. LXIV.]

     [Note 366: _De re militari_, l. IV, cap. XXII.]

     [Note 367: L. XXIII, cap. IV.]

     [Note 368: Voy. _Cabulus, Balista_. Ducange, _Gloss_.]

     [Note 369: Guillaume de Tyr, liv. VI, chap. XV.]

     [Note 370: L. VII.]

     [Note 371: On sait que les menuisiers tendent les lames de
     scie au moyen de cordes ainsi tordues et brides par un petit
     morceau de bois qui fait absolument l'effet de la verge de
     notre engin.]

     [Note 372: Voy. l'_Album_ de Villard de Honnecourt, pub. par
     MM. Lassus et Alfred Darcel (Paris, Delion, dit. 1858), et
     l'dition anglaise pub. par M. Willis (Oxford, Parker).]

     [Note 373: Si vous voulez faonner le fort engin qu'on
     appelle trbuchet, faites ici attention. En voici les
     sablires comme elles reposent  terre. Voici devant les deux
     treuils et la corde double avec laquelle on ravale la verge.
     Voir le pouvez en cette autre page. Il y a grand faix 
     ravaler, car ce contre-poids est trs-pesant; car il se
     compose d'une huche pleine de terre qui a deux grandes toises
     de long, sur neuf pieds de large et douze pieds de
     profondeur. Et au dcocher de la flche (de la cheville),
     pensez! et vous en donnez garde, car elle doit tre maintenue
      cette traverse du devant.]

     [Note 374: MM. Lassus et Darcel ont traduit _windas_ par
     _ressort_; _windas_ ou _guindas_ est employ, en vieux
     franais picard, comme cabestan et comme treuil, comme
     cylindre autour duquel s'enroule une corde. Perrault, dans sa
     traduction du chapitre: _De balistarum rationibus_ (Vitruve,
     L. X, cap. XVI), se sert du mot _vindas_ dans le sens de
     treuil et non de cabestan; aujourd'hui on dit encore une
     _guinde_, en langage de machiniste de thtre, pour dsigner
     une cordelle s'enroulant sur un cylindre horizontal ou
     treuil; d'o _guinder_, qui veut dire, en style de
     machiniste, appuyer sur le treuil, c'est--dire le faire
     tourner de manire  enrouler la corde soutenant un fardeau.
     Diego Veano, dans la _Vraie instruction de l'artillerie_
     (Francfort, 1615, p. 122, fig. 24), donne un cric qu'il nomme
     _martinet_ en franais, _winde_ en flamand; puis une chvre 
     soulever les pices, qu'il appelle _guindal_. _Windas_
     n'tait donc pas, comme le croit M. Willis, un cabestan,
     d'aprs l'autorit de La Hire et de Flibien, autorits trop
     rcentes pour tre de quelque poids en ces matires. M.
     Willis, dans l'dition anglaise de Villard de Honnecourt
     relve avec raison l'erreur commise par les commentateurs
     franais; mais il en conclut,  tort suivant nous, que les
     _windas_ sont de petits cabestans fixs sur les deux branches
     antrieures du plan de Villard, branches qui sont videmment
     des ressorts que M. Willis gratifie, dans la gravure jointe 
     son commentaire, d'assemblages omis par Villard; au
     contraire, notre auteur a le soin de faire voir que les deux
     branches doubles sont chacune d'un seul morceau, qu'elles
     sont faites au moyen de fourches naturelles. D'ailleurs les
     deux treuils horizontaux, _windas_, mentionns et tracs par
     Villard, rendent la fonction des cabestans inutile, et une
     corde s'enroulant autour d'un cabestan ne saurait
     pralablement faire le tour d'un treuil horizontal, car alors
     le cabestan ne pourrait fonctionner  cause de la rsistance
     de frottement qu'offrirait le cble enroul sur le treuil. M.
     Willis aurait d supposer des poulies et non des treuils;
     mais le dessin de Villard n'indique des poulies qu'
     l'extrmit des ressorts. Les commentateurs franais de
     Villard de Honnecourt ont donc, nous semble-t-il, compris la
     fonction des deux ressorts indpendante de celle des deux
     treuils horizontaux; ces ressorts taient fort utiles pour
     forcer la verge  quitter la ligne verticale, au moment o
     les tendeurs commenaient  abattre son sommet; car,
     contrairement  ce que dit M. Willis, l'effort le plus grand
     devait avoir lieu lorsque la corde de tirage faisait un angle
     aigu avec la verge: c'tait alors que l'aide des ressorts
     tait vraiment utile. Du reste, nos figures expliquent
     l'action du mcanisme. Quant  l'arrt ou la fiche verticale
     que M. Willis croit tre le moyen propre  arrter la verge
     lorsqu'elle est abattue, nous dirons d'abord que Villard
     indique cette fiche sur plan horizontal, puis que cette fiche
     est trop loin du plan d'abattage de la verge pour pouvoir la
     maintenir. Ce moyen n'aurait rien de pratique; cette fiche
     serait arrache; comment serait-elle maintenue  la sablire?
     comment ne serait-elle pas attire en dehors de la verticale
     par l'effort de la verge? Cette barre indique dans le plan
     de Villard nous semble un des leviers du premier treuil, muni
     peut-tre d'un anneau  son extrmit pour passer une corde,
     de manire  faciliter l'abattage.]

     [Note 375: MM. Lassus et Darcel supposent qu'il est ici
     question d'une flche propre  tre lance; le trbuchet ne
     lance pas de flches, mais bien des pierres, c'est--dire des
     projectiles  toute vole. M. Mrime a relev cette erreur
     et prtend que la _fleke_ doit tre prise pour la verge de
     l'engin. L'opinion de M. Willis nous parat prfrable: il
     prtend que la flche doit s'entendre ici comme verrou ferm,
     _shot_; que le mot _fleke_ se rapporte  la cheville qui
     maintient la corde de tirage  l'extrmit de la verge,
     cheville que le matre de l'engin fait sauter d'un coup de
     maillet. C'est le mot anglais _click_ qui correspond au mot
     franais _dclic_. Si le mot _fleke_ s'entendait pour un
     projectile, le texte de Villard n'aurait pas de sens, tandis
     que notre auteur a parfaitement raison de recommander aux
     servants de l'engin de prendre garde  eux au _descocier_ de
     la _fleke_, c'est--dire de la cheville qui arrte la verge 
     _l'estanon_ antrieur; car s'ils ne s'loignaient pas, ils
     pourraient tre tus d'un revers de la fronde au moment o la
     verge dcrit son arc de cercle (voy. les fig. 9, 10 et 12).
     Nous n'avons pas la prtention d'avoir compltement
     interprt le trbuchet de Villard, mais nous nous sommes
     efforc de rendre son jeu possible; gnralement, lorsqu'il
     s'agit de figurer ces anciens engins de guerre, on n'apporte
     pas dans les dtails le scrupule du praticien oblig de
     mettre  excution le programme donn. De tous ces engins
     figurs, nous n'en connaissons aucun qui puisse fonctionner;
     nous avons pens qu'il tait bon une fois de les tracer comme
     s'il nous fallait les faire excuter devant nous et nous en
     servir.]

     [Note 376: On peut encore constater l'importance de la
     construction de ces engins en consultant les anciens comptes
     et inventaires de forteresses. Quand, en 1428, on dtruisit
     l'engin tabli sur la tour de Saint-Paul  Orlans, pour le
     remplacer par une bombarde, la charpente de cette machine de
     guerre, qui tait ou un trbuchet ou un mangonneau, remplit
     vingt-six voitures qui furent conduites  la chambre de la
     ville. (Jollois, _Histoire du sige d'Orlans_, ch. I. Paris,
     1833.)]

     [Note 377: Bas-relief que l'on suppose reprsenter la mort de
     Simon de Montfort, et qui est dpos dans la chapelle
     Saint-Laurent de l'glise Saint-Nazaire de la cit de
     Carcassonne.]

     [Note 378: _Librilla dicitur instrumentum librandi, id est,
     projiciendi lapides in castra, Mangonus_ (voy. Ducange,
     Gloss. _Mangonus_),

       En ront mangoniaus et perieres,
       Qui souvent tendent et destendent
       En destachant grant escrois rendent,
       Pierres qui par l'air se remue.
       (GUILL. GUIART.)]

     [Note 379: Dans ce profil, nous supposons l'une des faces du
     chevalet enleve pour laisser voir l'emmanchement du
     tourillon avec la verge.]

     [Note 380: Voy. le _Prcis historique de l'Influence des
     armes  feu sur l'art de la guerre_, par le prince
     Louis-Napolon Bonaparte, prsident de la Rpublique.
     L'illustre auteur constate l'importance des grandes machines
     de jet du moyen ge et en reconnat la valeur.]

     [Note 381: Trois foiz nous getrent le feu gregois, celi
     soir, et le nous lancrent quatre foiz  l'arbalestre 
     tour. Joinville, _Hist. de saint Louis_. Les frres le roi
     gaitoient les chas-chastiaus en haut (c'est--dire qu'ils
     taient de service au sommet des beffrois) pour traire aus
     Sarrazins des arbalestres de quarriaus qui aloient parmi
     l'ost aus Sarrazins.]

     [Note 382: Voy. le journal du sige, p. 21. Il tait d'usage
     de donner des noms aux engins pendant le moyen ge, comme de
     nos jours on donne des noms aux canonnires de la marine.
     Jusqu'au XVIe sicle, les bouches  feu avaient chacune leur
     nom; peut-tre avaient-elles des parrains comme les cloches.]

     [Note 383: Ce fait est le rsultat de la dpense consigne
     dans les comptes de forteresses pour payement de ce
     transport.]

     [Note 384: On voit, dans les comptes de forteresses de la
     ville d'Orlans, qu'un habile ouvrier, nomm
     Naudin-Bouchart, fondit, pendant le sige, un canon trs-beau
     et trs-long pour jeter des boulets, de dessus le pont, dans
     l'le de Charlemagne, aux Anglais qui traversaient la Loire
     pour passer de cette le au champ de Saint-Pryv o ils
     avaient une bastille. Du vieux pont au milieu de l'le
     Charlemagne il y avait quinze cents mtres; les bombardes et
     canons ne pouvaient alors porter  une aussi grande distance;
     le canon de Naudin-Bouchart fut une innovation.]

     [Note 385: Il existe encore dans beaucoup de villes
     anciennes, et notamment  Amiens, des boulets de pierre,
     _bedaines_, qui ont jusqu' 0,60 c. de diamtre, et qui
     psent jusqu' 125 kil. et plus. Ces boulets sont
     parfaitement sphriques, taills avec soin dans un grs dur.]

     [Note 386: Voy. Rob. Valturius, de _Re militari_, pl. de
     1483, dit. de Paris, 1534, lib. X, p. 267; et le _Flave
     Vgce_, _Frontin_, etc., trad. fran. de 1536, p. 116.
     Paris, imp. de Chrestian Wechel.]

     [Note 387: Guichardin, Commines, Paul Jove.]

     [Note 388: Le nom de _bote_ que l'on donne aux ptards tirs
     dans les ftes vient de l. Lors des rjouissances publiques,
     au lieu de charger, comme aujourd'hui, des pices
     d'artillerie avec des gargousses de poudre sans balle, on se
     contentait de charger les botes des bouches  feu et de
     bourrer la poudre avec des tampons de bois enfoncs  coups
     de marteau. On trouvait encore, au commencement du sicle,
     dans la plupart de nos vieilles villes, de ces botes
     anciennes qui avaient t rserves pour cet usage.]

     [Note 389: Voy. l'article ARCHITECTURE MILITAIRE, fig. 42, 43
     et 43 bis.]

     [Note 390: Au sige du chteau de Pouques, en 1453, o fut
     tu Jacques De Lalain, lui et d'autres seigneurs alrent
     visiter l'artillerie, et une bombarde nomme la Bergre, qui
     moult bien faisoit la besongne; et se tenoyent pavess et
     couverts du mantel de celle bombarde... _Mm. d'Olivier de
     la Marche_, ch. XXVII. Et avoient (les Gantois) bannires,
     charrois, pavois, couleuvrines et artillerie (bataille de
     Berselle). _Chron. de J. De Lalain_. ... et allrent (les
     Gantois) tout droit devant la ville de Hulst, menants grant
     nombre de charrois, artillerie, tant de canons, coulenvrines,
     pavois et autres choses appartenants  ladicte artillerie
     (sige de Hulst)... _Ibid._]

     [Note 391: _Chron. de J. De Lalain_.]

     [Note 392:  ce propoz, de prendre chasteaulx, dit encore
     ledit livre, comment, par aucuns engins fais de merrien, que
     l'en peut mener jusques aux murs, l'en peut prendre le lieu
     assailly: l'en fait un engin de merrien, que l'en appelle
     _mouton_, et est comme une maison, faite de merrien, qui est
     couverte de cuirs crus, affin que feu n'y puisse prendre, et
     devant celle maison a un grant tref, lequel a le bout
     couvert, de fer, et le lieve l'en  chayennes et  cordes,
     par quoy ceulz qui sont dedens la maison puent embatre le
     tref jusques aux murs, et le retrait-on en arrire quant on
     veult, en manire d'un mouton qui se recule quant il veut
     frir, et pour ce est-il appellez _mouton_... Assez d'autres
     manires sont pour grever ceuls de dehors, mais contre
     l'engin que on appelle _mouton_, on fait un autre que on
     appelle _loup_; ceulx du chastel font un fer courbe,  trs
     fors dens agus, et le lie-l'en  cordes, par quoy ilz
     prennent le tref, qui est appell _mouton_; adont, quant il
     est pris, ou ilz le trayent du tout amont, ou ilz le lient si
     hault que il ne peut plus nuire aux murs du chastel.
     (Christ. de Pisan, le _Liv. des fais et bonnes meurs du sage
     roy Charles_, ch. XXXV et XXXVII.)]

     [Note 393: Guill. le Breton, _la Philippide_, chant II.]

     [Note 394: _Item_, un autre engin on fait, qui est appell
     _vigne_; et cel engin fait-on de bons ays et de merrien fort,
     affin que pierre d'engin ne le puisse brisier, et le cueuvre
     l'en de cuir cru que feu n'i puist prendre; et est cel engin
     de huit piez de l et seize de long, et de tel hauteu que
     pluseurs hommes y puist entrer, et le doit l'en garder et
     mener jusques aux murs, et ceuls qui sont dedens foyssent les
     murs du chastel; et est moult prouffitable, quant on le peut
     approchier des murs. (Christ. de Pisan, ch. XXXV.)]

     [Note 395: Vers 6734 et suiv.]

     [Note 396: Vers 8137 et suiv.]

     [Note 397: Vers 323.]

     [Note 398: Au sige de Chteau-Gaillard, par exemple.]

     [Note 399: Voy. Robertus Valturius, de _Re militari_. Paris,
     1534. Figures de 1483.]

     [Note 400: Vers 6124 et suiv.]

     [Note 401: Vers 6150 et suiv.]

     [Note 402: Voy. le _Prcis hist. de l'influence des armes 
     feu sur l'art de la guerre_, par le prince Louis-Napolon
     Bonaparte, prsid. de la Rpublique.]



ENRAYURE, s. f. Assemblage de pices de bois horizontales sur lesquelles
reposent les charpentes et qui maintiennent leur cartement. Une
charpente peut avoir plusieurs enrayures tages: ce sont alors autant
de plates-formes, de repos, qui permettent d'adopter une nouvelle
combinaison et qui relient tout le systme. Les flches en charpente,
par exemple, possdent plusieurs enrayures (voy. CHARPENTE, FLCHE).



ENTRAIT, s. m. C'est la pice de bois horizontale qui sert de base au
triangle form par une ferme de comble, et qui arrte l'cartement des
arbaltriers. L'entrait peut tre suspendu par le poinon et par des
clefs pendantes (1). A est un entrait (voy. CHARPENTE).

[Illustration: Fig. 1.]



ENTRE, s. f. C'est le nom que l'on donne au passage de la clef dans une
bote de serrure; on dit l'_entre d'une serrure_, pour dire l'ouverture
par laquelle on introduit la clef (voy. SERRURE).



ENTRELACS, s. m. Ne s'emploie qu'au pluriel. On dsigne ainsi certains
ornements particulirement adopts pendant l'poque romane. Des rinceaux
de tigettes qui s'enchevtrent, des galons qui forment des dessins
varis en passant les uns sur les autres, comme des ouvrages de
passementerie, sont des entrelacs en matire de sculpture ou de peinture
dcorative (voy. PEINTURE, SCULPTURE).



ENTRESOL, s. m. tage bas pratiqu dans la hauteur d'une ordonnance
d'architecture, prsentant  l'extrieur l'aspect d'un seul tage. Les
entre-sols ont t peu employs dans l'architecture civile du moyen ge,
chaque tage spar par un plancher tant presque toujours indiqu 
l'extrieur par un bandeau. Cependant les architectes du moyen ge ne
sont pas exclusifs, et si imprieux que soient les principes auxquels
ils se soumettent, ils savent concilier les besoins, les programmes,
avec les exigences de l'art; ou, pour mieux dire, leur art ne se refuse
jamais  l'expression vraie d'un besoin. Il arrivait, par exemple, qu'on
avait besoin de disposer, prs d'une grande salle, de petites pices ou
des galeries de service, auxquelles il n'tait pas ncessaire de donner,
sous plancher, la hauteur de cette grande salle; ces services taient
alors entresols. Nous avons donn des exemples de ces dispositions
intrieures dans l'article CONSTRUCTION, fig. 119 et 120.



ENTRETOISE, s. f. C'est une pice de bois qui s'assemble horizontalement
dans deux arbaltriers ou dans deux poutres principales d'un plancher.
Les fermes d'un comble peuvent recevoir des pannes, lesquelles sont
poses _sur_ les arbaltriers et cales par des chantignolles, tandis
que les entre-toises sont assembles  tenon et mortaise dans ces
arbaltriers. Dans les planchers en charpente, les entre-toises sont de
vritables _chevtres_ (voy. CHARPENTE, PLANCHER).



PANNELAGE, s. m. C'est la taille prparatoire d'une moulure ou d'un
ornement. Aujourd'hui, dans les constructions de pierre de taille, on
pose toutes les pierres panneles seulement; le ravalement se faisant
sur le tas, lorsque la construction est leve. Jusqu'au XVIe sicle,
chaque pierre tait pose ravale et mme sculpte; aussi les difices
ne risquaient-ils jamais de rester pannels, comme cela est arriv
souvent depuis. Les Grecs et les Romains posaient les pierres de taille
panneles seulement, et le ravalement se faisait aprs la pose. On voit
encore quelques monuments grecs et beaucoup de constructions romaines
qui sont restes pannels. Le temple de Sgeste en Sicile n'est
qu'pannel. La porte Majeure  Rome, quelques parties du Colyse,
l'amphithtre de Pola, etc., n'ont jamais t compltement ravals.



PERON, s. m. On emploie souvent le mot _peron_ pour contre-fort, bien
que le contre-fort et l'peron ne soient pas choses semblables: le
contre-fort est une pile extrieure destine  renforcer un mur au droit
d'une pousse; la dnomination d'peron ne doit s'appliquer qu'
certains renforts de maonnerie, angulaires en plan, formant saillie sur
la surface cylindrique extrieure des tours de dfense, pour loigner
l'assaillant et s'opposer  l'effort des bliers ou au travail des
mineurs (voy. ARCHITECTURE MILITAIRE, CONSTRUCTION, PORTE, TOUR). Ces
perons s'appellent aussi des _becs_.



PI, s. m. On donne le nom d'_pi_  certaines dcorations en terre
cuite ou en plomb qui enveloppent l'extrmit des poinons de croupe ou
de pavillon  leur sortie d'un comble. Tout pavillon ou croupe en
charpente doit s'assembler dans un poinon central vertical, qui ne
saurait tre coup au ras du fate, puisqu'il faut que les tenons des
artiers de croupe ou de pavillon rencontrent une forte rsistance
au-dessus des mortaises. A (1) tant un poinon recevant quatre artiers
B, on doit toujours laisser un bout de bois BA au-dessus des tenons pour
que l'assemblage soit solide. La partie BA se trouve ainsi dpasser la
couverture, et il est ncessaire de la revtir. Si le comble est couvert
en tuiles, le revtement BA du bout du poinon est en terre cuite; si le
comble est couvert en ardoise ou en plomb, l'enveloppe de l'extrmit du
poinon est galement faite en plomb, car on ne saurait mettre du plomb
sur de la tuile, pas plus qu'il ne convient de poser de la terre cuite
sur de l'ardoise ou du plomb. Les architectes du moyen ge se plaisaient
 dcorer avec luxe ces bouts sortants des poinons de pavillons et de
croupes qui se dtachaient sur le ciel et prenaient ainsi beaucoup
d'importance. Ils ne faisaient d'ailleurs, en ceci, que suivre une
tradition antique, car les Romains et les Grecs avant eux avaient grand
soin de couronner les combles de leurs difices par des ornements en
terre cuite ou en mtal qui se dcoupaient sur le ciel; et en cela,
comme en beaucoup d'autres choses, les prtendues imitations de
l'architecture antique tentes depuis le XVIIe sicle s'loignent un peu
des modles que l'on croyait suivre.

Les pis de l'poque romane ne se sont pas conservs jusqu' nos jours.
Ces accessoires sont fragiles, fort exposs aux intempries de
l'atmosphre, et ont t dtruits depuis longtemps avec les charpentes
qui les portaient.  peine, dans les bas-reliefs ou les manuscrits,
peut-on trouver la trace de ces dcorations avant le XIIIe sicle, et
les premiers temps du moyen ge ne nous ont pas laiss sur leurs
difices ces mdailles qui nous donnent des renseignements prcieux
touchant l'aspect extrieur des monuments romains.

Il faut distinguer d'abord les pis en terre cuite des pis en plomb.
Les plus anciens pis en terre cuite sont figurs dans des bas-reliefs
du XIIIe sicle; nous n'en connaissons pas qui soient antrieurs  cette
poque; ils paraissent tre composs de plusieurs pices s'embotant les
unes dans les autres, termines par un chapeau. Voici (2) quelle est la
forme la plus habituelle des pis de cette poque. Ils figurent
ordinairement une colonnette avec son chapiteau couvert d'un cne. Le
profil AB indique les diverses pices dont se compose l'pi enveloppant
le bout du poinon. La pice infrieure C est une dernire fatire
recouvrant les tuiles extrmes de la coupe du comble.

 mesure que l'architecture devenait plus riche et que les couronnements
des difices se dcoupaient davantage, il fallait ncessairement donner
plus d'importance  ces dtails se dtachant en silhouette sur le ciel.
Il existe encore quelques fragments d'pis en terre cuite, du
commencement du XIIIe sicle, dans les contres o cette matire tait
employe par des mains exerces. Troyes est une des villes de France o
les fabriques de terres cuites taient particulirement florissantes
pendant le moyen ge; elle possdait, il y a peu d'annes, un grand
nombre d'pis fort beaux en terre vernisse qui, la plupart, ont t
dtruits ou dplacs. M. Valtat, sculpteur  Troyes, a recueilli l'un
des plus remarquables spcimens de cette dcoration de combles. C'est
une pice (3) qui n'a pas moins de 0,75 c. de hauteur, d'un seul
morceau, et qui tait termine par une forte tige en fer recevant
probablement une girouette. Le soubassement AB manque, et nous l'avons
restaur ici pour complter cette dcoration. Sur un bout de ft
s'panouit un chapiteau feuillu portant un dicule circulaire termin
par cinq gbles et un cne perc  son sommet. Le tout est verniss au
plomb, vert et jaune, et les petites ouvertures simulant des fentres
sont perces vivement au moyen d'un outil tranchant. Il est facile de
voir que cette poterie a t modele  la main, car elle prsente
beaucoup d'irrgularits; le travail est grossier, et c'est par la
composition et le style, mais non par l'excution, que se recommande
notre exemple. La tige de fer s'emmanchait simplement  l'extrmit du
poinon en charpente, ainsi que l'indique la coupe D. C'tait l un
objet vulgaire; on ne peut en douter, lorsqu'on voit  Troyes et dans
les environs la quantit de dbris de poteries de ce genre qui existent
encore sur les combles des maisons ou des difices. La cramique est un
art en retard sur les autres; les fabriques continuaient des traditions
qui n'taient plus en harmonie souvent avec le sicle; c'est ce qui
explique l'apparence _romane_ de cet pi, auquel cependant on ne peut
assigner une date antrieure  1220. Un certain nombre de ces objets
pouvaient d'ailleurs rester plusieurs annes dans une fabrique avant
d'tre vendus, et ce n'tait qu' la longue que les potiers se
dcidaient  modifier leurs modles. Ces colonnettes portant des
dicules furent trs-longtemps admises pour la dcoration des poinons;
cependant, vers la fin du XIIIe sicle ou le commencement du XIVe, ce
type tait trop en dsaccord avec les formes de l'architecture de cette
poque: on en vint aux pinacles de terre cuite pour couronner les
croupes ou pavillons couverts en tuiles.

On voit, dans le muse de l'vch de Troyes, un de ces pis provenant
de l'ancien htel de ville (4); nous croyons qu'il a pu tre fabriqu
vers le milieu du XIVe sicle: il est carr en plan, dcor de petites
baies seulement renfonces et remplies d'un vernis brun, de quatre
gbles et d'une pyramide  quatre pans. Le fleuron suprieur est bris
et la pice C du bas manque, c'est--dire que la partie existante est
celle comprise entre A et B. Cet pi est verniss en rouge brun et en
jaune, comme les carreaux des XIVe et XVe sicles; il devait se terminer
par une broche en fer et une girouette. Son excution est grossire,
sans moules, le tout paraissant mont en terre  la main; mais il faut
reconnatre qu' la hauteur  laquelle ces objets taient placs, il
n'tait pas besoin d'une excution soigne pour produire de l'effet. On
allait chercher ces pis en fabrique, comme aujourd'hui on va chercher
des pots  fleurs et toutes les poteries ordinaires, et on les employait
tels quels. Bientt ces formes parurent trop rigides, pas assez
dcoupes; les pinacles en pierre se couvraient de crochets saillants,
les fatages des combles se fleuronnaient; on donna aux pis de terre
cuite une apparence moins architectonique et plus libre; on voulut y
trouver des ajours, des saillies prononces; on fit leur tige principale
plus grle; elle n'enveloppa plus le bout du poinon en bois, mais une
broche de fer.

L'emploi de la tuile tait moins frquent cependant, celle-ci tant
remplace par le mtal ou l'ardoise; les poinons en terre cuite
devenaient par consquent moins communs.

Nous avons dessin  Villeneuve-l'Archevque, il y a plusieurs annes,
un poinon en terre cuite, sur une maison qui datait du XVe sicle; il
tait compos de trois pices (5), compltement verniss d'mail brun;
les joints taient en A et B; la tige de fer, qui maintenait la poterie,
s'emmanchait sur un moignon du poinon, ainsi qu'il est indiqu en C.

Le XVIe sicle remplaa les pis en terre cuite vernisse par des pis
en faence, c'est--dire en terre maille. Les environs de Lizieux en
possdaient un grand nombre sortis des fabriques de la valle
d'Orbec[403]; la plupart de ces objets ont t achets par des marchands
de curiosits qui les vendent aux amateurs comme des faences de
Palissy, et il faut aujourd'hui aller plus loin pour rencontrer encore
quelques-uns de ces pis en faence de la Renaissance, si communs il y a
vingt ans. L'un des plus remarquables parmi ces produits de l'industrie
normande se trouve au chteau de Saint-Christophe-le-Jajolet (Orne).
Nous en donnons ici (6) une copie[404]. Cet pi en faence se compose de
quatre pices dont les joints sont en A, B, C. Le tout est enfil par une
broche de fer. Le socle est jaune mouchet de brun, le vase est bleu
clair avec ornements jaunes et ttes naturelles, les fleurs sont
blanches avec feuilles vertes et graines jaunes, le culot est blanc, la
boule jaune bistre et l'oiseau blanc tachet de brun.

Les fabriques de faences de Rouen, de Beauvais, de Nevers,
fournissaient ces objets de dcoration extrieure  toutes les provinces
environnantes; malheureusement l'incurie, l'amour de la nouveaut, la
mode des combles dpourvus de toute dcoration les ont fait disparatre,
et les muses de ces villes n'ont pas su mme en sauver quelques dbris.
Les ides nouvelles qui, au XVIe sicle, tendaient  enlever  notre
architecture nationale son originalit, dtruisaient peu  peu cette
fabrication provinciale, prospre encore au XVIe sicle. L'art du potier
rsista plus longtemps que tout autre  cette triste influence, et sous
Louis XIII on continuait  fabriquer des fatires, des pis en terre
maille ou vernisse, pour dcorer les combles des habitations prives.
Le muse de la cathdrale de Ses possde un pi de cette poque qui,
tout barbare qu'il est, conserve quelques restes de ces traditions du
moyen ge; c'est pourquoi nous en prsentons ici (7) une copie. Cet pi
est compltement pass au vernis brun verdtre.

Le plomb se prtait beaucoup mieux que la terre cuite  l'excution de
ces dcorations suprieures des toits; aussi l'employait-on pour faire
des pis sur les combles, toutes les fois que ceux-ci taient couverts
en mtal ou en ardoise. Au XIIe sicle, et avant cette poque, on
n'employait gure, pour les couvertures des combles, que la tuile et,
exceptionnellement, le plomb; l'ardoise n'tait en usage que dans les
contres o le schiste est abondant (voy. ARDOISE, PLOMBERIE, TUILE). Ce
n'tait donc que sur des monuments construits avec luxe que l'on pouvait
poser des pis en plomb, et, les couvertures en mtal poses avant le
XIIIe sicle n'existant plus, il nous serait difficile de donner des
exemples d'pis antrieurs  cette poque. L'pi le plus ancien que nous
ayons vu et dessin se trouvait sur les combles de la cathdrale de
Chartres[405]; il tait plac  l'intersection du bras de croix, et
pouvait avoir environ 2m,50 de hauteur. C'tait un bel ouvrage de
plomberie repousse, mais fort dlabr (8). Son fleuron se divisait en
quatre folioles avec quatre boutons intermdiaires. Une large bague
orne de grosses perles lui servait de base. Il est  croire que son me
tait une tige de fer enfourche dans la tte du poinon de bois.

Vers la fin du XIIIe sicle, les couvertures en ardoises devinrent
trs-communes et remplacrent presque partout la tuile,  laquelle
cependant la Bourgogne, l'Auvergne, le Lyonnais et la Provence restrent
fidles. Les fatages et les pis en plomb devinrent ainsi plus communs.
Nous en possdons encore un assez grand nombre d'exemples qui datent du
XIVe sicle. Il existe un de ces pis sur le btiment situ derrire
l'abside de la cathdrale de Laon. En voici un autre (9) qui couronne la
tourelle d'escalier de la salle dite des Machabes, dpendante de la
cathdrale d'Amiens. Cet pi est fait entirement au repouss et model
avec une extrme recherche; il date de l'poque de la construction de la
salle, c'est--dire de 1330 environ. En A, nous prsentons la section de
la tige sur _a b_ et le plan de la bague faite de deux coquilles
soudes. L'pi est maintenu par une tige de fer attache  la tte du
poinon de charpente.

Sur le pignon nord du transsept de la cathdrale d'Amiens, on voit
encore un trs-bel pi en plomb,  deux rangs de feuilles, qui date de
la fin du XIVe sicle ou commencement du XVe. Cet pi couronne un
pan-de-bois qui remplace, depuis cette poque, le gble en pierre.
Beaucoup trop dlicat pour la hauteur  laquelle il est plac, il
conviendrait mieux au couronnement d'un comble de chteau. Nous en
donnons (10) la reproduction; chaque bouquet se compose de trois
feuilles trs-dcoupes, vivement modeles au repouss, et formant en
plan deux triangles quilatraux se contrariant. Sous la bague sont
soudes de petites feuilles en plomb coul; c'est, en effet,  dater du
XVe sicle, que l'on voit la plomberie coule employe en mme temps que
la plomberie repousse. Mais nous traitons cette question en dtail dans
l'article PLOMBERIE. On voit que les pis de plomb suivent les
transformations de l'architecture;  mesure que celle-ci est plus
lgre, plus refouille, ces couronnements deviennent plus grles,
laissent plus de jour passer entre leurs ornements, recherchent les
dtails prcieux. Cependant les silhouettes sont toujours heureuses et
se dcoupent sur le ciel de manire  laisser aux masses principales
leur importance.

L'Htel-Dieu de Beaune, fond en 1441, conserve encore sur les pignons
en pans-de-bois de ses grandes lucarnes, sur ses tourelles et sur les
croupes de ses combles, de beaux pis du XVe sicle, termins par des
girouettes armories. Ces pis sont partie en plomb repouss, partie en
plomb coul. Nous donnons ici (11) une copie de l'un d'eux. Les bouquets
suprieurs, dont le dtail se voit en A, sont en plomb repouss; les
couronnes et dais, dtaills en B et en C, sont forms de bandes coules
dans des creux et soudes  des rondelles circulaires. La souche de
l'pi est compltement faite au repouss, sauf le soleil rapport, qui
est moul. La Bourgogne tait, au XVe sicle, une province riche,
puissante, et ses habitants pouvaient se permettre d'orner les combles
de leurs htels et maisons de belle plomberie, tandis que le nord de la
France, ruin par les guerres de cette poque, ne pouvait se livrer au
luxe des constructions prives. Aussi, malgr l'espce d'acharnement que
l'on a mis depuis plus d'un sicle  supprimer les anciens couronnements
historis des combles, reste-t-il encore dans les villes de la Bourgogne
quelques exemples oublis de ces pis du XVe sicle.

 Dijon, il en existe plusieurs sur des maisons particulires, et
notamment dans la Petite rue Pouffier (12). En A, nous donnons la moiti
du plan du poinon, dont la souche est un triangle curviligne concave
sous la bague.  dater du XIVe sicle, on rencontre assez souvent des
bagues d'pis ornes de prismes ou de cylindres qui les pntrent
horizontalement, et qui se terminent par une fleurette ou un
quatre-feuilles. Ces sortes de bagues produisent une silhouette assez
heureuse. Il ne faut pas oublier de mentionner ici les quelques pis de
plomb qui surmontent encore les combles de l'htel de Jacques Coeur 
Bourges, et dont les souches sont dcores de feuillages en petit
relief, de coquilles et de coeurs. Souvent les pis de plomb taient
peints et dors, ce qui ajoutait singulirement  l'effet qu'ils
produisaient au sommet des combles.

L'poque de la Renaissance, qui, en changeant les dtails de
l'architecture franaise, en conservait cependant les donnes gnrales,
surtout dans les habitations prives, ne ngligea pas le luxe de la
plomberie. Les combles furent, comme prcdemment, enrichis de crtes et
d'pis. On en revint alors au plomb repouss, et on abandonna presque
partout les procds du moulage. Plusieurs chteaux et htels de cette
poque conservent encore d'assez beaux pis orns de fruits, de
chapiteaux, de feuillages et mme de figures, le tout repouss avec
beaucoup d'adresse. Parmi ces pis, on peut citer ceux de l'htel du
Bourgtheroulde  Rouen, des chteaux d'Amboise, de Chenonceaux, du
Palais-de-Justice  Rouen. On en voit de trs-beaux, quoique fort
mutils, sur les lucarnes places  la base de la flche de la
cathdrale d'Amiens, dans les noues.

Nous reproduisons (13) un de ces pis dont les plombs sont repousss par
une main trs-habile. Il serait difficile de dire ce que fait Cupidon
sur les combles de Notre-Dame d'Amiens, mais cette figure se trouve
trs-frquemment rpte  cette poque au sommet des pis. On voit
aussi quelques-uns de ces enfants tirant de l'arc, sur des maisons de
Rouen leves au commencement du XVIe sicle. Au sommet du chevet de la
chapelle absidale de Notre-Dame de Rouen, il existe un trs-bel pi du
XVIe sicle, qui reprsente une sainte Vierge tenant l'Enfant. Comme
ouvrage de plomberie, c'est une oeuvre remarquable.

 la fin du XVIe sicle, les pis perdent leur caractre particulier:
ils figurent des vases de fleurs, des colonnettes avec chapiteaux, des
pots  feu, des chimres attaches  des balustres.  mesure qu'on se
rapproche du XVIIe sicle, l'art de la plomberie va s'affaiblissant,
bien que sous Louis XIV on ait encore excut d'assez beaux ouvrages en
ce genre; mais alors ils ne s'appliquent plus qu'aux grands monuments,
aux habitations princires: c'est un luxe que ne se permet pas le simple
particulier[406] (voy. CRTE, GIROUETTE).

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]

     [Note 403: Voy. le _Bullet. monument._ de M. de Caumont, t.
     XVI, _Notes sur quelques procds cramiques du moyen ge_.]

     [Note 404: Ce dessin nous a t fourni par M. Ruprich
     Robert.]

     [Note 405: Cette couverture et la charpente qui la portait
     dataient de la seconde moiti du XIIIe sicle; la charpente
     fut brle en 1836.]

     [Note 406: Il faut dire que depuis peu cet art ou cette
     industrie, si l'on veut, a repris une certaine importance.
     C'est encore une des sources de richesse que nous devons 
     l'tude des arts du moyen ge.]



ESCALIER, s. m. _Degr_. Nous distinguerons les escaliers extrieurs
(qu'il ne faut pas confondre avec les perrons) des escaliers intrieurs,
les escaliers  rampes droites des escaliers  girons et  vis, les
escaliers de pierre des escaliers de bois. Dans les difices romains,
les thtres et amphithtres excepts, les escaliers sont assez troits
et peu nombreux. D'ailleurs les Romains employaient les escaliers 
rampes droites et  vis; mais ils ne paraissent pas (du moins dans les
intrieurs) avoir jamais considr l'escalier comme un motif de
dcoration monumentale, ainsi qu'on l'a fait dans les temps modernes.
Les escaliers des difices antiques sont un besoin satisfait de la
manire la plus simple, un moyen pour communiquer d'un tage  l'autre,
rien de plus. Nous ne dciderons pas si, en cela, les anciens avaient
tort ou raison; nous constatons seulement le fait, afin qu'on ne puisse
accuser les architectes des premiers temps du moyen ge d'tre rests en
cela fort au-dessous de leurs matres.

D'ailleurs les architectes du moyen ge, comme les architectes romains,
n'eussent jamais tabli, dans un btiment, un escalier dont les rampes
auraient bouch une ordonnance de baies, ainsi que cela se fait
volontiers de notre temps, mme dans de grands difices. Les Romains
gardaient les dispositions monumentales des escaliers pour les degrs
extrieurs  ciel ouvert.  l'intrieur, ils plaaient toujours les
rampes perpendiculairement aux murs de face, afin que les hauteurs des
paliers pussent concorder avec les hauteurs des planchers et par
consquent avec l'ordonnance des baies; mais nous reviendrons sur cette
question importante.

Pour peu qu'on se soit occup de distributions intrieures, on sait
combien il est difficile de disposer convenablement les escaliers, soit
pour satisfaire aux programmes, soit pour ne pas gner des dispositions
architectoniques extrieures ou intrieures. Les anciens ne soulevaient
pas la difficult; c'tait un moyen de ne pas avoir besoin de la
rsoudre.

L'escalier romain le plus ordinaire est ainsi dispos (1). Il se compose
de deux rampes spares par un mur de refend, la premire arrivant  un
palier d'entresol A, la seconde au palier de premier tage B, et ainsi
de suite. Les marches sont alors portes sur les votes rampantes, si
les degrs sont trs-larges, ou simplement engages par les deux bouts
dans les murs, si ces degrs sont troits. C'est ainsi que sont conus
et excuts les escaliers des thermes, des thtres et amphithtres
romains. On ne chercha pas d'autre systme d'escalier dans les premiers
monuments du moyen ge. Mais il est facile de voir que ces doubles
rampes conduisaient toujours au-dessus du point dont on tait parti, ce
qui pouvait, dans bien des cas, ne pas s'arranger avec les
distributions; on eut donc recours  l'escalier  vis ou en limaon, qui
prsente cet avantage de faire monter dans un petit espace et de donner
accs sur tous les points de la circonfrence du cylindre dans lequel
s'lvent ces sortes de degrs. Ces premiers principes poss, nous nous
occuperons d'abord des escaliers  rampes droites, extrieurs,
dcouverts ou couverts.



_Escaliers extrieurs_.--Bien qu'on ne fasse plus gure aujourd'hui de
ces sortes d'escaliers, il faut reconnatre qu'ils taient fort
commodes, en ce qu'ils ne gnaient en rien les dispositions intrieures
et ne coupaient pas les btiments du haut en bas, en interceptant ainsi
les communications principales. L'un des plus anciens et des plus beaux
escaliers ainsi disposs se voit encore dans l'enceinte des btiments de
la cathdrale de Canterbury. Cet escalier, bti au XIIe sicle, est
situ prs de l'entre principale et conduisait  la salle de rception
(salle de l'tranger); il se compose d'une large rampe perpendiculaire 
l'entre de la salle, avec palier suprieur; il est couvert, et le
comble, dont les sablires sont horizontales, est support par une
double arcature  jour fort riche, dont les colonnes diminuent suivant
l'lvation des degrs[407].

La plupart des grand'salles des chteaux taient situes au premier
tage, et on y montait soit par de larges perrons, soit par des rampes
droites couvertes, accoles ou perpendiculaires  ces salles.

La grand'salle du chteau de Montargis, qui datait de la seconde moiti
du XIIIe sicle, possdait un escalier  trois rampes avec galerie de
communication porte sur des arcs (voy. CHTEAU, fig. 15). Cet escalier
tait dispos de telle faon que, de la grand'salle A (voy. le plan fig.
2), on pouvait descendre sur l'aire de la cour par les trois degrs BCD.
Il tait couvert par des combles en bois posant sur des colonnes et
piliers en pierre[408]. On appelait, dans les palais, ces sortes
d'escaliers le _degr_, par excellence. La rampe avait nom
_puiement_[409]:

       El pals vint, l'puiement
       De sanc le truva tut sanglant.

Les couvertures de ces rampes droites taient ou en bois, comme 
Canterbury et  Montargis, ou votes, comme, beaucoup plus tard,  la
Chambre des comptes et  la Sainte-Chapelle de Paris. Ces deux derniers
degrs montaient le long du btiment. Celui de la Chambre des comptes,
leve sous Louis XII, tait un chef-d'oeuvre d'lgance; il aboutissait
 une loge A s'ouvrant sur les appartements (fig. 3, voy. le plan).
Cette loge et le porche B taient vots; la rampe tait couverte par un
lambris. Sur la face du porche, on voyait, en bas-relief, un cu
couronn aux armes de France, ayant pour supports deux cerfs ails, la
couronne passe au cou et le tabar du hraut d'armes de France dploy
au dos. Sous l'cu, un porc-pic surmont d'une couronne, avec cette
lgende au bas:

       Regia Francorum probitas Ludovicus, honesti
       Cultor, et there religionis apex.

Le tout sur un semis de fleurs de lis et de dauphins couronns. Le semis
de fleurs de lis tait sculpt aussi sur les tympans des arcs et sur les
pilastres. La balustrade pleine prsentait, en bas-relief, des L passant
 travers des couronnes, puis des dauphins[410].

Pour monter sur les chemins de ronde des fortifications, on tablissait,
ds le XIIe sicle, de longues rampes droites le long des courtilles,
avec parapet au sommet. Les marches reposaient alors sur des arcs et se
profilaient toujours  l'extrieur, ce qui permettait de donner plus de
largeur  l'emmarchement et produisait un fort bon effet, en indiquant
bien clairement la destination de ces rampes, fort longues, si les
chemins de ronde dominaient de beaucoup le sol intrieur de la ville.

 Aigues-Mortes,  Avignon,  Villeneuve-ls-Avignon,  Jrusalem, 
Beaucaire,  Carcassonne, on voit encore quantit de ces escaliers
extrieurs dcouverts qui ont un aspect trs-monumental (4)[411]. Mais
il arrivait souvent que, faute de place, ou pour viter la construction
de ces arcs, ou lorsqu'il fallait monter, le long d'un rempart
trs-lev, au sommet d'une tour carre, on posait les marches des
escaliers dcouverts en encorbellement. Afin de donner  ces marches une
saillie suffisante pour permettre  deux personnes de se croiser et une
parfaite solidit, les architectes obtenaient la saillie voulue par un
procd de construction fort ingnieux. Chaque marche tait taille
ainsi que l'indique le trac A (5), la partie B tant destine  tre
engage dans la muraille. Posant ces marches, ainsi combines, les unes
sur les autres, de manire  ce que le point C vnt tomber sur le point
D, elles taient toujours portes par une suite de retraites prsentant
un encorbellement des plus solides, ainsi que le font voir le trac
perspectif G, l'lvation H et le profil K. On voit encore un de ces
escaliers, parfaitement excut,  l'intrieur de la tour dite d'Orange,
 Carpentras (commencement du XIVe sicle). Ordinairement, il faut, pour
qu'un escalier soit facilement praticable, que chaque marche ait en
largeur la longueur d'un pied d'homme, soit 0,28 c.  0,30 c., et en
hauteur de 0,15 c.  0,20 c. au plus, ce qui donne une inclinaison de 22
degrs ou environ. Mais, parfois, la place manque pour obtenir une pente
aussi douce, et on est oblig, surtout dans les ouvrages de
fortifications, de monter suivant un angle de 45 degrs, ce qui donne
des marches aussi larges que hautes et ce qui rend l'ascension
dangereuse ou fort pnible. En pareil cas, les constructeurs, observant
avec raison que l'on ne met jamais qu'un pied  la fois sur chaque
marche, soit pour monter, soit pour descendre, et que par consquent il
est inutile qu'une marche ait la largeur ncessaire  la pose du pied
dans toute sa longueur, ces constructeurs, disons-nous, ont dispos
leurs marches en coins, ainsi que l'indique la fig. 6, de manire  ce
que deux marches eussent ensemble 0,30 c. de hauteur et chacune 0,30 c.
d'emmarchement par un bout, ce qui permettait d'inscrire la rampe dans
un angle de 45 degrs. Seulement il fallait toujours poser le pied
gauche sur la marche A, le pied droit sur la marche B en descendant, ou
le contraire en montant. Le trac perspectif C fait comprendre le
systme de ces degrs[412]. On le reconnatra, ce n'est jamais la
subtilit qui fait dfaut  nos architectes du moyen ge. Mais ces
derniers exemples ne fournissent que des escaliers de service.



_Escaliers intrieurs_.--C'est--dire, desservant plusieurs tages d'un
btiment, poss dans des cages comprises dans les constructions ou
accoles  ces constructions. Les escaliers  vis, comme nous l'avons
dit prcdemment, furent employs par les Romains; les architectes du
moyen ge adoptrent ce systme de prfrence  tout autre, variant les
dimensions des escaliers  noyau en raison des services auxquels ils
devaient satisfaire. Ces sortes d'escaliers prsentaient plusieurs
avantages qu'il est important de signaler: 1 ils pouvaient tre
englobs dans les constructions ou n'y tenir que par un faible segment;
2 ils prenaient peu de place; 3 ils permettaient d'ouvrir des portes
sur tous les points de leur circonfrence et  toutes hauteurs; 4 ils
s'clairaient aisment; 5 ils taient d'une construction simple et
facile  excuter; 6 ils devenaient doux ou rapides  volont; 7 pour
les chteaux, les tours, ils taient barricads en un moment; 8 ils
montaient de fond jusqu' des hauteurs considrables sans nuire  la
solidit des constructions voisines; 9 ils taient facilement
rparables.

Les plus anciens escaliers  vis du moyen ge se composent d'un noyau en
pierre de taille, d'une construction en tour ronde, d'un berceau en
spirale bti en moellon, reposant sur le noyau et sur le parement
circulaire intrieur. Cette vote porte des marches en pierre dont les
artes sont poses suivant les rayons d'un cercle. La fig. 7 reprsente
en plan et en coupe, suivant la ligne AB du plan, un de ces escaliers si
frquents dans les difices des XIe et XIIe sicles. La porte extrieure
de l'escalier tant en D, la premire marche est en C. Ces marches sont
poses sur un massif jusqu'au parement G;  partir de ce point commence
la vote spirale que l'on voit figure en coupe. Les tambours du noyau
portent un petit paulement H pour recevoir les sommiers du berceau qui,
de l'autre part, sont entaills dans le mur circulaire I. Les marches
sont poses sur l'extrados du berceau rampant et se composent de pierres
d'un ou de plusieurs morceaux chacune. Gnralement ces votes rampantes
sont assez grossirement faites en petits moellons maonns sur couchis.
Les votes des escaliers du choeur de l'glise abbatiale d'Eu, qui
datent du XIIe sicle, sont cependant excutes avec une grande
prcision; mais les Normands taient ds lors de trs-soigneux
appareilleurs. Voici, fig. 8, comme sont taills les tambours du noyau
qui reoivent les sommiers du berceau rampant; il arrive aussi que les
portes de la vote sont frquemment entailles dans le noyau
cylindrique, ce qui affaiblit beaucoup celui-ci. Ces sortes d'escaliers
ne dpassent gure 1m,00 c. d'emmarchement, et souvent sont-ils moins
larges, les cages cylindriques n'ayant que six pieds, ou 1m,90 c.
environ, dont dduisant le noyau, qui dans ces sortes d'escaliers a au
moins un pied de diamtre, reste pour les marches 0,80 c. au plus. On
reconnut bientt que les votes rampantes pouvaient tre supprimes;
lorsqu'au commencement du XIIIe sicle on exploita les pierres en plus
grands morceaux qu'on ne l'avait fait jusqu'alors, on trouva plus simple
de faire porter  chaque marche un morceau du noyau, de les faire mordre
quelque peu l'une sur l'autre, et de leur mnager une porte entaille
de quelques centimtres le long du parement cylindrique de la cage. Ce
procd vitait les cintres, les couchis, une main-d'oeuvre assez longue
sur le tas; il avait encore l'avantage de relier le noyau avec la cage
par toutes ces marches qui formaient autant d'trsillons. Ces marches
pouvant tre tailles  l'avance, sur un mme trac, un escalier tait
pos trs-rapidement. Or, il ne faut pas perdre de vue que parmi tant
d'innovations introduites dans l'art de btir par les architectes
laques de la fin du XIIe sicle, la ncessit d'arriver promptement 
un rsultt, de btir vite en un mot, tait un des besoins les plus
manifestes.

La fig. 9 donne le plan et la coupe[413] d'un de ces escaliers. La porte
extrieure est en A, la premire marche en B. Les recouvrements sont
indiqus par lignes ponctues, et le dtail C prsente une des marches
en perspective, avec le recouvrement ponctu de la marche suivante.

Quelquefois, pour faciliter l'chappement, les marches sont chanfreines
par-dessous ainsi qu'on le voit en D. Les dimensions de ces escaliers
varient; il en est dont les emmarchements n'ont que 0,50 c.; les plus
grands n'ont pas plus de 2m,00, ce qui exigeait des pierres
trs-longues; aussi, pour faire les marches du grand escalier du Louvre,
Charles V avait-il t oblig d'acheter d'anciennes tombes  l'glise
des Saints-Innocents[414], probablement parce que les carrires de liais
de Paris n'avaient pu fournir  la fois un nombre de morceaux de la
dimension voulue; en effet cet escalier tait trs-large; nous y
reviendrons. Dans l'intrieur des chteaux les escaliers  vis taient
singulirement multiplis; en dehors de ceux qui montaient de fond, et
qui desservaient tous les tages, il y en avait qui tablissaient, dans
l'paisseur des murs, une communication entre deux tages seulement, et
qui n'taient frquents que par les personnes qui occupaient ces
appartements superposs.  propos de la domination que la reine Blanche
de Castille avait conserve sur l'esprit de son fils, Joinville raconte:
Que la royne Blanche ne vouloit soufrir  son pooir que son filz feust
en la compaingnie sa femme, ne mez que le soir quand il aloit coucher
avec li (elle). Les hostiex (logis) l o il plesoit miex  demourer,
c'estoit  Pontoise, entre le roy et la royne, pour ce que la chambre le
roy estoit desus et la chambre (de la reine) estoit desous. Et avoient
ainsi acord leur besoigne, que il tenoient leur parlement en une viz
qui descendoit de l'une chambre en l'autre; et avoient leur besoignes si
attires (convenues d'avance), que quant les huissiers veoient venir la
royne en la chambre du roy son filz, il batoient les huis de leur
verges, et le roy s'en venoit courant en sa chambre, pour ce que (dans
la crainte que) sa mre ne l'i trouvast; et ainsi refesoient les
huissiers de la chambre de la royne Marguerite quant la royne Blanche y
venoit, pour ce qu'elle (afin qu'elle) y trouvast la royne Marguerite.
Une fois estoit le roy de ct la royne sa femme, et estoit (elle) en
trop grant pril de mort, pour ce qu'elle estoit blecie d'un enfant
qu'elle avoit eu. L vint la royne Blanche, et prist son filz par la
main et li dist:--Vens-vous-en, vous ne faites riens ci[415].

Ces escaliers, mettant en communication deux pices superposes,
n'taient pas pris toujours aux dpens de l'paisseur des murs; ils
taient visibles en partie, poss dans un angle ou le long des parois de
la chambre infrieure, et ajours sur cette pice.  ce propos, il est
important de se pntrer des principes qui ont dirig les architectes du
moyen ge dans la construction des escaliers. Ces architectes n'ont
jamais vu dans un escalier autre chose qu'un appendice indispensable 
tout difice compos de plusieurs tages, appendice devant tre plac de
la manire la plus commode pour les services, comme on place une chelle
le long d'un btiment en construction, l o le besoin s'en fait sentir.
L'ide de faire d'un escalier une faon de dcoration thtrale dans
l'intrieur d'un palais, de placer cette dcoration d'une manire
symtrique pour n'arriver souvent qu' des services secondaires, de
prendre une place norme pour dvelopper des rampes doubles, cette ide
n'tait jamais entre dans l'esprit d'un architecte de l'antiquit ou du
moyen ge. Un escalier n'tait qu'un moyen d'arriver aux tages
suprieurs d'une habitation. D'ailleurs les grandes salles des chteaux
taient toujours disposes presque  rez-de-chausse, c'est--dire
au-dessus d'un tage bas, le plus souvent vot, sorte de cave ou de
cellier servant de magasins. On arrivait au sol des grandes salles par
de larges perrons, comme  celles des palais de Paris et de Poitiers, ou
par des rampes extrieures comme  celle du chteau de Montargis (voy.
fig. 2). Les escaliers proprement dits n'taient donc destins
gnralement qu' desservir les appartements privs. Toute grande
runion, fte, crmonie ou banquet, se tenait dans la grande salle; il
n'y avait pas utilit  tablir pour les tages frquents par les
familiers de larges degrs; l'important tait de disposer ces degrs 
proximit des pices auxquelles ils devaient donner accs. C'est ce qui
explique la multiplicit et l'exigut des escaliers de chteaux
jusqu'au XVe sicle. Cependant nous venons de dire qu'au Louvre, Charles
V avait dj fait construire un grand escalier  vis pour monter aux
tages suprieurs du palais; mais c'tait l une exception; aussi cet
escalier passait-il pour une oeuvre  nulle autre pareille. Sauval[416]
nous a laiss une description assez tendue de cet escalier, elle mrite
que nous la donnions en entier.

Le grand escalier, ou plutt la grande vis du Louvre (puisqu'en ce
temps-l le nom d'escalier n'tait pas connu), cette grande vis,
dis-je, fut faite du rgne de Charles V, et conduite par Raimond du
Temple, maon ordinaire du roi[417]. Or, il faut savoir que les
architectes des sicles passs ne faisoient point leurs escaliers ni
droits, ni quarrs, ni  deux, ni  trois, ni  quatre banches, comme
n'ayant point encore t invents[418], mais les tournoient toujours en
rond, et proportionnoient du mieux qu'il leur toit possible leur
grandeur et leur petitesse  la petitesse et  la grandeur des
maisons[419]. La grande vis de ce palais toit toute de pierre de taille
ainsi que le reste du btiment, et de mme que les autres de ce
temps-l: elle toit termine d'une autre (vis) fort petite, toute de
pierre encore et de pareille figure, qui conduisoit  une terrasse, dont
on l'avoit couronne (dont on avait couronn la grande vis); chaque
marche de la petite (vis) portoit trois pieds de long et un et demi de
large; et pour celles de la grande, elles avoient sept pieds de longueur
sur un demi d'paisseur, avec deux et demi de giron prs de la coquille
qui l'environnoit.

On voit, dans les registres de la Chambre des comptes, qu'elles
portoient ensemble dix toises un demi-pied de hauteur[420], que la
grande (vis) consistoit en quatre-vingt-trois marches[421], et la petite
en quarante et une[422]; elles furent faites  l'ordinaire de la pierre
qu'on tira des carrires d'autour de Paris. Et comme si pour les faire,
ces carrires eussent t puises, pour l'achever on fut oblig d'avoir
recours au cimetire Saint-Innocent, et troubler le repos des morts: de
sorte qu'en 1365, Raimond du Temple, conducteur de l'ouvrage, enleva
vingt tombes le 27 septembre, qu'il acheta quatorze sols parisis la
pice de Thibault de la Nasse, marguillier de l'glise, et enfin les fit
tailler par Pierre Anguerrand et Jean Colombel pour servir de pallier.

Nous l'avons vu ruiner (cet escalier), en 1600, quand Louis XIII fit
reprendre l'difice du Louvre, sous la conduite d'Antoine Lemercier.
Pour le rendre plus visible et plus ais  trouver, matre Raimond le
jeta entirement hors-d'oeuvre en dedans la cour[423], contre le corps
de logis qui regardoit sur le jardin[424]; et pour le rendre plus
superbe (l'escalier), il l'enrichit par dehors de basses-tailles, et de
dix grandes figures de pierre couvertes chacune d'un dais, poses dans
une niche, portes sur un pidestal: au premier tage, de ct et
d'autre de la porte, toient deux statues de deux sergens-d'armes, que
fit Jean de Saint-Romain[425], et autour de la cage furent rpandues par
dehors, sans ordre ni symtrie, de haut en bas de la coquille, les
figures du roi, de la reine et de leurs enfans mles[426]; Jean du Lige
travailla  celles du roi et de la reine; Jean de Launay et Jean de
Saint-Romain partagrent entre eux les statues du duc d'Orlans et du
duc d'Anjou; Jacques de Chartres et Gui de Dampmartin, celles des ducs
de Berri et de Bourgogne; et ces sculpteurs, pour chaque figure, eurent
vingt francs d'or, ou seize livres parisis. Enfin, cette vis toit
termine des figures de la Vierge et de saint Jean de la faon de Jean
de Saint-Romain; et le fronton de la dernire croise[427] toit
lambrequin des armes de France, de fleurs de lis sans nombre[428], qui
avoient pour support deux anges, et pour cimier un heaume couronn,
soutenu aussi par deux anges, et couvert d'un timbre charg de fleurs de
lis par dedans. Un sergent-d'armes haut de trois pieds, et sculpt par
Saint-Romain, gardoit chaque porte des appartemens du roi et de la reine
qui tenoient  cet escalier; la vote qui le terminoit toit garnie de
douze branches d'orgues (nervures), et arme dans le chef ( la clef)
des armes de Leurs Majests, et dans les panneaux (remplissages entre
les nervures) de celles de leurs enfans[429] et fut travaille (la
sculpture de cette vote), tant par le mme Saint-Romain que par
Dampmartin,  raison de trente-deux livres parisis, ou quarante francs
d'or.

Il faut ajouter  cette description que cet escalier communiquait avec
la grosse tour du Louvre au moyen d'une galerie qui devait avoir t
btie de mme sous Charles V, car du temps de Philippe-Auguste, le
donjon tait entirement isol. Essayons donc de reconstituer cette
partie si intressante du vieux Louvre,  l'aide de ces renseignements
prcis et des monuments analogues qui nous restent encore dans des
chteaux des XVe et XVIe sicles. La grande vis du Louvre tait
entirement dtache du corps de logis du nord, et ne s'y reliait que
par une sorte de palier; cela ressort du texte de Sauval; de l'autre
ct l'escalier tait en communication avec le donjon par une galerie.
Cette galerie devait ncessairement former portique  jour, 
rez-de-chausse, pour ne pas intercepter la communication d'un ct de
la cour  l'autre. Mnageant donc les espaces ncessaires  l'amorce du
portique et de l'entre dans le corps de logis du nord, tenant compte de
la longueur des marches et de leur giron, observant qu' l'extrieur
l'architecte avait pu placer dix grandes statues  rez-de-chausse dans
des niches surmontes de dais, que, par consquent, ces figures ne
pouvaient tre poses que sur des faces de contre-forts, tenant compte
des douze branches d'arcs de votes mentionnes par Sauval, de la
longueur et du giron des marches de la petite vis, nous sommes amen 
tracer le plan du rez-de-chausse, fig. 10. En A est la jonction de
l'escalier avec le corps de logis du nord B. En C est le portique
portant la galerie de runion de l'escalier avec le donjon. La premire
marche est en D. Jusqu'au palier E, tenant compte du giron des marches,
on trouve seize degrs. Seize autres degrs conduisaient au second
palier pos au-dessus de la vote F. Seize degrs arrivaient au
troisime palier au-dessus de celui E. De ce troisime palier on montait
d'une vole jusqu'au quatrime palier, toujours au-dessus de celui E,
par trente-cinq marches, total, quatre-vingt-trois. Le noyau central,
assez large pour porter le petit escalier suprieur, devait tre vid
pour permettre,  rez-de-chausse, de passer directement du portique C
au logis B. Au-dessus ce noyau vide pouvait tre destin, ainsi que cela
se pratiquait souvent,  recevoir des lampes pour clairer les degrs
pendant la nuit. La premire rampe tait probablement pose sur massif
ou sur votes basses; la seconde reposait sur des votes G qui
permettaient de circuler sous cette rampe. Notre plan nous donne en H
dix contre-forts pouvant recevoir les dix grandes statues. Une coupe,
fig. 11, faite sur la ligne CB, explique les rvolutions des rampes et
les divers paliers de plain-pied avec les tages du logis B. Elle nous
indique la structure du noyau ajour, et, en K, le niveau du dernier
palier de la grande vis,  partir duquel commence  monter la petite vis
portant quarante et une marches jusqu'au niveau de la terrasse
suprieure. Cette petite vis prenait ses jours dans la cage de la grande
au moyen d'arcatures ressautantes. Nous ne prtendons pas, cela va sans
dire, prsenter ces figurs comme un relev scrupuleux de ce monument
dtruit depuis le XVIIe sicle, et dont il ne reste aucun dessin; nous
essayons ici de rsumer dans une tude les diverses combinaisons
employes par les architectes des XIVe et XVe sicles, lorsqu'ils
voulaient donner  leurs escaliers un aspect tout  fait monumental. On
comprend trs-bien comment Raymond du Temple s'tait procur
difficilement un nombre aussi considrable de marches et de paliers de
grandes dimensions, devant offrir une parfaite rsistance, puisque,
suivant la mthode alors adopte, ces marches, sauf celles des deux
premires rvolutions, ne portaient que par leurs extrmits. Quant aux
paliers, qu'il et t impossible de faire d'un seul morceau, nous les
avons supposs ports, soit par des votes, soit par des arcs ajours,
ainsi que l'indique la vue perspective (12) prise au-dessous du palier
suprieur.

Les architectes, devenus trs-habiles traceurs-gomtres ds la fin du
XIIIe sicle, trouvaient dans la composition des escaliers un sujet
propre  dvelopper leur savoir,  exciter leur imagination. Leur
systme de construction, leur style d'architecture se prtait
merveilleusement  l'emploi de combinaisons compliques, savantes, et
empreintes d'une grande libert; aussi (bien que les monuments existants
soient malheureusement fort rares) les descriptions de chteaux et de
monastres font-elles mention d'escaliers remarquables.

Souvent, par exemple, ces grandes vis de palais taient  double
rvolution, de sorte que l'on pouvait descendre par l'une et remonter
par l'autre sans se rencontrer et mme sans se voir. D'autres fois, deux
vis s'levaient l'une dans l'autre; l'une dans une cage intrieure,
l'autre dans une cage extrieure; combinaison dont on peut se faire une
ide, en supposant que la petite vis figure dans la coupe, figure 11,
descend jusqu'au rez-de-chausse. La vis intrieure devenait escalier de
service, et le degr _circonvolutant_, escalier d'honneur.
Indpendamment des avantages que l'on pouvait tirer de ces combinaisons,
il est certain que les architectes, aussi bien que leurs clients, se
plaisaient  ces raffinements de btisses; dans ces chteaux o les
journes paraissaient fort longues, ces bizarreries, ces surprises,
taient autant de distractions  la vie monotone des chtelains et de
leurs htes.

On voyait aux Bernardins de Paris, dit Sauval[430], une vis tournante 
double colonne (noyau) o l'on entre par deux portes, et o l'on monte
par deux endroits, sans que de l'un on puisse tre vu dans l'autre;
cette vis a dix pieds de profondeur (3m,25), et chaque marche porte de
hauteur huit  neuf pouces (0m,23). Les marches sont dlardes, et ne
sont point revtues d'autres pierres. C'est le degr de la manire la
plus simple, et la plus rare de Paris; toutes les marches sont par
dessous dlardes. Sa beaut et sa simplicit consistent dans les girons
de l'un et de l'autre, portant un pied ou environ, qui sont entrelasss,
enclavs, embots, enchans, enchsss, entretaills l'un dans
l'autre, et s'entremordant d'une faon aussi ferme que gentille. Les
marches de l'autre bout sont appuyes sur la muraille de la tour qui
l'environne; ces deux escaliers sont gaux l'un  l'autre en toutes
leurs parties; la faon du noyau est semblable de haut en bas, et les
marches pareilles en longueur, en largeur et en hauteur. L'glise et le
degr furent commencs par le pape Benot XII du nom, de l'ordre de
saint Bernard, continu par un cardinal du mme ordre nomm Guillaume.
Ces degrs n'ont que deux croises, l'une qui les claire tous deux par
en haut, l'autre par en bas[431]. En cherchant  expliquer par une
figure la description de Sauval, on trouverait le plan (13). En A et B
sont les deux entres, en C et D les deux premires marches; le nombre
de marches  monter de C en E, vu la hauteur de ces marches, permet de
dgager sous le giron E pour prendre la seconde rampe D; les degrs
continuent ainsi  monter en passant l'un au-dessus de l'autre. Il est
clair que deux personnes montant par C et par D ne pouvaient ni se voir
ni se rencontrer. Sauval dcrit encore de trs-jolis escaliers qui se
trouvaient  Saint-Mderic de Paris et qui dataient de la fin du XVe
sicle. Voici ce qu'il en dit[432]:

Il existait deux vis de Saint-Gille dans les deux tourelles qui sont
aux deux cts de la croise hors-d'oeuvre. L'une est  pans et l'autre
ronde. Toutes deux ont t dessines par un architecte trs-savant et
fort entendu  la coupe des pierres. La ronde est couverte d'une vote
en cul-de-four ou coquille, si bien et si doucement conduite, qu'il est
difficile d'en trouver une dont les traits fort doux et hardis soient ni
mieux conduits ni mieux excuts. Sa beaut consiste particulirement en
six portes qui se rencontrent toutes ensemble en un mme endroit et sur
un mme palier aussi bien que les traits de tous leurs jambages, et cela
sans confusion, chose surprenante et admirable. La colonne de cette vis
ronde est en quelques endroits torse ou onde, et quoique les traits
partent des deux artes o l'onde est renferme, ils sont toutefois si
bien conduits que la vote en est toujours et partout de semblable
ordonnance.

L'autre vis  pans est tantt pentagone et tantt hexagone. Son noyau
est des plus grles et ses artes des plus pointues, et est de haut en
bas conduit avec la mme dlicatesse et la mme excellence de l'autre.
La merveille de ces deux vis consiste en leur petitesse et en la
tendresse des murailles qui les soutiennent, ne portant pas neuf pouces
d'paisseur (0m,23).

Nous n'en finirions pas si nous voulions citer tous les textes qui
s'occupent des escaliers du moyen ge et particulirement de ceux du
commencement de la Renaissance, car  cette poque c'tait  qui, dans
les rsidences seigneuriales, les htels et les couvents mmes,
lverait les plus belles vis et les plus surprenantes. Dans la
description de l'abbaye de Thlme, Rabelais ne pouvait manquer
d'indiquer une vis magistrale cent fois plus magnifique que n'est
celle de Chambord. Au milieu (des btiments, dit-il)[433] estoit une
merveilleuse viz, de laquelle l'entre estoit par les dehors du logis en
un arceau large de six toises. Icelle estoit faite en telle symtrie et
capacit, que six hommes d'armes, la lance sur la cuisse, pouvoient de
front monter jusques au-dessus de tous le bastiment[434].

Nous avons vu comment Raymond du Temple avait dispos le grand escalier
du Louvre en dehors des btiments afin de n'tre point gn dans la
disposition des entres, des passages de rampes et des paliers. Cette
mthode, excellente d'ailleurs, persiste longtemps dans la construction
des habitations seigneuriales; nous la voyons adopte dans le chteau de
Gaillon (14). Ici l'escalier principal tait pos  l'angle rentrant
form par deux portiques E F. On pouvait prendre la vis en entrant par
deux arcs extrieurs A A et par deux arcs B B donnant sous le portique,
la premire marche tant en D. Cette disposition permettait, aux tages
suprieurs, d'entrer dans les galeries par une ouverture perce dans
l'angle en G[435]. Un pareil escalier ne pouvait en rien gner les
distributions intrieures.  Blois nous retrouvons un escalier
indpendant des corps de logis et plac au milieu d'une des ailes au
lieu d'tre lev dans un angle. Dans la construction du palais des
Tuileries, Philibert Delorme avait encore conserv cette tradition de la
grande vis du moyen ge, et son escalier plac dans le pavillon dit de
l'Horloge aujourd'hui passait, comme celui de Chambord, pour une
merveille d'architecture. D'ailleurs, les vis de Gaillon, de Blois, de
Chambord et des Tuileries taient termines par des lanternes qui, comme
celle du grand escalier du Louvre, couronnaient le fate et donnaient
entre sur une terrasse[436]. Quelquefois aussi ces vis taient
intercales dans les constructions, mais de telle faon qu'elles
conservaient leurs montes indpendantes. On retrouve cette disposition
adopte dans des chteaux du XVe sicle et du commencement du XVIe.
Alors la vis, au lieu d'tre en dehors du portique comme  Gaillon,
laissait le portique passer devant elle. La figure 15 prsente en plan
un escalier tabli d'aprs cette donne. Un portique A B est plant 
rez-de-chausse devant les pices d'habitation. La cage d'escalier est
en retraite et carre, son entre est en E, la premire marche en C.
Dans les angles du carr des trompes arrivent  une corniche spirale et
soutiennent les marches d'angles, qui sont plus longues que les autres.
De cette manire les gens qui montent ou descendent profitent
entirement de la cage carre, et, cependant, les marches dlardes par
dessous sont toutes de la mme longueur, comme si elles gironnaient dans
un cylindre. La coupe de cet escalier, faite sur la ligne A B, figure
16, indique clairement la disposition des rampes, de leurs balustrades,
des arrives sur le sol du portique  l'entre-sol en G, et au premier en
H. Il existe une disposition d'escalier absolument semblable  celle-ci
dans le chteau de Chteaudun[437]. Mais dans la vis de Chteaudun les
trompes d'angle arrivent du carr  l'octogone, et des culs-de-lampes
poss aux angles de l'octogone portent la corniche spirale, dont la
projection horizontale tant un cercle parfait soutient les bouts des
marches. Une vue prise  la hauteur de la premire rvolution de
l'escalier de Chteaudun, figure 17, l o cette rvolution coupe le
portique du rez-de-chausse dans sa hauteur, fait saisir l'arrangement
des trompes, des culs-de-lampes, de la corniche en spirale et des
marches dlardes en dessous. Cet arrangement est d'ailleurs reprsent
en projection horizontale dans le plan (18).

Les trompes de la vis de Chteaudun sont appareilles; ce sont des
plates-bandes lgrement inclines vers l'angle; cet escalier tait d'un
assez grand diamtre pour exiger cet appareil. Dans des vis d'un moins
grand dveloppement, les angles, qui du carr arrivent  un octogone,
n'ont pas autant d'importance; ces angles forment seulement un pan
abattu de faon  donner en projection horizontale un octogone  quatre
grands cts et  quatre plus petits. Alors ces trompes, ou ces goussets
plutt, sont appareills d'une seule pierre. L'escalier de l'htel de la
Trmoille  Paris[438] donnait en plan un carr avec un grand pan
abattu; les trois angles droits restant  l'intrieur taient, sous les
marches, garnis de trompillons pris dans une seule pierre sculpte. Nous
donnons, figure 19, l'un de ces trompillons. C'tait dans ces angles que
l'on plaait les flambeaux destins  clairer les degrs. Ces flambeaux
taient, soit ports sur de petits culs-de-lampes, quelquefois dans de
petites niches, soit scells dans la muraille en manire de bras.

Les textes que nous avons cits prcdemment indiquent assez combien,
dans les habitations seigneuriales, on tenait  donner (au moins  dater
du XIVe sicle) une apparence de luxe aux grands escaliers. Les
architectes dployaient les ressources de leur imagination dans les
votes qui les terminaient et dans la composition des noyaux. Il existe
encore  Paris, dans la rue du Petit-Lion-Saint-Sauveur, une grosse tour
qui dpendait autrefois de l'htel que les ducs de Bourgogne possdaient
rue Pave-Saint-Sauveur. Cette tour, btie sur plan quadrangulaire,
couronne de mchicoulis, contient une belle vis ferme  son sommet par
une vote retombant sur le noyau; les nervures de cette vote en arcs
d'ogive figurent des troncs de chne d'o partent des branches feuillues
se rpandant sous les voussures[439]. Les noyaux des escaliers  vis
primitifs, ou portaient une vote spirale (figure 7), ou faisaient
partie des marches elles-mmes (figure 9). Lorsque l'on donna un grand
diamtre  ces escaliers, il ne fut plus possible de prendre le noyau
dans la marche; on largit ces noyaux pour viter l'aiguit des marches
se rapprochant du centre, et celles-ci furent encastres dans ce noyau
bti par assises, ou bien encore on composa les noyaux de grandes
pierres en dlit comme on le fait pour les poteaux des vis en charpente.
Ce fut alors que l'on enrichit ces noyaux de sculptures dlicates, qu'on
les mit  jour quelquefois, et que les appareilleurs eurent l'occasion
de faire preuve de science. Ces noyaux portrent des mains-courantes
prises dans la masse et des saillies en forme de bandeau spirale, pour
recevoir les petits bouts des marches.

Le noyau de l'escalier de Chteaudun, donn fig. 17, est couvert
d'ornements trs-dlicats; il est mont en assises hautes; nous en
donnons, fig. 20, un morceau. En A est la main-courante, et en B le
bandeau recevant les marches dont l'incrustement est indiqu dans notre
dessin. Le noyau de la vis de l'htel de la Trmoille tait fait de
trois morceaux de pierre du haut en bas, poss en dlit, couverts de
sculptures, et recevant de mme, dans des encastrements, les houts des
degrs[440]. Les morceaux superposs de cet arbre de pierre taient
relis entre eux au moyen de forts goujons de pierre dure. Inutile de
dire que la taille de pareils noyaux, faite avant la pose, devait exiger
une adresse et une connaissance du trait fort remarquables.

Parfois, ds le XIVe sicle, lorsqu'on n'avait qu'un trs-petit espace
pour dvelopper les escaliers  vis intrieurs, on supprimait
entirement le noyau afin de laisser du dgagement pour ceux qui
montaient ou descendaient. Les marches taient alors simplement
superposes en spirale, et portaient chacune un boudin  leur extrmit,
prs du centre, pour offrir une main-courante;  la place du noyau tait
un vide. Voici (21), en A la moiti du plan d'une vis de ce genre, en B
sa coupe sur la ligne CD, et en G une de ses marches en perspective,
avec l'indication au pointill des surfaces non vues et du lit
infrieur. Il arrivait aussi que dans les intrieurs des appartements,
et pour communiquer d'un tage  l'autre, on levait des escaliers
prenant jour sur les salles, des vis enfermes dans des cages en partie
ou totalement  claire-voie. Il existe deux charmants escaliers de ce
genre, qui datent du commencement du XIIIe sicle, dans les deux salles
de premier tage des tours de Notre-Dame de Paris. Nous ne croyons pas
ncessaire de les donner ici, car ils ont t gravs plusieurs fois
dj, et sont parfaitement connus. On voit une de ces vis, enclose entre
des colonnes, dans la cathdrale de Mayence, et qui date du milieu du
XIIIe sicle; nous donnons (22) la moiti de son plan et une rvolution
entire[441].  partir du mur circulaire qui ne monte que jusqu'au
niveau A, la construction consiste seulement en des marches portant
noyau, et en des colonnettes, toutes d'gale hauteur, soutenant chacune
l'extrmit extrieure d'une marche. Rien n'est plus simple et plus
lgant que cette petite construction. On voit aussi des escaliers de ce
genre  la partie suprieure des tours des cathdrales de Laon et de
Reims. Ces vis s'lvent au milieu des grands pinacles qui, du dernier
tage de la faade, forment aux quatre angles des tours une dcoration
ajoure dans toute leur hauteur. Les vis des tours de Reims ont cela de
particulier, que trois marches sont prises dans une seule assise (les
matriaux avec lesquels ce monument fut lev sont normes), et que les
bouts extrieurs de ces marches sont soulags par des morceaux de
pierres en dlit. Chaque bloc est donc taill conformment au trac
perspectif, fig. 23. Des chandelles de pierre B viennet soulager les
portes A, puis se poser au-dessus des extrmits des marches en C. Par
le fait, c'est le noyau D qui porte toute la charge, et les pierres B ne
sont qu'une suite d'tanons formant clture  jour. Il arrive aussi que
ces vis sont mi-partie engages dans la muraille, mi-partie ajoures;
c'tait ainsi qu'taient disposs la plupart des escaliers intrieurs
qui mettaient en communication deux pices superposes. L'escalier de la
tribune de l'glise Saint-Maclou de Rouen (XVIe sicle), celui du choeur
de la cathdrale de Moulins (XVe sicle), fournissent de trs-jolis
exemples de ces sortes de vis prenant jour sur les intrieurs.

Nous avons vu comment les marches des vis forment naturellement plafond
rampant par-dessous les degrs; comment ces marches sont dlardes ou
simplement chanfreines, ou mme laisses  angles vifs, donnant ainsi
comme plafond la contre-partie du degr. Mais il arrivait que l'on tait
parfois oblig d'tablir des rampes droites ou circulaires  travers des
constructions massives, dans les chteaux, dans les tours. Les
couvertures de ces rampes avaient alors un poids considrable  porter.
Si ces rampes taient larges (comme le sont en gnral les descentes de
caves dans les chteaux), les architectes n'osaient pas fermer ces
escaliers par des plafonds rampants, composs d'une suite de linteaux,
dans la crainte des ruptures. Alors, que faisaient-ils? Ils bandaient
une suite d'arcs briss A ou plein ceintres A' juxtaposs (24), mais
suivant la dclivit des degrs, ainsi que l'indique la coupe B. Ces
arcs avaient tous leur naissance sur le mme nu; ils taient tous
taills sur la mme courbe. Si l'intrados de leurs sommiers venait
mourir au nu du mur, l'extrados arrivait en C. Ces sommiers taient donc
galement assis, et les appareilleurs ou poseurs vitaient les
difficults de coupe et de pose des votes rampantes, dont les sommiers
sont longs  tracer, occasionnent des dchets de pierre considrables et
ncessitent des soins particuliers  la pose. Si ces degrs,  travers
des constructions, taient troits, si les architectes possdaient des
pierres fortes, ils se contentaient de juxtaposer, suivant la dclivit
des rampes, une srie de linteaux soulags par des corbeaux au droit des
portes (voy., fig. 24, le trac D et la coupe E). Ces constructions,
fort simples, produisent un bon effet, ont un aspect solide et
rsistant; elles indiquent parfaitement leur destination et peuvent
impunment tre pratiques sous des charges considrables. Les votes
bandes par ressauts n'ont pas, sous des gros murs ou des massifs,
l'inconvnient de faire glisser les constructions suprieures, comme
cela peut arriver lorsque l'on tablit sous ces charges des berceaux
rampants. Quelquefois dans les rampes couvertes par des linteaux, au
lieu de simples corbeaux poss sous chacun de ces linteaux, c'est un
large profil continu qui ressaute d'querre au droit des pierres formant
couverture, ainsi que l'indique la fig. 25. D'une ncessit de
construction ces architectes ont fait ici, comme partout, un motif de
dcoration.



ESCALIERS DE CHARPENTE ET DE MENUISERIE.--Des escaliers de bois
antrieurs au XVIe sicle, il ne nous reste que trs-peu de fragments.
Les plus anciens sont peut-tre les deux vis du sacraire de la
Sainte-Chapelle de Paris[442]; il est vrai que ce sont des
chefs-d'oeuvre de menuiserie du XIIIe sicle. Cependant les architectes
du moyen ge avaient pouss trs-loin l'art de disposer les escaliers de
bois dans des logis, et en ceci leur subtilit avait d leur venir en
aide, car de toutes les parties de la construction des difices ou
maisons particulires, l'escalier est celle qui demande le plus
d'adresse et d'tude, surtout lorsque, comme il arrivait souvent dans
les villes et mme les habitations seigneuriales du moyen ge, on
manquait de place. Ainsi qu'on peut le reconnatre en examinant les
intrieurs des chteaux et des maisons, les architectes faisaient des
escaliers de bois  un ou deux ou quatre noyaux,  double rampe; ils
allaient jusqu' faire des escaliers  vis en bois tournant sur un
pivot, de manire  masquer d'un coup toutes les portes des appartements
des tages suprieurs. Dans son _Thtre de l'art du Charpentier_,
Mathurin Jousse (1627) nous a conserv quelques-unes de ces mthodes
encore usites de son temps[443]. Personne n'ignore, dit cet
auteur[444], qu'entre toutes les pices de la charpente d'un logis, la
monte ne cde en commodit et utilit  aucune autre; estant le
passage, est comme l'instrument commun de l'usage et service que rendent
les chambres, estages et tout l'difice: et si elle est utile, elle
n'est pas moins gentille, mais aussi difficile, tant pour le tracement,
joinctures et assemblages, que pour la diversit qui se retrouve en
icelles: car outre les ordinaires, qui se font communes  toutes les
chambres d'un logis, il y en a qui (bien qu'elles soient communes) ont
nantmoins telle proprit, que deux personnes de deux divers logis ou
chambres peuvent monter par icelles sans s'entre-pouvoir voir: et par
ainsi une seule fera fonction de deux, et sera commune sans l'estre. Il
s'en fait encores d'autres faons, non moins gentilles que les
prcdentes: car estans basties sur un pivot, elles se tournent
aisment, de sorte qu'en un demy-tour elles peuvent fermer toutes les
chambres d'une maison, et forclorre le passage aux endroicts o
auparavant elle le donnoit...

Avant de prsenter quelques exemples d'escaliers en charpente ou
menuiserie, il est ncessaire d'indiquer d'abord quels sont les lments
dont se composent ces montes. Il y a les escaliers  limons droits avec
poteaux, les escaliers  noyaux et les escaliers  vis sans noyaux et 
limons spirales. Les marches, dans les escaliers en bois du moyen ge,
sont toujours pleines, assembles dans le limon  tenons et mortaises.

Soit (26) un limon droit prsent en face intrieure en A et en coupe en
B; chaque marche portera un tenon C avec un paulement D, et sera
lgrement embrve dans le limon en E. Ces marches seront dlardes
par-dessous et formeront plafond rampant. Le limon portera aussi les
poteaux de balustrades G qui viendront s'assembler dans des mortaises
pratiques dans les renforts H. Les bouts des marches avec leur tenon
sont figurs en K. Ces marches tant pleines sont prises,
habituellement, dans des billes de bois ainsi que l'indique le trac L.
Trois sciages I divisent la bille en chne de 0,50 c. de diamtre, ou
environ en six triangles dans chacun desquels on trouve une marche, de
faon  ce que le devant de chaque marche soit plac du ct du coeur du
bois, le devant des marches tant la partie qui fatigue le plus. S'il
reste quelques parties d'aubier ou des flaches, elles se trouvent ainsi
dans la queue de la marche qui ne subit pas le frottement des pieds.
Cette faon de prendre les marches en plein bois, le devant vers le
coeur, a en outre l'avantage d'empcher les bois de se gercer ou de se
gauchir, les sciages tant prcisment faits dans le sens des gerces. Ce
dbillardement des marches ne perd aucune des parties solides et
rsistantes du bois, les marches se trouvent toutes dans les mmes
conditions de duret, et il reste en M de belles dosses que l'on peut
utiliser ailleurs. On reconnat que les constructeurs ont, soit pour les
limons, soit pour les marches, choisi leurs bois avec grand soin afin
d'viter ces dislocations et ces gerces si funestes dans des ouvrages de
ce genre. Quelquefois, mais rarement, les marches sont en noyer ou en
chtaignier[445].

Ces premiers principes de construction poss, examinons d'abord un
escalier  deux rampes et  paliers avec marches palires, limons droits
et poteaux d'angle; c'est l'escalier de charpente le plus simple, celui
qui se construit par les moyens les plus naturels. Voici, fig. 27, en A,
le plan d'une monte tablie d'aprs ce systme; la premire marche est
en B, on arrive au premier palier C, on prend la seconde rampe dont la
marche est en D, on monte jusqu'au palier E, qui est au niveau du
premier tage, et ainsi de suite pour chaque tage. L'chelle du plan
est de 0,01 c. pour mtre. Faisons une coupe longitudinale sur _a b_, et
prsentons la au double pour plus de clart. Ses quatre poteaux d'angles
montent de fond et se posent sur un parpaing de pierre. Le premier limon
repose galement sur cette assise et vient s'assembler dans le poteau F
qui reoit  mi-bois la marche palire G, soulage encore par une
poutrelle assemble  tenons et mortaises, et reposant sur le renfort H.
Passons  la troisime rampe qui est semblable en tout  la seconde, et
qui est figure dans la coupe. Le limon est soulag dans sa partie par
un gousset I et un lien K. Les grands liens sont surtout ncessaires
pour empcher le roulement et les pousses qui ne manquent pas de se
produire dans un escalier de ce genre s'il dessert plusieurs tages; ils
roidissent tout le systme de charpente, surtout si, comme nous l'avons
trac, on tablit un panneau  jour dans le triangle form par le
poteau, le limon et ce lien. Les montants des balustrades sont assembls
dans les limons, et leurs mains-courantes dans les poteaux.

Examinons maintenant comment se combinent les assemblages des limons
dans les poteaux, les marches palires, les poutrelles de butte des
paliers, etc. Fig. 28: en A, nous avons trac sur une mme projection
verticale les poteaux en regard, la marche palire, la marche d'arrive
et celle de dpart (c'est le dtail de la partie L de la fig. 27); en B
est figur le poteau; en C, la poutrelle de butte avec son double tenon
et son profil en C'; en D, le gousset du limon de dpart; en EE', le
limon d'arrive; en FF', le limon de dpart avec son tenon; en G, la
dernire marche faisant marche palire; en H, la premire marche de
dpart posant sur la marche palire avec son tenon I s'assemblant dans
le poteau; en K, la partie de la marche palire vue en coupe entre les
deux poteaux. Cette marche palire, assemble  mi-bois dans le poteau
et reposant en partie sur la poutrelle C, est fortement serre dans son
assemblage au moyen d'un boulon qui vient prendre le gousset D. Les
poteaux ont 0,18 c. sur 0,20 poss de champ dans le sens de
l'emmarchement. Le gousset D et les limons EE', FF' ne sont pas
assembls dans les milieux des poteaux; ces limons portent 0,15 c.
d'paisseur, et affleurent le nu extrieur des poteaux (voir le plan).
Voyons les divers assemblages pratiqus dans le poteau, tracs dans le
dtail perspectif O. En N est le renfort destin  recevoir la poutrelle
de butte C; en P, les deux mortaises et l'embrvement d'assemblage de
cette poutrelle; en R, l'entaille dans laquelle se loge la marche
palire avec le trou S du boulon; en T, le gousset. Le trac perspectif
Q nous montre la marche palire du ct de ses entailles entrant dans
celles R des poteaux. La dernire marche d'arrive est figure en U; la
premire marche de dpart en V avec son embrvement et son tenon X; on
voit en Y le trou de passage du boulon. Ce systme d'escaliers  rampes
droites avec paliers persista jusqu'au XVIIe sicle; il tait fort
solide, ne pouvait se dformer comme la plupart de nos escaliers, dont
les limons attachs seulement aux marches palires finissent toujours
par flchir. C'est de la vritable charpente dont tous les assemblages
sont visibles, solides, et composent seuls la dcoration. Rien ne
s'opposait d'ailleurs  ce qu'on couvrt ces poteaux, ces limons, ces
liens, ces balustrades, de sculptures et de peintures; aussi le
faisait-on souvent.

On faisait en bois des escaliers  vis aussi bien qu'en pierre. Les plus
anciens taient construits de la mme manire, c'est--dire que les
marches taient pleines, superposes, et portaient noyau. On en
faonnait  doubles limons qui pouvaient possder deux rampes, ainsi que
nous l'avons dit plus haut, c'est--dire (29) qu'en entrant
indiffremment par l'une des deux portes CC', on prenait l'une ou
l'autre rampe dont la premire marche est en A. C'tait un moyen de
donner entre dans les pices des tages suprieurs par des portes
perces au-dessus de celles CC'. La personne qui sortait par la porte C
ne pouvait rejoindre celle sortant par la porte C', les deux rampes
gironnant l'une au-dessus de l'autre. Les deux noyaux taient runis par
deux limons B se croisant. Ces escaliers, fort communs pendant le moyen
ge et jusqu'au XVIIe sicle, taient commodes, et on ne s'explique pas
pourquoi on a cess de les mettre en oeuvre. D'un bout les marches
dbillardes, pleines, s'assemblaient  tenon et mortaise dans les deux
noyaux et dans les limons; de l'autre, elles taient engages dans la
maonnerie ou portaient sur un filet en charpente clou le long d'un pan
de bois.

Mais souvent les escaliers  vis en bois taient compltement isols,
formaient une oeuvre indpendante de la btisse. Ces escaliers mettaient
en communication deux tages, et on les plaait dans l'angle d'une pice
pour communiquer seulement  celle au-dessus. C'tait l plutt une
oeuvre de menuiserie que de charpenterie, traite avec soin et souvent
avec une grande richesse de moulures et de sculpture. Toutefois, les
marches de ces escaliers de menuiserie restrent pleines jusque pendant
le XVe sicle, portaient noyaux, et taient runies au centre au moyen
d'une tige de fer rond, d'un boulon, qui les empchait de dvier. Chaque
marche (30), possdait son montant dans lequel elle venait s'assembler.
Ces montants, d'un seul morceau pour chaque tage, taient assembls au
pied dans un plateau en charpente, et au sommet dans un cercle galement
en charpente. Cela formait une cage cylindrique ou un prisme ayant
autant de pans qu'il y avait de marches en projection horizontale. Nous
donnons en A le plan d'un quart d'un escalier de ce genre portant douze
marches sur sa circonfrence. Les montants sont en B, et le noyau port
par chaque marche en C. Les espaces EF donnent le recouvrement des
marches l'une sur l'autre, le devant de chaque marche tant en F, et le
derrire en E. Si nous faisons une lvation de ce quart de
circonfrence de l'escalier, nous obtenons la projection verticale G. On
voit en I le boulon qui enfile les assises de noyau tenant  chaque
marche. Les abouts des marches paraissent en K, et reposent sur un
gousset embrv dans les montants. Le dtail O donne la section
horizontale d'un montant au dixime de l'excution. En _a_ est le tenon
du derrire de la marche indique en _a'_ sur le trac perspectif M; en
_b_ est l'embrvement de la tte du gousset; son tenon est indiqu en
_b'_ sur le trac perspectif N; le derrire de la marche tant en _e_,
et le devant de la marche au-dessus en _f_. Chaque marche, reposant sur
la queue de celle au-dessous qui porte le tenon _a_, n'a pas besoin d'un
tenon sur le devant, d'autant que ces marches portent en plein sur le
gousset J muni d'une languette P destine  arrter leurs abouts T. Une
entaille R faite dans le poteau permet en outre  la marche de
s'embrver dans ce montant. Le trac perspectif M montre le devant de la
marche lgi en S, l'about visible  l'extrieur en T, les deux
entailles laissant passer les montants et s'y embrvant en Q,
l'embrvement de la languette du gousset sous l'about et le
dbillardement postrieur en V, pratiqu pour dgager et allgir. C'est
d'aprs ce principe que sont taills les deux escaliers du sacraire de
la Sainte-Chapelle du Palais (XIIIe sicle), et quelques escaliers de
beffroi, notamment celui de la tour Saint-Romain  Rouen (XVe sicle).
Deux des montants, coups  deux mtres du sol, et reposant sur une
traverse assemble dans les poteaux voisins, permettaient d'entrer dans
ces cages et de prendre la vis. Il est clair qu'on pouvait orner les
montants de chapiteaux, de moulures, que les goussets pouvaient tre
fort riches et les abouts des marches profils. Le boulon d'axe except,
ces escaliers taient brandis et maintenus assembls sans le secours de
ferrures; c'tait oeuvre de menuiserie, sans emploi d'autres moyens que
ceux propres  cet art si ingnieux lorsqu'il s'en tient aux mthodes et
procds qui lui conviennent.

Vers le commencement du XVe sicle, on cessa gnralement, dans la
structure des escaliers  vis en charpente ou menuiserie, de faire
porter  chaque marche un morceau du noyau. Celui-ci fut mont d'une
seule pice, et les marches vinrent s'y assembler dans une suite de
mortaises creuses les unes au-dessus des autres suivant la rampe. C'est
ce qu'on faisait  la mme poque pour les escaliers  vis en pierre,
ainsi que nous l'avons dit plus haut. De mme que l'on sculptait les
noyaux en pierre, qu'on y taillait des mains courantes, qu'on y
mnageait des renforts pour recevoir les petits bouts des marches, de
mme on faonnait les noyaux en charpente. Nous avons vu dmolir dans
l'ancien collge de Montaigu,  Paris, un joli escalier  vis en
menuiserie, dont le noyau pris dans une longue pice de bois de douze 
quinze mtres de hauteur tait fort habilement travaill en faon de
colonne  nervures torses avec portes sous les marches et main
courante. Nous donnons (31) la disposition de ces noyaux de charpente au
droit de l'assemblage des marches. En A on distingue les mortaises de
chacune de ces marches avec l'paulement infrieur B pour soulager les
portes; en C est la main courante prise dans la masse comme
l'paulement; son profil est trac en D coup perpendiculairement  son
inclinaison; le profil de la corniche avec l'paulement est trac en E.

Avant de finir cet article, disons un mot de ces escaliers pivotants
dont parle Mathurin Jousse, et qui devaient tre employs dans des logis
o l'on avait  craindre les surprises de nuit, dans les manoirs et les
donjons. Ces escaliers s'tablissaient dans une tour ronde, dans un
cylindre de maonnerie perc de portes  la hauteur des tages o l'on
voulait arriver. L'escalier tait indpendant de la maonnerie, et se
composait (32) d'un arbre ou noyau  pivot supportant tout le systme de
charpente. Le plan de cet escalier est figur en A, et sa coupe en B. 
chaque tage auquel il fallait donner accs tait mnag un palier C
dans la maonnerie. Nous supposons toutes les portes perces au-dessus
de celle D du rez-de-chausse. La premire marche est en E; de E en F,
les marches sont fixes et sont indpendantes du noyau en charpente mont
sur un pivot infrieur en fer G, et maintenu au sommet de la vis dans un
cercle pris aux dpens de deux pices de bois horizontales. La premire
marche assemble dans le noyau est celle H; elle est puissamment
soulage ainsi que les trois suivantes par des potences I.  partir de
cette marche soulage H, commence un limon spirale assembl dans les
abouts des marches, et portant une cloison en bois cylindrique perce de
portes au droit des baies de maonnerie D. Au-dessus de la troisime
marche (partant de celle H) les autres marches jusqu'au sommet de la vis
ne sont plus soulages que par les petits liens K, moins longs que les
potences I, afin de faciliter le dgagement. Ainsi toutes les marches,
le limon et la cloison cylindrique portent sur l'arbre pivotant O.
Lorsqu'on voulait fermer d'un coup toutes les portes des tages, il
suffisait de faire faire un quart de cercle au cylindre en tournant le
noyau sur son axe. Ces portes se trouvaient donc masques; entre la
marche F et celle H il restait un intervalle, et les personnes qui
l'auraient franchi pour pntrer dans les appartements, trouvant une
muraille en face les ouvertures pratiques dans le cylindre, ne
pouvaient deviner la place des portes vritables correspondant  ces
ouvertures lorsque l'escalier tait remis  sa place. Un simple arrt
pos par les habitants sur l'un des paliers C empchait de faire pivoter
cette vis. C'tait l un moyen sr d'viter les importuns. Nous avons
quelquefois trouv des cages cylindriques en maonnerie dans des
chteaux, avec des portes  chaque tage, sans aucune trace d'escalier
de pierre ou de bois; il est probable que ces cages renfermaient des
escaliers de ce genre, et nous pensons que cette invention est fort
ancienne; il est certain qu'elle pourrait tre utilise lorsqu'il s'agit
d'arriver sur plusieurs points de la circonfrence d'un cercle  un mme
niveau. Nous avons l'occasion de parler des escaliers dans les articles
CHTEAU, MAISON, MANOIR, PALAIS.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 14.]
[Illustration: Fig. 15.]
[Illustration: Fig. 16.]
[Illustration: Fig. 17.]
[Illustration: Fig. 18.]
[Illustration: Fig. 19.]
[Illustration: Fig. 20.]
[Illustration: Fig. 21.]
[Illustration: Fig. 22.]
[Illustration: Fig. 23.]
[Illustration: Fig. 24.]
[Illustration: Fig. 25.]
[Illustration: Fig. 26.]
[Illustration: Fig. 27.]
[Illustration: Fig. 28.]
[Illustration: Fig. 29.]
[Illustration: Fig. 30.]
[Illustration: Fig. 31.]
[Illustration: Fig. 32.]

     [Note 407: Voy. _Some account of Domest. Archit. in England,
     from the conquest to the end of the thirteenth century_, by
     T. Hudson Turner. J. Parker, Oxford, 1851.]

     [Note 408: Voy. Du Cerceau, _Des plus excellens bastimens de
     Frane_.]

     [Note 409: _Lai d'Ywenec_; posies de Marie de France, XIIIe
     sicle.]

     [Note 410: Voy. Topog. de la France; Bib. imp.]

     [Note 411: Des remparts de Carcassonne, fin du XIIIe sicle.]

     [Note 412: On voit encore un escalier de ce genre sur les
     parties suprieures de l'glise de Saint-Nazaire de
     Carcassonne, et  Notre-Dame de Paris dans les galeries du
     transsept.]

     [Note 413: La coupe est faite suivant _a b_, en pourtournant
     le noyau pour faire voir le recouvrement des marches.]

     [Note 414: Sauval.]

     [Note 415: _Mmoires du sire de Joinville_, pub. par Fr.
     Michel, p. 190. Paris, 1858.]

     [Note 416: _Hist. et Antiq. de la ville de Paris_, t. II, p.
     23.]

     [Note 417: Raymond du Temple tait sergent d'armes et en mme
     temps matre des oeuvres du roi Charles V.]

     [Note 418: Sauval est ici dans l'erreur, ces sortes
     d'escaliers taient invents ds l'poque romaine; mais, il
     vrai dire, les architectes du moyen ge prfraient toujours
     l'escalier  vis, par les motifs dduits plus haut.]

     [Note 419: Sauval rend en cela justice  nos vieux matres
     des oeuvres qui faisaient les escaliers proportionns aux
     services auxquels ils devaient satisfaire.]

     [Note 420: C'est--dire que la dernire marche de l'escalier
     tait  10 toises  pied du sol de la cour, soit  20 mtres,
     et devait ainsi desservir deux tages au-dessus du
     rez-de-chausse, plus la terrasse.]

     [Note 421:   pied chacune, cela fait 41 pieds  ou 13m,30
     environ.]

     [Note 422:   pied chacune, cela fait 20 pieds , soit 6m,60
     environ. Ces mesures de dtail sont d'accord avec la mesure
     gnrale et produisent environ 20 mtres.]

     [Note 423: C'tait bien l en effet le but que se proposaient
     les architectes du moyen ge. De plus, en plaant ainsi les
     grands escaliers hors-oeuvre, ils ne drangeaient pas les
     distributions intrieures, prenaient autant de jours qu'ils
     voulaient et disposaient leurs paliers sans embarras.]

     [Note 424: C'est--dire en dedans du corps de logis du nord.
     (Voy. CHTEAU, fig. 20, 21 et 22.)]

     [Note 425: On voit que Raymond avait sign son oeuvre en
     plaant ainsi deux sergents d'armes des deux cts de la
     porte principale donnant au premier tage sur l'escalier.]

     [Note 426: Sauval entend indiquer videmment ici que ces
     dernires statues taient poses suivant le giron de
     l'escalier. En effet, dans ces escaliers  vis,
     l'architecture suivait le mouvement des marches et les
     statues devaient ressauter  chaque pilier, pour cadrer avec
     l'architecture.]

     [Note 427: Le gble de la dernire croise.]

     [Note 428: Ce fut Charles V qui le premier ne chargea plus
     l'cu de France que de trois fleurs de lis; ce changement aux
     armes de France n'eut donc lieu que postrieurement  1365.]

     [Note 429: Il ne peut tre ici question que de la vote
     leve au sommet de la petite vis.]

     [Note 430: _Hist. et Antiq. de la ville de Paris_, l. IV, t.
     I, p. 435.]

     [Note 431: Ce fut en 1336 que le pape Benot XII commena
     l'glise des Bernardins de Paris.]

     [Note 432: _Hist. et Antiq. de la ville de Paris_, l. IV, t.
     I. p. 438.]

     [Note 433: L, I, ch. LIII.]

     [Note 434: videmment Rabelais avait, en crivant ceci, le
     souvenir du grand escalier de Chambord dans l'esprit;
     toutefois il est surprenant qu'il n'ait pas fait mention de
     la double rampe.]

     [Note 435: Voy. _Les plus excellens bastimens de France_. Du
     Cerceau.]

     [Note 436: Au palais des Tuileries, la lanterne couronnait
     une coupole flanque de quatre lanternons en forme
     d'chauguettes].

     [Note 437: Ce chteau, qui ne fut jamais termin, appartient
      M. le duc de Luynes; la partie  laquelle appartient
     l'escalier date des premires annes du XVIe sicle.]

     [Note 438: Dmoli en 1840; quelques fragments de cet htel
     sont dposs  l'cole des Beaux-Arts.]

     [Note 439: Voy. dans l'_Itinraire archologique de Paris_,
     par M. de Guilhermy, 1855, p. 299, une description de cette
     tour et une vue de l'escalier.]

     [Note 440: Il existe des fragments importants de ce noyau 
     l'cole des Beaux-Arts.]

     [Note 441: Cet escalier montait autrefois au-dessus de la
     clture du choeur.]

     [Note 442: Un seul de ces escaliers est ancien, le second a
     t refait exactement sur le modle de celui qui existait
     encore au moment o les travaux de restauration ont t
     entrepris.]

     [Note 443: Nous l'avons dit dj bien des fois, la
     Renaissance en France ne fut gure qu'une parure nouvelle
     dont on revtissait l'architecture; le constructeur, jusqu'au
     milieu du XVIIe sicle, restait franais, conservait et
     reproduisait ses vieilles mthodes beaucoup meilleures que
     celles admises depuis cette poque jusqu' la fin du dernier
     sicle.]

     [Note 444: CXVIIIe figure, page 155.]

     [Note 445: Particulirement dans le centre de la France.]



ESCHIF, s. m. Petite fortification flanquante que l'on faisait pour
dfendre les approches d'une porte, pour enfiler un foss, lorsque les
enceintes des villes consistaient en une simple muraille. Souvent les
eschifs taient des ouvrages en bois que l'on tablissait provisoirement
si le temps ou les ressources manquaient pour lever des tours. Lebeuf,
dans son _Histoire de la ville d'Auxerre_[446], dit qu' la fin du XIVe
sicle, on leva autour de la ville d'Auxerre plusieurs eschifs. On
dmolissoit en certains endroits et on rebtissoit en d'autres; on
donnoit la forme de vritables tours  ce qui, auparavant, n'toit qu'un
simple eschif; en un mot on fortifioit la ville  proportion du produit
des octrois que les rois Charles V et Charles VI avoient accords.
Aprs un sige durant lequel les murailles avaient t endommages et
les tours dmanteles, on posait sur les courtines des eschifs (1) pour
commander les dehors, pendant qu'on faisait excuter les rparations
juges ncessaires[447].

[Illustration: Fig. 1.]

     [Note 446: _Mm. concern. l'hist. civ. et eccls. d'Auxerre_,
     par l'abb Lebeuf, publ. par MM. Challe et Quantin. Auxerre,
     1855. T. III, p. 279.]

     [Note 447: Des anciennes fortifications de Blois. _Civitat.
     orbis terrarum_, 1574.]



ESCOPERCHE, s. f. Perche ou baliveau pos verticalement pour soutenir
les boulins d'un chafaud de maon (voy. CHAFAUD). L'escoperche est
aussi une pice de bois munie d'une poulie  son extrmit suprieure,
et qu'on attache au sommet d'une chvre pour en augmenter la hauteur ou
lui donner plus de nez.



ESTACHES, s. f. S'emploie au pluriel, et signifiait, pendant le moyen
ge, une runion de pieux (voy. CLTURE).



TAI, s. m. Pice de bois droite, rigide, dont on se sert pour soutenir
une construction qui menace ruine. On ne peut mettre en doute que les
architectes,  dater du XIIIe sicle, n'aient t fort habiles dans
l'art d'tayer les constructions, soit pour les consolider au moyen de
reprises en sous-oeuvre, soit pour en modifier les dispositions
premires. La facilit avec laquelle on se dcidait, au moment o
l'architecture gothique apparut,  changer et reconstruire en partie des
btiments  peine acheve afin de les mettre en harmonie avec les
mthodes nouvelles qui progressaient rapidement, tient du prodige, et ne
peut tre compare qu' ce que nous voyons faire de notre temps.

Comme les architectes de cette poque du moyen ge opraient sur des
constructions gnralement lgres, dans lesquelles on ne trouve jamais
un excs de force, il fallait ncessairement que leurs procds
d'taiement fussent trs-parfaits, car ces constructions pondres,
tenues en quilibre par des forces agissant en sens inverse, ne
pouvaient se maintenir debout du moment qu'on en enlevait une partie, et
il y avait  craindre, dans certains cas, que les taiements n'eussent
une puissance de pousse assez forte pour dranger l'quilibre des
constructions que l'on prtendait conserver.  voir la nature des
reprises en sous-oeuvre excutes par les constructeurs du moyen ge, on
ne peut douter qu'ils n'aient employ trs-frquemment les chevalements,
genre d'taiement qui porte verticalement sans exercer aucune pousse ni
pression. Ainsi les reprises faites vers le milieu du XIIIe sicle dans
le choeur de l'glise de Saint-Denis, celles beaucoup plus hardies
faites  la fin de ce sicle dans le choeur de la cathdrale de
Beauvais; vers le commencement du XIVe sicle, dans les collatraux du
choeur de Notre-Dame de Paris, prs de la croise, dans la cathdrale de
Nevers, dans celle de Meaux, dnotent une hardiesse et une habilet
singulires. Il nous serait impossible de fournir des exemples de tous
les cas d'taiement qui peuvent se prsenter; l'adresse, le savoir et
l'exprience du constructeur peuvent seulement lui prescrire le systme
d'taiement que chaque cas particulier demande. Nous nous garderons de
prescrire des mthodes bonnes en telle circonstance, funestes en
d'autres; nous nous contenterons d'indiquer des principes gnraux.
Ainsi, lorsqu'on taye une partie d'un difice, on ne doit pas songer
seulement  prvenir les effets d'un mouvement dangereux qui s'est
produit dans la construction, il faut prendre ses dispositions pour que,
la partie  remplacer tant enleve, les pesanteurs ou les pousses ne
puissent agir dans le sens ou contrairement  l'effet produit; il faut
que tout taiement soit neutre.

Si, par exemple, nous devons reprendre en sous-oeuvre les piles d'un
vaisseau dans lequel l'effet indiqu, fig. 1, se serait produit,
l'taiement AB, excellent pour arrter la torsion des piliers CD, sera
dangereux si nous enlevons la colonne DE pour la remplacer par une
autre, car les pesanteurs, agissant de C en E, solliciteront l'tai AB 
pivoter sur son patin G, et  faire rentrer l'arc IK en I'K; ce qui
produira une dislocation de toute la construction et un affaissement des
parties suprieures. Dans ce cas, il faut se bien garder de rien faire
qui puisse modifier le bouclement de B en E. On doit se contenter de
poser une batterie d'trsillons LM, fig. 1 bis, et de placer de chaque
ct de la pile  reprendre des chevalements NO, les arcs latraux bien
entendu tant cintrs; alors on pourra enlever la pile RP et la
reconstruire verticalement en ramenant son pied en R'. Lorsqu'il s'agit
d'tayer un mur derrire lequel sont construites des votes, pour le
reprendre en totalit ou en partie, fig. 2, la premire opration 
faire c'est de cintrer les arcs AB de la vote; quant  la pose des
tais extrieurs, leur tte doit porter exactement au-dessus du point o
la rupture est particulirement apparente. Si la rupture du mur ou du
contre-fort est en C, la tte de l'tai doit porter en D, et pour
recevoir cette tte, il est prudent de relancer d'abord dans la
maonnerie un bon morceau de pierre dure afin de ne pas faire porter sur
cette tte un parement friable, fatigu ou sans liaison avec le massif.
Soit A, fig. 2 bis, le vieux parement, on relancera avant tout une forte
boutisse B en pierre dure faisant saillie sur le parement, et, posant
sous son lit infrieur une bonne calle C en coeur de chne, on serrera
au-dessous la tte de l'tai D. Il n'est pas besoin de dire que
l'architecte doit apporter la plus grande attention, en tous cas, au sol
sur lequel repose la plate-forme, _plateselle_, _sole_ ou _patin_
recevant le pied d'un tai; trop souvent on nglige de s'assurer de la
qualit rsistante de ces points d'appuis; il en rsulte que les tais
enfoncent leurs patins sous la charge. Ces plates-formes doivent tre
poses sur un sol uni; elles doivent tre larges, paisses, bien calles
suivant l'inclinaison voulue, et garnies en bon pltre par-dessous. 
Paris, l'habitude que l'on a de faire de trs-grandes constructions, de
reprendre en sous-oeuvre des maisons trs-leves et trs-lourdes, fait
que l'on taye gnralement avec adresse et solidit; mais en province,
nos architectes et entrepreneurs n'apportent pas toujours, dans ces
oprations dlicates, l'attention et le soin qu'elles exigent.

Le meilleur bois pour faire des tais est videmment le sapin, parce
qu'il est droit, long et extrmement roide; il est difficile de faire de
bons taiements en chne, d'une longueur mdiocre gnralement, courbe
souvent, lourd, d'un levage plus pnible par consquent. Toutefois, dans
les taiements, le chne doit tre de prfrence employ pour les
plates-formes, pour les calles et les chapeaux des chevalements, parce
que son tissu ne s'crase pas sous la charge comme celui du sapin. Le
peuplier, que dans quelques parties de la France on emploie comme tai,
est un bois beaucoup trop flexible; il se courbe et se tourmente en tout
sens sous la charge, si bien mois qu'il soit.

Pour obtenir un taiement simple d'une grande puissance, on ne doit
jamais se fier  un seul brin de sapin, si gros et sain qu'il soit; il
est ncessaire de doubler l'tai, c'est--dire de placer deux tais dans
le mme plan perpendiculaire  la face du mur ou de la pile  tayer, et
de moiser ensemble ces deux tais. Un taiement puissant est celui-ci,
fig. 3, et jamais les deux ou trois brins poss dans un mme plan ne
doivent tre parallles; ils doivent toujours former un triangle ou une
portion de triangle, par cette raison qu'un triangle ne peut se
dformer: tant moiss, les brins poss non parallles prsentent un
tout homogne, comme une querre norme; tandis qu'tant parallles, ils
peuvent, ainsi que le dmontre la fig. 3 bis, si bien moiss qu'ils
soient, se contourner sous la charge. Il n'est pas indiffrent de poser
les tais plus rapprochs au sommet ou au pied. Si (fig. 3) un mur AB
prsente un bouclement brusque en C, la batterie d'tais devra tre
pose comme l'indique le trac D, c'est--dire que les deux brins seront
plus carts  leur pied qu' leur sommet, car le bouclement tant en C,
s'il faut soutenir et buter la partie suprieure A, il serait dangereux
d'agir sous forme de pression de l'extrieur  l'intrieur en E, ce qui
arriverait infailliblement si le grand brin GH prenait charge; alors on
risquerait d'aggraver la rupture de la maonnerie au-dessous du
bouclement. Mais si un mur est boucl d'une manire uniforme, ainsi que
l'indique le trac F, les deux brins d'tais doivent tre plus carts 
leur sommet qu' leur pied, car si la maonnerie s'appuie sur le brin
suprieur G'H', et que ce brin prenne charge, toute la pesanteur et la
pousse du dedans au dehors se reporteront sur le second brin IK; il
faut alors que celui-ci ne porte pas seulement, mais qu'il contre-butte,
par son inclinaison, le bouclement qui tendrait  s'augmenter en K.

S'il est ncessaire de poser des brins doubls et mme tripls dans un
plan perpendiculaire au mur  tayer lorsqu'on veut obtenir une grande
force, et pour empcher les brins de se courber dans leur plan, il faut
aussi les empcher de se courber en sortant du plan perpendiculaire, de
se gauchir, en un mot; pour ce faire, il est bon de poser des batteries
d'tais comme l'indique la fig. 4, en plan et en perspective; ces deux
batteries non parallles devront tre rendues solidaires par des moises.
Ainsi, par la disposition des tais, le systme ne formera plus qu'un
corps solide, trs-rsistant, reprsent par le trac O, une manire de
contre-fort d'un seul morceau ne pouvant ni glisser ni se dformer. Ces
sortes d'taiements sont trs-bons pour maintenir des murs de terrasses
pousss par des terres, et qui menacent de cder  une trs-forte
pression.

Rien n'est plus satisfaisant pour l'oeil qu'un taiement bien combin et
excut. Tout architecte qui aime son art ne doit pas seulement indiquer
la disposition des taiements, il doit encore veiller avec une sorte de
coquetterie  ce que le charpentier emploie des bois proportionns comme
force  leur destination;  ce que les brins soient nets, bien coups
comme il convient;  ce que les moises soient entailles, coupes de
longueur, ni trop fortes ni trop minces;  ce que les plates-formes
prsentent sous le pied des tais une surface lisse, plane, un sciage,
autant que possible, afin de permettre de serrer les tais parfaitement
dans leur plan;  ce que les calles soient proprement coupes, en bon
bois, les broches ou pointes qui les maintiennent enfonces droit;  ce
que les maonneries sous les plates-formes soient faites avec soin,
dbordant rgulirement de chaque ct la largeur des plates-formes.

Il se prsente des circonstances o on ne peut, ni poser des
chevalements, ni des tais ordinaires, ni des trsillons, et o il faut
reprendre, par exemple, une pile en sous-oeuvre, parce que les assises
infrieures se seraient crases ou auraient t endommages gravement.
Soit, fig. 5, une pile cylindrique A portant des arcs dans tous les
sens, quatre arcs doubleaux et quatre arcs ogives; cette pile soutient
deux ou trois tages d'autres piles avec votes: impossible, ni
d'tayer, ni d'tablir des chevalements. On peut cintrer les huit arcs,
mais cela n'empchera pas le poids des piles suprieures d'agir sur la
pile infrieure. Les assises basses de cette pile sont crases. Nous
tablirons un chssis en bois de chne d'un fort quarrissage qui sera
fait ainsi que l'indique le trac B en perspective, et B' en plan, avec
des joints, des tenons et mortaises gais, des boulons _b_ et des clefs
_c_ qui permettront de serrer fortement ce chssis contre le cylindre.
Ce chssis enveloppera la pile cylindrique au-dessous de l'astragale du
chapiteau (voir le trac D); nous maonnerons en bon pltre tout
l'intervalle entre le dessus du chssis C et les cornes du tailloir E du
chapiteau. Sous les angles du chssis nous poserons huit chandelles G,
indiques aussi en G' sur le trac B, assez inclines pour nous
permettre de passer les assises  remplacer H. Mais sous le chapiteau il
existe un ou deux tambours intacts qu'il faut conserver. Nous ferons
faire quatre querres en fer, suivant le trac F, de la hauteur des
tambours  conserver; ces querres seront fixes avec des vis  tte
carre et entailles sur le chssis; leur patte I viendra mordre le lit
infrieur du tambour  conserver. Cela fait, nous pourrons enlever
l'assise K  la masse et au poinon, puis dposer les tambours
infrieurs et les remplacer en pierre neuve. Si toute la pile infrieure
est crase, si son chapiteau est bris, si les sommiers des arcs sont
mauvais, nous procderons de la mme manire pour le chapiteau de la
colonne au-dessus, fig. 6: nous ferons passer les huit chandelles 
travers les huit remplissages des votes (voir le plan M) en P, nous
ferons descendre nos querres en fer jusqu'au point malade, soit O, et
nous dmolirons toute la partie infrieure pour la rebtir en
sous-oeuvre; enlevant les votes (une fois la pile suprieure taye),
nous remonterons d'abord la pile infrieure avec ses sommiers d'arcs,
et, cela termin, on enlvera les chandelles et le chssis, et on
reposera les votes sur cintres sans embarras.

Si l'on ne peut se fier  la solidit des chapiteaux ou si les piles
n'en possdent pas, si ces chapiteaux eux-mmes sont  reprendre parce
qu'ils seraient briss, on peut avoir recours  des chevalements avec
chapeaux en fer.

Il arrive, par exemple, que des piliers (7) recevant deux archivoltes A,
deux arcs ogives B et un arc-doubleau C, plus en D la charge de piles
suprieures portant des votes hautes, ont t affams, briss, ou
qu'ils se sont crass jusques au-dessus des sommiers des arcs. Dans ce
cas, pour reprendre ces piliers, leurs chapiteaux et leurs sommiers en
sous-oeuvre, il ne s'agit pas seulement d'tayer les constructions
suprieures; il faut encore que ces taiements permettent de manoeuvrer
de gros blocs entre eux et de les faire arriver  leur place, sans trop
de difficult, de les bien poser et de les bien ficher. tayer n'est
rien, mais tayer de manire  permettre de reconstruire entre les tais
est souvent un problme difficile  rsoudre.

Soit donc E', en lvation la pile E; non-seulement cette pile est
mauvaise, mais les sommiers des arcs sont briss jusqu'en F.  partir de
ce niveau, la maonnerie, qui prend plus d'paisseur, s'est conserve;
il s'agit d'enlever toute la construction comprise entre F et G.
D'abord, nous poserons un cintre sous l'arc-doubleau C, deux cintres
sous les deux arcs-ogives B, puis, fig. 7 bis, nous poserons sous les
deux archivoltes A deux taiements disposs comme l'indique notre trac;
en HH nous placerons deux tais ordinaires pour bien maintenir le dvers
de la pile, nous enlverons les premiers claveaux des archivoltes de I
en K; ce qui nous permettra de faire deux entailles L dans les tas de
charge conservs pour faire passer deux fortes pices de fer composes
de quatre fers runis M et fretts, d'une force proportionne  la
charge. Ces deux fers reposeront sur des chevalets N portant des
chapeaux en chne O. En plan, cet taiement prsente la projection
horizontale trace en P; la pile est en E'', les cintres en C' B'B', les
contre-fiches d'archivoltes en A', les chevalets en N' avec leurs
chapeaux en O'. Les barres de fer sont marques par deux traits noirs.
Les tais de dvers opposs aux pousses sont projets en H'. Ceci doit
tre combin et plac de manire que,  la hauteur des assises des
chapiteaux, tailloirs et sommiers, assises que nous supposons en deux
morceaux chaque, l'cartement ST entre les contre-fiches A' et les pieds
du chevalement N' soit assez large pour faire passer ces morceaux. Il
faut aussi que le chapeau du chevalet postrieur dgage l'arc-doubleau C
et ne puisse gner le remplacement des premiers claveaux de cet arc s'il
y a lieu. Les assises reposes doivent tre fortement calles sous le
tas de charge V. Les claveaux bien poss et fichs au-dessus des
sommiers, on enlve les deux fers L et on bouche les trous peu
considrables qu'ils ont laisss. Les chevalets et barres de fer tant
enlevs en premier, on enlve les contre-fiches d'archivoltes et,
seulement quand les mortiers sont bien secs, les deux tais H. On
comprend que l'ordre dans lequel des tais doivent tre enlevs n'est
pas une chose indiffrente, car si les tais remplissent bien leur
fonction (et, dans un cas pareil, il faut qu'ils la remplissent
puisqu'ils portent seuls toute la charge), lorsque les reprises en
sous-oeuvre sont termines, si bien faites qu'elles soient, ce sont
toujours les tais qui portent. Du moment qu'on les desserre, les
constructions nouvelles prennent charge; il est donc important: 1
qu'elles ne prennent charge que successivement; 2 que les pesanteurs
agissent sur elles galement et dans le sens vertical. Souvent un tai
desserr trop tt ou intempestivement fait clater les substructions les
mieux tablies. L'important, c'est de desserrer ensemble les tais en
regard, comme, par exemple, dans la fig. 7 bis, les deux batteries
d'tais d'archivoltes A. Du reste, il en est des taiements comme de
beaucoup d'autres choses qui tiennent de l'art du constructeur: autant
d'exemples, autant de cas particuliers; par consquent, autant de
procds applicables  ces cas particuliers. On ne peut que poser des
principes gnraux et indiquer quelques-unes des mille applications qui
se prsentent chaque jour. Nous dirons que le premier soin d'un
architecte qui veut tayer des constructions, c'est de savoir exactement
comment elles ont t faites, quels ont t les procds employs par
les constructeurs, quelles sont leurs habitudes, leurs appareils, quels
sont leurs dfauts et leurs qualits ordinaires, car on doit parer
d'avance  ces dfauts et profiter de ces qualits.

Les difices de la priode gothique tant lastiques, toujours
quilibrs, il arrive que ces proprits peuvent vous servir si vous les
connaissez exactement, ou qu'elles peuvent dterminer des accidents si
vous n'en tenez compte. Nous avons vu reprendre et en sous-oeuvre des
constructions qui,  cause de leur hauteur et de leur poids norme, ne
pouvaient tre tayes, comme des clochers, par exemple, poss sur
quatre piliers, et cela par des moyens trs-simples, trs-peu
dispendieux, parce que les constructeurs qui dirigeaient ces reprises
savaient profiter de la flexibilit de ces btisses et utilisaient les
conditions d'quilibre. Mais quand une reprise en sous-oeuvre, par les
moyens extraordinaires employs, cote plus cher que ne coterait la
reconstruction totale de la portion du monument  consolider, ce n'est
plus de l'art. Disons encore que tout difice tay pour tre repris
exige une surveillance constante. L'architecte doit observer les
moindres symptmes qui se manifestent; l'ouverture d'un jour, la flure
d'une pierre, sont toujours alors le signe d'un mouvement qui, si faible
qu'il soit, doit tre constat, et l'architecte ne se donnera pas de
repos qu'il n'en ait reconnu la cause pour y remdier. Une calle mise 
propos, une chandelle pose  temps, prviennent souvent les plus
srieux accidents. Si des mouvements se manifestent, faut-il au moins
qu'ils viennent pour ainsi dire en aide  l'architecte, qu'ils entrent
dans son systme gnral de soutnement. Il est mme de ces cas
trs-graves o l'architecte doit provoquer ces mouvements, comme
l'habile mdecin, pour traiter une inflammation locale, attire le mal
sur une autre partie du corps. On pourrait dire que tout taiement dans
les constructions consiste  prvenir un mal; mais dans les difices
gothiques, il ne suffit pas de prvenir, il faut dtourner ce mal: car,
le systme de la btisse gothique reposant sur les lois d'quilibre, si
un point faiblit, toutes les pesanteurs verticales ou obliques se
reportent sur ce point faible: il s'agit donc de rtablir ces lois
d'quilibre, et, pour cela, non-seulement il faut soutenir et reprendre
la partie qui souffre, mais il faut reporter ailleurs les pesanteurs
excdantes; autrement, la reprise acheve, l'quilibre serait toujours
rompu, et le mal auquel on aurait apport remde sur un point se
produirait bientt ailleurs.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 1. bis.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 2. bis]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 3. bis.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 7. bis.]



TANON, s. m. Pice de bois pose verticalement sous une construction
pour arrter un crasement. L'tanon ne fait que rsister dans le sens
vertical; il est gnralement court; lorsqu'il dpasse une longueur de
deux  trois mtres, on lui donne le nom de _chandelle_.

On dsignait aussi par _tanon_, pendant le moyen ge, des potelets
verticaux que les mineurs posaient sous les murailles sapes pour les
empcher de s'crouler sur les ouvriers. Lorsqu'on voulait faire tomber
les murs, on mettait le feu aux tanons (voy. ARCHITECTURE MILITAIRE,
SIGE).



TAYEMENT, s. m. On crit aussi _taiement_, action d'tayer, ou
combinaison d'tais (voy. TAI).



TONN, p. On dit: Ce fer est tonn, cette pierre est tonne; ce qui
signifie que ce fer a subi un choc, une preuve qui, n'ayant pas caus
une rupture immdiate, ont cependant prdispos le mtal  se rompre
facilement; que la pierre a de mme t dsagrge par une action
physique, ou fle par un choc, et qu'elle se trouve aussi dans de
mauvaises conditions de rsistance. Un forgeron maladroit peut tonner
son fer s'il lui donne un coup de marteau  faux lorsqu'il commence  se
refroidir; un tailleur de pierre peu soigneux tonne son bloc en le
taillant, si, par exemple, il fait un videment sans prendre le temps
d'enlever la pierre peu  peu. Il tonne les parements en employant la
boucharde, c'est--dire qu'il les prdispose  se dcomposer plus
facilement sous l'action des agents atmosphriques. Les architectes du
moyen ge, qui n'taient pas avares d'videments, avaient le soin de les
profiler de faon  ce que le tailleur de pierre ne ft pas entran 
tonner la pierre. Ainsi, par exemple, les sections horizontales des
piles composes de faisceaux de colonnettes, celles des arcs moulurs
portent toujours, dans les angles rentrants, des gorges ou des filets
plats qui arrtent l'outil assez  temps pour l'empcher d'tonner la
pierre. Si nous profilons une pile d'aprs le trac A, fig. 1, il est
certain que pour obtenir les aiguits B, le tailleur de pierre tonnera
son bloc; mais si nous traons la section C, en rservant des filets
plats D dans ces angles rentrants, nous viterons ce grand inconvnient;
la pierre, quoique vide, conservera son nerf (voy. PROFIL).

[Illustration: Fig. 1.]



TRSILLON, s. m. Pice de bois destine  empcher deux parties d'une
construction de se rapprocher. Lorsqu'un mur perc de baies flchit, se
disloque, la premire opration  faire est d'tanonner les baies (1).
A sont les tanons serrs entre les tableaux des baies sur des couches
verticales B.

Dans les maonneries, les architectes du moyen ge ont souvent admis
l'trsillonnement comme un moyen de construction fixe, ainsi que les
arcs-boutants, qui peuvent bien passer pour un taiement permanent. Le
porche sud de la cathdrale du Puy-en-Vlay, bti vers 1150, prsente un
exemple trs-trange de l'emploi des trsillons fixes dans la
maonnerie. Ce porche s'ouvre par une grande archivolte possdant un arc
isol concentrique (2), absolument inutile, pure dcoration qui est
maintenue au moyen de trois petits pilastres isols, destins  empcher
son relvement ou sa dviation hors du plan vertical. La coupe A, faite
sur le milieu de l'archivolte, indique, en B, le sous-arc isol et son
petit pilastre d'axe C. Avec plus de raison, des roses circulaires,
inscrites dans des triangles curvilignes, sont trsillonnes dans les
deux angles infrieurs par de petites colonnettes qui empchent les
claveaux de sortir de la courbe (3). On voit une disposition de ce genre
adopte pour maintenir les claveaux des roses des deux fentres ouvertes
au-dessus des portes latrales de la faade de la cathdrale d'Amiens.
Par le fait, les grandes roses de nos glises franaises,  dater du
milieu du XIIIe sicle, ne se composent que d'un systme
d'trsillonnement de pierre (voy. ROSE).

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]



TUVE, s, f. _Bains_. Personne n'ignore le soin avec lequel les Romains
tablissaient des bains publics et privs. Les anciens considraient les
bains chauds et froids non-seulement comme un des meilleurs moyens
d'entretenir la sant; mais encore c'tait pour eux une habitude, un
plaisir. Nos cercles dans les grandes villes, et nos cafs dans les
petites localits, sont les seuls tablissements, aujourd'hui, qui
peuvent nous donner l'ide de ce qu'taient les bains chez les Romains.
On se rendait aux bains pour se baigner, mais plus encore pour se
runir, pour connatre les nouvelles du jour, pour parler de ses
affaires et de ses plaisirs. Ces usages qui tiennent  une civilisation
avance devaient s'altrer videmment lorsque les barbares se
rpandirent dans l'Occident. Cependant les Germains, si nous en croyons
Tacite, se levaient tard et se baignaient le plus souvent dans de l'eau
tide; aprs quoi ils prenaient quelque nourriture[448]. Charlemagne
parat avoir adopt entirement  cet gard les usages des Romains.
Eginhard[449] dit que ce prince aimait beaucoup les bains d'eaux
thermales. Passionn pour la natation, ajoute-t-il, Charles y devint si
habile, que personne ne pouvait lui tre compar. C'est pour cela qu'il
fit btir un palais  Aix-la-Chapelle, et qu'il y demeura constamment
pendant les dernires annes de sa vie, jusqu' sa mort. Il invitait 
prendre le bain avec lui, non-seulement ses fils, mais encore ses amis,
les grands de sa cour et quelquefois mme ses soldats et ses gardes du
corps, de sorte que souvent cent personnes et plus se baignaient  la
fois. Il n'est pas douteux que Charlemagne en ceci, comme en beaucoup
d'autres choses, ne faisait que reprendre les habitudes des Romains de
l'antiquit.

On ne trouve plus trace de ces grandes dispositions  partir du Xe
sicle; et les bains, depuis le XIIe sicle, ne sont que des tuves,
c'est--dire des tablissements analogues  ceux que nous possdons
encore aujourd'hui, si ce n'est que les baignoires taient en bois, en
marbre ou en pierre, et les chambres de bains probablement moins
incommodes que les ntres. Il tait assez d'usage, pendant le XIIIe
sicle, de se baigner en compagnie, quelquefois mme dans la mme cuve.

       Puis revont entr'eus as estuves,
       Et se baignent ensemble s cuves
       Qu'ils ont es chambres toutes prestes,
       Les chapels de flors es testes,
       ...[450]

Et

       Quand vendroit la froide saisons,
       ...

tout tant bien clos, on allumerait bon feu;

       On feroient estuves chaudes,
       En quoi lor baleries baudes
       Tuit nuz porroient demener,
       Quant l'air verroient forcener,
       Et geter pierres et tempestes,
       Qui tuassent as champs les bestes,
       Et grands flueves prendre et glacier[451].

Il paratrait qu'alors (au XIIIe sicle) il y avait des salles de bains
dans les chteaux, mais qu'il existait des tuves publiques
trs-frquentes dans les villes. En effet, beaucoup de villes anciennes
ont conserv leur rue des tuves. Dans l'excellente _Histoire de
Provins_, de M. Bourquelot[452], nous lisons ce passage: Quant aux
tuves, la premire mention que nous en trouvons existe dans un titre de
mai 1236, d'aprs lequel Raoul de Brezelle, chevalier, donne aux pauvres
de la Maison-Dieu de Provins XII den. de cens qu'il avait et percevait
annuellement sur cinq chambres sises derrire l'Htel-Dieu, entre le
monnayeur et les bains, _inter monetarium et balnea_. Il est probable
que ces bains, qui occupaient l'emplacement o l'on voit encore le
gracieux htel des Lions, taient les seuls qu'il y et primitivement 
Provins, et leur anciennet leur avait fait donner le nom de
_vieux-bains_. Ils tombaient en ruines en 1356. Louis-le-Hutin en
tablit de nouveaux en 1309  cause de l'affluence du peuple, _ob
affluentiam populi_, dit Moissant[453]; mais cette affluence ne fut pas
de longue dure, car nous voyons quelque temps plus tard le louage des
bains diminuer d'anne en anne d'une manire sensible[454].

Ces tuves ne consistaient qu'en des chambres plus ou moins spacieuses
dans lesquelles on disposait des cuves remplies d'eau tide au moyen de
conduites, comme cela se pratique encore aujourd'hui. Dans les palais,
les salles de bains taient dcores souvent fort richement. Sauval[455]
rapporte qu' l'htel Saint-Pol, et  l'htel du Petit-Muce, le roi
Charles V avait fait disposer pour la reine des chambres de bains qui
taient paves de pierres de liais, fermes de portes en fer treillis,
et entoures de lambris de bois d'Irlande; les cuves taient de mme
bois, ornes tout autour de bossettes dores, et lies de cerceaux
attachs avec des clous de cuivre dor.

Depuis le XIVe sicle, dit ailleurs le mme auteur[456], nos rois
btirent des tuves  la pointe de cette isle (du Palais)[457], et pour
celles firent faire un logis nomm la maison des _tuves_, tant pour eux
et pour leurs enfans que pour les princes et autres grands seigneurs
logs avec eux; car en ce temps-l il y en avoit non-seulement dans tous
les palais et les grands htels, mais mme dans plusieurs rues de Paris,
destines exprs pour cela; d'o vient que quelques-unes conservent
encore ce nom de rue des tuves... Pour ce qui est des tuves de cette
Isle, elles furent donnes par Henri II aux ouvriers de la Monnoie, au
moulin qu'il fit fabriquer en cet endroit-l, mais qu'on ruina lorsqu'on
entreprit le Pont-Neuf.

Chez les particuliers on avait des cuviers qui servaient de baignoires
et que l'on plaait dans une chambre lorsqu'on voulait se baigner; on
appelait cela _tirer le bain_... Il fit tantost tirer les bains,
chauffer les estuves. On prenait mme parfois ses repas tant ainsi au
bain: Tantost se bouterent au bain, devant lequel beau souper fut en
haste couvert et servi[458].

Et ailleurs: Un jour entre les autres Madame eut voulent de soi
baigner, et fist tirer le baing et chauffer les estuves en son
hostel[459]. Un grand nombre de vignettes, de manuscrits des XIV et XVe
sicles, nous montrent des personnages prenant des bains dans des sortes
de cuviers de bois installs dans une chambre. Chacun connat le conte
du Cuvier[460], qui date du XIIIe sicle. De toutes les citations qui
prcdent, et auxquelles nous pourrions en ajouter beaucoup d'autres si
nous ne craignions d'tre trop long, on peut conclure ceci: que, pendant
le moyen ge, l'usage des bains, comme on les prend aujourd'hui, tait
fort rpandu; qu'il existait des tablissements publics de bains dans
lesquels on trouvait des tuves, tout ce qui tient  la toilette; o
l'on mangeait et o l'on passait mme la nuit; que dans les chteaux et
les grands htels il y avait des salles affectes aux bains, presque
toujours dans le voisinage des chambres  coucher; que l'usage des
bains, pendant les XVIe et XVIIe sicles, fut beaucoup moins rpandu
qu'il ne l'tait avant cette poque et presque exclusivement admis par
les classes leves; que ces tablissements publics, pendant le moyen
ge, ne prsentaient pas des dispositions particulires, et ne
consistaient qu'en des chambres dans lesquelles on plaait des cuviers.

     [Note 448: Statim e somno, quem plerumque in diem extrabunt,
     lavantur, spius calida, ut apud quos plurimum hiems occupat.
     Lauti cibum capiunt... (_Germania_, cap. XXII.)]

     [Note 449: _Vita Karoli imperatoris_,  XII.]

     [Note 450: _Le Roman de la Rose_, vers 11,132 et suiv.]

     [Note 451: _Ibid._, vers 17,875 et suiv.]

     [Note 452: T. I, p. 277. 1839.]

     [Note 453: En 1309, on fait le pavement des bains avec des
     pierres de Paris, on appareille fournel, chaudires et
     tuves.]

     [Note 454: En 1311, les _bains-neufs_ sont lous 240 livres;
     en 1315, 100; en 1320, 60; en 1325, 95.]

     [Note 455: _Hist. et antiq. de la ville de Paris_, t. II, p.
     280.]

     [Note 456: _Ibid._, t. I, p. 99.]

     [Note 457: Vers le terre-plein du Pont-Neuf.]

     [Note 458: _La Mdaille  revers_. (Cent nouvelles
     nouvelles.)]

     [Note 459: _La Pche de l'anneau_. (_Cent nouvelles
     nouvelles_.)]

     [Note 460: Voy. l'extrait donn dans le _Recueil de fabliaux
     des_ XIIe et XIIIe _sicles_, t. III, page 135.]



VANGLISTES, s. m. Les quatre vanglistes, saint Luc, saint Mathieu,
saint Jean et saint Marc, sont, ds les premiers sicles du moyen ge,
reprsents, soit sous forme de figures d'hommes draps, tenant un
livre, soit par quatre figures symboliques: Saint Luc, par le boeuf;
saint Mathieu, par l'homme; saint Jean, par l'aigle; saint Marc, par le
lion. Quelquefois le personnage et le symbole se trouvent runis, et
mme les vanglistes ont des corps d'hommes avec des ttes de boeuf,
d'homme, d'aigle et de lion. Dans l'article ANIMAUX, nous avons donn
des exemples des figures symboliques appliques aux vanglistes, et
dans l'article GLISE _personnifie_, on peut voir la Nouvelle Loi
assise sur une bte  quatre ttes et  quatre pieds appartenant aux
quatre symboles des vanglistes.

Les sculpteurs et les peintres du moyen ge ont aussi reprsent les
quatre vanglistes assis ou monts sur les paules des quatre grands
prophtes de l'Ancien Testament. Au portail du nord de la cathdrale de
Bamberg, de belles sculptures du XIIe sicle nous montrent les quatre
vanglistes ainsi placs (1).  Bamberg, l'vangliste tient un
_volumen_; il est mont sur les paules du prophte, auquel l'artiste a
donn la pose d'un quilibriste; le prophte tourne son visage du ct
de l'vangliste: ce dernier est nimb. Une colombe (l'Esprit-Saint),
place dans le chapiteau, porte un phylactre dans son bec. Le vitrail
du croisillon mridional de la cathdrale de Chartres nous a conserv en
peinture, le mme sujet; mais  Chartres les vanglistes sont assis sur
les paules des prophtes, jambe de-ci, jambe de-l. Dans ce vitrail,
saint Jrmie porte saint Luc; Isae, saint Mathieu; zchiel, saint
Jean; Daniel, saint Marc. La place, dit M. Didron[461], que ces
attributs et les vanglistes doivent occuper est celle-ci, en ligne
ascendante, de bas en haut: le boeuf, le lion, l'aigle, l'ange
(l'homme)[462]... Dans les angles d'un carr, comme on les met
trs-souvent, les attributs des vanglistes doivent tre constamment
placs dans cet ordre hirarchique: en haut, l'ange est  droite et
l'aigle  gauche (du Christ); en bas, le lion est  droite et le boeuf
sous l'aigle. Quand cet ordre n'est pas suivi, il y a erreur. Cependant
on n'a pas toujours t d'accord, ni sur la place  leur donner, ni sur
l'application spciale qu'on en devait faire  chacun des
vanglistes... Depuis le XIIe sicle, dans les monuments occidentaux,
l'ordre que nous donnons est suivi sans exceptions, quant 
l'application des symboles,  chacun des vanglistes.

[Illustration: Fig. 1.]

     [Note 461: _Manuel d'Iconograp. chrt., grecque et latine_,
     avec une introduction et des notes, par M. Didron; trad. du
     manuscrit byzantin le _Guide de la peinture_, par le Dr Paul
     Durand. Imp. roy., 1845.]

     [Note 462: Ces quatre figures sont ailes. Dans
     l'_Iconographie grecque_ elles ont quatre ailes; mais dans
     les sculptures du moyen ge, en France, elles n'en possdent
     que deux.]



VANGILE, s. m. Livre renfermant les quatre vangiles. Dans les
sculptures et peintures du moyen ge,  dater du XI sicle, le livre des
vangiles est plac entre les mains du Christ-Homme, sous la forme d'un
livre ouvert ou ferm; le plus souvent ferm  partir du XIIIe sicle.
Dans les reprsentations d'autels, on voit le livre des vangiles pos
sur la table et ferm.



VCH, s. m. _vesquie_, _veschie_. Palais piscopal. Les palais
piscopaux ou archipiscopaux ne diffrent en rien des habitations
seigneuriales urbaines du moyen ge. Ils possdent leur grand'salle
(salle synodale), leurs portiques ouverts, de vastes logements; presque
toujours ils conservent les signes de la demeure fodale, c'est--dire
qu'ils sont fortifis sur les dehors, munis de crneaux et de tours
(voy. PALAIS, SALLE, TOUR). Il ne nous reste en France que peu d'vchs
ou archevchs anciens. Toutefois, nous signalerons ici le palais
archipiscopal de Narbonne, XIVe sicle (aujourd'hui htel de ville et
muse); les vchs de Laon, XIIIe sicle (palais de justice
aujourd'hui), de Meaux (substruction et chapelle du XIIe sicle),
d'Auxerre, XIIe et XIIIe sicles (prfecture aujourd'hui); les palais
archipiscopaux de Rouen (restes des XIIIe, XIVe et XVe sicles), de
Sens (salle du XIIIe sicle), de Reims (restes des XIIIe et XVe
sicles); les vchs d'vreux (XVe sicle), de Luon (XVe sicle), de
Beauvais, XIIe et XVe sicles (palais de justice aujourd'hui), de
Soissons (restes des XIIIe et XVIe sicles).



VIER, s. m. Vidange des eaux mnagres. Dans les offices des chteaux
on retrouve presque toujours la trace d'viers destins  rejeter au
dehors les eaux qui servaient  laver la vaisselle. Ces viers
consistent en une pierre taille en forme de cuvette avec un trou au
fond et place dans un renfoncement de la muraille. Le trou de la pierre
 vier correspond  une conduite en pierre prise dans l'paisseur du
mur ou formant saillie au dehors. C'est ainsi qu'est dispos l'vier que
l'on voit encore dans le chteau de Verteuil (Gironde)(1), et dont la
pierre est place au premier tage[463]. D'autres viers jettent leurs
eaux directement au dehors par une gargouille place immdiatement
au-dessous de la cuvette. Souvent ces viers sont disposs dans
l'embrasure d'une fentre. M. Parker, dans son _Architecture domestique
de l'Angleterre_, a donn quelques-uns de ces viers, tablis avec un
soin particulier[464].

[Illustration: Fig. 1.]

     [Note 463: Ce dessin nous a t fourni par M. Alaux,
     architecte  Bordeaux.]

     [Note 464: Voy. _Some account of domest. archit. in England,
     from Richard II to Henry VIII_, part I, p. 129 et 130.]



EXTRADOS, s. m. Dos d'un arc ou d'une vote. Tout arc en maonnerie, ou
form d'appareil, possde son intrados et son extrados. Soit un arc ou
une section de vote 1, la surface intrieure AB des claveaux est
l'intrados, celle extrieure CD l'extrados (voy. CONSTRUCTION).

[Illustration: Fig. 1.]



F


FABLIAU, s. m. Nous n'entreprendrons pas ici d'expliquer comment et 
quelle poque les apologues venus de l'Orient et de la Grce pntrrent
dans la posie du moyen ge, d'autant qu'il existe sur ce sujet des
travaux fort bien faits[465]; nous constaterons seulement que vers le
commencement du XIIe sicle, on trouve sur les difices religieux et
civils des reprsentations sculptes de quelques apologues attribus 
sope, et qui ds cette poque taient fort populaires en France.
Alexandre Neckam, dont la naissance parat remonter  l'anne 1157, et
qui apprit et enseigna les lettres  Paris, fit un recueil de fables
intitul _Novus AESOPUS_, dans lequel nous retrouvons en effet beaucoup
de fables d'sope remises en latin,  l'usage des coles[466]. Neckam ne
fit probablement que donner une forme littraire, approprie au got de
son temps,  des apologues connus de tous et reproduits maintes fois en
sculpture et en peinture. Le premier apologue de ce recueil est
intitul: _De Lupo et Grue_. Et, en effet, cette fable est une de celles
que nous trouvons sculptes le plus frquemment dans des difices du
XIIe sicle et du commencement du XIIIe.

Sur le portail de la cathdrale d'Autun, 1130  1140, il existe un
chapiteau qui reproduit cet apologue si connu (1). Mais c'est  partir
du XIIIe que la sculpture et la peinture prirent souvent des fabliaux
comme sujets secondaires sur les portails des glises, principalement
des cathdrales et sur les difices civils; les artistes en ornrent les
chapiteaux, les culs-de-lampes, les panneaux. Au XVe sicle les
fabliaux, singulirement nombreux, presque tous satiriques, invents ou
arrangs par les trouvres-jongleurs des XIIIe et XIVe sicles,
fournirent aux arts plastiques un recueil inpuisable de sujets que nous
voyons reproduits sur la pierre, sur le bois, dans le lieu saint comme
dans la maison du bourgeois. Il y a quinze ans, un auteur vers dans la
connaissance de notre vieille posie franaise crivait ceci[467]: Pour
ne parler que des trouvres, auteurs de fabliaux, on leur reproche
surtout le cynisme avec lequel ils traitaient les choses les plus
respectables, les ecclsiastiques et les femmes. Mais n'oublions pas
qu'il n'y avait alors ni presse, ni tribune, ni thtre. Il existait
pourtant, comme toujours il en existera, force ridicules et abus. La
socit est malheureusement ainsi faite, qu'il faut une sorte d'vent,
d'exutoire, au mcontement populaire; les trouvres-jongleurs, moqueurs
et satiriques, taient une ncessit, un besoin de cette socit malade
et corrompue. Leurs satires trop vives, mmes grossires souvent pour
nos oreilles dlicates, ne paraissaient pas telles  leurs
contemporains, puisque le sage et chaste roi saint Louis coutait ces
satires, s'en amusait et rcompensait leurs auteurs: tmoin, Rutebeuf,
l'un des moins retenus de ces vieux potes. Et, d'ailleurs, ces satires
contre les moines, par exemple, taient-elles si peu motives? Qui ne
comprendrait, au contraire, la colre qu'expriment tous les crivains du
XIIe et du XIIIe sicle, qui voyaient leurs propres seigneurs, les rois
mmes de leur pays, quitter la patrie, abandonner leurs tats et leur
famille, s'exposer  toutes les fatigues, les hasards, les dangers, pour
la cause d'une religion dont les ministres, hritiers de la fortune et
des terres des croiss, vivaient en France au milieu de l'abondance, du
luxe, et souvent de la dbauche? Et, de nos jours, n'avons-nous pas vu
faire bien pis que des contes pour rprimer des abus moins criants que
ceux-l? Les fabliaux appartiennent  notre pays. Nulle part en Europe,
aux XIIe et XIIIe sicles, on ne faisait de ces contes, de ces lais, de
ces romans, vifs, nets, caustiques, lgers dans la forme, profonds par
l'observation du coeur humain. L'Allemagne crivait les _Niebelungen_,
sorte de pome hroque et sentimental o les personnages parlent et
agissent en dehors du domaine de la ralit. L'Italie penchait vers la
posie tragique et mystique dont le Dante est rest la plus complte
expression. L'Espagne rcitait le _Romancero_, nergique par la pense,
concis dans la forme, o la raillerie est amre, envenime, respirant la
vengeance patiente, o les sentiments les plus tendres conservent
l'pret d'un fruit sauvage. Ce peuple de France, tempr comme son
climat, seul au milieu du moyen ge tout plein de massacres, de misres,
d'abus, de luttes, conserve sa bonne humeur: il mord sans blesser, il
corrige sans pdantisme; le cothurne tragique provoque son sourire; la
satire amre lui semble triste. Il conte, il raille, mais il apporte
dans le tour lger de ses fables, de ses romans, de ses chansons de
gestes, cet esprit positif, cette logique inflexible que nous lui voyons
dvelopper dans les arts plastiques; il semble tout effleurer, mais si
lgre que soit son empreinte, elle est ineffaable. Pour comprendre les
arts du moyen ge en France, il faut connatre les oeuvres littraires
de nos trouvres des XIIe et XIIIe sicles, dont Rabelais et La Fontaine
ont t les derniers descendants. Faire songer en se jouant, sonder les
replis du coeur humain les plus cachs et les plus dlicats dans une
phrase, les dvoiler par un geste, en laissant l'esprit deviner ce qu'on
ne dit pas ou ce qu'on ne montre pas, c'est l tout le talent de nos
vieux auteurs et de nos vieux artistes si mal connus. Quoi de plus fin
que ce prologue du _roman du Renard_? En quelques vers l'auteur nous
montre le tour de son esprit, dispos  se moquer un peu de tout le
monde, avec un fond d'observation trs-juste et de philosophie pratique.

Dieu chasse Adam et ve du paradis terrestre.

       Pitiez l'emprist, si lor dona
       Une verge, si lor mostra
       Quant il de riens mestier auroient,
       De ceste verge en mer ferroient.
       Adam tint la verge en sa main,
       En mer feri devant Evain:
       Sitost con en la mer feri,
       Une brebiz fors en sailli.
       Lors dist Adam, dame prenez
       Ceste brebiz, si la gardez;
       Tant nos donra let et fromage,
       Assez i aurons compenage.
       Evain en son cuer porpensoit
       Que s'ele encore une en avoit,
       Plus belle estroit la conpaignie.
       Ele a la verge tost saisie,
       En la mer feri roidement:
       Un Leus (loup) en saut, la brebis prent,
       Grant alure et granz galos
       S'en va li Leus fuiant au bos.
       Quant ve vit qu'ele a perdue
       Sa brebiz, s'ele n'a aue,
       Bret et crie forment, ha! ha!
       Adam la verge reprise a,
       En la mer fiert par mautalent,
       Un chien en saut hastivement.

C'est leste, vif, comme une fable de La Fontaine: le Crateur qui prend
en piti ceux qu'il vient de punir, la bonhomie d'Adam qui remet la
brebis  sa mnagre, l'indiscrte ambition d've, l'intervention de
l'homme qui rtablit le bon ordre par un nouvel effort, des actes qui
dnotent les penses, pas de discours, pas de reproches; c'est le monde
qui marche tant bien que mal, mais qui va toujours, et des spectateurs
qui regardent, observent et rient. Pour naf ce ne l'est pas, ce ne
l'est jamais; ne demandez pas  nos trouvres ces dveloppements de la
passion violente, la passion les fait sourire comme tout ce qui est
exagr; s'ils ont un sentiment tendre  exprimer, ils le font en deux
mots; ils ont la pudeur du coeur s'ils n'ont pas toujours la parole
chtie. Jamais dans les situations les plus tragiques les personnages
ne se rpandent en longs discours. N'est-ce point l une observation
trs-vraie des sentiments humains?

Quand le seigneur de Fayel a fait manger le coeur du chtelain de Coucy
 sa femme, il se contente de lui dire en lui montrant la lettre
qu'envoyait le chevalier  son amie:

       Connoisss-vous ces armes-cy?
       C'est d'ou chastelain de Coucy.
       En sa main la lettre li baille,
       Et li dit: Dame, crs sans faille
       Que vous son cuer mengi avs.

La dame se rpand-elle en imprcations, tord-elle ses bras, fait-elle de
longs discours, exprime-t-elle son horreur par des exclamations?
L'auteur nous dit-il qu'elle _devient livide_, qu'elle reste sans voix,
ou ne peut articuler que des _sons rauques_? Non, l'auteur comprend que
pour un peu, cette vengeance, qui se traduit par un souper dgotant, va
tomber dans le ridicule. La passion et le dsespoir de la femme
s'expriment par quelques paroles pleines de noblesse et de simplicit;
si bien que le mari reste vaincu.

       La dame a tant li respondy:
       Par Dieu, sire, ce poise my;
       Et puis qu'il est si faitement,
       Je vous affi certainement
       Qu' nul jour ms ne mengeray,
       D'autre morsel ne metteray
       Deseure si gentil viande.
       Or m'est ma vie trop pezande
        porter, je ne voel plus vivre,
       Mort, de ma vie me dlivre!
       Lors est  i cel mot pasme.

Ce n'est que lorsqu'elle est au milieu de ses femmes, loin de la scne
du tragique banquet, qu'avant de mourir elle exprime en quelques vers
les regrets les plus touchants:

       Lasse! j'atendoie confort
       Qu'il revenist, s'ai atendu:
       Mais quant le voir ai entendu
       Qu'il est mors, pourquoi viveroie,
       Quant je jamais joie n'aroie?

Parfois une pense pleine d'nergie perce  travers le murmure discret
de la passion dans les posies franaises du moyen ge. Dans le mme
roman, lorsque les deux amants vont se sparer, la dame veut que le sire
de Coucy emporte les longues tresses de ses cheveux; lui, rsiste:

       He! dieux, dist li chastelains, dame,
       J ne les copers, par m'ame,
       Pour moy, se lessier le vouls.
       Et elle dist: Se tant m'ams,
       Vous les emporters o vous,
       Et avoec vous est mes cuers tous;
       Et se sans mort je le povoie
       Partir, je le vous bailleroie.

Mais nous voici loin du fabliau et de son allure frondeuse. Les arts
plastiques sont la vivante image de ces sentiments, tendres parfois,
levs mme, sans jamais tre boursoufls; les artistes, comme les
potes franais du moyen ge, sont toujours contenus par la crainte de
dpasser le but en insistant; c'est le cas de suivre ici leur exemple. 
la fin du XIIIe sicle seulement, les artistes commencent  choisir
parmi ces fabliaux quelques scnes satiriques. Au XIVe sicle ils
s'mancipent tout il fait, et ne craignent pas de donner une figure aux
critiques de moeurs admises partout sous la forme de l'apologue. Au XVe
sicle c'est un vritable dchanement, et ces sujet grotesques,
scabreux, que nous voyons reprsents alors, mme dans les difices
rservs au culte, ne sont pas le produit d'un caprice barbare, mais une
protestation de plus en plus vive contre les abus du sicle, et
particulirement des ordres religieux. Nous ne saurions trop le rpter,
la classe laque infrieure, pendant le moyen ge, suit du XIIe au XVe
sicle une marche logique. Elle ne pouvait exprimer ses sentiments, ses
colres, son penchant pour la satire, sa verve moqueuse, que dans les
productions d'art; c'tait la seule libert qu'on lui laissait; elle en
profitait largement, et avec une persistance qui, malgr la libert de
la forme, dcoulait d'un instinct du juste et du vrai, fort louable, que
nous aurions grand tort de mconnatre.

[Illustration: Fig. 1.]

     [Note 465: Voy. _Posies indites du moyen ge_, prcd.
     d'une _Hist. de la fable sopique_, par M. dlestand du
     Mril. Paris, 1854.]

     [Note 466: Voy. la _Notice_ sur Alex. Neckam, de M. d. du
     Mril.]

     [Note 467: Voy. l'art. de la _Posie au moyen ge_, par M.
     Viollet-Le-Duc pre. _Annales archol._, t. II, p. 264, pub.
     par M. Didron.]



FAADE, s. f. _Vistz_. On applique le nom de _faade_ aujourd'hui 
toute ordonnance d'architecture donnant sur les dehors, sur la voie
publique, sur une cour, sur un jardin. Mais ce n'est que depuis le XVIe
sicle, en France, que l'on a lev des faades comme on dresserait une
dcoration devant un difice, sans trop se soucier du plus ou moins de
rapports de ce placage avec les dispositions intrieures. Les anciens,
non plus que les architectes du moyen ge, ne savaient ce que c'tait
qu'une faade dresse avec la seule pense de plaire aux yeux des
passants. Les faces extrieures des bons monuments de l'antiquit ou du
moyen ge ne sont que l'expression des dispositions intrieures. Pour
les glises, par exemple, les faades principales, celles qui sont
opposes au chevet, ne sont autre chose que la section transversale des
nefs. Pour les maisons, les faades sur la rue consistent en un pignon
si la maison se prsente par son petit ct, en un mur perc de portes
et de fentres si au contraire la maison prsente vers l'extrieur son
grand ct. Tout corps de logis du moyen ge est toujours bti sur un
paralllogramme, des pignons tant levs sur les deux petits cts
opposs. Ainsi, fig. 1, le corps de logis du moyen ge prsente deux
pignons A et deux murs latraux B. Si plusieurs btiments sont
agglomrs, ils forment une runion, fig. 2, d'un plus ou moins grand
nombre de ces logis distincts, et leurs faades ne sont autre chose que
la disposition plus ou moins dcore des jours ouverts sur les dehors.
Ce principe fait assez voir que ce que nous entendons aujourd'hui par
faade n'existe pas dans l'architecture du moyen ge. Une glise, un
palais, une maison, possdent leurs faces extrieures, leurs _vistz_;
mais ces faces ne sont autre chose que l'apparence ncessaire des
dispositions du plan, des logements ou des constructions intrieures. En
un mot, dans l'architecture du moyen ge, la faade ne peut tre spare
de l'ordonnance gnrale du btiment, elle en est la consquence. Nous
renvoyons donc nos lecteurs aux articles: CATHDRALE, CHTEAU, MAISON,
PALAIS, ARCHITECTURE _religieuse, monastique et militaire_.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]



FATAGE, s. m. Partie suprieure d'un comble  deux gots (voy.
CHARPENTE, CRTE, FATIRE).



FATE, s. m. Pice de bois horizontale qui runit les deux extrmits
suprieures des poinons de fermes (voy. CHARPENTE).



FATIRE, s. f. Tuile de couronnement d'un comble  deux gots. Ces
tuiles sont unies ou ornes, simples ou doubles. Lorsque les fatires
sont ornes, elles composent une vritable crte de poteries plus ou
moins dcoupe sur le ciel. Les tuiles fatires de l'poque romane sont
gnralement d'une trs-grande dimension, poses jointives, et souvent
ornes de boutons servant  les poser facilement. Ces boutons forment la
dcoration continue ou la crte du fatage. Nous avons vu encore sur les
combles de l'glise de Vzelay des dbris de trs-anciennes fatires
(du XIIe sicle probablement) qui n'avaient pas moins de 0,70 c. de
longueur, et qui devaient tre poses jointives avec un calfeutrage en
mortier entre-deux.

Voici, fig. 1, une de ces fatires en terre cuite d'une bonne qualit,
vernisse  l'extrieur d'une couverte brun-verdtre. Les bords A
extrmes taient lgrement relevs pour loigner l'eau de pluie du
joint, lequel tait garni de mortier. Les boutons, d'une saillie de 0,12
c.  0,15 c., taient assez grossirement models  la main. Plus tard
on reconnut que ces tuiles fatires jointives, malgr les calfeutrages
en mortier, laissaient passer l'humidit dans les charpentes, et on
chevaucha ces fatires, ainsi que l'indique la fig. 2. Toutefois, pour
viter leur drangement par l'effet du vent, on les posait toujours sur
mortier, en ayant le soin de ne pas laisser de bavures. Vers le
commencement du XIIIe sicle on fabriquait aussi des fatires 
recouvrement sur les combles en tuiles (3), chaque fatire portant un
bourrelet A revtissant le rebord B de sa voisine. Une couverte
vernisse au feu recouvrait toujours ces fatires pour les rendre moins
permables  l'humidit et donner moins de prise au vent, car le vent
n'agit pas sur une surface polie comme sur un corps rugueux. Il est
certain que les tuiliers du moyen ge observaient, dans la confection
des fatires, les lois qui guidaient les plombiers; ils avaient compris
que ces fatires devaient avoir un poids assez considrable pour
rsister au vent et pour appuyer le fatage des combles, lequel a
toujours besoin d'tre charg, principalement lorsque ces combles se
composent de chevrons portant ferme (voy. CHARPENTE, CRTE); aussi,
donnrent-ils bientt aux appendices dcoratifs, qui ne sont gure que
des boutons peu saillants ou de lgers reliefs pendant l'poque romane,
des formes plus dcides, plus saillantes, et un plus grand poids par
consquent. On voyait, il y a quelques annes, dans le petit muse que
M. Ruprich Robert avait install dans une des dpendances de la
cathdrale de Bayeux, deux fatires en terre cuite trs-curieuses par
leur fabrication. Nous les donnons ici toutes deux (4 et 4 bis). Elles
paraissent appartenir au XIIIe sicle, sont d'une petite dimension, et
le vernis qui les couvre est brun. Ces fatires taient poses
jointives. On voit encore  Troyes, sur des maisons voisines de la
cathdrale, quelques tuiles fatires conformes au dessin, fig. 5,
vernies en brun. Ces appendices ajours, formant crte, taient
ncessairement souds sur la fatire avant la cuisson. Mais au feu
beaucoup se geraient ou se dformaient. Ces pices de terre,  cause de
leur forme et de leur dimension, prenaient beaucoup de place dans le
four, taient difficiles  caser, et leur cuisson devait tre souvent
ingale. Lorsqu'au XIVe sicle les difices publics et privs devinrent
plus riches et plus dlicats, il fallut ncessairement donner aux crtes
de combles recouverts en tuiles des formes plus sveltes, se dtachant
plus lgrement sur le ciel; alors on fit des fatires dont les
ornements se rapportaient. C'est d'aprs ce systme que sont fabriques
les tuiles fatires de l'glise Sainte-Foi de Schelestadt[468]. Elles
se composent de la fatire proprement dite, fig. 6, portant une tige
double ajoure, perce au sommet d'un trou cylindrique dans lequel entre
un petit goujon en fer. La partie suprieure de ce goujon, dpassant le
lit B, reoit une feuille d'rable A, proprement moule et vernisse.
Ces fatires datent du commencement du XIVe sicle. L'oxydation des
goujons et le peu d'assiette de ces ornements devaient souvent causer la
brisure de ces tiges dlicates; cependant on prtendait de plus en plus
donner de l'importance aux crtes en terre cuite; on revint donc vers le
XVe sicle aux soudures avant la cuisson, mais en faisant porter les
ornements levs aux sous-fatires qui taient courtes, et ne dcorant
les fatires de recouvrement que d'ornements peu saillants. C'est
suivant ce mode qu'taient fabriques les anciennes fatires du comble
de la cathdrale de Sens, dont la couverture en tuiles vernisses date
de la fin du XVe sicle (7). Les sous-fatires A sont vernies en jaune,
et les grandes fatires de recouvrement en vert[469]. On remarquera les
trous qui traversent de part en part le vase  double panse de la
sous-fatire; ces trous, qui sont  peine visibles  la hauteur o est
place cette crte, n'ont d'autre but que de produire des sifflements
sous l'action du vent, ce qui probablement plaisait fort aux voisins de
l'glise. Nous avons souvent trouv sur les couronnements des difices,
et particulirement des combles, la trace de ces singulires fantaisies
musicales. On n'attachait pas, pendant le moyen ge,  certains
phnomnes naturels, les ides romanesques qui nous ont t suggres
par la littrature moderne; le sifflement du vent  travers les crneaux
et les dcoupures des difices, qui fait natre dans notre esprit de
sinistres penses, tait peut-tre pour les oreilles de nos pres une
harmonie rjouissante. Quoi qu'il en soit, l'ide de couronner le comble
d'un difice par une centaine de sifflets est passablement originale.

Pour viter les difficults que prsentait encore la cuisson des pices
A de la figure prcdente, on imagina de former ces pices leves de
poteries poses les unes sur les autres en recouvrement, comme nous
voyons qu'on le faisait aussi pour les pis en terre cuite (voy. PIS).

Voici (8) un fatage ainsi combin[470]. La sous-fatire porte une
sorte de goulot B (voir le profil B'), sur lequel vient s'emboutir le
chapeau C en forme de tourelle perce de quatre trous. Les
sous-fatires sont vernies en noir-verdtre ainsi que les fatires,
les chapeaux sont couverts d'un vernis jaune, le petit toit est noir. Il
y a lieu de croire que tous les combles en tuiles taient autrefois
couronns par ces fatires dcoupes; on n'en trouve aujourd'hui qu'un
bien petit nombre en place; mais grce  la ngligence bien connue des
couvreurs qui ne prennent pas la peine de descendre les tuiles
remplaces, lorsqu'ils rparent les toitures, on peut recueillir dans
les reins des votes de nos difices du moyen ge quantit de dbris de
poteries, fort prcieux souvent, puisqu'ils nous donnent en fragments
des spcimens de ces dcorations de combles: aussi, ne saurions-nous
trop recommander aux architectes appels  rparer de vieux btiments
l'examen de ces dbris accumuls sous les toits par la ngligence des
couvreurs.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 4. bis.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]

     [Note 468: Ce dessin nous a t fourni par M. Roeswilwald.]

     [Note 469: Des fragments de ces fatires recueillies par M.
     Lefort, inspecteur diocsain de Sens, sont dposs dans le
     bureau de l'agence des travaux.]

     [Note 470: Fragments trouvs sur les votes de l'glise de
     Semur en Auxois, qui paraissent dater du XVe sicle.]



FANAL, s. m. (voy. LANTERNE _des morts_). Les fanaux destins 
prsenter la nuit un point lumineux pour guider les navigateurs, sur mer
ou sur les fleuves, ne consistaient qu'en une grosse lanterne suspendue
 une potence au sommet d'un tour. La Tour de Nesle,  Paris, portait un
fanal que l'on allumait toutes les nuits pour indiquer aux mariniers
l'entre de Paris. Sur le bord de la mer, o ces lanternes ne pouvaient
fournir un feu assez vif pour tre vu de loin, on plaait sur des tours
des cages en fer que l'on remplissait d'touppe goudronne. Un guetteur
tait charg d'entretenir ces feux pendant la nuit.



FENTRE, s. f. _Fenestre_, _fenestrele_ (petite fentre), _voirrire_,
_voerrire_. L'architecture du moyen ge tant peut-tre de toutes les
architectures connues celle qui se soumet le plus exactement aux
besoins, aux convenances, aux dispositions des programmes, il n'en est
pas qui prsente une plus grande varit de fentres, particulirement
au moment o cette architecture abandonne les traditions romanes. En
effet, une fentre est faite pour donner du jour et de l'air 
l'intrieur d'une salle, d'une chambre; si le vaisseau est grand, il est
naturel que la fentre soit grande; s'il ne s'agit que d'clairer et
d'arer une cellule, on comprend que la fentre soit petite. Dans une
glise o l'on se runit pour adorer la Divinit, on n'a pas besoin de
voir ce qui se passe au dehors; mais dans une salle affecte  un
service civil, il faut pouvoir au contraire regarder par les fentres;
pour regarder par les fentres il faut les ouvrir facilement. Voil donc
des donnes gnrales qui doivent ncessairement tablir une diffrence
dans les formes des fentres appartenant  des difices religieux et
civils.

Les habitations prives des Romains n'taient point du tout disposes
comme les ntres. Les pices rserves pour le coucher, les chambres, en
un mot, taient petites, et ne recevaient souvent de jour que par la
porte qui donnait sur un portique. Chez les gens riches on tablissait,
outre les cours entoures de portiques, de grandes pices qui taient
destines aux runions, aux banquets, aux jeux, et on avait le soin de
disposer autant que possible ces pices vers l'orientation le plus
favorable; souvent alors les jours, les fentres n'taient ferms que
par des claires-voies en bois, en mtal, ou mme en pierre et en marbre.
Bien que les Romains connussent le verre, ils ne le fabriquaient pas en
grandes pices; c'tait videmment un objet de luxe, et dans les
habitations vulgaires il est probable qu'on s'en passait, ou du moins
qu'on ne l'employait qu'avec parcimonie. Pendant les premiers sicles du
moyen ge le verre devait tre une matire assez rare pour qu'on vitt
de l'employer. Observons ceci d'abord, c'est qu'aujourd'hui encore, en
Italie, en Espagne, et mme dans le midi de la France, on ne demande pas
dans les intrieurs la lumire que nous aimons  rpandre dans nos
appartements ou dans nos difices publics. Dans les pays mridionaux la
vie est extrieure, on ne s'enferme gure que pour mditer et pour
dormir; or, pour se livrer  la mditation, on n'a pas besoin d'une
grande lumire, encore moins pour dormir et se reposer. Les Romains, qui
ne modifiaient pas leur architecture en raison du climat, mais qui
btissaient  Paris ou  Cologne comme  Rome, avaient laiss dans les
Gaules des traditions qui ne furent abandonnes qu'assez tard. Dans les
difices publics, les fentres taient de grandes baies cintres perces
sous les votes  travers les murs de remplissage; dans les habitations,
les fentres n'taient que des ouvertures assez troites,
rectangulaires, pour pouvoir recevoir des chssis de bois sur lesquels
on posait du papier huil, des canevas ou des morceaux de verre
enchsss dans un treillis de bois ou de mtal. Rarement dans les
difices publics les fentres taient vitres; ou bien elles taient
assez troites pour empcher le vent de s'engouffrer dans les
intrieurs; ou, si elles taient larges, on les garnissait de rseaux de
pierre, de mtal ou de bois destins  tamiser l'air venant de
l'extrieur. Beaucoup d'glises et de salles romanes, jusqu'au XIIe
sicle, possdaient des fentres sans aucune fermeture ou claire-voie.
La forme de ces fentres est indique dans la fig. 1. Ne devant pas tre
garnies de chssis, il tait naturel de cintrer ces baies et de leur
donner  l'intrieur un large brasement pour faciliter l'entre de la
lumire. Lorsque ces baies taient troites (ce qui tait frquent, afin
de rompre autant que possible l'effort du vent), on ne se donnait pas la
peine de bander un arc appareill au-dessus des jambages  l'extrieur;
mais on se contentait de tailler une pierre suivant la figure d'un
cintre, et l'arc appareill tait rserv pour l'brasement, afin de
soutenir la charge de la construction suprieure. La pierre taille
extrieure, formant linteau cintr, n'avait alors que l'paisseur du
tableau AB (2). Presque toujours pendant les premiers sicles,
c'est--dire du VIIIe au XIe, les jambages de ces baies se composent de
grandes pierres en dlit avec liaisons au-dessus de l'appui et sous
l'arc. La fentre primitive romane tait ainsi construite comme la
fentre antique. Quant aux proportions de ces fentres perces dans des
difices, elles sont soumises  la place qui leur est assigne; elles
sont habituellement courtes dans les tages infrieurs, et longues dans
les tages suprieurs. D'ailleurs, l'ide de dfense dominant dans
toutes les constructions romanes du VIIIe au XIIe sicle, on avait le
soin de ne percer que de petites fentres  rez-de-chausse, assez
troites souvent pour qu'un homme n'y pt passer; ou bien, si l'on
tenait  prendre des jours assez larges, on divisait la fentre par une
colonnette ainsi que l'indique la fig. 3. Dans ce cas, la baie
consistait rellement en une arcade ayant la largeur EF et le cintre D;
du ct de l'extrieur on posait un linteau  double cintre G sur une
colonnette dont la fonction vritable tait de servir de clture, de
claire-voie. Le cintre D n'apparaissait pas  l'extrieur et servait
d'arc de dcharge de H en K. Notre figure montre en A la fentre du ct
extrieur, et en B en coupe sur les milieux des petits arcs C et du
grand arc D.

Suivant les provinces, les fentres prsentent pendant la priode
romane, et jusque vers le milieu du XIIIe sicle, des dissemblances
frappantes. Larges relativement dans le Nord, elles sont de plus en plus
troites lorsqu'on se rapproche du Midi; et cependant il est  cette
rgle gnrale quelques exceptions: ainsi les fentres des difices
religieux de l'Auvergne, de la Saintonge, du Prigord, et d'une partie
du Languedoc, sont pendant les XIe et XIIe sicles aussi grandes que les
fentres de l'le-de-France et de la Normandie, tandis que sur les bords
de la Sane et du Rhne elles sont fort petites. Nous donnerons ici
quelques exemples qui confirmeront notre dire. Commenons par les
fentres des difices religieux ou des monuments publics levs sur les
mmes donnes quant  la disposition des jours. Il est une loi observe
dj par les architectes romans et dveloppe avec beaucoup
d'intelligence par les constructeurs du XIIIe sicle, qu'il nous faut
avant tout faire connatre  nos lecteurs, car elle parat tre  peu
prs oublie de notre temps. La lumire qui passe  travers une baie
donnant dans un intrieur forme un cne ou une pyramide suivant la
figure de la baie; c'est--dire qu'au lieu d'tre divergents, les rayons
lumineux sont convergents de l'extrieur  l'intrieur: ainsi (4), soit
une baie _abcd_, l'extrieur tant en A, la lumire directe, pleine,
formera la pyramide _abcde_, et tout ce qui ne sera pas compris dans
cette pyramide ne recevra qu'une lumire diffuse ou de reflet. La
pyramide sera plus ou moins allonge suivant que la baie sera plus ou
moins oriente vers le cours du soleil. Si mme les rayons du soleil
viennent  traverser cette baie, le faisceau lumineux formera un prisme,
mais qui est point indfini. En supposant, par exemple, un trou carr
dans un mur (5), _abcd_, l'extrieur tant en A, les rayons solaires
passant par cette baie formeront le prisme _abcd_, _a'b'c'd'_. Mais si
nous avons en B un mur loign de la baie de plus de vingt fois la
diagonale du carr, la projection des rayons solaires perce-mur sera
dj fort altre; si ce mur est  une distance de cent fois la longueur
de la diagonale du trou carr, il n'y aura plus qu'un spectre diffus; si
beaucoup plus loin, les rayons solaires ne laisseront plus de trace: la
lumire directe solaire est donc elle-mme altre par les bords du
diaphragme qui lui permet de s'introduire dans un vaisseau ferm. Une
personne place au fond d'un souterrain de cinq cent mtres de long dont
l'orifice ne serait que de deux mtres, en admettant que les rayons
solaires passassent par l'axe de ce souterrain, distinguerait
parfaitement son orifice, mais ne recevrait aucune lumire. Ainsi, en
admettant mme l'intervention directe des rayons solaires, le faisceau
lumineux va toujours en diminuant de diamtre de l'extrieur 
l'intrieur: donc, toute fentre doit avoir une ouverture proportionne
 l'tendue du vaisseau  clairer; si cette ouverture est trop petite,
on voit la fentre, mais elle ne donne plus de lumire directe, et ce
n'est pas tant la multiplicit des jours qui donne de la lumire franche
dans un intrieur que leur dimension relative. Une salle carre de
vingt-cinq mtres de ct, qui serait claire par vingt fentres de
1m,00 c. de surface chacune, serait parfaitement sombre dans son milieu,
tandis que deux fentres de dix mtres de surface chacune, perces dans
deux de ses parois opposes, claireraient assez ce milieu pour qu'on y
pt lire. Les surfaces lumineuses, les fentres en un mot, doivent donc
tre calcules en raison de l'tendue des intrieurs. Il est entendu
d'ailleurs que nous ne parlons que des fentres prenant le jour direct
du ciel, car si elles ne reoivent que des jours de reflet, il est
vident que la pyramide ou le cne lumineux qu'elles produiront 
l'intrieur sera beaucoup plus court. L'observation avait peu  peu
amen les architectes du XIIe sicle  appliquer ces lois que l'amour
pour la symtrie nous a fait ngliger, car nous en sommes arrivs, pour
obtenir  l'extrieur des faades perces de jours de pareilles
dimensions,  clairer de grandes salles et de petites pices au moyen
de jours semblables entre eux; nous ne savons plus, ou nous ne voulons
plus (pour contenter certaines lois classiques que les anciens se sont
bien gards d'appliquer) produire de grands effets de lumire intrieurs
au moyen de jours plus ou moins larges; nous avons perdu le sentiment du
pittoresque dans la faon d'clairer les intrieurs. Cependant la
disposition des jours dans un intrieur, surtout si le vaisseau est
grand, divis, est un des moyens d'obtenir sans frais des effets
puissants. Nous voyons l'architecture romane, quand elle se dgage de la
barbarie, pousser trs-loin dj cette connaissance de l'introduction de
la lumire du jour dans l'intrieur de ses glises et de ses grandes
salles; cette architecture admet que certaines parties d'un vaisseau
doivent tre plus claires que d'autres; elle inondera un sanctuaire de
lumire et laissera la nef dans un demi-jour, ou bien elle prendra dans
les extrmits du transsept des jours normes, tandis qu'elle laissera
le sanctuaire dans l'obscurit, ou bien encore elle percera de petites
fentres dans les murs des collatraux, tandis qu'elle rendra les votes
hautes lumineuses; elle procdera avec la lumire comme elle procde
quand il s'agit de dcorer une ordonnance, elle sait faire des
sacrifices; elle est sobre ici pour paratre plus brillante sur tel
point; elle use des moyens qui ont t le privilge de notre art avant
l're classique; elle pense que les fentres n'existent pas par
elles-mmes; que leur dimension, leur forme, sont la consquence du vide
 clairer. Il est  croire que les architectes grecs, les architectes
romains et ceux du moyen ge seraient fort surpris s'ils nous voyaient
donner dans des publications sur l'art de l'architecture des exemples de
fentres sans dire comment, o et pourquoi ces baies sont faites,
quelles sont les salles qu'elles clairent. Cela est, en effet, aussi
trange que le serait, dans une publication sur l'histoire naturelle des
animaux une collection d'oreilles prsentes sans tenir compte des ttes
qui les portent. Une oreille d'ne est fort belle assurment, mais  la
condition qu'elle ornera la tte d'un ne. Nous essaierons donc, en
prsentant des exemples de fentres, puisqu'il s'agit ici de ce membre
important de l'architecture, d'indiquer leur place et leur fonction,
d'expliquer les raisons qui ont fait adopter telle ou telle forme et
disposition.



FENTRES APPARTENANT  L'ARCHITECTURE RELIGIEUSE.--Nous avons dit dj
que dans les glises anciennes, c'est--dire dans celles qui ont t
construites du VIIIe au XIe sicle, les fentres ne recevaient pas de
vitraux, que les vitraux taient une exception; que ces fentres taient
bantes ou fermes, pour briser le vent, par des claires-voies en
pierre, en bois ou en mtal. C'tait une tradition antique. Dans les
rudes contres de la haute Bourgogne, les glises clunisiennes
n'admettaient aucune fermeture  leurs fentres jusqu'au XIIe sicle.
Les fentres de la nef de l'glise de Vzelay, 1190  1110, hautes et
basses, taient sans vitres, sans claires-voies, laissant passer
librement l'air et la lumire. Voici, fig. 6, une de ces fentres[471].
La section horizontale de ces baies en A donne un double biseau sans
feuillure ni repos pour recevoir un chssis. Ce bizeau  l'extrieur
avait l'avantage: 1 de permettre  la lumire de s'introduire
facilement; 2 de rompre l'action du vent qui s'engouffrait entre ces
deux surfaces inclines. Une pente B  l'extrieur rejette les eaux
pluviales.  l'intrieur l'appui C rgne au niveau des tailloirs des
chapiteaux. L'archivolte D est immdiatement place sous le formeret de
la vote; le cintre de ces baies n'est donc point concentrique au cintre
des formerets, mais profite de toute la hauteur du collatral pour
introduire le plus de jour possible. En E nous prsentons l'aspect
extrieur de la fentre.

Dans les provinces de l'Ouest cependant, vers la mme poque, les moeurs
taient plus douces, et on ne laissait pas ainsi les intrieurs exposs
 tous les vents; les fentres,  la fin du XIe sicle, taient petites,
troites, et souvent garnies de claires-voies en pierre d'un travail
assez dlicat et d'un joli dessin. Il n'existe qu'un trs-petit nombre
d'exemples de ces claires-voies, remplaces plus tard par des verrires.
Nous en donnons un, fig. 7, qui provient de l'glise de Fenioux[472].
C'est une dalle de 0,055m d'paisseur sur une largeur de 0,27 c. La
pierre est dure et finement taille; les ajours biseauts  l'intrieur
et  l'extrieur. Notre figure prsente la face extrieure de la dalle
qui n'est point pose en feuillure, mais dans l'brasement mme de la
baie, ainsi que l'indique la fig. 7 bis, A tant le ct extrieur. Les
jambages des fentres ouvertes dans les murs des difices religieux des
Xe et XIe sicles taient habituellement dpourvus de toute dcoration;
les archivoltes seules, au XIe sicle, taient parfois entoures d'un
cordon moulur, uni ou avec billettes; cependant dj, dans les
sanctuaires, on cherchait  viter cet excs de simplicit en plaant
sous les archivoltes deux colonnettes en guise de pieds-droits, et cela
comme une sorte d'encadrement qui donnait de l'importance et de la
richesse  la baie. Cette mthode est suivie dans les monuments des
provinces du centre qui datent de cette poque, en Auvergne, dans le
Nivernais et le Berri, dans une partie du Languedoc, du Lyonnais et du
Limousin. Les tableaux de la fentre restent simples, et sont comme
entours par une arcade porte  l'intrieur sur des colonnettes. C'est
ainsi que sont faites les fentres du sanctuaire des glises de
Notre-Dame-du-Port  Clermont[473], de Saint-tienne de Nevers[474]. Ces
dernires fentres furent toujours fermes par des panneaux de morceaux
de verres enchsss dans du plomb et maintenus au moyen de barres de fer
(voy. VITRAIL). Lorsque les nefs taient votes en berceau, bien
rarement les fentres hautes pntraient la vote, l'extrados de leur
archivolte tait pos immdiatement sous la naissance du berceau; cette
disposition obligeait les architectes  monter les murs goutterots
beaucoup au-dessus des archivoltes de ces fentres afin de pouvoir
poser, soit un massif portant une couverture  cr sur la vote, soit
une charpente. Cette portion de muraille nue au-dessus de baies
relativement petites produisait un assez mauvais effet; aussi, dans les
contres o l'art de l'architecture romane tait arriv  un certain
degr d'lgance et de finesse, cherchait-on  meubler ces parties nues.
Les murs de la nef de la cathdrale du Puy-en-Vlay prsentent un de ces
motifs de dcoration murale extrieure entre les fentres perces sous
la vote haute et la corniche (8). Des panneaux renfoncs, pratiqus
dans l'paisseur de la muraille et dcors de mosaques et de
colonnettes, occupent les parties vagues, encadrent les baies d'une
faon gracieuse sans enlever  la construction l'aspect de solidit
qu'elle doit conserver. La fentre est elle-mme ferme par une double
archivolte bien appareille, celle extrieure portant sur deux
colonnettes. Ainsi, d'une petite baie trs-simple en ralit, les
architectes auvergnats de la fin du XIe sicle ont fait un motif de
dcoration d'une grande importance  l'extrieur.

Il n'est pas ncessaire de nous tendre longuement sur les fentres
romanes des difices religieux; outre qu'elles prsentent peu de
varits, nous avons tant de fois l'occasion d'en donner des exemples
dans le cours de cet ouvrage, que ce serait faire double emploi d'en
prsenter ici un grand nombre; cependant nous devons signaler certaines
fentres qui appartiennent exclusivement aux monuments carlovingiens de
l'Est, et qui possdent un caractre particulier. Ces fentres, doubles
ou triples, reposent leurs archivoltes (9) sur des colonnettes simples,
en marbre ou en pierre trs-dure (afin de rsister  la charge),
surmontes d'un tailloir gagnant dans un sens l'paisseur du mur;
disposition que fait comprendre la coupe A[475]. Les colonnettes
n'taient, dans ce cas, que des tanons poss au milieu de l'paisseur
du mur et portant une charge quilibre. Il n'est pas besoin de dire que
ces fentres n'taient point vitres; aussi, n'taient-elles perces
ordinairement que dans des clochers ou des galeries ne s'ouvrant pas sur
l'intrieur. Ces sortes de fentres se voient encore dans quelques
clochers italiens btis en brique, clochers prtendus lombards.

Arrivons  l'poque de transition pendant laquelle les fentres des
difices religieux adoptent des formes trs-varies.

La cathdrale de Noyon, btie vers 1150, nous fait voir dj un systme
de fenestrage entirement nouveau. Les parties suprieures des bras de
croix de cette glise, btis sur plan circulaire, sont claires par de
longues fentres jumelles plein cintre, s'ouvrant sur une galerie
extrieure passant  travers de gros contre-forts buttant les artes des
votes. Le plan, fig. 10, nous montre les fentres jumelles en C avec
leur feuillure pour recevoir un vitrage, la galerie extrieure en B,
l'intrieur du vaisseau tant en A. Une longue colonnette monolithe
rpte extrieurement la double baie en laissant passer tout le jour
possible. Un arc de dcharge reposant sur les pieds-droits et
colonnettes D porte la corniche suprieure.

La vue perspective (11), prise  l'extrieur, fait saisir l'ensemble de
cette disposition, nouvelle alors. Par ce moyen l'architecte obtenait 
l'intrieur, sous les votes, un trs-beau jour; il possdait une
galerie de service qui facilitait la pose et l'entretien des verrires,
une saillie qui mettait celles-ci  l'abri du vent et de la pluie, une
construction lgre et solide  la fois, car le grand arc de dcharge,
double, portait la partie suprieure de la construction et la charpente.
On s'aperoit ici, dj, que les architectes cherchaient  introduire de
larges rayons lumineux dans les intrieurs, qu'ils supprimaient les murs
et sentaient la ncessit d'augmenter les surfaces translucides  mesure
qu'ils levaient des monuments plus vastes. Ce principe si vrai amena
rapidement des modifications trs-importantes dans la structure des
difices religieux. L'espace laiss entre les piles portant les votes
et les formerets de ces votes devenait claire-voie vitre; mais comme
il fallait maintenir les armatures en fer destines  porter les
verrires, et que ces armatures prsentaient au vent une norme surface,
on divisa les vides par des piles, des arcs, des oeils et des dcoupures
en pierre qui opposaient un obstacle solide aux efforts du vent, qui
taient durables et permettaient de remplacer facilement les parties de
vitraux enfoncs par les ouragans. Les remplissages en pierre taient si
bien pour les architectes une ncessit de construction, qu'ils n'en
posaient point dans les baies qui, par leur position prs du sol ou leur
troitesse impose par le faible cartement des piles, pouvaient, sans
inconvnient, tre armes de simples barres de fer. Dans les
collatraux, par exemple, les architectes ne croyaient pas encore qu'il
ft ncessaire d'ouvrir compltement les murs entre les contre-forts,
parce que ces collatraux, n'tant pas trs-larges, n'avaient pas besoin
d'une aussi grande surface de lumire que les nefs principales, puis
parce qu'on s'attachait encore aux traditions romanes, tenant toujours 
bien fermer les parties basses des difices. Dans l'glise Saint-Yved de
Braisne, les bas-cts du choeur et la nef haute mme prsentent ainsi
des fentres  l'tat de transition (12), tandis que dans la cathdrale
de Soissons, les fentres basses sont  peu prs semblables  celles de
Saint-Yved, mais les fentres hautes de la nef possdent dj des
claires-voies de pierre, des meneaux, construits en assises sous les
archivoltes concentriques aux formerets des votes hautes. La fig. 13
nous fait voir une de ces baies  l'extrieur; en A nous avons trac la
coupe de l'archivolte et de la claire-voie faite sur _ab_. Un chemin
saillant passant  l'extrieur sous l'appui de ces fentres, et couvrant
le triforium, permet de poser et de rparer les vitraux sans
difficults. Que l'on veuille bien jeter les yeux un instant sur la
construction de la claire-voie de pierre, des meneaux, en un mot; on
verra que la structure se compose d'une pile centrale, de deux arcs
extradosss, d'un oeil indpendant, recevant, en feuillure, des redents
formant une rose  six lobes. Entre l'oeil et les arcs est pos un
remplissage en maonnerie. Les redents maintiennent par leurs
extrmits, comme par autant de griffes, un cercle en fer qui sert 
attacher les panneaux de verre. Dans chaque espace vide, sous les arcs,
monte une barre verticale croise par des barres horizontales formant
une suite de panneaux rguliers. Les vitraux sont maintenus  ces barres
par des clavettes passant dans des pitons et par des feuillures tailles
dans les pieds-droits et le meneau central (voy. ARMATURE). Ainsi, ds
la fin du XIIe sicle (car ces fentres datent de cette poque ou des
premires annes du XIIIe), les meneaux construits taient adopts pour
les grandes fentres des grands difices religieux appartenant aux
provinces franaises. Il faut reconnatre que les architectes de cette
poque de transition cherchent, ttonnent, essayent de plusieurs
mthodes, en n'employant cependant que des moyens vrais, simples, en
sachant parfaitement ce qu'ils veulent, mais en arrivant au but par
divers chemins.  Chlons-sur-Marne, vers 1170, l'architecte du choeur
de Notre-Dame voulait aussi quitter les traditions romanes et ouvrir de
grands jours sous les votes hautes. Comment s'y prenait-il? Ayant
obtenu par la plantation des piles du sanctuaire des traves fort
larges, il relevait les formerets des votes le plus possible, en ayant
le soin mme de les tracer suivant une courbe brise trs-aplatie, fig.
14. Sous ces formerets il perait trois fentres,  peu prs d'gale
hauteur, spares par deux pilettes. Le gnie champenois, toujours en
avant sur les provinces voisines, porte le constructeur  relier le
fenestrage au triforium; il fait donc descendre les deux colonnettes
monolithes A des pilettes sparant les baies jusque sur l'appui du
triforium, et pose l deux corbelets pour recevoir leur base. Quant aux
deux autres colonnettes B d'encadrement, elles descendent jusque sur les
tailloirs des chapiteaux infrieurs, car on observera qu'ici il n'y a
pas d'arc formeret saillant moulur, et que la vote vient porter
directement sur le tympan suprieur C[476]. L'ordonnance des fentres,
au lieu d'tre spare de l'ordonnance du triforium, comme dans les
difices de l'le-de-France de la mme poque, s'y rattache; ce qui
grandit singulirement l'intrieur du vaisseau. Ce triforium, qui est
fort petit, reprend de l'chelle parce qu'il ne devient plus qu'un appui
ajour du fenestrage. En D nous avons donn le plan des baies au niveau
D', et en E la face extrieure des archivoltes des trois fentres qui
peuvent tre vitres  l'extrieur par la galerie servant de couverture
au triforium[477].  ce propos on devra observer aussi que gnralement
les fentres hautes sont vitres du dehors, tandis que celles des
collatraux plus prs du sol sont vitres de l'intrieur. Il y a pour
procder ainsi de bonnes raisons: c'est qu'une fentre basse tant
vitre du dehors, il est facile  des malfaiteurs d'enlever la nuit
quelques clavettes et les tringlettes, de dposer un panneau des
verrires, et de s'introduire dans l'glise; tandis que cette opration
ne peut tre tente si les panneaux de vitres sont poss, les clavettes
et tringlettes tant  l'intrieur. Mais  la partie suprieure de
l'difice on n'avait pas  redouter ce danger, tandis qu'il fallait
prendre certaines prcautions pour empcher la pluie fouettant contre
les verrires de s'introduire entre les panneaux: or, les panneaux tant
poss  l'intrieur, les grands vents chassant la pluie contre eux,
l'eau s'arrte  chaque barre transversale (barlottire) et s'infiltre
facilement entre leurs joints; il y a donc avantage  vitrer les
fentres les plus exposes au vent par le dehors; on peut ainsi mnager
un recouvrement du plomb d'un panneau sur l'autre, obtenir une surface
unie, sans ressauts, et n'arrtant les gouttes de pluie sur aucun point.
On pensera peut-tre que nous entrons dans des dtails minutieux; mais,
 vrai dire, il n'y a pas de dtail dans l'excution des oeuvres
d'architecture qui n'ait son importance, et les vritables artistes sont
ceux qui savent apporter du soin, de l'observation et de l'tude dans
les moindres choses comme dans les plus importantes: aussi les
architectes du moyen ge taient-ils de vritables artistes.

Vers le commencement du XIIIe sicle, l'architecte de la cathdrale de
Chartres cherchait des combinaisons de fentres entirement neuves pour
clairer la haute nef. Il s'tait astreint, dans les collatraux, aux
habitudes de son temps, c'est--dire qu'il avait perc des fentres
termines par des arcs en tiers-point, ne remplissant pas l'espace
compris entre les piles; il avait voulu laisser  ce soubassement
l'aspect d'un mur. Mais nous voyons que dans la partie suprieure de son
difice il change de systme; d'une pile  l'autre il bande des
formerets plein cintre, puis dans l'norme espace vide qui reste 
chaque trave au-dessus du triforium il lve deux larges fentres
surmontes d'une grande rose, fig. 15 (voir la coupe C): A est le
formeret faisant archivolte  l'extrieur, double d'un grand arc D
donnant l'paisseur de la vote V. L'entourage de la rose R reoit en
feuillure des dalles perces de quatre feuilles, et formant de larges
claveaux. En B sont traces les portes des arcs-boutants. Il est bon de
comparer ces fentres avec celles donnes ci-dessus (fig. 14) ou celles
anciennes, de la nef de la cathdrale de Paris, bien peu antrieures. On
reconnat dans cette construction de Notre-Dame de Chartres une
hardiesse, une puissance qui contrastent avec les ttonnements des
architectes de l'le-de-France et de la Champagne. C'est  Chartres o
l'on voit, pour la premire fois, le constructeur aborder franchement la
claire-voie suprieure occupant toute la largeur des traves, et prenant
le formeret de la vote comme archivolte de la fentre. Simplicit de
conception, structure vraie et solide, appareil puissant, beaut de
forme, emploi judicieux des matriaux, toutes les qualits se trouvent
dans ce magnifique spcimen de l'architecture du commencement du XIIIe
sicle. N'oublions pas d'ailleurs que ces arcs, ces piles, ces dalles
perces, sont faits en pierre de Berchre d'une solidit  toute
preuve, facile  extraire en grands morceaux, d'une apparence
grossire; ce qui ajoute encore  l'effet grandiose de l'appareil. On ne
peut douter que la qualit des matriaux calcaires employs par les
architectes de l'poque primitive gothique n'ait te pour beaucoup dans
l'adoption du systme de construction des grandes fentres. Ce qu'on
faisait  Chartres au commencement du XIIIe sicle, on n'aurait pu le
faire avec les matriaux des bassins de l'Oise, de la Seine, de l'Aisne
et de la Marne. Dans ces contres on ne songeait pas  employer les
dalles perces, on ne le pouvait pas; on accouplait les fentres, on les
largissait autant que possible, mais on n'osait encore les fermer avec
des claires-voies de pierre. En Bourgogne, o les matriaux sont
trs-rsistants, vers la seconde moiti du XIIe sicle, les roses se
remplissaient de rseaux de dalles perces (voy. _ROSE_), mais non les
fentres.  Laon, vers 1150, les architectes balanaient encore entre
les formes de fentres de l'poque romane et celles nouvellement perces
dans les difices religieux voisins, comme la cathdrale de Noyon, comme
l'glise abbatiale de Saint-Denis. Dans le mur pignon du transsept de
l'glise abbatiale de Saint-Martin  Laon, bien que la structure de
l'difice soit dj gothique, nous voyons des fentres qui n'abandonnent
pas entirement les traditions romanes (16). Le plein cintre et l'arc
bris se mlent, et l'cole nouvelle ne se montre que dans la forme des
moulures. Ici mme, le plein cintre apparat au-dessus de l'arc bris;
ce qui prouve encore combien, pendant l'poque de transition, les
architectes se croyaient libres d'adopter l'un ou l'autre de ces arcs
suivant les besoins de la construction. La fentre infrieure est ferme
par un arc bris, parce que cette fentre est plus large que l'autre, et
que le constructeur a voulu donner plus de solidit  sa construction en
faisant porter les pieds-droits de la fentre suprieure sur les reins
d'un arc dont les coupes se rapprocheraient davantage de la ligne
horizontale. Il a t videmment proccup de l'effet qu'et pu produire
un jambage de fentre sur les claveaux d'un plein cintre entre les
sommiers et la clef; l'arc bris n'est qu'un moyen de parer au danger
d'une rupture vers la partie moyenne de l'archivolte  droite et 
gauche. Ne perdons pas de vue ceci: c'est que, vers le milieu du XIIe
sicle, les architectes avaient vu tomber un si grand nombre d'difices
romans, surtout au moment o on avait prtendu leur donner de
trs-grandes dimensions, qu'ils avaient d observer les effets de
tassements et de rupture qui s'taient produits dans les constructions,
et qu'ils redoutaient sans cesse de voir se reproduire ces fcheux
effets. L'arc bris leur paraissait un moyen excellent d'viter des
dsastres; ils s'en servaient donc comme on se sert d'un nouveau procd
reconnu bon, c'est--dire toutefois qu'ils avaient un doute sur
l'efficacit des vieilles mthodes. Il ne pouvait tre donn qu' des
hommes dj expriments, hardis, et srs de leurs moyens d'excution,
de se servir encore du plein cintre pour d'assez grandes portes, comme
le fit l'architecte de Notre-Dame de Chartres.

Avec la pierre de Berchre on pouvait combiner un systme de
claires-voies mixte tel que celui qui fut adopt pour les fentres
hautes de la cathdrale de Chartres, c'est--dire compos de claveaux
formant une ossature lastique et rsistante, et de dalles minces
perces  jour comme les fermetures de baies antiques; mais tous les
matriaux ne se prtaient pas  l'emploi de ces procds. En Champagne,
bien que les constructeurs possdassent des matriaux de grandes
dimensions, ils ne trouvaient pas, dans les carrires du pays, des bancs
d'une rsistance assez forte pour se permettre l'emploi de ces larges
claires-voies composes de dalles de champ. Ils procdrent autrement et
firent des chssis de pierre, pour maintenir les panneaux des vitraux,
au moyen d'arcs appareills, bands l'un dans l'autre et indpendants.
Ce systme apparat complet dans la structure de fentres des chapelles
du choeur de la cathdrale de Reims, qui ont d tre leves vers 1215.
Conformment  la mthode champenoise, les fentres prsentent des
berceaux d'arcs briss, de larges brasements se terminant  l'intrieur
en faon de formeret pour recevoir les remplissages des votes, et
portant  l'extrieur un profil saillant sous lequel s'engagent deux
arcs briss et une rose reposant seulement sur ces deux arcs sans
pntrer dans les moulures de l'archivolte. Une figure est ncessaire
pour expliquer cette structure trs-importante en ce qu'elle nous donne
la transition entre les claires-voies _bties_ et les claires-voies
_chssis_. Nous donnons donc (17) un trac perspectif de la partie
suprieure de ces fentres pris de l'intrieur des chapelles. On voit en
A le formeret-berceau qui appartient au style gothique primitif de la
Champagne, formeret dont le profil est donn en B. Sous ce
berceau-formeret est bande l'archivolte C, ne faisant que continuer la
section des colonnettes D et du double biseau recevant la feuillure de
la verrire. En E est un sommier qui reoit l'un des arcs retombants sur
un meneau central G. La clef de cet arc est pntre par la rose, qui
est seulement prise entre les claveaux de l'archivolte C.  son tour la
rose reoit en feuillure les redents H qui ne portent point feuillure,
mais des pitons  l'intrieur pour maintenir les panneaux des vitraux.
N'oublions pas de mentionner que les colonnettes du meneau central aussi
bien que celles des pieds-droits ne sont point relies  la
construction, mais sont poses en dlit, suivant la mthode usite pour
la plupart des colonnettes,  la fin du XIIe sicle. Du ct extrieur,
ces fentres donnent le trac gomtral (18). L'archivolte C, tant un
arc de dcharge, se trouve naturellement soumise aux tassements et
mouvements qu'et subi la btisse: or, la rose tant laisse libre,
maintenue seulement par le frottement entre les reins de l'archivolte,
ne risque pas d'tre brise par ces tassements; elle peut tre quelque
peu dforme, comme le serait un cerceau de fer ou de bois que l'on
presserait, mais ne saurait se rompre. C'est l une marque de prvoyance
acquise par une longue observation des effets qui se manifestent dans
d'aussi vastes constructions.

Toutes les fentres de la cathdrale de Reims sont construites d'aprs
ce principe. Notre figure gomtrale (18) indique en A la coupe de la
partie suprieure de la fentre, B tant le berceau-formeret intrieur.
On voit en C la faon dont sont incastrs les redents de la rose,
maintenus  leur extrmit D par un cercle en fer et des clavettes E; en
G les feuillures des vitraux poss  l'intrieur. On remarquera que
cette feuillure dans l'appui, dont la coupe est trace en I, se retourne
pour rejeter sur le talus extrieur H les eaux pluviales ou de bue
coulant le long des vitraux. Un dtail perspectif K fait saisir cette
disposition double des feuillures. En L nous avons trac une section
horizontale des meneaux et pieds-droits avec la saillie du talus
circulaire M; en O la pntration des bases des colonnettes des
pieds-droits et meneaux tablis sur plan droit dans ce talus (voy.
CHAPELLE, fig. 36 et 37).

Que les fentres de la cathdrale de Reims soient troites ou larges,
elles ne possdent toujours qu'un meneau central et deux vides; il en
rsulte que ces vides ont, soit 1m,20 c. de largeur, soit 2m,30 c. Pour
maintenir les panneaux des vitraux dans d'aussi larges baies, il fallait
des armatures en fer trs-fortes. On prit donc bientt le parti de
multiplier les meneaux pour les fentres larges, afin d'avoir toujours
des vides  peu prs gaux. Au lieu d'un seul meneau on en monta trois,
de faon  diviser la baie en quatre parties d'gales largeurs. Ce ne
fut que vers 1240 que cette modification importante eut lieu, et ds
lors, chaque fois que la nature des matriaux le permit, les meneaux ne
furent plus que des chssis composs de pierres en dlit et engags en
feuillure sous les archivoltes. Parmi les plus belles et les premires
fentres de ce genre il faut mentionner celles de la Sainte-Chapelle
haute du Palais  Paris. On retrouve l, fig. 19, le principe qui
commande la construction des fentres de la cathdrale de Reims,
c'est--dire que le vide est divis en deux par un meneau vertical A
portant deux arcs briss et une rose. Mais les deux grandes divisions AB
sont elles-mmes subdivises en deux par des meneaux secondaires C qui
portent aussi des arcs briss et des roses plus petites, de sorte que
les espaces  vitrer n'ont que 1m,00 de largeur. L'archivolte D (voir la
coupe E) remplit  l'intrieur l'office de formeret et reoit les
remplissages des votes F. La seconde archivolte G sert d'arc de
dcharge, porte le chneau, la balustrade extrieure et le bahut H sur
lequel repose la charpente. On voit en I des gargouilles dont la queue
pntre jusqu'aux reins des votes pour rejeter en dehors les eaux
pluviales qui tombaient sur ces votes avant l'achvement de la
construction et la pose de la couverture. C'est  la Sainte-Chapelle du
Palais o l'on voit natre, les gbes sur les archivoltes des fentres;
gbes qui sont  la fois et une dcoration et un moyen de maintenir les
archivoltes dans leur plan (voy. CONSTRUCTION, fig. 108). En K nous
avons trac l'ensemble de la fentre, qui porte en hauteur trois fois sa
largeur; en L sont des chanages en fer qui maintiennent la dviation
des contre-forts, les relient entre eux et empchent les meneaux de
sortir de leur plan. D'ailleurs ces meneaux ne sont plus construits par
assises, mais sont taills dans de grandes pierres poses en dlit, ce
qui permettait de leur donner moins de largeur et de laisser plus de
champ aux vitraux; quant  ceux-ci, leurs panneaux sont maintenus dans
les fentres de la Sainte-Chapelle par des armatures en fer ouvrags et
par des feuillures creuses au milieu de l'paisseur des meneaux ainsi
qu'il est indiqu en M. Ces fentres sont vitres du dedans, et les
armatures en fer, formant saillie sur les panneaux en dehors, sont
poses de manire  dgager compltement les feuillures. La coupe de
l'appui est trace en N, ces appuis portant toujours un petit paulement
O  l'intrieur, pour rejeter en dehors les eaux de pluie pntrant 
travers les interstices des panneaux. Dans les fentres de la
Sainte-Chapelle haute on voit que les arcs et dcoupures des meneaux
sont exactement compris dans la hauteur de l'archivolte. Cette
disposition avait un dfaut, elle faisait paratre les colonnettes des
meneaux trop hautes, ne donnait pas assez d'importance aux dcoupures
suprieures. Les architectes du milieu du XIIIe sicle observrent
l'effet fcheux de cette disposition, et ils descendirent bientt les
arcs des meneaux et les dcoupures suprieures au-dessous de la
naissance des archivoltes. Mais vers la fin de la premire moiti du
XIIIe sicle, dans les difices religieux, les fentres se combinaient,
soit avec une arcature de soubassement lorsqu'elles taient perces 
rez-de-chausse, soit avec les galeries  jour de premier tage
(triforium) lorsqu'elles s'ouvraient dans la partie suprieure des
hautes nefs.  la Sainte-Chapelle du Palais dj, une arcature
intrieure sert d'appui aux grandes fentres comme  celles de la
chapelle basse (voy. ARCATURE, fig. 8). Si, dans la Sainte-Chapelle
haute, cette arcature ne se relie pas absolument aux meneaux des
fentres, cependant les divisions correspondent aux espacements des
meneaux; les architectes semblaient ainsi vouloir faire partir les
fentres du sol, c'est--dire ne plus composer leurs difices que de
piles et d'ajours dont une portion tait cloisonne par le bas. C'tait
un moyen de donner de la grandeur  l'intrieur des difices religieux.
Nous avons vu que les architectes des glises de Notre-Dame de Chlons
(sur-Marne) et du choeur de Saint-Remy de Reims avaient cherch  relier
les fentres suprieures avec le triforium. Dans la cathdrale de Reims
ce principe n'avait point t suivi, mais nous voyons que dans
l'le-de-France et la Picardie on l'adopte avec franchise, du moins,
pour les fentres suprieures.

La nef de la cathdrale d'Amiens nous prsente un des premiers et des
plus beaux exemples de ce parti. Dans cette nef, les fentres
suprieures et le triforium ne forment qu'un tout, bien que ce triforium
soit encore clos et qu'il adopte une ordonnance particulire. Ce nouveau
mode a une telle importance, il indique si clairement le but que les
architectes se proposaient d'atteindre, savoir: de supprimer entirement
les murs, ce qu'en terme de mtier on appelle les _tapisseries_, que
nous devons ici donner une figure de ces fentres hautes de la nef de
Notre-Dame d'Amiens (20). En A est trace la face intrieure de l'une de
ces fentres, et en B sa coupe sur CC'C''. Les arcs-doubleaux des
grandes votes portent sur les colonnes D, et les arcs ogives sur les
colonnettes E; c'est l'archivolte G de la fentre qui tient lieu de
formeret. Il n'y a donc dans cette construction que des piles et des
fentres. Le triforium est essentiellement li  cette baie,
non-seulement par sa dcoration, mais aussi par sa structure. Cependant,
le comble H du bas-ct tant adoss  ce triforium, une cloison I ferme
la galerie, et un arc de dcharge O porte le filet, le passage
suprieur, et forme trsillonnement entre les piles K qui reoivent les
colonnes de tte M des arcs-boutants. Les piles milieux sont places
au-dessus de la clef des archivoltes des collatraux, de sorte que
toutes les pesanteurs se reportent sur les piles de la nef. Le meneau
central de la baie est construit en assises hautes, mais dj les
meneaux intermdiaires ne se composent que de grands morceaux de pierre
en dlit. Les redents des roses, grandes et petites, sont incrusts en
feuillure dans l'appareil principal de la claire-voie suprieure[478].
Ces baies tant d'une dimension considrable, on a jug  propos de
multiplier les barlottires en fer, de placer des montants dans le
milieu de chaque intervalle, et de garnir la rose suprieure d'une
puissante armature pour soulager d'autant les redents et pour rsister
au poids des panneaux de vitraux. Si le triforium participe dj ici 
la fentre, cependant il est encore un membre distinct de
l'architecture, il n'est pas  claire-voie et laisse voir des portions
de tapisseries entre ses archivoltes et l'appui des grandes baies. Ces
ajours obscurs et ces surfaces pleines sous les grandes parties vitres
des fentres hautes tourmentrent l'esprit logique des architectes du
XIIIe sicle. Le triforium, en effet, n'tait plus une galerie ferme
passant sous les fentres, c'tait dj un soubassement de la fentre,
mais un soubassement qui ne s'y reliait pas assez intimement. En
disposant les combles des bas-cts en pavillons ou en terrasses, on
pouvait mettre  jour aussi la cloison du triforium; mais alors il
fallait faire disparatre ces tympans pleins, ces appuis hauts, et faire
dcidment descendre les grandes baies des nefs jusqu' l'appui de la
galerie en ne donnant  celle-ci que les pleins absolument ncessaires
pour trouver un chemin de service en R. Dans le choeur de la mme
cathdrale ce nouveau programme fut rsolu avec certains ttonnements:
les tympans pleins au-dessus des archivoltes du triforium existent
encore; on a bien cherch  les allgir en les dcorant de gbes avec
crochets, mais la solution de continuit entre la fentre et la galerie
ajoure n'en existe pas moins (voy. TRIFORIUM). C'est en Champagne et
dans l'le-de-France o le problme parat avoir t rsolu d'une
manire absolue pour la premire fois. La nef et les parties hautes du
choeur de l'glise abbatiale de Saint-Denis, bties vers 1245 (vingt ans
environ aprs la nef de Notre-Dame d'Amiens), nous montrent des fentres
ne faisant plus qu'un tout avec le triforium[479]. Ces fentres
prsentent d'ailleurs certaines dispositions particulires qui ont une
signification au point de vue de la structure. Indiquons d'abord cette
rgle  laquelle on trouve peu d'exceptions: c'est que pendant le XIIIe
sicle, et mme au commencement du XIVe, les meneaux des fentres
offrent toujours une division principale, de manire  fournir deux
vides seulement si ces baies ont peu de largeur, et deux vides
subdiviss par des meneaux secondaires si ces baies sont plus larges;
ainsi les fentres possdent des traves en nombre pair, deux et quatre.
Ces divisions se subdivisent encore si les fentres atteignent une
largeur extraordinaire afin de composer huit traves[480], c'est--dire
un meneau principal, deux meneaux secondaires et quatre meneaux
tertiaires, en tout sept meneaux. On reconnat l l'emploi de ce systme
de _cristallisation_, disons-nous, vers lequel l'architecture gothique
tombe par une pente fatale ds le milieu du XIIIe sicle. On conoit,
par exemple, que les architectes ayant admis que pour maintenir les
panneaux de vitraux il ne fallait pas laisser plus d'un mtre environ de
vide entre les meneaux,  moins d'tre entran  placer des montants en
fer entre ces meneaux comme dans l'exemple prcdent; que du moment que
les meneaux taient considrs comme des chssis de pierre destins 
maintenir ces panneaux, il tait illogique de doubler ces meneaux par
des barres de fer verticales, ces architectes aient t bientt
entrans  poser autant de montants verticaux de pierre qu'il y avait
d'intervalles de trois pieds de large  garnir de vitraux. Soit une
fentre de deux mtres de large  vitrer, l'architecte pose un meneau
(21). Soit de quatre mtres, il pose un meneau principal et deux meneaux
secondaires (22). Soit de huit mtres, il pose un meneau principal, deux
meneaux secondaires et quatre tertiaires (23). Mais alors la rose A et
les compartiments B deviennent si grands qu'il est impossible de les
vitrer,  moins d'employer des armatures en fer trs-compliques; c'est
ce qu'il faut viter. On cherche des combinaisons de redents de pierre
pour garnir ces intervalles comme nous le traons en C, par exemple. Le
chssis est alors complet, et le fer n'est qu'un accessoire, ne se pose
que sous forme de barlottires armes de pitons. Nous avons dit
prcdemment que le dfaut des fentres hautes de la Sainte-Chapelle du
Palais tait de prsenter des meneaux trop longs pour les claires-voies
suprieures, celles-ci ne descendant pas au-dessous de la naissance des
archivoltes. L'architecte de la nef de Notre-Dame d'Amiens, avant la
construction de la Sainte-Chapelle, avait dj descendu les
claires-voies suprieures au-dessous de la naissance des
archivoltes-formerets (fig. 20). Mais plus on multipliait les meneaux,
et plus il fallait descendre ces claires-voies, ainsi que le dmontrent
les deux fig. 21 et 22, ou bien il fallait, comme on le voit, fig. 23,
tracer les arcs briss intrieurs se rapprochant plus du plein cintre
que dans les deux autres exemples.

Les fentres hautes de la nef de Notre-Dame d'Amiens possdent un meneau
central offrant plus de champ que les deux autres. En effet, le poids de
la claire-voie se reporte presque entirement sur ce meneau; cela
n'avait point d'inconvnients alors que ce meneau central tait encore
compos ou d'assises ou de pierres hautes, mais n'tant pas de nature 
se dliter. Si, au contraire, on voulait en venir  former ces meneaux
de longues pierres debout pouvant se dliter, il y avait un danger
srieux  reporter toute la charge sur le pied-droit central. Les
architectes des glises de Saint-Denis, de la cathdrale de Troyes et de
quelques autres monuments religieux levs au milieu du XIIIe sicle,
conservrent la disposition gnrale indique dans la fig. 20, mais
donnrent pour plus de sret un champ gal, sinon une gale paisseur,
aux trois montants des grandes baies: c'est--dire (fig. 24[481]) qu'ils
accolrent deux fentres  un seul montant chacune. Ainsi tous les nerfs
principaux de la claire-voie conservaient le mme champ, et le chssis
de pierre avait sur toute sa surface une gale rigidit. En A, nous
avons trac la section du meneau central et de l'un des meneaux
intermdiaires; en B, la coupe de la fentre faite sur son axe. Ici les
redents des roses ne sont plus embrvs en feuillure comme  Amiens,
mais tiennent  l'appareil gnral; ce qui permettait, en leur donnant
plus de lgret, d'obtenir plus de rsistance et de diminuer la force
des armatures en fer. Le triforium est, comme nous le disions tout 
l'heure, intimement li  la fentre, il est ajour comme elle, et les
tympans destins  porter le plafond du passage C ne prsentent que des
surfaces pleines peu importantes. La cloison extrieure D est ajoure
comme la galerie E, quoique d'une taille plus simple. C'est  cette
cloison D que sont attachs les panneaux de vitraux. Les barres de fer G
forment un chanage continu passant  travers les piles et les meneaux,
et reliant toute la construction. Bientt on voulut mme supprimer ces
petits tympans pleins au-dessus des archivoltes du triforium, et ne plus
avoir qu'une claire-voie sans autre interruption que l'assise de plafond
entre le haut de la galerie et les baies. Les fentres et le triforium
ne parurent plus tre qu'une seule ouverture divise par des meneaux et
des dcoupures compltement ajoures. (voy. TRIFORIUM). Alors les
traves des grandes nefs ne furent composes que des arcades des
bas-cts et d'un fenestrage comprenant tout l'espace laiss entre le
dessus des archivoltes de ces traves et les votes hautes. Si les
sanctuaires n'avaient point de collatraux, on les mettait entirement 
jour au moyen d'une galerie vitre surmonte d'un fenestrage comprenant
tout le vide entre les piles. C'est ainsi qu'est construit le choeur de
l'glise Saint-Urbain de Troyes, qui n'offre aux regards qu'une
splendide lanterne de verrires peintes reposant sur un soubassement
plein, de trois  quatre mtres seulement de hauteur[482].

Nous avons donn au mot CHAPELLE, fig. 4, 5 et 6, la disposition des
fentres de la chapelle royale du chteau de Saint-Germain-en-Laye,
disposition qui met  jour tout l'espace compris entre les contre-forts
de l'difice en isolant les formerets de la vote, de manire qu'
l'extrieur cette chapelle laisse voir, seulement comme parties solides,
des piles et de grands fenestrages carrs. Cette tendance  laisser
entirement  jour les tapisseries des difices religieux entre les
contre-forts, de ne plus faire que des piles portant des votes avec une
dcoration translucide  la place des murs, est videmment la
proccupation des architectes ds le milieu du XIIIe sicle. Du moment
o l'on adopta les verrires colores, la peinture murale ne pouvait
produire dans les intrieurs que peu d'effet,  cause du dfaut de
lumire blanche et de l'clat des vitraux; on prit donc le parti de
n'avoir plus que de la peinture translucide, et on lui donna la plus
grande surface possible.

La Champagne prcde les autres provinces de France, lorsqu'il s'agit
d'adopter ce parti. Les bas-cts de la nef de Saint-Urbain de Troyes,
dont la construction date de la fin du XIIIe sicle, prsentent entre
les contre-forts cette disposition d'un fenestrage rectangulaire,
trs-riche, indpendant des votes. L'architecte de cette glise si
curieuse, voulant adopter un parti large dans un petit difice, ce qu'on
ne saurait trop louer, n'a divis sa nef qu'en trois traves. Les
bas-cts sont couverts par des votes d'arte sur plan carr; mais
comme l'espace entre les contre-forts et t trop large pour ouvrir
entre les piles une seule fentre,  moins de lui donner une largeur
plus grande que sa hauteur, ce qui et t d'un effet trs-dsagrable,
ou de laisser entre les baies et les piles de larges pieds-droits, ce
qu'on voulait viter, cet architecte donc, fig. 25, a divis chaque
trave du bas-ct par une nervure A qui vient retomber sur une pile et
un contre-fort B moins puissant que les contre-forts C, lesquels
reoivent les arcs-boutants. Dans les espaces laisss entre les gros et
petits contre-forts il a ouvert des fentres en D, termines carrment
sous le chneau, et indpendantes des formerets E des votes. Il a voulu
cependant donner  l'extrieur comme  l'intrieur une grande richesse 
ce fenestrage. La fig. 26 prsente la face extrieure d'une de ces
baies,  l'chelle de 0m,02 c. pour mtre. En A est l'un des gros
contre-forts, en B l'un des petits. La coupe E est faite sur la
balustrade en E'. L'assise formant chneau et reposant sur la
claire-voie est en G. La section C,  0m,04 c. pour mtre, est faite sur
le meneau  la hauteur H, et celle D, sur ce mme meneau,  la hauteur
I. Les vitraux sont poss dans les feuillures K. Si nous faisons une
coupe sur l'axe de cette fentre, fig. 27, nous avons le meneau central
en A, le petit contre-fort en B, et sous le formeret de la vote, en C,
une claire-voie qui n'est qu'une dcoration. On voit que le chneau G
repose sur ce formeret et sur la claire-voie extrieure. Examinons cette
fentre de l'intrieur du bas-ct, fig. 28. En A nous avons indiqu la
claire-voie vitre, la fentre qui porte le chneau G, et qui est
exactement comprise entre les contre-forts; en B est trace la
claire-voie intrieure, sous le formeret C de la vote. D'aprs
l'appareil, qui est exactement trac, on reconnat que ces claires-voies
sont compltement indpendantes de la structure des contre-forts,
qu'elles ne sont que des dalles ajoures tailles dans un excellent
liais de Tonnerre. La construction ne consiste donc qu'en des
contre-forts ou piles portant les votes; puis, comme clture, il n'y a
que des cloisons ajoures, poses en dehors et recevant les chneaux. Ce
sont de vritables chssis que l'on peut poser aprs coup, changer,
rparer, remplacer sans toucher  l'difice. Il n'est pas besoin de
faire ressortir les avantages qui rsultent de ce systme, parfaitement
raisonn, qui permet les dcorations les plus riches et les plus lgres
sans rien ter  la btisse de sa solidit et de sa simplicit.

Pendant le XIVe sicle cependant, on abandonne, mme en Champagne, ce
systme de fenestrage inscrit dans des formes rectangulaires pour les
difices religieux, et on en revient  prendre les formerets des votes
comme archivoltes des baies; mais les meneaux deviennent de plus en plus
dlis, et arrivent  des sections d'une extrme dlicatesse afin de
laisser aux vitraux, c'est--dire aux surfaces dcoratives colores, le
plus de surface possible (voy. MENEAU).



FENTRES APPARTENANT  L'ARCHITECTURE CIVILE ET MILITAIRE.--Dans
l'architecture antique grecque et romaine, c'est la structure intrieure
des vaisseaux  clairer qui commande la forme et la dimension des
fentres. Ce mme principe est appliqu avec plus de rigueur encore par
les architectes du moyen ge. Si la forme cintre convient  des baies
dont les vitraux sont dormants, et qui sont inscrites par des votes, on
conviendra que cette forme ne peut gure tre applique  des baies
qu'il faut ouvrir souvent et qui sont perces entre des planchers. Ainsi
que nous l'avons dit en commenant cet article, les fentres des
premiers sicles du moyen ge sont trs-rarement garnies de vitraux dans
les difices publics; mais il fallait bien, dans les habitations
prives, se garantir du froid et du vent, ne ft-ce que pendant la nuit:
alors les fentres taient closes par des volets de bois; quand on
voulait de l'air et de la lumire, on ouvrait les volets. Les
inconvnients de ce moyen primitif obligrent bientt les architectes 
percer ces volets de quelques trous que l'on garnissait de verre ou de
parchemin. Puis on en vint  faire des chssis de bois recevant les
vitraux, du papier, du parchemin ou de la toile.

Quelques fentres d'habitations du XIe sicle, comme celles de nos
anciens donjons normands, par exemple, ne laissent voir nulle trace de
fermeture ancienne; il est  croire qu'elles taient closes au moyen de
nattes, de courtines de laine ou de grosse toile; on voit en effet
souvent figures dans les manuscrits carlovingiens des baies garnies de
ces tentures mobiles glissant sur des tringles, et retenues par des
embrasses lorsqu'on voulait faire entrer l'air et la lumire dans les
intrieurs. Dj certainement, les habitations urbaines, celles des
bourgeois qui se livraient  un travail quelconque dans l'intrieur de
leurs maisons, taient perces de fentres vitres ou parchemines alors
que les chteaux conservaient encore les anciens usages, car les
seigneurs fodaux et leurs hommes ne se runissaient gure que le soir
dans leurs rduits pour manger et dormir; ils ne se livraient  aucun
travail intrieur, et passaient presque toutes leurs journes  courir
la campagne.

Dans les maisons des villes, le besoin de faire pntrer le jour dans
les intrieurs (les rues tant gnralement troites) motivait ces
colonnades vitres que nous trouvons dans presque toutes les habitations
franaises  dater du XIIe sicle. L'ouvrage de MM. Verdier et Cattois
sur l'architecture civile du moyen ge nous fournit un grand nombre
d'exemples de ces fenestrages continus qui occupaient tout un ct de la
pice principale au premier et mme au second tage, pice qui servait
de lieu de travail et de runion pour toute la famille. Mais ces
claires-voies ne peuvent tre considres,  proprement parler, comme
des fentres; nous avons l'occasion de les dcrire  l'article MAISON.

La fentre romane civile est ordinairement troite, compose de deux
pieds-droits termins par un cintre appareill ou dcoup dans un
linteau avec un arc de dcharge par derrire, ou un second linteau
prsentant une assise assez forte pour recevoir les solivages du
plancher. Quelquefois la fentre n'est autre chose qu'une baie cintre,
comme celles prsentes fig. 1 et 2. Cependant ces ouvertures ( cause
du cintre qui les terminait) se fermaient difficilement au moyen de
volets, ceux-ci ne pouvant se dvelopper sous les cintres; on renona
donc bientt  employer ce mode, on largit les baies en les divisant
par un meneau, une colonnette. La fig. 29 nous montre une fentre romane
de la fin du XIe sicle qui, par la conservation de tous ses
accessoires, fournit un exemple remarquable du systme de fermeture
gnralement adopt  cette poque. Elle provient du chteau de
Carcassonne[483]. En A est trac le plan. Sa largeur totale entre les
pieds-droits de l'brasement est de 1m,20, et la profondeur de cet
brasement est de 0,60 c., moiti de la largeur. Une colonnette en
marbre blanc porte le linteau extrieur vid en deux portions d'arcs
(voir la face extrieure de la baie B). Ce linteau I est doubl
intrieurement d'un second linteau K, et d'un troisime L (voir la coupe
C) qui est fait d'un bloc de bton[484] et qui reoit le solivage du
plancher. Deux gonds G, encore en place (voir la face intrieure D),
recevaient un volet bris qui, ouvert, se dveloppait dans l'brasement
et sur le mur ainsi que l'indique le plan. Lorsqu'on voulait clore la
fentre, on rabattait les deux feuilles du volet et on tirait la barre
de bois dont la loge est indique sur ce plan et sur le trac D, en F,
jusqu' ce que l'extrmit de cette barre s'engaget dans l'entaille
P[485]. L'allge de la fentre formait banc  l'intrieur de la pice.

Nous donnons (30) la face intrieure de ce volet en O, et sa coupe sur
_ab_ en M; la barre tire est indique en R. Des ajours vitrs au moyen
de morceaux de verre enchsss dans du plomb donnaient de la lumire
dans la pice lorsque les volets taient ferms. Les pentures taient
brises comme les volets, ainsi que l'indique notre figure. Ici la
hauteur entre planchers tait trop faible pour permettre l'emploi de
l'arc de dcharge intrieur; mais habituellement l'brasement des
fentres romanes divises par une colonnette est surmont d'un arc de
dcharge plein cintre.

Voici (31) l'une des fentres du donjon de Falaise, dont la construction
date  peu prs de la mme poque. Le plan A nous fait voir que la baie
consiste rellement en une loge ou arcade cintre, ferme extrieurement
par une allge, une colonnette et deux tableaux. Sur le dehors (voir le
trac B) la fentre ne laisse pas percer le cintre de l'brasement, mais
seulement les deux petits arcs retombant sur la colonnette.
Intrieurement (voir le trac D) on remarque que la fentre offre un
rduit duquel, en s'avanant jusqu' l'allge C, on peut regarder au
pied du mur extrieur. Ces fentres ne semblent pas avoir t fermes
primitivement par des volets, mais seulement, comme nous le disions tout
 l'heure, par des nattes ou des tapisseries pendues sous le grand
cintre. Un peu plus tard nous observons que dans ces chteaux normands
on emploie les volets de bois pleins pour fermer les baies, en faisant
paratre le grand cintre de l'brasement  l'extrieur et en ouvrant un
jour dormant sous ce cintre.

C'est ainsi que sont construites quelques fentres du chteau d'Harcourt
 Lillebonne (Seine-Infrieure) et de plusieurs autres chteaux normands
du XIIe sicle. La fig. 32 explique cette disposition. Le trac A nous
montre la fentre  l'extrieur, et celui B sa coupe. Sous le berceau
plein cintre E de l'brasement est band un arc D dont les sommiers
reposent sur les extrmits d'un linteau C et sur deux pieds-droits. Un
meneau soulage ce linteau au milieu de sa porte. L'espace compris entre
le linteau C et l'arc D tait vitr  demeure, et des volets pleins,
briss, barrs, fermaient la baie derrire le meneau. Plus tard,
lorsqu'on vitra les fermetures des fentres, on conserva encore ces
chssis dormants au-dessus de la partie ouvrante. Cette tradition se
conserva en France jusqu' nos jours, puisque dans beaucoup
d'habitations du dernier sicle on voit encore des fentres avec des
_jours d'impostes_ qui souvent taient dormants. En effet, lorsqu'on
veut regarder par une fentre, il est assez incommode d'ouvrir un
chssis de trois ou quatre mtres de hauteur, difficile souvent 
manoeuvrer, que l'humidit fait gonfler ou la scheresse rtrcir, et
qui laisse passer en hiver un volume d'air beaucoup plus considrable
qu'il n'est besoin. Il faut dire aussi que les pices destines 
l'habitation tant beaucoup plus vastes que celles de nos appartements,
on ne sentait pas le besoin, comme aujourd'hui, de renouveler l'air
intrieur aussi souvent. Les chemines larges faisaient un appel
suffisant de l'air extrieur en hiver, pour qu'il ne ft pas ncessaire
d'ouvrir les fentres; et, en t, on obtenait de la fracheur en les
tenant fermes. Ce n'tait que lorsqu'on voulait regarder dans la rue
qu'on entre-billait les chssis ouvrants d'une petite dimension, et
permettant  une seule personne ou  deux, tout au plus, de se pencher
sur l'appui. On renona cependant, au XIIIe sicle, aux barres se
logeant dans l'paisseurs des murs, tires derrire les volets, et, au
lieu de volets pleins ou percs de petits ajours, on tablit des chssis
de bois presque entirement vitrs.

Voici (33) une des fentres du commencement du XIIIe sicle, perces
dans les anciens btiments dpendant aujourd'hui de la citadelle de
Verdun. C'est encore le systme roman. Le linteau, dcharg par le
berceau bris de l'brasement qui apparat au dehors, est ajour d'un
quatre-feuilles vitr dormant; mais les deux claires-voies sont garnies
de chssis vitrs roulant sur des gonds scells dans les feuillures, et
maintenus le long du meneau par des targettes s'enfonant dans une gche
B en pierre, rserve  l'intrieur de ce meneau. L'esprit ingnieux des
architectes laques du XIIIe sicle allait trouver des dispositions
nouvelles et trs-varies pour les fentres des difices civils et des
habitations. Nous voyons que dans certains cas ils conservent la
tradition romane pure, c'est--dire qu'ils ouvrent dans un mur une
arcade plein cintre, et posent un linteau sous ce cintre pour recevoir
un chssis carr, comme dans une tourelle dpendant de l'vch de
Soissons (34) (commencement du XIIIe sicle); ou bien que, pour de
petites pices, ils adoptent des baies larges, relativement  leur
hauteur, spares par un lgant meneau central, couvertes
extrieurement par un linteau dcor d'arcatures, et formant
intrieurement un brasement termin par un berceau de dcharge et muni
d'un banc B (35)[486]. Ici le meneau est renforc intrieurement d'un
appendice A servant d'accoudoir, et recevant les targettes de fermeture
des deux chssis (voy. l'article BANC, fig. 4). Nous voyons encore que
pour clairer des pices assez hautes entre planchers, ils disposent les
fentres de manire  pouvoir n'ouvrir  la fois qu'une partie de leur
surface; alors le meneau central est divis par une traverse (36), la
baie porte quatre chssis mobiles: ceux infrieurs s'ouvrant pour
regarder dehors, et ceux suprieurs pour donner de l'air dans le haut de
la pice, toujours avec des renforts aux meneaux pour recevoir les
targettes[487].

Cependant on demandait aux architectes, vers le milieu du XIIIe sicle,
des fentres plus grandes pour clairer les habitations ou les difices
publics;  mesure que les moeurs s'adoucissaient, on voulait des maisons
ouvertes, non plus mures comme des forteresses. C'est surtout dans les
villes de l'le-de-France et de la Champagne que l'on aperoit, sous le
rgne de saint Louis, une tendance vers ces besoins de la civilisation
moderne.

Il existe encore  Reims une faade de maison assez complte rue du
Tambour, maison dite des Musiciens (voy. MAISON), qui date de 1240
environ. Les pices du premier tage sont claires par de larges et
hautes fentres (37), dont nous donnons en A la face extrieure, en B la
face intrieure et en C la coupe. La corniche D, de la maison, est
immdiatement pose sur les linteaux de ces fentres, derrire lesquels
sont bands des arcs de dcharge E qui portent la charpente du comble.
Les meneaux sont combins de faon  recevoir les chssis vitrs sans le
secours d'aucune ferrure. D'abord en G est pos, sous l'arc de dcharge,
un linteau de chne, perc  ses extrmits de trous correspondant aux
renforts circulaires F mnags aux deux bouts de la traverse de pierre
H. Ces renforts, dont le dtail perspectif est trac en I, reoivent les
pivots K des chssis infrieurs et ceux des chssis suprieurs. D'autres
renforts analogues O, pris aux dpens de l'appui P, recevaient les
pivots bas de ces chssis infrieurs. Les targettes des quatre chssis
entraient dans les renflements R rservs  l'intrieur du meneau
central. Nous donnons au dixime de l'excution, en L la section du
meneau, en M la face latrale d'une des gches, et en N sa face
intrieure[488].

Ces exemples font ressortir le soin que les architectes de cette poque
mettaient dans l'tude des menus dtails de l'architecture domestique.
Tout tait prvu pendant la construction, et tout tait prvu avec
conomie. Ils vitaient ces scellements de ferrures qui, aprs
l'achvement d'un ravalement, viennent dshonorer les faades en coupant
les moulures, cornant les chambranles, mutilant les tableaux et les
appuis; qui ncessitent ces raccords en pltre bientt dtruits par le
temps et accusant ainsi le peu d'harmonie qui existe, dans nos difices,
entre l'apparence et les besoins. Dans les maisons gothiques, regardes
de nos jours comme des habitations trangres  notre civilisation, les
fentres, ainsi que les autres membres de l'architecture, ne sont point
imites de l'antique ou de la renaissance italienne; mais elles sont
disposes et faites pour donner de l'air et de la lumire, elles sont
proportionnes aux salles, et comprennent dans leur structure tous les
accessoires indispensables  l'ouverture des chssis mobiles, comme 
leur clture. Nous pourrions donc trouver encore ici quelques bons
enseignements si nous voulions nous pntrer de ces moyens simples, de
ce soin en toute chose qui n'excluent nullement les perfectionnements et
leur viennent, au contraire, en aide.

Mais les exemples que nous venons de donner en dernier lieu sont tirs
d'difices privs; cependant les architectes du moyen ge levaient de
vastes salles affectes  des services civils ou qui runissaient  la
fois les caractres religieux et civils. Telles taient les salles
synodales, grands vaisseaux destins  des runions nombreuses, o il
fallait trouver de la lumire, de l'air, de grandes dispositions; en un
mot, ce qu'on demande dans nos salles de tribunaux. On voit encore, prs
la cathdrale de Sens, une de ces salles qui dpendait autrefois du
palais archipiscopal.

C'est vers 1245, sous le roi saint Louis, que fut btie la salle
synodale de Sens. Sur la place publique, vers l'ouest, elle est claire
par des fentres, admirables comme style d'architecture, parfaitement
appropries  leur destination et d'une construction qui montre la main
d'un matre. Nous donnons (38) l'extrieur de ces fentres. La salle
tant vote, les archivoltes de la baie sont concentriques aux
formerets des votes, et disposes conformment au systme champenois.
Les vitraux compris dans les claires-voies A sont dormants, comme dans
les fentres des difices religieux; mais les ouvertures B sont
rectangulaires et garnies de chssis ouvrants, afin de permettre aux
personnes places dans la salle de donner de l'air et de regarder au
dehors.  l'intrieur, ces fentres prsentent le trac perspectif (39).
Cette belle composition se reproduit  l'extrmit mridionale de la
salle, mais avec quatre traves au lieu de deux; une immense claire-voie
suprieure, d'une fermet de style peu commune  cette poque, surmonte
ces quatre ouvertures. On voit ici que les meneaux sont munis de
renforts destins  recevoir plusieurs targettes dans la hauteur des
chssis ouvrants, afin d'empcher le gauchissement de ces chssis[489].
On remarquera combien l'appareil de ces claires-voies est bien dispos
pour prsenter une grande solidit et pour viter les videments. Les
redents de la rose (fig. 38) sont poss en feuillure, et les linteaux
des parties ouvrantes sont dchargs par les deux archivoltes puissantes
qui reposent sur la forte pile du milieu. Ces fentres ont un caractre
particulier qui n'appartient pas au style de l'architecture religieuse,
bien qu'elles soient comprises sous des votes comme les fentres des
glises (voy. SALLE). Les architectes des XIIIe et XIVe sicles
n'employaient pas ce systme de claires-voies vitres dormantes avec
chssis ouvrants dans les grandes salles seulement. Nous voyons des
fentres de dimension mdiocre ainsi disposes dans des habitations; les
deux volumes sur l'_Architecture civile et domestique_, de MM. Verdier
et Cattois[490], nous en fournissent de nombreux exemples, bien qu'ils
n'aient pu les runir tous.

Il existe au second tage de la porte Narbonaise,  Carcassonne, btie
vers 1285, une salle mdiocrement haute entre planchers, claire du
ct de la ville par des baies qui nous prsentent un diminutif des
fentres de la grand'salle de Sens. La partie suprieure de ces baies
(40) recevait des vitraux dormants.  l'intrieur, derrire le linteau
A, tait tabli une traverse en bois B (voir la coupe C) sur laquelle
venaient battre en feuillure deux chssis ouvrants. Un montant en bois,
maintenu par un assemblage sous cette traverse et par un goujon sur le
renfort D, pos derrire le meneau, tait muni des gches recevant les
targettes des chssis ouvrants. Ces chssis ouvrants n'ayant pas de jets
d'eau, et ne recouvrant pas l'appui E (voir le dtail G), mais battant
contre cet appui  l'intrieur en H, la pluie qui fouettait contre les
vitrages devait ncessairement couler  l'intrieur. Afin d'viter cet
inconvnient, le constructeur a creus en F de petits caniveaux munis de
deux trous K, par lesquels l'eau tait rejete  l'extrieur. Les
chssis ouvrants taient ferrs dans la feuillure au moyen de gonds et
de pentures. Le trac I montre la fentre vers le dehors. La claire-voie
suprieure est moulure  l'intrieur comme  l'extrieur, puisque le
vitrail est pris au milieu de l'paisseur de la pierre, ainsi que
l'indique notre coupe, tandis que les pieds-droits, le meneau et le
linteau sont coups carrment du ct de l'intrieur pour recevoir les
btis et chssis en menuiserie, ainsi que l'indique notre plan.

Les formes des fentres ouvertes dans les difices civils et les maisons
des XIIIe et XIVe sicles sont trop varies pour que nous puissions
prsenter  nos lecteurs un spcimen de chacune de ces sortes de baies.
C'tait toujours la dimension ou la nature des salles qui commandait les
dispositions, les hauteurs et les largeurs de ces baies; ce qui tait
raisonnable. Cette faon de procder donnait aux architectes plus de
peine qu'ils n'en prennent aujourd'hui, o la mme fentre sert pour
tout un tage d'un palais ou d'une maison, que cet tage comporte de
grandes salles et de petites pices, qu'il renferme des cages
d'escaliers et des entre-sols.

Cependant, vers la fin du XIVe sicle, les moeurs des chtelains et des
bourgeois s'taient fort amollies, et on trouvait que les chssis
ouvrants poss en feuillure dans la pierre mme, sans dormants,
laissaient passer l'air froid du dehors; on songea donc  rendre le
chssis de bois indpendant du chssis de pierre, c'est--dire des
meneaux et traverses. Le chteau de Pierrefonds, bti en 1400, nous
fournit de beaux exemples de fentres disposes avec des chssis de bois
dormants encastrs dans les feuillures de pierre, et recevant des
chssis mobiles vitrs et des volets intrieurs.

La fig. 41 donne en A le plan d'une de ces baies, en B sa face
extrieure, et en C sa face intrieure. Sur ce dernier trac, dans
lequel nous avons indiqu la baie avec ses volets en D, avec ses chssis
vitrs en E et dpouille de sa menuiserie en F, on voit que les chssis
ouvrants ainsi que les volets sont ferrs, non dans la pierre, mais sur
des chssis dormants poss dans les larges feuillures des pieds-droits,
du meneau et des traverses; que l'on peut ouvrir sparment chaque volet
et chaque chssis vitr, ce qui, pour de grandes fentres, prsente des
avantages; que les volets sont plus ou moins dcoups  jour afin de
permettre  la lumire extrieure d'clairer quelque peu les chambres
lorsque ces volets sont clos; que ces baies ferment aussi bien que les
ntres, sinon mieux; qu'elles peuvent tre hermtiquement calfeutres,
et qu'on pouvait, au moyen de ces chssis spars, donner aux intrieurs
plus ou moins d'air et de lumire. On a remplac tout cela aujourd'hui
par des vasistas, mais nous n'avons pas encore repris les volets
s'ouvrant par petites parties. Comme toujours, lorsque les murs ont
beaucoup d'paisseur, des bancs garnissent les embrasures pour pouvoir
s'asseoir prs de la fentre et respirer  l'aise.

Les fentres de l'architecture civile du XVe sicle sont conformes  ces
donnes gnrales, et reoivent des chssis dormants; leurs moulures
deviennent plus compliques  l'extrieur, les meneaux et les traverses
de plus en plus minces pour laisser passer plus de jour; leurs linteaux
se dcorent ainsi que leurs appuis, elles s'enrichissent de sculptures,
et la fin du XVe sicle nous a laiss nombre de baies de croises d'une
dlicatesse de travail qui dpasse de beaucoup ce que l'on faisait au
XIVe sicle, et ce que l'on fit  l'poque de la Renaissance. Nous
terminerons cet article en donnant l'une des fentres du premier tage
de l'htel de la Trmoille  Paris[491]. Ces fentres (42) posent sur
une balustrade pleine continue qui forme allge; leurs linteaux sont
poss au niveau de la corniche du btiment qui reoit le chneau et le
comble. Trouvant probablement que cette faon de terminer la baie tait
pauvre, l'architecte a jug  propos d'lever au-dessus de ces linteaux
une haute dcoration en pierre ajoure qui forme comme le timbre de la
fentre, et qui coupe la masse monotone du toit. Le chneau se trouve
ainsi interrompu  chaque baie, et porte une gargouille saillante en
plomb au-dessus de chaque trumeau. Souvent (et cela tait justifi par
un besoin) ces timbres des baies poses sur la corniche ne sont autre
chose que de grandes lucarnes de pierre qui clairent l'tage du comble.
C'est ainsi que se terminent les fentres du palais de justice de Rouen,
qui sont en ce genre ce qu'il y a de plus riche en France comme
combinaison, de plus surprenant comme coupe de pierre et comme
main-d'oeuvre (voy. LUCARNE).

Les meneaux et les traverses persistent dans les fentres de
l'architecture civile franaise jusqu'au commencement du XVIIe sicle,
parce que jusqu'alors les croises s'ouvraient par petites parties, et
qu'on ne supposait pas qu'il ft commode de manoeuvrer des chssis et
des volets de trois mtres de hauteur. Ducerceau nous montre encore les
fentres du Louvre, de Franois Ier et de Henri II, avec des meneaux de
pierre. Des meneaux garnissent galement les baies du palais des
Tuileries. La suppression de ces accessoires, reconnus ncessaires
jusque sous le rgne de Louis XIV, a chang compltement le caractre de
cette architecture en lui retirant son chelle; les croises de
menuiserie n'ont pas l'aspect monumental des meneaux de pierre, sans
pour cela donner plus de jour  l'intrieur des appartements (voy.
MAISON, PALAIS).

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 7. bis.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 14.]
[Illustration: Fig. 15.]
[Illustration: Fig. 16.]
[Illustration: Fig. 17.]
[Illustration: Fig. 18.]
[Illustration: Fig. 19.]
[Illustration: Fig. 20.]
[Illustration: Fig. 21.]
[Illustration: Fig. 22.]
[Illustration: Fig. 23.]
[Illustration: Fig. 24.]
[Illustration: Fig. 25.]
[Illustration: Fig. 26.]
[Illustration: Fig. 27.]
[Illustration: Fig. 28.]
[Illustration: Fig. 29.]
[Illustration: Fig. 30.]
[Illustration: Fig. 31.]
[Illustration: Fig. 32.]
[Illustration: Fig. 33.]
[Illustration: Fig. 34.]
[Illustration: Fig. 35.]
[Illustration: Fig. 36.]
[Illustration: Fig. 37.]
[Illustration: Fig. 38.]
[Illustration: Fig. 39.]
[Illustration: Fig. 40.]
[Illustration: Fig. 41.]
[Illustration: Fig. 42.]

     [Note 471: Des collatraux; celles de la nef haute sont
     traces sur le mme plan, seulement elles sont plus longues
     et portent  l'intrieur un appui trs-inclin pour permettre
      la lumire du ciel de frapper directement le pav.]

     [Note 472: M. Abadie a recueilli des fragments de
     claires-voies qu'il a bien voulu nous communiquer. L'glise
     de Fenioux dpend de la Saintonge, elle est situe
     aujourd'hui dans le dpartement de la Charente-Infrieure;
     c'est un des plus curieux monuments de cette partie de la
     France.]

     [Note 472: Voy. CHAPELLE, fig. 26 et 27.]

     [Note 474: Voy. ARCATURE, fig. 16.]

     [Note 475: De la cathdrale de Spire (clochers), XIIe
     sicle.]

     [Note 476: Voy. la coupe de ces fentres, avec le systme
     gnral de la construction de ce choeur,  l'article
     CONSTRUCTION, fig. 43.  Saint-Remy de Reims, la construction
     des fentres suprieures du choeur est pareille  celle-ci.]

     [Note 477: Voy. la fig. 43 (CONSTRUCTION).]

     [Note 478: Voy. pour les dtails de la construction de ces
     claires-voies l'article MENEAU.]

     [Note 479: Mme disposition dans l'oeuvre haute du choeur de
     la cathdrale de Troyes, qui semble tre antrieure de
     quelques annes aux constructions du XIIIe sicle de l'glise
     de Saint-Denis. L'architecture de la Champagne est presque
     toujours en avance sur celle des provinces voisines et mme
     de l'le-de-France.]

     [Note 480: Nous trouvons des exceptions  cette rgle  la
     fin du XIIIe sicle dans l'glise de Saint-Urbain de Troyes.
     On le voit, c'est toujours la Champagne qui introduit des
     innovations dans l'architecture.]

     [Note 481: Fentre suprieure du choeur de l'glise abbatiale
     de Saint-Denis.]

     [Note 482: Voy. CONSTRUCTION, fig. 103, 104, 105 et 106.]

     [Note 483: Face intrieure des tours de la porte.]

     [Note 484: Voy.,  l'article BTON, la fig. 1.]

     [Note 485: Voy.  l'article BARRE, les moyens de tirage de
     ces sortes de cltures.]

     [Note 486: D'une maison de Flavigny (Cte-d'Or).]

     [Note 487: D'une maison de Flavigny (Cte-d'Or), milieu du
     XIIIe sicle.]

     [Note 488: Voy. l'_Architecture civile_ de MM. Verdier et
     Cattois. La maison des Musiciens est donne dans cet ouvrage
     avec la plupart des dtails de la faade sur la rue du
     Tambour.]

     [Note 489: La restauration de cette salle admirable, mutile
     par le temps et l'incurie des derniers sicles, a t
     entreprise par les soins du ministre d'tat. Le gouvernement
     a compris toute l'importance de ce monument unique
     aujourd'hui en France, et qui fournit un exemple dont on peut
     tirer les plus utiles enseignements pour la construction de
     nos grandes salles modernes destines  de nombreuses
     runions. Le btiment, qui avait t vendu pendant la
     rvolution, a t achet par le ministre de l'instruction
     publique et des cultes. Il appartient donc aujourd'hui 
     l'tat. La conservation de la salle synodale de Sens sera un
     fait d'autant plus remarquable, que l'administration avait 
     lutter contre certains esprits pour lesquels toute dpense
     qui ne prsente pas un caractre d'utilit matrielle,
     immdiate et locale, est une dpense perdue; nous ne pouvons
     cependant nous borner, en France,  lever des marchs, des
     abattoirs, des hpitaux et des viaducs. Il faut reconnatre
     qu' Sens, comme au pont du Gard, comme  Carcassonne, la
     persistance claire de l'administration trouve chaque jour
     l'approbation la plus vive de la part des nombreux visiteurs
     qui chez nous, heureusement, pensent que les monuments du
     pass mritent d'tre conservs et tirs de l'oubli o on les
     laissait autrefois.]

     [Note 490: Deux vol. in-4, 1855.]

     [Note 491: Cet htel a t dmoli en 1841. Nous en possdons
     une monographie complte. (Voy. l'_Architecture civile et
     domestique_ de MM. Verdier et Cattois, t. II.)]



FERME, s. f. Constructions rurales destines  l'exploitation d'un
domaine. Les Romains taient fort amateurs d'tablissements ruraux, et
dans le voisinage de leurs _vill_, quelquefois dans leur enceinte mme,
ils possdaient des btiments destins  conserver les rcoltes,  loger
les colons et  renfermer des bestiaux. Les chefs francs paraissent
avoir voulu prendre ces habitudes lorsqu'ils s'emparrent du sol des
Gaules; mais leur mpris pour le travail manuel et pour ceux qui s'y
livraient, leur got pour les armes et la vie d'aventures ne leur
permettaient gure de s'occuper des dtails de la vie des champs. S'ils
faisaient approvisionner dans leurs _vill_ des amas de grains, de vin,
de fourrages et de produits de toute sorte, c'tait pour les consommer
avec leurs compagnons d'armes, et pour dilapider en quelques nuits
d'orgies la rcolte d'une anne. On comprend que ces moeurs n'taient
pas propres  encourager la culture et l'tablissement de btiments
destins  l'exploitation mthodique.

Les monastres, vers le commencement du XIe sicle, s'occupaient dj
srieusement de la culture en grand. Ils construisirent des granges, des
celliers, des pressoirs, des tables; ils firent des travaux
d'irrigation importants, et s'appliqurent  amliorer les terres, 
dfricher les bois,  runir de nombreux troupeaux.  vrai dire, mme
les premiers monastres btis par les Clunisiens ressemblaient plus  ce
que nous appelons une ferme aujourd'hui qu' toute autre chose (voy.
ARCHITECTURE MONASTIQUE).

Plus tard, les moines, les seigneurs laques, les chapitres, firent
construire des fermes conformes aux dispositions adoptes de nos jours,
et nous voyons qu'en 1234 un chanoine de Notre-Dame de Paris s'oblige 
btir dans le dlai d'un an une grange devant faire retour au chapitre
aprs sa mort. La cour ou pourpris de la grange devait avoir quarante
toises de long et trente de large; le mur de clture dix-huit pieds de
haut, non compris le chaperon. Dans ce mur devait tre pratiqu une
porte avec une poterne, et au-dessus de la porte et de la poterne
devaient tre levs des greniers vastes et solides; c'tait la grange
proprement dite. Elle devait avoir vingt toises au moins de longueur et
neuf toises ou environ de largeur, avec une gouttire  la hauteur de
douze pieds. Prs de la porte un appentis de dix ou douze toises tait
destin  l'habitation. Sur le pignon de derrire devait tre construite
une tourelle assez grande pour contenir un lit et un escalier. On devait
employer  la construction de cette tourelle de bon bois de chne, gros
et fort, et de bonnes tuiles. Les angles des murs ainsi que la porte
devaient tre en pierre de taille. Enfin il devait tre construit un
grand et bon pressoir couvert d'un bon appentis en tuiles[492]. Il
existe encore dans le Beauvoisis, le Soissonnais, les environs de Paris
et la Touraine, un assez grand nombre de ces btiments de fermes des
XIIe et XIIIe sicles[493], notamment de fort belles granges (voy.
GRANGE), des colombiers (voy. COLOMBIER), qui ont presque toujours
appartenu  des tablissements religieux. Quant  la disposition
gnrale des btiments de fermes, elle est subordonne au terrain, aux
besoins particuliers,  l'orientation. Ce n'est jamais qu'une
agglomration de corps de btisses spars les uns des autres, enclos de
murs et souvent de fosss. Quelquefois mme, ces fermes taient
fortifies, les murs d'enceinte taient garnis d'chauguettes ou de
tourelles. On en voit encore quelques-unes de ce genre en Bourgogne,
dans l'Auxois, dans le Lyonnais et le Poitou.

     [Note 492: Voy. la prface au _Cartulaire de l'glise
     Notre-Dame de Paris_, pub. par M. Gurard, p. ccx, et le t.
     II, p. 236.]

     [Note 493: Voy. _Arch. civ. et domest._, par MM. Verdier et
     Cattois.]



FERME., s. f. Terme de charpenterie. On entend par _ferme_ toute
membrure de charpente qui compose une suite de traves. On dit une
_ferme de comble_, une _ferme d'chafaud_ (voy. CHARPENTE, CHAFAUD).



FERMETURE, s. f. (Voy. BARRE, FENTRE, PORTE, SERRURERIE).



FERRURE, s. f. (Voy. ARMATURE, SERRURERIE).



FEUILLURE, s. f. Entaille pratique dans l'brasement d'une porte ou
d'une fentre pour recevoir les vantaux ou les chssis (voy. FENTRE,
PORTE). Les chssis dormants portent aussi des feuillures, quand ils
reoivent des chssis ouvrants (voy. MENUISERIE).



FICHAGE. Action de ficher.



FICHER, v. Ficher une pierre, c'est introduire du mortier sous son lit
de pose et dans ses joints lorsque cette pierre est pose sur cales.
Habituellement, pendant le moyen ge, on ne fichait pas les pierres, on
les posait  bain-de-mortier, ce qui est de beaucoup prfrable; car il
est difficile, lorsqu'une pierre est pose sur cales, d'introduire le
mortier dans son lit et ses joints, et surtout de comprimer le mortier
de manire  viter les tassements. Cependant, lorsqu'on procde par
reprises et incrustements, il est impossible de poser les pierres 
bain-de-mortier; dans ce cas, pour viter le retrait du lit de mortier,
pour le comprimer, il est bon, lorsque ce mortier commence  prendre, de
le refouler au moyen d'une palette de fer et  coups de masses. Pour
ficher les pierres, on emploie un outil que l'on appelle _fiche_: c'est
une lame de tle dentele, munie d'un manche en bois; cette lame est
plate (1) ou coude (1 bis). On applique un plateau A de bois, arm de
deux petites potences en fer C et de pattes B, au niveau du lit de la
pierre  ficher, les pattes entrant dans ce lit. Un garon met du
mortier sur ce plateau, que le ficheur, avec sa truelle et sa fiche,
introduit peu  peu sous le bloc. Lorsque le mortier refuse d'entrer et
qu'il ressort par le lit suprieur de la pierre, c'est que la pierre est
bien fiche et que sa queue est remplie. Alors, et aprs que ce mortier
a acquis de la consistance, on le bourre au moyen du refouloir en fer
(2). Il est bon de laisser deux ou trois centimtres de vide sous le
lit, le long du parement. On remplit ce vide, plus tard, en
rejointoyant; c'est le moyen de s'assurer que la pierre ne pose pas sur
ses artes et qu'elle ne s'pauffrera pas sous la charge.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 1. bis.]
[Illustration: Fig. 2.]



FILET, s. m. _Solin_. On donne ce nom  une saillie de pierre destine 
empcher l'eau pluviale glissant le long des parements de s'introduire
entre les couvertures et les maonneries. Une couverture en mtal, en
ardoise ou en tuiles, ne peut tre adhrente  la pierre; il existe
toujours une solution de continuit entre cette couverture et la
construction de pierre qui s'lve au-dessus d'elle. Si cette jonction,
ncessairement imparfaite, n'est pas masque par une saillie qui en
loigne les eaux, des infiltrations ont lieu sous les combles,
pourrissent les planchers ou les votes. Aujourd'hui, on incruste une
lame de zinc dans la pierre au-dessus de la couverture, ou, plus souvent
encore, on calfeutre la jonction au moyen d'un solin de pltre, qui se
dgrade promptement ou qui se brise par suite du mouvement des
charpentes sujettes  des gonflements et  des retraits successifs. Les
architectes du moyen ge avaient sur nous l'avantage prcieux de tout
prvoir pendant la construction des difices publics ou privs.
Scellements des chssis, feuillures, emplacement des ferrures, les
dtails nombreux qui doivent concourir  l'ensemble d'une btisse simple
ou complique, taient calculs, prvus et excuts au fur et  mesure
de la construction. Mais c'tait particulirement dans le systme
d'coulement des eaux que ces architectes nous surpassaient. Ils
apportaient donc, dans l'tablissement  demeure des filets propres 
masquer la jonction des couvertures avec les parements verticaux, un
soin minutieux, surtout  dater de la fin du XIIe sicle, moment o ils
commenaient  lever de trs-vastes difices, sur lesquels,  cause
mme de leur grande surface, l'coulement des eaux prsentait des
difficults. Dans les glises romanes du XIe sicle, on voit dj
cependant que les architectes ont prserv la jonction du comble en
appentis des bas-cts avec le mur de la nef centrale, au moyen de
filets prononcs (1). Ces filets pourtournent les saillies des
contre-forts, horizontalement d'abord (voy. le trac A), puis bientt
suivant la pente donne par le comble (voy. le trac B), afin de ne
laisser partout, entre ce filet et la couverture, qu'une distance gale,
suffisante pour introduire le plomb, l'ardoise ou la tuile. Mais des
difficults se prsentrent lorsque, par exemple, des souches
d'arcs-boutants ou de chemines vinrent percer les pentes d'un comble
(2). Si le filet AB empchait l'eau glissant le long du parement D de
s'introduire entre la couverture et les parois de la pile, il fallait,
en C, trouver un moyen de rejeter les eaux, coulant sur le comble, 
droite et  gauche de l'paisseur de cette pile. L, le filet ne pouvait
tre bon  rien; il fallait, en C, un caniveau pour recevoir les eaux du
comble, et il fallait que ce caniveau renvoyt ses eaux soit sur le
comble, soit dans un autre caniveau pratiqu suivant la pente de la
couverture. C'est  ce dernier moyen que l'on songea d'abord. En effet,
les souches des arcs-boutants du choeur de la cathdrale de Langres, qui
date du milieu du XIIe sicle, nous prsentent des caniveaux disposs
ainsi que l'indique la fig. 3. Le caniveau A reoit les eaux de la pente
suprieure de la couverture; celui B, latral, reoit les eaux tombes
dans le caniveau A et sur les extrmits des tuiles en contre-bas.
Lorsque la couverture est pose autour de cette souche, elle affecte la
disposition donne dans le trac T. Ainsi, pas de solins de pltre ou de
mortier, un caniveau suprieur rejetant ses eaux dans des caniveaux
rampants se dgorgeant  la partie infrieure de la pile dans le chneau
C.  la cathdrale de Langres, les filets-caniveaux rampants sont
taills dans une seule grande pierre, ce que la pente faible des combles
rendait possible. Ce moyen primitif prsentait des inconvnients. Il
fallait relever la tuile pour joindre le caniveau suprieur A, et
laisser ainsi un intervalle entre ce relvement et la pente continue du
comble; de plus, le long de la joue D du caniveau suprieur, les eaux
pluviales pouvaient encore passer entre la tuile et cette joue. Plus
tard, des pentes plus fortes tant donnes aux couvertures, on renona
aux caniveaux rampants qui ne pouvaient ds lors tre taills dans une
seule assise; on revint aux filets de recouvrement pour les parties
inclines, et on laissa des caniveaux seulement dans la partie
suprieure,  l'arrive des eaux sur l'paisseur des souches de
contre-forts et de chemines (4). De petites gargouilles, mnages des
deux cts de l'paisseur, rejetrent les eaux de ce caniveau suprieur
sur les pentes de la couverture. Le trac A donne le gomtral de cette
disposition. Un faible relvement de l'ardoise, de la tuile ou du mtal,
en C, jetait les eaux dans le caniveau, lesquelles, par suite de
l'inclinaison du comble, pouvaient facilement tre verses sur la
couverture passant sous le filet rampant E. Le trac B prsente le
caniveau et le filet rampant en perspective, le comble tant suppos
enlev.

Ces dtails font assez ressortir le soin apport par les architectes du
moyen ge dans ces parties de la construction si fort ngliges
aujourd'hui, mais qui ont une grande importance, puisqu'elles
contribuent  la conservation des difices. C'est grce  ce soin que la
plupart de nos monuments des XIIe et XIIIe sicles sont encore debout
aujourd'hui, malgr un abandon prolong et souvent des rparations
inintelligentes. Nous n'osons prdire une aussi longue dure  nos
monuments modernes, s'ils ont  subir les mmes ngligences et la mme
incurie; ils n'viteront de profondes dgradations que si l'on ne cesse
de les entretenir, leur structure ne portant pas en elle-mme les moyens
de conservation que nous voyons adopts dans l'architecture antique
comme dans celle du moyen ge.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]



FIX, s. m. Peinture faite sous une feuille de verre et prserve de
l'action de l'air par la superposition de cette matire. On a fort
employ les fixs dans la dcoration des meubles[494] et mme des
intrieurs pendant le moyen ge. On en trouve bon nombre d'exemples dans
la Sainte-Chapelle du Palais  Paris et dans l'glise abbatiale de
Saint-Denis. On employait aussi les fixs, par petites parties, pour
orner les vtements des statues, les devants d'autels, les retables, les
tombeaux. On en voit jusque dans les pavages (voy. APPLICATION,
PEINTURE).

     [Note 494: Voy. le _Dict. du Mobilier_, t. I.]



FLCHE, s. f. Ne s'emploie habituellement que pour dsigner des clochers
de charpenterie recouverts de plomb ou d'ardoise, se terminant en
pyramide aigu. Cependant, les pyramides en pierre qui surmontent les
clochers d'glises sont de vritables flches, et l'on peut dire: la
flche du clocher vieux de Chartres, la flche de la cathdrale de
Strasbourg, pour dsigner les sommets aigus de ces tours. En principe,
tout clocher appartenant  l'architecture du moyen ge est fait pour
recevoir une flche de pierre ou de bois; c'tait la terminaison oblige
des tours religieuses[495]. Ces flches coniques ou  base carre, dans
les monuments les plus anciens, sont d'abord peu leves par rapport aux
tours qu'elles surmontent (voy. CLOCHER); mais bientt elles prennent
plus d'importance: elles affectent la forme de pyramides  base
octogone; elles finissent par devenir trs-aigus,  prendre une hauteur
gale souvent aux tours qui leur servent de supports; puis elles se
percent de lucarnes, d'ajours, et arrivent  ne plus former que des
rseaux de pierre, comme les flches des cathdrales de Strasbourg, de
Fribourg en Brisgau, de Burgos en Espagne. Constructeurs trs-subtils,
ainsi qu'on peut le reconnatre en parcourant les articles du
_Dictionnaire_, les architectes du moyen ge ont d apporter une tude
toute particulire dans la construction de ces grandes pyramides creuses
de pierre, qui s'lvent  des hauteurs considrables et sont ainsi
soumises  des causes nombreuses de destruction. S'ils ont dploy, dans
ces travaux difficiles, une connaissance approfondie des lois de
stabilit et d'quilibre, des matriaux et de l'effet des agents
atmosphriques sur leur surface, ils ont fait preuve souvent d'une
finesse d'observation bien rare dans la composition de ces grandes
pyramides dont la silhouette tout entire se dtache sur le ciel. Ils ne
trouvaient, d'ailleurs, aucun exemple, dans l'antiquit ou les premiers
monuments du moyen ge, de ces sortes de compositions, qui appartiennent
exclusivement  cet art franais laque du milieu du XIIe sicle. On
remarquera, en effet, qu'avant cette poque (voy. CLOCHER), les
couronnements plus ou moins aigus des tours d'glises  base circulaire
ou carre ne sont que des _toits_ de pierre ou de bois, qui n'ont qu'une
importance minime ou qui ressemblent plutt  un amas qu' une
composition architectonique. Malgr l'effort des architectes, on sent
que ces couvertures ne se relient pas au corps de la btisse, que ce ne
sont que des superpositions; tandis que, dj, la flche du clocher
vieux de Notre-Dame de Chartres forme avec sa base un ensemble, une
composition homogne. Ces qualits sont bien plus sensibles encore dans
les flches de Senlis, de Vernouillet, de Laon, de Reims,
d'tampes[496]. C'est par des transitions habilement mnages que les
architectes arrivent alors, de la base carre, massive de la tour,  la
pointe extrme de la flche. Leur attention se porte principalement sur
les silhouettes de ces masses, car la moindre imperfection, lorsqu'on a
le ciel pour fond, choque les yeux les moins exercs. L'exprience de
chaque jour (pour nous qui songeons  toute autre chose qu'aux
silhouettes de nos difices, et qui avons pris pour rgle de faire de
l'architecture une dcoration de placage comprise dans une masse
insignifiante si elle n'est dsagrable) nous dmontre que les objets
qui se dtachent sur le ciel perdent ou acquirent de leur importance
relative, suivant certaines lois qui semblent fort tranges au premier
abord, et dont cependant on peut se rendre compte par le calcul et la
rflexion. Ces lois, les architectes qui levaient les immenses flches
du moyen ge les connaissaient parfaitement, et mme, dans leurs oeuvres
les plus ordinaires, on en constate l'observation. Cependant, ces lois
n'avaient pu s'imposer qu'aprs des essais, que par la mthode
exprimentale, ou plutt  l'aide d'une dlicatesse des sens
trs-dveloppe, puisque les monuments de ce genre surgissent tout 
coup vers le milieu du XIIe sicle,  l'tat parfait dj. La flche du
clocher vieux de Notre-Dame de Chartres, la plus grande que nous
possdions en France, est celle peut-tre qui runit, au plus haut degr
ces qualits de composition si difficiles  acqurir. La simplicit de
sa masse, la juste proportion de ses diverses parties, son heureuse
silhouette, en font une oeuvre architectonique qu'on ne saurait trop
mditer.

Il est ncessaire d'abord de poser certaines lois gnrales qui, bien
que trs-naturelles, sont souvent mconnues lorsqu'il s'agit d'lever
des flches, parce que nous avons pour habitude de composer les
ensembles, comme les diverses parties des difices, en gomtral, sans
nous rendre un compte exact des effets, de la perspective et des
dveloppements de plans.

Soit (1) une tour cane ABCD, sur laquelle nous voulons lever une
flche  base octogonale _abcdefgh_: nous traons l'lvation gomtrale
E sur une des faces du carr de la tour; nous donnons  la hauteur de la
pyramide trois fois et quart le ct du carr, et nous trouvons une
proportion convenable entre la hauteur de la flche et sa base; mais si
nous faisons une lvation sur le plan GH parallle  l'un des diamtres
_gc_ de l'octogone, nous obtenons le trac F. Dj, dans ce trac, les
proportions qui nous semblaient bonnes sur le dessin E sont modifies
d'une faon dsagrable; la tour devient trop large pour la pyramide, et
celle-ci mme n'a plus en hauteur que trois fois sa base apparente, qui
est le diamtre _gc_. De plus, les ombres produiront un fcheux effet
sur ce couronnement, en donnant toujours  la tour des faces claires
qui seront plus troites que celles de la pyramide; ce qui fera paratre
celle-ci de travers sur sa base. Or il faut compter que l'aspect
gomtral E ne peut se prsenter que sur quatre points, tandis que les
aspects F sont infinis; il y aura donc une quantit infinie d'aspects
dsagrables contre quatre bons. Mais le dsappointement sera bien plus
grand lorsque l'difice sera lev et que la perspective viendra
dranger encore le trac gomtral E. Supposons que nous sommes placs
sur le prolongement de la ligne I, perpendiculaire au plan GH,  45
mtres du point C (voy. le trac AA) en K, la tour ayant 10 mtres de A'
en _e'_; que cette tour a 40 mtres de hauteur du sol  la base de la
flche. La flche, vue  cette distance, donnera le trac BB, car
celle-ci, par suite de la perspective, ne parat plus avoir en hauteur
que trois fois environ la longueur du diamtre _lm_, ainsi que le
dmontre la projection perspective _mo_. Si,  cette distance, nous
voulions obtenir l'apparence OPR, il faudrait doubler la hauteur de la
flche et amener son sommet en _n_. Si nous prtendions obtenir en
perspective une proportion semblable  celle du trac gomtral E, il
faudrait tripler la hauteur de la flche et amener son sommet en _p_;
nous obtiendrions alors l'apparence SPR. En supposant que nous nous
reculions  plus de 150 mtres en K', nous voyons mme que la flche
perdrait encore la hauteur _tu_. Si, sur cette flche, nous posons un
point au milieu de sa hauteur en _v_, et que nous soyons placs en
K''(voy. le trac M), en perspective la distance _xv'_ paratra plus
grande que la distance _v'r_. Si, en _y_, nous plaons un ornement dont
la saillie ne dpasse pas le dixime de la hauteur totale de la
pyramide, en projection perspective cet ornement sera le sixime de la
hauteur apparente de la flche. Ces lois, qui semblent assez compliques
dj, ne sont cependant que trs-lmentaires quand il s'agit de la
composition des flches.



FLCHES DE PIERRE.--Les flches construites en pierre,  dater du XIIe
sicle, tant, sauf de rares exceptions,  base octogone et plantes sur
des tours carres, il fallait d'abord trouver une transition entre la
forme prismatique carre et la forme pyramidale octogone. Sans effort
apparent, l'architecte du clocher vieux de Chartres sut obtenir ces
transitions (2). Au niveau du bandeau K qui termine la tour, les angles
saillants ont t drobs au moyen des contre-forts peu saillants qui
les flanquent. L'tage L, vertical encore, prsente en plan un octogone
dont les quatre cts parallles aux faces de la tour sont plus grands
que les quatre autres. Quatre lucarnes-pinacles occupent les cornes de
la base carre et remplissent les vides laisss par le plan octogonal.
Au-dessus, l'tage vertical, orn de quatre grandes lucarnes sur les
faces, se retraite plus sur les petits cts que sur les grands, et
arrive  l'octogone  peu prs rgulier  la base de la pyramide.
Celle-ci prsente encore cependant quatre pans (ceux des faces) un peu
plus larges (d'un quart) que ceux des angles.

La fig. 3 nous donne, en A, le plan d'un huitime de la flche du
clocher vieux de Notre-Dame de Chartres, au niveau L, et, en B, au
niveau de la base de la pyramide. En C, on voit comme les saillies des
contre-forts portent les pieds-droits des lucarnes-pinacles, et, en D,
comme les angles de la tour se drobent pour que, vue sur la diagonale,
la flche continue, presque sans ressauts, la silhouette rigide de cette
tour. Les pinacles E se dtachent compltement de la pyramide au-dessus
de l'tage vertical, de faon  laisser la lumire passer entre eux et
la flche. Il en est de mme des gbles poss sur les lucarnes des
faces; ces gbles se dtachent de la pyramide. Celle-ci est accompagne
par ces appendices qui l'entourent et conduisent les yeux de la
verticale  la ligne incline; mais elle n'est pas empte  sa souche
et laisse deviner sa forme principale.

Notre lvation (4), prise entre le niveau L et le sommet des gbles,
fait ressortir le mrite de cette composition,  une poque o les
architectes n'avaient pu encore acqurir l'exprience que leur donna
plus tard la construction si frquente des grandes flches de pierre sur
les tours des glises. Ce trac nous fait sentir l'tude et le soin que
l'on apportait dj  cette poque dans l'arrangement si difficile de ce
point de jonction entre la btisse  base carre et les pyramides; mais
aussi nous dvoile-t-il des incertitudes et des ttonnements. Ces
artistes n'ont pas encore trouv une mthode sre, ils la cherchent;
leur got, leur coup d'oeil juste, leur pressentiment de l'effet les
conduisent dans le vrai, mais par des moyens dtourns, indcis. La
recherche du vrai chez des artistes, dous d'ailleurs d'une finesse peu
ordinaire, donne un charme particulier  cette composition, d'autant que
ces artistes ne mettent en oeuvre que des moyens simples, qu'ils pensent
avant tout  la stabilit, que, comme constructeurs, ils ne ngligent
aucune partie; si bien que cette flche norme, dont le sommet est  112
mtres au-dessus du sol, comptant sept sicles d'existence et ayant subi
deux incendies terribles, est encore debout et n'inspire aucune crainte
pour sa dure. La pyramide porte d'paisseur 0,80 c.  sa base et 0,30 
son sommet; elle est, comme toute la cathdrale, btie en pierre dure de
Berchre et admirablement appareille. Les pans des pyramidioles des
angles ont 0,50 c. d'paisseur. Au niveau K cependant (voy. la fig. 2),
la tour s'arrte brusquement, s'arase, et c'est sur cette sorte de
plate-forme que s'lance le couronnement. Plus tard, les architectes
pensrent  mieux relier encore les tours aux flches, ainsi qu'on peut
le reconnatre en examinant le clocher de la cathdrale de Senlis (voy.
CLOCHER, fig. 63 et 64) et le sommet des tours de la cathdrale de
Paris, dont les contre-forts se terminent par des pinacles et des
fleurons prparant dj les retraites que devaient faire les flches sur
ces tours[497], comme on peut aussi le constater  la cathdrale de
Laon, dont les tours,  leur partie suprieure, sont accompagnes de
grands pinacles  jour qui flanquent un grand tage octogonal formant
une base trs-bien ajuste, propre  recevoir les flches.

La flche du clocher vieux de Chartres n'est dcore que par des
cailles qui figurent des bardeaux, ce qui convient  une couverture,
par des ctes sur les milieux des huit pans et par des artiers.

Lorsque l'architecture s'allgit, pendant la premire moiti du XIIIe
sicle, on trouva que ces pyramides, pleines en apparence, semblaient
lourdes au-dessus des parties ajoures infrieures; on donna donc plus
d'lgance et de lgret aux lucarnes, et on pera, dans les pans, de
longues meurtrires qui firent comprendre que ces pyramides sont
creuses. Nous voyons ce parti adopt par les constructeurs de la flche
de Senlis. L'architecte du clocher vieux de Chartres avait dj cherch
 dtruire en partie la scheresse des grandes lignes droites de sa
flche par des points saillants, des ttes, interrompant de distance en
distance les ctes dessines sur les huit faces, et par des figures
chimriques poses aux naissances des artes, dans les tympans et sur
les amortissements des pinacles et des gbles. Ces dtails, d'un grand
relief, portant des ombres vives, occupaient les yeux et donnaient de
l'chelle  la masse. On alla plus loin: au commencement du XIIIe sicle
dj, on garnit les artiers de crochets saillants qui, se dcoupant sur
le ciel, donnaient de la vie et plus de lgret aux lignes rigides des
pyramides (voy. CLOCHER, fig. 63). Nous voyons mme que, le long des
contre-forts des tours de la cathdrale de Paris, on avait sculpt dans
chaque assise un crochet saillant prparant une silhouette dentele sous
les flches, comme pour mieux relier leurs artiers aux angles de ces
tours. La flche de l'glise abbatiale de Saint-Denis, btie vers 1215,
conservait encore ses artiers sans ornements; mais l, on l'levait sur
une tour du XIIe sicle, dont les formes svres, verticales, ne se
prtaient pas  ces dcoupures.  ce point de vue, la flche de
Saint-Denis tait un chef-d'oeuvre. L'architecte qui l'leva avait su,
tout en adoptant une composition du XIIIe sicle, marier, avec beaucoup
d'art, les formes admises de son temps avec la structure encore romane
d'aspect sur laquelle il venait se planter. Cette flche donnait une
silhouette des plus heureuses; aussi faisait-elle,  juste titre,
l'admiration des Parisiens et des trangers. Sa destruction, ncessaire
pour viter un dsastre, fut considre comme un malheur public. Il faut
bien reconnatre que les flches de nos glises du moyen ge excitent
dans la foule une admiration trs-vive et trs-sincre. La hardiesse de
ces longues pyramides qui semblent se perdre dans le ciel, leur
silhouette heureuse, font toujours une vive impression sur la multitude,
sensible chez nous  tout ce qui indique un effort de l'intelligence,
une ide exprime avec nergie. Ce sont les provinces franaises qui les
premires conurent et excutrent ces difices faits pour signaler au
loin les communes et leur puissance. L'exemple qu'elles donnrent ainsi,
ds le XIIe sicle, fut suivi en Allemagne, en Angleterre, pendant les
XIIIe, XIVe et XVe sicles; mais, quelle que soit la hardiesse et la
lgret des flches de Fribourg en Brisgau, de Salisbury en Angleterre,
de Vienne en Autriche, il y a loin de ces inspirations aux monuments de
ce genre qui subsistent encore chez nous, remarquables toujours par la
sobrit d'ornements, par l'tude fine des silhouettes et par une
entente parfaite de la construction.

Nos lecteurs trouveront opportun probablement de leur donner ici cette
flche clbre de l'glise de Saint-Denis, que nous avons pu tudier
avec grand soin dans tous ses dtails, puisque la triste tche de la
dmolir nous fut impose. La flche de Saint-Denis est un sujet d'tude
d'autant plus intressant, que l'architecte a montr, dans cette oeuvre,
une connaissance approfondie des effets de la perspective, des lumires
et des ombres; que, s'appuyant sur une tour grle, mal empatte et
construite en matriaux faibles, il a su lever une flche de 38m,50 c.
d'une extrme lgret, afin de ne point craser sa base insuffisante
[498]; que, reconnaissant la faiblesse des parements extrieurs de la
tour de Suger et leur peu de liaison avec la maonnerie intrieure, il
avait habilement report toutes les pesanteurs en dedans.

Voici (5) le quart du plan de la partie infrieure de la flche de
Saint-Denis. En A sont les parements intrieurs de la tour du XIIe
sicle. Les cts B de l'octogone sont ports sur quatre trompillons.
Sur cette base, l'architecte a lev une colonnade intrieure compose
de monolithes destins  reporter, par suite de leur incompressibilit,
toute la charge vers l'intrieur. Quatre lucarnes C s'ouvrent dans
quatre des faces de l'octogone; les quatre angles D sont occups par des
pinacles. Cette colonnade formait une galerie E intrieure,  laquelle
on arrivait par un escalier mnag dans l'un des quatre angles et
remplaant l'un des pinacles; elle permettait de surveiller et
d'entretenir les constructions de la flche. On observera que l'assise
dernire de la tour, qui porte les pinacles, ne suit pas exactement le
carr donn par la construction antrieure, mais s'avance en forme de
bec saillant, pour donner aux angles plus d'aiguit, un aspect plus
rsistant; que les colonnes portant les pinacles font sentir davantage
encore cette aiguit et se rapprochent, par la manire dont elles sont
plantes, d'un triangle quilatral; qu'ainsi l'architecte a voulu
videmment accuser vivement les angles, craignant avec raison l'aspect
froid et sec du plan carr.

Examinons l'lvation de cette flche (6). Si la lumire du soleil
claire obliquement l'une de ces faces (ce qui est, bien entendu, le cas
le plus frquent), si cette lumire frappe cette face de droite 
gauche, l'angle A de la corniche infrieure, biaise, comme l'indique le
plan, se colorera d'une lgre demi-teinte, tandis que l'angle B sera en
pleine lumire,  plus forte raison les faces CD des pinacles;
l'opposition de la demi-teinte rpandue sur la face C, biaise, du
pinacle de droite fera ressortir la lumire accroche par la face
oblique de la pyramide et par sa face parallle au spectateur, comme
l'ombre rpandue sur la face oblique de cette pyramide fera d'autant
mieux ressortir la vive lumire que prendra la face D, biaise, du
pinacle de gauche. Ainsi a-t-on vit qu'une partie de l'difice ft
entirement dans l'ombre, tandis que l'autre serait dans la lumire,
disposition qui produit un mauvais effet et fait paratre de travers
toute pyramide ou cne se dtachant sur le ciel.

Jetons les yeux sur la coupe de la flche de Saint-Denis (7) faite sur
l'un des axes passant par le milieu des lucarnes. Les gbles allongs A
de ces lucarnes sont verticaux, mais ne paraissent tels qu'en gomtral;
en perspective, ils semblent ncessairement plus ou moins inclins, 
moins que le spectateur ne se trouve prcisment dans le plan de ces
gbles. On voit comment la colonnade n'est qu'un taiement rigide
reportant la charge de la flche sur le parement intrieur de la tour.
Le trac perspectif C indique un des pinacles d'angle dmoli et son
amorce le long des faces de la flche. Par suite de l'inclinaison de ces
faces, les colonnettes engages dans la construction et prises dans ses
assises, jusqu'au niveau D, s'en dtachent  partir de ce niveau et sont
monostyles. Les sommiers E, les deux assises de corniches GH sont
engags dans les assises de la flche; l'on observera que la seconde
assise H n'est pas parallle  la premire G, mais qu'elle tend  ouvrir
un peu l'angle de la pyramide pour accrocher plus de lumire. Cette
seconde assise H, se retournant le long de la face de la flche sur un
renfort I, forme une saillie H' portant la face postrieure de la
pyramide triangulaire du pinacle et un chneau rejetant ses eaux par
deux gargouilles. En K, nous avons trac le plan de cette pyramide, dont
le sommet est plac de telle sorte que les trois faces ont une
inclinaison pareille. Le jeu de ces lignes plus ou moins inclines tait
des plus heureux, coupait adroitement les artes rigides de la flche
sans empcher l'oeil de les suivre, avait quelque chose de hardi et de
fin tout  la fois qui charmait.

Les architectes du XIIe sicle avaient donn aux flches en pierre une
importance considrable, relativement aux tours qui leur servaient de
base. La flche du clocher vieux de la cathdrale de Chartres a 60
mtres de hauteur, tandis que la tour n'a que 42 mtres. La flche de
l'glise de Saint-Denis portait 38m,50 d'lvation, la tour 35 mtres.
Les proportions donnes par la faade de la cathdrale de Paris doivent
faire admettre que les flches doublaient la hauteur des tours. Peu 
peu, les architectes donnent aux flches une moins grande importance
(voy. l'article CLOCHER, fig. 63 et 75). Celles de la faade de la
cathdrale de Reims n'auraient eu gure que la moiti de la hauteur des
tours, comme celles de l'glise de Saint-Nicaise de la mme ville. La
flche de la cathdrale de Strasbourg est courte, grle, comparativement
 la dimension de la tour; elle ne fut acheve que vers le milieu du XVe
sicle.

Comme structure, cette flche est la plus trange conception qu'on
puisse imaginer. L'effet qu'elle produit est loin cependant de rpondre
aux efforts d'intelligence qu'il a fallu faire pour la tracer et pour
l'lever. Il y a tout lieu de croire, d'ailleurs, qu'elle ne fut pas
entirement excute comme elle avait t conue, et il manque
certainement  sa silhouette des appendices trs-importants qui jamais
n'ont t termins. Dans le muse de l'OEuvre de Notre-Dame de
Strasbourg, il existe un curieux dessin sur vlin, de la fin du XIVe
sicle, qui nous donne les projections horizontales du projet de la
flche. Ce dessin, trs-habilement trac, signale des diffrences de
dtail entre ce projet et l'excution; toutefois on peut considrer la
flche de Strasbourg comme une conception du XIVe sicle.

L'architecte a prtendu rendre accessible  tous le sommet de cette
flche, non par des chelles ou un petit escalier intrieur, mais au
moyen de huit escaliers faciles qui se combinent avec les huit artes de
la pyramide, et qui conduisent  un dernier escalier central montant
jusqu' une petite plate-forme suprieure, sommet d'une lanterne
couronne par la pointe extrme. Ces huit escaliers, les pans de la
flche et l'escalier central ne sont qu'une construction ajoure, sorte
d'chafaudage de pierre combin avec une science de trac fort
extraordinaire, mais assez mdiocrement excut, pauvre de style et
termin tant bien que mal avec hte et parcimonie.

Nous donnons (8) un huitime du dessin de la flche de Strasbourg
d'aprs le trac du XIVe sicle. Au moyen de quatre escaliers  jour
circonvolutant dans quatre immenses pinacles poss sur quatre des angles
de la tour, on devait, d'aprs ce dessin, arriver  la galerie A situe
 la base de la flche. De l, passant  travers la claire-voie, on
entrait dans les escaliers en B, formant les huit artiers; montant deux
marches, on devait trouver un palier, puis la premire marche des girons
en C. La pente des artiers tant naturellement trs-incline, il
fallait, pour arriver aux premiers paliers D de la lanterne, trouver un
nombre trs-considrable de marches. L'architecte avait donc eu l'ide
ingnieuse de poser six hexagones se pntrant, prsentant ainsi une
succession de tourelles entirement  jour, dans lesquelles les
emmarchements gironnant autour des noyaux, tantt dans un sens, tantt
dans l'autre, permettaient de s'lever rapidement  une grande hauteur,
dans un trs court espace. Arriv aux paliers D (toujours d'aprs le
trac du projet primitif), on prenait la grande vis, double
probablement, E, qui devait s'lever jusqu' une seconde plate-forme,
d'o, par un escalier d'un plus faible diamtre, on montait  la
lanterne suprieure. L'espace G restait  jour et permettait, par les
lunettes perces dans les votes de la tour, de voir le pav de
l'glise. C'tait l une conception prodigieuse de hardiesse. 
l'excution, on modifia quelque peu ce projet (voy. le trac X). Les six
tourelles hexagones ont t montes; mais, arriv  la dernire en H de
chaque artier, on passe  travers une demi-tourelle I pour s'lever
jusqu'en K, et ainsi  chaque trave. Une personne qui monte par les
tourelles d'artiers L arrive ainsi  la plate-forme de la lanterne en
K. L, on trouve une vis centrale comme dans le projet, si ce n'est que
l'enveloppe de cette vis centrale est octogone  l'extrieur, au lieu
d'tre carre. Quant aux pans M de la pyramide, ils ne sont point monts
par assises horizontales, comme dans les flches que nous avons
prsentes au commencement de cet article, mais sont composs de grands
chssis  jour compris entre des artiers, ainsi que l'indique le trac
P, et spars par des linteaux Q qui servent d'trsillonnements entre
ces artiers trs-chargs, puisqu'ils portent les montants des tourelles
d'escaliers. Suivant le projet, les angles R de la lanterne carre
taient ports, chacun, sur les deux artiers O, comme par deux
contre-fiches de pierre. Les quatre grands pinacles recevant les quatre
escaliers arrivant  la plate-forme A, et les tourelles hexagones des
escaliers d'artiers de la flche, avaient t combins pour tre
termins par des pyramidions ajours, ce qui eut produit une silhouette
surprenante et d'un grand effet. Les ressources auront probablement fait
dfaut, et tous ces couronnements se terminent carrment, ce qui de loin
produit une suite de gradins gigantesques d'un effet dplorable.

Il est entendu, nous ne prtendons pas le nier, que la flche de la
cathdrale de Strasbourg est un chef-d'oeuvre; mais cette admiration
assez gnrale est surtout motive sur la hauteur excessive de
l'difice. Pour nous, architectes, dont l'admiration ne crot pas avec
le niveau des monuments, nous devons considrer la flche de Strasbourg
comme une des plus ingnieuses conceptions de l'art gothique  son
dclin, mais comme une conception pauvrement excute. Ce n'tait pas
certes l ce qu'avait imagin l'auteur du plan sur vlin dont nous
venons de donner un fragment; il avait voulu, sans aucun doute, obtenir
une silhouette rampante et finement dcoupe par le moyen d'une suite de
pyramidions pntrs par ces hexagones si adroitement enchevtrs, et
non point une srie de gradins qui arrtent l'oeil de la faon la plus
dsagrable. Plantant une lanterne carre sur la pyramide octogone de la
flche, il prtendait rveiller le couronnement par une forme
contrastant avec les angles obtus de la base. Il devait certainement
couronner cette lanterne par une dernire pyramide octogone trs-aigu,
et non par ce lanternon renfl qui termine la flche actuelle. Mais si,
vers le milieu du XVe sicle, les architectes gothiques taient devenus
d'excellents gomtres, des appareilleurs subtils, ils avaient perdu ce
sentiment exquis de la forme qui se trouve chez leurs devanciers. Leurs
combinaisons ingnieuses, leur prtention  la lgret excessive, les
conduisent  la lourdeur par la multiplicit des dtails et la
complication des formes dont on ne peut plus dmler le sens. C'est
surtout dans les silhouettes qu'apparaissent ces dfauts; les formes
simples, comprhensibles, tant les seules qui produisent de l'effet
quand on en vient  dcouper un difice sur le ciel. Toutefois, l'examen
des plans de l'OEuvre de Strasbourg laisse deviner quelque chose de bien
suprieur  ce que nous voyons, et, pour l'honneur des successeurs
d'Erwin de Steinbach, il faut croire que l'argent leur a manqu comme 
tous les architectes qui ont eu la charge de terminer ou de continuer
les cathdrales pendant les XIVe et XVe sicles.

D'aprs le projet, les six hexagones formant l'escalier serpentant,
construits au moyen de montants de pierre relis par des claires-voies
et des linteaux, devaient se terminer en pyramidions ajours pntrs
chacun par deux cts de l'hexagone suprieur; si bien que quatre faces
de ces pyramidions sur six devaient seulement tre apparentes en
paulant les noyaux successifs recevant les angles saillants de chacun
de ces hexagones. Un trac perspectif (9) rendra compte de cette
disposition originale. Ainsi les sommets superposs des tourelles
hexagonales termines carrment aujourd'hui, comme une suite de gradins,
donnaient, au moyen de ces pyramidions, une ligne rampante dcoupe par
des pinacles et des statues. De plus, la construction  jour des
tourelles, toute compose de montants verticaux et qui ne tient gure
qu' l'aide du fer, pouvait tre parfaitement paule par ces
pyramidions qui font l'office de contre-fiches. C'tait la construction
logique, conforme aux donnes de l'architecture de cette poque, qui
n'admettait point, particulirement au sommet des difices, des repos
horizontaux.

D'aprs l'examen du plan (fig. 8), il ne semble pas que l'architecte
auteur du projet ait voulu tablir seulement, entre les artiers, des
claires-voies composes de dalles ajoures pour former les faces de la
pyramide; il lui fallait une construction plus rsistante pour porter la
grande lanterne suprieure, construction indique par les solides
pieds-droits S. On ne peut pas admettre cependant que ces pieds-droits
fussent inclins comme les pans de la pyramide, ce qui eut produit un
trs-mauvais effet. Nous verrions bien plutt, dans ces pieds-droits,
des naissances d'arcs assez peu levs, mais dans un plan vertical et
recevant des gbles  jour qui surmontaient, par l'effet de la
perspective, les couronnes ajoures T. D'ailleurs, dans la flche
actuelle, l'architecte a tabli, au niveau de la troisime trave en N,
des passages horizontaux mettant en communication les huit escaliers;
ces passages, ports sur des linteaux, forment une seconde couronne qui
coupe la flche d'une manire fcheuse. Nous admettons que ces passages
taient prvus par l'auteur du projet, mais que leur horizontalit tait
interrompue par la silhouette des gbles passant devant eux; disposition
qu'explique notre fig. 9. Le pied de la pyramide fortement maintenu au
moyen des pieds-droits S, celle-ci pouvait tre construite, au-dessus
des arcs V, au moyen de chssis de pierre entre les artiers,
conformment  l'excution dfinitive. On pensera peut-tre que nous
prtons  l'architecte, auteur du projet de la flche de Strasbourg, des
ides qu'il n'a pas eues, mais on ne prte qu'aux riches. L'art de
l'architecture, surtout aux poques o il devait employer des sommes
normes pour mettre ses ides  excution, peut tre difficilement jug
par ce que le temps nous a laiss. Le plus souvent, les conceptions les
plus heureuses, les plus tudies, sont rendues d'une manire
incomplte, faute de ressources, ou ont t mutiles par le temps et des
restaurations malheureuses. C'est le malheur de cet art, de ne pouvoir
transmettre ses conceptions dans leur puret. Ayant prsent la flche
actuelle de la cathdrale de Strasbourg comme une oeuvre manque, d'une
excution mdiocre, on ne nous saura pas mauvais gr d'avoir en mme
temps cherch  faire ressortir les qualits de la conception primitive,
d'avoir relev le mrite de l'artiste, puisque nous nous montrions
svre pour une oeuvre videmment incomplte. Bien d'autres
constructions fcheuses ont dtruit l'unit de conception de la faade
occidentale de Notre-Dame de Strasbourg; le beffroi central, entre les
deux tours, est une adjonction monstrueuse qui change absolument les
proportions de cette faade, adjonction inutile et qui doit fort
tourmenter les Steinbach dans leur tombe, si toutefois les architectes,
dans l'autre monde, ont connaissance des changements qu'on fait subir 
leurs oeuvres, ce qui serait pour tous, sans exception, un supplice
continuel.

Si les architectes du XVe sicle avaient possd les ressources dont
disposaient ceux du commencement du XIIIe sicle pour la construction
des grandes cathdrales, ils nous auraient laiss des flches de pierre
merveilleuses par leur combinaison, car l'architecture de ce temps se
prtait plus qu'aucune autre  ces jeux d'appareil. Il est douteux,
toutefois, que ces monuments pussent produire plus d'effet que nos
flches de pierre des XIIe et XIIIe sicles, sobres dans les dtails,
mais d'une si parfaite lgance comme silhouette et, au demeurant,
beaucoup plus solides et durables. Le domaine royal est la vritable
patrie des flches; c'est l o il faut tudier les principes qui ont
dirig nos architectes de l'cole laque  son origine. La Normandie a
lev, pendant le XIIIe sicle, un grand nombre de flches qui existent
encore, grce  la bont des matriaux de cette province; mais ces
conceptions sont loin de valoir celles de l'le-de-France. Les flches
des glises de l'abbaye aux hommes de Caen, des cathdrales de Coutances
et de Bayeux, ne nous prsentent pas une entente parfaite des dtails
avec l'ensemble: leurs pinacles sont mesquins, confus, couverts de
membres trop petits pour la place qu'ils occupent; les silhouettes sont
molles, indcises, et n'ont jamais cette mle nergie qui nous charme
dans les contours des flches de Chartres, de Saint-Denis, de Senlis, de
Vernouillet et d'tampes.



FLCHES DE CHARPENTERIE.--Il nous serait difficile de dire  quelle
poque remontent les premires flches construites en bois. Il en
existait au XIIe sicle, puisqu'il est fait mention alors d'incendies de
clochers de charpente; mais nous n'avons sur leur forme que des donnes
trs-vagues. Ces flches consistaient alors probablement en de grandes
pyramides poses sur des tours carres, couvertes d'ardoises ou de plomb
et perces de lucarnes plus ou moins monumentales. Il faut, d'ailleurs,
bien dfinir ce qu'on doit entendre par flche en charpente. Dans le
nord de la France, beaucoup de tours en maonnerie taient et sont
encore couvertes par des pavillons en bois qui ne sont,  proprement
parler, que des combles trs-aigus. La flche de charpenterie est une
oeuvre  part, complte, qui possde son soubassement, ses tages et son
toit; elle peut, il est vrai, tre pose sur une tour en maonnerie,
comme taient les flches de la Cathdrale d'Amiens avant le XVIe
sicle, celle de Beauvais avant la chute du transsept, celle de
Notre-Dame de Rouen avant l'incendie, comme est encore celle de la
cathdrale d'vreux; mais cependant elle se distingue toujours par une
ordonnance particulire,  elle appartenant: c'est un difice de bois,
entier, pos sur un difice de pierre qui lui sert d'assiette, comme les
coupoles modernes de Saint-Pierre de Rome, du Val-de-Grce, des
Invalides, sont des monuments distincts, indpendants de la masse des
constructions qui les portent. Ces oeuvres de charpenterie sont les
seules qui mritent le nom de flches. On peut croire que, par suite des
incendies, du dfaut d'entretien et du temps, les flches du moyen ge,
d'une poque ancienne, doivent tre peu communes; on en leva un si
grand nombre cependant,  partir de la fin du XIIe sicle, que nous en
possdons encore quelques-unes, et qu'il nous reste sur beaucoup des
renseignements prcieux.

Tout porte  croire que les plans des grandes glises, et des
cathdrales du commencement du XIIIe sicle notamment, avaient t
conus avec l'ide d'lever une tour carre sur les quatre piliers de la
croise. Plusieurs de nos grandes cathdrales ont possd ou possdent
encore ces tours carres. Amiens, Reims, Beauvais ont eu leur tour de
maonnerie sur le milieu du transsept; Rouen, Laon, Bayeux, vreux,
Coutances, les ont conserves en tout ou partie. Mais soit que l'argent
manqut, soit que les architectes aient recul devant le danger de trop
charger les piles isoles des transsepts, presque partout ces tours ne
furent point acheves ou furent couronnes par des flches en charpente
recouvertes de plomb, qui, malgr leur poids considrable, taient loin
de charger autant les parties infrieures que l'et fait une
construction de pierre. Quelques cathdrales cependant ne paraissent pas
avoir jamais d recevoir sur la croise des tours en maonnerie. Paris,
Chartres, Soissons n'en prsentent aucune trace, non plus que Senlis,
Meaux et Bourges, par la raison que ces derniers monuments avaient t
conus sans transsept.  dfaut de tours de maonnerie sur la croise
des glises, on eut l'ide d'lever de grands clochers de charpente se
combinant avec les combles. Notre-Dame de Paris possdait une flche en
bois recouverte de plomb, qui datait du commencement du XIIIe sicle.
Cette flche, dmolie il y a cinquante ans environ, tait certainement
la plus ancienne de toutes celles qui existaient encore  cette poque;
sa souche tait reste entire,  l'intersection des combles, jusqu'
ces derniers temps. Or, des flches de charpente, la partie la plus
importante, celle qui demande le plus d'tudes et de soins, au point de
vue de la construction, est la souche. Aussi avons-nous relev
exactement ces dbris de l'ancien clocher central de Notre-Dame de
Paris, avant de les enlever pour y substituer la charpente nouvelle,
qui, du reste, est tablie d'aprs le systme primitif.

Voici en quoi consiste ce systme (10): AB, AB tant les quatre piliers
du transsept et CD les fatages des deux combles se coupant  angle
droit; la flche, au-dessus des combles, est tablie sur plan octogone,
ses angles tant poss sur les fatages des deux combles et dans les
quatre noues. La base octogonale est porte par deux fermes diagonales
AA, BB, se rencontrant en un seul poinon G qui est l'arbre vertical de
la flche; de plus, les quatre angles I sont maintenus dans les plans
verticaux AA, BB, au moyen de grandes contre-fiches IA, IB. Ces
contre-fiches, se rencontrant en K, forment ainsi les arbaltriers de
quatre fermes inclines KAB, dont les sommets K soutiennent les quatre
angles L de l'octogone. Par ce moyen, les huit angles de la flche sont
ports directement sur des fermes, et le roulement de tout le systme
est arrt par les contre-fiches croises IA, IB.

Il faut savoir que ces charpentes fort leves prissent toujours par
suite d'un mouvement de torsion qui se produit de proche en proche de la
base au fate. En effet, les bois ne peuvent rentrer en eux-mmes, ils
ne se raccourcissent pas; l'effort des vents, le poids finissent par
fatiguer un point plus faible que les autres; tout l'effort se produit
ds lors sur ce point, et il se fait un mouvement de rotation qui brise
les assemblages, courbe les bois et entrane la ruine de la charpente.
Le systme adopt pour la souche de la flche de Notre-Dame de Paris a
pour rsultat de faire que, non-seulement la torsion de la base est
rendue impossible par le croisement des contre-fiches, mais encore que
chaque angle de l'octogone reporte sa charge sur deux et mme trois
piles. Les angles L portent sur les deux piles AB, et les points I sur
trois piles ABB ou BAA. Ce systme a donc encore cet avantage que, quand
la pression du vent agit sur un ct, il y a toujours au moins deux
piles du transsept qui reoivent la charge supplmentaire occasionne
par cette pression.

Examinons, maintenant que ce systme est connu, l'application qu'on en
avait fait  Notre-Dame de Paris. Les piles du transsept de la
cathdrale ne forment point un carr, mais un quadrilatre assez
irrgulier, ce qui ajoutait  la difficult d'tablir une charpente
reposant sur quatre points seulement et supportant une pyramide  base
octogone. La fig. 11 donne la projection horizontale de la souche de
cette flche, en supposant la section faite au-dessus du fatage des
combles; les pices AB sont les grandes contre-fiches qui portent  la
fois les poteaux C au point de leur croisement et les poteaux D qu'ils
viennent en mme temps contre-butter. Ces contre-fiches AB sont
maintenues rigides par de fortes moises horizontales EG, serres au
moyen de clefs de bois; de sorte que les triangles CEG sont des fermes
inclines auxquelles les poteaux CH servent de poinons. Deux grandes
fermes diagonales IK portent directement quatre des angles de
l'octogone.

Nous donnons (12) l'une de ces deux grandes fermes diagonales, qui se
composent d'un entrait arm portant sur le bahut en maonnerie et
soulag par de fortes potences dont le pied A s'appuie sur les ttes des
piles en contre-bas de ce bahut; de deux arbaltriers CD et de
sous-arbaltriers courbes EF s'assemblant dans le poinon central,
l'arbre de la flche. Les grandes contre-fiches AG sont des moises. Les
poteaux principaux formant l'octogone de la flche sont triples de H en
I, c'est--dire composs d'une me et de deux moises. Les poteaux de
contre-forts KL sont simples et assembls  mi-bois dans les
arbaltriers CD. On remarquera que ces poteaux sont fortement inclins
vers l'arbre principal. Les poteaux contre-forts KL taient
primitivement butts par de grandes contre-fiches ML, lesquelles se
trouvaient au-dessus des noues et prsentaient une cte saillante
dcore jadis au moyen des moises pendantes OP recouvertes de plomb et
accompagnes de pices de bois dcoupes dont les dbris R ont t
retrouvs. Le poteau S, qui se combinait avec cette dcoration et qui
tait rest en place, formait la tte de ce systme d'taiement, visible
au-dessus des quatre noues. Un chapiteau V sculpt dans le poinon
central donnait la date exacte de cette flche (commencement du XIIIe
sicle)[499].  une poque assez ancienne, ces tais visibles et dcors
placs dans les noues, si ncessaires  la solidit de la flche,
avaient t enlevs (probablement parce qu'ils avaient t altrs par
le temps, faute d'un bon entretien); ce qui a d contribuer  fatiguer
les arbaltriers qui, alors, avaient  porter toute la charge des
poteaux KL.

La fig. 13 donne l'enrayure au niveau T, et la fig. 14 l'enrayure au
niveau X.

La fig. 15 permet de saisir la disposition des grandes contre-fiches AB
du plan fig. 11. On voit comment ces contre-fiches soutiennent,  leur
croisement G, les poteaux CH, comment elles s'assemblent  la tte dans
les poteaux DK en D, comment les moises horizontales EF serrent et ces
contre-fiches et l'extrmit infrieure des poteaux CH, comment le
triangle GEF prsente un systme de ferme incline rsistant  la charge
des poteaux CH. Si nous reprenons la fig. 11, nous remarquerons que
non-seulement les poteaux qui forment les huit angles de la flche sont
inclins vers l'arbre central de manire  former une pyramide et non un
prisme, mais que ces poteaux donnent un double systme de supports. Nous
ne parlons pas des moises qui triplent quelques-uns de ces poteaux,
parce que ces moises ne sont que des fourrures propres  donner plus de
roide aux points d'appui, dans le sens de leur plat, et surtout
destines  recevoir les assemblages latraux, afin de ne point affamer
les poteaux principaux par des mortaises. Ce systme de poteaux jumeaux
spars par un intervalle est un moyen trs-puissant de rsister  la
pression des vents. On comprend que ces poteaux, bien relis entre eux
par des moises horizontales de distance en distance, offrent des points
d'appui extrmement rigides. En effet, soient (16) deux poteaux AB, CD
enserrs entre des moises EFG: pour que le poteau CD se courbt suivant
la ligne CID, il faudrait que le poteau AB se raccourcit, rentrt en
lui-mme, ce qui n'est pas possible; pour qu'il se courbt suivant la
ligne CKD, il faudrait que le poteau AB s'allonget, ce qui est de mme
impossible. Le quadrilatre ACBD, reli par les moises EFG, n'est donc
pas susceptible de dformation. Aussi, fidles  ce principe
lmentaire, les architectes gothiques n'ont-ils jamais manqu de
l'appliquer dans la construction de leurs flches de charpente, et,
comme toujours, ils en ont fait un motif de dcoration.

La souche de la flche de Notre-Dame de Paris, bien qu'elle ft combine
d'une manire ingnieuse, que le systme de la charpente ft trs-bon,
prsentait cependant des points faibles; ainsi, les grandes fermes
diagonales (fig. 12) n'taient pas suffisamment armes au pied, les
contre-fiches-moises AG ne buttaient pas parfaitement les poteaux
extrieurs de la pyramide, les arbaltriers taient faibles, les
entraits retrousss sans puissance. Les fermes de fatage (celles qui
venaient s'appuyer sur les grandes contre-fiches, disposes en croix de
Saint-Andr, fig. 15) ne trouvaient pas,  la rencontre de ces deux
grandes contre-fiches, un point d'appui inbranlable; d'ailleurs ces
contre-fiches,  cause de leur grande longueur, pouvaient se courber, ce
qui avait eu lieu du ct oppos aux vents. Par suite, la flche tout
entire avait d s'incliner et fatiguer ses assemblages. Gnralement,
les pices infrieures n'taient pas d'un assez fort quarrissage; puis,
pour des charpentes qui sont soumises aux oscillations causes par les
ouragans, les clefs de bois sont videmment insuffisantes, surtout
quand,  la longue, ces bois venant  se desscher ne remplissent plus
les entailles dans lesquelles ils sont engags. Aussi, tout en
respectant le principe d'aprs lequel cette charpente avait t taille,
a-t-on d, lors de la reconstruction de la flche de Notre-Dame de
Paris, amliorer l'ensemble du systme et y introduire les
perfectionnements fournis par l'industrie moderne. On se fait
difficilement une ide, avant d'en avoir fait l'preuve, de la puissance
des vents sur ces charpentes qui, poses  une assez grande hauteur, sur
quatre pieds seulement, s'lvent elles-mmes dans les airs au-dessus
des autres difices d'une cit[500]. La pression des courants d'air est
telle qu' certains moments tout le poids de la charpente se reporte sur
le ct oppos  la direction du vent; il faut donc qu'entre toutes les
parties du systme il y ait une solidarit complte, afin que cette
pression ne puisse, en aucun cas, faire agir tout le poids sur un seul
point d'appui. On doit penser que ces charpentes sont comme un bras de
levier, qui, s'il n'est pas bien maintenu par un empattement
inbranlable, ne manquerait pas d'craser ou de disloquer l'une des
quatres piles qui lui servent d'appui, d'autant que, dans notre climat,
les grands vents viennent toujours du mme point de l'horizon, du
nord-ouest au sud-ouest. Cette pression, rpte sur un seul ct de ces
charpentes, doit tre un sujet de mditation pour le constructeur.
Partant du systme admis par l'architecte du XIIIe sicle, on a donc
cherch: 1  former,  la base de la souche de la nouvelle flche, un
_quatre-pieds_ absolument rigide et pouvant rsister  toute
oscillation; 2  relier ce quatre-pieds avec la souche elle-mme, d'une
manire si puissante, que toute pression agissant dans un sens ft
reporte au moins sur deux points d'appui et mme sur trois; 3 
soutenir galement les huit artes de la pyramide, tandis que, dans le
systme ancien, quatre de ces artes taient mieux portes que les
quatre autres; 4  doubler du haut en bas tout le systme formant
l'octogone de la flche, afin d'avoir non-seulement les artes rigides,
mais mme les faces; 5  viter les assemblages  tenons et mortaises
qui se fatiguent par l'effet des oscillations, et  les remplacer par le
systme de moises qui n'affame pas les bois, les relie et leur donn une
rsistance considrable; 6  n'employer le fer que comme boulons, pour
laisser aux charpentes leur lasticit; 7  diminuer le poids  mesure
que l'on s'levait, en employant des bois de plus en plus faibles
d'quarrissage, mais en augmentant cependant, par la combinaison de la
charpente, la force de rsistance[501].

Nous l'avons dit tout  l'heure: les quatre piles du transsept sur
lesquelles repose la flche de Notre-Dame de Paris ne sont pas plantes
aux angles d'un carr, mais d'un quadrilatre  quatre cts ingaux, ce
qui ajoutait  la difficult. Pour ne pas compliquer les figures, nous
ne tenons pas compte ici des faibles irrgularits, et nous supposons un
paralllogramme dont le grand ct a 14m,75 et le petit 12m,75. Quatre
des angles de l'octogone de la flche devant ncessairement poser sur
les deux diagonales du quadrilatre, cet octogone est irrgulier,
possdant quatre cts plus grands que les quatre autres. La fig. 17
donne, en A, le plan de l'enrayure basse, au niveau des grands entraits
diagonaux, qui sont chacun composs de trois pices de bois superposes
ayant 0,25 c. de roide sous le poinon. Ce trac fait voir en projection
horizontale le _quatre-pieds_ sur lequel s'appuie le systme  sa base.
Ce quatre-pieds se compose d'une combinaison de potences sous les
entraits et de fermes inclines BC, passant dans les plans d'une
pyramide tronque dont la base est le quadrilatre donn par les piles,
et la section suprieure par le plan de l'enrayure au niveau des
entraits. Chacun des angles du corps de la flche se compose de trois
poteaux qui ne s'lvent pas verticalement mais forment une pyramide
trs-allonge,  base octogone; c'est--dire qu'en s'levant, ces
poteaux se rapprochent du poinon.

Examinons maintenant une des grandes fermes diagonales DE (18). On voit,
en A, les trois entraits superposs, roidis et maintenus d'abord par les
deux liens B assembls  mi-bois et formant potence; puis par les deux
fortes contre-fiches moises CD qui reoivent les liens inclins
indiqus en BC dans la figure prcdente. La tte de ces deux
contre-fiches-moises vient pincer, en E, le pied des trois poteaux des
angles de la flche. Le poinon central est en F. Les grandes
contre-fiches GH tracent la noue donne par la rencontre des combles;
par consquent, tout ce qui est au-dessus de ces contre-fiches est vu.
Les contre-fiches IK sont des moises, forment arte dans la noue, en
rejetant, au moyen d'un chevronnage, les eaux  droite et  gauche, et
laissent voir les gradins ajours dcors d'arcatures et surmonts, sur
les quatre poteaux, de statues. D'autres contre-fiches-moises MN
runissent tout le systme et s'assemblent dans le poinon central en O.
En outre, cette demi-ferme est maintenue par des moises horizontales qui
serrent ensemble ses diverses pices, empchent toute dislocation et
font de cette charpente un plan roide, immobile, ne pouvant se dformer.
Le trac AA de la fig. 17 nous donne le plan de l'enrayure au niveau P
de la fig. 18; le trac AAA celui de l'enrayure au niveau R, et le trac
A' celui de l'enrayure  la base de la pyramide qui termine la flche
au-dessus du second tage  jour. Dans le trac AA de la fig. 17, on
voit comme s'arrangent les chevronnages divisant la noue en deux et
laissant passer les quatre poteaux portant les statues.

Ce systme de poteaux verticaux traversant les demi-fermes diagonales et
faisant dcoration au-dessus des noues (systme qui avait t adopt par
les constructeurs du XIIIe sicle) prsente plusieurs avantages: il fait
de ces demi-fermes de vritables pans-de-bois parfaitement rigides; il
constitue une suite de poinons qui roidissent les contre-fiches, les
maintiennent dans leur plan vertical sans charger en aucune faon
l'entrait. Il prsente aussi une dcoration ingnieuse en ce qu'elle
explique,  l'extrieur, comment la flche vient s'appuyer sur les
quatres piliers de la croise, aussi parce qu'elle tablit une
transition entre la maonnerie de l'glise et le corps de la flche,
parce qu'elle lui sert de base, d'arc-boutant, pour ainsi dire. On voit,
en V (fig. 18), comment sont dcors ces gradins des grandes
contre-fiches au-dessus des noues. Il est facile de comprendre
maintenant comment sont soutenus les quatre angles de l'octogone qui
portent sur les diagonales; pour les quatre angles tombant sur les
fatages des combles, voici quel a t le systme adopt. En BB (fig.
17) sont leves de fortes fermes, reposant sur les bahuts et les quatre
piles du transsept; sur le milieu des entraits de ces fermes reposent
les pices horizontales LM puissamment soulages en C par les pices
inclines BC. C'est au-dessus de ce point C que portent les triples
poteaux formant les quatre autres angles de l'octogone; le point M ne
porte que le pied des contre-fiches qui sont destines  maintenir les
poteaux dans leur plan.

La fig. 19 prsente l'une de ces fermes BB, qui sert en mme temps de
ferme de comble. En A, on voit l'extrmit de la pice horizontale
trace en LM dans la fig. 17; en A', cette extrmit est vue en coupe
sur _ab_. Il n'est pas besoin d'explication pour faire sentir que cette
extrmit A ne peut flchir. En B', nous avons donn le dtail des
assemblages B, et en C' celui de la croix de Saint-Andr C, avec le
poinon.

Maintenant, examinons ce systme de souche en perspective (20). En A, on
voit les grands entraits triples des fermes diagonales; en B, la
disposition des liens formant fermes inclines, roidissant la base de la
souche et venant porter en C quatre des angles de l'octogone; en D,
apparaissent les fragments de l'entrait de la ferme donne dans la
figure prcdente, avec le pan-de-bois qui maintient les poteaux
d'angles reposant en C, E tant le poinon de cette ferme. Des
contre-fiches F viennent soulager les poteaux C et reporter leur charge
sur les quatre points rsistants principaux A; ces contre-fiches ont
encore l'avantage d'arrter le roulement de tout le systme. Au-dessus,
des croix de Saint-Andr G, doubles, reportent encore, la charge des
poteaux C sur les points d'appui diagonaux. Les pices I et F
remplissent avec avantage les grandes pices inclines de l'ancienne
charpente que nous avons dcrite plus haut. Ce systme est d'ailleurs
tripl dans la charpente actuelle, nous le voyons reproduit en KL et en
KM; de sorte que si une pression extraordinaire se produit en O, cette
pression ne charge pas le point C, mais bien les pieds I, et mme, de
proche en proche, par la disposition des croix de Saint-Andr et des
contre-fiches F, trois des piles du transsept. On observera que ces
croix de Saint-Andr sont doubles, c'est--dire assembles dans deux
des poteaux sur les trois qui forment chaque angle  la base de la
flche. Il n'y a donc pas possibilit de roulement dans cette charpente;
aucune de ses parties ne peut recevoir un supplment de charge sans
transmettre ce supplment  deux et mme trois des quatre points d'appui
sur lesquels elle porte. En supposant mme qu'une des quatre piles du
transsept ft enleve, la charpente resterait debout et reporterait
toutes ses pesanteurs sur les trois piles conserves.

Le systme d'aprs lequel a t tabli la souche de la flche de
Notre-Dame de Paris tant bien connu, examinons cette flche au-dessus
du fatage du comble, c'est--dire au-dessus du niveau d'o elle
commence  se dtacher sur le ciel (21). Une vue perspective prsente,
du ct droit, la flche dpourvue de sa dcoration, et, du ct gauche,
la flche dcore. En A est une des quatre fermes correspondant aux
fermes diagonales; on observera l'inclinaison des poteaux formant les
artes de cette flche au-dessous de la pyramide suprieure, qui ne se
dgage qu'au niveau B. Cette inclinaison, y compris les retraites
successives, n'a pas moins de 0,80 c. dans une hauteur de 15m,00; et
cependant, par l'effet de la perspective,  peine si l'on aperoit une
diminution dans le corps de la flche autre que celle produite par les
retraites C. Bien mieux, si les huit angles de l'octogone taient monts
d'aplomb, le corps de la flche paratrait plus large sous la pyramide
suprieure qu' sa base. L'illusion de l'oeil est ici d'accord avec les
conditions de stabilit; en effet, ces huit angles, qui tendent  se
rapprocher du poinon  mesure qu'ils s'lvent, conduisent l'oeil  la
forme pyramidale prononce du couronnement, et forment en mme temps une
suite d'tais qui maintiennent l'arbre central dans la verticale. Par
l'effet singulier du contraste des lignes verticales et inclines se
dtachant sur le ciel  une grande hauteur, si les pinacles D qui
terminent les poteaux d'angle taient verticaux, vus  ct des artiers
de la pyramide suprieure, ils sembleraient s'carter en dehors. Il faut
que, dans un monument aussi lev et dont la forme gnrale est aussi
grle, toutes les lignes tendent  s'incliner vers l'axe, si l'on veut
que rien dans l'ensemble ne vienne contrarier la silhouette. Nous
donnons, en E, le couronnement de la flche, dont la pomme F est 
45m,00 au-dessus du fatage du comble.

Nous avons dit que la charpente, en s'levant, se composait de pices de
plus en plus lgres, mais assembles avec plus de force. En examinant
l'enrayure trace en G, on reconnatra combien elle prsente de
rsistance; ce systme est adopt pour les quatre enrayures indiques en
G dans le gomtral A. Cette enrayure se compose de moises assembles 
mi-bois, ainsi que le fait voir le dtail I, se coupant  angle droit,
pinant le poinon, quatre artiers, et roidies par des goussets K de
manire  former un carr; immdiatement au-dessous, une seconde
enrayure contrariant celle-ci et combine de la mme manire produit, en
projection verticale, une toile  huit pointes, qui donne la section de
la pyramide. Non-seulement ce systme prsente une grande rsistance,
mais il a l'avantage de donner  la pyramide des ombres toujours
accuses qui la redressent  l'oeil et lui donnent une apparence plus
svelte. Lorsque les pyramides des flches aussi aigus sont leves sur
une section simplement octogonale, si le soleil frappe d'un ct, une
partie de la pyramide est entirement dans le clair et l'autre dans
l'ombre;  distance, le ct clair se confond avec le ciel et le ct
ombr donne une ligne incline qui n'est point balance, de sorte que la
pyramide parat tre hors d'aplomb. Les grands pinacles avec leurs
crochets qui fournissent toujours des points ombrs et brillants tout
autour de la pyramide, du ct du clair comme du ct oppos  la
lumire, contribuent encore  viter ces illusions de l'oeil qui sont
produites par des masses d'ombres opposes sans rappel de lumire  des
masses claires sans rappel d'ombre. Nous ne saurions trop le rpter:
lorsqu'un difice ou partie d'un difice se dcoupe entirement sur le
ciel, rien n'est indiffrent dans la masse comme dans les dtails; la
moindre inattention dans l'adoption d'un ornement, dans le trac d'un
contour, drange entirement l'harmonie de la masse. Il est ncessaire
que tout soit clair, facile  comprendre, que les profils et ornements
soient  l'chelle, qu'ils ne contrarient jamais la silhouette, et
cependant qu'ils soient tous visibles et apprciables.

La flche de Notre-Dame de Paris est entirement construite en chne de
Champagne; tous les bois sont recouverts de lames de plomb, et les
ornements sont en plomb repouss[502].

Alors comme aujourd'hui, l'occasion d'lever des flches de charpente
aussi importantes ne se prsentait pas souvent. Le plomb tait plus cher
autrefois qu'il n'est aujourd'hui, bien que son prix soit encore fort
lev; sur de petites glises de bourgades, de villages ou d'abbayes
pauvres, on ne pouvait penser  revtir les flches de charpente qu'en
ardoise. Il fallait, dans ce cas, adopter des formes simples, viter les
grands ajours et bien garantir les bois contre la pluie et l'action du
soleil.

Nous avons constat bien des fois dj que l'architecture du moyen ge
se prte  l'excution des oeuvres les plus modestement conues comme 
celle des oeuvres les plus riches: cela seul prouverait que c'est un art
complet. Si l'architecture ne peut s'appliquer qu' de somptueux
difices et si elle se trouve prive de ses ressources quand il faut
s'en tenir au strict ncessaire, ce n'est plus un art, mais une parure
sans raison, une affaire de mode ou de vanit.

Nous donnons (22) un exemple de ces flches entirement revtues
d'ardoises, leve, comme celle de Notre-Dame de Paris,  la rencontre
des combles sur le transsept: c'est la flche de l'glise d'Orbais
(Marne), autrefois dpendante d'une abbaye. Except les extrmits des
poinons, qui sont revtues de chapeaux de plomb trs-simples, toute la
charpente est couverte en ardoise. On voit, en A, la moiti d'un des
pans-de-bois de la souche; CD est l'arbaltrier du comble. Comme
toujours, cette souche est diminue, ayant 4m,88  sa base et 4m,66 
son sommet au niveau de l'enrayure de la pyramide. Celle-ci est octogone
et pose ses angles sur les milieux des pans-de-bois, ainsi que le fait
voir le trac B. Les artiers E sont soulags par des contre-fiches G
assembles dans les poteaux d'angle H, et sur les angles F sont poss
quatre petits pinacles, visibles sur le trac perspectif. Le corps de la
flche, la pyramide, les pinacles et les lucarnes sont couverts
d'ardoises petites, paisses, cloues sur de la volige de chne. Il y a
des lames de plomb dans les noues. Cet difice, si simple, est d'un
effet charmant,  cause de ces saillies, et surtout  cause de
l'heureuse proportion de l'ensemble; il date du XIVe sicle. Le beffroi
est indpendant de la charpente de la flche et repose seulement, comme
celle-ci, sur les quatre piles du transsept.

On voit encore, sur la croise de l'ancienne glise abbatiale d'Eu, la
souche d'une flche, du XVe sicle, en charpente, dont la disposition
originale mrite d'tre signale. C'tait une pyramide passant du plan
carr au plan octogone dans la hauteur du comble, de manire que
l'inclinaison des faces se suivait, sans interruption, du fatage de ces
combles au sommet de la flche. Ce systme prsentait une grande
solidit.

Soit (23) AB deux des quatre points d'appui du transsept, des fermes
inclines ABC forment les faces d'une pyramide  base carre. La
projection des fermes des combles est donne par le triangle ABD; donc,
les triangles ADC, BDC sont vus au-dessus de la pente de ces combles; la
contre-fiche AE passe dans le plan des deux arbaltriers AG, AF. Les
poinons IC passent dans le plan de la pyramide octogone. Au niveau du
fatage des combles est pose une enrayure sur plan octogone GFK, etc.,
embrve dans les pices principales inclines AP, AG, AC, BC, etc.
L'lvation X, prise sur la moiti de la flche de B en I, fait voir la
projection du comble en B'D', la grande ferme incline en B'C', incline
suivant le plan B'O. Les contre-fiches AE du plan horizontal se voient
en B'E' et la premire enrayure octogone en L, sur laquelle reposent les
vritables artiers de la flche. Ici, les angles de l'octogone ne
correspondent pas aux fatages des quatre combles et aux quatre noues,
mais bien le milieu des faces de cet octogone. En N est trace l'une des
contre-fiches diagonales AE et la section EP faite au milieu d'une des
quatre faces de la pyramide donnant sur les noues; des lucarnes R sont
ouvertes sur ces quatre faces. Une galerie S rompt l'aspect uniforme de
la flche et sert de guette. L'enrayure du sol de cette galerie est
trace en M. L'enrayure Q est trace en Q', les quatrime et cinquime
enrayures tant combines de la mme faon. En V, un trac perspectif
indique la rencontre des pices inclines de la souche avec la premire
enrayure octogone L. Cette flche a t drase au niveau Q; mais un
tableau du XVIIe sicle qui est dpos dans l'glise d'Eu, prsentant
une vue fort bien faite des btiments de l'abbaye, nous donne le
complment de la flche et son systme de dcoration qui ne manquait pas
d'lgance.

La fig. 24 reproduit l'aspect gomtral de la flche d'Eu, revtue de sa
plomberie et de sa couverture en ardoise, la plomberie n'tant applique
qu'au couronnement suprieur de la pyramide,  la galerie, aux lucarnes
et aux noues.

 vreux, sur une tour centrale en maonnerie qui surmonte la croise de
la cathdrale s'lve une flche en charpente recouverte de plomb, fort
dnature par des restaurations successives, mais qui prsente cependant
encore une assez bonne silhouette. Elle est compltement ajoure de la
lanterne au fate, et cette lanterne est d'un bon style du XVe sicle.
Le dfaut de ce couronnement, c'est d'tre trop grle pour la souche en
maonnerie qui lui sert de base; elle s'y relie mal, et la trop grande
quantit d'ajours fait encore paratre ce dfaut plus choquant.

L'une des plus belles flches du XVe sicle tait celle de la
Sainte-Chapelle du Palais, reconstruite depuis peu par feu Lassus sur un
ancien dessin conserv  la Bibliothque Impriale. Cette flche est
grave dans la _Monographie de la Sainte-Chapelle_ publie par M. Bance,
avec ses dtails de charpente et de plomberie. Nous engageons nos
lecteurs  recourir  cet ouvrage.

Mais,  cette poque, les architectes avaient dj perdu ce sentiment
dlicat de la silhouette des difices, et ils surchargeaient tellement
leurs ensembles de dtails recherchs que les masses perdaient de leur
grandeur. On ne trouve plus, dans la flche de la Sainte-Chapelle du
Palais, cette inclinaison des poteaux de la partie infrieure portant la
pyramide; ceux-ci s'lvent verticaux, ou  peu prs, ce qui alourdit
l'ensemble et empche l'oeuvre de _filer_, d'une venue, du fatage du
comble au sommet. Les dtails, trop petits d'chelle, paraissent confus,
gnent les lignes principales au lieu de les faire ressortir. Cependant,
nous voyons encore, sur le transsept de la cathdrale d'Amiens, une
flche du commencement du XVIe sicle, dans l'excution de laquelle les
qualits signales ci-dessus sont dveloppes avec un rare bonheur.

Si la flche de la cathdrale d'Amiens est une oeuvre remarquable en
elle-mme, elle n'est nullement en rapport de proportions avec
l'difice: sa base est grle, sort du comble brusquement, sans
transition; l'ensemble est mesquin, si on le compare  la grandeur
magistrale du monument. Quant  la combinaison de la charpente, elle
pche par l'amas des bois, par le dfaut de simplicit. Les
charpentiers, matres de l'oeuvre, Louis Cordon et Simon Taneau, eurent
l'ide de porter cette flche sur une plate-forme compose de pices
horizontales entre-croises, rendues rigides au moyen de fermes armes
au nombre de dix; ce qui produit,  la souche, un amas de bois si
considrable qu' peine si l'on peut circuler  travers les arbaltriers
et les clefs pendantes. Quelque bien armes que soient ces fermes, ce
systme ne prsentant pas des supports directs, il y a toujours
relchement  cause du retrait des bois dans les assemblages et, par
suite, flexion. L'intention vidente des matres a t d'tablir un
plancher rigide sur lequel ils ont mont une flche, indpendante de ce
plancher, comme s'ils l'eussent leve sur le sol. Il y a donc dans la
charpente de la flche d'Amiens deux choses: la plate-forme infrieure
et la flche proprement dite que cette plate-forme est destine 
porter. Cette donne admise, ces matres en ont tir le meilleur parti
possible; mais le principe est vicieux.

La fig. 25 fait voir, en perspective, cette plate-forme ou plutt cette
enrayure basse, arme. Pour rendre la figure moins confuse, nous avons
suppos les clefs pendantes enleves. On distingue les dix fermes se
pntrant, aux arbaltriers desquels des clefs pendantes vont soutenir
les entraits au droit de la porte de chacune des pices horizontales.
Deux grands entraits diagonaux reposent sur ce plancher suspendu. Comme
 Notre-Dame de Paris, l'octogone de la flche a ses angles dans les
noues et dans l'axe des combles se croisant.

Si nous prenons une des fermes de flche perpendiculaires aux cts du
carr, nous obtenons la fig. 26. Le poinon, l'arbre central est en
A[503]. En B sont traces en coupe les fermes armes de clefs pendantes
et en face l'une de ces fermes dans le plan parallle  notre
projection. Les poteaux C de l'octogone sont donc ports sur les
entraits soulags de ces fermes armes, ainsi que les contre-fiches
principales D. Comme toujours, le poinon est suspendu par la butte des
contre-fiches. Une premire enrayure compose de moises est en E, une
seconde en F, et une troisime en G un peu au-dessus du fatage H des
combles. C'est cette dernire enrayure qui reoit la premire
plate-forme de la flche, de sorte que l'ajour commence immdiatement au
niveau de ce fatage; ce qui contribue  donner de la maigreur 
l'oeuvre de charpenterie, puisque au-dessus de la masse pleine des
combles commence, sans transition, le systme des poteaux isols
laissant voir le ciel entre eux. Si bien assembls que soient les
arbaltriers B, si bien serres que soient les clefs pendantes
supportant les entraits, il y a, par suite de la multiplicit de ces
pices de bois, de nombreuses causes de retrait ou de relchement; il en
rsulte que le plancher infrieur a quelque peu plong, particulirement
du ct oppos  l'action des vents d'ouest, car on observera qu'ici les
pesanteurs des poteaux ne sont pas rparties, comme dans la charpente de
Notre-Dame de Paris, sur plusieurs points, mais agissent directement 
leur pied. Il y a donc toujours une partie de ce plancher suspendu plus
charge que l'autre, puisque les vents d'ouest sont les plus frquents
et les plus violents, surtout  Amiens.

L'ensemble du systme s'est inclin vers l'est, et on a d, peu aprs la
construction, ajouter de ce ct une longue contre-fiche qui vient
porter sur une ferme du choeur trs-solidement arme. Les fermes
diagonales sont peu rsistantes (27); leur entrait A repose sur le
plancher infrieur, ainsi qu'on le voit dans le trac perspectif (fig.
25); mais, comme supplment de force, les charpentiers ont pos sous ce
plancher, qui passe dans l'intervalle B, des potences armes C dont le
pied s'appuie sur la tte des quatre piles du transsept dans les reins
de la vote. Ces potences, faiblement relies au systme de la ferme
diagonale, ont donn du nez sous la dpression du plancher. D'ailleurs,
la contre-fiche principale E de cette demi-ferme diagonale est la noue,
c'est--dire qu'elle est pose suivant la ligne d'intersection des
combles, ce qui lui donne une position trop incline pour avoir une
grande force. Si, comme  Notre-Dame de Paris, les charpentiers avaient
pos une contre-fiche _gh_ au-dessus de cette noue, visible, et relie 
la potence C au moyen de grandes moises verticales _m_, ils eussent
donn aux fermes diagonales une beaucoup plus grande rsistance, en
faisant de grands pans-de-bois rigides, dont toutes les parties eussent
t solidaires.

On remarquera qu'ici, comme  Notre-Dame de Paris, les poteaux de
l'octogone sont doubls et fortement inclins vers l'axe de la flche.
C'est l une rgle dont les architectes du moyen ge ne se sont pas
dpartis dans la construction de ces sortes d'difices.

La silhouette de la flche de Notre-Dame d'Amiens est heureuse; il ne
manque  cette oeuvre de charpenterie que d'tre sur un monument moins
grandiose. La fig. 28 prsente le gomtral de cette flche recouverte
de sa plomberie. Malheureusement la flche d'Amiens a subi des
mutilations; son couronnement a t refait d'une faon barbare dans le
dernier sicle,  la suite d'un incendie partiel caus par la foudre. La
plomberie, en partie repose au commencement du XVIIe sicle, est, sur
quelques points, extrmement grossire, et masque les profils ou les
dcoupures du bois.

La section de la pyramide ne donne pas un octogone  cts droits, mais
 cts curvilignes concaves (voy. le dtail A), afin d'obtenir, comme
nous l'avons dit plus haut, des filets de lumire dans l'ombre, et
d'viter le fcheux effet produit par les pyramides  faces planes
lorsqu'elles sont places  une grande hauteur et que le soleil les
claire. Quelques parties primitives de la plomberie sont fort
remarquables.

En rsum, si la flche de Notre-Dame d'Amiens n'est pas une oeuvre
irrprochable, elle mrite cependant d'tre tudie; d'ailleurs c'est la
seule de cette dimension qui existe encore en France. Son poids est
compris le plomb, de 500,000 kilogrammes. Sa hauteur, au-dessus du
fatage (niveau B) jusqu' la pomme, tait de 47 mtres; elle n'est plus
aujourd'hui que de 45 mtres. Les bois sont d'une belle qualit, essence
de chne. Autrefois la plomberie tait peinte et dore; on voit de
nombreuses traces de cette dcoration.

Nous citerons encore, parmi les flches de charpenterie recouvertes de
plomb, celles de l'glise Notre-Dame de Chlons-sur-Marne, qui sont de
la fin du XIVe sicle, trs-simples, mais d'une assez belle forme, et
qui couronnent des tours en pierre de la fin du XIIe sicle; celle de la
croupe de la cathdrale de Reims, qui date de la fin du XVe sicle, et
dont la plomberie est assez bien conserve (voy. PLOMBERIE).

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 14.]
[Illustration: Fig. 15.]
[Illustration: Fig. 16.]
[Illustration: Fig. 17.]
[Illustration: Fig. 18.]
[Illustration: Fig. 19.]
[Illustration: Fig. 20.]
[Illustration: Fig. 21.]
[Illustration: Fig. 22.]
[Illustration: Fig. 23.]
[Illustration: Fig. 24.]
[Illustration: Fig. 25.]
[Illustration: Fig. 26.]
[Illustration: Fig. 27.]
[Illustration: Fig. 28.]

     [Note 495: Voy., dans le 7e _Entretien sur l'Architecture_,
     la faade de l'glise Notre-Dame de Paris avec ses flches
     projetes et laisses inacheves.]

     [Note 496: Les flches de Laon n'existent plus, mais on en
     connat la disposition; celles de la cathdrale de Reims se
     devinent facilement, et nous connaissons par de bonnes
     gravures celles de Saint-Nicaise.]

     [Note 497: Voyez, dans le 7_e Entretien sur l'Architecture_,
     l'lvation gomtrale de la faade de Notre-Dame de Paris
     avec ses deux flches.]

     [Note 498: En effet, on doit attribuer en partie la chute
     imminente de la flche de Saint-Denis au supplment de poids
     qui lui avait t donn, lors de la restauration, par la
     substitution de la pierre de Saint-Non  la pierre de Vergel
     qui, primitivement, imposait la pyramide. Il faut dire aussi
     que les parties infrieures, les tages de la tour, n'avaient
     pas t consolids, mais au contraire affaiblis par des
     reprises extrieures faites en placages, sans affermir les
     massifs trs-altrs par le temps.]

     [Note 499: Ce chapiteau a t conserv lors de la descente de
     la souche.]

     [Note 500: Le sommet de la flche de Notre-Dame de Paris est
      96 mtres au-dessus du pav de l'glise.]

     [Note 501: Le 26 fvrier 1860, un coup de vent qui a renvers
      Paris un grand nombre de chemines, enlev des toits et
     jet bas quelques-unes des charpentes destines  la
     triangulation, n'a fait osciller la flche de Notre-Dame que
     de 0,20 c. environ  son sommet, bien que cette flche ne ft
     pas alors compltement termine et qu'elle ne ft garnie de
     plomb qu' sa partie suprieure, ce qui ncessairement devait
     rendre l'oscillation plus sensible.]

     [Note 502: La charpente de cette flche a t excute par M.
     Bellu, et la plomberie par MM. Durand frres et Monduit.
     L'ensemble, compris les ferrures, pse environ 500,000 kilog.
     Chacune des piles du transsept pourrait porter ce poids sans
     s'craser. Les douze statues des aptres et les quatre
     figures des symboles des vanglistes qui garnissent les
     quatre artiers des noues sont en cuivre repouss, sur les
     modles excuts par M. Geoffroy-Dechaume.]

     [Note 503: La ferme donne ici est celle qui est
     perpendiculaire au ct _ab_ de la fig. 25.]



FLEUR, s. f. (Voy. FLORE.)



FLEURON, s. m. panouissement vgtal qui termine certains membres de
l'architecture gothique, tels que pinacles, pignons, dais, redents, etc.
Le fleuron n'apparat dans l'architecture qu'au XIIe sicle,
c'est--dire au moment o l'cole laque va chercher l'ornementation de
ses difices dans la flore des campagnes. Ds l'antiquit grecque, on
amortissait les combles de certains difices au moyen d'une dcoration
vgtale, ainsi qu'on peut le reconnatre en examinant le monument
choragique de Lysicrates  Athnes. Bien que, dans ce cas,
l'amortissement fut probablement destin  porter le trpied qui
rappelait la victoire de Lysicrates sur ses rivaux, ce n'en est pas
moins un couronnement emprunt au rgne vgtal. La clbre pomme de pin
en bronze qui se voit dans les jardins du Vatican est un vritable
fleuron terminant un grand monument antique. L'ide n'est donc pas
neuve, et, en cela comme en beaucoup d'autres choses, les architectes
gothiques ont suivi une tradition fort ancienne qui leur avait t
transmise par les matres de l'cole romane.

Mais ce qui est neuf, ce qui appartient  ces architectes gothiques,
c'est le caractre particulier qu'ils ont su donner  ces
amortissements, c'est leur physionomie franchement vgtale. On voit
apparatre les fleurons bien caractriss aux sommets des pinacles et
lucarnes du clocher vieux de la cathdrale de Chartres (milieu du XIIe
sicle); du moins ce sont les plus anciens qui nous soient rests.
Quoique dtriors par le temps, ces fleurons laissent voir leur forme
primitive. Ils sortent brusquement de l'extrmit des artes d'angles de
ces pinacles, sans bagues intermdiaires; ils prsentent (1) une runion
de jeunes feuilles, de bourgeons, termins par des ttes humaines. La
sculpture est large, grasse, comme il convient  une pareille lvation.
Tout l'ornement est pris dans une seule pierre de plus de 1m,00 de
hauteur.

Cependant l'tude des vgtaux conduit bientt les architectes 
chercher dans les divers membres des plantes ceux qui se prtent le
mieux  cette forme de couronnement; ils observent que les pistils des
fleurs, par exemple, donnent souvent un ornement rgulier, parfaitement
propre  terminer un sommet; ils voient que ces pistils sont
habituellement accompagns d'un collet et d'appendices. Ils interprtent
donc, sans trop chercher  imiter servilement la nature, ces formes
vgtales; ils en saisissent le caractre puissant, vivace, et composent
des fleurons comme celui-ci (2), qui date des dernires annes du XIIe
sicle et provient des gbles infrieurs des contre-forts de la
cathdrale de Paris (ct nord). Cette forme simple ne leur parat pas
prsenter une silhouette assez dcoupe, ces artistes recourent encore 
la nature, et ils ouvrent davantage les folioles qui accompagnent le
pistil (3)[504], de manire  obtenir un panouissement; ou bien encore,
un peu plus tard (vers 1220), ils recherchent l'imitation des bourgeons
(4)[505]; ils les dissquent, ils en enlvent certaines parties, comme
l'indique cette couronne A de ptioles coups, pour dgager la tige
principale B; puis ils commencent  mler  cette vgtation des formes
gomtriques, des profils C d'architecture sans la bague imite d'un
fruit. Tout en tudiant avec soin les vgtaux, les sculpteurs du
commencement du XIIIe sicle ne les copient pas servilement; ils les
soumettent aux dispositions monumentales,  l'chelle de l'architecture.
De l'imitation du pistil des fleurs, des graines, des bourgeons, ils
arrivent bientt  l'imitation de la feuille dveloppe, mais en
soumettant toujours cette imitation aux donnes dcoratives qui
conviennent  la sculpture sur pierre (5)[506]. Ils savent allier la
pondration des masses  la libert du vgtal.

Les tiges des fleurons prsentent,  dater du commencement du XIIIe
sicle, des sections carres ou octogones; ces tiges se divisent
toujours en quatre membres de feuillages  un seul tage, avec bouton
suprieur, ou  deux tages. Dans ce dernier cas, les feuilles du
deuxime rang alternent avec celles du premier, de manire  contrarier
les lignes de fuite produites par la perspective,  donner plus de
mouvement et plus d'effet  ces amortissements dcoratifs, ainsi que
l'indique la fig. 6, et  redresser par l'apposition des ombres et des
lumires la ligne verticale. Souvent les panouissements des fleurons ne
sont autre chose que des _crochets_, comme ceux qui accompagnent les
rampants des gbles ou des pinacles (7)[507].

C'est vers le milieu du XIIIe sicle que les fleurons, d'une grande
dimension, portent deux rangs de feuilles. Tous les membres de
l'architecture tendant  s'lever,  faire dominer la ligne verticale,
il fallait donner une importance de plus en plus considrable  ces
couronnements des parties aigus des difices. L'imitation des vgtaux
devenait plus scrupuleuse, plus fine, mais aussi moins monumentale.
Cette vgtation ne tenait point  la pierre, elle tait comme une
superposition; ce n'tait plus la pierre elle-mme qui s'panouissait,
mais bien des feuillages entourant un noyau d'une forme gomtrique
(8)[508]. Ce que l'on ne saurait trop admirer dans ces amortissements de
gbles, de pinacles, c'est leur juste proportion par rapport aux membres
de l'architecture qu'ils couronnent. Il y a une aisance, une grce, une
finesse de contour, une fermet dans ces terminaisons, bien difficiles 
reproduire pour nous, habitus que nous sommes  l'ornementation sche
et banale des temps modernes. Ou, par suite d'une fausse interprtation
de la sculpture antique, nous penchons vers l'ornementation de
convention, symtrique, morte, fossile, copie sur des copies; ou nous
nous lanons dans le domaine du caprice, de la fantaisie, parce qu'il y
a un sicle des artistes possdant plus de verve que de got nous ont
ouvert cette voie dangereuse. Autant la fantaisie est sduisante
parfois, lorsqu'elle arrive naturellement, qu'elle est une boutade de
l'esprit, autant elle fatigue si on la cherche. Les ornements que nous
fournit cet article (ornements d'une importance singulire, puisqu'ils
servent de terminaison aux parties dominantes des difices) ne sont
point le rsultat d'un caprice, mais bien de l'tude attentive et fine
des vgtaux. Il y a une flore gothique qui a ses lois, son harmonie, sa
raison d'exister pour ainsi dire, comme la flore naturelle; on la
retrouve dans les bandeaux, dans les chapiteaux, et surtout dans ces
fleurons de couronnements, si visibles, se dtachant souvent sur le
ciel, dont le galbe, le model, l'allure, peuvent gter un monument ou
lui donner un aspect attrayant. La varit des fleurons du XIIIe sicle
est infinie, car, bien que nos difices de cette poque en soient
couverts, on n'en connat pas deux qui aient t sculpts sur un mme
modle. Aussi n'en pouvons-nous prsenter  nos lecteurs qu'un
trs-petit nombre, en choisissant ceux qui se distinguent par des
dispositions particulires ou par une grande perfection d'excution.

Dans les difices de l'le-de-France et de la Champagne, ces fleurons
sont incomparablement plus beaux et varis que dans les autres
provinces; ils sont aussi mieux proportionns, plus largement composs
et excuts. Ceux, en grand nombre, qu'on voit encore autour de la
cathdrale de Paris, ceux du tombeau de Dagobert  Saint-Denis, ceux de
l'glise de Poissy (9) qui terminent les arcs-boutants du choeur, ceux
de la cathdrale de Reims (nous parlons des anciens), sont, la plupart,
d'un bon style et excuts de main de matre.

Autour des balustrades suprieures de Notre-Dame de Paris, on peut voir
des fleurons,  base carre, terminant les pilastres, qui sont d'une
largeur de style incomparable (voy. BALUSTRADE, fig. 10). Ceux de la
balustrade extrieure de la galerie du choeur, dont nous avons recueilli
des dbris, avaient un caractre de puissance et d'nergie qu'on ne
trouve exprim au mme degr dans aucun autre monument de cette poque
(commencement du XIIIe sicle) (10).

Vers la fin du XIIIe sicle, ces ornements deviennent plus refouills,
imitent servilement la flore, puis ils adoptent des formes toutes
particulires empruntes aux excroissances de la feuille de chne (noix
de galle), aux feuilles d'eau. Cette transition est sensible dans
l'glise de Saint-Urbain de Troyes, leve pendant les dernires annes
du XIIIe sicle. Les grands fleurons  trois rangs de feuilles qui
terminent les gbles des fentres sont sculpts avec une hardiesse, une
dsinvolture qui atteignent l'exagration (11).

Pendant le XIVe sicle, les fleurons ne sont composs, habituellement,
que de la runion de quatre ou huit crochets, suivant les formes donnes
alors  cet ornement. La dcoration,  cette poque, devient monotone
comme les lignes de l'architecture. Cependant ces fleurons sont sculpts
avec une verve et un entrain remarquables (12). On voit d'assez beaux
fleurons  la cathdrale d'Amiens, autour de celle de Paris, 
Saint-Ouen de Rouen,  Saint-tienne d'Auxerre,  la cathdrale de
Clermont,  Saint-Just de Narbonne et  Saint-Nazaire de Carcassonne;
mais le grand dfaut de la sculpture du XIVe sicle, c'est le manque de
varit, et ce dfaut est particulirement choquant lorsqu'il s'agit de
couronnements qui se voient tous  peu prs dans les mmes conditions.

Au XVe sicle, les fleurons qui terminent les pinacles ou les gbles
sont souvent dpouills de feuillages, ce sont de simples amortissements
de formes gomtriques dans le genre de la fig. 13. Cependant si
l'difice est trs-richement sculpt, comme, par exemple, le tour du
choeur de l'glise abbatiale d'Eu, ces amortissements se revtent de
feuilles d'eau ou plutt d'un ornement qui ressemble assez  des algues
marines (14). Vers 1500, les fleurons ne sont autre chose que la runion
des crochets des rampants de gbles ou de pinacles, et finissent par une
longue tige prismatique (voy. CONTRE-COURBE, fig. 2; CROCHET, FENTRE,
fig. 42; GBLE, PINACLE).

On donne aussi le nom de _fleurons_  des panouissements de feuilles
qui terminent des _redents_ (voy. ce mot).

Que les fleurons de couronnement appartiennent au XIIIe ou au XVe
sicle, ils sont toujours bien plants, firement galbs, en rapports
parfaits de proportion avec les parties de l'architecture qu'ils
surmontent. Les architectes gothiques savaient couronner leurs difices.
Notre attention doit d'autant plus se porter sur ces qualits,
qu'aujourd'hui la plupart de nos monuments modernes pchent videmment
par le dfaut contraire. L're classique, qui finit, regardait les
couronnements comme une superftation de mauvais got. Les Grecs et les
Romains ne manquaient pas cependant de terminer les parties suprieures
de leurs difices par des ornements en pierre, en marbre ou en mtal,
qui se dcoupaient sur le ciel; mais les exemples n'existant plus en
place, il tait convenu que l'architecture antique se passait de ces
accessoires. C'tait un moyen d'luder la difficult. Peu  peu
cependant les tudes archologiques, l'inspection de fragments pars, de
mdailles, ont fait reconnatre que les anciens taient loin de se
priver de ces ressources dcoratives; on chercha donc timidement et un
peu au hasard  rompre les lignes sches et froides de nos palais, de
nos difices publics: or, lorsqu'il s'agit de silhouettes, ce qu'il
faut, ce sont des tracs hardis, un coup d'oeil sr, l'exprience de
l'effet perspectif, l'observation du jeu des ombres. Cette exprience,
il nous faut l'acqurir, car nous l'avons absolument perdue.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 14.]

     [Note 504: Des gbles de contre-forts des tours de la
     cathdrale de Paris.]

     [Note 505: De la faade de l'glise abbatiale de Vzelay.]

     [Note 506: De la cathdrale de Troyes (1225 environ).]

     [Note 507: De la cathdrale d'Amiens; faade (1230 environ).]

     [Note 508: Du portail du nord de la cathdrale de Paris
     (1260).]



FLORE, s. f. Nous avons souvent l'occasion de parler de la flore
sculpte de l'architecture du moyen ge; c'est qu'en effet cette
architecture possde sa flore, qui se modifie  mesure que l'art
progresse et dcline. Pendant la priode romane, la flore n'est gure
qu'une imitation de la sculpture romaine et byzantine; cependant on
aperoit, vers le commencement du XIIe sicle, dans certains difices
romans, une tendance manifeste  chercher les modles de l'ornementation
sculpte parmi les plantes des bois et des champs. Mais comment cette
recherche commence-t-elle?  quels lments s'attache-t-elle d'abord?
Qui la provoque? Comment s'rige-t-elle en systme et parvient-elle 
former une cole? Rsoudre ces questions, c'est faire l'histoire de
notre art franais au moment o il se dveloppe, o il est rellement
original et n'emprunte plus rien au pass.

Il semble, en examinant les monuments, que les clunisiens ont t les
premiers  former des coles de sculpteurs allant chercher, dans les
productions naturelles, les lments de leur dcoration. Les chapiteaux
de la nef de l'glise abbatiale de Vzelay ne sont plus dj des
imitations abtardies de la sculpture antique: leur vgtation sculpte
possde une physionomie qui lui est propre, qui a l'pret d'un art neuf
plutt que l'empreinte barbare d'un art, dernier reflet de traditions
vieillies. Sur les bords de la Loire, de la Garonne, en Poitou et en
Saintonge, au commencement du XIIe sicle, on voit aussi la sculpture
chercher d'autres lments que ceux laisss par l'antiquit. Ces essais,
toutefois, sont partiels; ils semblent appartenir  des artistes isols,
fatigus de toujours reproduire des types dont ils ne comprenaient plus
le sens, parce qu'ils n'en connaissaient plus l'origine. Quoi qu'il en
soit, ces essais ont une certaine importance: ils ont ouvert la voie 
la nouvelle cole des architectes laques; c'est du moins probable.

Prsentons tout d'abord un de ces exemples, qui fera ressortir d'une
faon plus claire ce que nous allons dire. Nous donnons ici un chapiteau
de l'glise abbatiale de Bourg-Dieu prs Chteauroux (Dols) sculpture
date de 1130 environ (1).

Or voici (2) des feuilles de fougre au moment o elles commencent  se
dvelopper,  sortir de leur tissu cotonneux. Il n'est pas besoin,
pensons-nous, de faire remarquer, dans ce chapiteau, l'intention
vidente de l'artiste; il a certainement voulu se servir de ces formes
puissantes donnes par ces bourgeons de fougre, de la fougre qu'on
trouve partout, en France, sous les grands bois. Le sculpteur ne s'est
inspir ni des traditions romaines, ni des ornements byzantins: il a
cueilli un brin de fougre, l'a examin curieusement, s'est pris de
passion pour ces charmantes productions naturelles, puis il a compos
son chapiteau. Observons  notre tour cette fig. 2; nous aurons
l'occasion d'y revenir. C'est l, pour cette poque, disons-le encore,
un fait isol. Mais bientt l'cole des architectes laques s'lve,
s'empare de toutes les constructions, particulirement dans le domaine
royal. Ds ses premiers pas, on sent que cette cole laque veut rompre
avec les traditions d'art des moines. Il y avait peut-tre de
l'ingratitude dans le procd, puisque cette cole s'tait leve sous
les votes des clotres; mais cela nous importe peu aujourd'hui. Comme
systme de construction (voy. CATHDRALE, CONSTRUCTION), comme mthode de
btir, les architectes laques de la seconde moiti du XIIe sicle
cherchent  rompre avec les traditions monastiques. Les formes qu'ils
adoptent, les moulures qu'ils tracent, les profils qu'ils taillent et
les ornements qu'ils sculptent s'appuient sur des principes trangers 
l'art roman; l'examen, la recherche, remplacent la tradition. Quand il
s'agit d'ornements, ils ne veulent plus regarder les vieux chapiteaux et
les frises romanes: ils vont dans les bois, dans les champs; ils
cherchent, sous l'herbe, les plus petites plantes; ils examinent leurs
bourgeons, leurs boutons, leurs fleurs et leurs fruits, et les voil
qui, avec cette humble flore, composent une varit infinie d'ornements
d'une grandeur de style, d'une fermet d'excution qui laissent bien
loin les meilleurs exemples de la sculpture romane. Soit instinct, soit
raisonnement, ces artistes comprennent que les plus petites plantes,
comme les insectes, sont doues d'organes relativement beaucoup plus
forts que les arbres et les grands animaux; destines  vivre dans le
mme milieu,  rsister aux mmes agents, la nature prvoyante a en
effet donn  ses crations les plus humbles une puissance relativement
suprieure  celle des grands tres. Les formes des plus petits
insectes, comme celles des plus petites plantes, ont une nergie, une
puret de lignes, une vigueur d'organisation qui se prtent
merveilleusement  exprimer la grandeur et la force; tandis qu'au
contraire on remarque, dans les formes des grands vgtaux
particulirement, une sorte d'indcision, de mollesse, qui ne peut
fournir d'exemples  la sculpture monumentale. D'ailleurs, qui sait? Ces
artistes laques qui s'lvent en France  la fin du XIIe sicle, et qui
s'lvent au milieu d'une socit mal constitue, ces artistes  peine
compris de leur temps, fort peu aujourd'hui, trouvaient peut-tre un
certain charme  envelopper leur art de mystre; de mme qu'ils se
transmettaient leurs grands principes  l'ombre d'une sorte de
franc-maonnerie, de mme aussi, en allant chercher leurs motifs de
dcorations au bord des ruisseaux, dans les prs, au fond des bois, dans
les plus infimes productions vgtales, se laissaient-ils conduire par
cet instinct du pote qui ne veut pas dcouvrir au vulgaire les secrets
de ses conceptions. L'art vritable a sa pudeur: il cache aux regards
ses amours fcondes. Qui sait si ces artistes ne trouvaient pas des
joies intimes dans la reproduction monumentale de ces humbles plantes,
d'eux seuls connues, aimes d'eux seuls, cueillies et observes
longuement dans le silence des bois? Ces rflexions nous sont venues
souvent lorsqu'en examinant les merveilleux dveloppements de vgtaux
perdus sous l'herbe, leurs efforts pour repousser la terre, la puissance
vitale de leurs bourgeons, les lignes nergiques de leurs tigettes
naissantes, les formes des beaux ornements de la premire priode
gothique nous revenaient en mmoire. Puisque nous allions chercher des
lments d'un art dans ces productions infimes sur lesquelles la nature
semble avoir jet un de ses plus doux regards, pourquoi d'autres avant
nous ne l'auraient-ils pas fait aussi? Pourquoi des artistes
observateurs, ennuys de la monotonie des arts romans, ne se
seraient-ils pas pris de cette modeste flore des champs, et, cherchant
un art, n'auraient-ils pas dit, en dcouvrant ces trsors cachs: Je
l'ai trouv? Une fois sur cette voie, nous suivmes pas  pas, et non
sans un vif intrt, les interprtations ingnieuses de nos devanciers;
notre examen nous conduisit  de singuliers rsultats. Nous reconnmes
que les premiers artistes (il est entendu que nous ne parlons ici que de
l'cole laque qui s'lve, de 1140  1180, dans l'le-de-France et les
provinces voisines) s'taient attachs  imiter la physionomie de ces
modestes plantes des champs au moment o elles se dveloppent, o les
feuilles sortent  peine de leurs bourgeons, o les boutons apparaissent,
o les tiges paisses pleines de sve n'ont pas atteint leur
dveloppement; qu'ils avaient t jusqu' chercher comme motifs
d'ornements des embryons, ou bien encore des pistils, des graines et
jusqu' des tamines de fleurs. C'est avec ces lments qu'ils composent
ces larges chapiteaux que nous admirons autour du choeur de Notre-Dame
de Paris, dans l'glise Saint-Julien-le-Pauvre, dans celle de
Saint-Quiriace de Provins,  Senlis,  Sens,  Saint-Leu d'Esserent,
dans le choeur de Vzelay, dans l'glise de Montrale,  Notre-Dame de
Chlons-sur-Marne, autour du sanctuaire de Saint-Remy de Reims. Bientt
(car nous savons que ces artistes ne s'arrtent pas en chemin) de
l'imitation de la flore naissante ils passent  l'imitation de la flore
qui se dveloppe: les tiges s'allongent et s'amaigrissent; les feuilles
s'ouvrent, s'talent; les boutons deviennent des fleurs et des fruits.
Plus tard, ces artistes oublient leurs humbles modles primitifs: ils
vont chercher leurs exemples sur les arbustes; ils s'emparent du lierre,
de la vigne, du houx, des mauves, de l'glantier, de l'rable.  la fin
du XIIIe sicle, ils en viennent  copier servilement le chne, le
prunier sauvage, le figuier, le poirier, aussi bien que les feuilles
d'eau, le liseron, le persil, les herbaces, comme les feuillages des
grands arbres de nos forts; tout leur est bon, tout leur est un motif
d'ornement. Disons tout de suite que l'imitation s'approche d'autant
plus de la ralit que l'art gothique avance vers sa dcadence.  la fin
du XIIe sicle, et encore au commencement du XIIIe, cette imitation est
soumise  des donnes monumentales qui prtent  la sculpture une beaut
particulire. Disons encore que cette sculpture est d'autant plus
grande, large, puissante, monumentale enfin, qu'elle va chercher ses
inspirations parmi les plantes les plus modestes; tandis qu'elle tombe
dans la scheresse et la maigreur lorsqu'elle veut copier les feuilles
des grands vgtaux.

Les artistes laques du XIIe sicle, se servant de ces plantes, en
saisissent les caractres principaux, la physionomie; elles deviennent
pour eux un sujet d'inspiration plutt qu'un modle banal. Mais prenons
quelques exemples. N'est-il pas vident, par exemple, que les rinceaux
qui dcorent l'un des cts du trumeau de la porte centrale de la
cathdrale de Sens (1170 environ) ont t inspirs de ces jeunes pousses
de fougre dont nous avons donn plus haut quelques brins, et ces
feuilles naissantes de plantain (3) n'ont-elles pas inspir les artistes
qui sculptaient les chapiteaux du choeur de l'glise de Vzelay, ceux de
la galerie du choeur de Notre-Dame de Paris (3 bis), ou ceux de l'glise
de Montrale (Yonne)(4)? N'y a-t-il pas entre les petites fleurs de la
corolle  peine dveloppes (5) et les crochets primitifs qui ornent les
angles de ces chapiteaux une grande analogie? La section d'une de ces
feuilles de plantain (fig. 3), faite sur _ab_ et trace en A, est
observe fidlement dans les sculptures que nous donnons ici. Avant de
pousser plus loin l'examen de la flore monumentale de l'cole laque, il
est ncessaire de se rendre un compte exact du mlange qui s'tait fait,
pendant la priode romane, des traditions antiques avec certaines formes
inspires videmment par quelques vgtaux de nos bois. Des crivains
ont dj fait,  ce sujet, des observations ingnieuses, sans toutefois
appuyer ces observations par des figures tudies: les uns prtendent
que les ornements qui, au XIIe sicle, sont arrivs  former ce qu'on
appelle la fleur de lis, ont t inspirs de l'iris ou du glaeul; les
autres, que ces ornements sculpts et peints, si frquents  dater de la
fin du XIe sicle, sont une rminiscence des plantes arodes. Nous
laisserons chacun juger le procs, nous nous bornerons  fournir les
pices; aussi bien importe-t-il assez peu,  notre avis, que les
sculpteurs des XIe et XIIe sicles aient copi l'_iris_ ou l'_arum_: la
question est de savoir si ces sculpteurs ont ajout quelque chose aux
traditions uses des arts romans dans leur ornementation. Le fait ne
parat pas douteux.

Prenons d'abord les _Arodes_, qui paraissent avoir inspir nos
sculpteurs ds une poque fort ancienne.

D'aprs Jussieu, les Arodes sont des plantes  racines tubreuses, 
feuilles simples, alternes, enganantes; fleurs unisexuelles, runies
dans une vritable spathe colore, avec ou sans prianthe particulier;
un style; fruit bacciforme.

L'_Arum maculatum_, connu vulgairement sous le nom de _Gouet_ ou
_Pied-de-veau_, porte une tige dresse, simple, nue, haute de 0,20 c.
environ, glabre; les feuilles sont radicales, portes sur de longs
ptioles, grandes, sagittes-cordiformes, comme tronques obliquement
des deux cts  la base, entires, sans taches, glabres; la spathe
terminale est allonge, aigu; le spadice est moiti moins long qu'elle;
en mrissant, la portion qui est au-dessus des baies tombe; celles-ci
restent grosses, nombreuses, rouges et contiennent deux graines
chagrines. Les fleurs (spathe) sont d'un vert ple et tournent au
violet en se fanant. L'_Arum_ apparat en avril et mai, et est
trs-commun dans les bois humides des environs de Paris, de Champagne et
de Bourgogne.

Comme il n'est pas certain que tous les architectes soient botanistes,
nous donnons (6) une reprsentation de l'_Arum_. En A, la spathe est
ferme; elle enveloppe encore le spadice. En B, la plante est montre
entire avec sa racine tubreuse; la spathe s'est dveloppe, s'est
ouverte et laisse voir le spadice. Les feuilles sont sagittes. En C est
donne une coupe de la spathe, laissant voir le spadice entier avec ses
tamines et ses pistils  la base. Quand le fruit est mr, D, la partie
suprieure du spadice se dtruit; la spathe demeure  l'tat de dbris,
E. En F est une des tamines. Il n'est personne qui, en se promenant au
printemps dans les bois, n'ait examin cette plante d'une physionomie
remarquable, dj panouie lorsque les arbres et les buissons portent
quelques feuilles tendres  peine sorties des bourgeons. L'_Arum_ et
l'_Iris_ sont les premiers signes du retour des beaux jours. Est-ce pour
cela que les sculpteurs romans paraissent avoir affectionn ces plantes,
comme le rveil de la nature? Faut-il attacher  l'imitation des
_Arodes_ une ide symbolique, y voir quelque tradition antique? Nous
nous garderons de trancher la question. Le fait est que, dans les
sculptures de la fin du XIe sicle, nous trouvons la trace vidente de
cette imitation. Les beaux chapiteaux de la nef de l'glise abbatiale de
Vzelay nous montrent des imitations d'_Arodes_ (7) qui terminent des
feuillages plus ou moins drivs de la sculpture romaine du chapiteau
corinthien. En A, la spathe de l'_Arum_ est dveloppe, l'extrmit du
spadice est tombe et les graines restent apparentes. En B, ce sont les
feuilles de l'_Arum_ qui se roulent en volutes ou crochets aux angles
d'un chapiteau. Dans la fig. 7 bis, le sculpteur a doubl le spadice en
A, l'a laiss simple en B; mais, dans l'un et l'autre cas, la spathe
enveloppe le fruit.

Ces plantes de bois marcageux ne paraissent pas seules avoir inspir
les sculpteurs romans; nous voyons qu'ils ont une affection particulire
pour les nnuphars, pour les feuilles d'eau. Deux autres chapiteaux de
la nef de Vzelay prsentent encore, en guise de crochets, des feuilles
fanes de _nnuphars_ avec ou sans fleurs (8). On sait avec quelle
rapidit se fltrissent les plantes d'eau lorsqu'elles ont t
cueillies; il semble, dans l'exemple A, que le sculpteur a suspendu prs
de lui, pour dcorer l'angle de son chapiteau, des feuilles de nnuphars
si communs dans nos tangs, et que celles-ci se soient fermes, comme il
arrive bientt lorsqu'elles ne peuvent plus s'tendre sur la surface de
l'eau.

Ces imitations sont fort libres, ainsi qu'il arrive chez les artistes
primitifs, mais elles ne paraissent gure douteuses. Il ne s'agissait
pas, en effet, de reproduire, avec tout le soin d'un naturaliste, telle
ou telle plante, mais de trouver un motif d'ornement. D'ailleurs les
yeux d'observateurs nafs se contentent d'une interprtation, et tous
les jours nous voyons des enfants pour lesquels un pantin grossirement
taill dans un morceau de bois est l'image complte d'un personnage. Il
faut bien reconnatre aussi que le style dans les arts, pour les
ornements comme pour toute chose emprunte  la nature, demande
l'interprtation plutt que l'imitation scrupuleuse de l'objet. Les
plantes ont une allure, une physionomie, un port, qui frappent tout
d'abord un observateur inexpriment. Celui-ci saisit ces caractres
gnraux sans aller au del; il produit une seconde cration qui devient
une oeuvre d'art, bien qu'on retrouve dans cette seconde cration
l'empreinte puissante de la nature. Les artistes romans se sont tenus 
ces inspirations primitives; ils les corrompent mme  mesure que leur
main acquiert de l'habilet, et il est intressant de voir comment,
lorsque l'art devient laque, l'esprit d'examen s'introduit promptement
dans la sculpture d'ornement; comment l'inspiration libre, ou soumise 
certaines traditions de mtier, est bientt touffe par le dsir
d'arriver  l'imitation servile de la nature.

Disons un mot maintenant de la fleur d'_Iris_, qui joue aussi un grand
rle dans l'ornementation romane des XIe et XIIe sicles. La fleur de
l'iris est enveloppe dans une spathe membraneuse avant son
panouissement. La corolle, d'aprs Linn, est  six divisions
profondes, alternativement dresses et rflchies; le style est court,
portant trois lanires ptalodes, souvent chancres, qui tiennent lieu
de stigmates; la capsule infre est  trois valves,  trois loges
polyspermes.

Voici (9) une fleur d'iris, connue sous le nom de _flambe_, copie de
grandeur naturelle. Si nous prsentons cette fleur de manire 
rgulariser ses diverses parties, nous obtenons la fig. 10. Les six
divisions de la corolle sont visibles en AA, BB, CC. Deux des lanires
ptalodes sont apparentes en D, la troisime devant se trouver dans
l'axe de la fleur. La spathe est en E. De cette figure  l'ornement
connu sous le nom de _fleur de lis_, il n'y a pas loin. Dans les
ornements romans du XIIe sicle (11[509], 12 et 13[510]), on reconnat
l'essai d'artistes qui cherchent  s'inspirer des formes gnrales de la
fleur d'iris, tout en conservant le _faire_ de l'art romain dgnr.
Ces artistes affectionnent tout particulirement l'_arum_ et l'_iris_;
ces deux plantes donnent, ds le commencement du XIIe sicle, une
physionomie particulire  l'ornementation sculpte ou peinte (voy.
PEINTURE). Quelle tait la raison qui avait fait choisir de prfrence
ces vgtaux des lieux humides, qui arrivent  leur floraison ds les
premiers jours du printemps? M. Woillez, auteur d'une brochure fort
intressante sur ce sujet[511], n'hsite pas  voir dans cette imitation
des plantes arodes une ide symbolique de la puissance. Il voit l un
reste du paganisme, et s'exprime ainsi[512]: Je pense que le gouet,
type actuel de la famille botanique des arodes, ou une autre plante du
mme genre[513], devint, en quelque sorte, le phalle transfigur par le
christianisme. La simple appellation rustique de la premire plante dans
certains lieux de la Picardie, et notamment dans les environs de
Clermont (Oise), a suffi pour me suggrer d'abord cette opinion. Je
savais que ce vgtal, cach sous les bois humides et ombrags, bizarre
dans ses formes extrieures, tait en grand crdit parmi les magiciens
et les enchanteurs du moyen ge, lorsque j'appris sa dnomination la
plus vulgaire. Cette qualification correspond aux mots latins
_presbiteri phallus_; le spadice envelopp de sa spathe verte est encore
appel _vicaire_, tandis que, au moment de la fcondation, et lorsque ce
spadice a pris une teinte violette, c'est un _cur_... Le gouet, que
l'on pourrait appeler le _phalle vgtal_, est une des premires plantes
qui annoncent le retour de la vgtation, ou, comme le phalle proprement
dit, le rveil de la nature; il peut bien tre l'expression ou l'emblme
de la puissance gnratrice imprissable, puisque, chaque anne, sans
culture pralable, on le voit percer la terre, puis disparatre aprs la
fructification, pour reparatre aprs l'hiver suivant. Mais il y a plus:
de mme que le phalle, il a t figur comme l'attribut de la puissance
en gnral, ce qui prouverait son identit avec lui... M. Woillez
rappelle  propos la notice du docteur Colson[514] sur une mdaille de
Julia Mame, au revers de laquelle on voit Junon tenant un _phallus_
d'une main et un lis de l'autre, et il est  remarquer, en effet, que
les premiers sceptres ports par des rois ou mme la Vierge sainte sont
termins par une fleur d'_arum_ ou une fleur de lis assez semblable 
celle que nous avons donne plus haut (fig. 10); seulement M. Woillez ne
voit dans ces ornements que l'imitation des plantes arodes. Je pense
qu'on y trouve et l'_arum_ et l'_iris_ (flambe); quelquefois mme, comme
dans l'ornement (fig. 13), un mlange des deux plantes printanires. Il
ne nous parat pas, toutefois, que l'on puisse, dans l'tat des
connaissances actuelles, donner comme des faits certains l'influence de
ces traditions paennes d'une haute antiquit dans les arts du moyen
ge.

Si la flore sculpte romane mle aux derniers dbris des arts romains
des inspirations nouvelles provoques par l'observation des plantes
printanires des bois, elle subit aussi l'influence des arts de
l'Orient. Pendant les Xe, XIe et XIIe sicles, quantit d'objets
apports de Byzance et de Syrie remplissaient les trsors des monastres
et des palais: toffes, ivoires sculpts, ustensiles, menus meubles,
venaient en grand nombre d'Orient et fournissaient aux artistes franais
des motifs d'ornements qu'ils interprtaient  leur manire. Beaucoup de
ces ornements byzantins taient emprunts eux-mmes  la flore
orientale. Il ne faut donc pas s'tonner si l'on trouve sur nos
chapiteaux et nos frises des XIe et XIIe sicles des formes qui
rappellent certains vgtaux qui alors n'taient pas connus en Occident
(voy. SCULPTURE).

Telles taient les diverses sources auxquelles avaient t puiser les
sculpteurs romans lorsqu'apparut l'cole laque de la seconde moiti du
XIIe sicle; cette cole ne pouvait rompre tout  coup avec celle qui la
prcdait. Dans un mme difice on voit, comme  la cathdrale de Paris,
comme autour du choeur de l'glise de Saint-Leu d'Esserent, comme 
Noyon, des sculptures empreintes encore des traditions romanes  ct
d'ornements d'un style entirement tranger  ces traditions, recueillis
dans la flore franaise. Ce sont les feuilles de l'Ancolie, de
l'Aristoloche, de la Primevre, de la Renoncule, du Plantain, de la
Cymbalaire, de la Chlidoine, de l'Hpatique, du Cresson, des Graniums,
de la Petite-Oseille, de la Violette, des Rumex, des Fougres, de la
Vigne; les fleurs du Muflier, de l'Aconit, du Pois, du Nnuphar, de la
Rue, du Gent, des Orchides, des Cucurbitaces, de l'Iris, du Safran,
du Muguet; les fleurs, fruits ou pistils des Papaveraces, des
Polygales, du Lin, des Malvaces, de quelques Rosaces, du Souci, des
Euphorbiaces, des Alismaces, des Irides et Colchicaces qui inspirent
les sculpteurs d'ornement. Mais il ne faudrait pas se mprendre sur la
valeur de notre observation, ces artistes ne sont pas botanistes; s'ils
cherchent  rendre la physionomie de certains vgtaux, ils ne se
piquent pas d'exactitude organographique; ils ne se font pas faute de
mler les espces, de prendre un bouton  telle plante, une feuille 
celle-ci, une tige  celle-l; ils observent avec une attention
scrupuleuse les caractres principaux des vgtaux, le model des
feuilles, la courbure et la diminution des tiges, les attaches, les
contours si purs et si fermes des pistils, des fruits ou des fleurs; ils
crent une flore qui leur appartient, mais qui, toute monumentale
qu'elle est, conserve un caractre de vraisemblance plein de vie et
d'nergie. Cette flore monumentale a ses lois, son dveloppement, ses
allures; c'est un art, pour tout dire en un mot, non point une
imitation. Nous sommes aujourd'hui si loin de la voie suivie  toutes
les belles poques, qu'il nous faut faire quelques efforts pour
comprendre la puissance de cette cration de second ordre, loigne
autant de l'imitation servile et de la banalit que de la fantaisie
pure. Nos monuments se couvrent d'imitations de l'ornementation romaine,
qui n'est qu'une copie incomprise de la flore monumentale des Grecs;
nous copions les copies de copies, et  grands frais; notre parure
architectonique tombe dans la vulgarit, tandis que l'cole laque de la
fin du XIIe sicle allait aux sources chercher ses inspirations.
Non-seulement ainsi elle trouvait une dcoration originale, mais elle
s'appuyait sur un principe toujours neuf, toujours vivant, toujours
applicable. L'art franais de la grande cole laque d'architecture est
logique; dans la construction, il met des principes nouveaux qui, sans
imposer une forme, sont applicables partout et dans tous les temps; dans
la dcoration, cet art ne fait de mme qu'mettre des principes; il ne
prescrit pas l'emploi d'une forme hiratique, comme l'a fait l'art
oriental. Le gnie de chaque artiste peut sans cesse tirer de ces
principes fconds des formes neuves, imprvues.

De nos jours, on a remplac en France la mthode, l'nonc des
principes, par l'enseignement, non raisonn, d'une ou de plusieurs
formes de l'art; on a pris l'une des applications du principe pour l'art
lui-mme, et on a dit alors avec beaucoup de raison: Toute imitation
est funeste, si nous proscrivons l'imitation des arts de l'antiquit,
nous ne pouvons prescrire l'imitation des arts du moyen ge. Mais
remplaant l'enseignement de telle ou telle forme, d'une des
applications du principe, par l'enseignement du principe lui-mme, on ne
prescrit pas l'imitation, on ne fait que se servir d'une mthode vraie
qui permet  chacun de suivre ses inspirations. Nous savons bien qu'il
est une cole pour laquelle des principes sont un embarras: elle veut
que la fantaisie soit le seul guide de l'artiste. La fantaisie a des
tours charmants quand elle n'est que le vernis d'un esprit rflchi,
observateur, quand elle couvre d'un vtement  mille reflets imprvus un
corps solide, bien fait et sain; mais rien n'est plus monotone et
fatigant que la fantaisie lorsqu'elle est seule et ne drape qu'un corps
inconsistant, chtif et pauvre. Il y a certainement de la fantaisie, et
beaucoup, dans l'ornementation architectonique de notre cole franaise;
mais elle ne fait que se jouer autour des principes solides, vrais,
drivs d'une observation subtile de la nature; la fantaisie alors n'est
autre chose que la grce qui sait viter la pdanterie. Poursuivons
notre tude.

Voici (14) une plante bien vulgaire, le Cresson. Regardons cependant
avec attention ces tiges souples et grasses, ces ptioles bien soudes,
ces courbes gracieuses des limbes, leur profil A. Dans ces limbes
cependant, il y a une indcision de contour qui ne se prte pas  la
dcoration monumentale; les stipules B jettent de la confusion au milieu
des masses. Pour faire un ornement avec cette plante, il faut en
sacrifier quelque chose, donner de la fermet aux silhouettes des
ptioles; il faut prendre et laisser, ajouter et retrancher; ce qu'il
faut conserver, c'est la force, la grce, la souplesse, l'aisance de ces
contours. Avec une adresse incomparable, les sculpteurs de Notre-Dame de
Paris sont arrivs  ce rsultat (15)[515]. Tout en conservant la
silhouette de ces feuilles de cresson, ils leur ont donn un accent plus
ferme, monumental, prcis; entre ces limbes, ils ont ajout des grappes
qui donnent de la grandeur et de la finesse en mme temps  l'ornement.
Ils ont vu, tudi la nature, et en ont tir une cration nouvelle. Ici,
point de traditions des ornements romains ou byzantins: c'est original,
vivant, bien compris comme composition, excut avec habilet. Cela se
fait regarder comme toute oeuvre o l'art s'appuie sur la nature sans la
copier platement.

Examinons encore cette feuille de Chlidoine (_claire_) (16), plante si
commune dans nos campagnes; ces feuilles sont profondment pinnatifides,
 folioles ovales,  dents et lobes arrondis; leur faisceau fibreux est
accus, pais; les stipules latrales dveloppes. Il s'agit
d'_interprter_ cette plante, belle par sa forme gnrale et par ses
dtails. Les mmes sculpteurs[516] composent l'ornement (17). Ils
retournent le limbe suprieur, le font retomber sur lui-mme, le
doublent d'une seconde feuille pour augmenter sa masse. Ils observent
les deux stipules latrales; ils largissent dmesurment le ptiole;
ils conservent ces _oeils_ qui donnent un caractre particulier  la
feuille de chlidoine, ces lobes arrondis; de ce faisceau fibreux,
puissant, ils exagrent la structure: ainsi, fig. 16, la section
transversale d'une des stipules donne le trac A; B tant le dessous de
la feuille, ils adoptent la section C dans leur sculpture. Toujours
attentifs  saisir les caractres principaux, tranchs, qui se prtent 
l'ornementation monumentale, ils font bon march des dtails dont la
reproduction rapetisse ou amaigrit la sculpture. Sans chercher la
symtrie absolue, cependant ils vitent les irrgularits incertaines de
la plante. Ils composent un ornement avec plusieurs membres de vgtaux,
mais ils ont assez bien observ la nature pour donner  leur composition
la vraisemblance. Beaucoup de ces inspirations sont des monstres, au
point de vue de la science, mais ce sont des monstres qui sont crs
viables. Nous retrouvons ces mmes qualits chez les sculpteurs du XIIIe
sicle, lorsqu'ils composent des animaux fantastiques (voy. SCULPTURE,
GARGOUILLE).

Si ces artistes ne possdent pas la science du botaniste, s'ils ne
copient pas exactement telle plante ou telle partie de plante, ils ont
cependant observ avec dlicatesse certaines lois organiques dont ils ne
s'cartent pas; ils connaissent l'anatomie du vgtal et suivent ses
rgles gnrales: ainsi le faisceau fibreux, qui est comme l'ossature de
la feuille, est toujours dispos d'une manire vraisemblable; le model
du limbe est finement rendu et, comme nous le disions plus haut, inspir
de prfrence sur ces petits vgtaux dont la puissance d'organisation
est relativement plus dveloppe que chez les grands, dont les formes
sont plus caractrises, plus simples et d'un _style_ plus ferme.

Dans la fig. 18, par exemple, qui nous donne, en A, des feuilles de la
famille des Scrofuliaces[517], on voit comme le dernier limbe B se
retourne sur lui-mme lorsqu'il est rcemment sorti du bourgeon; comme
cette feuille d'Ombellifre C, de grandeur naturelle, est bien dcoupe,
puissante, largement modele.  l'aide de ces humbles vgtaux, nos
sculpteurs du XIIIe sicle vont composer une frise d'un aspect
monumental, nergique et grand. La petite feuille B leur aura fourni le
motif de ces crochets aux ttes saillantes de la fig. 19[518], et la
feuille d'ombellifre ce bouquet qui s'interpose entre chaque tige du
crochet. Sur la faade occidentale de la cathdrale de Paris[519], le
sculpteur a su faire de la feuille du Rumex (20)[520] une grande
ornementation (21), d'une largeur de model et d'une puret de forme
incomparables. Quelquefois d'une fleur (car rarement les fleurs se
prtent  la sculpture monumentale) ils composent un ornement qui n'a
rien de la fleur, si ce n'est une silhouette particulire, un galbe
trange; mais aux corolles, dont les formes sont presque toujours
indcises, ils substituent de vritables feuilles trs-nettement
caractrises. Ainsi (22), de la fleur du Muflier, dont nous donnons les
divers aspects en A, ils ont compos une tte de crochet B[521], dont
les trois membres rappellent la feuille de l'Hpatique (23). De ces
mmes fleurs de mufliers encore jeunes, C, ils ont fait des crochets
feuillus extrmement simples D, que l'on trouve aux angles des
chapiteaux du commencement du XIIIe sicle. De cette feuille de
l'hpatique, fig. 23, les artistes de cette poque ont tir un grand
parti: ils en ont orn les bandeaux, les corbeilles des chapiteaux;
quelquefois ils ont superpos ces limbes pour former des cordons
d'archivoltes; en conservant exactement ce model concave, simple,
lisse, mais en accentuant un peu les dcoupures du limbe.

Bien que l'cole laque voult videmment rompre avec les traditions de
la sculpture romane, on sent encore, jusque vers 1240, percer parfois
quelques restes vagues de cette influence. Peut-tre aussi les objets
d'art que l'on rapportait alors de l'Orient en Occident
fournissaient-ils certains motifs d'ornements qui ne peuvent tre
drivs de la flore franaise; mais ces exemples sont si rares, ils
sont, dirons-nous, tellement effacs, qu'ils ne font que confirmer la
rgle. D'ailleurs, les matres qui construisaient nos difices du
commencement du XIIIe sicle taient obligs de recourir  un si grand
nombre de sculpteurs pour raliser leurs conceptions, qu'ils devaient
souvent employer et des vieillards et des jeunes gens; les premiers,
ncessairement imbus des traditions romanes, ne pouvaient tout  coup se
faire  la mode nouvelle et mlaient, timidement il est vrai, les restes
de l'art de leur temps aux modles qu'on leur imposait. Comme preuve de
la rpulsion de l'cole laque pour ces traditions vieillies, c'est que
l'on ne trouve des rminiscences du pass, dans la sculpture, que sur
certaines parties sacrifies, peu apparentes des monuments. L o la
sculpture tait visible, o elle occupait une place importante, on
reconnat, au contraire, l'emploi de la flore nouvelle ds les premires
annes du XIIIe sicle.

L'esprit d'analyse, de recherche, de rationalisme de l'cole laque
repoussait, dans l'ornementation architectonique comme dans la
construction, les traditions romanes: d'abord, parce que ces traditions
appartenaient aux anciens ordres religieux, et qu'une raction gnrale
s'tait faite contre ces ordres; puis, parce que la nouvelle cole
tenait  se rendre compte de tout, ou plutt  donner la raison de tout
ce qu'elle crait. C'tait un systme qui, comme tout systme, tait
inflexible, imprieux dans son expression, n'admettait nulle concession,
nul cart. C'tait une rforme radicale.

Si, comme nous l'avons vu au commencement de cet article, les moines
clunisiens avaient introduit dans leur dcoration sculpte quelques
vgtaux emprunts  la flore locale; s'ils avaient, peut-tre les
premiers, plac l'art de l'ornemaniste sur cette voie, il faut bien
reconnatre qu'ils avaient adopt un grand nombre d'ornements qui
drivaient de la dcadence romaine, quelques autres pris sur les objets
ou les toffes que l'Orient leur fournissait. Comme nous avons eu
plusieurs fois l'occasion de signaler ce dernier fait, il est
ncessaire, tout en restant dans le sujet de cet article, de donner nos
preuves.

Nous possdons en France aujourd'hui, grce  nos jardins et  nos
serres-chaudes, un grand nombre de vgtaux qui nous viennent du fond de
l'Orient, et qui, au XIe sicle, taient parfaitement inconnus en
France. Telle est, par exemple, cette plante charmante dsigne par les
botanistes sous le nom de _Diclytra_, dont les belles grappes de fleurs
affectent des formes si lgantes et d'un contour si original (24). La
Diclytra vient de Chine et de l'Inde. Nous ne savons si, au XIe sicle
de notre re, elle se trouvait sur les rives du Tigre et de l'Euphrate;
mais ce qui est apparent pour tous, c'est que la forme bien caractrise
de ces fleurs est reproduite sur les toffes ou les menus objets
sculpts les plus anciens qui sont venus d'Orient par Byzance. Or nous
trouvons parmi les cordons d'arcs doubleaux et d'archivoltes de l'glise
abbatiale de Vzelay des ornements qui ne sont qu'une interprtation mal
comprise et de seconde main de ces fleurs (25). Nous pourrions
multiplier ces exemples, mais il faut nous borner. On comprend trs-bien
que ces ornements, aux yeux de gens qui prtendaient trouver  toute
chose une raison d'tre, une origine, n'taient que des conceptions
barbares, dues au hasard, n'ayant aucune signification, qu'ils devaient
rejeter, par consquent. Aussi, l'cole laque tombe-t-elle bientt dans
l'abus de son systme; aprs avoir _interprt_, arrang la flore
naturelle des champs, pour l'approprier aux donnes svres de la
sculpture monumentale, elle arrive  imiter scrupuleusement cette flore,
d'abord avec rserve, en choisissant soigneusement les vgtaux qui, par
leur forme, se prtent le mieux  la sculpture, puis plus tard en
prenant les plantes les plus souples, les plus dlies, puis en
exagrant mme le model de ces productions naturelles. Cette seconde
phase de l'art gothique est plus facile  faire connatre que la
premire; elle est encore pleine d'intrt. En se rapprochant davantage
de la nature, les sculpteurs du milieu du XIIIe sicle, observateurs
fins et scrupuleux, saisissent les caractres gnraux de la forme des
plantes et reproduisent ces caractres avec adresse. Ils aiment les
vgtaux, ils connaissent leurs allures, ils savent comment s'attachent
les ptioles des feuilles, comment se disposent leurs faisceaux fibreux;
ils conservent et reproduisent avec soin ces contours si beaux, parce
qu'ils expriment toujours une fonction ou se soumettent aux ncessits
de l'organisme; ils trouvent dans les vgtaux les qualits qu'ils
cherchent  faire ressortir dans la structure de leurs difices, quelque
chose de vrai, de pratique, de raisonn: aussi y a-t-il harmonie
parfaite entre cette structure et l'ornementation. Jamais celle-ci n'est
un placage, une superftation. L'ornementation de l'architecture
gothique de la belle poque est comme une vgtation naturelle de la
structure; c'est pour cela qu'on ne fait rien qui puisse satisfaire le
got, lorsqu'en adoptant le mode de construire de ces architectes
raisonneurs, on veut y appliquer une ornementation prise ailleurs ou de
fantaisie. La construction gothique est (nous l'avons dmontr ailleurs)
la consquence d'un systme raisonn, logique; les profils sont tracs
en raison de l'objet; de mme, aussi, l'ornementation a ses lois comme
les produits naturels qui lui servent de types. Ces artistes vont
jusqu' admettre la varit que l'on remarque dans les feuilles ou
fleurs d'un mme vgtal, ils ont observ comment procde la nature et
ils procdent comme elle. Pourquoi et comment avons-nous perdu ces
charmantes facults, inhrentes  notre pays? Pourquoi avons-nous
abandonn ces mthodes d'art sorties de notre esprit gaulois? Pourquoi,
au lieu d'aller recourir aux sources vraies, aux modles que nous
fournit notre intelligence, notre facult de comprendre la nature,
avons-nous t chercher des arts trangers, abtardis, pour les copier
sans les comprendre, puis recopier ces copies? Nous nous garderons de le
dire ici, parce que ce sujet nous entranerait trop loin (voy. GOT,
STYLE). Constatons simplement que ce que l'on appelle vulgairement les
_fantaisies de l'art gothique_ sont, dans la structure comme pour
l'ornementation, des dductions trs-logiques et trs-dlicates d'un
systme complet, d'un corps de doctrine tabli sur une suite
d'observations vraies, profondes et justes.

Une preuve que le principe d'ornementation admis par la grande cole
laque d'architecture est fertile, c'est que chaque province en fait une
application diffrente en raison de son caractre propre. Dans
l'le-de-France, l'imitation servile des vgtaux ne se fait sentir
qu'assez tard, vers la seconde moiti du XIIIe sicle; pendant
longtemps, l'interprtation de la nature, le style, persistent dans les
grands ornements, l'imitation matrielle tant permise seulement dans
quelques dtails trop peu importants pour influer sur les lignes de
l'architecture. En Champagne, l'imitation matrielle parat plus tt;
elle incline rapidement vers la scheresse et la manire. En Bourgogne,
l'imitation se fait sentir ds que le gothique apparat; mais elle
conserve longtemps un tel caractre de grandeur, de puissance, elle est
si vivante, qu'elle touffe, pour ainsi dire, ses modles sous sa
plantureuse apparence. La flore architectonique de la Bourgogne possde,
jusqu' la fin du XIIIe sicle, un caractre large, nergique, qui ne
tombe jamais dans la manire; elle est toujours monumentale, bien
qu'elle reproduise souvent les vgtaux avec une scrupuleuse exactitude.
Ce n'est pas en Bourgogne qu'il faut aller chercher ces dlicates frises
et archivoltes de feuillages que nous voyons sculptes, ds 1257, sur le
portail mridional et sous les voussures de la porte Rouge de Notre-Dame
de Paris, ou de l'ancienne porte de la chapelle de la Vierge de
Saint-Germain-des-Prs[522]; mais nous y trouvons encore, dans les
monuments du milieu du XIIIe sicle, de grands chapiteaux  larges
feuillages, de hautes frises dont la vgtation de pierre est largement
traite. Les sculpteurs bourguignons vont chercher les vgtaux dont les
feuilles sont hardiment dcoupes, comme celles de l'Ancolie (26), de la
Chrysantme (27), du Persil (28); dont les ptioles et les faisceaux
fibreux sont longs, bien attachs, vivement accentus. Ils aiment les
jeunes pousses de la Vigne (29), les boutons du Liseron (30), les
feuilles, d'un si beau caractre, de la Scabieuse (31). Ils ddaignent
l'glantier, souvent reproduit par les sculpteurs du XIIIe sicle, le
Trfle, les feuilles de la Mauve, de la Brione, des Ombellifres, de la
Chlidoine, d'un model si doux, de la Potentille, si fines, des
Graniums, si dlicates. S'ils veulent se servir des feuillages 
contours simples mais d'un model puissant, ils cueillent l'Aristoloche,
la Violette, l'Oseille, l'Hpatique, le Fraisier, le Plantain, le
Lierre. Observons, par exemple, comment ces hardis sculpteurs ont tir
parti des feuilles de la Chrysanthme et du Persil. On voit, sur la
porte principale de la faade de l'glise abbatiale de Vzelay, une
belle archivolte refaite vers 1240 autour d'un cintre du XIIe sicle.
Cette archivolte se compose d'une suite de claveaux portant chacun, dans
une gorge, un large bouquet de feuilles vigoureusement retournes sur
elles-mmes et refouilles de main de matre. L'un de ces bouquets A,
que nous donnons ici (32), reproduit des feuilles de Persil; l'autre, B,
des feuilles de Chrysanthme.

Ce n'est pas l cette sculpture range, contenue, soumise aux profils,
que nous trouvons  la mme poque sur les monuments de l'le-de-France.
C'est une vritable vgtation reproduite avec un surcrot de sve. Le
sang bourguignon a pouss la main de l'artiste. Il prend la nature, il
ne l'arrange pas comme son confrre des bords de la Seine et de la
Marne; il la dveloppe, il l'exagre. N'est-ce point un art, celui qui
permet ainsi  l'artiste d'imprimer si vivement son caractre sur son
oeuvre, tout en suivant un principe admis? Bien que les sculpteurs de
nos trois coles laques franaises choisissent les vgtaux qui
s'accordent avec leur temprament, tous appliquent scrupuleusement
certaines lois qui, aux yeux du botaniste, ne sont pas suffisantes pour
indiquer l'individualit de la plante, mais qui, pour les artistes, sont
les vritables: celles dont l'observation donne  chaque imitation d'un
vgtal sa physionomie, son caractre propre. Lorsque aujourd'hui nous
copions une centime copie d'une feuille d'Acanthe ou d'Anglique, parce
que les Grecs ont imit ces vgtaux, nous pouvons faire faire  nos
sculpteurs d'ornement une oeuvre parfaite, comme excution, sur le
marbre, la pierre, le stuc ou le bois; mais nous ne saurions donner les
qualits apparentes de la vie  ces imitations de centime main: ce ne
sont l que des dcorations glaces qui n'intressent personne, ne font
songer  autre chose, sinon que nous avons fait faire un chapiteau ou
une frise. Il est mme admis que pour occuper le moins possible l'oeil
du passant, nous rpterons dix, vingt, cent fois le mme chapiteau, sur
un modle identique. Ce point tabli, que l'architecture pour tre
classique doit tre ennuyeuse, nous ne pouvons, sous peine d'tre mis au
ban de l'cole classique, essayer d'intresser le public  nos oeuvres.
Pourvu que l'ornementation sculpte soit propre, gale, uniforme, chacun
doit tre satisfait; on ne s'inquite point de savoir si ces feuilles
qui courent sur nos tympans, si ces enroulements qui se dveloppent sur
une frise, ont quelques points de rapport avec les vgtaux; s'ils sont
crs _viables_, s'ils se soumettent  ces lois admirables, parce
qu'elles sont raisonnables, de la flore naturelle. Les artistes du XIIIe
sicle, que l'on veut bien croire livrs  la fantaisie, ont d'autres
scrupules: ils pensent que des ornements soumis  une mme ordonnance ne
doivent pas, pour cela, tre tous couls dans un mme moule; que le
public prendra quelque plaisir  voir vingt chapiteaux diffrant par les
dtails; qu'il aimera retrouver autour de ces chapiteaux, sur ces
bandeaux, sous ces archivoltes, les plantes de ses champs; qu'imiter
pour imiter, mieux vaut chercher ses modles dans la nature, qui est
toujours vraie, souvent belle et varie, que d'aller copier des
passementeries byzantines ou des ornements romains excuts  la tche
par des artistes peu soucieux de la forme, d'aprs des traditions mal
comprises; que la flore locale tant admise comme point de dpart de
toute ornementation, les types tant suffisamment varis, faciles 
trouver, vivants, chacun peut, suivant son got ou son mrite, trouver
des applications innombrables de ces types; que, dans les arts, s'il
faut tablir des principes trs-rigoureux, il est ncessaire de
permettre toutes les applications qu'on en peut faire. Si bien que ces
artistes laques du XIIIe sicle, qui ont fermement cru ouvrir aux arts
une re de libert, de progrs, et qui l'ont ouverte en effet, seraient
probablement tonns s'ils entendaient dire aujourd'hui, par ceux qui
veulent nous river aux arts de l'antiquit et  leurs imitations non
raisonnes, que cet art du XIIIe sicle est un art surann, sans
applications nouvelles.

Eh! qui vous empche d'en faire? pourraient-ils rpondre; nous n'avons
pas impos des formes, nous n'avons mis que des principes en avant, soit
en construction, soit en ornementation; nous avons pris la forme, il est
vrai, qui nous semblait le mieux s'accorder avec ces principes et notre
got; mais qui vous interdit d'en prendre d'autres, ou de modifier
celles que nous avons adoptes? Croyez-vous tre neuf parce que vous
imitez un chapiteau du temple de Mars Vengeur, ou d'une maison de
Pompi, ou une arabesque de la Renaissance, ou un cartouche du XVIIe
sicle, ou une frise du boudoir de madame de Pompadour? Ne pensez-vous
point qu'il y aurait plus de chances de trouver des formes neuves en
allant cueillir dans les bois quelques-unes de ces herbes sur lesquelles
vous marchez, indiffrents; en analysant ces plantes, comme nous le
faisions nous-mmes; en examinant les angles de leurs ptioles, le galbe
de leurs feuilles, les attaches de leurs tigettes? Qui vous demande de
copier nos chapiteaux? Allez chercher les mmes modles que nous, tchez
de les mieux comprendre que nous, ce qui ne vous sera pas difficile,
puisque vous tes plus savants et que toute la terre apporte ses
vgtaux dans vos serres. Est-ce que nous nous copiions rciproquement?
est-ce que nos artistes n'allaient pas recourir sans cesse  ces sources
naturelles? Il y a peut-tre un million de chapiteaux de notre temps en
France, vous n'en trouverez pas deux identiquement semblables; il en est
de mme pour toute notre ornementation sculpte. Nous avons reproduit
des milliers de fois et la feuille de vigne, et celle du figuier, et
celle du lierre, et celles des graniums, et celle de l'rable, et celle
de la grenadine, et celle de la violette, et celles des fougres; mais
pour faire une feuille d'rable nous n'allions pas copier la sculpture
de notre voisin, nous allions nous promener dans les taillis; aussi nos
feuilles d'rable sculptes sur les difices que nous avons levs sont
aussi varies que peuvent l'tre celles qui poussent dans les bois.
D'ailleurs, avec ces fragments de vgtaux, nous composions, nous
inventions des combinaisons neuves; pourquoi ne pas faire comme nous
avons fait, et en quoi cette mthode vous fera-t-elle
rtrograder?--Rtrograder est votre plus grande crainte.--Bien; est-ce
pour cela que vous repoussez le seul art qui permette d'aller en avant 
cause de la largeur et de la libralit de ses principes? Et, pour ne
parler que de l'ornementation sculpte, pensez-vous ouvrir des voies
nouvelles en copiant une fleur cisele par les trusques, ou en
reproduisant pauvrement quelque beau chapiteau du temps d'Auguste, ou en
imitant la sculpture tiole de la fin du dernier sicle? Cependant que
vous disputez s'il est plus conforme au got immuable de copier les
Romains ou les lourdes fantaisies du sicle de Louis XIV, les champs
continuent  se couvrir, chaque printemps, de leur charmante parure, les
arbres bourgeonnent toujours, les fleurs ne cessent d'clore; que
n'allez-vous donc puiser  cet crin inpuisable? C'est parce que nous
voulions fonder une mthode d'art toujours jeune, toujours vivante, que
nous allions y puiser nous-mmes. Les vgtaux sont-ils moins varis,
ont-ils moins de grce et de souplesse que de notre temps?

Que pourrions-nous rpondre  ces artistes, qui parlent dans leurs
oeuvres, nos devanciers de six sicles, mais plus jeunes que nous et
surtout plus amis du progrs?

Ce que l'on ne saurait trop tudier dans les applications que ces
artistes ont faites de la flore  l'ornementation sculpte, c'est
l'exacte observation des caractres principaux de la forme. Les dtails,
ils les ngligent ou les suppriment; mais ce qu'ils expriment avec
l'attention d'amants passionns de la nature, ce sont les grandes
lignes, celles qui caractrisent chaque vgtal, comme, par exemple, les
angles forms par les faisceaux fibreux des feuilles, le port des
ptioles, les belles lignes donnes par le bord de ces feuilles, le
caractre de leurs chancrures, les profils saillants du model, le
renflement nergique des coussinets. Analysons, car, sur ce sujet qui
nous parat important, il ne faut laisser aucune incertitude dans
l'esprit de nos lecteurs. Les feuilles, par exemple, ne sont flexibles
que dans un sens, elles peuvent se recourber dans le sens de leur plat;
mais,  cause du tissu fibreux qui forme un trsillonnement entre leurs
ctes, elles ne peuvent se contourner dans le sens de leur champ. Ainsi
(33) une feuille d'rable A peut tre tortille comme l'indique le trac
B, mais ne saurait donner le trac G sans dtruire ou chiffonner son
tissu et altrer sa forme. Cependant nous voyons que, depuis la
Renaissance, o l'tude de ces productions naturelles a t remplace
par des imitations de la sculpture antique de plus en plus corrompues,
nos sculpteurs d'ornement ont enfreint cette loi principale. Son
observation, au contraire, laisse  la sculpture monumentale une
fermet, une vie ncessaires. Les artistes gothiques ont-ils une frise
ou une guirlande de feuilles  faire: en plaant les feuilles dans tous
les sens, suivant les besoins de l'ornementation, ils ont le soin de
conserver  chaque feuille l'immobilit qu'elle doit ncessairement
garder dans le sens du champ. Pour obtenir de la varit dans le model,
ils prsentent quelquefois ces feuilles tantt du ct du dos, tantt du
ct du plat, ainsi que le fait voir la fig. 34[523]. Ils observent que
les faisceaux fibreux imposent ncessairement la forme au tissu, comme
les os des animaux imposent la forme des muscles. C'est donc sur les
faisceaux fibreux qu'ils portent toute leur attention, afin qu'tant
obligs de supprimer certains dtails pour donner  la sculpture
l'aspect monumental qu'elle doit garder, ils puissent conserver toujours
la physionomie du vgtal. Ainsi, par exemple, d'une feuille de Figuier
(35), ils retrancheront beaucoup de dentelures, assez molles de forme,
qui alourdissent la feuille, mais (36)[524] ils conserveront exactement
les angles du faisceau fibreux; ils exagreront le caractre des
chancrures principales; ils saisiront tous les points saillants, les
belles lignes des redents; ils donneront au model assez plat de cette
feuille une grande nergie, tout en respectant son galbe.

Mais si nous jetons les yeux sur la fig. 35, nous voyons que dans la
feuille de figuier, comme dans la plupart des feuilles, les contours se
contrarient, en conservant cependant, de chaque ct des branches
fibreuses, des portions de tissus qui prsentent une certaine symtrie.
Ainsi, en face des dpressions A se trouvent des renflements B. La mme
observation peut tre faite sur les contours musculeux des animaux.
Cette disposition des bords des tissus donne aux feuilles une souplesse
et une lgance particulires. Les sculpteurs du moyen ge ont, en cela,
suivi fidlement les rgles naturelles dans tous les cas o les besoins
de l'ornementation n'exigeaient pas une pondration rigoureuse des deux
bords, comme dans les parties milieux. La fig. 36, qui nous montre comme
ces sculpteurs ont interprt la feuille du figuier, ne donne deux bords
absolument pondrs que sur le membre central de la feuille; quant aux
six autres membres, ils sont galbs suivant le principe naturel. Leur
imitation de la flore est donc parfaitement intelligente; l'artiste sait
faire les sacrifices ncessaires; d'une plante, il produit une oeuvre
d'art qui lui appartient, bien qu'elle conserve et fasse ressortir mme
les caractres distinctifs, les qualits, les allures de l'objet
naturel. La feuille sculpte que nous donnons ici a une physionomie
beaucoup plus caractrise que la feuille de l'arbre. Elle est (au point
de vue de l'art sinon de la science) _plus_ feuille de figuier que n'est
la vritable.

Il est rare que les sculpteurs du XIIIe sicle prennent pour modles des
feuilles aussi grandes d'chelle que celle-ci; habituellement, ainsi que
nous l'avons dit plus haut, ils vont chercher leurs inspirations dans
les vgtaux les plus petits, parce qu'ils possdent des formes plus
simples, des contours plus nergiques, un model plus puissant. On a pu
voir, par les exemples dj donns, quel parti l'ornemaniste peut tirer
de ces plantes qui s'lvent  peine au-dessus du sol. Ce qui parat
avoir dtermin le choix de ces artistes, c'est, d'abord, la belle
disposition des ptioles et des faisceaux fibreux; puis, les angles et
les contours donns par les tissus des feuilles. Lorsque les contours
sont mous, n'accusent pas clairement l'anatomie, contrarient la
direction des faisceaux fibreux, ce qui arrive quelquefois, ils
rejettent la feuille. Or les feuilles dont l'anatomie est la plus belle
et la plus claire, ce sont celles des plus petites plantes.

Voici (37) une Fougre fort commune, copie un peu plus grande que
nature. Y a-t-il rien de plus nergique comme disposition de lignes et
comme model que cette petite plante? Que l'on observe les belles
courbes des ptioles, la dlicatesse et la fermet des jonctions, on
comprendra qu'un sculpteur peut tirer un grand parti de ce modle;
aussi, ne s'est-on pas fait faute de s'en inspirer dans les ornements du
XIIIe sicle et mme du XIVe. Ces fines dentelures des extrmits des
feuilles ont souvent servi galement comme moyen dcoratif de grands
ornements auxquels on tenait  donner un aspect dlicat et prcieux
(38)[525].

Les artistes du XIVe sicle ne vont chercher des exemples que parmi les
plantes d'un model tourment: ils choisissent l'Ellbore noire, les
Chrysanthmes, la Sauge, la Grenadine, le Fraisier, la Mauve, les
Graniums, les Fougres  larges feuilles, le Chne, l'rable, la
Passiflore, le Lierre, la Vigne, et ils copient les feuilles de ces
vgtaux avec une rare perfection, en exagrant souvent leur model ou
leurs contours. Ils abandonnent ces bourgeons, ces graines, avec
lesquels les artistes de la fin du XIIe sicle avaient su composer de si
beaux ornements. Non-seulement ils choisissent des feuilles parvenues 
leur entier dveloppement, mais encore ils aiment  les froisser; ce
qu'ils veulent, c'est produire de l'effet, et  tout prendre, leurs
ornements deviennent confus, mesquins, par le manque de simplicit dans
les contours et le model. De la feuille de vigne, dont le galbe est
large, dispos par grands plans, ils trouvent moyen de composer
l'ornement (39)[526]. Ils aiment les lignes ondules, les feuilles
plisses, chiffonnes; ils cueillent cette grande fougre qui vient sur
les parois des murs humides (40); ils observent ces capsules ou coques
A, places sur la surface infrieure des feuilles et qui forment des
bosses sur leur face externe, et en exagrant encore les plis des
appendices foliacs, ils obtiennent des ornements d'un contour
chiffonn, d'un model gras, dont l'aspect est saisissant de prs, mais
qui,  distance, ne prsentent plus qu'une suite de ressauts de lumires
et d'ombres trs-difficiles  comprendre (41)[527].

Vers le commencement du XVe sicle, l'imitation des vgtaux tombe
absolument dans le _ralisme_. Les sculpteurs alors choisissent les
feuillages les plus dcoups, la Passiflore, les Chardons, les pines,
l'Armoise (42); et, de cette dernire plante, si petite qu' peine
l'aperoit-on sur les terrains pierreux o elle pousse, ils composent de
grandes et larges frises, des cordons, des crochets nergiques, mais
refouills  l'excs. Cependant on conoit qu'avec ces feuilles, dont
les lignes sont belles, on puisse faire de grands ornements: c'tait
encore l un reste des traditions de l'cole laque du XIIIe sicle, qui
cherchait ses modles d'ornements parmi les infimes crations de l'ordre
vgtal. Les artistes du XVe sicle aiment aussi  imiter les algues
d'eau douce ou marines, d'un model trs-puissant (voy. FLEURON,
SCULPTURE).

 la fin du XVe sicle, les artistes gothiques avaient atteint les
dernires limites du possible dans l'art de la construction; pour
l'ornementation, ils taient de mme arrivs aussi loin que faire se
pouvait dans l'imitation des vgtaux les plus dlicats et les plus
difficiles  rendre sur la pierre ou le bois; la Renaissance vint
arrter cette progression de la sculpture vers le ralisme outr.
Pendant quelques annes, de 1480  1510, on voit la vieille cole
franaise de sculpture mler ses traditions aux rminiscences de
l'antiquit; mais il est facile de reconnatre que les artistes ne vont
plus puiser aux sources naturelles, qu'ils ne consultent plus la flore,
et que leurs ornements ne sont autre chose que des poncifs plus ou moins
habilement excuts. Ils copient, ou interprtent plutt, les ornements
emprunts  l'antiquit sans les comprendre; en mlant ces imitations
aux derniers vestiges de l'art gothique, ils produisent encore des
oeuvres remarquables, tant le got de la sculpture tait vivace chez
nous alors, tant les excutants taient habiles de la main. Mais, 
travers cette confusion de styles et d'origines, on a bien de la peine 
suivre la marche d'un art; c'est un mouvement imprim par une cole
puissante, qui continue longtemps aprs la disparition de cette cole.
Peu  peu, cependant, l'excution s'amollit, et l'art de la sculpture
d'ornement,  la fin du XVIe sicle, n'est plus qu'un ple reflet de ce
qu'il tait encore en France sous le rgne de Louis XII; l'tude de la
nature n'entre plus pour rien ni dans la composition ni dans le travail
de l'artiste; les ornements perdent ce caractre vivant et original
qu'ils possdaient un sicle auparavant pour se reproduire de proche en
proche sur des types qui, chaque jour, s'abtardissent. Vers le
commencement du XVIIe sicle, l'ornementation se relve quelque peu par
suite d'une tude plus attentive de l'antiquit; mais l'originalit, la
sve manquent depuis lors  cet art que notre vieille cole laque avait
su porter si haut.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 3. bis.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 7. bis.]
[Illustration; Fig. 8.]
[Illustration: Fig. 9.]
[Illustration: Fig. 10.]
[Illustration: Fig. 11.]
[Illustration: Fig. 12.]
[Illustration: Fig. 13.]
[Illustration: Fig. 14.]
[Illustration: Fig. 15.]
[Illustration: Fig. 16.]
[Illustration: Fig. 17.]
[Illustration: Fig. 18.]
[Illustration: Fig. 19.]
[Illustration: Fig. 20.]
[Illustration: Fig. 21.]
[Illustration: Fig. 22.]
[Illustration: Fig. 23.]
[Illustration: Fig. 24.]
[Illustration: Fig. 27.]
[Illustration: Fig. 25.]
[Illustration: Fig. 27.]
[Illustration: Fig. 28.]
[Illustration: Fig. 29.]
[Illustration: Fig. 30.]
[Illustration: Fig. 31.]
[Illustration: Fig. 32.]
[Illustration: Fig. 33.]
[Illustration: Fig. 34.]
[Illustration: Fig. 35.]
[Illustration: Fig. 36.]
[Illustration: Fig. 37.]
[Illustration: Fig. 38.]
[Illustration: Fig. 39.]
[Illustration: Fig. 40.]
[Illustration: Fig. 41.]
[Illustration: Fig. 42.]

     [Note 509: Muse de Toulouse (frise).]

     [Note 510: Chapiteaux dposs dans les magasins de l'glise
     impriale de Saint-Denis.]

     [Note 511: _Iconog. des plantes arodes figures au moyen ge
     en Picardie, et considres comme origine de la fleur de lis
     de France_. Amiens, 1848.]

     [Note 512: Page 41.]

     [Note 513: L'iris, comme nous venons de le faire voir, a
     servi de type aux sculpteurs romans.]

     [Note 514: _Mmoires de la Socit des antiq. de Picardie_,
     t. VIII, p. 245.]

     [Note 515: Portail occidental de la cathdrale de Paris,
     premires annes du XIIIe sicle.]

     [Note 516: De Notre-Dame de Paris. Cet ornement se trouve
     sous les statues du portail, au droit des contre-forts;
     commencement du XIIIe sicle.]

     [Note 517: Un peu plus grandes que nature.]

     [Note 518: De la corniche extrieure de la salle synodale de
     Sens; 1235 environ.]

     [Note 519: Bandeau sous la grande galerie; 1215 environ.]

     [Note 520: De grandeur naturelle.]

     [Note 521: De la cathdrale de Paris; 1220 environ.]

     [Note 522: Fragments dposs  Saint-Denis; 1250 environ.]

     [Note 523: Du jub de la cathdrale de Chartres; fragments,
     1245 environ.]

     [Note 524: De Notre-Dame de Paris; portail mridional, 1257.]

     [Note 525: Chapiteau de la nef de Notre-Dame de Paris;
     triforium, 1205 environ.]

     [Note 526: Du tombeau de l'vque Pierre de Roquefort.
     Saint-Nazaire de Carcassonne; 1325 environ.]

     [Note 527: De l'glise abbat. d'Eu.]



FONDATION, s. f. Les Romains de l'empire ont toujours fond leurs
difices sur un sol rsistant, au moyen de larges blocages qui forment,
sous les constructions, des empattements homognes, solides, composs de
dbris de pierres, de cailloux, quelquefois de fragments de terre cuite
et d'un mortier excellent. Les fondations romaines sont de vritables
rochers factices sur lesquels on pouvait asseoir les btisses les plus
lourdes sans craindre les ruptures et les tassements. D'ailleurs la
construction romaine tant concrte, sans lasticit, il fallait
ncessairement l'tablir sur des bases immuables. Pendant la priode
romane, les difices sont gnralement mal fonds, et cela tenait 
plusieurs causes: on connaissait peu la nature des sols, les
approvisionnements considrables de matriaux taient difficiles, on ne
savait plus cuire et employer convenablement la chaux. Nous avons
expliqu ailleurs (voy. CARRIRE, CONSTRUCTION) les raisons qui
s'opposaient  ce que les constructeurs romans pussent runir beaucoup
de matriaux en un court espace de temps, et pourquoi, n'ayant pas les
ressources dont disposaient les Romains, ils ngligeaient souvent les
fondations des difices les plus importants.

Les architectes laques de l'cole du XIIe sicle avaient vu tant de
constructions romanes s'crouler, par faute de fondations ou par suite
de la pousse des votes mal contre-buttes, qu'ils voulurent cependant
faire en sorte d'viter ces sinistres;  cet effet, ils mirent un soin
particulier  tablir des fondations durables et  rendre leurs
constructions assez lastiques pour que les tassements ne fussent plus 
craindre. Mais si habile que nous supposions un architecte, faut-il
qu'on lui fournisse les moyens matriels de construire; or, dans
l'dification des grandes cathdrales et de beaucoup d'glises,
l'empressement et le zle des vques ne correspondaient pas toujours 
l'tendue de leurs ressources financires; alors le clerg sculier
tenait surtout  faire paratre son influence: il s'agissait pour lui
d'amoindrir la puissance des monastres, d'attirer  lui les fidles;
dans bien des cas on voulut donc, avec des moyens relativement
insuffisants, lever des difices religieux qui pussent dpasser en
tendue et en richesse les glises des moines Bndictins. C'est ce qui
explique pourquoi quelques-unes de nos grandes cathdrales, comme celles
de Troyes, de Chlons-sur-Marne, de Sez, de Meaux, sont mal fondes. Il
fallait lever rapidement des difices somptueux, d'une belle apparence,
et, les ressources tant relativement mdiocres, on ne voulait pas les
enfouir en grande partie au-dessous du sol. D'autres cathdrales,
leves au milieu de diocses riches, comme celles de Paris, de Reims,
d'Amiens, de Bourges, sort au contraire fondes avec un luxe de
matriaux extraordinaire. Quant aux chteaux, quant aux constructions
militaires et civiles, elles sont toujours bien fondes; les seigneurs
laques comme les municipalits tenaient moins  l'apparence, voulaient
des constructions durables, parce que le chtelain construisait pour se
garder lui et les siens  perptuit, que les villes btissaient pour
une longue suite de gnrations.

Les fondations de la priode romane sont toujours faites en gros
blocages jets ple-mle dans un bain de mortier; rarement elles sont
revtues. Les fondations des constructions gothiques sont au contraire
souvent revtues de parements de pierres de taille (libages) poses par
assises rgulires et proprement tailles; les massifs sont maonns en
moellons bloqus dans un bon mortier. Ces fondations sont (quand les
ressources ne manquaient pas) trs-largement empattes et s'appuient sur
des sols rsistants. Il faut dire cependant,  ce sujet, que les
constructeurs gothiques n'avaient pas les mmes scrupules que nous:
quand ils trouvaient un sol de remblai ancien, bien comprim et tass
par les eaux, ils n'hsitaient pas  s'tablir dessus. D'anciennes
vases, des limons dposs par les eaux, des remblais longtemps
infiltrs, leur paraissaient tre des sols suffisants; mais aussi, dans
ce cas, donnaient-ils  la base des fondations une large assiette. Ils
ne manquaient jamais de relier entre eux tous les murs et massifs en
fondation; c'est--dire que, sous un difice compos de murs et de piles
isoles, par exemple, ils formaient un gril de maonnerie sous le sol,
afin de rendre toutes les parties des fondements solidaires. Pendant les
XIVe et XVe sicles, les fondations sont toujours tablies avec un soin
extrme sur le sol vierge, avec libages sous les points d'appui
principaux et murs nombreux de liaison. Il arrive mme souvent alors que
les parements en fondation sont aussi bien dresss que ceux en lvation
(voy. CONSTRUCTION).



FONTAINE, s. f.  toutes les poques, les fontaines ont t considres
comme des monuments d'utilit publique de premier ordre. Les Romains,
lorsqu'ils tablissaient une ville, ou lorsqu'ils prenaient possession
d'anciennes cits, avant toute chose, pensaient  l'amnagement des
eaux. Ils allaient au loin, s'il le fallait, chercher des sources
abondantes, pures, et ne reculaient devant aucun travail, aucune
dpense, pour conduire des masses d'eau considrables dans les centres
de population.  Rome, bien que les quatre cinquimes des aqueducs
antiques soient dtruits, ceux qui restent suffisent cependant pour
fournir  la ville moderne une quantit d'eau plus considrable que
celle qui alimente la ville de Paris, cinq fois plus populeuse.  Nmes,
 Lyon,  Frjus,  Arles,  Autun,  Paris mme, nous trouvons encore
des traces d'aqueducs romains allant chercher les eaux trs-loin et 
des niveaux suprieurs pour pouvoir obtenir une distribution facile au
moyen de grands rservoirs. Partout, en France, o se trouve une source
abondante et salubre, on est presque certain de dcouvrir des restes de
constructions romaines. Les Romains attachaient une importance majeure 
la police urbaine; il n'y a pas de police sans une bonne dilit, il ne
peut y avoir une bonne dilit sans eau.  cet gard, nous avons quelque
chose  faire; beaucoup de nos grandes villes manquent d'eau encore
aujourd'hui; on ne doit donc pas s'tonner si, pendant le moyen ge, les
fontaines n'taient pas trs-communes au milieu des cits. Chez les
Romains, l'eau tait la vritable dcoration de toute fontaine; on
n'avait pas encore song  lever des fontaines dans lesquelles l'eau
n'est qu'un accessoire plus incommode qu'utile. Les quelques fontaines
du moyen ge que nous avons pu recueillir n'ont pas cet aspect
monumental, ne prsentent point ces amas de pierre, de marbre et de
bronze, que l'on se croit oblig d'accumuler de nos jours pour
accompagner un filet d'eau. Cependant (et cela drivait probablement des
traditions de l'antiquit) l'eau semblait une chose si prcieuse, qu'on
ne la donnait au public qu'entoure de ce qui pouvait faire ressortir sa
valeur; on la mnageait, on la mettait  la porte de tous, mais avec
plus de respect que de vanit. La fontaine du moyen ge est donc un
monument d'utilit, non point une dcoration, un prtexte pour figurer
des allgories de marbre et de mtal plus ou moins ingnieuses, mais qui
ont toutes le grand dfaut d'tre ridicules pour des gens qui croient
mdiocrement  la mythologie, aux fleuves barbus et aux naades
couronnes de roseaux. La fontaine qui imprime une trace vive dans le
souvenir, c'est celle qu'on trouve au bord de la route poudreuse,
laissant voir son petit bassin d'eau limpide sous un abri, sa tasse de
cuivre attache  une chane et la modeste inscription rappelant le nom
du fondateur. Sans tre toujours aussi humble, la fontaine du moyen ge
conserve quelque chose de la simplicit de ce programme; elle
n'assourdit et n'clabousse pas, mais elle invite le passant 
l'approcher. Il n'est pas ncessaire de recevoir une douche pour s'y
dsaltrer.

La fontaine du moyen ge est un petit bassin couvert dans lequel on
vient puiser en descendant quelques marches, ou une colonne, une pile
entoure d'une large cuve et d'un plus ou moins grand nombre de tuyaux
qui distribuent l'eau  tous venants. Les bassins entours de degrs
taient rservs aux jardins, aux vergers. Dans les contes et fabliaux
des XIIe et XIIIe sicles, il est souvent question de ces sortes de
fontaines(1), et sans sortir du domaine de la ralit, nous voyons
encore, en Poitou, en Normandie, en Bretagne et en Bourgogne, un assez
grand nombre de ces fontaines places sur le bord des routes pour les
besoins du voyageur. La source est ordinairement couverte par une arcade
en maonnerie, le bassin s'avanant sur la voie comme pour inviter  y
puiser; des bancs permettent de se reposer sur ses bords; une niche,
mnage au fond de la vote, reoit la statue de la Vierge ou d'un
saint; les armoiries du fondateur dcorent le tympan de l'arcade ou les
parois de la fontaine[528]. En dehors du faubourg de Poitiers, le long
du Clain, on voit encore une fontaine de ce genre, restaure en 1579,
mais dont la construction remonte au XIVe sicle. Elle tourne le dos 
la route, et on arrive  son bassin au moyen d'une rampe tablie sur
l'une des parois de l'dicule. Les armoiries du donateur sont disposes
de faon que de la route et de cette rampe on peut les reconnatre. La
disposition de ces fontaines est videmment fort ancienne; on y
reconnat la trace de l'antiquit romaine. Un dicule protgeant la
source et recevant la divinit qui en est la dispensatrice, une
inscription signalant le nom du fondateur  la reconnaissance publique,
des bancs pour se reposer, n'est-ce pas l un programme antique? Mais
ces sortes de fontaines ne conviennent gure qu' la campagne; dans les
villes, sur les places ou les carrefours, il faut que le bassin soit
accessible  un grand nombre de personnes  la fois. Il faut que l'on
puisse recueillir l'eau, non dans ce bassin qui est troubl par le
mouvement des puiseurs, mais  la source mme distribue en un certain
nombre de goulottes.

C'est ainsi qu'est dispose la fontaine du XIIe sicle que l'on voit
encore  Provins en face de l'hpital (2). Une vasque hexagone, une
grosse colonne dont le chapiteau est perc de trois trous munis de ttes
de bronze assez saillantes pour verser l'eau dans les vases que l'on
apporte au bord de la vasque, tel est ce petit monument dans sa
simplicit primitive. Peut-tre, autrefois, le chapiteau tait-il
surmont d'une statue ou d'un pinacle, comme certaines fontaines que
l'on voit reprsentes dans des peintures et manuscrits du XIVe sicle.
En A est trac le plan de la fontaine de Provins, en B est donn le
dtail d'un des goulots de bronze.

Quelques villes d'Italie, Prouse, Viterbe, Sienne, ont conserv leurs
fontaines de la fin du XIIIe sicle et du commencement du XIVe. En
France, nous possdions,  cette poque, d'assez belles fontaines
urbaines; mais nous les avons dtruites depuis longtemps; c'est  peine
si, par hasard, on dcouvre quelques fragments de ces monuments dus  la
gnrosit de souverains ou de riches seigneurs. Ils taient composs 
peu prs de la mme manire, c'est--dire qu'ils consistaient en un
bassin infrieur lev de deux  trois pieds au-dessus du sol (0,60 c. 
0,90 c.), bassin trs-peu profond, fait pour recueillir l'eau des
goulots, poser et laver les vases; bassin dans lequel on ne puisait pas;
d'une pile centrale recevant de longs tuyaux de distribution arrivant
jusque prs du bord de ce bassin infrieur et permettant de remplir les
cruches. La pile centrale tait plus ou moins dcore, portait
quelquefois une vasque suprieure laissant chapper de petits jets qui
n'taient l que pour l'agrment. Il y avait sur le parvis de Notre-Dame
 Paris une assez belle fontaine de ce genre qui fut remplace au XVIIe
sicle par un monument fort lourd; on en voit une encore, mais mutile
et dnature, sur la place de la ville de Saint-Florentin (Yonne). 
Brioude, il existe d'assez jolies fontaines du XIIIe sicle, dont la
plupart des dtails ont t modifis. Les villes des bords du Rhin et de
l'Allemagne possdent aussi quelques fontaines monumentales d'une poque
assez rcente (XVe et XVIe sicles), quoique traces sur les anciens
programmes.

Nous donnons (3) une de ces fontaines du XIIIe sicle en plan, et (4) en
lvation perspective. Le plan (fig. 3) indique, en A, la section
horizontale du monument au-dessous de la vasque infrieure; en B, la
section au-dessus de cette vasque, et en C la section de la pile
suprieure portant la statue, avec la projection des deux vasques
superposes. Ces fontaines taient alimentes au moyen d'aqueducs
souterrains, ainsi que nous avons souvent eu l'occasion de le constater.
Ces aqueducs taient habituellement en maonnerie, revtue  l'intrieur
d'un bon enduit en ciment suivant la mthode romaine; rarement les
conduites taient en plomb; cependant nous en avons trouv des fragments
 Carcassonne,  Clermont (Auvergne) et dans le voisinage d'anciennes
abbayes,  Saint-Denis prs Paris,  Clairvaux. Prs de Coutances, on
voit encore les restes d'un aqueduc qui parat dater du XIVe sicle; et
qui, port sur des arcades en tiers-point, traverse le vallon au
nord-ouest de cette ville. Du Breul, dans son _Thtre des Antiquits de
Paris_, dit que les prvts des marchands et chevins avaient
d'antiquit, pour conduire des eaux de sources aux fontaines de la
ville, fait construire de grands aqueducs et canaux, composez de murs de
maonnerie et pierre de taille, pavez de grandes noes ou esviers aussi
de pierre (comme aussi auroient iceux recouvert de fort grandes pierres)
contenans, iceux aquducs, cinq cents toises de longueur et plus, sans
qu'il y aie aucune clart sinon celle que l'on y peut porter avec feu,
et de six pieds de hauteur sur trois pieds de largeur, le long desquels
les personnes peuvent facilement cheminer la lumire  la main; lesquels
aquducs sont accompagnez d'auges ou rceptacles pour faire roer et
purifier l'eau des dites sources:  l'entre desquels est une forme de
bastiment, auquel y a un grand rceptacle servant d'acueil (d'missaire)
pour recevoir les eaues descendants d'une montagne sablonneuse, appelle
la montagne de Belle-Ville-sur-Sablon, au haut et fin duquel aqueduc est
un regard en forme ronde, et au milieu d'iceluy une forme de puits,
servant d'auge  recevoir trois belles sources, descendant en iceluy par
trois divers endroits. difice vot en forme ronde appell cul-de-four,
garny de son ouverture pour une lanterne  jour; et en iceluy deux
descentes de pareille forme ronde; difice artiste et curieusement bti:
desquelles noes et esviers, en l'an 1457, en fut refait de neuf environ
quatre vingt seize toises de longueur, le surplus desdits acquducs ou
canaux basty de grande antiquit... Que cet aqueduc ft d'origine
romaine ou qu'il ait t bti dans les premiers sicles du moyen ge,
toujours est-il qu'on s'en servait et qu'on l'entretenait encore au XVe
sicle.

C'est principalement dans les monastres que l'on trouve les traces les
plus nombreuses et les mieux conserves de travaux hydrauliques. Tous
les clotres possdaient, au centre du prau ou le long d'une des
galeries, de belles vasques de pierre ou de marbre, autour desquelles
des tuyaux rpartissant l'eau en une quantit de jets permettaient aux
moines de faire leurs ablutions (voy. LAVABO). Ces fontaines affectent
toutes  peu prs la mme forme jusque vers la fin du XIVe sicle. Au
XVe sicle, la colonne, ou le faisceau de colonnes plac au centre d'une
vasque circulaire, polygonale ou _lobe_, est souvent remplace par un
pinacle orn de sculptures.

Telle est une fontaine (5) que nous voyons figure dans un manuscrit de
cette poque[529].  Rouen, il existe encore un assez joli monument de
ce genre qui date du milieu du XVe sicle[530]. Lorsque les fontaines
gothiques taient adosses  une construction civile, elles ne se
composaient que d'une petite vasque et d'un goulot pos dans un
renfoncement pratiqu  mme la muraille; aussi modestes que le sont nos
bornes-fontaines, elles taient seulement faites pour satisfaire aux
besoins journaliers des habitants. Le moyen ge ne voyait nul
inconvnient  mettre un peu d'art dans ses oeuvres les plus vulgaires;
aujourd'hui, si nous poussons jusqu' l'exagration la richesse et le
luxe des monuments dcoratifs de nos cits, nous rachetons ce dfaut, si
c'en est un, par la pauvret et la banalit des objets les plus utiles,
comme le sont nos bornes-fontaines, nos candlabres, nos supports
d'clairage.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]

     [Note 528: Voir le _lai de Narcisse_, le _lai de l'Oiselet_,
     le _Paradis d'Amour_; dans ce dernier fabliau, l'auteur
     dcrit une fontaine cache dans un jardin. On y descendait,
     dit-il, par des degrs de marbre auxquels tenait attache,
     avec une chane d'argent, une tasse d'or maille.]

     [Note 529: Posies de Guillaume de Machaut, ms. app.  M.
     Guillebon. Aire-sur-la-Lys.]

     [Note 530: Fontaine dite de _la Pucelle_.]



FONTS, s. m. S'emploie au pluriel. _Fonts baptismaux_. Cuve destin 
contenir l'eau du baptme. Il y a lieu de supposer que, dans les
premiers temps de l'glise, le baptme se donnait par aspersion, puisque
les aptres baptisaient des royaumes et des provinces entires, des
milliers de personnes en un jour[531]. Le baptme se fit ensuite par
infusion[532]; puis par immersion. Les Ariens plongeaient trois fois le
catchumne dans l'eau pour marquer qu'il y avait trois natures aussi
bien que trois personnes en Dieu. Saint Grgoire le Grand conseille 
saint Landre, vque de Sville[533], de ne pratiquer qu'une immersion.
Le quatrime concile de Tolde, en 1633, a dcid la mme chose et,
rapportant la lettre de saint Grgoire, il dclare qu'une seule
immersion signifie la mort et la rsurrection de Jsus-Christ, et
l'unit de la nature divine dans la trinit des personnes[534]. Sans
entrer dans de plus amples dtails  ce sujet, nous nous contenterons
d'observer que, pendant le cours du moyen ge, en Occident, le baptme
par immersion fut toujours pratiqu. Les bas-reliefs, les peintures des
manuscrits et des vitraux nous montrent les catchumnes baptiss par
immersion. Autrefois, dit Thiers[535], dans la province de Reims, et
peut-tre aussi ailleurs, aprs le baptme on donnait du vin  boire 
l'enfant, en lui disant ces paroles: _Corpus et sanguis Domini nostri
Jesu Christi custodiat te in vitam ternam_. C'tait encore l'usage du
Prigord de bnir du vin aprs le baptme et d'en faire boire  l'enfant
nouvellement baptis. Le rituel de Prigueux, de 1536, nous marque toute
cette crmonie. Cet auteur ajoute plus loin: Depuis un peu plus d'un
sicle (c'est--dire depuis le commencement du XVIIe sicle), la coutume
s'est introduite en quantit de paroisses, et particulirement de la
campagne, de sonner les cloches aprs le baptme des enfants. Ce sont, 
mon avis, les sonneurs, les sacristains, les fossoyeurs, les bedeaux,
qui l'ont introduite, par la considration de l'intrt bursal qui leur
en revient... Le concile provincial de Reims, en 1583, n'autorise pas
cette coutume...

Jusqu'au IXe sicle, il paratrait qu'on ne baptisait solennellement que
les jours de Pques et de la Pentecte; du moins cet usage semble-t-il
avoir t tabli  dater du Ve sicle, car il est certain que dans les
premiers sicles du christianisme les aptres baptisaient sans observer
ni les jours ni les temps[536]. Clovis fut baptis le jour de Nol[537].
Le pape saint Lon, qui s'lve avec force contre la coutume de baptiser
en autres temps que le jour de la Rsurrection, admet toutefois que le
baptme peut tre donn, en des cas extrmes, hors le jour consacr.

Pascalin, vque de Lilybe en Sicile, fait savoir au pape saint Lon,
en 443, qu'il y avait, dans cette le, une glise (du village de
Meltines) dont les fonts se remplissaient miraculeusement tous les ans,
la nuit de Pques,  l'heure du baptme, sans qu'il y et ni tuyau, ni
canal, ni eau dans les environs. Aprs le baptme, cette eau
disparaissait. Ajoutons, cependant, que saint Augustin dit clairement
que le baptme pouvait tre donn en tout temps: _Per totum annum, sicut
unicuique vel necessitas fuit vel voluntas_...

La solennit donne au sacrement du baptme explique pourquoi, dans le
voisinage des glises les plus anciennes, il y avait un baptistre;
c'est--dire un difice assez spacieux pour contenir un certain nombre
de catchumnes venant le mme jour pour recevoir le baptme. Ces
difices taient ordinairement circulaires, occups au centre par un
bassin peu profond dans lequel on faisait descendre les personnes que
l'on baptisait par immersion[538].

La coutume de baptiser les enfants peu aprs leur naissance, en tout
temps, prvalut sur les dfenses de saint Lon et des conciles de
Tolde, d'Auxerre, de Paris et de Gironne; ds le XIe sicle, nous
voyons que des cuves baptismales sont places dans toutes les glises,
non dans des difices spciaux, et que le baptme est donn par les
prtres, en dehors des ftes de Pques, de la Pentecte ou de Nol.
C'est prcisment la date de ces fonts baptismaux les plus anciens qui
nous porte  croire qu'alors (au XIe sicle) cette coutume s'tait
dfinitivement introduite en France. Comme il ne s'agissait plus de
baptiser des paens convertis, mais des enfants nouveau-ns, ces fonts
sont d'une petite dimension et ne diffrent de ceux que l'on fait
aujourd'hui que par leur forme. Il n'est pas besoin, en effet, d'une
cuve bien grande pour immerger un nouveau-n. En souvenir des
baptistres, c'est- dire des difices uniquement destins  contenir la
cuve baptismale, on observe que les fonts disposs dans l'glise taient
gnralement couverts d'un dicule (1)[539]. Quelquefois ces fonts
taient des cuves antiques, dpouilles de monuments romains. Le P. Du
Breul[540] prtend que la cuve de porphyre rouge que l'on voyait, de son
temps, dans l'glise abbatiale de Saint-Denis, derrire les chsses des
martyrs, et qui avait t prise par Dagobert  l'glise de Saint-Hilaire
de Poitiers, servait de fonts baptismaux. Nous n'avons point  nous
occuper des baptistres ni des bassins qu'ils protgeaient, puisque ces
monuments sont antrieurs  la priode de l'art que nous tudions; les
fonts baptismaux seuls doivent trouver place ici. Beaucoup de ces cuves,
ds l'poque o elles furent en usage, taient en mtal, et consistaient
en une large capsule enferme et maintenue dans un cercle ou un chssis
port sur des colonnettes. Cette disposition parat avoir t suivie
souvent, lors mme que les fonts taient taills dans un bloc de pierre.

Ainsi l'on voit, dans l'glise de Saint-Pierre,  Montdidier, une cuve
baptismale de la fin du XIe sicle, qui prsente cette disposition (2).
Dans la crypte de l'glise Notre-Dame de Chartres, il existe encore une
cuve en pierre, du XIIe sicle, taille de faon  figurer un vase
inscrit dans un chssis port sur des colonnettes. Cette tradition
persiste encore pendant le XIIIe sicle, ainsi que le dmontre la fig.
3, copie sur une cuve de l'glise de Ver (canton de Sains,
Picardie)[541].

Souvent les fonts baptismaux du XIIe sicle sont de forme barlongue,
afin probablement de permettre de coucher et d'immerger entirement
l'enfant que l'on baptisait. Il existe une cuve baptismale de cette
forme et de ce temps dans la cathdrale d'Amiens: c'est une grande auge
de 0,60 c. de large sur une longueur de 1m,60 environ et une profondeur
de 0,50 c. Elle est fort simple; aux quatre angles seulement sont
sculptes les figures des quatre vanglistes, en demi-bosse et de
petite dimension. Les pieds qui la supportent datent du XIIIe sicle.

Nous donnons (4) une petite cuve de ce genre qui provient de l'glise de
Thouveil (Maine-et-Loire). Elle date du XIe sicle. L'glise de Limay,
prs Mantes, possde des fonts baptismaux du commencement du XIIIe
sicle dont la forme se rapproche encore de celle-ci, mais qui sont
assez richement sculpts. Cette cuve, reproduite dans l'ouvrage de M.
Gailhabaud[542], est de forme ovale  l'intrieur, dodcagone allong 
l'extrieur; deux des cts parallles au grand axe prsentent une
lgre saillie rserve pour mieux dtacher les angles du prisme qui sur
ce point eussent t trop mousses. Un beau cordon de feuilles orne le
bord suprieur; la partie intermdiaire est occupe par douze rosaces
parmi lesquelles se trouvent sculpts un agneau pascal, une croix et une
tte de boeuf. Le socle en retraite prsente une suite de petites
arcatures. Le pavage autour de ces fonts offre une particularit assez
remarquable: ce sont huit disques de pierres grises incrustes au nu des
dalles, et qui semblent marquer les places des personnes qui doivent
entourer la cuve au moment du baptme. Une feuillure a t mnage sur
le bord de la cuve pour recevoir un couvercle; c'est qu'en effet les
cuves baptismales, d'aprs les dcrets des conciles, devaient tre
couvertes ds une poque fort ancienne, comme elles le sont encore
aujourd'hui.

Les fonts baptismaux de l'glise paroissiale de la ville de Cluny
mritent d'tre signals: taills dans un bloc de pierre, ils affectent
la forme d'une cuve hmisphrique  l'intrieur, et sont dcors 
l'extrieur par quatre colonnettes supportant quatre ttes, entre
lesquelles rgne une frise de feuillages de lierre d'une bonne sculpture
(5). Les quatre petits repos qui portent les ttes avaient une utilit
et servaient probablement  poser le sel, l'huile et les flambeaux. En
A, nous donnons le plan de cette cuve; en B, sa coupe. Elle date du
milieu du XIIIe sicle.

Les cuves baptismales du moyen ge sont autant varies par la forme que
par la matire. La faon dont elles sont dcores permet de supposer
qu'une grande libert tait laisse aux artistes. Ces cuves sont  pans
ou circulaires et mme carres, lobes, ovales, creuses  fond de cuve
ou en cuvette; leurs parois sont ornes de feuillages, de simples
moulures, de figures ou de compartiments gomtriques; elles sont
tailles dans de la pierre ou du marbre, coules en bronze ou en plomb.
Leurs couvercles se composent de chssis de bois, de lames de mtal, ou
sont richement orns en forme de cnes ou de dais, et ne peuvent tre
enlevs alors qu'au moyen de potences ou de petites grues  demeure. Il
n'est pas besoin de dire que les fonts baptismaux en bronze, antrieurs
 la fin du dernier sicle, ont t fondus en France; on en voit encore
quelques-uns en Italie, en Allemagne et en Belgique[543]. Les fonts de
la cathdrale de Hildesheim sont particulirement remarquables. La cuve,
dit M. de Caumont[544] auquel nous empruntons cette description, repose
sur quatre personnages ayant chacun un genou en terre et tenant une urne
dont l'eau se rpand sur le pav: ce sont les figures emblmatiques des
quatre fleuves du Paradis; et sur le cercle qui porte sur leurs paules,
on lit l'inscription suivante, expliquant le rapport symbolique de
chacun de ces fleuves avec la prudence, la temprance, le courage et la
justice:

+ TEMPERIEM. GEON. TERRE. DESIGNAT. HIATVS.

+ EST. VELOX. TIGRIS. QVO. FORTIS. SIGNIFICATVR.

+ FRVGIFER. EVFRATES. EST. JVSTITIA. QVE. NOTATVS.

+ OSMVTANS. PRISON. EST. PRVDENTI. SIMILATVS.

La cuve est couverte de quatre bas-reliefs reprsentant le passage du
Jourdain par les Isralites sous la conduite de Josu, le passage de la
mer Rouge, le baptme de Jsus-Christ, la Vierge et l'enfant Jsus,
devant lesquels est l'vque donateur Wilherms. Au-dessus des quatre
fleuves sont huit mdaillons reprsentant la _Prudence_ et _Isae_, la
_Temprance_ et _Jrmie_, le _Courage_ et _Daniel_, la _Justice_ et
_zchiel_. Au-dessus se voient les signes des vanglistes. Le
couvercle conique est galement dcor de bas-reliefs. Ces fonts, de la
seconde moiti du XIIIe sicle, sont peut-tre les plus beaux qui
existent et les mieux composs par le choix des sujets accompagns
d'inscriptions. Nous citerons aussi les fonts en bronze de l'glise de
Saint-Sbald  Nuremberg, qui datent de la fin du XVe sicle. Autour du
pied sont poss les quatre vanglistes, ronde-bosse, et autour de la
cuve les douze aptres en bas-relief dans une arcature d'un travail
dlicat.

 dfaut de ces monuments prcieux par le travail et la matire, nous ne
trouvons plus en France que des fonts de peu de valeur. L'glise de
Berneuil (arrondissement de Doullens) contient des fonts qui prsentent
un certain intrt. La cuve est en plomb et date du XIIe sicle (6);
autour sont disposes seize niches alternativement garnies de figures en
demi-relief et d'ornements. Cette cuve repose sur un socle en pierre, 
huit pans, d'une poque plus rcente. L'ancien couvercle (en plomb
probablement et de forme conique) a t remplac par un chapeau de
menuiserie du XVIe sicle.

On voit, dans l'glise de Lombez (Gers), une petite cuve baptismale en
plomb de forme cylindrique, divise en deux zones: la zone suprieure
reprsente une chasse, celle infrieure seize figures dans des
_quatre-feuilles_ (7). Le mme modle a servi cinq fois pour la zone
suprieure, et dans la zone infrieure les seize petites figures qui
reprsentent des ordres religieux sont obtenues au moyen de quatre
modles seulement. Ces sortes de cuves ne demandaient donc pas de grands
frais de fabrication; les fondeurs ou potiers d'tain qui les vendaient
les composaient avec des modles conservs en magasin: ainsi, dans
l'exemple que nous donnons ici, le sujet de chasse est videmment d'une
poque antrieure aux petites figurines et aux _quatre-feuilles_ de la
zone infrieure, qui datent de la seconde moiti du XIIIe sicle. Un
orifice A pratiqu au milieu du fond plat de la cuve sert  la vider.

 Visme (Somme), une cuve de mme dimension en plomb, mais  huit pans,
prsente, sur sa paroi externe, seize arcatures qui autrefois taient
remplies de figurines en ronde-bosse rapportes sur des
culs-de-lampe[545]. Ces fonts reposent sur une table de pierre porte
sur quatre colonnettes, du commencement du XIIIe sicle; la cuve est du
XVe.

Quant aux fonts baptismaux du moyen ge dont les couvercles taient mus
au moyen de grues ou de potences en fer, on en voit de trs-beaux  Hal,
 Saint-Pierre de Louvain (Belgique),  Sainte-Colombe de Cologne. Ces
monuments tant fort bien gravs dans l'ouvrage de M. Gailhabaud[546],
il nous semble inutile de nous tendre sur leur composition. D'ailleurs
leur style est tranger  l'art franais.

Quelquefois, sur les parois intrieures des cuves baptismales, sont
sculpts des poissons, des coquilles, des grenouilles. On voit, dans
l'glise Saint-Sauveur de Dinan (Bretagne), des fonts baptismaux du XIIe
sicle qui se composent d'une sorte de coupe, porte par quatre figures
trs-mutiles et d'un travail grossier. L'intrieur de la cuve, taill
en cratre, est orn de godrons en creux et de deux poissons sculpts
dans la masse.

Nous terminerons cet article en donnant les fonts baptismaux en pierre,
d'une ornementation singulire, qui sont dposs prs de la porte de la
cathdrale de Langres (8): ils datent de la fin du XIIIe sicle.

On se servait aussi, pendant le moyen ge, de cuves prcieuses,
apportes d'Orient, pour baptiser les enfants. Chacun a pu voir, au
muse des Souverains,  Paris, la belle cuve de travail persan dans
laquelle on prtend qu'ont t baptiss les enfants de saint Louis.

       Isnelement fist un fonz aprester,
       En une cuve qui fu de marbre cler,
       Qui vint d'Arrabe en Orenge par mer.
       El fonz le metent: quant l'ont fet enz entrer,
       Se 'l baptiza li vesques Aymer[547].

Lorsque l'on renona aux baptistres, on plaa cependant les fonts
baptismaux dans une chapelle ferme, autant que faire se pouvait.
Aujourd'hui, les fonts doivent tre non-seulement couverts, mais dans un
lieu spar de la foule des fidles par une clture.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]
[Illustration: Fig. 4.]
[Illustration: Fig. 5.]
[Illustration: Fig. 6.]
[Illustration: Fig. 7.]
[Illustration: Fig. 8.]

     [Note 531: Saint-Luc. _Actes_, ch. 2 et 4.]

     [Note 532: Arcudius. _De Sacram_. LI.]

     [Note 533: L. III, pist. XLI. 3421: C. VI.]

     [Note 535: _Des Superstitions_, t. II, ch. XII.]

     [Note 536: Primum omnes docebant, et omnes baptizabant
     quibuscumque diebus vel temporibus fuisset occasio (_Auctor
     sub nomine Ambrosii, in Epist. ad Ephes._, cap. IV). Voy.
     Guillaume Durand, trad., dit. de M. Barthlemy. Notes, t.
     IV, p. 430 et suiv.]

     [Note 537: Lettre de Saint-Avit, vque de Vienne,  Clovis.]

     [Note 538: Il existe un baptistre  ct de la basilique de
     Saint-Jean-de-Latran  Rome; on a depuis peu dcouvert celui
     qui tait proche de l'ancienne cathdrale de Marseille, du Ve
     sicle. On voit encore ceux des cathdrales d'Aix en Provence
     et de Frjus. L'difice plac sous le vocable de saint Jean,
      Poitiers, parat avoir servi de baptistre pendant les Ve
     et VIe sicles.]

     [Note 539: Ivoire du XIe sicle. Collect. de l'auteur.]

     [Note 540: _Le Tht. des Antiq. de Paris_, 1622. L. IV, p.
     1103.]

     [Note 541: Nous devons ces dessins  l'obligeance de M.
     Duthoit, d'Amiens.]

     [Note 542: _L'Architecture et les arts qui en dpendent_. t.
     IV.]

     [Note 543: Voy. l'_Architecture et les arts qui en
     dpendent_, t. IV. M. Gailhabaud.]

     [Note 544: _Bulletin monum._, t, XX, p. 299.]

     [Note 545: Ces figurines ont t enleves.]

     [Note 546: _L'Architecture et les arts qui en dpendent_, t.
     IV.]

     [Note 547: _Guillaume d'Orange_. Chanson de geste des XIe et
     XIIe sicles, vers 7584, et suiv. Baptme de Renouerd.]



FORMERET, s. m. Arc recevant une vote d'arte le long d'un mur (voy.
ARC _formeret_, CONSTRUCTION).



FOSS, s. m. Tranche longue, faite dans le sol pour opposer un obstacle
autour d'un camp, d'un chteau, d'une ville, d'un parc, d'un enclos. Il
y a des fosss secs et des fosss pleins d'eau, des fosss en talus ou 
fond de cuve, des fosss revtus ou non revtus.

Les fosss secs sont ceux qui sont taills autour d'un chteau, d'un
manoir ou d'une place situs en des lieux trop levs pour pouvoir y
amener et y conserver l'eau.

Les fosss pleins sont ceux dans lesquels on fait passer un cours d'eau,
ou que l'on inonde au moyen d'une prise dans la mer, dans un lac ou un
tang.

Les fosss en talus sont ceux simplement creuss dans un sol
inconsistant, et dont l'escarpe et la contrescarpe, revtues de gazon,
donnent un angle de 45 degrs.

Les fosss revtus sont ceux dont les parois, c'est--dire l'escarpe et
la contrescarpe, sont revtues d'un mur en maonnerie avec un faible
talus.

Les fosss  fond de cuve sont ceux dont le fond est plat, les parois
revtues, et qui peuvent ainsi permettre d'ouvrir des jours dans
l'escarpe servant de soubassement  une fortification. Les fosss
taills dans le roc peuvent tre aussi  fond de cuve.

Les Romains creusaient des fosss autour de leurs camps temporaires ou
permanents. Ces fosss avaient habituellement quinze pieds d'ouverture
au bord suprieur, c'est--dire 4m, 95. Ils taient souvent doubls,
spars par un chemin de 4  5 mtres de largeur. Quand Csar tablit
son camp en face des Bellovaques sur le mont Saint-Pierre, dans la fort
de Compigne, il fait lever un rempart de douze pieds avec parapet; il
ordonne de creuser en avant deux fosss de quinze pieds,  fond de cuve;
il fait lever un grand nombre de tours  trois tages, runies par des
ponts et des chemins de ronde, dont le front tait garni de mantelets
d'osier, de telle sorte que l'ennemi ft arrt par un double foss et
deux rangs de dfenseurs: le premier rang sur les chemins de ronde
suprieurs d'o, tant plus levs et mieux abrits, les soldats
lanaient des traits plus loin et plus srement; le second rang derrire
le parapet plus prs de l'ennemi, o il se trouvait protg contre les
traits par la galerie suprieure[548].

Les travaux de campagne que les Romains ont excuts dans les Gaules ont
eu, sur l'art de la fortification chez nous, une telle influence jusqu'
une poque trs-avance dans le moyen ge, et les fosss ont t, dans
les temps o les armes de jet avaient une faible porte, une partie si
importante de l'art de dfendre les places, que nous devons arrter
notre attention sur ce curieux passage. Il faut connatre d'abord les
lieux dcrits ici par Csar.

L'assiette de son camp, les _Commentaires_  la main, avait t
videmment choisie sur un plateau situ en face le mont Saint-Marc,
plateau dsign, dans les cartes anciennes, sous le nom de
_Saint-Pierre-en-Chastres_[549]. Ce plateau escarp de tous cts,
offrant  son sommet une large surface horizontale sur laquelle la
petite arme que Csar conduisait avec lui pouvait tenir fort  l'aise,
se prtait merveilleusement au genre de dfense qu'il avait adopt;
dfense dont on reconnat d'ailleurs la trace sur les lieux mmes.

Voici donc (1) le profil de l'ouvrage de circonvallation. Les
assaillants ne pouvant arriver au bord du premier foss A qu'en
gravissant une longue pente assez abrupte, taient difficilement vus par
les dfenseurs placs en B;  plus forte raison se trouvaient-ils
entirement masqus pour les dfenseurs posts le long du parapet C en
dedans du deuxime foss G. Ces dfenseurs posts en C taient cependant
plus rapprochs de l'assaillant que ne l'taient ceux posts en E sur
les galeries runissant les tours  trois tages, la ligne CO tant plus
courte que la ligne EO. Des assaillants se prsentant en K,  porte de
trait, ne pouvaient atteindre les dfenseurs posts derrire le parapet
C, que s'ils envoyaient leurs projectiles en bombe suivant une ligne
parabolique KL. Donc les clayonnages du chemin de ronde suprieur E
protgeaient les soldats posts en C. Csar dcrit trs-bien les
avantages de ses ouvrages en disant que les soldats placs en E voyaient
l'ennemi de plus loin et pouvaient tirer sur lui srement. L'assaillant,
gravissant la pente P, ne voit que le sommet des tours de bois et les
galeries qui les runissent; il n'a pas connaissance des deux fosss qui
vont l'arrter en O. Pendant qu'il gravit cette pente, il est expos aux
armes  longue porte de la dfense suprieure; mais ds qu'il atteint
la crte O, non-seulement il trouve deux obstacles devant lui s'il veut
passer outre, mais il est expos aux traits qui partent du chemin de
ronde E et du rempart C, ces derniers traits pouvant tre lancs
directement, comme l'indique la ligne CO, mais aussi, en bombe, comme
l'indique la parabole HM. En admettant que les troupes gravissant la
pente K eussent t lances, pleines d'ardeur, arrivant haletantes en O,
il leur et t bien difficile d'atteindre le _vallum_ C. Cependant
Csar, au camp du Mont-Saint-Pierre, ne craignait pas une attaque
srieuse des Bellovaques; au contraire, il cherchait  les attirer hors
de leurs propres dfenses. Lorsqu'il redoutait rellement une attaque,
ses prcautions taient plus grandes encore. Autour d'Alesia, il tablit
des lignes de contrevallation et de circonvallation afin de bloquer
l'arme de Vercingtorix renferme dans cette ville, et de se mettre en
dfense contre les secours considrables qui menacent son camp. La ligne
de contrevallation se compose: 1, vers l'ennemi, d'un foss large de
vingt pieds, profond d'autant, et  fond de cuve.  quatre cents pieds
en arrire de ce foss, il tablit ses retranchements. Dans
l'intervalle, il fait creuser deux fosss de quinze pieds de large
chacun et de quinze pieds de profondeur; le foss intrieur est rempli
d'eau au moyen de drivations de la rivire; derrire ces fosss, il
lve un rempart de douze pieds de haut, garni de parapets avec
meurtrires.  la jonction du parapet et du rempart, il fait planter de
forts palis fourchus pour empcher l'escalade. Des tours, distantes
entre elles de quatre-vingts pieds, flanquent tout le retranchement. Ces
prcautions, aprs quelques sorties des Gaulois, ne lui semblent pas
suffisantes: il fait planter des troncs d'arbres branchs, corcs et
aiguiss, au fond d'une tranche de cinq pieds de profondeur; cinq rangs
de ces pieux sont attachs entre eux par le bas, de manire  ce qu'on
ne puisse les arracher. Devant cet obstacle, il fait creuser des trous
de loup coniques de trois pieds de profondeur, en quinconce, au fond
desquels on enfonce des pieux durcis au feu et aiguiss qui ne sortent
de terre que de quatre doigts; ces pieux sont fixs solidement en
foulant le sol autour d'eux; des ronces les cachent aux regards. Les
trous de loup sont disposs sur huit rangs, distants l'un de l'autre de
trois pieds (2). En avant sont fixs, trs-rapprochs les uns des
autres, des aiguillons, _stimuli_ (3), d'un pied de long, arms de
broches en fer. Dans un mmoire sur le blocus d'Alesia[550], M. le
capitaine du gnie Prvost nous parat avoir parfaitement compris
comment taient faonns les _stimuli_ dont parle Csar. Parmi les
objets antiques trouvs prs d'Alise, dit le savant officier, on
remarque des broches en fer, qui ont rsolu pour lui la question des
_stimuli_. Ces morceaux de fer ont 0,29 c. et un peu plus, c'est--dire
qu'ils ont un pied romain; leur quarrissage au milieu est de 0,01 c.;
ils sont cintrs en _cte de vache_ et appoints par les deux bouts.
Tous les auteurs, ajoute M. Prvost, qui ont parl des _stimuli_ de
Csar, ont cru qu'ils consistaient en un rondin de bois enfonc en
terre, avec une pointe en fer encastre elle-mme dans le piquet et
surgissant au-dessus du sol. Quelque simple que soit cet objet, il est
encore difficile  excuter: on aurait fendu bien des rondins, en
essayant d'y introduire de force une tige de fer; il aurait fallu
ensuite appointer cette dernire en la limant  froid, ce qui et
demand beaucoup de temps (puis fallait-il avoir des limes); on et
t oblig de frapper avec prcaution sur la tte du piquet en bois pour
l'enfoncer en terre sans risquer de le fendre. Toutes ces _minuties_
sont trs-apprcies de ceux qui ont l'occasion de faire excuter
rapidement de petits objets en nombre immense par les premiers individus
venus[551]. Rien n'est plus facile avec les broches trouves  Alise:
quelques forgerons les fabriquaient; ils faisaient aussi les petits
crampons A, pareils  ceux avec lesquels nous attachons nos conducteurs
sur les mandrins de bourrage des fourneaux de mine. On fixait  l'aide
de deux de ces crampons la broche sur la paroi d'un rondin ayant un pied
de long. Maintenu en C et en D, le fer ne pouvait glisser le long du
bois dans aucun sens, puisqu'il avait son plus fort quarrissage au
milieu... et une courbure qui le forait de se serrer fortement contre
le bois. Peut-tre mettait-on deux ou trois broches pareilles autour du
mme piquet; dans ce dernier cas, il fallait, pour l'enfoncer en terre,
frapper sur sa tte par l'intermdiaire d'un rondin recevant les coups
de la masse; alors l'engin reprsentait encore mieux le _hamus_ du texte
latin.

De leur ct, les Gaulois, du temps de Csar, entouraient leurs camps et
places fortes de fosss creuss en terre ou mme dans le roc; ces
derniers taient  parois verticales avec rempart intrieur. C'est ainsi
que sont disposes les dfenses de l'_oppidum_ gaulois que l'on voit
encore  l'extrmit occidentale du mont Ganelon, prs Compigne. Les
fosss de cette place ont dix mtres de largeur sur une profondeur de
trois  quatre mtres, sont spars l'un de l'autre par un espace de
quinze mtres environ; un _vallum_ de cinq mtres de hauteur est lev
en arrire du second foss. De gros quartiers de rochers sont laisss au
fond de ces fosss comme obstacles.

Les fosss des villes gallo-romaines, au moment de l'invasion des
barbares, tels que ceux de Sens, de Bourges, de Beauvais, taient
trs-larges, et autant que possible remplis d'eau[552]. Les Gaulois
avaient d'ailleurs adopt les moyens de dfense que les Romains
employaient contre eux, ainsi que le constate Csar lui-mme; ces
moyens, ils durent les conserver longtemps. Dans le _Roman de Rou_, il
est question de fosss disposs d'une faon nouvelle, et qui aurait t
souvent adopte au XIe sicle.

       Par tuz li champs ki prof esteint
       Par  Bretuns venir debveient,
       Firent fosses parfunt chaves (creuss profondment),
       Desuz estreites, dedenz les (larges):
       La terre ke il fors unt gele (qu'ils ont jete dehors)
       Unt tute as altres camps porte;
       De virges et d'erbes k'il coillirent,
       Li fosses tutes recuvrirent.
       Quant Bretun vindrent chevalchant,
       Prez de frir, paeenz qurant (cherchant les paens);
       Par li camps vindrent tresbuchant,
       D'un foss en altre chant;
       Chaent asdenz, chaent envers,
       Chaent sor coste  de travers[553].

Comment avait-on pu creuser des fosss plus larges au fond qu' la
crte? C'est ce qu'il est difficile d'expliquer,  moins de supposer
qu'on ait tanonn les parois. Nous voyons que ces fosss sont
recouverts de broussailles et d'herbe pour dissimuler leur ouverture.

Les Normands entourrent leurs fortifications de fosss trs-larges et
trs-profonds, quelquefois avec chemin couvert palissad au-dessus de la
crte extrieure. Les chteaux d'Arques et de Tancarville, et plus tard
le chteau Gaillard, conservent encore leurs fosss taills dans le roc
au sommet de l'escarpement qui sert d'assiette  ces forteresses (voy.
CHTEAU). Des souterrains galement creuss dans le roc conduisent de
l'intrieur des chteaux au fond des fosss; ils servaient surtout 
permettre  la garnison de sortir pour attaquer les mineurs qu'on
attachait aux bases des remparts et tours ou aux escarpements qui les
portaient.

Nous n'avons pas vu de contrescarpes revtues avant le XIIIe sicle,
tandis qu' dater de cette poque les fosss sont presque toujours
revtus autour des forteresses importantes, et leur fond dall mme
autour des chteaux btis avec soin. Le foss du donjon de Coucy
(commencement du XIIIe sicle) est dall; le grand foss devant la porte
du chteau de Pierrefonds (commencement du XVe sicle) l'est galement.
 la cit de Carcassonne, il reste des fragments considrables de
revtements de contrescarpes des fosss du ct de l'est (fin du XIIIe
sicle). La contrescarpe du large foss qui spare le chteau de Coucy
de sa baille tait revtue (commencement du XIIIe sicle). Les fosss du
chteau de Vincennes ont t revtus depuis la reconstruction de ce
chteau pendant le XIVe sicle; ceux du Louvre l'ont t depuis Charles
V[554]. Non-seulement les chteaux, les villes taient entoures de
fosss, mais aussi les abbayes situes hors des villes et mme
quelquefois les glises paroissiales.

Lorsque l'artillerie fut employe pour assiger les places, on largit
encore les fosss, et l'on pensa surtout  disposer des dfenses pour
les enfiler, des chemins couverts pour protger leurs approches, des
ouvrages bas pour obtenir un tir rasant au niveau du fond, des cunettes
pour conduire les eaux pluviales, des cluses et retenues pour les
inonder quand des cours d'eau ou des tangs voisins le permettaient
(voy. ARCHITECTURE MILITAIRE, BASTILLE, BASTION, BOULEVARD, CHTEAU,
PORTE, SIGE). C'tait au seigneur suzerain  rgler l'tendue et la
largeur des fosss, c'tait lui qui dans certains cas exigeait qu'on les
comblt. Quant  leur entretien, il tait  la charge du seigneur ou 
la charge des vassaux par suite de conventions spciales. Nous trouvons
dans un recueil trs-curieux publi par M. A. Champollion-Figeac[555] la
traduction d'un texte en langage gascon qui a pour titre: Ayssi es la
ordonnansa cum una viela se deu fermar et armar contra son
enamixs[556]. Dans ce texte, les passages relatifs aux fosss de
dfense sont  noter.

_La manire de la fermeure de la ville: Premirement_, il y doit avoir
tout  l'entour des grans, larges et profonds fosss, si profonds qu'il
y sorte de l'eau; et es endroits o il ne peut point avoir de l'eau,
doit estre fait au fonds des fosss grande quantit de _vosias_[557],
couvertes avec muraille de terre et d'herbe; et aprs, y doit avoir de
grands et hauts murs, avec tours de dfense de dix en dix brasses
(environ 16 mtres), et que les fosss soient bien netoys et curs, du
pied du mur jusqu'au fond, d'herbes et de branchages. Et aux portails et
entres, il y doit avoir des ponts-levis, et tous les chemins des
entres doivent tre rompus en travers, de grands fosss en cinq ou six
lieux fors un petit et estroit passage, lequel on doit rompre quand
besoing est, afin qu'on ne se puisse point approcher des portes,  pied
ni  cheval, ni amener du feu en _carexs_ (charrette), ni en autre
chose, et faire grande quantit de _vosias_ par les chemins des
entres...[558]

Nous avons souvent trouv des traces de ces coupures faites en travers
des routes aboutissant aux portes. Ces coupures taient garnies de
barrires, et comme les routes longeaient presque toujours les fosss,
afin d'tre battues de flanc par les tours et courtines, les coupures
donnaient dans le foss de ceinture, afin de ne pouvoir servir de refuge
aux assigeants; mais ces dtails sont expliqus  l'article PORTE.

Les petites villes ou bastides bties dans la seconde moiti du XIIIe
sicle en Guienne sont entoures de fosss avec enceinte; la plupart de
ces petites cits sont, ainsi que leurs dfenses, d'une rgularit
parfaite[559].  propos de la bastide de Sauveterre, M. Leo Drouyn, dans
l'excellent ouvrage qu'il publie sur la _Guienne militaire_, donne le
texte des privilges accords  cette commune, en 1283, par douard Ier.
Dans ce texte latin[560], nous lisons l'article suivant relatif aux
enceintes et fosss:

Item nous voulons que soldats et matres, bourgeois ou habitants de
ladite ville, soient exempts de tous les travaux communaux
(_communibus_), except ceux des ponts, des puits, des routes et
_cltures_ de la ville, travaux auxquels les voisins du lieu sont tenus,
sans aucun doute de cooprer. Pour nous, nous sommes tenus de faire la
premire _clture_ de la ville, et lesdits soldats et matres doivent
veiller de jour et de nuit pendant l'excution du travail; les autres
voisins sont,  leur tour, responsables des malfices qui se commettront
de jour et de nuit... Ainsi les cltures, c'est--dire les fosss et
remparts, taient faits par le seigneur, sous la surveillance de la
commune, autour de ces bastides ou bourgs fonds par privilge spcial
du suzerain. Les seigneurs fodaux rclamaient contre l'tablissement de
ces petites communes, les vques excommuniaient et les fondateurs et
les habitants; mais ces rclamations et excommunications n'empchaient
pas les villes de s'lever.

Les murailles d'Avignon, commences en 1349 et termines en 1374,
taient entoures de fosss de vingt mtres de largeur environ sur une
profondeur moyenne de quatre mtres au-dessous de la crte de la
contrescarpe. Cette contrescarpe n'tait pas entirement revtue; mais,
pour viter les affouillements causs par les inondations du Rhne, on
avait dall le fond du foss en larges pierres de taille[561]. Le Rhne,
la Sorgue et un bras de la Durance remplissaient en temps ordinaire une
grande partie de ces fosss.

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]

     [Note 548: _De Bello Gall._, I. VIII, c. IX.]

     [Note 549: Voy. l'article de M. de Saulcy sur le VIIIe liv.
     de Csar. _Revue archologique_, 1860.]

     [Note 550: Recherches sur le _blocus d'Alesia_. Paris, 1858.
     Leleux.]

     [Note 551: C'est en appuyant les recherches archologiques
     sur ces observations pratiques que l'on peut en effet arriver
     aux dcouvertes srieuses, et M. Prvost est ici parfaitement
     dans le vrai, lorsqu'il dit que beaucoup de ces questions si
     longuement dbattues entre les archologues ne peuvent tre
     rellement rsolues que par les praticiens.]

     [Note 552: Les fosss de Sens taient inonds, et d'une
     largeur de vingt mtres environ.]

     [Note 553: Le _Roman de Rou_, vers 6893 et suiv. Ce
     stratagme parat avoir singulirement plu aux historiens du
     temps; car ils l'ont signal trois fois, savoir: 1 en 992,
     dans la bataille de Conquereuil, entre Conan, duc de
     Bretagne, et Foulques, comte d'Anjou; 2 dans la circonstance
     prsente; 3 dans une invasion de l'Aquitaine par les
     Scandinaves, en 1019. (Note de M. Aug. Le Prvost.)]

     [Note 554: Sauval.]

     [Note 555: _Droits et usages concernant les travaux de
     construction publics ou privs sous la troisime race des
     rois de France_. Paris, 1860. Leleux, dit.]

     [Note 556: Coll. Doat, t. CXLVII, f 282. M. A.
     Champollion-Figeac ne nous donne pas la date de ce texte.
     D'aprs la nature des dfenses, il parat tre de la fin du
     XIVe sicle.]

     [Note 557: M. Champollion-Figeac ne traduit pas le mot
     _vosias_.]

     [Note 558: Il semblerait que ces _vosias_ sont de petites
     traverses ou cavaliers peu levs. On trouve des traces de
     ces traverses terrasses dans la descente  la barbacane de
     la cit de Carcassonne, et mme dans les fosss creuss le
     long du front nord de cette forteresse.]

     [Note 559:  ce sujet, M. A. Champollion-Figeac parat
     s'tonner, dans son recueil _des Droits_, de ce que nous ayons
     avanc ce fait (suffisamment prouv par les belles recherches
     de M. de Vernheil et les travaux de M. Leo Drouyn), savoir:
     que des plans des villes d'Aigues-Mortes, de Carcassonne, de
     Villeneuve-le-Roy, de Villeneuve-l'Archevque, de Sainte-Foy,
     de Monpasier, de Monsgur, de Sauveterre, etc., ont t
     arrts d'avance par des seigneurs suzerains du XIIIe sicle,
     et il ajoute,  propos du plan de Monpasier en Prigord:
     L'auteur (du _Dictionnaire_) donne _mme_ le plan de cette
     dernire ville. Mais il est vrai que cet auteur ne nous
     apprend pas d'o il a tir ce plan d'une ville du XIIIe
     sicle. Nous avons _tir_ ce plan d'o M. Champollion-Figeac
     pourrait le _tirer_ lui-mme, c'est--dire de Monpasier,
     jolie petite ville, dit le _Dictionnaire_ de M. Girault de
     Saint-Fargeau (Dordogne),  46 kil. de Bergerac, chef-lieu de
     canton, fonde en 1284, sous la direction du fameux captal de
     Buch, Jean de Grailly; bien btie, _forme de rues larges et
     tires au cordeau_... Il y a dans l'ouvrage de M.
     Champollion-Figeac, au milieu de recherches pleines
     d'intrt, lorsqu'il cite d'anciens textes, bien d'autres
     apprciations singulires. Le savant compilateur nous accuse,
     par exemple, de nous laisser guider par les fantaisies de
     notre imagination au sujet des chteaux, lorsque nous donnons
     des plans d'aprs les monuments existants; entre autres
     choses, il parat ignorer que le chteau Gaillard est encore
     debout en grande partie, que ses fosss taills dans le roc
     vif ne sont nullement altrs; il prtend, en citant notre
     texte tronqu, qu' la Roche-Guyon nous n'avons trouv qu'une
     poterne du XIIIe sicle, et que, sur ce fragment, nous
     btissons ce qu'il veut bien appeler des _thories
     rtrospectives_; cependant les touristes qui descendent la
     Seine peuvent voir, non-seulement le chteau, mais le donjon
     _intact_ qui le surmonte. Pour combattre ce qu'il prsente
     comme des _thories_, des _systmes_, et faire ressortir chez
     nous des contradictions nombreuses, M. Champollion-Figeac
     remplit quelques pages de son livre de citations empruntes
     au _Dictionnaire_; citations incompltes, avec commentaires,
     apprciations ou suppositions intercales; ce qui n'est pas
     digne, pensons-nous, d'une critique srieuse. Il n'est point
     d'auteur que l'on ne puisse mettre en contradiction avec
     lui-mme en prenant un membre de phrase ici, un autre l, et
     en soudant ces fragments  l'aide de commentaires. M.
     Champollion croit, de la meilleure foi du monde, qu'en fait
     de monuments, la France ne possde que des archives et des
     bibliothques; il ne comprend pas que l'on puisse distinguer
     une construction du XIIe sicle d'un difice du XIVe, sans le
     secours des actes de fondation. Il n'admet point les
     classifications par coles, et nous demande des preuves.
     C'est  peu prs comme si on demandait  des Anglais de
     prouver qu'ils s'entendent lorsqu'ils parlent entre eux.
     Apprenez l'anglais, et vous aurez la preuve.]

     [Note 560: Publi par la commission des monuments historiques
     de la Gironde; 1847.]

     [Note 561: Le dallage se trouve  trois mtres au-dessous du
     sol, lorsque les propritaires actuels des terrains pris sur
     les fosss y font creuser des puits.]



FOUR, s. m. _Four  pain_. Dans les villes de France, le suzerain
permettait l'tablissement des fours  pain; c'tait un privilge pour
les seigneurs laques, sculiers, ou pour les abbayes, qui en tiraient
un profit. Ces fours banals, chauffs par les possesseurs du privilge,
taient tablis dans des logis o chacun pouvait apporter son pain et le
faire cuire en payant une redevance. Quelquefois ces fours banals,
tablis aux frais d'un seigneur fodal, taient affranchis de tous
droits par le suzerain. Certaines villes obtenaient le privilge de
btir autant de fours qu'il plaisait aux bourgeois d'en construire. Dans
les tours des villes fortifies, on tablissait souvent des fours, afin
de permettre  la garnison, en cas de blocus, de faire cuire son pain
sans recourir aux habitants ou aux fours banals. La plupart des donjons
possdent leur four (voy. ARCHITECTURE MILITAIRE, CHTEAU, DONJON,
PORTE, TOUR).

Les fours  chaux ne pouvaient, non plus que les fours  pain, tre
tablis sans la permission du seigneur.



FOURCHES PATIBULAIRES. Les hautes justices locales, dit M. A.
Champollion-Figeac[562], pouvaient lever autant de fourches qu'elles
dsiraient en tablir. Les ordonnances du roi Jean, de 1345 et de 1356,
paraissent suffisamment l'indiquer. Mais le sage monarque Charles V y
ajouta un privilge nouveau pour certaines localits, celui d'avoir des
fourches patibulaires  deux piliers. L'abbaye de Cluny obtint cette
permission toute de faveur en 1360, au mois de septembre[563].
N'omettons pas un dernier fait, qui prouvera qu'il n'tait pas permis
d'orner ces atroces instruments de supplice d'autres signes que ceux que
le roi voulait qu'on y plat. Le comte de Rhodez ayant mis ses armes au
haut d'une potence tablie sur la place des Carmes de cette ville, le
snchal de Rouergue fut immdiatement inform que le roi s'opposait
formellement  ce qu'elles y fussent places, et que le comte serait
traduit devant la haute justice du monarque. Il est vrai que
l'apposition du comte de Rhodez reprsentait, dans ce cas, une prise de
possession de la justice et de la place; mais c'tait bien mal, pour un
seigneur du Rouergue, de choisir cette occasion de faire parade du
blason de ses armes, C'tait un privilge; le mal tait d'en user s'il
n'en avait pas le droit.

 ce propos, et pour prouver jusqu' quel point le roi tait jaloux de
ses droits de juridiction, pendant le sjour des papes  Avignon, un
insigne malfaiteur, poursuivi par les officiers de la justice
pontificale, traversa, devant la ville, un bras du Rhne et se rfugia
dans l'le dite du Mouton. Les gens du pape y abordrent en mme temps
que le criminel, s'emparrent de sa personne et le pendirent sur place 
une potence dresse par leur ordre. Le cadavre du supplici fut inhum
aprs le dlai voulu. Ces faits ne furent rapports que longtemps aprs
aux officiers du roi de France, qui accusrent les gens du pape d'avoir
empit sur les droits seigneuriaux du roi; les officiers du pape
allgurent, pour leur dfense, qu'ils n'avaient pas l'intention
d'usurper la juridiction royale, mais qu'ils avaient cru devoir
dbarrasser la contre d'un homme dangereux. Les juges royaux
n'insistrent pas; mais pour que ce prcdent ne pt tre invoqu plus
tard contre les droits de leur souverain, ils se transportrent  leur
tour dans l'le du Mouton, y procdrent contre le supplici, et, aprs
lui avoir fait un procs en rgle, le rependirent, en effigie,  une
potence _aux armes du roi_[564].

Le droit de haute, moyenne et basse justice, appartenait  la fodalit;
les grands vassaux qui relevaient directement du souverain infodrent
certaines portions de leurs domaines  des vassaux d'un rang infrieur;
et ceux-ci, les imitant, constiturent galement de nouveaux fiefs, dont
ils gardrent la suzerainet. En mme temps, les uns et les autres
firent cession de leur droit de justice sur ces portions de territoire,
non sans mettre, toutefois, quelques restrictions  cet abandon, mais
limitant plus ou moins l'tendue du pouvoir qu'ils concdaient[565]...
Les fourches patibulaires consistaient en des piliers de pierre runis
au sommet par des traverses de bois auxquelles on attachait les
criminels, soit qu'on les pendt aux fourches mmes, soit que,
l'excution ayant t faite ailleurs, on les y expost ensuite  la vue
des passants. Le nombre des piliers variait suivant la qualit des
seigneurs: les simples gentilshommes hauts-justiciers en avaient deux,
les chtelains trois, les barons quatre, les comtes six, les ducs huit;
le roi seul pouvait en avoir autant qu'il le jugeait convenable. Il
pouvait aussi faire supprimer les gibets dont il avait permis
l'tablissement. En 1487[566], le procureur du roi au Chastelet alla en
divers lieux de la prvost et vicomt de Paris faire dmolir les
fourches patibulaires, carquans, chelles, et autres marques de haute
justice, attendu que le roi Louis XI avoit accord  plusieurs droit de
haute justice, qui fut rvoqu par dit de rvocation gnrale de tous
dons de portion du domaine alin depuis le deceds de Charles VII que
fit publier Charles VIII  son avnement  la couronne.

Les fourches patibulaires, dit Loyseau[567], taient places au milieu
des champs, prs des routes et sur une minence. En effet, beaucoup de
lieux levs, en France, dans le voisinage des abbayes, des rsidences
seigneuriales, ont conserv le nom de la _Justice_, la _grande Justice_.

Certains gibets taient faits de bois, se composaient de deux poteaux
avec traverse suprieure et contre-fiches; mais nous n'avons pas  nous
occuper de ceux-ci, qui n'ont aucun caractre monumental. Parmi les
gibets renomms, pouvant tre considrs comme des difices, il faut
citer en premire ligne le gibet de Montfaucon. Sauval dit que, ds
l'an 1188 et peut-tre auparavant, il y avait un lieu patibulaire sur le
haut de Montfaucon... Montfaucon, ajoute-t-il, est une minence douce,
insensible, leve, entre le faubourg Saint-Martin et celui du Temple,
dans un lieu que l'on dcouvre de quelques lieues  la ronde. Sur le
haut est une masse accompagne de seize piliers[568], o conduit une
rampe de pierre assez large, qui se fermoit autrefois avec une bonne
porte. La masse est paralllogramme, haute de deux  trois toises,
longue de six  sept, large de cinq ou six, termine d'une plate-forme,
et compose de dix ou douze assises de gros quartiers de pierres bien
lies et bien cimentes, rustiques ou refendues dans leurs joints. Les
piliers gros, quarrs, hauts chacun de trente-deux  trente-trois pieds,
et faits de trente-deux ou trente-trois grosses pierres refendues ou
rustiques ( bossages), de mme que les prcdentes, et aussi bien lies
et bien cimentes, y toient ranges en deux files sur la largeur et une
sur la longueur. Pour les joindre ensemble et pour y attacher les
criminels, on avoit enclav dans leurs chaperons deux gros liens de bois
qui traversoient de l'un  l'autre, avec des chanes de fer d'espace en
espace. Au milieu toit une cave o se jettoient apparemment les corps
des criminels, quand il n'en restoit plus que les carcasses, ou que
toutes les chanes et les places toient remplies. Prsentement cette
cave est comble, la porte de la rampe rompue, ses marches brises: des
pilliers,  peine y en reste-t-il sur pied trois ou quatre, les autres
sont ou entirement ou  demi ruins.

Bien que Sauval ne nous dise pas  quelles sources il a puis ses
renseignements, divers documents[569] tablissent l'existence d'un gibet
 Montfaucon, au moins ds le XIIIe sicle.--Un acte d'accommodement du
mois de septembre 1233 entre le prieur de Saint-Martin-des-Champs et le
chapitre de Notre-Dame contient le passage suivant:... _Quatuor arpenta
et dimidium quarterium juxta pressorium combustum, duo arpenta et
dimidium quarterium circa gibetum, quatuordecim, arpenta_...--Un acte
de vente du mois de juin 1249:... _Super tribus arpentis vince site
juxta pressorium sancti Martini prope gybetum, in censiva ejusdem
capituli_...[570] Il rsulte de ces deux actes que, dans les annes
1233 et 1249, ajoute M. de Lavillegille, il existait un gibet sur le
territoire du Cens commun: or le gibet de Montfaucon se trouvant
prcisment dans cette censive, c'est videmment de lui dont il est
parl. Dans le roman de _Berthe aux grans pis_, qui date de 1270
environ, il est question d'un certain Tibot pendu aux fourches de
Montfaucon. Il y a donc lieu de croire que Pierre de Brosse ou
Enguerrand de Marigny, auxquels on attribue la construction des fourches
de Montfaucon, n'ont fait que les rparer ou les reconstruire. L'ouvrage
en pierres de taille  bossages dont parle Sauval ferait croire que cet
difice avait t entirement refait au commencement du XIVe sicle ou 
la fin du XIIIe, ce genre d'appareil tant fort usit alors pour les
btisses civiles. Ce gibet monumental tait situ  ct de l'ancien
chemin de Meaux, non loin de la barrire du Combat[571]. Comme le fait
observer M. de Lavillegille, les seize piliers de l'difice de
Montfaucon taient encore runis (ce que Sauval n'explique pas et ne
pouvait indiquer clairement, puisque de son temps le gibet tait ruin)
par des traverses en bois intermdiaires. Louis X ... commanda pendre
et trangler Enguerrant  la plus _haulte traverse_ de boys du gibet de
Paris. Paviot fut puny de pareille punition, except qu'il fut attach
_au-dessous_ de Enguerrant[572]. La tapisserie de l'Htel de ville de
Paris (plan de Paris) indique le gibet de Montfaucon avec trois
traverses de bois. De plus, Sauval, dans les _Comptes et ordinaires de
la prvt de Paris_ (t. III, p. 278), donne la pice suivante, qui est
importante (1425, Charles VII):

OEuvres et rparations faites en la grande Justice de Paris. ... pour
avoir fait en ladite Justice les besognes cy-aprs: c'est  savoir,
avoir pelle et dcouverte la terre au pourtour des murs qui font
closture de ladite Justice, quarante pieds loing d'iceux murs: et si ont
dcouverte et blanchie la place qui est dedans icelle closture, et aussi
ont blanchi tous lesdits murs et les pilliers et poultres d'icelle
Justice, tant dehors comme dedans,  chaux et colle et... chaux, colle,
croye (craie), et eschafaux, peines d'ouvriers pour ce faire, etc.

... tailleurs de pierres et maons, pour avoir fait arracher plusieurs
vieux carreaux (de pierre) qui estoient rompus et froisss, tant s
pilliers cormiers (d'angle), comme s pilliers estraiefs
(intermdiaires), et s murs qui font closture au pourtour de la
closture d'icelle Justice; et en lieu d'iceux y avoir mis et assis
quarante carreaux doubles (boutisses) et un cartron de parpaings de la
pierre du blanc caillou, et rtabli plusieurs trous qui estoient esdits
murs par dehors oeuvre, et empli de plastre tous les joints desdits
murs, et pour avoir dsassis et rassis tous les entablemens de pierre
qui sont sur lesdits murs au pourtour de ladite Justice, et fait deux
eschiffes de mur qui sont d'un cte et d'autre de l'entre d'icelle
Justice, et dsassises et rassises les marches de taille qui sont en
icelle entre, de desselles quarante-huit vieilles poultres qui ont t
otes et descendues d'icelle Justice, et en scelles quarante-huit
autres qui y ont t mises neuves, et mis deux coings de pierre en l'un
des pilliers estraiefs, au lieu de deux autres qui estoient uss et
mangs d'eau et de gele, dont pour ce avoir fait, ils doivent avoir,
etc.

En 1466, nous lisons dans les mmes _Comptes_ (p. 389) ce passage:  la
grant Justice de Paris furent attaches et cloues cinquante deux
chanes de fer pour servir  pendre et trangler les malfaiteurs qui en
icelle ont t et seront mis par ordonnance de justice. En 1485, le
gibet de Montfaucon menaait ruine, car les _Comptes de la prvt_
contiennent cet article (p. 476): et fut fait aussi un gibet joignant
le grand gibet, qui est en danger de choir et tomber de jour en jour.

Les condamns taient suspendus aux traverses au moyen d'chelles
auxquelles ils devaient monter, prcds du bourreau. Huit grandes
chelles neuves mises en la Justice patibulaire de Montfaucon[573]. Ces
chelles dpassaient chaque traverse de manire  ce que le patient et
la tte  la hauteur voulue; le bourreau, mont sur le haut de
l'chelle, lui passait la chane autour du cou, et, descendant, retirait
l'chelle.

Voici donc, d'aprs la description de Sauval et les documents
graphiques[574], le plan (1) en A des fourches patibulaires de
Montfaucon. Vu leur hauteur (10m,00 au moins), les piliers ne pouvaient
pas avoir moins d'un mtre de diamtre; les seize piliers, rangs en
deux files sur la largeur et une sur la longueur, devaient laisser
quinze intervalles entre eux de 1m,50 sur le grand ct et de 1m,20 sur
les deux petits. Il ne pouvait donc y avoir qu'une chane  chaque
traverse des petits cts et deux au plus entre celles du grand. Les
traverses tant au nombre de trois, cela faisait soixante chanes. Ainsi
s'explique le nombre de cinquante-deux chanes neuves fournies en 1466;
peut-tre en restait-il quelques-unes anciennes pouvant servir. Les
traverses taient ncessairement doubles, tant pour fixer les chanes
que pour permettre au bourreau de se tenir dessus, et pour trsillonner
convenablement des piles aussi hautes. Il fallait donc quatre-vingt-dix
traverses ou soixante seulement, si les traverses basses taient
simples. La fourniture de quarante-huit traverses neuves faite en 1425
n'a donc rien qui puisse surprendre.

La hauteur des piles (en admettant que la tapisserie de l'Htel de ville
indique une traverse de trop) ne peut laisser de doutes sur le nombre de
ces traverses. On n'aurait pas lev des piles de plus de dix mtres de
hauteur pour ne poser qu'une traverse suprieure et une seule
intermdiaire, car il y aurait eu ainsi des places perdues en hauteur;
or il est certain qu'on tenait  en avoir le plus grand nombre possible.

On voit, en B, sur le plan A, le caveau indiqu en pointill, avec son
orifice C, destin  jeter les corps et dbris, et sa porte de vidange
D. En E est trace la coupe faite sur _ab_ montrant le degr, avec les
murs d'chiffre rpars en 1425, et la porte, munie de vantaux, dont
parle Sauval. On dressait les chelles au moment des excutions, et
celles-ci taient vraisemblablement dposes sur la plate-forme.

Parfois la cave destine  servir de dpt pour les restes des
supplicis se trouvait tellement encombre, la plate-forme jonche de
dbris, les chanes garnies d'ossements, qu'il fallait faire une vidange
gnrale et enterrer ces restes corrompus ou desschs. Cette opration
tait ncessaire, par exemple, lorsqu'il fallait remplacer les poutres,
ce qui avait lieu assez frquemment.

Au bas de l'minence sur laquelle s'levait le gibet de Montfaucon vers
le couchant, une croix de pierre avait t dresse, disent quelques
auteurs, par Pierre de Craon, en mmoire de l'ordonnance que ce seigneur
avait obtenue de Charles VI en 1396, et par laquelle des confesseurs
taient accords aux condamns. Mais cette croix semblerait plutt avoir
t place l, en 1403,  la suite de l'excution de deux coliers de
l'Universit ordonne par le prvt de Paris. En effet, Monstrelet[575]
rapporte ainsi le fait: ...Messire Guillaume de Tigouville, prvost de
Paris, feit excuter deux des clercs de l'Universit: Est  savoir: un
nomm Legier de Monthilhier, qui estoit Normant; et l'autre nomm
Olivier Bourgeois, qui estoit Breton: lesquels estoient chargez d'avoir
commis plusieurs larcins en divers cas. Et pour ceste cause nonobstant
qu'ils fussent clercs, et qu'en les menant  la justice criassent hault
et clair, _clergie_, affin d'estre recoux; neantmoins (comme il est dit)
furent excutez et mis au gibet; et depuis par les pourchats de
l'Universit, fut iceluy prvost priv de tout office royal. Et avec ce
fut condamn de faire une croix de pierre de taille, grande et esleve,
assez prs du gibet, sur le chemin de Paris; o estoient les images
d'iceux deux clercs, entailles. Et outre les feit despendre d'iceluy
gibet, et mettre sur une charrete couverte de noir drap: et ainsi
accompaign de ses sergens et autres gens portant torches de cire,
allumes; furent menez  S. Mathurin et l rendus par le prvost au
recteur de l'Universit...

Nous donnons (2) une vue de cet difice du ct de l'arrive faisant
face au sud-ouest. Le degr tant plac, bien entendu, par derrire, les
condamns taient amens sur la plate-forme aprs avoir fait le tour du
massif de maonnerie. En bas de notre figure est place la croix de
Guiliaume de Tigouville, indique d'ailleurs dans la tapisserie de
l'Htel de ville.

La figure 3 prsente le gibet du ct de l'entre.

Il ne parat pas qu'il ait exist sur le territoire de la France
d'autres fourches patibulaires d'un aspect aussi monumental.  Paris,
elles n'taient pas les seules: il existait un gibet hors de la porte
Saint-Antoine, un sur le terrain de la Cit derrire l'vch, un sur
l'emplacement occup aujourd'hui par l'extrmit occidentale de la place
Dauphine, un aux Champeaux, un derrire les jardins des
Petits-Augustins,  peu prs  la hauteur de la rue Saint-Benot, et qui
se trouvait sur les terrains de l'abbaye Saint-Germain-des-Prs. Ce
dernier gibet, comme beaucoup d'autres, se composait de quatre piliers
de pierre avec quatre traverses de bois. Il est figur dans la
tapisserie de l'Htel de ville et dans le grand plan de Mrian. D'autres
encore se composaient de deux piles avec une seule traverse, ou de trois
poses aux angles d'un triangle quilatral avec trois traverses de
couronnement. L'aspect hideux de ces difices, l'odeur empeste qui s'en
exhalait n'empchaient pas l'tablissement de cabarets, de courtilles et
de lieux de dbauche dans leur voisinage.

       Pour passer temps joyeusement,
       Raconter vueil une repeue
       Qui fut faicte subtillement
       Prs Montfaulcon, c'est chose see,
       ...
       Tant parlrent dn bas mestier,
       Que fut conclud, par leur faon,
       Qu'ilz yroyent, ce soir-l, coucher
       Prs le gibet de Montfaulcon,

       Et auroyent, pour provision,
       Ung past de faon subtile,
       Et menroyent, en conclusion,
       Avec eulx chascun une fille.
       ...[576]

Non loin de Montfaucon, dit M. de Lavillegille[577], se trouvait un
autre gibet, plus petit, et qui portait le nom de Montigny. Construit et
dmoli  plusieurs reprises, il semble n'avoir t destin qu' suppler
momentanment au grand gibet, lorsque celui-ci avait besoin de quelques
rparations. La premire mention du gibet de Montigny remonte  l'anne
1328. Il n'existait plus au commencement du XVe sicle, puisqu'en 1416
il fallut construire un gibet provisoire, en attendant les travaux que
l'on faisait  Montfaucon. Ce gibet consistait en quatre poteaux de
bois d'un pied d'quarrissage et de vingt pieds environ de hauteur,
engags  leur pied dans un mur d'appui de deux pieds d'paisseur et
d'autant de hauteur environ. Quatre traverses runissaient la tte des
quatre poteaux[578].

Les fourches patibulaires servaient de lieu d'exposition pour les
condamns excuts en d'autres lieux et qui mme n'avaient point t
pendus. Les corps des dcapits taient enferms dans un sac; on
exposait aussi aux gibets les suicids, des mannequins figurant des
condamns par contumace. Le cadavre de l'amiral de Coligny fut suspendu
au gibet de Montfaucon par les pieds. L'toile rapporte que Catherine de
Mdicis, pour repatre ses yeux, l'alla voir un soir et y mena ses
fils, sa fille et son gendre. Depuis lors ces fourches patibulaires ne
servirent gure aux excutions ou expositions. Sauval cependant dit y
avoir encore vu des cadavres, bien qu'alors cet difice ft en ruines.

Les fourches patibulaires ne servaient pas seulement  pendre des
humains, on y suspendait aussi des animaux, et notamment des porcs,
condamns  ce genre de supplice  la suite de jugements et arrts
rendus pour avoir dvor des enfants. (Voy.  ce sujet la brochure de M.
E. Agnel, _Curiosits judiciaires et historiques du moyen ge_. Paris,
1858. Dumoulin.) En cas pareil, les formalits judiciaires du temps
taient scrupuleusement suivies, et, comme il tait d'usage de pendre
les condamns vtus de leurs habits, on habillait les animaux que l'on
menait au gibet. En 1386, une sentence du juge de Falaise condamna une
truie  tre pendue pour avoir tu un enfant. Cette truie fut excute
sur la place de la ville, en habit d'homme...[579]

En 1314[580], un taureau qui avait tu un homme fut jug et pendu aux
fourches patibulaires de Moisy-le-Temple. Il y eut appel de la sentence.
Le jugement fut trouv quitable; mais il fut dcid que le comte de
Valois n'avait aucun droit de justice sur le territoire de Moisy, et que
les officiers n'auraient pas d y instrumenter[581].

[Illustration: Fig. 1.]
[Illustration: Fig. 2.]
[Illustration: Fig. 3.]

     [Note 562: _Droits et usages_, p. 165.]

     [Note 563: Collect. de chartes et diplmes, bote 267.]

     [Note 564: Renseignements fournis par M. Achard, archiviste
     de la prfecture de Vaucluse.]

     [Note 565: _Des anciennes fourches patibulaires de
     Montfaucon_, par A. de Lavillegille. Paris, 1836. Techener.]

     [Note 566: _Comptes et ordinaires de la prvt de Paris_.
     (Sauval, t. III. p. 481.)]

     [Note 567: _Trait des seigneuries_.--Jacquet, _Trait des
     justices_.]

     [Note 568:

        chascun le sien, c'est justice:
        Paris, seize quarteniers:
        Montfaucon seize pilliers,
       C'est  chacun son bnfice.

       Seize, Montfaucon vous appelle,
        demain, crient les corbeaux,
       Seize pilliers de sa chapelle
       Vous seront autant de tombeaux.

       (_Satyre Mnippe_.)]

     [Note 569: _Des anciennes fourches patibulaires de
     Montfaucon_, par A. de Lavillegille.]

     [Note 570: _Arch. de l'Empire. Sect. dom._ S. 216. Titres du
     fief du Cens commun que possdait autrefois le chapitre de
     Notre-Dame de Paris.]

     [Note 571: Voy. le plan de Verniquet.]

     [Note 572: Gaguin. _Grandes chroniques de France_.]

     [Note 573: _Comptes et ordinaires_. (Sauval, t. III, p.
     533.)]

     [Note 574: Tapisserie de l'Htel de ville, vue de l'hpital
     Saint-Louis, 1641, Chtillon Chlonnais. Vue de l'hpital
     Saint-Louis, Prelle.]

     [Note 575: _Chroniques_, ch. XIII.]

     [Note 576: _La Repeue faicte auprs de Montfaulcon_. Posie
     attribue  Villon. dit. Jannet, p. 292. 1854.]

     [Note 577: _Les anciennes Fourches patibulaires_, p. 38.]

     [Note 578: Sauval, t. II, p. 612.--Flibien, t. I, p. 564.
     Pices justificatives B.]

     [Note 579: _Curis. judic._ M. E. Agnel.]

     [Note 580: Carlier. _Histoire du duch de Valois_, t. II, p.
     207.]

     [Note 581: Saint-Foix. _Essais hist. sur Paris_, t. V, p.
     100. 1776.]



FRISE, s. f. Ornement courant, remplissant une assise horizontale sous
un bandeau, sous une corniche. Dans l'architecture romaine, on entend
par _frise_ l'assise unie ou dcore qui se trouve comprise entre
l'architrave et la corniche. L'architecture du moyen ge, n'employant
plus l'entablement des ordres antiques, ne possde pas,  proprement
parler, de frises. Toutefois on donne le nom de _frises_, dans
l'architecture romane ou l'architecture gothique,  des bandeaux,
lorsque ceux-ci sont dcors de sculptures (voy. BANDEAU, CORNICHE,
SCULPTURE).



FT, s. m. Partie de la colonne comprise entre la base et le chapiteau
(voy. COLONNE, COLONNETTE, CONSTRUCTION).



FIN DU TOME CINQUIME.



TABLE PROVISOIRE
DES MOTS CONTENUS DANS LE TOME CINQUIME.

D

Dais
Dallage
--employ comme couverture
Dalles
Damier
Dauphin
Dcoration
Dlit
Dent-de-scie
Devis
Diable
Dieu
Dme
Donjon
Dormant
Dortoir
Dosseret
Douelle

E

brasement
cailles
chafaud
chauguette
chelle
chiffre
cole
cu
glise personnifie
glise
got
Embrasure
Enceinte
Enclosure
Encorbellement
Enduit
Enfer
Engin
Enrayure
Entrait
Entre
Entrelacs
Entre-sol
Entre-toise
pannelage
peron
pi
Escalier
Eschif
Escoperche
Estaches
tai
tanon
tayement
tonn
trsillon
tuve
vanglistes
vangile
vch
vier
Extrados

F

Fabliau
Faade
Fatage
Fate
Fatire
Fanal
Fentre
Ferme (Constructions rurales)
Ferme (Terme de charpenterie)
Fermeture
Ferrure
Feuillure
Fichage
Ficher
Filet
Fix
Flche
Fleur
Fleuron
Flore
Fondation
Fontaine
Fonts (Baptismaux)
Formeret
Foss
Four
Fourches patibulaires
Frise
Ft


FIN DE LA TABLE PROVISOIRE DU TOME CINQUIME.





End of the Project Gutenberg EBook of Dictionnaire raisonn de
l'architecture franaise du XIe au XVIe sicle (5/9), by Eugne-Emmanuel Viollet-Le-Duc

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If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
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1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
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you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
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request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
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1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
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that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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